Les métamorphoses d'une profession et quête de sens

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La rénovation des nouvelles décisions dans le champ associatif, confirme les droits des « consommateurs de biens associatifs » et introduit dans le secteur une logique de projet, d'évaluation et de qualité. Ce sont tous les fonctionnements associatifs, et notamment les pratiques dirigeantes et d'encadrements qui s'en trouvent bouleversés. Cette recherche pose les bases d'un management pensé en fonction des caractéristiques spécifiques du gouvernement associatif. Il intègre les nouvelles conceptions de l'organisation, de la gestion et de la stratégie. Articulé autour des notions de projet social, de gouvernante, de service à la personne et de complexité, il trace les lignes directrices d'une nouvelle manière d'organiser le management.
Publié le : lundi 7 janvier 2008
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EAN13 : 9782304017267
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2 Titre
Les métamorphoses
d'une profession et quête
de sens

3Titre
Rachid Rahaoui
Les métamorphoses
d'une profession et quête
de sens
Trajectoires sociales et
professionnelles des cadres
associatifs
Collection des sciences sociales
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01726-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304017267 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01727-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304017274 (livre numérique)

6






A mon père (Moulay) ahmed et ma mère (Lalla)
tamimounte,
Aux prunelles de mes yeux, sara et hanna
A wassila, la douceur de la vie

.
8 Avant propos

AVANT PROPOS
Dans cette présente recherche, je tenais à
mettre en oeuvre les différentes étapes pour la
lecture
Ce livre est une partie d’un rapport effectué
pour le compte de l’ANSEC (ex. FASILD) et
pour la DRDJS Picardie en 2005.
Tout d’abord, j’ai choisi d’introduire
l’épistémologie de la professionnalisation en me
basant sur les différentes caractéristiques de la
professionnalisation en générale et appliquée
aux cadres associatifs en particulier, afin de ra-
mener le lecteur à comprendre dans quelle di-
rection notre étude se situe, et surtout de bien
saisir les enjeux de la professionnalisation du
champ associatif.
Ensuite, je tenais à mentionner l’historique
du champ associatif, et les différentes facettes
des structures associatives dans l’introduction,
et de mettre en confrontation la socio-histoire
de ce champ dans la méthodologique, en me
basant sur la sociologie de l’encadrement
comme sociologie du travail.
9 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
Dans le cadre de ma thèse de doctorat, j’ai
mené 168 entretiens avec des cadres associatifs,
d’origines diverses, travaillant dans le champ
associatif sur la région de Picardie. Par contre
dans le présent rapport, en trouvera dans les
extraits d’entretiens, qu’une vingtaine de cadres
interroger. Le lecteur trouvera en annexes, les
statistiques d’entretiens, ainsi qu’une partie des
questions qui leurs à été posé.
Je tenais à remercier Madame Laurence
mayeure du FASILD, pour ses nombreuses lec-
tures et ces critiques judicieuses, ainsi que Ma-
dame Marie-Sophie martinet de la DRDJS, pour
sa confiance et sa disponibilité durant toute la
durée de mon enquête.
Également, un merci à Farhad khosrokhavar,
directeur d’étude à l’EHESS paris, de m’avoir
souvent servi de fil directeur dans l’élaboration
de ce rapport en me permettant de faire une
présentation dans le cadre de son séminaire au
sein de L’EHESS, ainsi que le directeur du Ly-
cée Sainte-sophie à BOHAIN, Monsieur Do-
minique dame de m’avoir fait confiance, sans
oublier tous ceux et toutes celles qui ont su
m’accompagner durant ce traval.
Je tiens à remercier tous particulièrement le
lecteur pour son indulgence et sa lecture criti-
que qu’il pourra faire de ce travail de recherche,
tant sur la forme que sur le fond.
10 4. Historique de l’engagement associatif

INTRODUCTION
« Tout sujet se pose concrètement à travers des projets
comme une transcendance ; il n’accomplit sa liberté que
par son perpétuel dépassement vers d’autres libertés ; il
n’y a d’autre justification de l’existence présente que son
expansion vers un avenir indéfiniment ouvert. »
Simone de beauvoir, Le Deuxième Sexe, Paris,
er1 éd. Gallimard, 1949.
A-Un peu de socio-histoire du fait associatif
Près de 70 000 associations ont été créées en
2005, alors qu’en 1995 il y en eut 63 400. La
croissance ininterrompue des créations
d’associations depuis quatre décennies est un
signe certain du dynamisme du Tiers secteur.
Sur la même période la proportion de la popu-
lation adulte qui adhère à une ou plusieurs asso-
ciations est passée de 41 % à 46 %. Les résultats
des deux premières enquêtes de Viviane tcher-
11 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
1nonog portant sur plusieurs milliers
d’associations en 1992 et en 1999, de même que
les résultats pour la France de CNP1 et de
CNP2, ont été largement diffusés, notamment
par les conférences annuelles de l’ADDES et
lors de la célébration du Centenaire de la loi de
1901. Ces résultats ont montré que les associa-
tions ne sont pas seulement une manière essen-
tielle de « faire société » ou de défendre une
cause, mais qu’elles sont également productrices
de services de toute nature, créatrices de nom-
breux emplois et qu’elles constituent à ce titre,
dans une économie post-industrielle, une force
économique émergente, encore mal connue.
Aussi, les organisations sans but lucratif ap-
paraissent-elles comme un nouveau champ de
recherche pour les économistes, les juristes, les
gestionnaires, les sociologues, les historiens et
les politologues. En 2000, la DIES a lancé un
appel à propositions de recherche dans les
22 régions de France portant sur la définition, la
délimitation et le fonctionnement de l’économie
sociale et solidaire, afin d’identifier des équipes
de recherche sur la totalité du territoire. Ce but
a été atteint, puisque des propositions sont ve-

1. tchernonog (v). , truchot (g.), poupaux (S.), « Les as-
sociations sportives et d’éducation populaire dans le
secteur associatif français en 2000 », Stat-info, Ministère
de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, octo-
bre 2005.
12 Introduction
nues de partout, émanant de plusieurs discipli-
nes. Ce qu’on appelle désormais, « démocratie
participative » (par symétrie avec la démocratie
élective) ou « dialogue civil » (par symétrie avec
le dialogue social entre syndicats et organisa-
tions patronales) est de plus en plus institution-
nalisé, prévu par les textes de loi, et ne se limite
plus à la consultation du seul C.N.V. A. (Conseil
national de la vie associative). Plus récemment, on
observe un intérêt croissant de la part des
hommes politiques pour le poids électoral et
pour le rôle de relais d’opinion publique que
représente la nébuleuse associative.
Il faut ajouter également, qu’au cours de
l’année 2001, sur tout le territoire français ont
eu lieu de grandes manifestations célébrant le
centenaire de la promulgation de la loi de
1901 encadrant la liberté associative reconnue
en 1864. Les recherches scientifiques relatives à
ce phénomène se sont particulièrement déve-
loppées en France dans les années 1970, pé-
2riode qualifiée de « boom associatif » . Le fait
associatif occupe depuis une position
d’importance croissante dans le paysage éco-

2. Au cours de cette décennie la création annuelle
d’associations a triplé, amenant à avancer le chiffre de
800 à 900 000 associations impliquant près de 40 % des
français âgés de plus de 14 ans. archambault, (E.), Le
secteur sans but lucratif, associations et fondations en France,
Paris, Ed. Economica 1996.
13 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
nomique et social français. Généralement six
3critères sont traditionnellement retenus en
France pour caractériser les associations, à sa-
voir :
– La libre adhésion des usagers : il n’existe
aucune discrimination ni barrière à l’entrée ;
– L’égalité des membres : résumée tradition-
nellement par la formule un homme une voix. ;
– La production de valeur économique : il
existe une production jointe, c’est-à-dire de
biens produits et/ou de services prestés, mais
également une production d’externalités positi-
ves ;
– La solidarité entre les membres de la struc-
ture… ;
– Une position de non lucrativité : C’est-à-dire
que les règles d’impartageabilité et d’appropriation
collective des excédents dégagés, règles décou-
lant du principe de non-domination du capital
sur l’activité ;
– L’indépendance et la démocratie : c’est-à-
dire l’instauration interne de règles et
d’instances décisionnelles propres à la structure
considérée, ces dernières instances étant man-
datées selon des modalités démocratiques.

3. A partir du travail de synthèse réalisé par bastide (L.),
garrabe (M.), fas (C.), « Identité de l’économie sociale et
de l’économie solidaire », in Revue des Etudes Coopératives,
Mutualistes et Associations (RECMA), n° 289, pp. 53-
63,2001.
14 Introduction
Un important programme de comparaison
internationale a été lancé en 1990, dont
l’objectif est d’accroître la visibilité et la légitimi-
té du secteur associatif tout en le situant dans
son contexte historique, juridique et politique
4national. Il s’agit du programme Johns hopkins
dans lequel l’approche est faite en termes de
Non-Profit Secteur, composé des organisations
(Non-Profit Organizations) qui présentent les ca-
ractéristiques suivantes :
– Elles sont formelles : autrement dit, elles
ont généralement une personnalité juridique et
un certain degré d’institutionnalisation ;
– Elles sont privées : distinction établie des
structures privées à but lucratif et des organisa-
tions étatiques ;
– Elles sont indépendantes : à savoir que le
système de gouvernance interne, c’est-à-dire les
règles et instances décisionnelles, leur est pro-
pre ;
– La contrainte de non-distribution du pro-
fit : elles ne peuvent distribuer leurs profits
éventuels à leurs administrateurs et membres ;
– Elles résultent de l’adhésion libre de leurs
membres et doivent comporter un certain degré

4. La première phase de recherche qui s’est déroulée en-
tre 1990 et 1995 couvre 13 pays industrialisés et 5 en
voie de développement représentatif des grandes zones
géographiques et culturelles mondiales.
15 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
de participation volontaire des membres et des
donateurs.
1. L’ASSOCIATION : ORGANISATION A FINALITE SO-
CIALE
L’une des premières caractéristiques de la
forme associative mise en avant, concerne sa
capacité à déceler et à répondre à de nouvelles
demandes sociales ou à des demandes insatisfai-
tes du fait de « leur proximité avec les territoires
et publics concernés ».
C’est dans ce cadre qu’il convient de considé-
5rer l’analyse de bloch-laîné , lorsqu’il distingue
parmi les quatre « spécificités méritoires » ou
fonctions principales des associations, celle
d’« avant garde ». Il s’agit de la capacité qu’ont
les structures associatives à déceler des besoins
sociaux insatisfaits. Cette fonction de révélateur
dans la détection de besoins sociaux s’explique
par une plus grande proximité physique et mo-
rale de l’association avec les individus et les
groupes sociaux, dont les besoins ne peuvent
s’exprimer sur le marché sous forme de de-
mande, soit précisément parce ce que la de-

5. bloch-laine (F.), « Identifier les associations de service
social », in Revue des Etudes Coopératives, Mutualistes et As-
sociations (RECMAA), n° 251,1994, pp. 61-70 ; (dir.),
Faire société : les associations au cœur du social, Paris, Editions
Syros, 1999.
16 Introduction
mande est mal révélée, soit parce qu’elle est non
solvable.
Très souvent, dans l’analyse des productions
associatives, la caractéristique « moindre coût
pour la collectivité », est fréquemment évoquée.
On peut donc avancer que cela relève de la
6fonction de « création de gratuités ». Cette
fonction renvoie à un ensemble de règles et de
modalités de fonctionnement internes aux asso-
ciations. L’accent porte sur le fait que la forme
associative repose sur un ensemble de gratui-
7 8tés : dons de temps de la part des bénévoles ,
dons d’argent de la part des donateurs, lesquels

6. bloch-laine (F.), 1994, op. , Cit.
7. Le concept de don est employé ici en référence aux
travaux de Marcel Mauss, et à son application dans le
cas de l’analyse du fait associatif, développée particuliè-
rement par caille (A.), « Ni holisme ni individualisme
méthodologique. Marcel Mauss et le paradigme du
don », in L’obligation de donner, Revue du M.A.U. S. S.
n°8,1996, pp. 14-59 ; « Dons, associations et solidari-
tés », in MIRE, Rencontres et Recherches, Fondation de
France, Produire des solidarités : la part des associations, Paris,
1997, pp. 25-36 ; « Don et association », in Une seule solu-
tion, l’association ? Socioéconomie du fait associatif, Revue
M.A.U. S. S. , n° 11,1998, pp. 75-83.
8 Pour une analyse théorique et empirique de la concep-
tion du bénévolat, Cf., prouteau, (L.), Economie du compor-
tement bénévole : théorie et étude empirique, Paris, Ed. Eco-
nomica, 1999.
17 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
dons facilitent le financement et allègent les
9charges pour les collectivités locales .
C’est de façon générale la position soutenue
par les théoriciens du fait associatif du courant
10régulationniste . Laquelle position peut se ré-
sumer ainsi : « analyser l’essor associatif actuel comme
un symptôme des mutations du système socio-
économique, remodelant le paysage associatif antérieur et
nécessitant l’émergence de nouvelles formes institutionnel-
les utilisant, en partie de façon expérimentale et transi-
toire, en partie de façon structurelle, le tissu associatif ».
2. L’ASSOCIATION : PRODUCTRICE DE LIENS SOCIAUX
11Les approches de la sociologie se sont atta-
chées à la mise en perspective d’un mode de
gouvernance interne aux structures associatives,
propice à la production ou à la reproduction de
liens sociaux. Ainsi, certains affirment que
l’association est « un agent de transformation des

9. parodi (M.), « Les sciences sociales peuvent-elles légi-
timer les “spécificités méritoires” des associations ? », in
bloch-laine (F.), (dir.), Faire société : les associations au cœur
du social, Paris, Editions Syros, 1999. pp. 127-153,1999.
10. demoustier (D.), « Approches économiques des asso-
ciations », in MIRE, Rencontres et Recherches, Fondation de
France, Produire des solidarités : la part des associations, Paris,
1997, pp. 287-391.
11. Notamment la sociologie d’ordre économique.
18 Introduction
12rapports sociaux ». De plus, en considérant la
dynamique de « cohésion sociale » à partir de
trois dimensions : le capital social, la démocratie
de proximité et les solidarités locales relation-
nelles, l’association y est envisagée comme vec-
teur de cohésion sociale sur un territoire don-
13né . C’est certainement à travers cette problé-
matique de cohésion sociale que les concepts de
14« secteur quaternaire », de « secteur tertiaire
15 16relationnel » ou encore de « société civile »
peuvent le mieux être appréhendés.
Dans les spécificités méritoires mises en
17avant par bloch-laîné , il est question de la
fonction de « réfection du tissu social » ou de socia-
lisation.

12. afchain (J.), Les associations d’action sociale : Outils
d’analyse et d’intervention, Paris, Dunod, 2001, p. 136.
13. gadrey (J.), « L’invention de l’utilité sociale des asso-
ciations en France : à la recherche de conventions, de
régulations, de critères et de méthodes d’évaluation »,
Conférence prononcée au Colloque CIRIEC, Université du
Québec à Rimouski, 20-22 mai 2003.
14. Sue (R.) et alii, Vers une économie plurielle : un travail, une
activité, un revenu pour tous, Paris, Editions Syros, 1997.
15. perret (B.), roustang, (G.), L’économie contre la société.
Affronter la crise de l’intégration sociale et culturelle, Paris, Ed. ,
Seuil, 1993.
16. eme, (B.), Politique publique, société civile et associations
d’insertion par l’économique, Paris, CRIDA-LSCI/CNRS-
IRESCO, 1995.
17. bloch-laine (F.), 1994, op. , cit.
19 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
Cette spécificité correspond tout d’abord au
principe de gestion interne des structures asso-
ciatives reposant sur des instances décisionnel-
les (assemblée générale, comité
d’administration, bureau) fonctionnant démo-
cratiquement. Sur ce point, cet auteur évoque le
concept de « la démocratie à portée de main » ou ce-
lui de « la citoyenneté au quotidien ».
Il y a aussi, la mise en avant de la fonction
d’« accompagnement des personnes démunies
18exclues » dans l’analyse des processus de so-
cialisation portés par les structures associatives.
Sont alors exposés deux facteurs illustrant la fa-
çon dont les structures associatives assurent la
production de liens sociaux. Le premier a trait
aux méthodes associatives de participation ac-
tive des usagers dans leur propre traitement so-
cial. Le second est relatif à la personnalisation
de l’accompagnement, impliquant divers acteurs
aux statuts différents.
Ces deux catégories d’éléments-procédure
organisationnelle interne à la forme associative,

18. bloch-laine évoque cette fonction spécifiquement
pour les associations de service social. Néanmoins il est
possible de l’étendre à d’autres secteurs associatifs (tels
que l’éducation, la culture, les loisirs) dans la mesure où,
les publics risquant d’entrer dans des situations
de désaffiliation, et qui sont visés ou susceptibles de
l’être par l’action associative, ne sont pas seulement les
populations exclues ou démunies.
20 Introduction
et conséquence positive de la mixité sociale des
acteurs impliqués-propices à la création ou la
reproduction de liens sociaux, nous amènent à
considérer que l’association joue un rôle fon-
damental dans la mise en œuvre du principe de
19« discrimination positive ». Appliqué aux poli-
tiques sociales, l’objectif est de réduire les inéga-
lités d’accès aux droits sociaux, inégalités
s’expliquant essentiellement par un moindre ni-
veau de capital social.
En somme, il s’agit de mettre en perspective
la capacité associative à produire du « capital
20social », ici entendu au sens de putnam , c’est-
à-dire une ressource de liens personnels dans
laquelle les individus ou groupes sociaux peu-
vent puiser pour la réalisation de leurs relations
et actions (personnelles, familiales, profession-
nelles, amicales, etc.).
Nombreux sont les auteurs insistants sur
l’importance des relations interpersonnelles au
sein des structures associatives. Ainsi, roger

19. rawls (J.), A théory of justice, Cambridge, Harvard Uni-
versity Press, 1971. Rappelons que ce principe consiste
à donner plus de moyens d’accessibilité à certains droits
sociaux à ceux qui ont moins de moyens en termes de
capital culturel, social ou autres…
20. putnam (R. D.), « Bowling alone : America’s declin-
ing social capital », in Journal of Democracy, n° 1,1995, pp.
65-78.
21 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
21sue emploie le terme de « secteur quater-
naire », afin de mettre en avant le fait que les
structures associatives assurent le plus souvent
22des services relationnels dans lesquels le lien
ainsi créé importe plus que le bien offert. Les
liens sociaux dont il est question sont envisagés
23comme le résultat d’une production collective ,
24ou encore comme le résultat d’aides mutuelles .
C’est dans la même perspective qu’il convient
d’appréhender les approches en terme de « sec-
teur quartenaire d’activités autonomes », définit
« comme étant, négativement, un secteur d’accueil pour
les exclus de la grande production automatisée, et
positivement, un secteur d’activités non mécanisables
éminemment « personnelles », qu’elles soient
25artisanales, relationnelles ou intellectuelles ». Ce sec-
teur quaternaire est pensé à la fois comme un
« prolongement logique » et un « complément
naturel » des secteurs primaire, secondaire et

21. Sue (R.), « L’économie quaternaire », in Revue Trans-
versales, n° 34,1995.
22. C’est ce qualificatif qui introduit la notion de secteur
quaternaire, le secteur tertiaire étant celui des services.
23. Sue (R.), Temps et ordre social, Paris, PUF, 1994.
24. gorz (A.), Métamorphoses du travail, quête de sens, Paris,
éd. , Galilée, 1988.
25. ferry (J. M.), L’allocation universelle. Pour un revenu de
citoyenneté, Paris, Cerf, 1995, p. 105.
22 Introduction
26tertiaire , mais aussi comme un espace inter-
médiaire entre l’économie marchande et
l’économie publique.
Les approches en terme d’« espace intermé-
27diaire » renvoient au fait que les structures as-
sociatives peuvent avoir pour fonction
d’agréger la demande sociale, de socialiser les
besoins et leur expression, mais aussi d’orienter
la demande sociale ; en somme, d’agir en inters-
tice entre les logiques marchandes et adminis-
tratives. Et ce d’une façon particulière, à savoir
en se positionnant comme des « médiateurs »
entre la sphère publique et la sphère mar-
chande. Ces approches en concluent que le sec-
teur quaternaire pourrait être le « socle d’une
28économie citoyenne ».

26. eme, (B.), « Eléments de contribution à une analyse
des différentes conception d’un nouveau secteur
d’activité », in charlot (J. -L.) et alii. , Société civile, Etat et
économie plurielle, Université du Québec Montréal, Uni-
versité du Québec à Hull, CNRS, 1996, pp. 225-253.
27. evers (A.), « Le tiers secteur au regard d’une concep-
tion pluraliste de la protection sociale », in MIRE, Ren-
contres et Recherches, Fondation de France, Produire des soli-
darités : la part des associations, Paris, 1997, pp. 51-60.
28. eme, (B.), « Eléments de contribution à une…. », op.
, cit.
23 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
3. L’ASSOCIATION : DEMOCRATIE ET GOUVERNANCE
Dans cette perspective, il existe une littéra-
29ture d’ordre sociopolitique relative à l’analyse
des interrelations entre mécanismes démocrati-
ques portés par la forme associative et liens so-
ciaux produits par cette dernière, dont la dyna-
mique est source de cohésion sociale. Ainsi en
est-il de l’analyse de la structure organisation-
nelle qui est considérée « comme une forme institu-
tionnelle visant à opérer des compromis entre plusieurs
30logiques d’action ». Ces logiques d’actions peu-
vent être les suivantes : marchande, domestique
et civique (dont découlent les logiques solidai-
res, administrative et démocratique).
Le compromis sur lequel est fondée la forme
associative est pensé comme le résultat de
l’activité communicationnelle des membres de
l’association, qui s’accordent et s’allient pour
31mettre en œuvre des activités instrumentales .

29. perret (B.), roustang, (G.), op. , cit.
30. enjolras, « Crise de l’Etat-Providence, lien social et
associations : éléments pour une socio-économie criti-
que », in Une seule solution : l’association ? Socio-économie du
fait associatif, revue de M.A.U. S. S., n° 11, p. 230,1998,
pp. 223-236.
31. Cette approche fait référence à la thèse de l’action
sociale d’habermas, qui distingue deux types d’activité
sociale : l’une, dite instrumentale ou tournée vers le suc-
cès, renvoie à la coordination des agents par la com-
plémentarité de leurs intérêts respectifs ; l’autre, dite
24 Introduction
Autrement dit, cette activité communication-
nelle est à comprendre comme une procédure
démocratique interne aux structures associati-
ves, à partir de laquelle est défini le projet asso-
ciatif. L’association repose donc sur un mode
de gouvernance particulier, à savoir : un
consensus rationnellement déterminé entre ses
membres, intégrant les différentes logiques
d’actions portées par les acteurs impliqués, y
compris extérieurs, compte tenu de la prise en
compte des contraintes et/ou partenaires insti-
tutionnelles.
Cette conceptualisation de l’acte associatif
met en exergue deux dimensions. D’une part,
ces compromis constituent des formes de régu-
lation en garantissant « l’équité et la cohésion
sociale » du fait de l’interaction entre le mode
de gouvernance interne et la gestion des rela-
tions externes. Et, d’autre part, dans cette dé-
marche analytique, c’est la capacité des structu-
res associatives à organiser un dialogue partici-
patif, entre les différentes parties prenantes à
l’acte associatif, qui génère des liens sociaux.
Les structures associatives sont alors concep-

communicationnelle, insiste sur l’aspect discursif des
relations entre les agents, dont la recherche de
l’intercompréhension, permet d’aboutir un consensus
raisonnablement établi. habermas (J.), Théorie de l’agir
communicationnel, 2 vol. , Paris, Fayard, 1987, (traduit par
erferry (J. -M.), schlegel (J. -L.), 1 ed. Allemande, 1981.
25 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
tualisées comme « des espaces publics autono-
mes à visée de rationalité instrumentale ou
32fonctionnelle » ou encore comme des « écoles
33de la démocratie ».
Cette dernière appellation est utilisée afin de
mettre en avant les conséquences possibles des
procédures démocratiques associatives internes,
dans un espace plus large, tel le territoire. C’est
à travers cette problématique que la notion de
démocratie de proximité, touchant spécifique-
ment aux dynamiques d’interactions sociales
peut être introduite.
Dans ces réflexions relatives aux liens entre
démocratie de proximité et dynamiques de co-
hésion sociale, les structures associatives sont
souvent abordées en terme de « société ci-
34vile ». L’emploi de cette notion s’inscrit dans
une problématique générale sur l’articulation
souhaitable entre la « solidarité institutionnelle »
assurée par les instances étatiques et les solidari-
tés de proximité issues des structures de la so-
ciété civile. Néanmoins, pour maintenir cette
forme de « démocratie de proximité » au sein du

32. meda (D.), Le travail, une valeur en voie de disparition, Pa-
ris, Editions Aubier, 1995.
33. cohen (J. -L.), arato (A.), « Un nouveau modèle de
société civile », in Les temps modernes, n° 564,1993.
34. eme (B.), Politique publique, société civile et associations
d’insertion… », op. , cit.
26 Introduction
socle associatif, une certaine forme
d’engagement doit, au préalable, prévaloir.
4. HISTORIQUE DE L’ENGAGEMENT ASSOCIATIF
L’engagement associatif est tout à la fois une
expression des sociabilités géographiques, pro-
fessionnelles, religieuses et politiques, un ins-
trument de cohésion et de transformation so-
ciale notamment par le renouvellement des pra-
tiques, des luttes, des statuts sociaux. Il se dé-
cide sur des motifs variés mais il est, à des de-
grés divers, le fruit d’une socialisation familiale,
d’un enracinement territorial, d’une apparte-
35nance religieuse , voire idéologique. Qu’il
s’agisse des nouveaux mouvements militants à
la fois pragmatiques dans leurs objectifs et radi-
caux quant à leurs méthodes ou d’un associa-
tionnisme bien localisé plus soucieux d’incarner
un idéal démocratique ou de construire des so-
lidarités, les formes associatives en émergence
depuis une quinzaine d’années sont caractéri-
sées par une double réticence envers la démar-

35. Voir notre ouvrage, rahaoui (R.), L’islam des jeunes :
entre contestation et normalisation. Les ambiguïtés de la confron-
tation du mouvement associatif et du tissu institutionnel, Paris,
Editions Le Manuscrit, 2006.
27 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
che globale d’adhésion et les règles formelles de
36la démocratie représentative .
Un des objectifs est de saisir la complexité
des itinéraires d’engagement et de prendre la
mesure, dans ces associations, des transforma-
tions et des survivances du militantisme comme
forme historique et politique. A son apogée, à la
fin des années soixante-dix, le militantisme im-
plique notamment un engagement durable qui
transcende les frontières entre, association, syn-
dicat, parti. L’engagement associatif est alors
fréquemment démultiplié et d’autant plus fré-
quent que l’on est syndiqué, voire membre d’un
parti politique, le parti ou le syndicat donnant
37son sens à l’ensemble des engagements .
Durant la période des années 1980-90,
l’institutionnalisation est corrélative d’un glis-
sement officiel du cercle d’appartenance com-
muniste à celui des grandes associations de soli-
darité (participation, voire impulsion, dans les
grandes plates-formes associatives). La crise
économique et la déflagration sociale ample-
ment médiatisées, le « boom » des retraités, la
crise politique polymorphe, etc… engendrent
un développement massif et revendiqué du

36. Ion (J.), La fin des militants ? Paris, L’Atelier, 1997 ; et
(dir.) L’engagement au pluriel, Presses universitaires de
Saint-Etienne, 2001.
37. barthelemy (M.), Associations, un nouvel âge de la partici-
pation ? Paris, Presses de Sciences po. , 2000.
28 Introduction
« bénévolat ». Il y a bien passage à une transiti-
vité des adhésions, les mêmes engagés étant
susceptibles de passer, sans questionnement
idéologique, ni connaissance de l’identité histo-
rique, d’une structure associative à une autre. Le
champ associatif reste donc une terre naturelle
et d’élection pour les militants communistes
souhaitant exercer une solidarité concrète, de
même que pour les « ex » ou en standby entre
38« exit, voice et loyalty » à l’égard de l’engagement
(fonction de « structure de rémanence »
ou « structure dormante »). L’analyse des profils
de dirigeants rencontrés dans le cadre de notre
enquête de terrain montre une prégnance per-
sistante à l’organisation matricielle et une ten-
dance confirmée au pluri-engagement interne.
Ainsi, a contrario, le modèle dont on annonce
la mort et la « crise de mutation où de vieilles modali-
tés d’engagement meurent et où de nouvelles cherchent à
39naître », n’a que l’évidence des pensés et des
impensés de la recherche en sciences sociales et
des représentations forgées dans un dessein po-
litique voir partisan. L’analyse de carrières mo-
rales et militantes des cadres dirigeants associa-
tifs, montre aux fonctions dirigeantes leur per-
manence quasi intacte (sacrifice de la vie privée,

38. hirschmann (A. O.), Défection et prise de parole. Théorie et
applications, Paris, Fayard, 1995.
39. perrineau (P.) L’engagement politique. Déclin ou muta-
tion ? , Paris, Presses de la FNSP,1995, p. 19.
29 Les métamorphoses d’une profession et quête de sens
investissement intense dans la cause avec pré-
gnance d’un substrat idéologique à connotation
partisane), tandis que la base fut toujours, certes
sous des modalités différant selon les contextes
locaux et politico-économiques, caractérisée par
une certaine distanciation et une plus grande
précarité de l’engagement.
Pour reprendre les caractéristiques fondant le
modèle binaire, on pourrait dès lors montrer,
qu’aujourd’hui autant qu’hier, les causes inves-
40ties, sont porteuses de mobilisation , et que
seule la morale qui les supporte a changé. De
même et corrélativement, le local n’a jamais
cessé d’être le lieu des investissements concrets
et des recherches sociabilitaires. Le niveau su-
pra-national était déjà présent avant, et n’a fait
qu’être catalysé par la mondialisation économi-
que et la révolution des communications (soli-
darité internationale lors des grandes catastro-
phes naturelles, comme le montre les rassem-
blements associatifs issus de l’immigration dans
les tremblements de terre depuis 2001 « Iran,
Algérie, Maroc et Turquie »). Les manifesta-
tions, caractéristiques du « temps des militants »
comme force du nombre et « singularité par rap-
port à l’extérieur et négation des différences à
41l’intérieur » , sont toujours un mode d’action

40. rahaoui (R.), L’islam des jeunes : … , op. , cit.
41 Ion (J.), op. cit. , p. 57.
30 Introduction
opératoire et usité, tant pour la lutte économi-
que que politique. Il paraît en outre gênant de
caractériser aujourd’hui les militants « post-it. »
ou les bénévoles par leur « éthique de responsa-
bilité », alors précisément qu’ils distancient leur
engagement.
B. Les différentes facettes des structures associatives
Les associations employant du personnel sa-
larié sont devenues depuis la fin du siècle der-
nier, de véritables « marchés associatifs ».
D’après les estimations réalisées à partir de
l’exploitation du fichier SIRENE de l’INSEE,
on pouvait dénombrer en
1990,120 000 associations employeurs, contre
145 000 en 1999, soit une augmentation de plus
42de 20 % en moins de 10 ans. Cette tendance
est corroborée par les estimations concernant
l’emploi associatif : toujours selon le fichier SI-
RENE, 945 250 salariés en 1990, contre
1 298 160 en 1999, soit un accroissement de
37 %. Le phénomène n’a donc rien de nouveau
et se situe bien au-delà du simple artefact géné-
ré par un arsenal tout aussi complexe
qu’inépuisable de mesures d’aide à l’emploi. En

42. Cf. , tchernonog (V.), Logiques associatives et financement
du secteur associatif. Eléments de cadrage, Rapport
MIRE « Produire les solidarités. La part des associa-
tions » (ronéoté), Paris, 2000.
31

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