Les migrants en Europe

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296425590
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LES MIGRANTS EN EUROPE

Du même auteur

Développement économique et lutte contre la pauvreté en Algérie, CREA, lger, 1984, 346 p. A Problèmes d'emploi rural en Algérie, avec G. de Villers, Bureau international du travail, Genève, 1978, 174 p.

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avenir éducatif et culturel?

Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres

CONSEIL DE L'EUROPE L' H ARM A T TAN 5-7, rue de ('Ecole-Polytechnlque
75005

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Le Conseil de l'Europe
Fondé le 5 mai 1949 pour réaliser une union plus étroite entre les Etats démocratiques européens, le Conseil de l'Europe est la plus ancienne des institutions politiques européennes. Il a pour siège le Palais de l'Europe à Strasbourg. Le Comité des ministres et l'Assemblée parlementaire sont ses deux organes; ils sont assistés par un secrétariat de 860 fonctionnaires internationaux. Par un système de coopération souple entre gouvernements, parlementaIres et experts, le Conseil de l'Europe vise à protéger et développer les Droits de l'homme et la démocratie ainsi qu'à harmoniser les politiques de ses vingt et un pays membres dans des domaines très divers tels que: éducation, culture, affaires sociales, santé publique, pouvoirs locaux, environnement et justice. Seuls les aspects militaires de la défense sont exclus de sa compétence. .** L'action du Conseil de l'Europe dans le domaine de l'éducation et de la culture est menée par le Conseil de la coopération culturelle (CDCC), sein duquel sont représentés les 21 Etats memau bres du Conseil de l'Europe, la Finlande, San Marino, le Saint Siège, et la Yougoslavie. Les objectifs du CDCC sont les suivants: porter les idées, les techniques et les réalisations nouvelles de chacun de ses membres à la connaissance de tous les autres; développer les contacts et la coopération entre les éducateurs européens;

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examiner les questions importantes identifiées européens de l'Education et de la Culture;

par les ministres

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développer l'entraide entre les Etats membres; aux peuples d'Europe de leur patri.

Les 21 Etats membres du Conseil de l'Europe sont: Autriche, Belgique, Chypre, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays-Bas, Portugal, République fédérale d'Allemagne, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.

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L'HARMATTAN,
ISBN:

1987 2-85802-986-5

Introduction
Le contexte actuel du problème éducatif et culturel des migrants

Ces dernières années, la question de l'immigration a souvent été au centre de l'actualité dans les pays européens. L'attention de l'opinion publique a été en effet attirée, non seulement par des incidents comme les crimes racistes ou les mouvements de révolte des jeunes d'origine immigrée, dont certains pays ont été le théâtre, mais aussi par les débats et controverses qui se sont multipliés sur le rôle et la place des migrants dans les sociétés d'accueil. Ces manifestations traduisent d'une certaine manière les changements affectant le profil économique, social, culturel et politique de l'immigration en Europe.
.

La crise économique et les politiques d'immigration 1 des

autorités des pays d'accueil ne vont pas sans influencer l'évolution de la situation de cette population. Mais sans être négligeables, ces facteurs, qui contribuent à faire apparaître parfois les immigrés comme les boucs émissaires tout désignés des difficultés économiques et sociales, ne rendent compte que pour une part de l'évolution en profondeur du contexte actuel des migrations en Europe. Ces nouvelles réalités concernent aussi bien les mutations à l'œuvre dans les sociétés européennes, que l'évolution des caractéristiques de la population immigrée. Elles ne sauraient être valablement appréhendées sans l'analyse de ces mutations

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que connaissent à l'heure actuelle les pays d'accueil, dont les répercussions s'appliquent à l'ensemble de la société. Il faut mentionner, en premier lieu, l'évolution technologique qui a des conséquences non seulement sur le marché du travail, par la réduction des emplois non qualifiés, mais qui commande également des changements importants dans les comportements sociaux et culturels et le mode de fonctionnement des institutions. Ces transformations, rendues possibles grâce aux nouvelles techniques de communication et d'information, entraînent notamment une diffusion et un brassage plus rapides d'idées, de perceptions, de valeurs, véhiculées par des modèles culturels multiples. Les échanges interculturels s'en trouvent intensifiés. L'autre trait important de l'évolution actuelle est la crise des identités nationalitaires, qui se manifeste notamment par l'absence d'un consensus général sur les valeurs et les institutions. Cette érosion des valeurs et des normes traditionnelles favorise l'émergence de groupes minoritaires à la recherche d'une nouvelle identité et de pratiques culturelles rénovées. Les mouvements immigrés ne forment que l'une des composantes de ces groupes spécifiques. Ces changements s'inscrivent par ailleurs dans un contexte international, où la référence aux droits des immigrés est posée explicitement dans les débats sur les Droits de l'homme. D'autre part, la question de l'immigration fait l'objet d'une coopération de plus en plus active entre les Etats impliqués par les flux de migrants. Enfin, les tensions politiques et idéologiques d'une part, le sous-développement économique de très nombreux pays d'autre part, continuent d'influencer grandement les migrations internationales. Le caractère multiculturel croissant des sociétés européennes appelle de nouvelles formes de régulation sociale. L'interculturalité entendue comme un processus d'intensification des échanges et d'interaction entre les différentes cultures en présence s'impose comme une nécessité exigée par cette évolution. L'acceptation de valeurs et d'expressions culturelles multiples est l'affaire de tous et le gage de nouvelles modalités d'insertion sociale. Ces nouvelles pratiques doivent se frayer la voie en dépit des résistances que peuvent opposer les cultures dominantes.

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TENDANCES RÉCENTES DES MIGRATIONS EN EUROPE Il stagit en premier lieu de févaluation de fimportance numérique de cette populationt de sa structure démographique, de ses caractéristiques socio-professionnelles et de ses composantes ethniques dans les principaux pays dtaccueil. Quelques chiffres sur les mouvements de migration.

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un ralentissement de la croissance de la population étrangère dans les pays européens. Cest ainsi que dans les cinq principaux pays œimmigration (République fédérale dtAllemagnet Francet Grande-Bretagnet Suède et Suisse)t la population étrangère totale est passée de 6t9 millions en 1960 à 12t6 millions en 1972t pour atteindre seulement 15t8 millions en 1982. Vévolution est similaire pour la population active: 2t3 millions en 1960t 5t2 millions en 1972t 5t3 millions en 19823. Ce ralentissement est consécutif à la politique de freinage de l'immigration suivie par les pays œaccueil au début des années 1970. Le poids des étrangers au regard de la population totale et de la population active varie considérablement dtun pays à l'autre. Il est particulièrmeent élevé au Luxembourg et dans une moindre mesure en Suisse où la propo.rtion des étrangers atteignait respectivement 26t3 % de la population totale et 34A % de la population active dans le premier pays et 14t3 % et 17 % dans le second pays. La proportion des étrangers atteignait à la même période 7t6 % de la population totale en République fédérale dtAllemagnet 4 % en Autrichet 8t9 % en Belgiquet 6t6 % en Francet 4t9 % en Suèdet 3,8 % aux Pays-Bas, 2t1 % en Norvèget 2 % au Danemarkt 0,6 % en Italie.. Le poids de la population étrangère est nettement plus marqué dans les classes dtâge les plus jeunes. eest ainsi que les moins de 25 ans représentent des proportions variant de 39 à 50 % du nombre total des étrangers établis dans les principaux pays œimmigration. Le nombre de jeunes de moins de 25 ans était évalué ces dernières années à 4,7 millions dans les 9 principaux pays d'immigration 5. La fermeture des frontières à toute nouvelle immigration n'empêche pas une croissance régulière de la population 7

étrangère dans les pays européens. Cette croissance s'explique d'abord par un solde migratoire toujours positif, dans la plupart des cas, malgré les restrictions apportées par les pays d'accueil. D'une part les flux constitués par les regroupements familiaux et la venue de réfugiés politiques s'avèrent nettement plus importants que les retours dans les pays d'origine; d'autre part, l'excédent naturel de la population étrangère installée régulièrement dans les pays d'accueil accroît sensiblement le nombre des étrangers qui y sont établis 6. Le passage d'une immigrationtemporaire à une immigration définitive. - Alors même qu'elle continue de croître, la population étrangère installée en Europe se transforme. Immigration de travail à l'origine, elle devient de plus en plus une immigration définitive. De nombreux indices attestent de cette évolution irréversible. L'allongement de la durée de séjour en est un premier indicateur. C'est un phénomène qui touche tous les pays d'immigration et les quelques exemples qui suivent peuvent sans doute être généralisés: en République fédérale d'Allemagne, la proportion des immigrés résidant depuis plus de dix ans dans ce pays est passée de 23,7 % en 1977 à 57,4 % en 1984. En France, la même année, la majeure partie des étrangers résidaient dans le pays depuis plus de dix ans. Cette proportion variait de 59 % pour les Turcs à 95 % pour les Espagnols. En Suède, à la même date, 69,2 % des étrangers étaient établis dans le pays depuis plus de dix ans 7. Parmi les autres signes de la stabilisation de la population étrangère, il faut mentionner notamment l'importance du nombre de naturalisations dans les pays d'accueil, l'accroissement des mariages mixtes, l'élévation du pourcentage d'élèves étrangers dans la population scolaire. Au niveau de l'emploi, cette stabilisation se manifeste surtout dans l'importance croissante des demandeurs d'emploi d'origine étrangère et la diminution de la mobilité de la population active en situation régulière. Un autre indice révélateur de cette tendance à l'immigration définitive est le nombre réduit de retours dans les pays d'origine en dépit des politiques incitatives mises en œuvre par les pays d'accueil. Les indications disponibles montrent le plus souvent une nette diminution des retours 8

intervenus qui demeurent dans tous les cas à un niveau relativement faible.
La diversüication ethnique, culturelle et linguistique. Le processus de stabilisation de la population immigrée s'est accompagné d'une modification profonde du poids relatif des différentes nationalités. Ces modifications s'expliquent par les vagues de migrations récentes en provenance des anciennes colonies de pays comme la Grande-Bretagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas, et dans une moindre mesure par l'importance croissante des réfugiés politiques issus principalement du Sud-Est asiatique.

Les données du tableau 1 8 qui récapitule les estimations
relatives aux effectifs de main-d'œuvre étrangère dans les principaux pays d'immigration montrent la diversité des nationalités représentées. Après avoir été une immigration de voisinage jusqu'au milieu des années 1950, l'immigration s'est diversifiée dans la plupart des pays européens. L'exemple de la France le montre à l'évidence: dans ce pays d'immigration séculaire, les étrangers admis à y séjourner étaient principalement originaires des pays européens. En 1954, les Européens représentaient encore 90 % du nombre total des étrangers; cette proportion ne sera plus que de 48 % en 19829. Entre 1955 et 1975, l'immigration se diversifie considérablement: après le déclin de l'immigration italienne et espagnole, de nouveaux courants migratoires importants proviennent du Portugal, du Maghreb, de la Turquie et d'Afrique Noire. Les flux représentés par les réfugiés politiques accentuent encore la diversification de cette population selon l'origine ethnique, la langue et la culture d'origine. Les pays d'émigration traditionnelle deviennent des pays d'accueil. - L'exemple le plus frappant est celui de l'Italie où l'immigration clandestine a pris une ampleur considérable: en 1985, des estimations 10font état d'un nombre d'immigrés résidant illégalement dans le pays s'élevant à 650000 personnes. A part l'immigration de travailleurs étrangers venant de pays industrialisés (il y en avait environ 197 500 en 1980), 9

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ce pays enregistre un afflux considérable de travailleurs en provenance de pays en voie de développement. Le nombre total de travailleurs étrangers était estimé à un million en 1985. Si l'immigration dans les pays d'émigration traditionnelle semble surtout prendre la forme clandestine, il n'en demeure pas moins que le nombre d'étrangers qui s'y établissent progresse notablement: c'est le cas de l'Espagne, où le nombre d'étrangers recensés est passé de 158000 en 1978 à 198000 en 1981, soit 0,5 % de la population totale, de la Grèce où le nombre de permis de travail délivrés en 1981 correspond à 0,9 % de la population active, du Portugal où le nombre des résidents étrangers représentait en 1982 0,7 %

de la population totale.

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Les changements intervenus dans les caractéristiques de la population immigrée constituent de nouvelles réalités dont les pays d'accueil doivent impérativement tenir compte. Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner les multiples conséquences de tous ordres induites par l'installation durable de ces populations. Il faut rappeler avant tout que l'immigration est devenue un fait structurel, c'est-à-dire que la composition pluri-ethnique des sociétés européennes concernées est une réalité incontournable, impliquant notamment des adaptations nécessaires des système éducatifs, de la formation professionnelle, de l'accès à l'emploi, dans le but de permettre une meilleure insertion des migrants et de leurs familles. Les aspirations au changement. L'un des effets les plus remarquables de l'installation prolongée des immigrés dans les pays d'accueil est le changement d'attitudes qui survient inévitablement en matière d'aspirations et de projets de vie. Relevons les manifestations les plus significatives de cette évolution. La tendance de plus en plus affirmée à ne plus se laisser confiner dans le travail sous-qualifié, précaire, mal payé et sans protection sociale en est l'une d'elles, surtout chez les nouvelles générations dont l'expérience sociale, individuelle et collective, est très différente de celle des parents. Chez les femmes, la recherche d'un emploi salarié est une attitude en rupture avec l'acceptation du rôle traditionnel de la femme 11

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à laquelle sont réservés les travaux ménagers et l'éducation des enfants. D'autres manifestations attestent d'une insertion plus grande des immigrés dans les pays d'accueil: il en est ainsi de l'intérêt porté par les adultes de la première génération au travail scolaire de leurs enfants, des revendications visant à obtenir la reconnaissance d'un mouvement associatif autonome dans le but notamment de préserver l'identité linguistique et culturelle des communautés immigrées, un plus gtand recul observé par rapport aux pays d'origine notamment au niveau des enjeux et des débats qui s'y font jour, en dépit des efforts déployés par ces derniers en vue de maintenir des liens étroits avec leurs ressortissants. L'émergence, dans certains pays, d'une génération issue de l'immigration et prenant part résolument au débat politique local constitue la forme la plus achevée de cette insertion. Autre mutation importante, la diversification des origines ethniques des immigrés requiert des voies nouvelles en matière d'insertion. En effet, les différences ethniques se manifestent non seulement par la couleur de la peau mais aussi et surtout par des pratiques religieuses et culturelles éloignées de celles des pays d'accueil, ce qui a pour effet de provoquer parfois le rejet, l'hostilité, voire même des conflits avec la population locale. Le risque d'un traitement différencié des populations immigrées selon l'origine ethnique n'est pas à écarter. De nombreux facteurs objectifs y contribuent déjà tels que l'existence de statuts juridiques différents, ou l'attitude peu ouverte de la population autochtone vis-à-vis de certaines communautés jugées inassimilables en raison de la spécificité culturelle de ces nouveaux immigrants. Cette réaction de rejet qui explique la montée de mouvements politiques dont l'idéologie met l'accent sur la défense de la civilisation occidentale provoque en retour chez une partie de la population une attitude plus rigide de repli à l'intérieur de la communauté et de la conservation exclusive des valeurs reconnues de la culture d'origine. Ces attitudes sont d'autant plus exacerbées que la crise économique aggrave les tensions intercommunautaires et que la population immigrée se trouve de plus concentrée dans les zones urbaines où la cohabitation dans un espace restreint 12

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