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Les relations entre l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient

De
199 pages
Les politiques étrangères de quelques pays traditionnellement classés comme "périphériques" ne sont-elles pas de nature à créer des nouveaux courants de solidarité susceptibles de perturber le jeu des puissances qui définissent l'ordre international depuis 1945. L'ouvrage se penche sur les relations entre l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient à travers l'intensification des liens entre quatre pays : le Brésil, l'Egypte, l'Iran et le Venezuela.
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Les relations entre l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05561-2 EAN : 9782296055612

Élodie Brun

Les relations entre l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient
Un exemple de relance Sud-Sud

Les cendres d'al-Andalous ravivées à l'aube du XXle siècle

Préface de Guillaume

Devin

L'Harmattan

Collection « Inter-National»
dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin, Françoise Dekowski et Marc Le Dorh. Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l'œuvre aujourd 'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l'histoire et de l'anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne.

Série Première synthèse (présente les travaux de jeunes chercheurs): F. MescHer, La politique régionale européenne. Vers une remise en cause de l'objectif de convergence. M. Ramot, Le lobby européen des femmes. É. Beretz, Ombre et mémoire de la guerre du Vietnam. A. Bizoux, Catalogne: l'émergence d'une politique extérieurs. Y.-S. Rittelmeyer, Les sommets restreints et l'Union européenne. A. Martin Necker, La politique étrangère de la Chine Populaire aux Nations Unies depuis 1989. N. Blarel, Inde et Israël: le rapprochement stratégique. N. Agostini, La pensée politique des génocidaires hutus. D. Lambert, L'administration de George W. Bush et les Nations Unies. P. Beurier, Les politiques européennes de soutien au cinéma. C. Bouquemont, La Cour Pénale Internationale et les Etats-Unis.

A. Breillacq, La Tchétchénie, zone de non droit.
A. Channet, La responsabilité du Président de la République. o. Dubois, La distribution automobile et la concurrence européenne. A. Fléchet, Villa-Lobos à Paris. O. Fuchs, Pour une définition communautaire de la responsabilité environnementale, Comment appliquer le principe pollueur-payeur? A. Hajjat, Immigration postcoloniale et mémoire. M. Hecker, La presse française et la première guerre du Golfe. J. Héry, Le Soudan entre pétrole et guerre civile. J. Martineau, L'Ecole publique au Brésil. E.Mourlon-Druol, La Stratégie nord-américaine après le Il septembre: un réel renouveau? M. Larhant, Le financement des campagnes électorales. S. Pocheron, La constitution européenne: perspectives françaises et allemandes. C. Speirs, Le concept de développement durable: l'exemple des villes françaises.

Série Cahiers d'Histoire de Saint Cyr-Coëtquidan A.-C. de Gayffier-Bonneville, Sécurité et coopération militaire en Europe, 1919-1955. M. Motte et F. Thebault (sous la dir.), Guerre, idéologies, populations. 1911 -1946.

Pour tout contact: Denis Rolland, denisrolland@freesurffr Françoise Dekowski, fdekowski@freesurffr

Marc Le Dorh, marcledorh@yahoo.fr

A mes grands-parents Et à Anne-Lorraine

Avec sa corne française Et son académie suédoise Sa sauce américaine Et ses clés anglaises. Avec tous ses missiles Et ses encyclopédies Sa guerre des étoiles Et sa méchante opulence Et avec tous ses lauriers C'est le Nord qui commande Mais c'est ici, tout en bas, Tout près des racines, Que se trouve la mémoire Qui n'oublie aucun souvenir Et certains se dépensent Et certains s'acharnent Et ainsi, tous ensemble, Réussissent l'impossible. Que tout un chacun sache Que le Sud existe, lui aussi.

Mario Benedetti, poète uruguayen, « Le Sud existe, lui aussi»

«Notre Nord, c'est le Sud» Joaquin Torres Garcia Slogan de Telesur

SOMMAIRE

Préfa ce Introduction

... ......

9
13

Première partie: L'esprit du non alignement
1. La reprise des grands principes 2. L'enjeu de la définition internationale des pays du Sud

31
33 49

Deuxième partie: Le multilatéralisme
internationale ... ... ... ...

comme stratégie
.........

63
65 81

3. L'attitude face à la .superpuissance 4. Réformer les cadres établis: la refonte du multilatéralisme

Troisième partie: L'ancrage d'une relation opportuniste
5. Un rapprochement à multiples facettes 6. Ambitions personnelles et projections régionales en concurrence

97
99 117

c onelusion
Bib I i

...

135
143

0 grap

hi e. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Annexes
Ta ble détaillée.

157
197

PREFACE

L'étude qui suit ne manque pas d'audace. Alors que la lecture des relations internationales privilégie souvent la hiérarchie des puissances, Elodie Brun nous invite à penser leur autonomie. L'époque ne s'y prête guère: la notion de Tiers Monde paraît vieillie, le non alignement évoque des positionnements dépassés et le Sud désigne un ensemble éclaté et insaisissable. A contrecourant, l'auteur se demande pourtant si les politiques étrangères de quelques pays, traditionnellement classés comme « périphériques », ne sont pas de nature à créer de nouveaux courants de solidarité susceptibles de perturber le jeu des puissances qui définissent l'ordre international depuis 1945. La méthode retenue ne s'inscrit pas dans un courant théorique précis. Elle relève plutôt d'un recensement exhaustif d'interactions internationales significatives afin d'en proposer une interprétation, à la manière d'une sociologie de l'international. L'ouvrage se penche sur les relations entre deux régions l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient - à travers l'intensification des liens entre quatre pays: le Brésil, l'Egypte, l'Iran et le Venezuela. Bien entendu, ce choix, même justifié, peut soulever des objections propres à toute étude de cas: le Brésil est une puissance émergente; l'Egypte a-t-elle encore une politique étrangère?; l'Iran n'est pas un pays arabe; la diplomatie vénézuélienne est atypique, etc. On aurait pourtant tort de s'arrêter là. D'une part, parce que des échanges de toute nature se sont accrus de manière significative entre ces pays, ces dernières années. Non seulement le mouvement est suffisamment récent pour retenir l'attention, mais il a été impulsé et accompagné par une volonté politique explicite dont le Sommet latino-arabe de Brasilia et le renforcement du partenariat entre l'Iran et le Venezuela en 2005 constituent des temps forts. Elodie Brun revient avec précision sur ces évolutions diplomatiques convergentes en s'appuyant sur une documentation diversifiée (documents officiels, articles de presse, entretiens), relativement difficile à collecter et d'une facture plutôt descriptive dans la mesure où ces initiatives, 9

mal connues, ont suscité peu de commentaires ou des observations assez superficielles. Le travail empirique proposé ici méritera donc certainement des prolongements et des approfondissements, mais il fournit déjà une première analyse extrêmement utile aux futures recherches et aux interprétations qu'il conviendra de tirer de ces rapprochements, encore tout à fait imprévus il y a quelques années. L'intérêt du livre tient, d'autre part, au fait de s'interroger sur l'autonomisation de certains Etats de second rang, sur un processus de coopération interrégionale qui échappe aux pays du Nord et, par conséquent, à prendre les relations Sud-Sud au sérieux, tout du moins certaines d'entre elles. Il y a là d'abord un aspect très révélateur des redistributions de puissance qui sont en cours sur la scène internationale et des nouvelles polarités qui se cherchent. La fin de l'ère bipolaire a libéré les échanges, densifié les interactions internationales et suscité des rapprochements diplomatiques inédits. Les balbutiements de la coopération entre certains pays latino-américains et d'autres du monde arabo-persan ne doivent pas être surestimés, mais ils pourraient préfigurer de nouvelles alliances et donner un regain de vigueur à des formes de non alignement post-bipolaire. C'est ensuite un aspect contestataire que prennent ces rapprochements de telle sorte que les négociations internationales risquent de devenir de plus en plus difficiles si les nouveaux entrants sont capables de définir leurs intérêts de manière plus durable que dans le cadre de simples coalitions ponctuelles. La pratique soutenue de rencontres et de concertations plurilatérales est une façon de consolider des regroupements encore assez faibles et hétérogènes (comme le G-15), mais qui cherchent à s'affirmer face au club des pays les plus puissants (le G-8). A n'en pas douter le développement des relations Sud-Sud - coopération politique et échanges économiques -, risque de renforcer le vent de révisionnisme qui souffle sur les institutions multilatérales. La défense contestatrice du multilatéralisme comme stratégie internationale convergente est, en effet, un point fort bien souligné dans l'ouvrage. Les discours sont parfois plus radicaux que les pratiques, mais la volonté affichée par les quatre pays étudiés va nettement dans le sens d'un monde «multipolaire» et d'un multilatéralisme plus représentatif, c'est-à-dire plus ouvert aux pays du Sud. On ne saurait négliger toutefois les différences d'appréciation entre les pays: un révisionnisme modéré et

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réformiste du côté brésilien et égyptien; bien. plus radical et agressif du côté iranien et vénézuélien. La relation avec les EtatsUnis est ici déterminante: tandis que le Brésil et l'Egypte demeurent dans le camp des partenaires et des alliés, l'Iran et le Venezuela sont passés dans celui des ennemis. Pour autant ces divergences n'empêchent pas l'activisme diplomatique et la recherche de positions communes; l'heure n'est plus aux alignements inconditionnels et c'est désormais l'unilatéralisme de la puissance hégémonique qui inquiète. Il n'y a pas nécessairement là un facteur d'unité profonde, mais certainement une volonté commune de ne pas tomber dans une nouvelle dépendance après l'émancipation des contraintes de la bipolarité. En fait, le Sud, à l'instar des quatre cas étudiés ici, est un ensemble bien trop différencié du point de vue politique et économique pour qu'une unité d'action durable soit réaliste aujourd'hui. Au sein même du groupe régional Amérique latine et Caraïbes, les divisions provoquées en 2006 par la candidature du Venezuela au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies en sont une illustration parmi d'autres, même si les intéressés sont finalement parvenus à trouver un candidat de consensus (Panama). Le développement des échanges et l'amorce d'une coopération politique analysés dans ce livre restent, somme toute, très fragiles. Le mouvement est récent, dépendant de fortes personnalités politiques, travaillé par une sourde compétition pour le leadership et confiné, pour l'instant, à des exercices intergouvernementaux. Ce dernier point n'est pas dû à un parti pris «réaliste» de l'auteur: c'est un fait. Les sociétés sont peu impliquées dans des relations d'initiative fondamentalement politique. C'est toute la force dirigiste de ce type d'impulsion, mais c'est aussi sa faiblesse. Ce qui ne serait qu'une politique d'expression des souverainetés pourrait bien trouver ses limites assez rapidement. Mais les choses n'en resteront peut-être pas là. Ce que l'impulsion politique a déclenché peut servir d'aiguillon au développement du commerce et des investissements, à la mobilisation des diasporas, à l'ouverture de nouvelles routes aériennes, à la croissance du tourisme, etc. Elodie Brun ne renonce pas à croire à un effet d'entraînement. Sa lecture des relations internationales est à la fois plurilatérale,

Il

interrégionale et décentrée. Une approche rafraîchissante et des conclusions peut-être pionnières.

Guillaume Devin Professeur de science politique Institut d'Etudes Politiques de Paris

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INTRODUCTION

Lors de la XVe session du Comité de haut niveau sur la coopération Sud-Sud du 29 mai 2007, Kemal Dervis, administrateur au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a souligné une tendance lourde: « Si l'on regarde la contribution du Sud à la croissance mondiale, elle a augmenté de 15% à 40% aux prix du marché (...). Donc le Sud est en passe de devenir le véritable conducteur de l'économie mondiale. Il s'agit d'un changement fondamental en marche depuis

les dernières décennies» 1. Par conséquent, le comportement

potentiel d'Etats seconds doit être une source d'intérêt croissant dans l'étude des relations internationales. Le système mondial ne tourne plus seulement autour des pôles traditionnels de puissance issus de la Seconde Guerre mondiale, que sont l'Amérique du Nord, l'Europe, la Russie et le Japon. Aujourd'hui il devient primordial de se pencher également sur le reste de la planète, ce vaste ensemble dénommé le « Sud» ou monde en développement. Il n'existe pas de critères communs au Sud. Un pays est considéré en voie de développement selon la Banque mondiale quand le revenu par habitant ne dépasse pas 10 065 dollars par an, ce qui englobe 153 pays en 20042. Le Sud est un découpage intellectuel permettant de rassembler des Etats qui, d'une manière générale, n'ont pas terminé leur transition démographique et dont les économies ne présentent pas les mêmes caractéristiques que celles des pays développés. Bien souvent, le secteur rural reste très important, l'industrie est concentrée sur les produits de base et le tertiaire, s'il existe, est en phase de décollage; de plus, les inégalités sociales et la pauvreté y restent beaucoup plus
1. Voir http://content. undp.orgl go/newsroom/2007 /may/kemal-dervis---15th-session-of-thehigh-Ievel-committee-on-south-south-cooperation.enjsessionid=aNxZDULlghX5 (consulté le 15/08/2007). Extrait original: «When we look at the contribution of the South to world growth, it has increased at market prices from about 15% to almost 40%, and at purchasing power parity exchange rates from about a third in 1960 to almost two-thirds today. So the South is really becoming the true driver of the world economy. This is a fundamental change that has occurred over the last few decades». 2. Bruno Tertrais, Dictionnaire des enjeux internationaux, Paris: Autrement, 2006, p.148.

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importantes que dans les pays du Nord. L'expression «Etats du Sud» renvoie à un phénomène récent d'un point de vue historique, à savoir l'émergence de nouvelles entités étatiques à la suite de la décolonisation et fait donc allusion aux pays dont le développement économique est inférieur à celui d'autres dits développés et qui se considèrent comme tels sur la scène internationale. Le danger d'une telle appellation est de considérer le Sud comme un bloc homogène, écueil que nous tenterons d'éviter dans la présente étude. Le terme de relation Sud-Sud est donc aussi une construction, un concept politique qui décrit les liens s'établissant entre les pays en développement sans passer par l'intervention des puissances du Nord. On décompte trois grandes régions du Sud: l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine et les Caraïbes, que l'on peut préciser en ajoutant le Moyen-Orient. L'ancrage historique des liens Sud-Sud est donc relatif mais des précédents existent qui permettent de constater une évolution des regroupements du Sud, dans les arènes économiques et politiques. Les pays du Sud se réunissent traditionnellement au sein de groupes reliés aux institutions multilatérales. La question des relations Sud-Sud n'est pas nouvelle, elle commence avec le non alignementl. Pour Philippe Braillard, le Mouvement des non-alignés (MNA) est l'expression la plus directe et la plus nette de l'entrée des pays en développement dans les relations internationales, il incarne le « syndicat des nations pauvres et faibles»2. Il s'agit de la plus grande coalition de pays existante avec 118 membres lors du Sommet de la Havane en septembre 2006. Les Pays non-alignés se sont définis comme tels pendant la Guerre froide pour s'opposer à la politique des blocs. Ils ont notamment défendu la décolonisation, l'indépendance, la souveraineté, le désarmement, la non-ingérence et le développement économique. On peut tout de même noter que certains analystes, dont Daniel Colard, s'accordent pour constater que le mouvement connaît une crise d'identité due en partie à l'absence de nouveaux leaders et ce malgré la volonté de modernisation lancée par le sommet de Kuala Lumpur en 2003 en élargissant le groupe à de nouveaux thèmes comme les droits de
1. Pour une analyse complète du non alignement, voir les références citées en bibliographie. 2. Philippe Braillard, Mythe et réalité du non-alignement, Paris: Presses universitaires de France, 1987, p.38.

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l'homme ou l'environnement. Le MNA est toujours actif et organise des réunions de ses membres en sommets tous les trois ans et en parallèle des négociations à l'Organisation des Nations unies (ONU). Le mouvement a donné naissance à un autre groupe multilatéral, le G-15 créé en septembre 1989 à la suite du Ve Sommet de Belgrade. Les membres sont aujourd'hui au nombre de 18 avec des allées et venues, par exemple, l'Iran l'a rejoint en 200 Il. Le groupe a été conçu comme un corps restreint mais représentant des pays en voie de développement et possédant un poids économique suffisant pour se faire entendre par les pays développés. Il a deux objectifs principaux: améliorer les échanges entre les membres et établir un dialogue avec le G-82 dans trois domaines particuliers: l'investissement, le commerce et la technologie. Le G-15 est donc centré plus sur des préoccupations économiques. Et récemment, il s'est tourné vers les questions de l'information et de la communication. Ensuite, face à l'évolution idéologique des institutions financières internationales, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) a été créée et dans son sillage en 1964, le G-77, groupe de 131 pays en voie de développement3. Il constitue la plus large coalition permanente de pays au sein des Nations unies. Il promeut la coopération Sud-Sud et s'occupe des questions économiques et de développement dans le cadre de l'ONU. Dans les années 1980, le G-77 a réussi à faire voter des résolutions à l'Assemblée générale en faveur d'un Nouvel ordre économique international (NOEl) et a élaboré des déclarations conjointes ainsi que des accords entre les pays du Sud. En particulier, le G-77 soutient aujourd'hui le commerce Sud-Sud à travers le Système global de préférences commerciales (GSTP). Ces coalitions traditionnelles ont été vivement critiquées pour leur inefficacité: ainsi le G-77 n' a-t-il pas réussi à implanter sa vision
1. Pays membres du G-15 (18): Algérie, Argentine, Brésil, Chili, Egypte, Inde, Indonésie, Iran, Jamaïque, Kenya, Malaisie, Mexique, Nigeria, Pérou, Sénégal, Sri Lanka, Venezuela, Zimbabwe. 2. Groupe informel réunissant huit puissances industrielles: Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie. 3. Pays membres d'Amérique du Sud et du monde arabo-persan du G-77 : Algérie, Arabie Saoudite, Argentine, Bahreïn, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Djibouti, Égypte, Émirats Arabes Unis, Équateur, Guyana, Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Palestine, Paraguay, Pérou, Qatar, Surinam, SYrie, Tunisie, Uruguay, Venezuela, Yémen.

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de l'ordre économique et le G-15 ne s'est-il jamais réuni avec le G8. La création des différents groupes pour favoriser la coopération Sud-Sud ne s'est pas traduite par une croissance significative des échanges. Enfin, les groupes du Sud connaissent un déficit d'engagement en comparaison du G-8: par exemple, les chefs d'Etat ne se sont jamais réunis tous ensemble lors d'un sommet du G-lS1. Toutefois, une ligne durable semble s'installer dans l'esprit de ces groupes selon laquelle les échanges Sud-Sud sont perçus comme un outil de développement et un moyen de lutte contre l'hégémonie économique occidentale. Il devient toutefois nécessaire pour eux de dépasser le stade des déclarations et d'obtenir des résultats concrets, ce qui passe par une réorganisation des relations Sud-Sud. L'architecture internationale est désormais constituée de nouvelles distributions du pouvoir dans les relations Nord-Sud et au sein du Sud. Les relations entre le Nord, renvoyant aux pays développés, et le Sud sont l'objet d'une certaine attention mais l'étude du Sud ne saurait être complète sans l'analyse de ses variations internes et des relations qui s'établissent entre les pays en voie de développement, ceci d'autant plus que certains Etats du Sud ont déployé des diplomaties actives pour construire des liens Sud-Sud ces dernières années. On assiste en particulier à l'émergence de solidarités nouvelles entre l'Amérique du Sud et le monde arabo-persan. L'idée de cette étude prend sa source dans deux événements principaux: le Sommet latino-arabe de Brasilia qui s'est tenu en 2005 entre les pays d'Amérique du Sud et ceux de la Ligue arabe et le renforcement des relations entre l'Iran et le Venezuela générant l'idée d'une alliance rouge-vert entre le socialisme du président Hugo Chavez et l'islamisme du régime iranien. Le partenariat entre l'Iran et le Venezuela a été fortement médiatisé comme en témoignent les titres que la presse a choisis pour décrire les rencontres entre les deux dirigeants2. L'objectif

1. Entretien avec un diplomate brésilien, le 22 février 2007. 2. Voici une sélection des titres les plus provocateurs: «Pourquoi les Arabes aiment le Venezuela », Courrier International, 30 novembre 2006, «Hugo Chavez, héros arabe? », Courrier International, 30 novembre 2006, «Chavez, futur leader 'arabe' ? », Libération, 20 juillet 2006, «Ahmadinejad soigne son 'frère' Chavez », Libération, 15 janvier 2007, «Ahmadinejad drague les latinos », geostrategie.com, 30 janvier 2007, «Mahmoud

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principal de ce travail est d'aborder la reconfiguration du Sud au travers d'un cas d'étude. Le terrain sélectionné est spécifique: 1'« Amérique du Sud» renvoie au cône sud du continent américain et exclut de l'analyse l'Amérique centrale et les Caraïbes et le « monde arabo-persan » permet de ne pas élargir le sujet à tous les pays musulmans ni de le restreindre aux seuls pays arabes. Toutefois, l'attention sera majoritairement portée sur les pays du Moyen-Orient. Il ne s'agit pas de découpages naturels mais politiques et académiques dans le sens où ils servent les intérêts des pays concernés par cette étude et nous permettent d'englober plusieurs facettes de la relation interrégionale. Peu d'études existent, en particulier en France, sur les liens entre ces deux régions. De ce fait, l'analyse se base sur le décryptage des politiques étrangères de quatre Etats, deux dans chaque région, choisis pour leur rôle spécifique dans la reconfiguration du Sud. Ces quatre pays sont le Brésil, l'Egypte, l'Iran et le Venezuela. Le Brésil est en train de connaître une promotion internationale sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir du président Luiz Inacio

Lula da Silva le 1er janvier 2003. La politique étrangère est
devenue une priorité du gouvernement brésilien. Par exemple, il fait désormais partie du groupe intergouvernemental qui prépare les travaux de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), il est devenu un grand pays périphérique mais il reste l'Etat avec les plus importantes inégalités sociales au monde. C'est pour cette raison que le président brésilien s'est lancé dans la lutte contre la pauvreté au niveau international et a participé à la création d'un fonds mondial pour combattre la pauvreté et la faim sur le modèle de son programme national «faim zéro ». Régime présidentiel depuis la Constitution du 5 octobre 1988, le Brésil est un géant en Amérique du Sud, il possède la cinquième superficie mondiale, une population de 186 millions de personnes et en 2004 son Produit intérieur brut (PIB1) représente 50% de la production sudaméricaine. Sa situation économique est désormais stabilisée après

Ahmadinejad, révolutionnaire sud-américain », geostrategie.com, 16 janvier 2007, « Venezuela Iran's Best friend? », venezuelaanalysis.com, Il mars 2006. 1. Le PIB correspond à la valeur totale de la production interne de biens et services marchands dans un pays donné au cours d'une année donnée par les agents résidents à l'intérieur du territoire national. C'est aussi la mesure du revenu provenant de la production dans un pays donné.

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les écueils de la crise de 1998 : en 2002, le taux de chômage s'élève à 11,7% et en 2005 l'inflation est de 5,7%1. La même année, sa croissance économique est d'environ 3,7% et en 2004, son PIB atteint 3331 US$. Le Brésil est parfois décrit comme la ferme du monde: outre sa forêt amazonienne, il est le troisième agro-exportateur mondial et le premier producteur d'éthanol, de sucre de canne, de café, de fruits tropicaux et possède le premier cheptel bovin. Il est en outre le quatrième producteur mondial de gaz et d'or et le deuxième exportateur de fer. Parmi les dix premières économies mondiales et première puissance sudaméricaine, le Brésil est aujourd'hui perçu comme un Etat intermédiaire actif et influent. L'Egypte fut l'un des Etats fondateurs du MNA sous Gamal Abdel Nasser et le pays initiateur de la Ligue des Etats arabes, organisation de coopération régionale créée en 1945, comprenant 22 pays2 et dont le siège est au Caire. La Ligue arabe a longtemps été un outil d'influence majeur pour l'Egypte, elle est d'ailleurs actuellement dirigée par un Egyptien, Amr Moussa. L'Egypte est la principale puissance historique du monde arabe car elle se trouve au cœur de celui-ci, faisant le lien entre le Maghreb et la Péninsule arabique. A la croisée des chemins entre le monde arabe et l'Afrique, elle constitue une des plus anciennes communautés de la planète. L'Egypte compte au niveau international car elle contrôle un point géostratégique primordial dans le transport maritime mondial, à savoir le Canal de Suez, elle possède l'armée arabe la mieux formée et elle représente un poids démographique important dans la région: un Arabe3 sur quatre est Egyptien, c'est le pays le plus peuplé du monde arabe avec 74 millions d'habitants. L'élection présidentielle du 7 septembre 2005 a permis à Hosni Moubarak de décrocher un nouveau mandat de six ans et les élections législatives de décembre 2005 ont donné la victoire à son
1. Les références chiffrées sont issues des statistiques de rOMC et du Bilan du Monde, ed. 2005. 2. Les 21 Etats membres de la Ligue arabe sont: Algérie, Arabie Saoudite, Autorité palestinienne, Bahrein, Djibouti, Egypte, Emirats Arabes Unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Maroc, Mauritanie, Oman, Qatar, République arabe de Syrie, Somalie, Soudan, Tunisie, Yémen. 3. Les Arabes sont en général considérés comme un ensemble de peuples anthropologiquement différents les uns des autres mais unis par un lien linguistique et culturel, réparti sur une vaste zone qui s'étend d'Oman au Maroc.

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parti, le Parti national démocrate, avec toutefois une montée des Frères musulmans qui détiennent désormais 20% des sièges au Parlement égyptien. Hosni Moubarak dirige l'Egypte depuis l'assassinat d' Anouar el-Sadate en octobre 1981. La situation économique du pays est fragile, il a réussi à gérer sa dette, passant de 34% de son pm en 1999 à 7,3% en 2005 mais l'inflation est forte à plus de 5% et le taux de chômage atteint 20%, aggravé par la pression démographique - 37% de la population a moins de 14 ans. En 2005, la croissance est d'environ 5% et le pm est de 1390 US$ par habitant. L'héritage de Nasser continue de peser sur le rôle international de l'Egypte qui tente d'en tirer profit. L'Iran connaît une situation tout à fait différente puisque, depuis la Révolution islamique de 1979 menée par l'ayatollah Khomeiny, il connaît un isolement international certain notamment du fait qu'il n'a plus de relations diplomatiques avec les EtatsUnis. L'ancien président Mohammad Khatami a développé une politique de détente avec tous les partenaires internationaux, en particulier avec ses voisins arabes et les Etats-Unis. Le point d'orgue de cette politique fut une tournée dans le monde arabe et une interview accordée à la chaîne CNN. L'élection du conservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence pendant l'été 2005 a marqué une radicalisation de la politique étrangère. Malgré cette rupture, l'Iran est toujours présent sur la scène internationale car il possède de nombreux atouts géopolitiques. Il se trouve dans une position géographique charnière à la jonction entre les bassins énergétiques du golfe Persique et de la mer Caspienne, il est un des trois géants démographiques du Moyen-Orient avec la Turquie et l'Egypte grâce à une population de plus de 67 millions d'habitants. Il est l'un des 25 pays les plus étendus et les plus peuplés de la planète. L'Iran compte au niveau international en particulier car il possède les deuxièmes réserves mondiales en hydrocarbures avec Il,5% à la fin 2005 derrière l'Arabie Saoudite; il est le cinquième exportateur de pétrole sur le marché mondial et il est membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). La situation économique de l'Iran est défaillante, malgré une croissance annuelle de 6,9% en 2005 et le chômage est officiellement de 12,2% mais il culminerait en réalité à 18% selon des économistes privés. En 2005, le pm s'élève à 2000 US$ par habitant. L'inflation est galopante, de 14% en 2005, et en constante 19