Les raisons d'un retour

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Voici un ouvrage détonnant par lequel José Patrick Nimy Mayidika Ngimbi signe son retour au Congo après onze années de séjour à l'étranger. L'ouvrage est tout un programme, en même temps une interpellation claire et une mobilisation de ce qui reste de l'élite congolaise et de tous les patriotes fidèles et prêts pour la refondation de la République.
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782336263915
Nombre de pages : 208
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Les raisons d'un retour

site: w\vw .1ibrairiehartnattan. C01TI diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-004333-4 EAN : 9782296004337

José Patrick NIMY Mayidika Ngitnbi

Les raisons d'un retour
Des défis pour la RD-Congo

Postface ci'Arthur Yenga Maombe

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur
. Désir de vérité (Livre-entretien avec Didier Mumengi), Bruxelles: Editions Havaux, 1997.

Dédicace
Je remercie du fond de mon cœur tous mes proches de s'être généreusement occupé de mon retour au Congo avec efficacité et une émouvante chaleur familiale. Je dédie le présent ouvrage à ma maman qui, depuis longtemps, a attendu ce retour avec cette patience de Pénélope que je reconnais en elle. Une grande dame comblée à bien des égards. A qui je dois mon éducation, mon sens des valeurs, ma foi en Dieu. Ma maman qui n'aura rien ménagé pour moi aux côtés de mon papa qui, lui, a déjà rejoint la maison du Père céleste depuis le 12 septembre 1997. Après avoir admirablement accompli sa mission sur cette terre des

hommes. « Nunc dimittis servum tuum, Domine... (A présent,
souverain maître, tu peux rappeler à toi ton serviteur) », auront été sans aucun doute ses dernières paroles. Tant il est vrai que de son vivant, il adorait le latin qu'il avait naguère enseigné aux élèves de 6ème latine du Petit Séminaire de Mbata-Kiela au Mayombe, Kongo Central (Bas-Congo). Je le dédie aussi à toutes les Congolaises et à tous les Congolais qui sont nombreux à croire, avec raison, que seule la vérité rend libre; qu'elle ne s'accommode que du francparler et du parler vrai, à temps et à contretemps. ~~~

Sommaire
P our co mm e n ce r. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .5

Premier chapitre: Un appel? Un besoin de partage? Deuxième chapitre:
Penser. .. « République».

... ..

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Troisième chapitre: Le parler vrai... A temps et à contretemps!. Quatrième chapitre: Secouer le cocotier... Réveiller le chat qui dort... Cinquième chapitre: Pour un réajustement géopolitique Sixième chapitre: Changer de République... Changer la République Septième chapitre: Et les élections? Pour qui voter?

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79

87

.. ... ... ...121

Huitième chapitre: Des idées reçues et des réflexes inhibiteurs.. ... .. .. .. .. .... ... .. .. . Neuvième chapitre: Oser la Vie!
Pour terminer. ...........................................................

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.141
.153

Postface. Annexes.

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Pour commencer. . .
Dimanche 13 septembre 1992. Il est Il heures. Je prends l'avion à Kinshasa pour l'étranger. Trois mois après mon

discours d'option politique (1er juin 1992) à la Conférence
Nationale Souveraine [Annexe 3]. Je réalise parfaitement le long parcours du combattant dans lequel je m'engage désormais. Mais, ayant choisi d'assumer jusqu'au bout mes révisions politiques et personnelles, aussi déchirantes furentelles, je vivrai mon long séjour hors de la terre congolaise

plus comme « un passage de la mer rouge» que comme une
«traversée du désert ». Une double délivrance. Je suis, en effet, un homme libre. Politiquement. Un homme renouvelé. Spirituellement. Et j'en suis très heureux. Mon séjour à l'étranger aura été aussi bonifié par la compagnie de tous ces compatriotes de valeur, engagés comme moi dans la réflexion et l'action, avec conviction et constance dans le cadre des «Forces du Renouveau pour la République» - FRR - (Lire Frère). Une plate- forme que nous avons créée en 1995, au départ comme un petit groupe de réflexions et qui, plus tard, se muera en groupement politique et nous permet, à ce jour, d'apprêter les matériaux nécessaires, capables de forger l'avenir, de restaurer la confiance, de redonner l'espoir. Que tous ces «frères» retrouvent dans cette contribution l'expression fidèle de mon attachement à nos idéaux communs. Ils sont de France, de Belgique, de Grande-Bretagne, de Canada, des Etats-Unis d'Amérique, de Suède. Sans oublier ceux des Fédérations de Kinshasa, du Katanga, de la Province Orientale, du Nord-Kivu (Butembo), de Bandundu (Bolobo). Avec une mention toute spéciale au Secrétaire Général de notre organisation, le Professeur Arthur YENGAMaombe, un

LES RAISONS D'UN RETOUR

cadre universitaire de grande valeur, compétent et dévoué; au Docteur Nestor LUBI-Mwenge du Directoire national des FRR, un patriote intransigeant, lucide, responsable. Sur un autre registre, comment ne pas avoir une pensée émue en souvenir de tous ces amis qui nous ont quittés, auxquels j'étais très attaché et que je ne reverrai plus? Charles Lubamba (ancien magistrat), Urbain Lundu (ancien haut cadre de la banque centrale), Nicolas Bayona (ancien professeur de droit), Jules Emony Mondanga (ancien gouverneur de la banque centrale), Gabriel Pandi (ancien avocat), Jean-Charles Magabe (ancien gouverneur de la province du Sud-Kivu), l'artiste-peintre Julien Ndamvu, François Atoki Mbotama (ancien ambassadeur) et j'en passe. Tant il est vrai qu'elles sont si nombreuses, ces figures chères et attachantes, qu'il ne m'est pas possible de les énumérer toutes. Comment, d'autre part, notre mémoire collective de Congolaises et de Congolais saurait-elle oublier ces dignes fils de la patrie dont l'histoire de la longue et tumultueuse Transition en RDC aura donné toute la mesure du patriotisme, de la loyauté aux idéaux de la République, de la fidélité à la nation congolaise? Jusqu'au sacrifice suprême de leur vie: Mgr Christophe Munzihirwa, Mgr Emmanuel Kataliko assassinés pour avoir récusé la servitude de l'étranger; les paisibles populations du Nord- Kivu, du Maniema, du SudKivu, de la Province Orientale, massacrées à froid, victimes expiatoires des guerres et des crimes de sang du fait de l'occupation étrangère. Comment ne pas reconnaître non plus que tout n'était pas rose auparavant; que bien avant les deux guerres d'agression (en 1996 et en 1998), nos populations vivaient déjà dans une situation de grande détresse économique et sociale, de marginalisation avancée et de privations innombrables suite à la mauvaise gouvernance globale de la République? Autant de raisons de profonde consternation, de réflexions, d'interrogations.
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POUR COMMENCER. ..

En revanche, quelle n'a pas été ma grande joie à la perspective de renouer avec les chevaliers de la presse et des médias kinois dont j'ai toujours apprécié le sens du combat politique au lendemain du 24 avril 1990 et qui depuis lors, à travers vents et marées, brimades et tracasseries, n'ont pas baissé la garde de la défense de ce qui est la mère des libertés: la liberté de pensée et d'expression! TIs sont à la démocratie ce que le sang est à la vie.
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Pour le reste, je retrouve le Congo, mon pays que je connais du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, pour l'avoir sillonné plus d'une fois des années durant et à des titres divers de responsabilités, à travers ses provinces, ses communes, ses collectivités locales. Je connais ses atouts et ses pesanteurs. La générosité de ses populations autant que leur fragilité. En 45 années d'indépendance, au-delà des crises et des turbulences sans nombre, que d'opportunités offertes par le cours de l'histoire pour le décollage durable du Congo! Et en même temps: que de ratés, de gâchis! Comment, dans mon cas, ayant été un acteur de la vie nationale, ne pas me sentir interpellé au plus profond de moi-même? Car, j'ai toujours considéré que, quelque part, l'avènement des régimes Kabila I et Kabila II doit être pour chacun des anciens responsables et gestionnaires de la Deuxième République et de sept années de Transition sous Mobutu, l'occasion de faire son examen de conscience et se remémorer son propre bilan. Les Kabila I et II n'auraient pas atterri à la gouvemance de notre pays, surtout pas dans les conditions que l'on sait, si tout par le passé avait très bien marché dans la gestion de la République. Devoir de mémoire oblige! Nous tous qui avions œuvré sous les régimes politiques passés devrons apprécier et juger les situations actuelles sans complaisance ni complexe, certes, mais sans aucune forme d'arrogance non plus. Même s'il reste vrai aussi que sous le Parti-Etat tout, dans tous les secteurs, 7

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n'était pas que du « négatif»; tout n'avait pas été que « destruction ». Aussi, treize ans après avoir quitté mon pays, comment ne pas m'interroger sur la survivance à ce jour encore de ces atavismes et ces mimétismes, de toutes ces forces d'inertie, d'immobilisme, de conservatisme qui paraissent coller à la peau des gouvernants et qui paralysent l'envol du Congo en dépit de toutes les mutations politiques que notre pays a connues? Comme si, collectivement, nous n'avions encore rien compris? Comme si, vraiment, il était désormais impossible de faire plus et mieux que sous le Parti-Etat? De changer de modèle, de requalifier les ambitions? De rebondir d'un nouveau pied sur les cendres des erreurs et des dérives d'hier? De reconstruire ce qui aurait été détruit ou mal construit? Je ne saurais l'admettre. Pourquoi le Congolais ne change-t-il pas? Parce que les mauvaises habitudes acquises en RDC depuis les régimes politiques passés ont la carapace si dure qu'il faudra des générations pour s'en défaire? Combien de temps encore: 25, 50, 100 ans? Quelle est cette carapace indestructible? L'Espagne n'est- elle pas sortie définitivement du franquisme après avoir tiré les leçons de ce long et douloureux passé? N'a-t-elle pas réussi à s'engager dans la voie du progrès, de la modernité, du changement? Voudrait-on me faire croire que pour le Congo, il s'agirait d'une fatalité de« nègre»? Faire croire que la «crise» et la mauvaise gestion de la République doivent désormais faire partie de la vie habituelle des Congolais au simple motif que le régime de Mobutu avait «mal géré» le pays pendant 32 ans? Quel est cet indicateur politique, économique, social, culturel du régime de Mobutu que, neuf ans après la chute de ce dernier, il n'est pas possible de réajuster, restructurer, reconstruire (s'il le fallait)? Pourquoi de tels mensonges qui ne servent qu'à masquer aujourd'hui les incompétences et la médiocrité des uns et des autres? Pourquoi ces réponses de facilité à une question qui, en vérité, appelle à l'exigence de l'effort et de la volonté? 8

POUR COMMENCER. . .

Aucun changement ne se produit simplement par génération spontanée. TIfaut, à un moment donné, le vouloir, le décider, le mettre en œuvre, l' «exemplariser ». Et l'exemple vient d'en haut. C'est lui qui entraîne. Qui donne le tempo. Qui fixe le cap. Dans un Etat comme dans toute organisation humaine, « le poisson pourrit par la tête ». Par« tête », j'entends interpeller tout celui qui, en RDC, à quelque niveau de responsabilité publique qu'il se trouve, dispose sur les hommes et sur les choses d'une autorité et d'un pouvoir d'influence, d'encadrement, d'orientation, d'organisation, de décision, de contrôle et de sanction. C'est à ce niveau principalement qu'il faut apporter la thérapie du changement en RDC. Je ne reviens pas au Congo en «donneur de leçons ». Encore moins en professeur de morale. Dieu fi' en préserve! Même si, au regard de la crise profonde qui frappe notre pays, la donne éthique est une dimension abyssale. Elle a toujours été le talon d'Achille de la société congolaise, alors qu'elle constitue la clé de voûte du redressement national. Je rentre dans mon pays en citoyen libre. Ni la langue d'aspic, ni la langue de bois. Ni guérilla contre personne, ni godillot. Certes, je réalise l'ampleur et la complexité des défis de tous ordres auxquels les uns et les autres, gouvernants et gouvernés, au fil des ans, sont confrontés au quotidien. Mais je refuse de m'inscrire dans la logique de fatalité: fatalité de la médiocrité; fatalité de la crise; fatalité du consensus mou et du conformisme sécurisant qui confine à la conspiration du silence, à l' omerta; à l'acceptation de la loi du «moindre mal» : « .. .Ah ! mon cher, que veux-tu ?, ici c'est comme ça, hein! ,. nous, on a déjà l'habitude,. tu dois faire comme tout le monde, hein! Tu vas t'habituer ...». Je dis: non. Je refuse de m'inscrire dans cette logique de résignation et de soumission à l'immobilisme ambiant. Je refuse de raser les pâquerettes et de subir. Je refuse de m'habituer à «l'anormal» et de m'abandonner à l'inacceptable. Je reviens au Congo en responsable politique. Acquis depuis longtemps au changement. M'étant moi-même efforcé 9

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de tirer toutes les leçons du passé et d'intérioriser les dures exigences de l'avenir. Dès l'avènement du 24 avril 1990, j'avais opté pour le changement, le vrai, par rapport à l'ordre ancien. Mais quand on opte pour le changement, on ne renie pas pour autant son passé comme si celui-ci n'avait jamais existé; on assume. Avec courage et responsabilité.

J'ai travaillé avec Mobutu et aux côtés de lui. J'assume.
Cependant, ce passé pris dans ses erreurs et ses déviances n'est plus pour moi un repère des valeurs pour forger l'avenir. Toute la différence est là. Dès lors, sauf pour les besoins de l'histoire et sous réserve de la reddition des comptes, je considère que je m'en suis affranchi. Je me suis engagé dans le changement avec foi et constance, animé par cette conviction profonde que rien ne changera dans notre pays tant que les hommes au pouvoir ne changent pas. Tant que les populations ne changent pas. Dans les esprits, dans les mentalités, dans les comportements, dans les aspirations. D'autant que je connais l'histoire passée de mon pays pour y avoir assumé d'importantes fonctions d'Etat. Au regard desquelles je suis, par ailleurs, prêt à rendre les comptes au peuple congolais. Tel a toujours été, sur ce point, mon credo depuis la libéralisation politique de notre pays le 24 avril 1990. A l'idée qu'un homme politique ne saurait véritablement l'être et de manière crédible que lorsqu'il est capable d'assumer ses actes présents et passés; d'en répondre devant la communauté nationale et d'accepter la sanction positive ou négative. Par ailleurs, j'ai quitté mon pays en 1992. Soit cinq années avant l'arrivée au pouvoir de L.D. Kabila en RD-Congo; à un moment où même la célèbre Pythie de Delphesl n'aurait pu prophétiser l'avènement sismique du «Mzee» contre le «Maréchal ». Je n'avais donc pas à «négocier» mon retour au Congo avec qui que ce soit, ni à «marchander» avec
1 Personnage de l'antiquité grecque: une jeune fille, la plus célèbre des prêtresses du temple d'Apollon à qui l'on accordait le don des prophéties. 10

POUR COMMENCER. ..

personne sur les conditions de ma sécurité à Kinshasa, comme si je revenais d'un «exil politique» alors qu'à l'étranger, je n'ai pas le statut de « réfugié », ni « d'asilé » politique. D'autre part, j'ai choisi de rentrer au Congo comme j'étais parti du pays il y a treize ans: sans tambours ni trompettes; sans danseurs ni majorettes; sans cortège de limousines ni klaxons de «4x4 ». C'est, à mes yeux, une simple question de respect à l'égard des Congolaises et des Congolais que je ne considère pas comme des «objets de mobilisation» toujours disponibles, prêts à chanter, à danser en l'honneur et à la gloire des «dignitaires» de tous les temps. TI ne suffit pas d'avoir l'argent pour croire tout se permettre face à une population désargentée, démunie et déforcée. Certes, des élans «naturels» de sympathie à l'égard d'un leader politique peuvent quelquefois conduire les populations à des expressions spontanées de joie et de fidélité. Je doute cependant que ces cas de spontanéité soient de nos jours les plus répandus.
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Une autre exigence m'a toujours interpellé: le bon combat. Et c'est le Général De Gaulle qui l'avait écrit à son fils Philippe: « ... Dans la vie, il faut choisir: on ne peut pas être à la fois l'homme de grandes tempêtes et celui de basses combinaisons ». Pour ma part, j'ai fait mon choix: celui de grandes tempêtes. Celui du bon combat. Le Congo est en «collapsus étatique» gravissime; il est entré dans une spirale infernale de la dérive continue et dangereuse si l'on en juge objectivement par les principaux indicateurs actuels. En dépit des apparences, des non-dits, de faux-semblants, des bilans d'autosatisfaction. La crise congolaise est une de ces crises «oubliées », malgré toute l'agitation diplomatique qui n'en présente que la face émergée. On connaît l'extrême gravité de la maladie et l'inadéquation de la thérapie, mais on préfère exalter, sans plus, le sourire candide du malade.

Il

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La formule pour une Transition? N'importe quelle formule, du moment qu'il y ait une Transition. On verra après! Les élections? N'importe quel type d'élections, pourvu qu'il y en ait une; on verra plus tard. L'Union Européenne mobilise des fonds colossaux et les dépense là où il ne faut pas; en renversant les priorités. Bref, les propositions pour une sortie de crise ne sont plus que des emplâtres sur une jambe de bois. TIfaut donc sortir le Congo de cette situation. C'est possible. Dans un sursaut de réveil collectif. En commençant par poser de bonnes questions. Et le jeu en vaut la chandelle. «Mais pourquoi, Maître Nimy, ne l'avez-vous pas fait vous-même quand vous étiez aux responsabilités? ». Voilà la question lancinante, récurrente qui ne manque pas toujours de pertinence et à laquelle des réponses tout aussi pertinentes existent. Seule l'occasion d'y répondre dans un cadre sérieux et des conditions de crédibilité a toujours fait défaut jusqu'à ce jour. Faut-il toutefois, pour cela, croiser les bras et s'installer dans l'acceptation de la décadence d'un pays comme le nôtre quand on peut encore lui apporter de quoi le réanimer et le sauver? Je pense que non. Le Rwanda et l'Ouganda ont utilisé des enfants au Congo pour mettre le feu dans la maison. Et personne aujourd'hui n'est capable d'éteindre l'incendie qui prend une ampleur de plus en plus incontrôlable. Je crois en cette sagesse qui enseigne que:« c'est le déclin total quand l'homme se contente de dire «que va-t-il se passer?» au lieu de dire « que vais-je faire? ». C'est cette dernière question que je me suis posée et à laquelle je me propose de répondre. Ai-je tort ? Au demeurant, «ce n'est pas ce que nous avons été hier, disait J.Ortegat y Gasset, mais ce que nous allons faire demain tous ensemble qui nous rassemble en un Etat ». TIavait raison. Et j'y souscris. Mais à la seule condition que... J.P.N.M.N.
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Premier chapitre.

Un appel? Un besoin de partage?
« La pierre qu'ont rejetée

ceux qui bâtissaient est devenue la pierre de l'angle» (Luc: 20. 17)

Dans une proposition d'interview qu'il m'offrait il y a peu de temps, le Journal d'informations intercommunautaires «D'ici & D'ailleurs »1, d'entrée de jeu, m'avait posé les questions suivantes: «Maître, depuis un certain temps on ne parle plus de vous. Serait-ce pour un repli stratégique ou parce que le tribun qu'on reconnaît en vous s'est tu, tout simplement? »; - «Nous savons que vous animez un mouvement politique que vous avez mis sur pied dans votre exil européen.

Qu'en est-il aujourd'hui? »
Bien avant ce magazine, de nombreux compatriotes tant de Kinshasa que de l'intérieur du Congo ainsi que ceux vivant à l'étranger, m'interrogeaient dans le même sens: « Quand rentrez-vous au pays, Maître? » ; «Comment expliquer que vous n'ayez pas pris part et que vous ayez refusé de participer aux travaux du

Dialogue Inter-congolais? » ;
«Pourquoi ne vous impliquez-vous pas dans les institutions de la Transition issues de l'Accord global et inclusif de Sun City? »

Déjà en décembre 1995, trois ans après que j'eus prononcé mon discours politique à la Conférence Nationale Souveraine et que j'eus décidé de quitter notre pays pour l' étranger2, Le professeur Kin Kiey Mulumba, éditeur de l'Hebdomadaire «Le Soft» me demandait: «Pourquoi j'avais quitté le Zaïre ». C'était au cours d'un entretien exclusif repris dans son journal
Siège: Immeuble Transafrika, na 769, Av. de l'Équateur, KinshasaGombe. Interview accordée au Journal «Le Soft» dans l'édition du 20 décembre 1995.

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LES RAISONS D'UN RETOUR

sous le titre évocateur et non moins provocateur: «Maître Nimy est de retour! ». Je lui avais répondu de façon lapidaire: « [...] J'ai quitté le pays pour laisser les spécialistes de la tricherie, de la falsification, de l'arrogance et de basses combinaisons jouer leur rôle ». C'est vrai, j'ai toujours eu une certaine idée de la République et de ses valeurs. Même à l'époque du Parti-Etat. Davantage encore à cette époque. Et singulièrement après mon expérience politique sous l'ère Mobutu, édifiante à bien des égards sans doute, vécue dans des circonstances complexes, j'ai une conception nouvelle de la politique. Aussi, me suis-je fixé de nouveaux repères, sinon des conditions plus nettes pour son exercice à l'avenir. Pour tout homme politique, le passé n'a de sens véritable que s'il lui permet d'en tirer les justes leçons pour l'avenir. Je refuse de jouer dans le bac à sable. De me retrouver trempé dans toutes les sauces politiques de la République et d'y associer mon nom. Pourquoi le ferais-je? Rien que pour continuer « d'exister politiquement» ? D'occuper un poste sans possibilité

de changer fondamentalement les choses? C'est absurde. Et j'ai horreur de m'entendre dire: «mais pourquoi, lui, ne veut-il pas faire comme tout le monde? ». Cette question n'a aucun sens. Je refuse de « faire comme tout le monde ». Non par un idéalisme angélique, ni par souci de singularité, ni encore moins par excentricité. C'est par principe. Je suis habité par des convictions. Je nourris des ambitions d'excellence pour le Congo. Quand on porte en soi de telles ambitions, on ne se contente pas de « faire comme tout le monde» ; on se conforme aux dures exigences de ses options. Je veux être différent. Toute action et tout engagement politiques de ma part devront correspondre à un besoin dépassant de loin mes convenances propres et ma commodité personnelle. Encore que je dois, à la vérité, signaler que certains de nos compatriotes n'hésitent pas non plus à me lancer froidement à la figure: 16

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