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Les nouveaux affrontements économiques entre nations

De
254 pages
Les ambitions planétaires des nouvelles puissances vont s'affronter à celles de l'Occident pour la conquête des marchés mondiaux, la sécurisation des approvisionnements et des routes. Cette guerre économique annoncée va voir s'affronter la Chine, le Japon, l'Inde mais aussi la Russie, dont les hydrocarbures constituent une arme efficace, un continent sud-américain revendicatif, riche de ses potentialités et regroupé dans un marché commun, les Etats-Unis affaiblis mais désireux de conserver leur suprématie, et enfin le continent européen, théoriquement uni, mais déchiré par des intérêts divergents.
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LES NOUVEAUX AFFRONTEMENTS ÉCONOMIQUES ENTRE NATIONS

Jean-Pierre ESTIVAL

LES NOUVEAUX AFFRONTEMENTS ÉCONOMIQUES ENTRE NATIONS

L'Harmattan

(Ç) L'HARMATfAN. 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fi" ISBN: 978-2-296-10657-4

EAN : 9782296106574

" Le capitalisme est un mot de combat" (François Perroux)

Andromaque "Cela ne te fatigue pas de ne voir et de ne prévoir que l'effroyable ?" Cassandre" Je ne vois rien Andromaque. Je ne prévois rien. Je tiens seulement compte deux bêtises Celle des hommes et celle des éléments" Jean Giraudoux (" La guerre de Troie n'aura pas lieu")

REMERCIEMENTS

L'auteur tient à remercier toutes rédaction de cet ouvrage, en économique, financier et surtout retenus ou des zones économiques

celles et tous ceux qui l'ont conseillé pour la lui communiquant des informations d'ordre stratégique, en ce qui concerne chacun des pays mentionnées, et particulièrement:

Docteur Rodolfo NEGRELLI (Argentine) (Colombie) Mr Juan Carlos BOTERO Mr Luizmar EVANGELISTA (Brésil) (Canada) Mr Anton CORNEL (Mexique) Mr Victor Luis DUENAS (Norvège et Afrique du Sud» Mr Samuel OLSEN (Benin) Mr Yacoubou TCHABOUE (Côte d'Ivoire) Mr Alain ATHOUMANY (Japon) Mr Tsunayoshi ODArRA (Russie) Mme Isabelle MIRORIEV A Sans leur appui et leur conseil, cet ouvrage n'aurait jamais été écrit. Ce livre leur est dédié ainsi qu'aux étudiants de l'Université de Cergy Pontoise à qui j'ai eu l'honneur d'enseigner, pendant dix années, les principes de la guerre économique. Ils m'ont chaleureusement encouragé à le rédiger. L'ouvrage tient compte de leurs suggestions et de leurs prises de position.

A VANT- PROPOS

Cet ouvrage constitue la synthèse de conférences interactives que j'ai données à l'Université de Cergy-Pontoise, en tant que Chargé de conférences sur la thématique des nouvelles guerres économiques. Ce sujet géostratégique intègre les derniers évènements mondiaux survenus dans les stratégies dt~s grandes puissances et des grandes multinationales dont un pourcentage croissant provient des pays émergents. Cet ouvrage réadapté a subi des modifications et des infléchissements pour tenir compte aussi d'observations formulées par nombre d'étudiants, notamment d'étudiants provenant de pays étrangers dont le regard peut être sensiblement différent du nôtre en cette matière. Il a été revu et amendé par toutes les personnes que j'ai citées dans la liste de remerciements pour tenir compte d'éléments inhérents à chaque continent. Cet ouvrage n'est pas un ouvrage sur la crise économique internationale actuelle, même si, sur certains points, notamment dans le cadre du nouveau "libéralisme d'Etat", impliquant le retour des Etats dans la gouvernance économique des nations, celui-ci est appelé à être désormais un acteur privilégié de la vie économique dans tous les pays. Cette nouvelle responsabilité de vigie et d'acteur de l'économie puise d'ailleurs ses fondements et sa justification dans la fragilité grandissante de l'économie mondiale et sa dangerosité liée aux antagonismes croissants, éléments structurels porteurs de tensions et de conflits à venir. Tout d'abord, en terme géopolitique et macroéconomique, l'ouvrage aborde la conflictualité naturelle qui va naître de l'émergence des nouvelles puissances économiques déjà en formation. L'ouvrage aborde la stratégie des acteurs majeurs du monde multipolaire, à savoir:

- l'avenir du pôle asiatique tricéphale avec ses antagonismes internes entre la Chine, le Japon, et l'Inde: l'ouvrage examine, à cet égard, les stratégies mises en œuvre par chacun d'eux, les potentialités de conflit, d'alliances, le recours à l'arme monétaire par la sous-évaluation des devises, l'instauration d'un capitalisme d'Etat en Chine et d'une économie encore fortement étatisée en Inde. Pour chacun des acteurs les velléités de puissance, tempérées parles fàiblesses intrinsèques de chacun d'eux, font l'objet d'une analyse appropriée.
- l'ascension de la Russie comme nouvelle puissance économique mondiale, grâce à sa récente politique systématisée de ventes de produits de base, J'avènement d'un capitalisme national dominé par des finalités politiques, la création de géants mondiaux, comme GAZPROM, jouissant de positions oligopolistiques au niveau mondial, et sa nouvelle stTatégie énergétique internationale oscillant entre "guerre et paix". La volonté de puissance de la Russie se heurte néanmoins à des faiblesses structurelles liées à l'absence majeure de politique industrielle systématisée et au choc provoqué par la crise mondiale sur l'ensemble de son économie. Néanmoins, la Russie, dans le cadre de sa volonté de puissance énergétique, n'a pas hésité à conforter désormais la politique de l'OPEP et à s'implanter sur une grande partie du continent sud-américain pour y supplanter les Etats-Unis en matière éncrgétique.

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la montée en puissance du sous-continent sud-américain, riche de ses ressources énergétiques, conscient de ses nouvelles forces, véhiculant un tort message de contestation visant à établir "une troisième voie" de développement au niveau mondial, et s'intégrant de plus en plus dans le cadre de zones marchandes stTucturées pour doper sa puissance. Le sous-continent constitue un nouveau challenge. Son aversion envers ('hégémonisme nord-américain explique son nouveau tropisme pour la politique économique et énergétique de la Russie et de la Chine, toutes les parties y trouvant un bénéfice approprié. Dans ce nouveau paysage de montée en puissance, une attention particulière a été portée au nouveau géant planétaire qu'est le Brésil, dont il convient d'analyser les atouts (en tcrmes de richesse énergétique et agricole) et les faiblesses structurelles. les Etats-Unis, après un règne unilatéral sans partage depuis 1990 au niveau mondial, vivent les derniers moments de leur hyper puissance contestée de toutes parts; ce monde unipolaire qui leur allait si bien est appelé à disparaître. C'est mécaniquement contre les intérêts de cette hyper puissance que s'exercent les pressions des nouveaux géants planétaires, ce qui va l'amener à redéfinir ses liens avec chaque pays. Malgré l'essoufflement de son économie, l'effondrement de son système bancaire, la pérennité de ses" déficits jumeaux", le fardeau effrayant de son endettement, l'Amérique, qui a su démontrer tant de fois dans le passé son esprit de résilience, fait preuve d'une farouche volonté de retrouver la maîtrise de son destin. Le vaste plan de relance du Président OBAMA à caractère multisectoriel, élaboré après le plan dit "PAULSON ", centré, lui, sur le sauvetage du système bancaire, en sont les mcilleurs témoignages. Dans cette remise en cause de ses points faibles, et la reconquête de son pouvoir perdu, l'Amérique n'a pas hésité à imposer une politique de taux directeurs quasiment nuls pour relancer les investissements ainsi qu'une politique monétaire visant à faire de la sous-évaluation du dollar un outil de la relance de ses exportations, et par là, de sa croissance. Ces plans n'ont certainement pas toutes les vertus que certains auraient voulu y trouver, et ils serviront d'abord les intérêts de l'Amérique, et accessoirement ceux du reste du monde. Il est probable que les Etats-Unis retrouveront, à la sortie de crise, une grande partie de leur puissance perdue, mais elle s'exercera désormais dans un monde multipolaire dans lequel des concurrents ne tarderont pas à s'opposer à eux. La Chine est condamnée, à court terme, à s'entendre avec les Etats-Unis, mais el1e sera amenée, un jour, à s'y opposer et à rompre sa solidarité financière, d'autant plus unilatéralement que le dollar sera maintenu à un niveau volontairement bas. Cette stratégie est en train de s'ébaucher. Cette perspective risque de se précipiter si la Chine ne fait plus du commerce extérieur le fondement de sa croissance, et donne priorité à sa demande intérieure, fortement négligée jusqu'ici. La guerre monétaire entre un yuan et un dollar sous-évalués n'a pas tini d'ent1ammer le monde, tandis que l'euro voudra ravir au dollar sa prédominance mondiale comme monnaie de réfërence dans les transactions commerciales internationales. La "fin de l'empire américain" n'est peut-être pas assurée, mais celle de l'hyper puissance unique au monde l'est absolument.

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- dans

ce monde tumultueux, le rôle et le destin de l'Europe demeurent ambigus. Malgré une monnaie commune, dont les effets sont globalement positifs pour les Etats qui l'ont adoptée, la politique économique et financière européenne a de plus en plus de mal à émerger comme un corps de doctrine et de décisions homogènes. Traversée par des courants idéologiques opposés, où le libéralisme de certains s'oppose aux velléités interventionnistes, voire nationalistes, des autres, bousculée par l'absence de politique énergétique commune la rendant dépendante de la Russie et de l'OPEP, divisée sur la valeur de sa devise, l'Union Européenne(UE) paye cher l'absence de gouvernement économique commun. Face à un monde agressif et dangereux, la Commission européenne, trop dogmatique en matière de défense de saines conditions de concurrence, jouant souvent contre l'intérêt de ses fleurons industriels (lorsque ces derniers se voient interdire certains marchés de Chine et du Japon, alors que la réciprocité n'existe pas en Europe), ne semble pas préparée à la lutte implacable que vont se livrer les grandes puissances dans un monde multipolaire. Sa puissance économique pourrait devenir une simple "annexe" de la puissance américaine ou se diluer dans une sorte de communauté d'intérêts économique transatlantique. A tout le moins, malgré le succès incontesté de l'euro, la survie de l'UE, comme puissance économique mondiale, n'est nullement assurée. Dans ce nouveau contexte géopolitique, l'AfTique, dépositaire de tant de richesses dans le domaine des produits de base, minerais et hydrocarbures, deviendra l'objet de toutes les convoitises. La Chine et l'Inde qui, pour leurs besoins égoïstes, sont en train de prospecter sur ce continent, présenté de plus en plus comme un vaste supermarché de produits de base, se heurteront inévitablement aux prébendes et intérêts des anciennes puissances coloniales et des Etats-Unis déjà présents. Les appétits des puissances étant énormes, il s'ensuivra des conflits comme le démontrent déjà les guerres récentes, de l'Angola au Congo, en passant par le Soudan et le Nigeria. Mais pis encore, l'Afrique sera convoitée aussi pour ses nombreuses terres potentiellement agricoles dans un monde fini qui a déjà fàit l'inventaire des terres utilisables pour satisfaire les besoins humains. La Chine, le Japon, la Corée, entre autres, connaissent des besoins alimentaires énormes qui ne peuvent être satisfaits par leurs territoires respectifs. Ces pays convoitent déjà ces terres indispensables à la satisfaction de leurs besoins alimentaires. Un nouveau type de "colonialisme vert "vient ainsi d'apparaître, dont l'exemple malheureux de Madagascar constitue le prototype. Ces occupations de territoires, qu'elles soient contractuelles ou non, poseront le problème de la résurgence des fàmines que l'Afrique endémique ne manquera pas alors de provoquer, et l'équation pour les pays concédants qui se résume en "moins de terres pour plus de population à nourrir" deviendra alors explosive. Le monde doit s'attendre à ce genre d'explosion qui sera par ailleurs avivée par l'inévitable ascension des prix agricoles sur le marché mondial. Pour asseoir leur puissance, et encore plus pour faciliter leur sortie de crise, les États qui sont de retour sur la scène économique pour y rejouer partout un rôle de premier plan, à commencer dans les pays de tradition libérale, comme aux Etats-Unis et au Royaume Uni. Ils vont utiliser des armes économiques conventionnelles, comme la politique de baisse systématique des taux directeurs ou/et les facilités de la politique Il

monétaire, pour relancer leur croissance, parfois au détriment des autres nations. Les Etats-Unis, à travers leur politique actueJle, nous donnent un exemple de cette orientation. II n'est pas sûr que la coopération entre nations ressorte renforcée par de telles pratiques. Par ailleurs, un protectionnisme ciblé et parcellaire, qui n'ose pas dire son nom dans un monde policé par les accords de l'OMC, est de retour dans tous les pays, et ce, malgré les promesses du G20 de Londres en avril 2009. Alors qu'aucuns commencent à parler d'un phénomène de "démondialisation", ce qui est peut-être excessif, on assiste à un regain de patriotisme économique un peu partout dans le monde, pratique encore décriée il ya quelques années, mais qui ne l'est plus aujourd'hui. Systématiquement s'élabore dans chaque pays une doctrine de sécurité économique pour protéger les secteurs stratégiques nationaux. Ce regain de patriotisme s'appuie de plus en plus sur les exigences des populations et des syndicats apeurés par l'actuelle débâcle économique mondiale qui n'avait jamais atteint une telle virulence depuis 1929. Cet ouvrage aborde aussi, au niveau microéconomique, le conflit inéluctable entre les stratégies des nouvelles entreprises géantes en provenance, d'une part, des pays émergents (BRIC, pays du Sud), et, d'autre part, celles des multinationales du monde occidental actuel, à la fois, en termes de conquête et de partage des marchés mondiaux, mais aussi, en termes de pérennisation et de sécurisation de leurs approvisionnements énergétiques. L'ouvrage met l'accent sur le fait que l'enjeu de ces nouvelles batailles est celui de la survie des dif1erents systèmes de valeur et d'organisation sociétale, lesquels vont s'affronter par entreprises géantes interposées. De ces ambitions et de cette volonté de puissance, tant au niveau des grandes nations économiques qu'à celui des entreprises planétaires, naîtront inévitablement des conflits, aggravés par l'esprit de conquête des unes et l'instinct de défense des autres. Dans ce monde fragilisé par tant d'intérêts divergents, et donc antagonistes, viennent se greffer, de surcroît, des crises alarmantes. D'un côté, le monde vient d'assister impuissant, en 2007, à une nouvelle crise alimentaire pérenne, dont les causes sont à rechercher non seulement dans la flambée tendancielle des cours des produits agricoles, mais aussi dans l'inadaptation des politiques internationales visant à spécialiser les pays émergents dans la culture et l'exportation d'un nombre réduit de produits de base, ce qui les rend inévitablement dépendants, pour leur subsistance, des marchés agricoles internationaux. Alors que dans un contexte d'explosion démographique ce problème devient de plus en plus angoissant, le monde, et ses institutions internationales, peinent à trouver les ressources financières nécessaires pour mettre un terme au spectre de la fàmine auquel est exposé, à terme, une partie de l'humanité, selon les experts internationaux. A l'opposé de cet univers de pauvreté, a éclaté au même moment, au cœur de l'hyper puissance dominante, la plus grande crise économique connue depuis 1929, dont les conséquences se sont propagées pour ravager le monde. Cette crise gigantesque, à caractère mondial, trouve son origine dans les exubérances du marché financier américain, les appétits inconsidérés du système bancaire et l'absence totale de régulation. Alors que le coût global des dommages directs et collatéraux est énorme pour l'économie réelle, en 12

termes de destruction de valeurs, de brutale faillites d'entreprises, de suppressions d'emplois, le monde peine aussi à trouver des solutions pérennes pour assagir ses marchés financiers, s'exposant ainsi à l'explosion de nouvelles bulles qu'une spéculation internationale débridée et incontrôlée contribuera à former, d'autant que les transactions financières apparaissent déconnectées de l'économie réelle qu'elles sont censées pourtant servir. Certes, le G20 de Londres, en avril 2009, a esquissé des pistes et professé des souhaits, lesquels sont bien généraux. La réalité, difficile à changer, suivra-t-elle? Non seulement le monde des pays pauvres semble voué à un avenir inquiétant, mais celui des pays riches est aussi préoccupant. D'un côté, on assiste à un manque structurel de moyens financiers, de l'autre on assiste à une débauche de liquidités que la politique de taux directeurs trop bas à contribué à créer. La concomitance de ces deux types de crise, et l'absence de solution pérenne pour les juguler, contribuent à fragiliser considérablement le monde en y introduisant une fracture de plus en plus profonde entre pays riches et pays pauvres, germes inévitables de conflits annoncés.

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TARLE

DES MATIÈRES ET LEURS

CHAPITRE 1- LES DÉFIS DES GÉANTS ASIA TIQUES CONSÉQUENCES SUR LES EQUILIBRES MONDIAUX 1- L'émergence de la Chine comme nouvelle hyper puissance 1.I
mondiaux
-

L'accroissement de la concurrence chinoise a déstabilisé les marchés

1.11 - En Asie tout d'abord 1.12 -Sur les marchés des pays émergents d'Attique et d'Amérique latine 1.I3- Sur les marchés des pays développés des Etats-Unis et d'Europe 1.14-L'obsession du contrôle et de la sécurisation des matières premières 1.2 - L'utilisation de l'arme monétaire: la création d'une monnaie sur mesure pour conquérir le monde 1.3- Les prises de participation capitalistiques délibérées au niveau mondial témoignent des ambitions de la Chine lA chez elle

- Malgré sa volonté

de conquête la Chine veut continuer à rester maître

1.5- Création de réseaux de lobbying et d'espionnage 1.6- La course exacerbée à la technologie extérieure 1.7- L'obsession du contrôle et de la sécurisation de son approvisionnement en matières premières 1.71- Les diverses stratégies mises en œuvre avant et pendant la crise 1.72- La conquête planifiée des richesses de l'Afrique 1.73 La stratégie qui a été déployée pour la conquête des mmes australiennes 1.74 La sécurisation des itinéraires empruntés par les matières premières
1.75 La sécurisation des produits agricoles

1.8- Les ambitions planétaires des nouvelles entreprises géantes et la constitution de fonds souverains 14

1.9- L'accumulation de réserves de change et la position d'arbitre dans le cadre de la crise mondiale actuelle: le nouveau positionnement à l'égard de l'Amérique 2- Malgré une volonté de puissance, l'économie chinoise reste fragilisée par un grand nombre de facteurs 2.I-Une grande partie de l'économie reste cependant étatisée et soumise à l'idéologie du PC chinois 2.2- Le rythme exceptionnel de la croissance actuelle n'est pas extrapolable et sa structure est appelée à se modifier 2.21- Un rythme appelé à diminuer sans toutefois franchir le seuil qu'implique la paix sociale 2.22- Les composantes de la croissance doivent être modifiées 2.23-Les PME continueront àjouer un rôle capital dans la croissance 2.3-Le caractère dual de l'économie demeure un handicap qui alimente la révolte sociale 2A-Une forte croissance accompagnée d'une forte inflation ne peuvent que menacer la compétitivité 2.5-La dépréciation de la monnaie ne peut être qu'une arme à durée limitée 2.6-La croissance exacerbée entraîne un gaspillage énergétique et une pollution non maîtrisée 2.7-La reprise de la hausse des cours pétroliers portera préjudice à la croissance chinoise 2.8- L'opacité du système bancaire demeure un obstacle majeur 2.9- La structure démographique actuelle tend à devenir un handicap majeur pour la stratégie de puissance de la Chine
3- Les tentatives du Japon pour la consolidation de son hégémonie asiatique

3 .I-Le vieillissement rapide de la population 3 .2-L'existence de pans entiers de secteurs improductifs 15

3.3- La finalité du système économique nippon: le "capitalisme de wagons" ou la consolidation des fondements collectifs de la nation 3.4- Les conséquences négatives de l'énorme dette collective 3.5- Le retour progressif au protectionnisme et le" syndrome des Galapagos" 3.6- La peur du "souitj" 3.7-La lutte nationale pour le maintien du niveau de vie l'affaiblissement profond du pays 3.71-Les conséquences dramatiques de la crise actuelle 3.72-Les premiers craquements du consensus national: la lutte entre "makegoumi" et " kachigoumi" témoignent de

4- La stratégie de rivalité entre le Japon et la Chine ne fait que commencer 5- L'émergence de l'Inde risque de complexifier la compétition pour le leadership asiatique 5.1- L'Inde ou le "plus grand bureau du monde" : l'émergence du K.P.O 5.2 -L'émergence d'entreprises à vocation mondiale et conquérante
5.3- Les conséquences pour le reste du monde

5.4- Le heurt des ambitions avec la Chine 6- Les fondamentaux incertains du reste de l'Asie: la fin de la priorité donnée aux exportations 6.1-Les exportations, làcteur majeur de la croissance jusqu'ici, sont appelées à diminuer 6.2- Les difficultés monétaires vont freiner le processus de croissance 6.3- Le défi majeur de la répétition de crises alimentaires

CHAPITRE 11- LE RETOUR OFFENSIF DE LA RUSSIE SUR LA SCf:NE MONDIALE 1- La mise en œuvre d'une nouvelle stratégie de puissance sous l'égide de l'Etat 16

2- La création de géants pour la défense des intérêts stratégiques de la Russie: l'exemple de GAZPROM 3- L'ambition de la création d'une OPEP de gaz 4- Les tentatives de domination planétaire dans des domaines-clé de l'économie 5- Les ambitions géopolitiques nouvelles 5.1- les velléités d'adhésion à l'OPEP 5.2- l'ambition de devenir le leader mondial de "l'offre de l'or vert" 5.3- les nouvelles ambitions de la Russie en Amérique latine 5.4- le rêve inavoué de la reconstruction de l'empire russe 6- L'éventuel rapprochement de la Russie et de la Chine 7- La "renationalisation de velours" 8- Les freins à la stratégie de puissance 8.1 -La faiblesse de l'Etat de droit 8.2-Lc poids improductif des dépenses publiques 8.3-La prédominance des activités d'extraction l'économie nationale face à l'économie mondiale et la fragilisation de

9- Le ditlicile partenariat stratégique avec l'Europe et les Etats-Unis
10- Les sombres perspectives démographiques

CHAPITRE 11I- LE NOUVEAU VENT DE CONTESTATION SUR LE CONTINENT SUD-AMÉRICAIN: LA RECHERCHE D'UNE "TROISIÈME VOIE" DANS LE DOMAINE ECONOMIQUE
1- Causes structurelles du mécontentement du sous-continent

2- Nationalisation de défense stratégique

des richesses énergétiques et minières conçue comme arme

3- L'émergence d'entreprises géantes sud-américaines: les nouveaux géants J7

4- La création de marchés continentaux, expression de la voie sud-américaine du développement 5- La mise en place de politiques anticycliques comme contrepoids à la crise mondiale 6- L'appel à la Russie et à la Chine pour contrer l'hégémonisme nord-américain 7- L'émergence d'un nouveau géant planétaire: le Brésil 8- Les ambigüités économiques du leader de la contestation sud-américaine: le cas du Venezuela 9- Le nouveau statut de fournisseur mondial de produits de base et ses conséquences

CHAPITRE IV- LES NOUVEAUX DÉFIS PLANÉTAIRES DES ETATS-UNIS 1- La tentation du protectionnisme conçue comme rempart contre les excès de la mondialisation 2- La résilience historique de l'économie américaine à l'épreuve de la crise mondiale actuelle 3- Cependant les Etats-Unis n'ont pas abandonné leur volonté de puissance en vue du maintien d'un hégémonisme mondial 4- Les Etats-Unis restent cependant fortement dépendants du reste du monde sur le plan économique 5- L'arme monétaire: la stratégie de la dépréciation du dollar et ses conséquences planétaires 5.1- L'intérêt d'un dollar déprécié pour la relance de l'économie américaine 5.2- Les leçons de la fluctuation du cours du dollar 5.3-Le besoin d'une plus forte croissance l'a emporté depuis dix ans sur toute considération monétaire 5.4- D'autres raisons exogènes expliquent aussi le repli du dollar 5.5-Un défi à moyen terme: le dollar peut-il perdre son rôle de leadership mondial? 18

5.6- Le dollar sera-t-il la seule monnaie mondiale de référence ? 6- L'alfrontement larvé entre les ambitions commerciales de la Chine et des EtatsUnis 7-Certains économistes semblent percevoir déjà les premiers signes économiques du déclin américain 7.1- Facteurs structurels qui pénalisent l'économie américaine 7.2- Une croissance déséquilibrée qui ne peut se prolonger de façon pérenne 7.3-L'eftèt dévastateur de la crise actuelle sur les fondements de l'économie 7.4- Le retour de la pauvreté sonne-t-illa fin du rêve américain? 7.5- La désindustrialisation du pays ne peut plus continuer 7.6- Les conséquences de l'absence d'une épargne vertueuse 7.7- La " troisième révolution américaine" Chapitre V - L'EUROPE SERA-T-ELLE DEMAIN ACTEUR OU SPECTATEUR SUR LE MARCHÉ MONDIAL MULTIPOLAIRE? 1- Le premier défi de l'Europe: le défi énergétique 2- Les conséquences désastreuses de l'absence de gouvernement économique européen 2.1- Absence de consensus sur les éléments-clé de la politique économique 2.2- Les fondements différenciés de la croissance des pays membres 2.3- Une conception différenciée du rôle du secteur public et des finalités sociales 2.4- Le fàcteur de discorde de la politique agricole commune 2.5- Une politique industrielle dissemblable et concurrente 2.6- Des économies fortement dépendantes à autonomie limitée 2.7- L'absence de solidarité face à la crise mondiale; consensus à minima 19 la recherche d'un

3- La solidarité économique et tinancière mise à J'épreuve; l'apparition d'un "rideau de fer financier" entre J'Europe dc l'Est et l'Europe de l'Ouest 4- La tectonique du marché mondial joue à long terme contre l'Europe 5- Les risques démesurés d'un euro f'Ortà long terme 5.I-L'appréciation de l'euro et ses conséquences en Europe et dans le monde 5.2-Les convulsions de l'euro provoquées par la crise mondiale 6- Les ambigüités d'une politique migratoire commune en contradiction avec la structure démographique du continent 7- L'hypothèse d'un marché transatlantique et le risque de dilution de l'Europe 8- Les ambigüités de la politique industrielle et commerciale allemande 8.1- Le nouveau tropisme russe de l'économie allemande S.2-Un exemple de rivalité: J'affrontementlTanco-allemand des relations ferroviaires transcontinentales en matière de tTet pour la maîtrise

Chapitre VI - LE RECOURS A CERTAINES ARMES POUR SAUVEGARDER LES INTf~RÊTS ECONOMIQUES DES NATIONS 1- Le retour d'un patriotisme économique non avoué 2- Le recours aux fonds souverains comme arme offensive ou défensive 2.1- Leur origine et leur importance financière 2.2- Principes d'action en période de crise 2.3- La grande peur des pays occidentaux 2.4- Les moyens de rétorsion des pays occidentaux 3- Le recours aux armes conventionnelles: 3.1- Le recours à la dépréciation des monnaies ou du dumping monétaire 3.2- Le recours à l'arme de l'inflation pour alléger le fardeau de la dette des nations

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3.3- Le combat entre Etats pour l'imposition de normes fiscales ou bancaires avantageuses: du dumping fiscal au secret bancaire 3.4- La lutte pour la déstabilisation des Etats en vue de nuire à leurs intérêts économiques

CHAPITRE V[(- LE CHOC DES ENTREPRISES GÉANTES A VOCATION PLANÉTAIRE
1- Les nouvelles entreprises géantes planétaires 2-Modalités de prises de participation et nouveaux partenariats des nouveaux géants

2.1-Prises de participation et diversification 2.2- Nouveaux partenariats stratégiques 2.3- Partenariats occultes 2.4- Le défi lancé aux entreprises multinationales de l'Occident 2.5- l,es opportunités de riposte des entreprises occidentales en période de crise 3- Le "modèle WALLMART" et ses incidences sur la politique des Etats 4- La bataille des entreprises géantes planétaires a déjà commencé

CONCLUSIONS

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INTRODUCTION En novembre 2008, le monde apprenait que la Corée du Sud allait tenir désormais des Conseils de guerre économique chaque semaine dans un bunker, loin du peuple, pour définir la nouvelle stratégie économique du pays frappé par la crise mondiale et désamorcer ainsi les risques d'explosion sociale. En effet, quand la situation économique devient grave dans ce pays, la population a coutume de se soulever et de manifester violemment. Ce faisant, la Corée du Sud a envoyé un message clair au reste du monde: le monde est entré dans une phase active de guerre économique et de grande instabilité. JF KAHN dans son récent ouvrage "La faillite du mythe progressiste" a écrit: « Le monopolisme planétaire prend une ampleur qu'aucun conquérant antique n'aurait jamais imaginé ». Appliqué au monde économique actuel, cette affirmation prend un relief particulier. Aujourd'hui, les stratégies économiques des grandes puissances et des grandes entreprises sont devenues planétaires. Dans le village globalisé qu'Internet a l'acilité, le phénomène économique ne connaît plus de frontière et les imbrications et interconnexions servent tout aussi bien à la propagation rapide de la croissance qu'à celle des crises au niveau mondial. Cette dernière propagation avait été passée sous silence sur le plan théorique. On n'avait jusqu'ici voulu célébrer que les bienfaits de la mondialisation. Ce monde globalisé aurait pu représenter un pas décisif vers un progrès réel de l'humanité. Force est de reconnaître qu'il n'en va pas ainsi, et que son horizon présente d'épais nuages noirs, annonciateurs d'orages à venir. Le choc des inégalités, l'émergence de nouvelles puissances longtemps sousestimées, la luttc sans merci pour la conquête de nouveaux marchés, les rivalités entre nations eu égard à la maîtrise de ressources mondiales mal réparties et quantitativement limitées, l'expansion etlTénée de la déstabilisation et de la corruption devenues armes commerciales banalisées, ont transformé déjà notre monde en véritable champ de bataille, le rendant, à coup sûr, plus dangereux. La mondialisation n'a pas été et ne peut pas être l'univers pacifique dont certains ont pu parler. En ['absence de gouvernance mondiale, ce mode de fonctionnement planétaire non régulé est loin d'avoir profité à toutes les nations et à toutes les catégories sociales. Bien au contraire, les inégalités n'ont tait que s'accroître entre les nations et à l'intérieur des nations, tandis que la pression sur les réserves mondiales de matières premières et de produits de base a atteint un niveau jamais égalé dans l'histoire de l'humanité. Par réaction, certains commencent d'ailleurs à parler de "phénomène de démondialisation", autre univers aux antipodes du précédent, mais qui n'en est pas moins dangereux car il impliquerait le repli sur soi et l'exaltation des égoïsmes nationaux. La grande crise économique pousse d'ailleurs beaucoup de nations, même si elles s'en défendent avec ostentation, vers cette sorte de repli volontaire, vraisemblablement provisoire, comme en témoigne la dégradation sans précédent du commerce international pendant la crise. Comment en est-on arrivé là ? Déjà, le monde a du taire tace, en 2007 et en 2008, à une crise alimentaire sans précédent. A cet égard, l'ex-président américain Bill CLINTON a du reconnaître, 22

dans une réunion aux Nations Unies, le 23/10/2008, que « nous avions tous échoué car nous avions considéré les produits alimentaires comme une marchandise et non comme un droit vital des pays pauvres du monde à survenir à leurs besoins ». Courant mars et avril 2008, plus de trente pays émergents ont connu presque simultanément des révoltes ct des émeutes de la faim, d'une ampleur et d'une virulencc inégalées, suitc à une hausse moyenne du prix des demées alimentaires de base de l'ordre de 45%, en neuf mois seulement, selon la FAD (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture). Les progrès antérieurs contre la pauvreté et la malnutrition ont été battus en brèche par ces hausses de cours intempestives et inattendues atTectant tous les produits de base sans exception. Les responsables de la situation sont multiples: explosions démographiques, apparition d'une nouvelle demande vigoureuse provenant de la Chine et de l'Inde, phénomènes liés aux changements climatiques, à la tinanciarisation de l'agriculture mondiale, et aux désinvestissements flagrants en matière agricole (dont l'Europe est le meilleur exemple). Après un demi-siècle de progrès continus ct de recul de la pauvreté, le monde fait face à nouveau au spectre des famines et à une crise humanitairc. On ne pourra pas faire l'économie de la remise à plat de la gouvernance mondiale, car les pays les plus pauvres de la planète sont importateurs nets de produits alimentaires et que les cours mondiaux des produits agricoles sont appelés à augmenter à long terme dans le monde. Certes, les cours ont provisoirement rechuté à cause de la crise mondiale, mais il est probable que ce ne soit que pour une courte durée. Le problème reste entier à terme, car il n'est pas résolu. La grave crise économique mondiale est appelée au contraire à rendre ces problèmes plus aigus, car elle en retarde les solutions, en canalisant désormais les ressources financières de notre monde vers d'autres fins, en investissant des ccntaines de milliards de dollars dans des plans de relance et dans les systèmes bancaires mondiaux, lesquels, en conséquence, ont été les premiers à se relever de la crise dès le printemps 2009, laissant les secteurs de l'économie réelle cn pleine tourmente. Le sommet du millénium qui ambitionnait de diviser par deux le nombre de personnes fTappées de sous-nutrition dans le monde ne sera pas vraisemblablement atteint. Au même moment, on a assisté au débordement d'un hyper capitalisme opportuniste et incontrôlé, à la recherche de profits immédiats, qui, grâce à des produits financiers sophistiqués, à la mise en œuvre débridée de "hedge tùnds", de fonds de pension, de structures de reprise d'entreprise avec effet de levier (LBO), a amené l'économie mondiale sur le chemin d'une grave crise et d'une récession profonde, mettant en jeu les fondements de nos sociétés. L'enrichissement hystérique d'une minorité de spécialistes financiers a ainsi précipité le monde vers la plus grande crise financière et économique depuis 1929. Les banques, au cœur de cette débâcle, ont tàit l'objet de plans de sauvetage massifs et inédits. Cette crise a un coût inconnu qui se chiffTera sans nul doute par plusieurs milliards de dollars. Déjà le Fonds Monétaire International (FMI) avait chiffTé ce coût à 945 milliards de dollars, avant la seconde tourmente de septembre 2008. En avril 2009, Ic FMI a revu fortement à la hausse son estimation des pertes totales des banques dans Ic monde dont le montant s'élèverait à 4000 milliards de dollars, prévision qui impliquerait un doublement des pertes des banques dans le monde d'ici 2010. Les pays participant 23

au G20 de Londres ont estimé à 5 000 milliards de dollars le montant déjà investi dans le système bancaire par les Etats. Mais il ne s'agit, dans tous les cas, que d'une partie de l'iceberg, car ces évaluations excluent ]e coût subséquent infligé à l'économie mondiale, à commencer celui lié à la contraction du PIB mondial prévue déjà pour 2009, et vraisemblablement au-delà dans de nombreux pays.

Le coût humain de cette crise n'est vraisemblablement pas encore chiffrable, pourtant il existe bel et bien. Le BIT (Bureau International du Travail) prévoit de son côté un accroissement de 18 à 30 millions de chômeurs à travers le monde entre 2007 et 2009, et même de 51 millions, si la situation continuait à se dégrader. Le taux de chômage mondial qui était de 6% en 2008 devrait passer à 7,1% en 2009, sans
prendre en compte le nombre de travailleurs

Compte tenu de la crise, les populations vivant avec moins de 2 dollars par jour pourraient représenter 45% de la population active ayant un emploi, et la proportion
de travailleurs en situation population dans le monde. d'emploi vulnérable pourrait atteindre 53% de la

pauvres dans les pays dits du " Sud".

Des déséquilibres économiques massifs, inimaginables il y a encore quelques mois,
vont se produire. Ainsi le seul Plan OBAMA d'un montant de 787 milliards de dollars, va faire exploser la dette et le déficit publics américains dans des proportions inégalées. Dans un tel contexte de débâcle, nul ne sait comment les déséquilibres entre pays pauvres et riches, pays du Sud et pays du Nord, seront comblés un jour, s'ils le sont. Le monde est entré dans une ère de turbulence économique extrême, qui devrait appeler des solutions mondiales et même une gouvernance mondiale, laquelle
est jugée prématurée. Le doute s'est emparé du monde qui cherche ses nouveaux repères et qui sait que son avenir ne sera ni la répétition du passé, pas plus qu'il ne sera une époque de rapports paisibles. Keynes et ses préceptes macroéconomiques sont redevenus d'actualité après des décennies d'éclipse, même si l'Europe communautaire, contrairement aux Etats-Unis, tout en refùsant de relancer vigoureusement sa consommation dans un premier temps, et en axant sa stratégie sur la relance du seul investissement, en a fait un usage limité. En moins de vingt ans, les deux grandes utopies qui voulaient dominer le monde, l'économie centralisée de type soviétique, et l'économie libérale dérégulée basée sur les seules forces des marchés, se sont effondrées. Un autre type de capitalisme et de relations économiques reste à inventer impliquant inéluctablement un nouveau rôle actif de l'Etat, garant des grands équilibres et des intérêts de chaque nation. Des liens existent entre toutes ces crises. Certains ont même été jusqu'à démontrer un lien rationnel entre la pénurie des économies fossiles (dont ]e libéralisme triomphant a fait un usage abusif et incontrôlé, trop affairé qu'il était par la recherche de profits à court terme toujours plus élevés) et celui de l'éclatement de la crise financière et économique. Il s'agirait donc d'une crise globale et non seulement économique. Il y a certainement beaucoup de bon sens dans une teHe approche, et, en conséquence, les efforts à mettre en œuvre sont colossaux. Certains experts, encore plus pessimistes (école dite des "Doomsday boys"), prétendent que le pire est à venir et que le système capitaliste essoufflé va s'effondrer obéissant à une "sorte de

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pulsion morbide inéluctable" (thèse notamment de Bernard MORIS et de Gilles DOSTALER). Dans son ouvrage "Le cygne noir", l'ancien trader NASSIM NICHOLAS TALER est allé même jusqu'à prétendre que le monde est dominé par l'extrême, l'inconnu permanent et le phénomène de l'improbable. Notre univers, au cours des ans, est devenu il est vrai imprévisible et instable. En effet, malgré toutes les approches théoriques trop souvent optimistes, malgré le mythe des bienfaits de la mondialisation, ce monde n'évolue pas vers une plus grande homogénéité, mais au contraire vers des situations de plus en plus contradictoires, où le choc des intérêts antagonistes des nations et des grandes entreprises, en vue de la domination du monde, deviendra la norme. C'est pourquoi ce monde d'antagonismes est devant nous. L'affrontement est inhérent au système capitaliste, et la prophétie du grand économiste français, François PERROUX, n'a jamais été aussi vraie: « le capitalisme est un mot de combat ». La guerre économique, qui commence à peine, ne peut que s'amplifier. Dans un livre retentissant, "l'Epaisseur du monde", François HElSBOURG (Président du "International Institute for Strategie Studies" de Londres) a pu parler de l'existence d'un "monde sans maître", monde qui n'a jamais été aussi périlleux, avec un décalage phénoménal entre des situations macro économiques et financières flamboyantes (avant la crise actuelle) et un environnement géopolitique préoccupant et incontrôlable, caractérisé par des désordres planétaires, eux aussi globalisés. Entre 1970 et 1990, seule une partie de la planète était entrée dans l'ère de l'internationalisation des échanges, et pendant longtemps, l'empire soviétique avait soustrait la moitié de ce monde aux exigences et aux règles des échanges internationaux, créant une organisation spécifique, le COMECON (Organisation d'entraide des ex pays communistes, créé par Staline), qu'il dominait entièrement. rI n'en va plus ainsi aujourd'hui, et l'économie s'est mondialisée, poussée par l'appétit des puissances et nourrie par les révolutions des nouvelles technologies. Ce monde débridé, dérégulé à outrance, échappant aux contraintes et aux règles du passé est devenu pourtant plus dangereux. Même les chefs d'entreprise, réunis en 2007 à DAVOS (siège de la Conférence annuelle des décideurs mondiaux), avant la crise actuelle, avaient soutenu le besoin d'une régulation de la mondialisation de l'économie. ris en avaient perçu les dangers. Parmi les antagonismes majeurs qui vont caractériser la guerre économique de demain, il faut citer, au premier chef, l'inégale répartition des richesses dans le monde et l'inégalité subséquente qu'cHe engendre entre nations. Cela est déjà vrai en ce qui concerne l'appropriation des ressources non renouvelables, puisque une minorité de la population du globe, soit 20% environ, consomme déjà 80% des ressources totales, de sorte que l'on peut parler d'une préemption de la majorité des ressources par une minorité de citoyens de la planète. Un développement harmonieux de notre planète s'avère impossible dans ces conditions. D'aucuns, comme les disciples de Nicholas Georgescu ROEGEN, affirment, haut et fort, que le type et la consistance de développement économique actuel que nous connaissons est à terme "insoutenable", et que cela va entraîner un changement radical et obligatoire de nos modes de vie occidentaux. Cela ne se fera pas sans mal, car ce 25