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Les politiques publiques d'accueil d'événements sportifs

225 pages
De plus en plus de stations touristiques, de villes, de régions, voire de nations cherchent à accueillir des événements sportifs. Elles y voient la possibilité d'un marketing et d'un développement territorial intéressant. Cet ouvrage est consacré aux nouvelles politiques publiques d'accueil et d'organisation d'événements sportifs. Il montre leur émergence et fournit un cadre d'analyse théorique du point de vue de la science politique et du marketing.
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LES POLITIQUES PUBLIQUES D'ACCUEIL D'ÉVÉNEMENTS SPORTIFS

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01469-0 EAN:9782296014695

Ouvrage coordonné par

Jean-Loup Chappe let

LES POLITIQUES PUBLIQUES D'ACCUEIL D'ÉVÉNEMENTS SPORTIFS
dans le cadre du projet SENTEDALPS (Sports Events Network for Tourism and Economic Development in the Alpine Space) Réseau transfrontalier pour le développement touristique et économique de l'arc alpin au travers d'événements sportifs Interreg III B

Préface de Jean-Jacques

Schilt

L'Harmattan 5-7, rue de I'École-Polytechnique ~75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- RDC

OUVRAGES DU MEME AUTEUR

Le Système olympique. Presses universitaires de Grenoble, Collection Sport en questions, Grenoble. 1991. Le management du sport, une approche internationale. Comité international olympique, Documents du Musée olympique, Lausanne. 1996. Strategic and Performance Management of Olympic Sport Organisations. Human Kinetics, Champaign, Illinois. 2004. (Avec Emmanuel Bayle).

Couverture: Sophie Chappelet Mise en page: Myriam Gulfo Révision du manuscrit: Elisabeth Gobalet

TABLE DES MATIERES Préface Jean-Jacques Schilt Ville de Lausanne L'émergence des politiques publiques d'accueil d'événements sportifs Jean-Loup Chappelet Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), Lausanne

7

9

Proposition de cadrage théorique pour une analyse des politiques d'accueil systématique de grands événements sportifs Stéphane Nahrath, Roch Schenk et Peter Knoepfel 31 Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), Lausanne La Savoie sportive: les effets des événements sportifs sur le territoire Rémy Charmetant Agence touristique départementale de la Savoie, Chambéry Les Jeux de Turin 2006 : quel héritage pour le développement territorial? Alfredo Mela, Silvia Crivello et Domenico de Leonardis Ecole polytechnique de Turin Egidio Dansero Université de Turin Innovation et repositionnement du secteur touristique en province de Turin à l'occasion des Jeux olympiques d'hiver Torino 2006 Mario Burgay Service Tourisme et Sport, province de Turin

53

63

81

Le marketing territorial événementiel Alain Ferrand et Nicolas Chanavat Centre de recherche et d'innovation sur le sport, Université Claude Bernard Lyon 1 La politique événementielle sportive en Rhône-Alpes: analyse prospective Jean-Luc Garde Sport, Jeunesse et Vie associative, Conseil régional Rhône-Alpes, Lyon

91

133

Politique du tourisme et événements sportifs valaisans François Seppey Service de l'économie et du tourisme, canton du Valais
La labellisation ou l'adaptation d'un système qualité pour les événements sportifs Nancy Favre Institut de hautes études en administration publique (IDREAP), Lausanne Lausanne, capitale olympique: dix ans de politique publique Nicolas Pittet Service des sports de la Ville de Lausanne Un cadre stratégique d'accueil des manifestations sportives internationales au Canada: une étude de cas Eric Savard et Marc Bernier Organisports, Québec Durabilité de l'événementiel sportif: quelles implications pour les collectivités territoriales? Christophe Clivaz Institut Economie & Tourisme, Haute Ecole valaisanne (REVs), Sierre Les auteurs

139

155

175

185

199

223

6

Préface Jean-Jacques Schilt Ville de Lausanne La ville de Lausanne, capitale olympique, siège du Comité international olympique (CIO) depuis 1915, est également le siège de nombreuses fédérations sportives internationales, européennes ou mondiales. Elle construit actuellement, avec le canton et le CIO, une Maison du sport international, qui pourra abriter plusieurs fédérations dès l'été 2006. La Municipalité est heureuse que la ville soit la capitale mondiale administrative du sport. Mais elle n'entend pas qu'elle soit seulement cela! Elle veut que le sport y soit pratiqué et admiré! Elle mène une politique active pour accueillir chaque année au moins une grande compétition (championnat du monde, championnat d'Europe). C'est dire que nous avons une grande expérience en matière de recherche et d'organisation d'événements sportifs. Le hasard du calendrier fait que nous venons d'enregistrer en juin 2005, alors que se déroule la conférence internationale consacrée aux politiques publiques d'accueil et d'organisation de manifestations sportives, la décision de l'Union européenne de gymnastique de nous confier l'organisation des Championnats d'Europe de gymnastique artistique en mai 2008. Ce sera, pour cette discipline, le dernier grand rendez-vous avant les Jeux olympiques de Pékin. Les concurrents étaient pourtant de taille, puisque la candidature lausannoise a été préférée à celles d'Amsterdam et d'Helsinki. Comme vous le savez, l'organisation d'événements sportifs fait l'objet, depuis une quinzaine d'années, d'une vive concurrence, d'une concurrence de plus en plus vive même, entre les villes et les régions du monde. Un grand événement sportif est un facteur de développement touristique et économique, il constitue un motif de promotion et une vitrine pour la ville qui l'organise. Le nombre de candidatures que le CIO enregistre pour l'organisation des Jeux olympiques illustre bien l'importance que représente, pour une ville ou une région, la tenue d'un grand événement sportif. La

compétition entre villes candidates, les moyens engagés pour convaincre font oublier qu'il y a vingt ou trente ans, à un moment où l'enjeu était autre, seules une ou deux villes étaient candidates, dans une discrétion qui étonne aujourd'hui. La concurrence est de plus en plus vive, nous en avons fait plusieurs fois l'expérience ces dernières années lorsque notre candidature n'a pas été retenue. C'est pour cette raison que, à l'instar de Lausanne, de plus en plus de villes, de régions et de pays mettent sur pied des politiques visant à organiser de grands événements sportifs comme culturels. Cet ouvrage est issu de la conférence internationale tenue sur ce thème à Lausanne le 22 juin 2005. Un événement de plus parmi les nombreux organisés chaque année dans la capitale olympique.

8

L'émergence des politiques publiques d'accueil d'événements sportifs Jean-Loup Chappelet Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), Lausanne

Introduction

Sport et compétitions sont toujours allés de pair. Mais, depuis une quarantaine d'années, beaucoup de compétitions sportives sont devenues des événements médiatisés à un niveau national ou international. Du fait de ces retombées médiatiques et aussi économiques (vu l'afflux de participants et de spectateurs), beaucoup de stations touristiques, de villes, de régions et même de pays cherchent aujourd'hui à accueillir régulièrement de tels événements. De plus en plus de démarches coordonnées se mettent en place pour attirer et organiser systématiquement sur un territoire particulier des manifestations sportives (et aussi culturelles). Ces démarches impliquent à des degrés variables pouvoirs publics et milieux privés. Le but de cet article est de montrer que, depuis une dizaine d'années, de véritables politiques publiques d'accueil d'événements sportifs sont mises en place par diverses autorités publiques au niveau local, régional ou national. Plusieurs exemples seront donnés en Suisse et à l'étranger de l'implication croissante des pouvoirs publics dans ce qui était autrefois le domaine presque exclusif de l'initiative privée. En illustrant cette émergence, nous préparerons le terrain pour une étude plus systématique de ce phénomène à la lumière de la théorie de l'analyse des politiques publiques (public policy analysis). Ces nouvelles politiques publiques événementielles peuvent, en effet, tirer parti du vaste corpus de méthodes et outils développés dans ce champ de recherche depuis plus de vingt ans (cf. Nahrath, Schenk & Knoepfel, dans cet ouvrage).

Après une brève revue de l'évolution des événements sportifs et de l'implication croissante des pouvoirs publics (section 1), les raisons d'organiser de tels événements seront élucidées afin de voir en quoi ces derniers pourraient résoudre des problèmes susceptibles de faire l'objet de politiques publiques (section 2). Les trois sections suivantes examineront des exemples de politiques municipales (section 3), régionales (section 4) et nationales (section 5). En conclusion seront présentés les premiers enseignements de cette observation sur le terrain des multiples actions publiques visant à l'accueil d'événements sportifs. La plupart des remarques faites dans cet article pourraient s'appliquer aux événements culturels, mais nous nous concentrerons sur le sport, où les événements sont plus médiatisés et où la concurrence est plus vive.

1. Les événements sportifs
Il Y a plusieurs façons de catégoriser un événement sportif. Il peut être local, régional, national ou mondial (d'un derby de football entre deux villages voisins à une rencontre internationale entre deux équipes nationales). Il peut impliquer un ou plusieurs sports (Coupe du monde de football versus Jeux olympiques). Ces sports peuvent être plus ou moins traditionnels, reconnus ou populaires selon les pays et les cultures (le Championnat du monde de badminton est une manifestation très importante en Asie, alors que celui de hockey sur glace y est presque ignoré). Il y a des événements uniques (qui n'ont lieu qu'une seule fois pour toutes dans un lieu donné) et des événements récurrents qui ont lieu chaque année (ou à intervalles réguliers) au même endroit (par exemple le tournoi de tennis de Wimbledon) ou dont le lieu change (par exemple, tous les quatre ans, les Jeux panaméricains). Il y a des événements avec beaucoup de participants amateurs (marathons populaires) ou seulement quelques athlètes d'élite (matches de boxe). Certains ont beaucoup de spectateurs (typiquement un match de football important), d'autres très peu voire aucun (une course à la voile au grand large). Certains attirent l'attention des médias, d'autres beaucoup moins. Ils peuvent avoir lieu dans des installations sportives permanentes ou provisoires, 10

dans des milieux urbains ou naturels. Enfin, beaucoup sont organisés sans but lucratif, alors que d'autres appartiennent à des organisations à but lucratif (tournoi annuel de la National Basketball Association aux Etats-Unis). La société britannique Sportcal entretient ce qui est probablement la base de données la plus complète sur les événements sportifs dans le monde entier. Elle répertorie chaque année près de 30 000 manifestations dans 142 disciplines et 172 pays (cf. www.sportcaI.com). Chaque semaine près de 1500 événements sont ajoutés ou modifiés, des plus grands aux plus petits: des Jeux olympiques à des compétitions locales méconnues, en passant par les championnats du monde et les coupes continentales ou régionales de toutes sortes. Beaucoup de ces événements sont organisés chaque année au même endroit, comme par exemple le meeting d'athlétisme (Athletissima), mis sur pied chaque année à Lausanne depuis 1975. Mais beaucoup doivent être gagnés de haute lutte auprès de leurs «propriétaires », comme par exemple les Championnats du monde d'athlétisme, attribués tous les deux ans par la Fédération internationale de ce sport et qui ont eu lieu, en 2005, à Helsinki. En 1999, les quinze pays de l'Union européenne ont accueilli 77 championnats du monde et 102 championnats d'Europe (De Waele & Husting, 2001: 9). L'Association générale des fédérations internationales sportives (AGFIS) possède une centaine de membres susceptibles d'organiser au moins un championnat du monde chaque année ou tous les deux ans. Ces événements peuvent être qualifiés d'importants. Pour les plus grands d'entre eux, on rencontre dans la littérature les expressions de mégaévénements (Burbank et al., 2001), de hallmark events (Hall, 1989, 1992) ou d'événements médiatiques (Dayan & Katz, 1992). Ce sont bien sûr ceux qui sont les plus recherchés. Mais des événements plus petits et moins connus peuvent aussi être intéressants, en tout cas du point de vue économique, comme l'ont montré, par exemple, Gratton & Taylor (2000 : 179-192). Ces chiffres traduisent un nouveau problème du sport en général et de certains sports en particulier: l'encombrement du calendrier et Il

donc la difficulté de faire ressortir un événement de la masse des autres. Mais ils montrent aussi que le choix d'événements disponibles pour des organisateurs potentiels est très important, même s'ils n'ont pas tous le même attrait. De façon générale, l'importance des événements pour le tourisme (Getz, 1998) et le marketing territorial (Jago et al., 2002) est maintenant pleinement reconnue. Dans ce nouveau marché de l'événementiel sportif, on note deux tendances marquantes. La première est un changement d'échelle: l'organisation de ces événements est de moins en moins locale. Alors qu'historiquement les événements sportifs ont d'abord été organisés dans des villes de villégiature et des stations (de montagne) pour distraire les touristes, ils ont progressivement été de plus en plus mis sur pied dans des régions touristiques afin de développer leurs infrastructures et leur image. Aujourd'hui, des pays entiers s'attellent à l'organisation de méga-événements comme la Coupe du monde ou d'Europe de football et les Jeux olympiques pour affirmer une présence internationale, avec comme corollaire la forte implication de leurs gouvernements. La seconde tendance concerne l'implication du secteur public, qui est de plus en plus forte. L'organisation d'événements était autrefois l'initiative privée d'individus, sportifs, hôteliers, responsables de clubs et de fédérations, etc., peu soutenus par les pouvoirs publics. Aujourd'hui, on note en général une forte implication des offices du tourisme et des subventions publiques importantes. Demain, on parlera de plus en plus de partenariats publics-privés entre initiateurs, bénéficiaires, organisateurs et autorités publiques. Ces deux tendances résultent en partie d'une évolution des raisons objectives d'organiser un événement, qui sont maintenant analysées.

12

2. Les raisons d'organiser un événement sportif
Une politique publique est en principe mise en place pour résoudre un problème collectif. On voit donc d'emblée qu'il est difficile de concevoir les événements sportifs comme l'objet de politiques publiques, puisqu'ils apparaissent plutôt comme des actions ou solutions particulières sur un territoire géographique donné. Quel est donc le problème qu'ils pourraient contribuer à résoudre? Répondre à cette question nécessite de réfléchir aux raisons avancées pour l'organisation d'événements sportifs. Celles-ci peuvent être présentées selon une pyramide à l'envers (Chappelet et al., 2005), de la promotion personnelle d'une personnalité au développement durable d'un territoire (cf. figure 1).

Développement Développement

territorial durable image, politique

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Promotion touristique, économique
--------------------------------------------

Utilisation d'installations
----------------------------------------

Promotion du sport
-----------------------------------

Promotion personnelle

Figure 1 - Hiérarchie des raisons d'organiser des événements sportifs Il peut paraître étrange d'évoquer la promotion personnelle d'un élu ou d'un (futur) organisateur comme première raison pour l'organisation d'événements sportifs. Pourtant, si plusieurs personnes peuvent être à l'origine de l'intention d'organiser un événement, c'est en général un ou deux individus qui vont porter cette idée et lui permettre d'obtenir le soutien politique et économique nécessaire à sa réalisation. Ainsi, par exemple, l'idée des Jeux olympiques d'hiver à Albertville en 1992 serait née d'une fondue partagée au début des années 1980 entre Michel Bamier, 13

président du Conseil général de la Savoie, et Jean-Claude Killy, célèbre champion de ski. Il s'agit bien sûr d'un récit mythique, car le problème public que les Jeux pouvaient et devaient finalement résoudre était celui du sous-équipement de la région en matière d'infrastructures de transports et d'assainissement (Charmetant, 2003 : 145). Ces individus porteurs d'une candidature peuvent agir de manière philanthropique, mais ont néanmoins toujours présents à l'esprit leurs propres intérêts et réputation. Cela est encore plus vrai quand il s'agit d'élus, dont on ne doit absolument pas sousestimer la force des motivations individuelles sous-jacentes. Potet (2005) montre comment un homme, Jacques Chirac, successivement maire de Paris, premier ministre français et président de la République, a soutenu sans relâche pendant plus de vingt ans l'idée d'organiser les Jeux olympiques d'été dans la capitale française pour fmalement échouer tout près du but contre Londres, en juillet 2005. Une deuxième raison de vouloir accueillir des événements sportifs est tout simplement la promotion du sport à divers niveaux, selon le type de compétitions visées. Il n'est pas scientifiquement prouvé que l'organisation d'événements augmente automatiquement la pratique sportive et le niveau des athlètes, mais beaucoup le pensent. Les Jeux d'hiver de Grenoble, en 1968, ont la réputation d'avoir lancé la pratique populaire du ski de fond en France. En fait, ce développement précède largement ces Jeux (Arnaud & Terret, 1993: 237). Pourtant, plusieurs politiques sportives nationales incluent les événements dans leur arsenal de moyens pour promouvoir le sport. Ainsi, la politique canadienne du sport affirme que «l'accueil d'événements sportifs internationaux présente un ensemble d'avantages importants sur le plan sportif, notamment en regard des équipements requis et des programmes sportifs mis en place ». Elle vise « une approche coordonnée afin de maximiser les retombées positives de l'accueil d'événements» (Sport Canada, 2002 : 14). La disponibilité de grandes installations sportives est une autre bonne raison de vouloir attirer des événements. Souvent ces installations ont été construites pour accueillir une grande manifestation. Pourquoi ne pas les utiliser à nouveau pour d'autres 14

manifestations plus ou moins prestigieuses? Le meilleur exemple de cette politique est celui de la ville de Sheffield (Angleterre), qui organisa en 1991 les Jeux du Commonwealth et dut construire à cet effet toute une série d'équipements sportifs (dix-sept en tout), dont un grand stade, un ensemble de piscines et une vaste salle omnisports. Depuis ces Jeux, Sheffield a accueilli plus de trois cents événements sportifs de toutes sortes (Gratton & Taylor, 2000). Par la même occasion, Sheffield a fait évoluer son image d'une ville industrielle en perte de vitesse à celle d'une ville sportive dynamique (Henry, 1999). Cette responsabilité événementielle est confiée à une unité de l'administration de la ville (Sheffield Major Sports Events Unit). La promotion économique, et tout particulièrement touristique, est l'argument le plus souvent cité en faveur de l'accueil d'événements sportifs. Là aussi, au-delà de l'effet d'aubaine qui dure le temps de la manifestation et de sa préparation, les effets à long terme d'une manifestation sur le tourisme et l'économie ne sont pas prouvés scientifiquement, même pour des méga-événements comme les Jeux olympiques. Spilling parle de l'effet « intermezzo» (1999). Par contre, il va de soi qu'une succession d'événements tout au long de l'année a un effet considérable pour les entreprises touristiques (hôtels, restaurants, boutiques, etc.). C'est ce qu'ont compris nombre de stations de montagne. Le précurseur en la matière est la station grisonne de Saint-Moritz (Suisse), qui a organisé son premier événement sportif en 1885 (un tournoi européen de hockey sur glace). Depuis, le célèbre office du tourisme local (Kur- und Verkehrsverein St. Moritz) veille à ce que les saisons hivernales comme estivales soient remplies de manifestations sportives correspondant à l'image chic de la station (bobsleigh, skikjoring, course de chevaux sur neige, golf, concours hippique, parapente, etc.). Le marathon de l'Engadine attire chaque année plus de 25 000 skieurs de fond. Cette politique de manifestations régulières a été complétée par de grands événements ponctuels comme les Jeux olympiques d'hiver de 1928 et de 1948, et les Championnats du monde de ski alpin de 1974 et de 2003. La Principauté de Monaco a fait de même dès les années 1920 avec tournois de tennis, rallye, grand prix automobile et meeting d'athlétisme. 15

Au-delà des retombées économiques, touristiques et sportives directes, beaucoup voient dans les événements sportifs une façon de promouvoir l'image d'un territoire dans un but de politique intérieure ou extérieure (Jago et al., 2002). La volonté de Barcelone d'organiser les Jeux olympiques était aussi celle de la Catalogne de marquer son autonomie et son originalité par rapport à l'Espagne castillane. Dans les affaires internationales, des pays comme la République de Corée, la Chine populaire et l'Afrique du Sud ont fait de l'accueil d'événements sportifs une ligne de leur politique étrangère à la suite de l'organisation des Jeux d'été, respectivement de 1988 et de 2008, et de la Coupe du monde de football de 2010. Enfin, une ultime raison mise en avant pour l'organisation d'un événement sportif est le développement durable du territoire concerné, qu'il peut catalyser (Chappelet, 2004). Ce développement vise un équilibre entre les bénéfices économiques, écologiques et sociaux d'une manifestation. L'argument a été pour la première fois formulé de façon systématique par la candidature de Sion aux Jeux d'hiver 2006 (AJaR, 1998), qui entendait utiliser la manifestation pour développer durablement le Valais. Mais il a été repris par la ville de Turin, qui fut finalement désignée pour 2006 (cf. Mela et al., dans cet ouvrage). Cette ville a fait des événements sportifs et culturels un des cinq axes de sa stratégie urbaine, qui est promue par l'association Torino Internazionale (www.torino-internazionale.org). Depuis l'attribution des Jeux d'hiver 2006, Turin a d'ailleurs obtenu plusieurs autres manifestations (Universiades d'hiver, Championnats du monde d'échecs, d'escrime, etc.). Il va de soi que ces différentes raisons d'organiser un événement sportif se combinent, même si l'on entrevoit une hiérarchie des motivations, de la moins à la plus légitime, de la plus personnelle à la plus collective (de la promotion de quelques individus au développement durable de tout un territoire). La politique canadienne d'accueil d'événements imagine même de pondérer ces raisons pour déterminer si une manifestation vaut la peine d'être accueillie et fixer le niveau d'engagement public (GTSA, 2003 : 51). On remarquera aussi que ces différentes motivations, sauf la 16

première, peuvent correspondre à des politiques publiques bien établies: politiques sportive, touristique, économique, extérieure et de développement territorial (autrefois aménagement du territoire). Nous pouvons maintenant découvrir comment ces motivations se déclinent aux niveaux local, régional et national.

3.

Politiques événementielles

locales

A la suite de Saint-Moritz et de Monaco, de nombreuses stations et villes se sont organisées pour accueillir régulièrement des événements sportifs (tableau 1). Van den Berg et al. (2002) ont particulièrement étudié les cas de Barcelone, d'Helsinki, de Manchester, de Rotterdam et de Turin. En Suisse, la ville de Bâle a développé différentes mesures autour de son Sport Event Stadt St. Jakob, qui accueille régulièrement les matches de son club fanion (FC Bâle), de l'équipe nationale et, en 2008, de l'Euro de football, ainsi que des tournois de hockey sur glace et de tennis. Aux Etats-Unis, beaucoup de villes possèdent une sports commission chargée d'attirer des événements professionnels ou amateurs dans leurs installations. Deux cent vingt-cinq d'entre elles sont réunies dans une association nationale (www.sportscommission.org). Ces commissions sont financées par des fondations, une taxe sur les chambres d'hôtel situées sur leur territoire et le parrainage d'entreprises privées. En général, sauf événement très important, ni le gouvernement fédéral ni celui de l'Etat américain concerné ne s'impliquent dans le financement des dossiers de candidature ou dans l'organisation proprement dite. Cela reste la prérogative des villes. Au Canada, plusieurs villes sont très actives (Edmonton, Toronto, Vancouver). Au tournant du siècle, les Internationaux du sport de Montréal ont fait de la prospection et promotion sportive pour la capitale québécoise. Mais l'expérience se termina, en 2003, par un scandale fmancier face au piètre bilan de cette agence gouvernementale (Leclerc & Smith, 2004). L'idée pourrait être reprise au niveau de la province du Québec. Nous présenterons plus particulièrement les exemples des villes de Rotterdam (Pays-Bas) et de Lausanne (Suisse). 17

Tableau 1 - Exemples de régions actives dans l'accueil d'événements sportifs Villes Bâle Glasgow Organismes clés Municipalité de Bâle Glasgow City Council Service (municipal) des sports, Lausanne Tourisme Rotterdam Topsport Sheffield Major Sports Events Unit (City of Sheffield) Singapore Sports Council New South Wales Major Events Board (NSW Govt. ) Office du tourisme de Vancouver Références
www .sporteventstadt -st-j akob .ch

www.glasgow.gov.uk

Lausanne

www.1ausanne.ch> capitale olympique

Rotterdam Sheffield

(Van den Berg et al., 1999) www.topsport.rotterdam.nl (Henry, 1999) www.sheffield.gov.uk/index.asp?pg id=20857

Singapour

www .ssc.gov .sg> International events (NSWMEB, nd)

Sydney

Vancouver

www.tourismvancouver.com! meeting> sport tourism

Rotterdam Topsport est une société commerciale fmancée par la ville et des sponsors. Son conseil d'administration est composé de neuf personnes et elle emploie huit collaborateurs. Son rôle est de mettre en œuvre la politique sportive de la ville pour ce qui concerne le sport d'élite, en particulier de superviser et soutenir l'organisation de la dizaine d'événements récurrents qui y ont lieu chaque année et d'en attirer d'autres comme la finale de l'Euro de football en 2000. Cette organisation se présente comme un réseau fonctionnant par partenariats publics-privés entre la ville, le monde sportif, les milieux économiques et les médias. Des conseils sont aussi fournis à des clubs professionnels et à des athlètes individuels. La ville reconnaît l'importance des événements pour son image et ad' ailleurs organisé plusieurs conférences sous l'appellation « Sports and City Marketing» (Van den Berg et al., 1999). Lausanne est le siège du Comité international olympique (CIO) depuis 1915, mais ce n'est qu'à partir des années 1980, avec l'arrivée à la présidence de cet organisme de Juan Antonio Samaranch, que Lausanne se met à accueillir de nombreux championnats du monde et d'Europe, ainsi que les sièges de fédérations sportives internationales qui veulent se rapprocher de celui du CIO (Métraux, 1998). En 1993, Lausanne reçoit du CIO le titre de «capitale olympique ». En 1997, année très faste, elle organise deux championnats du monde et la session du CIO. En 2002, après une longue gestation, la ville adopte un premier « Plan directeur du sport », dont deux des objectifs visent à renforcer ce rôle de capitale olympique, notamment en accueillant compétitions et congrès sportifs (Lausanne, 2002). A cet effet, le législatif local vote un crédit-cadre d'un million de francs pour préparer des dossiers de candidature et envoyer à l'étranger les délégations nécessaires. Pour renforcer sa marque unique de capitale olympique, un logotype évoquant les anneaux du CIO est créé pour la communication, en particulier celle de l'Office du tourisme. Entre 1995 et 2005, Lausanne organise douze championnats du monde ou d'Europe, en plus des manifestations estivales régulières qu'elle soutient activement comme Athletissima, le Marathon et le Triathlon de Lausanne. Mais, avec l'arrivée d'un nouveau président du CIO en 2001, Lausanne doit adopter une stratégie plus 19

active, animée par le Service des sports de la ville, en coopération avec le canton de Vaud et la Confédération. Ces derniers ont d'ailleurs, en 2000, accordé des conditions-cadres favorables à l'arrivée des organisations sportives internationales en Suisse et dans la région lausannoise en particulier (cf. Pittet, dans cet ouvrage ).

4.

Politiques événementielles

régionales

Au niveau régional, les exemples de politiques publiques d'accueil plus ou moins développées ne manquent pas (tableau 2). Toutes les « nations» des îles Britanniques, en plus de leurs principales villes, ont lancé depuis quelques années diverses structures chargées d'obtenir des événements en liaison avec les agences de développement régional ou touristique (Reid, 2005). En Savoie, depuis l'organisation des Jeux olympiques d'hiver à Albertville en 1992, l'Agence touristique départementale, dirigée par l'ancien directeur sportif de ces Jeux, catalyse des candidatures à des événements et en coorganise certains. Tirol Werbung, l'Office du tourisme du Tyrol (province autrichienne) a décidé, en 2005, de mieux positionner cette destination comme hôte potentiel d'événements sportifs à la suite d'une année 2005 particulièrement chargée en compétitions hivernales et estivales (TTB, 2005). Hors d'Europe, plusieurs régions d'Australie et du Canada sont très actives. Nous présenterons plus particulièrement les exemples de l'Etat du Victoria (Australie) et du canton du Valais (Suisse). Depuis 1993, le gouvernement de l'Etat du Victoria (Australie) a financé une société sans but lucratif, la Victorian Major Events Company (VMEC). Cette société est dirigée par un conseil d'administration de six membres représentant les milieux économiques et touristiques. Elle emploie six personnes qui ont pour mission d'« attirer des événements d'importance internationale [aussi culturels] à Melbourne et dans l'Etat du Victoria ». Depuis l'organisation des Jeux olympiques d'été de 1956, Melbourne a en effet des installations et une longue 20

Tableau 2 - Exemples de régions actives dans l'accueil d'événements sportifs Régions Andalousie Organismes clés Consejeria Turismo, Comercio y Deporte England's Northwest Development Agency, Yorkshire Forward (regional development agency) Event Scotland Northern Ireland Events Company Agence touristique départementale de Savoie Tirol Werbung (Office du tourisme du Tyrol) Service cantonal du développement économique et touristique The Victorian Major Events Company Références
www.deporteandaluz.com

Angleterre

(Reid, 2005)

Ecosse Irlande du Nord Savoie

www.eventscotland.org www .nievents.co. uk

www.cg73.fr>services>sports

Tyrol

www. tiro1.at/wintersporthighlights

Valais

(Chappelet& Clivaz,2000)

Victoria

www. vrnec.com.au

expérience, qui a pu être transférée à d'autres districts de ce vaste Etat. La VMEC fait une veille stratégique des événements susceptibles d'intéresser la région, évalue s'ils sont réalisables et valables du point de vue de l'impact économique et/ou médiatique, puis aide à la mise sur pied de candidatures. Par contre, la VMEC ne s'implique jamais dans l'organisation. Quelques années après les Jeux de Sydney, en 2000, Melbourne et l'Etat du Victoria retrouvent leur position de première destination événementielle d'Australie, avec une quinzaine de grandes manifestations sportives et culturelles chaque année. L'organisation en 2006 des Jeux du Commonwealth les conforte dans cette position. Le canton du Valais (Suisse) a, depuis les débuts du tourisme au XXe siècle dans cette région, accueilli des compétitions de ski et de golf. A partir des années 1960, ses stations ont organisé de nombreuses manches de la Coupe du monde de ski et les Championnats du monde de ski alpin en 1987, ainsi que chaque année l'Open de golf de Crans-Montana, qui est un des plus connus d'Europe. Au travers de sa capitale, Sion, le canton a été à trois reprises candidat à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver (1976, 2002 et 2006), mais sans succès. Après ce dernier échec, le gouvernement valaisan décidait d'étudier une stratégie d'accueil d'événements (Chappelet & Clivaz, 2000). Cette stratégie distinguait la douzaine d'événements annuels importants des manifestations exceptionnelles auxquelles le Valais pouvait prétendre. Elle recommandait un soutien systématique des premiers au travers d'un label et une aide ponctuelle aux seconds au travers de primes au succès pour les promoteurs en fonction d'un calendrier de candidatures préétabli. Cette stratégie a reçu en 2004 un début de mise en œuvre avec l'attribution du label «Valais Excellence» de la branche touristique à certains événements sportifs et culturels (cf. Favre, dans cet ouvrage).

5.

Politiques événementielles

nationales

Plusieurs pays ont lancé depuis quelques années des politiques événementielles nationales (tableau 3). Un des tout premiers fut le Canada, dont le gouvernement fédéral identifia à partir des années 22