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Les phénomènes de frontière dans les pays tropicaux

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Les frontières pionnières sont un thème central dans les recherches du célèbre géographe français Pierre Monbeig. À l’occasion du colloque Les Phénomènes de « frontière » dans les pays tropicaux, tenu du 12 au 15 décembre 1979, plus de quarante intervenants ou auteurs de communication – dont notamment Claude Bataillon – ont rendu hommage à ce spécialiste de l’Amérique du Sud. Cette rencontre est le résultat de recherches menées au cours des années 1970, dont résultent les sujets comme le développement des frontières pionnières, ou encore les politiques d’État liées aux opérations industrielles. L’un des problèmes majeurs soulevé ici est la destruction de l’environnement, due à la constante expansion de l’agriculture qui menace les écosystèmes d’Amérique latine. Les évolutions technologiques sont ici vues comme mettant en péril le monde du travail, qui a alors moins besoin de main-d’œuvre qu’auparavant pour une plus grande production. Les membres de ce colloque prouvent que le sujet des phénomènes de frontières est encore d’actualité, et démontrent que les fronts pionniers sont dans une recherche constante de ressources non utilisées, cherchant sans cesse à se développer au dépend de certains écosystèmes. Il n’est pas inutile de rappeler que l’Amazonie est l’une des dernières régions encore sauvage, mais elle disparaît peu à peu sous l’avancée inexorable des frontières pionnières.


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Couverture

Les phénomènes de frontière dans les pays tropicaux

Table ronde organisée en l’honneur de Pierre Monbeig

Centre de recherche et de documentation sur l’Amérique latine (dir.)
  • Éditeur : Éditions de l’IHEAL
  • Année d'édition : 1981
  • Date de mise en ligne : 7 mars 2014
  • Collection : Travaux et mémoires
  • ISBN électronique : 9782371540255

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Référence électronique :

CENTRE DE RECHERCHE ET DE DOCUMENTATION SUR L’AMÉRIQUE LATINE (dir.). Les phénomènes de frontière dans les pays tropicaux : Table ronde organisée en l’honneur de Pierre Monbeig. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de l’IHEAL, 1981 (généré le 26 mars 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/iheal/1375>. ISBN : 9782371540255.

Édition imprimée :
  • Nombre de pages : VII-456
 

© Éditions de l’IHEAL, 1981

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Sommaire
  1. Table ronde

    Jean-Pierre Berthe
    1. AUTEURS DE COMMUNICATIONS ET D’INTERVENTIONS
  2. Introduction : Pourquoi ce colloque ?

    Claude Bataillon
    1. I. Les zones pionnières aujourd’hui
    2. II. Zones pionnières et déséquilibres écologiques
    3. 3. Zones pionnières et frontières politiques
  3. Première partie. Situation des fronts pionniers dans le monde tropical

    1. The frontier in Latin American history

      Alistair Hennessy
    2. Continuités et discontinuités dans la colonisation du Piémont amazonien des Andes

      Thierry Saignes
      1. I. L’organisation écologique et les stratégies d’accès dans le cadre des chefferies
      2. II. Les expansions impériales
      3. III. La frange pionnière
      4. Conclusions
    3. Pioneiros e fronteiras. O desenvolvimento do vale de Itajai-Açu, 1850-1900

      (résumé de la communication)

      George P. Browne
    4. Les mouvements pionniers en Amérique Latine

      Pierre Monbeig
    5. La colonisation des terres neuves en Afrique Tropicale : réflexions sur quelques travaux récents

    1. Jean-Pierre Raison
    2. Note sur les zones pionnières en Asie du Sud-Est

      Jean Delvert
      1. I. Zones pionnières de « lisière »
      2. II. Mindanao
      3. III. Sumatra – Kalimantan – Sulawesi
      4. IV. Malaysia Occidentale
    3. Quelques remarques à propos des déplacements de population en Asie du Sud-Est continentale

      Christian Taillard
    4. Discussions et commentaires

  1. Deuxième partie. Frontières agricoles et mouvements pionniers

    1. (A) Fronts de spéculation et rôle du marché

      1. Les systèmes de cultures traditionnels et les phénomènes pionniers en Afrique tropicale

        Henri Nicolai et Guy Lasserre
        1. I. Les phénomènes pionniers spontanés
        2. II. Les fronts de colonisation suscitée, orientée, dirigée
      2. Les Mossi à la rencontre de la Grande Brousse (Région de Dédougou, Haute-Volta)

        Gérard Remy
        1. Les terres neuves. Un don de l’histoire
        2. La ruée mossi
        3. Des courants migratoires individualisés
        4. Vers un nouveau « chez-soi »
        5. Vers un paysage social et géographique familier
        6. Une économie rurale plus prospère
      3. Colonisation de l’Amazonie Maranhense

        Martine Droulers et Patrick Maury
        1. Introduction
        2. 1. Les mouvements de peuplement
        3. 2. Les facteurs socio-politiques de structuration de l’espace maranhense
        4. L’aristocratie terrienne et le vertige industriel
        5. Usineiros et technocrates
        6. 3. Encadrement de la colonisation et transformation du paysage agricole
        7. Conclusions
      4. Population, développement agricole et occupation de l’espace rural en Amérique Latine

        Jacques Chonchol
        1. 1. La période d’expansion de l’agriculture d’exportation
        2. 2. La période contemporaine (de 1930 à nos jours)
        3. Conclusions
      5. Note à propos des fronts d’expansion de l’agriculture. Le cas du Brésil (café)

        Ivan Jorge Bartolucci
      6. Discussions et commentaires

    1. (B) Mouvements pionniers et écologie

      1. Frontières contemporaines en Amazonie brésilienne : quelques conséquences sur l’environnement

        Hilgard O’Reilly Sternberg
        1. Perception et évaluation des ressources
        2. La « vente » du développement
        3. La richesse humaine
        4. La frontière pastorale contemporaine
        5. La frontière énergétique
        6. Le défi d’une nouvelle frontière
      2. Colonisation et écodéveloppement

        Igancy Sachs
        1. Pourquoi écodéveloppement ?
        2. Eléments pour une stratégie de colonisation
        3. En guise de conclusion
      3. Perspectivas de desenvolvimento e meio ambiente: o caso do Brasil

        Fernando Henrique Cardoso
        1. Introdução
        2. O Modelo Econômico e a Questão Energética
        3. A Questão Urbana
        4. A ocupação de novas áreas : a Amazônia
        5. Notas finais
      4. Discussions et commentaires

    2. (C) Rôle respectif de l’Etat, des entreprises publiques et privées

      1. La colonisation récente de l’Amazonie brésilienne : Le rôle de l’Etat et des entreprises publiques et privées

        J.M.G. Kleinpenning
        1. I. Introduction
        2. II. Le programme de colonisation agricole à l’échelle familiale
        3. III. Le programme de développement de l’agriculture et de l’élevage à grande échelle
        4. IV. Le bilan de la politique de développement : développement du sous-développement
      2. Dynamique pionnière et organisation de l’espace au Brésil

        Raymond Pebayle
        1. 1. Les caractères de la dynamique pionnière
        2. 2. Dynamique pionnière, organisation et aménagement de l’espace
      3. La colonización Del trópico mexicano. Una primera evaluación

        Ivan Restrepo
        1. I. Antecedentes
        2. II. Los alcances del estudio
        3. III. Factores que intervienen en la colonización
        4. IV. La colonización del sureste : ¿ solución a la demanda de tierras, oferta le empleo y crisis de alimentos básicos ?
        5. V. La colonización espontánea
        6. Anexo 1 : Estudio de Casos
        7. Anexo 2 : Algunos de los lugares visitados en el trabajo de campo y sobre los cuales se posee information directa y de fuentes convencionales
      4. The state and regional development: some comparative experiences from Mexico and Brasil

        Elizabeth A. Allen
      5. Discussions et commentaires

  1. Troisième partie. Nouvelles stratégies de la mise en valeur pionnière

    1. (A) Grands aménagements et modèles techniciens

      1. Technologie, développement et fronts pionniers en Amérique latine. Deux exemples

        Paul-Yves Denis
        1. A – Un exemple costaricain
        2. Β — Un projet de complexe agro-alimentaire intégré dans l’« aire pionnière intercalaire » de l’Anzoategui
      2. Aménagements hydrauliques au Brésil : « Frontières » sans pionniers ?

        Hervé Théry
        1. De la lutte contre la sécheresse à l’irrigation
        2. Une réorientation du programme d’irrigation ?
        3. Les grands équipements hydroélectriques et leurs effets
        4. Grands aménagements techniques et phénomènes pionniers
      3. Les avances pionnières du tourisme international dans le Tiers-Monde : Réflexions sur un système décisionnel multinational en cours de constitution

        Georges Cazes
      4. Le tourisme international. Un nouveau « front pionnier » dans les pays tropicaux

        Exemple des initiatives publiques et privées au Mexique

        Erdmann Gormsen
      5. Les gisements de pétrole du Piémont Andin : fronts pionniers ou enclaves ?

        Les cas du Pérou et de l’Equateur

        Claude Collin-Delavaud
        1. 1. Le gisement péruvien, double « frontière »
        2. 2. Le pétrole équatorien et le front pionnier amazonien
      6. Une nouvelle colonisation industrielle : impact des grands aménagements, travaux et industries en milieu rural

        Jean Revel-Mouroz
        1. I. L’INTRUSION DES GRANDS AMENAGEMENTS
        2. II. LA CROISSANCE DES NOUVEAUX FOYERS INDUSTRIELS-URBAINS : UNE INCITATION AU DEVELOPPEMENT AGRICOLE ?
        3. III. CREATION D’EMPLOIS ET MOUVEMENTS MIGRATOIRES
        4. Conclusion
      7. Discussions et commentaires

    1. (Β) Frontières politiques et frontières de colonisation

      1. Création d’une frange pionnière sur les rives du canal de Panama

        Le problème posé par l’élimination de la couverture végétale du bassin hydrographique de la voie interocéanique

        Omar Jaen Suarez
        1. 1. Introduction
        2. 2. Les mouvements pionniers à Panama
        3. 3. Le bassin du fleuve Chagres
        4. 4. Les défrichements du bassin du Chagres : 1527-1940
        5. 5. L’émigration paysanne à partir de 1940
        6. 6. Les mécanismes de la frange pionnière
        7. 7. Les menaces pour le Canal de Panama
        8. 8. Les nouveaux traités avec les Etats-Unis
        9. 9. Conclusion
      2. Frontière politique et frontières de colonisation : les marges occidentales du bassin de Maracaïbo

        Didier Ramousse
        1. Une frontière disputée
        2. Frontières de colonisation
        3. Frontière, pétrole et géopolitique
        4. Quel avenir pour les régions frontalières du Bassin de Maracaïbo : Conflit ou intégration ?
      3. Conflits frontaliers en Amérique Centrale

        Michel Demyk et Noëlle Demyk
        1. 1. Les projets de canal interocéanique et le litige frontalier entre le Nicaragua et le Costa Rica
        2. 2. Les conséquences de l’expansion des plantations bananières nord-américaines dans les secteurs frontaliers d’Amérique Centrale
        3. 3. La guerre entre le Honduras et le Salvador
        4. 4. Colonisation et enjeux frontaliers dans le nord Guatémaltèque
        5. Conclusion
      4. Frontières politiques et frontières de colonisation

        Le Brésil et ses voisins

        Hélène Rivière d’Arc
        1. Les différentes approches de la notion de frontière, actuellement en vigueur en Amérique du Sud
        2. Frontières politiques et frontières de colonisation :
        3. Un tour d’horizon des régions frontalières du Brésil et de quelques-uns de ses voisins
        4. La région frontalière Brésil - Paraguay comme exemple limite
      5. Le Comité International du Mékong : du chemin de la réussite à celui de l’échec

        Christian Taillard
        1. 1. La réussite : une politique d’études et de coordination (1957-1968)
        2. 2. L’ECHEC : tentative d’une politique d’intégration (1968-1975)
        3. 3. Les tentations d’une bureaucratie supra-nationale
      6. Discussions et commentaires

  1. Conclusion et discussion générale

    1. Phénomènes pionniers et problèmes de frontières : quelques remarques en guise de conclusion

      Olivier Dollfus
      1. D’un système à un autre système
      2. Les deux démarches
    2. Questions sur la communication d’Olivier Dollfus

      Françoise Scazzocchio
    3. Discussion générale

Table ronde

Jean-Pierre Berthe

AUTEURS DE COMMUNICATIONS ET D’INTERVENTIONS

1Elizabeth ALLEN (Institute of Latin-American Studies, University of Glasgow)

2Ivan J. BARTOLUCCI (IRFED, Paris)

3Claude BATAILLON (Université Toulouse Le Mirail. GRAL-CNRS)

4Jean-Pierre BERTHE (IHEAL-CREDAL)

5Jeanine BRISSEAU (Université de Pau)

6George BROWNE (Universidade Federal de Santa Catariná. Florianópolis)

7Wolfgang BRUCHER (Université de Saarbrücker R.F.A.)

8Fernando Henrique CARDOSO (C.E.B.R.A.P.)

9Georges CAZES (Université de Reims)

10Jacques CHONCHOL (IHEAL-CREDAL)

11Anne COLLIN DELAVAUD (Université de Paris VIII-CREDAL)

12Claude COLLIN DELAVAUD (Université de Paris VIII-CREDAL)

13Michel DEMYK (CREDAL)

14Noëlle DEMYK (Université de Paris VII-CREDAL)

15Olivier DOLLFUS (Université de PARIS VII)

16Martine DROULERS (Université de Joâo Pessoa-CREDAL)

17Peter FLYNN (Institute of Latin American Studies, University of Glasgow)

18Romain GAIGNARD (Université de Toulouse Le Mirail)

19Pierre GEORGE (Université de Paris I)

20Erdmann GORMSEN (Université de Mainz)

21Raul GUERRERO (Université Paul Valéry - Montpellier)

22Alistair HENNESSY (Université de Warwick)

23Omar JAEN (Université de Panama)

24Jan KLEINPENNING (Université de Nijmegen)

25Guy LASSERRE (CEGET)

26Patrick MAURY (CREDAL)

27Luciano MARTINS (CREDAL)

28Pierre MONBEIG (IHEAL-CREDAL)

29Henri NICOLAI (Université Libre de Bruxelles)

30Hilgard O’REILLY STERNBERG (Université de Berkeley)

31Raymond PEBAYLE (Université de Bretagne Occidentale. Brest)

32David PRESTON (Université de Leeds)

33Jean-Pierre RAISON (EHESS)

34Didier RAMOUSSE (CREDAL)

35Ivan RESTREPO (CECODES - Mexico)

36Gérard REMY (EHESS)

37Jean REVEL-MOUROZ (CREDAL)

38Hélène RIVIERE D’ARC (CREDAL)

39Thierry SAIGNES (Casa de Velazquez)

40Gilles SAUTTER (Université de Paris I)

41Ignacy SACHS (EHESS, CIRED)

42Françoise SCAZZOCHIO (Université de Cambridge)

43Graciela SCHNEIER (CREDAL)

44Christian TAILLARD (CEDRASEMI)

45Hervé THERY (CREDAL)

46Secrétariat de rédaction : Hélène LE DOARE

Introduction : Pourquoi ce colloque ?

Claude Bataillon

1Ce colloque a été réuni pour témoigner une amitié à Pierre Monbeig. N’est-ce pas plus et mieux que de lui rendre hommage ? Cette ambiance même permet de commencer par quelques propos impertinents à l’égard d’un homme paradoxal, attachant. Voici un administrateur qui a consacré de longues années à faire vivre l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine et des années lourdes, peut être, à gérer les Sciences Humaines au Centre National de la Recherche Scientifique. Tous ceux qui ont connu cette administration savent que peu d’hommes ont moins dit aux autres ce qu’ils devaient faire. Ceux qui voulaient un gestionnaire restaient sur leur faim.

2Et voici en même temps un scientifique de classe : nous a-t-il jamais mitraillés de ses articles et tirés à parts ? Avons-nous dû courber la tête sous le tir de ses livres-pavés ?1 Ses collègues ou ses élèves savent comment il converse et que c’est à partir de ces conversations que se forme son rôle scientifique. Je crois que, plus encore, il sait lire et écouter.

3Il a su aider beaucoup d’entre nous à prolonger et à critiquer notre propre pensée. Quelques incidentes dans un dialogue, quelques mots ou quelques points d’interrogation en marge d’un brouillon, ont permis parfois d’ouvrir largement une porte sur un nouveau panorama là où l’on n’osait qu’apercevoir un rai de lumière dans la fente d’un mur. Grâce à quel outil aide-t-il à ouvrir cette brèche ? Grâce à quelques lectures proposées, à quelque contact établi, hors de la discipline de l’interlocuteur parfois.

4Mais surtout en ne restant jamais dans la ligne : la réponse vient toujours à côté du propos, en contre partie, en plus. Il ne s’agit pas de prendre le contre pied, d’affronter l’interlocuteur. Beaucoup plus important, ne s’agit-il pas de saisir le décalage dans l’enchaînement des vérités et toujours d’aller voir l’envers des choses ? Ce qui est affirmé comme schéma structuré par son interlocuteur sera recadré par Monbeig dans une autre perspective, repeint, éclairé à nouveau afin que le sens se démultiplie, que la ligne se brise. Ainsi à partir d’un mot, à bâtons rompus, en association d’idées, le fortuit surgit, s’impose. Ceci relève de l’art de regarder et d’écouter, qui n’est rien s’il ne conduit à voir et à entendre : certains d’entre nous ont ainsi senti qu’ils étaient entendus. Cet art se fonde sur un privilège de plus en plus rare : celle de prendre son temps coûte que coûte.

5De multiples remarques ont illustré cet art au cours de ce colloque. Mais s’agit-il d’un don inné ? Ou l’a-t-il appris grâce à son long commerce avec l’Amérique Latine, avec le Brésil ?

6Le présent colloque rassemble les résultats d’une série de recherches menées au cours de la décennie 1970 sur plusieurs thèmes qui se sont révélés féconds et qui s’appuyaient les uns les autres : réévaluations de la dynamique des zones pionnières ; insertion de grandes opérations industrielles ou énergétiques dans les politiques étatiques – souvent dans des zones pionnières mais pas nécessairement ; politiques des Etats vis à vis de leurs zones frontalières, où le mot français de frontière doit être employé à la fois dans le sens de zone marginale en expansion et dans celui de limite où se fixe la souveraineté. On ne saurait s’étonner que ces thèmes aient trouvé un terrain d’étude privilégié en Amérique Latine et, dans celle-ci, au Brésil et au pourtour de celui-ci. L’enrichissement est venu d’éclairages historiques et de multiples comparaisons à l’échelle mondiale2.

I. Les zones pionnières aujourd’hui

7Qu’est-ce qu’une terre sans maître ? Les comparaisons inter-continentales sont particulièrement enrichissantes pour éclaircir la notion juridique de terre vide. Qu’un territoire soit considéré comme vide et destiné à être peuplé ne relève pas d’une simple constatation de fait, au regard des densités de population. Il s’agit d’une situation juridique et il est essentiel de savoir qui dit le droit en la matière, et quel droit est prêt à respecter les populations concernées. On s’aperçoit alors que le droit foncier est un domaine particulièrement sensible dans les zones « vides », où peuvent s’opposer principalement d’une part l’ensemble des coutumes, fondées sur l’ancienneté de l’usage et en conséquence sur les garanties accordées aux occupants par les puissances surnaturelles, et, d’autre part, la loi de l’État qui s’accorde le privilège de gérer ou d’attribuer au nom de la collectivité nationale ce qui est considéré comme une ressource naturelle. En Afrique Noire, où le poids de la tradition est presque intact, nulle terre n’est sans maître coutumier et l’affirmation par la Haute-Volta (Remy) d’un droit de la nation et des citoyens sur les terres vides est une exception. Au contraire le respect des droits coutumiers des populations est rarement préservé en Amérique Latine face à la loi de type moderne et à ceux qui en ont l’usage.

8Création d’un système agricole ? Si l’hypothèse la plus simple est que se crée une agriculture nouvelle dans une zone pionnière, elle se heurte à un ensemble de réalités beaucoup plus complexes. Tout d’abord bien des colonisations paysannes sont voulues par les colons et tolérées par les autorités comme la simple reproduction du système agricole traditionnel en vigueur. Nombreux sont les cas de ce genre en Afrique et l’on remarque par exemple que les Mossi (Haute-Volta), transformés en colons, améliorent notablement leur niveau de vie par rapport aux zones très peuplées aux sols détériorés d’où ils viennent.

9Mais il est plus important de constater combien les projets techniques et politiques de modernisation dans les zones pionnières peuvent subir de distorsions par rapport aux choix initiaux. L’évaluation des effets réels de ces projets dépend très largement des dimensions de l’espace considéré et du recul de temps dont on dispose pour juger. Aussi bien les projets eux-mêmes expriment rarement de façon univoque les buts principaux d’une opération. Ceux-ci subissent des changements conjoncturels en cours d’exécution et les effets ne sauraient être rapportés aux seuls buts annoncés, mais doivent être replacés dans de plus vastes contextes. Ainsi la nature des productions de l’agriculture et de l’élevage est souvent réorientée selon la conjoncture du marché international, selon les objectifs nationaux d’auto-suffisance ou d’exportation, mais aussi selon les profits espérés tant par les producteurs que par les intermédiaires.