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Les relations entre la France et l'Arabie Saoudite

De
458 pages
Depuis la guerre des Six Jours en 1967, lorsque ses relations se détériorent avec Washington, l'Arabie Saoudite a pour habitude de se rapprocher de Paris. Mais le 11 septembre a modifié les relations internationales. Cet ouvrage montre l'impact de cet événement, le rôle de Paris dans son soutien à Riyad ; il examine les relations entre les deux pays à la lumière de certains dossiers régionaux et aborde les questions relatives aux échanges commerciaux, civils, militaires, culturels et universitaires.
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Les relations entre
la France et l’Arabie Saoudite
de 1967 à 2012
Depuis la guerre des Six jours en 1967, lorsque ses relations avec Washington
se détériorent, l’Arabie Saoudite a pour habitude de se rapprocher de Paris.
Cela s’est vérifi é pendant la crise de la guerre d’Octobre 1973 et celle
de l’occupation de la Kaaba en 1979. Mais les attaques du 11 septembre
représentent un grand tournant dans l’histoire mondiale, en général, et
saoudienne, en particulier. Quel a été l’impact de ces événements sur
les relations franco-saoudiennes ? Pendant cette crise, l’alliance avec la
France a-t-elle remplacé l’alliance avec les États-Unis ?
Cet ouvrage montre l’impact du 11 septembre, le rôle de Paris dans son
soutien à Riyad pendant cette crise et l’infl uence de la presse française
sur les relations entre Paris et Riyad. Il évoque le dossier de la lutte
antiterroriste. Cet ouvrage examine les relations entre les deux pays à
la lumière de certains dossiers régionaux, notamment libanais, syriens,
irakiens et iraniens. Enfi n, sont abordées les questions relatives aux
échanges commerciaux, civils et militaires ainsi que les échanges culturels
et universitaires. L’auteur explique le rôle des élites et des relations
personnelles entre les responsables politiques.
Faisal Almejfel est un diplomate saoudien francophone. Il est docteur en
Sciences Politiques. Il remplit sa mission de diplomate auprès du Palais
Royal de Riyad.
ISBN : 978-2-343-03115-6
46
Les relations entre la France et l’Arabie Saoudite
Faisal ALMEJFEL
de 1967 à 2012








Les relations entre la France
et l’Arabie Saoudite


De 1967 à 2012 Faisal ALMEJFEL





Les relations entre la France
et l’Arabie Saoudite

*

De 1967 à 2012




















L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03115-6
EAN : 9782343031156


J’adresse mes sincères remerciements au Prince Héritier Saoudien l’Emir
Salman Ben Abdul Aziz qui m’a fait l’honneur de m’accorder son attention
bienveillante dans l’élaboration de ce livre.
Je remercie également pour leur précieuse participation les Princes
Saoudiens, les Ambassadeurs de France et d’Arabie Saoudite ainsi que les
Intellectuels, les Fonctionnaires, les Militaires, les Hommes d’affaires et les
Journalistes Français et Saoudiens.


7
SOMMAIRE

PRÉFACE ..................................................................... 15
INTRODUCTION ........................................................... 19
APERÇU HISTORIQUE. ................................................. 23
Les relations franco-saoudiennes pendant le règne d’Abdel Aziz 1932-
1953. ........................................................................................................ 23
Les relations conflictuelles entre Paris et Riyad à l’ère du roi Saoud
1953-1964. ............................................................................................... 28
Les relations franco-saoudiennes pendant le règne du roi Saoud. .......... 30
PREMIÈRE PARTIE
LE RÔLE DES CRISES POLITIQUES DANS LA
CONSTRUCTION DES RELATIONS FRANCO –
SAOUDIENNES. ......................................................................... 35
CHAPITRE I.
LES DÉBUTS POLITIQUES EFFECTIFS : LA RENCONTRE
DU FAISAL -DE GAULLE, ET LE CONFLIT ISRAÉLO
ARABE .......................................................................... 37
Les circonstances de la rencontre au sommet. ........................................ 37
Contexte politique interne et ambition personnelle : quelques points de
convergences et de similitude entre Faisal et De Gaulle. ........................ 47
La nouvelle position politique française en 1967 : cause essentielle du
recours du roi Faisal à Paris? ................................................................. 51
Les tensions entre Riyad et Washington, à l’origine du rapprochement
franco-saoudien. ...................................................................................... 56
Les relations après de Gaulle : la guerre de 1973 et l’utilisation du
pétrole comme arme. ............................................................................... 64
CHAPITRE II
DES RELATIONS JURIDIQUES DE TYPE ÉCONOMIQUES :
L’APRÈS FAISAL ET DE GAULLE ................................ 73
Les relations complexes entre la France et l’Arabie Saoudite pendant le
règne du roi Khaled ben Abdel Aziz et la Présidence de Valéry Giscard
d'Estaing. ................................................................................................. 73
La première visite. ......................................................................................... 79
1979 : L'année des grands problèmes ............................................................ 81

9La révolution islamique iranienne. ................................................................ 81
L’occupation de la Grande Mosquée de la Mecque. ...................................... 83
L’invasion de l’Afghanistan. ......................................................................... 84
La période des transactions militaires : les relations franco-saoudiennes
sous le règne du roi Fahd et le Président Mitterrand. ............................. 88
Les relations franco saoudiennes à l’ombre de la première guerre du Golfe
1980 – 1988. .................................................................................................. 92
Les relations franco-saoudiennes à la lumière de la création du Conseil pour la
Coopération du Golfe (C.C.G). ...................................................................... 95
Les relations franco - saoudiennes à la lumière de la deuxième guerre du
Golfe. ............................................................................................................. 96
Les relations privilégiées entre l'Arabie Saoudite et la France (1995 -
2001) : le roi Abdallah et le Président Jacques Chirac. ........................ 102
DEUXIÈME PARTIE
LE 11 SEPTEMBRE ET LA MODIFICATION DU
RÉFÉRENTIEL DANS LES RELATIONS FRANCO-
SAOUDIENNES. ....................................................................... 107
CHAPITRE I.
LES RELATIONS FRANCO-SAOUDIENNES, À L'ÉPREUVE
DES ATTENTATS DU 11 SEPTEMBRE:
LA RESPONSABILITÉ SAOUDIENNE ET LA CAMPAGNE
MÉDIATIQUE FRANÇAISE. ......................................... 109
Paris comme acteur d’apaisement contre les pressions exercées sur Riyad
après le 11 septembre. ........................................................................... 109
Lecture des événements. ...............................................................................110
Les attaques du 11 septembre et les relations franco-saoudiennes. ...... 113
Paris comme acteur d’apaisement contre les pressions exercées sur Riyad
après le 11 septembre ...................................................................................113
Les attaques de septembre suscitent un rapprochement franco-saoudien et la
Guerre d’Irak rapproche de nouveau Riyad de Washington. ........................118
Les dimensions de l’attitude française vis-à-vis des attaques de
septembre. .............................................................................................. 119
L’extrémisme islamiste et la responsabilité saoudienne ........................ 129
La fabrication d’Al-Qa’ida, l’appui financier au prosélytisme islamique et la
construction de mosquées : quel impact sur les relations franco-saoudiennes ?
......................................................................................................................129
La religion, la carte diplomatique saoudienne la plus importante. ................131
Riyad, Washington, la création d’Al-Qa’ida et la diffusion de l’extrémisme :
le dilemme du prisonnier. .............................................................................134

10L’impact de l’appui saoudien à l’islam sur les relations franco-saoudiennes.
......................................................................................................................136
Les pressions occidentales concernant la réforme du système éducatif
Saoudien. ......................................................................................................139
L’impact des conditions politiques sur l’enseignement en Arabie
Saoudite. ................................................................................................ 140
L’enseignement saoudien : l’absence de vision politique et prédominance de
la culture religieuse. ......................................................................................142
La position française vis-à-vis de l’influence de l’enseignement saoudien sur
l’extrémisme. ................................................................................................148
Les relations franco-saoudiennes après le 11 septembre vues par les
médias. ................................................................................................... 151
L’Arabie Saoudite dans la presse française : l’impact du 11 septembre. ......151
L’Arabie Saoudite dans la presse française avant et après le 11 septembre. .152
La campagne médiatique française contre l’Arabie Saoudite suite aux
attaques du 11 septembre. ..................................................................... 166
La presse française et la presse saoudienne. .................................................166
L’insistance saoudienne sur la campagne médiatique...................................169
La campagne médiatique française contre l’Arabie Saoudite. ......................173
CHAPITRE II.
LES RELATIONS FRANCO-SAOUDIENNES APRÈS LE 11
SEPTEMBRE À LA LUMIÈRE DES DOSSIERS DIFFICILES
DE LA RÉGION. .......................................................... 189
Le dossier Palestinien : Éviter la confrontation avec Israël, un choix
rationnel. ............................................................................................... 190
La position franco-saoudienne vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. ........190
Éviter la confrontation directe avec Israël. ..................................................193
La guerre en Irak et l’absence franco-saoudienne dans la reconstruction
du nouvel Irak. ...................................................................................... 196
La France, l’Arabie Saoudite et la guerre de 2003 en Irak. ..........................197
L’absence franco-saoudienne dans la reconstruction en Irak. .......................199
Les conséquences de l’absence franco-saoudienne dans la reconstruction de
l’Irak. ............................................................................................................201
Le dossier libanais. ................................................................................ 205
L’influence de Rafic Hariri sur les relations franco-saoudiennes. ...............205
Le rôle positif du dossier libanais ; facteur d’atténuation des pressions
exercées sur Riyad après les événements de septembre. (L’adoption de la
décision 1559) ..............................................................................................208
Rafic Hariri reste une variable positive dans les rapports franco-saoudiens,
malgré son assassinat. ...................................................................................210
L’après 11 septembre : La situation au Liban et son impact sur les relations
franco-saoudiennes. ......................................................................................213
Le conflit Hezbollah / Al Hariri : la position franco-saoudienne. .................215

11Lecture du paysage politique libanais. ..........................................................216
Le dossier iranien. ................................................................................. 218
Les relations franco-saoudiennes continuellement tendues avec
l’Iran.L’Arabie Saoudite et l’Iran : un conflit sur tous les plans. .................218
Les relations franco-iraniennes : des relations instables à la limite de la rupture
......................................................................................................................223
L’accroissement de la puissance iranienne après le 11 septembre.Riyad dans
la balance des puissances au Moyen-Orient avant le 11 septembre. .............229
L'accroissement de la puissance iranienne après le 11 septembre : la position
de l'Arabie Saoudite et de la France..............................................................230
La position saoudienne : ...............................................................................231 ition française .....................................................................................235
TROISIÈME PARTIE
SOCIOLOGIE DES MUTATIONS DES RELATIONS
FRANCO-SAOUDIENNES POST 11 SEPTEMBRE ........... 239
CHAPITRE I
LES CHANGEMENTS ÉCONOMIQUES ET LES
COLLABORATIONS MILITAIRES ................................ 241
Le poids des contrats militaires. ............................................................ 241
Avant le 11 septembre : les grands contrats militaires entre Paris et Riyad. .241
L’environnement interne. .............................................................................246 ement externe. .............................................................................247
La variable psychologique dans la prise de décision (le besoin de décision
chez le décideur) ...........................................................................................248
Cadre de la prise de décision. .......................................................................251
Pression politique, principe de compensation, et poids de la présence
américano-britannique : des variables à répétions dans les relations franco-
saoudiennes. .................................................................................................252
Après le 11 septembre : faiblesse de la coopération. ....................................256
Le poids des échanges commerciaux civils. ........................................... 261
Les échanges commerciaux franco-saoudiens avant le 11 septembre. ..........261
Premier facteur : l’existence de groupe de pression. .....................................267
Deuxième facteur : l’appui diplomatique. ....................................................268
Troisième facteur : l’impact populaire du secteur automobile. .....................268
Les échanges commerciaux entre la France et l’Arabie Saoudite après le 11
septembre. ....................................................................................................270
La coopération sécuritaire. ................................................................... 278
Le rôle des crises politiques et du dossier sécuritaire dans la coopération
franco-saoudienne. ........................................................................................278
L’affaire de l’occupation de la Ka’ba : un point de départ pour le
rapprochement sécuritaire franco-saoudien. .................................................281

12La Deuxième guerre du Golfe : le renouveau du second Éveil islamique
saoudien. .......................................................................................................286
Les événements du 11 septembre. ................................................................289
Le dossier sécuritaire, au cœur de la coopération franco-saoudienne ...........292
Les relations franco-saoudiennes à la lumière de l’expérience saoudienne de la
lutte contre l’extrémisme religieux et le terrorisme. .....................................300
L’expérience saoudienne dans la lutte contre le terrorisme : des croisements
indirects entre Riyad et Paris. .......................................................................301
La question du pétrole. .......................................................................... 305
L’utilisation du pétrole comme arme. ...........................................................305
Politique et pétrole. .......................................................................................306
L’environnement externe. .............................................................................309
Environnement interne. ................................................................................310
La pression et le besoin de prise de décision. ...............................................311
La structure officielle dans laquelle s’effectue la prise de décision. .............311
La faible coopération franco-saoudienne dans le domaine du pétrole. .........313
La première tentative française. ....................................................................313
La deuxième tentative française. ..................................................................314
La troisième tentative française. . .................................................................317
La Quatrième tentative française. .................................................................321
La cinquième tentative française. .................................................................322
CHAPITRE II.
NOUVELLES DIMENSIONS FRANCO-SAOUDIENNES
APRÈS LE 11 SEPTEMBRE. ......................................... 327
Le rôle des élites .................................................................................... 327
L’influence des événements de septembre sur l'orientation des élites franco-
saoudiennes. .................................................................................................327
Les étapes de l’élite saoudienne en France après le 11 septembre. ...............331
Fondation du Conseil des hommes d'affaires franco-saoudiens : causes et
conséquences. ...............................................................................................335
La spécificité de la relation entre le président français et le roi saoudien.
............................................................................................................... 342
Le rôle des rencontres bilatérales entre responsables français et saoudiens
jusqu’à Jacques Chirac .................................................................................342
Faisal – de Gaulle – Pompidou : des relations idéales, mais pas d’intérêts
mutuels. ........................................................................................................343
Khalid – Giscard d’Estaing et Fahd – Mitterrand : présidence du roi et
royauté du président. ....................................................................................347
Le rôle du président Chirac dans la création d’un genre spécifique de relations
entre les chefs politiques. ..............................................................................352
Le président Chirac et la bonne compréhension de l’élite saoudienne au
pouvoir. ........................................................................................................352
Le recul des relations personnelles particulières à l’arrivée au pouvoir de
Nicolas Sarkozy. ...........................................................................................359

13Les relations franco-saoudiennes à la lumière de la nouvelle politique
saoudienne après 11 septembre ............................................................. 363
Les conséquences des nouvelles orientations du roi Abdallah sur les relations
après le 11 septembre. ..................................................................................363
L’accès au trône : Riyad se tourne vers l’est et Sarkozy relance la coopération.
......................................................................................................................373
Les relations franco-saoudiennes à la lumière de l’expérience des échanges
culturels et les programmes d’envoi d’étudiants boursiers. ..........................379
Influence du 11 Septembre. ..........................................................................381
Le roi et le Pape. ...........................................................................................387
Les variables de la pression politique et le besoin de prise de décision ; l’unité
organisationnelle de la prise de décision . ....................................................389
CONCLUSION .......................................................................... 391
ANNEXES .................................................................................. 399
BIBLIOGRAPHIE .................................................................... 427



14PRÉFACE

Faisal Almejfel a expliqué et analysé, dans ce livre, les relations entre la
France et l’Arabie Saoudite de 1967 à 2012. L’intérêt du livre de Faisal
Almejfel réside dans le fait qu’il porte un regard d’autant plus inédit pour le
lecteur français qu’il est celui d’un analyste de la chose politique et
diplomatique. Sa francophilie – rare dans un pays qui compte près de
200 000 étudiants aux Etats-Unis contre moins de 2000 en France –
l’encourage à porter sur les relations bilatérales entre nos deux pays un œil
avisé et neuf. Fruit de plusieurs années de travail, d’une quarantaine
d’entretiens avec des décideurs politiques saoudiens mais aussi français, de
l’observation minutieuse de certaines institutions méconnues jouant pourtant
un rôle important dans la dynamique franco-saoudienne (le « conseil des
hommes d’affaire franco-saoudien »), ce livre, véritable plaidoyer pour une
amitié renforcée, dévoile avec justesse l’état du rapprochement initié par le
général de Gaulle, entre la France et l’Arabie Saoudite.
La première partie de l’ouvrage revient sur la genèse des relations franco-
saoudiennes, initialement très timides, telles qu’elles furent développées par
les liens personnels entre de Gaulle et le roi Faysal, au gré des tensions entre
le royaume et Washington qui demeurent pour Paris d’extraordinaires
fenêtres d’opportunité. Les successeurs du général perpétueront un état de
relations minimales essentiellement axées autour d’échanges commerciaux
« pétrole contre armement » que ne déjugeront pas des présidents aussi
différents que François Mitterrand ou Jacques Chirac, tous deux confrontés à
une guerre du Golfe. A l’issue de cette entrée en matière historique, l’auteur
examine l’impact des attaques du 11 septembre 2001 sur le bilatéralisme
franco-saoudien. L’auteur insiste tout particulièrement, armé de la boite à
outil de l’analyse décisionnelle d’un Richard Snyder, sur le rôle fondamental
selon lui des élites politiques des deux pays et sur l’évolution de l’opinion
publique dans sa perception de l’Arabie Saoudite. Si le contexte politique,
économique, commercial, diplomatique est important, Faisal Almejfel insiste
nettement plus sur le rôle des Etats et en leur sein de leurs dirigeants dans la
construction progressive d’une relation complexe. L’analyse porte ici sur
quelques décisions (autour des dossiers libanais, iranien ou palestinien)
jugées cruciales en matière de politique étrangère pour explorer en
profondeur l’organigramme des décideurs, leurs poids politiques, leurs

15interactions avec l’environnement « organisationnel » ou « bureaucratique »
(dans la lignée des travaux de G. Allison), leurs « attentes normatives » (D.
Welch) ou encore leurs perceptions souvent partiellement déformées par
l’environnement international (J. Levy ou R.N. Lebow). Deux grandes
hypothèses reviennent dans l’ouvrage et structurent ce qui pourrait être
défini comme le cadre des relations franco-saoudiennes. La première insiste
sur la volonté du royaume de sortir d’une relation presque tutélaire avec
Washington, fondée dès l’issue de la seconde guerre mondiale, et jugée
parfois handicapante, surtout lorsque le vent de l’histoire – qui souffle
particulièrement fort le 11 septembre 2001 – vient ternir de part et d’autre de
l’Atlantique, la perception des uns et des autres. La seconde insiste sur la
volonté française d’ouvrir sa diplomatie sur le monde arabe. L’auteur ne
masque pas l’importance des enjeux commerciaux derrière cette volonté
d’idylle diplomatique. Mais il insiste tout autant sur l’importance des
relations personnelles développées par les présidents successifs et le
royaume, soucieux de voir s’incarner dans des figures fortes une amitié
exigeante. La présidence d’un Jacques Chirac, réputé « ami des arabes »
s’avère décisive dans l’évolution positive du lien politique entre les deux
pays.
Faisal Almejfel n’en reste pas moins lucide sur le partenariat franco-
saoudien. Le déséquilibre avec les Etats-Unis est patent tant au niveau de la
force des relations personnelles que des investissements américains dans la
région. Il suffirait d’ailleurs de comparer la centaine de personnel
diplomatique français présent dans le royaume avec les milliers d’agents
américains pour mesurer le gouffre qui sépare les deux bilatéralismes. Il en
va de même pour les échanges commerciaux relativement modestes entre la
France et la monarchie - 8,7 mds d’euros en 2011 – contre près de 20 fois
plus en ce qui concerne la balance commerciale entre les Etats-Unis et
l’Arabie Saoudite. Le soft power américain, même si en net recul dans cette
région du monde, demeure là aussi plus attractif que l’influence culturelle
française, pourtant en nette progression. A ce titre la méconnaissance teintée
de jugements de valeur, des élites intellectuelles, journalistiques ou
politiques françaises vis-à-vis du royaume saoudien est soulevée par l’auteur
comme un des freins à l’établissement d’une relation plus solide et durable.
Que deviendra cette relation encore jeune ? Surmontera-t-elle les préjugés
tenaces qui l’alimentent ? Verra-t-elle émerger quelques nouveaux

16observateurs capables de décrypter, tout comme le propose Faisal Almejfel,
une diplomatie complexe ?
Nous savons que nous pouvons faire confiance à Faisal Almejfel pour
répondre à ces interrogations.
Xavier Crettiez
Professeur de science politique à l’Université de Versailles Saint Quentin
en Yvelines.


17
INTRODUCTION

Lors de l’arrivée à l’Elysée en 2007 du président français Nicolas
Sarkozy, des modifications profondes ont été opérées dans la gestion des
relations franco-saoudiennes. Depuis 1967, les rapports entre Paris et Riyad
reposaient d’une part, sur le rôle que ces deux capitales occupaient dans la
gestion des crises politiques à l’international, et d’autre part, sur les relations
personnelles entre les dirigeants des deux pays. On peut donc dire que les
relations bilatérales entre la France et l’Arabie Saoudite étaient beaucoup
plus influencées par l’état d’esprit qui régnait au sein de l’Elysée et du palais
royal saoudien que par le cumul des rapports politiques, économiques, ou
toute autre relation d’ordre pragmatique entre des sociétés dans le sens des
intérêts mutuels. Le pétrole et l’armement étaient les deux principaux
composants qui dominaient les relations franco-saoudiennes. Cependant,
après les attaques du 11 septembre, l’Arabie Saoudite a entamé de nouvelles
politiques en se dégageant partiellement de la domination de Washington.
Ceci a permis aux relations franco-saoudiennes de prendre une nouvelle
dimension avec l’implication d’acteurs nouveaux, comme les élites et les
hommes d’affaires, mais aussi, avec la création d’espaces nouveaux comme
la coopération culturelle et les programmes de bourses. Cette nouvelle
dimension dans les relations franco-saoudiennes est apparue avec l’arrivée
du président Sarkozy et non pas pendant les mandats de Jacques Chirac qui,
était pourtant considéré comme un ami des dirigeants saoudiens, avec
lesquels il a traité pendant 5 ans, après les attentats du 11 Septembre.
La France et l’Arabie Saoudite sont d’une égale importance sur le plan
régional et international. En effet, la France est considérée comme une
puissance mondiale sur le plan politique, économique et culturel. Ce rôle de
la France - ajouté aux rôles des autres puissances - est apparu après
l'effondrement de l'Union Soviétique qui, constituait le pôle concurrent des
États-Unis d'Amérique et de ses alliés. De ce fait, la France a été incitée à
essayer de compenser le vide laissé par l'Union Soviétique. La France est
l'un des États membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies
et l'un des sept principaux pays industrialisés en termes de ressources et
notamment d’industrie militaire et d’industrie civile. La France, au côté de
l’Allemagne est, sur le plan politique, l’un des pays les plus importants de
l’Union Européenne. L’histoire de sa présence dans les régions du monde

19arabo-musulman remonte à des centaines d'années. Elle détient donc une
expérience certaine dans les rapports avec les gouvernements et les peuples
1musulmans et arabes .
L’Arabie Saoudite est également considérée comme une puissance
régionale sur le plan politique, économique et idéologique. En effet, l’Arabie
Saoudite est symboliquement le siège de l’Islam, en raison de la présence sur
son sol des Lieux Saints (La Mecque et Médine). Elle joue ainsi un rôle
primordial dans le monde arabo-musulman. Riyad joue un rôle moteur dans
le monde arabo-musulman, à travers le Conseil de Coopération du Golfe
(C.C.G) et la Ligue Arabe. Elle est considérée comme une puissance
économique mondiale car elle détient le quart des réserves mondiales de
pétrole. Celui-ci lui confère un rôle prépondérant grâce à ses réserves
pétrolières élevées, qui lui permettent d’exercer une influence considérable
sur le marché du pétrole à l’OPEP, afin de préserver les prix sur le marché
mondial en temps de crises. D'ailleurs, l’Arabie Saoudite a procédé à
2plusieurs reprises à une augmentation de la production pétrolière . Riyad se
révèle être un allié incontournable pour les Occidentaux, notamment
lorsqu’il s’agit d’endiguer l’influence iranienne dans la région.
On peut également ajouter à cela, les différents changements sur la scène
internationale, notamment les événements politiques après le 11 septembre
suite auxquels l'Arabie Saoudite s'est trouvée au cœur de la tempête, compte
tenu de la présence de 15 Saoudiens parmi les 19 kamikazes ayant effectué
les attaques en septembre 2001. Ces individus appartenaient au réseau Al
Qaida dirigé par le Saoudien Oussama Ben Laden, connu par les services
américains et saoudiens, bien avant le 11 septembre, l’homme le plus
recherché par les États-Unis. Pour Al Qaida, cette mutation terroriste se
3manifeste à trois niveaux : le projet, la cible et la représentation .
La nouvelle donne concerne aussi l'apparition de ce qui ressemble à une
confrontation idéologique et religieuse entre l'Islam et les autres

1
Jacques Buyon, & Denis Bouchard, La France et le Golfe arabe, Abu Dahabi, Les
Émirats Centre d'études et de recherches, 2008, pp,23-36.
2 Frédéric Charillon, « La diplomatie saoudienne à l'épreuve de la turbulence », Etudes,
t.400 : n°2, p.153-165, février 2004. Sur ce point voir également, Alice Landau, Théories et
pratique de la politique internationale, Paris, Harmattan, 2006.p.92.
3 Xavier Crettiez & Isabelle Sommier, « Le 11 septembre 2001 : continuité ou rupture des
logiques terroristes», Annuaire français des relations internationales, Vol.3, avril 2002.

20civilisations. C'est à la lumière de ces circonstances que l'Arabie Saoudite fut
accusée de nourrir le radicalisme islamiste et même de l’exporter jusqu'à ce
qu'il apparaisse sous la forme de l'acte terroriste du 11 septembre. Viennent
ensuite les nouvelles variables à travers lesquelles les principes et les intérêts
de l'Arabie Saoudite et la France vont converger ou s'opposer et dont les plus
importants sont l’impact des événements du 11 septembre en France, en
Arabie Saoudite et aux États-Unis.
En 2001, a lieu la guerre en Afghanistan entrainant l’effondrement du
régime des talibans (wahhabisme-sunnite) soutenu jadis par le Pakistan et
l'Arabie Saoudite avec la bienveillance des États-Unis. Il faut noter
l'apparition du concept de « terrorisme » sur lequel il n'y a pas encore de
définition claire ni d'accord sur ses raisons et ses sources.
La position française vis-à-vis de la situation à laquelle était confrontée
l'Arabie Saoudite se définit peu à peu. Les États-Unis déclarent la guerre au
terrorisme.
Les initiatives proposées pour le règlement de la question palestinienne après
le 11 septembre; l'initiative saoudienne pour la normalisation des relations
entre les pays arabes et Israël, en contrepartie de la création d'un État
palestinien aux côtés d'un État israélien, se basant sur les frontières de 1967
ainsi que l'initiative américaine présentant une feuille de route qui a vu la
participation de la France au sein de la commission quadruple. La guerre en
Irak en 2003 va imposer des prises de position. L'assassinat du premier
ministre libanais Rafik Al hariri est un évenement lourd de conséquences. A
tous cettes variables, il faut ajouter le dossier nucléaire iranien, et
l'accroissement de l'influence iranienne dans la région, caractérisée par son
ingérence dans les questions régionales pour faire pression sur le plan
international comme c'est le cas en Palestine à travers le Hamas, au Liban à
travers le Hezbollah ou en Irak à travers la majorité chiite et le parti au
pouvoir.
Par ailleurs, la France sous la présidence de Jacques Chirac et de Nicolas
Sarkozy a toujours cherché à détenir un rôle plus important sur le plan
économique et politique, notamment dans les régions les plus difficiles et
instables, que cela soit dans le cadre de l'Union Européenne ou dans un cadre
unilatéral. Ainsi, la France tendrait à construire une ligne politique qui soit
indépendante de celle des États-Unis.


21



APERÇU HISTORIQUE.
LES RELATIONS FRANCO-SAOUDIENNES PENDANT LE RÈGNE D’ABDEL
AZIZ 1932-1953.

Après la prise de contrôle par le roi Abdel Aziz de la plupart des
territoires composant la péninsule arabique à la fin des années 1920, la
première reconnaissance accordée à l’État saoudien fut celle de l’Union
ersoviétique le 16 février 1926. Ensuite celle de la Grande-Bretagne le 1 mars
41926, suivie de la France, la Hollande et la Turquie dans le même mois .
Puis, deux ans après, ce fut au tour de l’Allemagne en 1928, suivie par la
Pologne et l’Iran. Quant aux États-Unis d’Amérique, ils ont annoncé leur
5reconnaissance à l’Etat saoudien en 1931 .
On remarquera ici, que ces États ont reconnu l’Arabie Saoudite dès que
celle-ci a conquis la péninsule arabique, et avant même qu’elle ne se déclare
elle-même comme État souverain en septembre 1932. Ceci nous amène à un
certain nombre de points très importants.
L’importance de cette région par sa situation géostratégique, puisqu’elle
est considérée comme un trait d’union entre l’Europe et l’Asie, que cela soit
à travers la mer ou à travers la terre ferme.
Les écrits historiques et descriptifs des orientalistes occidentaux sur la
Péninsule arabique sont devenus des guides de référence sur la région, ainsi
que sur les plans politique, économique et social.
Les recommandations et les écrits que les géologues occidentaux ont
fournis à leurs gouvernements sur l’importance économique du territoire
saoudien et de son sous-sol, notamment après la découverte du pétrole dans
la péninsule à la fin des années 1930.
Le contexte international sur la période d’avant la Deuxième Guerre
mondiale où se conjuguaient les dynamiques économiques et politiques à
6travers la colonisation et la polarisation .

4 Davide Rigoulet-Roze, Géopolitique de l’Arabie Saoudite, Paris, Armand Colin, 2005,
p.103.
5 Ministère des affaires étrangères saoudien, direction des archives, Riyad.
6 1970 ،توريب ،زيزعلا دب ع كلملا دھع يف ةيبرعلا ةريزجلا هبش ،يلكرزلا نيدلا ريخ
(Trad: Kheir El din Al Zarkali, la péninsule arabique à l’ère du roi Abdel Aziz, Beyrouth,
1970, pp 31-36).

23La fin du charbon comme source d’énergie exclusive, et le début de
l’exploitation à grande échelle du pétrole.
Tous les pays qui ont reconnu l’Arabie Saoudite, ont dépêché des
représentants diplomatiques pour traiter avec le nouvel État saoudien. Ainsi,
l’ensemble des activités diplomatiques concernant les relations entre
l’Arabie Saoudite et la communauté internationale est resté concentré au
niveau de ces missions de représentation. La Grande-Bretagne et les États-
Unis d’Amérique ont été les premiers à ouvrir des ambassades en Arabie
7Saoudite en 1950 .
Au lendemain de la proclamation de son indépendance (le 23 septembre
1932), l’Arabie Saoudite est soutenue par l’Union soviétique, la France, la
Grande Bretagne et les États-Unis d’Amérique. Dès lors, l’Etat saoudien a
entamé l’ouverture de ses consulats de manière progressive, comme celle de
Paris en 1932 où le conseiller du roi Abdel Aziz, Fouad Hamza fut installé
comme premier consul saoudien. Le ministère des affaires étrangères
français issu du gouvernement Lebrun (1932-1940) a fait de même, en
envoyant une mission diplomatique française au Caire, pour conduire les
8négociations avec l’Arabie Saoudite .
À cette époque-là, l’Arabie Saoudite vivait une période difficile, car elle
combattait toujours dans le sud de la péninsule arabique, pour récupérer des
territoires occupés par les Yéménites. Le but visé par le roi Abel Aziz par
ces ouvertures de représentations diplomatiques dans les différentes parties
du monde, visait à obtenir la reconnaissance par la communauté
internationale d’un royaume souverain de l’Arabie Saoudite, sous le règne
monarchique de la famille Al Saoud.
Après la stabilisation de la situation et la prise de contrôle par l’Arabie
Saoudite de la plupart des territoires de la péninsule arabique, l’État
saoudien a commencé ses contacts avec les grandes puissances en procédant
à des visites diplomatiques protocolaires notamment après que le processus
de reconnaissance fut achevé.

7 . 2000 ،رشنلاو عي زوت ل تاعوبطملال ةكرش ،تيوكلا ،ةيد وعسل ةيبرعلاا خيرات ،فيليسا ف يسكيلإ
(Trad: Alexis Vacilif, Histoire d'Arabie saoudite, Koweït, Les publications d'entreprises
pour la distribution et la publication, 2000.p.391).
8 Ibid .p.407

24Dès 1935, le roi Abdel Aziz a envoyé son fils, l’émir Saoud auprès de
plusieurs capitales européennes dont les plus importantes étaient Londres et
9Paris. Après la formation du troisième État saoudien en 1932 , un accord est
conclu pour transformer la représentation diplomatique saoudienne à Paris
en Ambassade ; ce qui fut concrétisé en 1939 juste avant l’éclatement de la
Deuxième Guerre mondiale. Pour ce faire, le conseiller francophone Rachad
Feraoun fut choisi par le roi Abdel Aziz comme premier ambassadeur
10saoudien à Paris. Il demeura à ce poste jusqu’en 1952 . Le Prince Héritier
Saoudien l’Emir Salman Ben Abdul Aziz nous dit que l’ambassadeur
saoudien Rachad Feraoun était considéré comme un grand conseiller pour le
11roi Abel Aziz dans les relations franco-saoudiennes. L’ordre selon lequel
les ambassadeurs saoudiens se sont établis à Paris est le suivant :
Rachid Feraoun 1939-1949.
Medhat Cheik Al Ard 1949-1956.
Rupture des relations diplomatiques 1956-1962. (Ayant pour cause, la
crise de Suez et la guerre d’Algérie)
Al Sayd Al Mnkour 1962-1970.
Ali Reda 1970-1976.
Jamil Al Hajilan 1976-1995.
Faisal Al Hajilan 1995-2003.
12Mohamed Al Cheik depuis 2003 .
Du côté français, la transformation de la représentation diplomatique à
Riyad n’a pu être concrétisée à cause du déclenchement de la Deuxième

9 .2004 ،ماسح راد ،نامع ،ةي د وع س ل ثيدحلال خ ي راتلا،يديزلا ديفم
(Trad: Mofide Alzaydi, Histoire moderne de l’Arabie Saoudite, Amman, Dar hussam,
2004, pp,185-188).
10 Encyclopédie, Mokatel , 2010. www.mokatel.com. Sur ce point voir: Khaled ben
Sultan, Guerrier du désert, Paris, Hachette, 1995.
11 Entretien avec le Prince Salman Ben Abdul Aziz, Ryiad, 9 janvier 2014
12 Source : l’ambassade d’Arabie Saoudite à Paris.


25Guerre mondiale. En effet, ce n’est qu’à partir de la fin 1952 que
l’ambassade s’y est installée. Quant à l’ordre selon lequel les ambassadeurs
français se sont établis à Riyad depuis 1942, il se présente comme suit :
M. Maigert, délégué du Comité national français, juin 1942.
Le même, délégué du gouvernement provisoire français, janvier 1945.
M. Rageot, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, avril 1945.
M. Bencheneb, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, janvier
1947.
M. Gueyraud, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, avril 1949.

A nouveau M. Gueyraud, ambassadeur, octobre 1952 .
M. Filliol, ambassadeur, février 1955.
M. Cassin, ambassadeur, 25 novembre 1955 / 6 novembre 1956.
M. Soulie, ambassadeur, octobre 1962.
M. Revol, ambassadeur, septembre 1964.
M. De Bouteiller, ambassadeur, septembre 1967.
M. Richard, ambassadeur, janvier 1975 .
M. Drumetz, ambassadeur, janvier 1979 .
M. Rocalve, ambassadeur, décembre 1981 .
M. Lopinot, ambassadeur, mai 1985 .
M. Berniere, ambassadeur, septembre 1986.
M. Berssot, ambassadeur, décembre 1991.
M. De la Fortelle, ambassadeur, mai 1994 .
M. Poletti, ambassadeur, août 1998.
M. Bancalis De Maurel D’Aragon, octobre 2004.
13 M. Besancenot, juillet 2007 .
Était-ce une réelle préoccupation française d’essayer de renouveler et de
proposer des solutions meilleures à travers ce mouvement de rotation des
ambassadeurs alors même que du côté saoudien la stagnation au niveau des
postes diplomatiques était perceptible ? Ces relations ne dépassaient-elles
pas les simples formalités protocolaires entre les deux pays ?
D’après ces deux tableaux, on remarquera que la cadence des
mouvements de rotation au niveau des ambassadeurs n’est pas la même,
puisque du côté Français on dénombre dix-neuf ambassadeurs alors que du

13 L’ambassade de France à Riyad.

26côté saoudien, on n’en compte que sept. Si l’on mettait de côté la différence
qu’il pouvait y avoir en ce qui concerne les régimes administratifs internes et
les mouvements de recyclage opérés au sein des ministères saoudien et
français des affaires étrangères, il semblerait qu’un certain nombre de
questions mériteraient d’être posées. Les dirigeants saoudiens n’ont-ils pas
donné l’importance nécessaire à leurs missions à Paris comme cela a été fait
à Washington et Londres, par la qualité des ambassadeurs et leur degré de
position sociale, ainsi que par les postes qu’ils occupaient ?
Bien qu’il soit difficile d’apporter des réponses satisfaisantes à ces
questions, il nous semble que les deux points suivants contiennent des
éléments de réponse susceptibles de nous éclaircir sur ce sujet. En effet, les
ambassadeurs saoudiens à Londres et à Washington étaient (et sont toujours)
issus des sphères dirigeantes. Beaucoup d’entre eux, étaient des ministres de
renommée possédant une grande place et des contacts directs avec les
dirigeants Saoudiens, Américains et Britanniques. Cela a permis de
développer les relations de l’Arabie Saoudite avec les États-Unis et la
Grande-Bretagne. En revanche, les ambassadeurs saoudiens basés à Paris ne
14pouvaient guère prétendre remplir ce même rôle . Par ailleurs, du côté
français, il semble que les ambassadeurs à Riyad sont demeurés
politiquement et socialement à l’écart du gouvernement et de la société
saoudienne. Ils étaient et demeurent toujours fermés et loin des affaires
intérieures de l’Arabie Saoudite et n’ont pas dépassé le rôle traditionnel des
ambassadeurs. Nous traiterons plus loin, du rôle des activités diplomatiques
dans les relations franco-saoudiennes (troisième partie).
Ainsi malgré le fait que la France fut parmi les premières nations à
reconnaître l’Etat Saoudien, les relations franco-saoudiennes sont demeurées
très limitées à l’aspect formel. Ainsi, excepté l’apport des sociétés françaises
en matière de forage en eau, les relations politiques entre les deux Etats
n’ont pas connu de développements significatifs, compte tenu de l’intérêt
relatif qu’accordaient les ambassadeurs français à la situation politique et
sociale interne de l’Arabie Saoudite. On peut ajouter, de plus, en ce qui

14 À l’exception du très actif, Mr Jmil Al Hajilan, ambassadeur qui occupait auparavant
un poste de ministre. C’est aussi l’avis de la plupart des personnes avec lesquels nous nous
sommes entretenus lors de nos recherches. Pour plus de détails regarder : Muhammad bin
Snitane , les élites saoudiennes, étude sur les transformations et les échecs, Beyrouth, centre
d’études de l’union arabe, 2005.

27concerne les ambassadeurs saoudiens à Paris, qu’ils n’occupaient pas de
positions sociales à la hauteur de celles de leurs collègues en mission aux
Etats Unis.


LES RELATIONS CONFLICTUELLES ENTRE PARIS ET RIYAD À L’ÈRE DU
ROI SAOUD 1953-1964.

La période de règne du roi Saoud a été à la fois importante et difficile
dans l’histoire de l’Arabie Saoudite, notamment sur le plan intérieur où
l’Etat saoudien commençait à construire ses institutions. Cela se concrétisait
par la fondation des ministères, des institutions et des organes
gouvernementaux, mais aussi par l’édification des infrastructures du pays en
présence de ressources uniques qui dépendaient du pétrole. Ce qui
occasionnait des difficultés en rapport avec le volet politique accompagné
par des variables sociales et culturelles dont la plupart étaient les
conséquences de la Deuxième Guerre mondiale et le début de la guerre
15froide entre les blocs Est et Ouest .
Sur le plan extérieur, l’Arabie Saoudite connaissait une situation
exceptionnelle à travers les contextes politique tant régional et
qu’international confus qui ont coïncidé avec la période du roi Saoud de
manière générale. Ceci a influencé négativement la politique étrangère de
l’Arabie saoudite, et ce, sur plusieurs axes :
L’aggravation de la guerre froide entre les États-Unis et l’Union
soviétique qui a été suivie par une large polarisation des pays du tiers
monde, en particulier.
La chute de la monarchie en Égypte dès 1952 après la révolution des
officiers libres qui influencera plus tard beaucoup d’autres révolutions dans
la région. Le président Égyptien Abedel Nasser avait appuyé toutes les

15 . 1998 ،فلؤمل ا ،ةدج ،ةي د وعس ل ةيبرعلاا يف ءارزولاو تارازولا ،يلوخلا رمع
(Trad: Omar Al Kholi, les ministères et les ministres en Arabie saoudite, Djedda, Al
Moalif, 1998,p, 214).

28révolutions militaires dans le monde arabe comme celle du Yémen, la Lybie,
et l’Irak.
La crise algérienne qui a commencé en 1954 et qui a pesé négativement
sur les relations de la France avec les pays arabes de manière générale et les
relations franco-saoudiennes de manière spécifique. Les deux pays en sont
même arrivés à couper leur relation diplomatique.
La guerre de Suez en 1956, après laquelle les puissances britannique et
française ont pris conscience de leur déclin en tant que forces dans la région
au profit de l’émergence des grandes puissances américaine et soviétique,
ces deux dernières étant entrées dans une course à l’influence dans le moyen
orient dans un contexte de polarisation croissant. Cette période a aussi
connu une coupure des relations diplomatiques entre les pays arabes, à leur
tête, l’Arabie Saoudite avec la France et la Grande Bretagne entre 1956 et
161962 .

En effet, tous ces événements, ces guerres et conflits politiques ont
influencé négativement les activités de l’Arabie Saoudite sur le plan
extérieur de manière générale. Riyad a concentré sa politique étrangère en
direction de Washington. La visite du roi Saoud en 1954 a constitué un
exemple édifiant. Il est important de souligner que la période du roi Saoud a
connu de fortes perturbations, surtout que le nationalisme arabe était à son
apogée et effectuait une percée dans la région à travers les élites militaires.
Riyad cherchait donc à sauvegarder en priorité sa propre existence dans un
contexte de montée en flèche du nationalisme arabe, conduit par l’Égypte
contre les monarchies arabes et notamment celles du Golfe. Quant aux
relations franco-saoudiennes elles ont bien été affectées par la guerre
d’Algérie et la crise de Suez qui ont constitué un obstacle et une cause de
rupture dans les relations entre la France et l’Arabie Saoudite, et ce, même
sur le simple volet diplomatique formel, pendant six ans (1956-1962).

L’Arabie Saoudite connaissait donc une situation délicate et un contexte
politique défavorable suite aux chutes successives des monarchies arabes. A
cela s’ajoutaient de nouvelles variables sociales, politiques et économiques
dans la région dont la plus importante était l’apparition des mouvements de
libération nationale, arabes conduits et appuyés par le président égyptien
Jamal Abdel Nasser . Cela servait aussi les ambitions de la famille

16 Excepté le Maroc et le Liban qui n’ont pas coupé leur relation diplomatique avec la
France.

29Hachémites pour constituer un empire Hachémite en Jordanie et en Irak sans
oublier aussi la récupération du Hedjaz des mains des Saoudiens. La
première préoccupation des dirigeants saoudiens était de préserver leur
17propre existence compte tenu de l’émergence de ces nouvelles variables .
L’Arabie Saoudite rencontrait aussi des problèmes en matière de
délimitation des frontières avec les pays du Golfe qui étaient sous protectorat
britannique tels que les Émirats Arabes Unis, le Koweït et le Sultanat
d’Oman. À ce sujet, la Grande-Bretagne a pris une position défavorable aux
intérêts de l’Arabie Saoudite, ce qui a fini par déclencher des tensions entre
18les deux parties .


LES RELATIONS FRANCO-SAOUDIENNES PENDANT LE RÈGNE DU ROI
SAOUD.

Comme l’Arabie Saoudite, la France vivait aussi une situation politique
compliquée. Elle était impliquée dans la guerre sur trois fronts successifs : le
Viêtnam, l’Algérie et Suez. Les relations franco-arabes connaissaient leurs
pires moments et le mécontentement des pays arabes envers la France était
très palpable.
En ce qui concerne les relations franco-saoudiennes pendant le règne du
roi Saoud, nous pouvons dire que la période de trois ans qui a précédé la
guerre de suez en 1953 – 1956 est celle où le roi Saoud parachève la
coopération que son père Abdel Aziz a entamée avec la société française des
eaux, chargée de la prospection de l’eau en Arabie Saoudite.
Le directeur de la société française des eaux, Camus a effectué une étude
sous forme d’une enquête sur l’existence de l’eau sur les territoires
saoudiens. Camus a recouru à un géologue français très connu dans le
domaine de la prospection sur les eaux dans les territoires sahariens. Il

17 Entretient avec l'émir Turki ben Nasser ben Abdel Aziz, Paris, 08 /05/2010
18 Benoist-Méchin, Le roi Saoud ou l’orient à l’heure des relève, Paris, Albin Michel,
1960,p.174.

30s’agissait en l’occurrence de Karpoff qui est venu pour apporter son aide
dans une étude préliminaire sur le plateau géologique de la péninsule
arabique. Il est arrivé à Riyad en novembre 1954 où Camus l’a présenté au
roi Saoud qui lui a demandé d’entamer rapidement les opérations de forge
19sur l’eau .
Le roi Saoud a fourni toutes les facilités requises à la société française
pour que celle-ci puisse mener à bien son travail de prospection en Arabie
Saoudite. Le contenu du contrat portait sur la mise en œuvre de quatre
20opérations de forage profond à Riyad . Mais il ne fut trouvé aucune trace
d’eau malgré la profondeur des forages. Ceci les obligea à demander de
nouveaux outils de Paris. Finalement, l’eau a été trouvée à une profondeur
de 1307 mètres au début d’octobre 1956. Cependant, cette coopération a
échoué après trois semaines à cause de la guerre de Suez et la rupture des
21relations diplomatiques avec la France .
Les dirigeants saoudiens ont renvoyé tous les ressortissants français
présents sur le sol de l’Arabie Saoudite. Dans ces circonstances particulières,
la société Hydraulique Afrique a préféré se retirer et retourner en France
surtout que ses employés se sont retrouvés sans protection sécuritaire. Pour
finir les travaux de forages entamés, l’Arabie Saoudite a fait appel à une
22société égyptienne de forage sur les eaux . Cette société égyptienne a fini
par échouer dans ses opérations. C’est alors que les hommes d’affaires
saoudiens et à leur tête Abdel Aziz Jamil ont demandé au roi Saoud et à ses
conseillers d’accepter le retour de la société française et de lui fournir la
protection nécessaire. Les Français sont finalement revenus à la fin de 1957
malgré la quasi-inexistence des relations entre les deux pays, ce fut une
exception ordonnée par le roi Saoud, en personne. Les ingénieurs français
sont parvenus à trouver des quantités importantes d’eau. Grâce à cette
collaboration fructueuse avec les Français, le ministère de l’agriculture

19 Karpoff est un savant d’origine russe et de nationalité française, il travaillait pour le
compte de la société française pour les études et l’administration. Cette société entretenait une
coopération avec la société Hydraulique-Afrique. Il a acquis une notoriété mondiale pour ses
recherches sur les couches géologiques pendant la période cambrienne dans le grand Sahara
en 1947. Pour plus de détails, voir : Roman Karpoff, Historique de la découverte d'eaux
potables à Riyad, Paris, Luis-Jean, 1959 .
20 Benoist-Méchin, Le roi Saoud ou l’orient à l’heure des relève, op,cit,.p.178.
21 Ibid.p.182.
22 Ibid.p.188.


31saoudien a établi ses programmes de développement avec l’aide de
l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture F.A.O,
organe des Nations Unies pour une durée de 25 ans.
Ainsi, on a vu pour la première fois, une pression exercée par les groupes
d’intérêt de l’intérieur de l’Arabie Saoudite au profit d’une société française.
Néanmoins, la société française finira par partir avec la fin de sa mission.
Ceci constitue l’un des éléments principaux dans la faiblesse de la
coopération franco-saoudienne et qui se reproduira ultérieurement pour deux
raisons : d’une part, la coopération franco-saoudienne s’établissait entre les
sociétés françaises et le gouvernement saoudien. Le gouvernement français
ne s’en mêlait pas pour les soutenir comme le faisaient les États-Unis pour
leurs sociétés.
D’autre part, les sociétés françaises ne se créaient pas d’occasions pour
rester et continuer d’autres projets et se retiraient dès la fin de leurs projets.
Ceci limitait considérablement le rôle des groupes d’intérêts qui pratiquaient
des pressions sur les dirigeants politiques.
En effet, il est fréquent que les sociétés américaines exercent des
pressions sur leur gouvernement pour qu’à leur tour, elles fassent pression
sur les autorités saoudiennes. Cela concerne un certain nombre de demandes,
ainsi que des détails d’ordre administratif et sécuritaire. Les sociétés
américaines essaient aussi de créer d’autres projets afin de peser dans la
durée par leur présence, en conduisant de manière très souple des
négociations avec les saoudiens. C’est ainsi que les sociétés américaines se
voient souvent attribuer un deuxième ou un troisième projet de suite, avant
même que le premier ne soit finalisé.
Contrairement aux sociétés américaines, les sociétés françaises n’essaient
pas de se créer des chances pour obtenir des contrats et ne communiquent
pas avec le gouvernement saoudien dans ce sens. Elles n’exercent pas non
plus de pression sur le gouvernement français dans le but que ce dernier
fasse pression à son tour sur le gouvernement saoudien pour protéger leurs
intérêts économiques.
En somme, les sociétés françaises traitent avec les autorités saoudiennes à
travers les patrons de sociétés, alors que les sociétés américaines le font avec

32les patrons et avec l’appui de l’ambassade américaine à Riyad ainsi qu’avec
23le ministère américain des affaires étrangères .
La situation en Arabie Saoudite était devenue très tendue dans un
contexte de changement politique touchant la région, notamment avec la
révolution égyptienne de 1952 et l’apparition de la variable politique du
nationalisme arabe, qui menaçait les monarchies existantes dans la région. À
cela on pourrait ajouter l'accentuation de la polarisation qui a caractérisé la
guerre froide et qui a vu l'Arabie Saoudite se joindre à Washington et
l'Égypte se joindre à Moscou. Par la suite, la crise de Suez a provoqué une
détérioration des relations entre la France et l'Arabie Saoudite au point que
les deux pays sont arrivés à couper leurs relations diplomatiques. Un début
de coopération est né entre la France l'Arabie Saoudite notamment en ce qui
concerne la prospection sur l’eau. Cependant, les sociétés françaises
chargées de ce projet ont dû quitter l'Arabie Saoudite, car elles n'avaient pas
de soutien à l'intérieur du régime saoudien qui préférait se diriger vers
Washington.




23 Entretien avec le président du conseil des affaires franco-saoudiennes, Kamel Al
Moundjid, Riyad, 4 juin 2010.

33
PREMIÈRE PARTIE

LE RÔLE DES CRISES POLITIQUES DANS LA
CONSTRUCTION DES RELATIONS FRANCO –
SAOUDIENNES.






CHAPITRE I.
LES DÉBUTS POLITIQUES EFFECTIFS : LA RENCONTRE DU FAISAL -DE
GAULLE, ET LE CONFLIT ISRAÉLO ARABE

« Trois clefs paraissent indissociables de
l'identité saoudienne: il s'agit du pétrole, de
l'islam et de l'appartenance au monde arabe.
Certains les caricaturent à l'extrême pour
mieux fustiger la société et le régime
saoudiens. D'autres, très légitimement -
mais au risque, parfois, de la complaisance -
s'insurgent contre cette caricature pour
redécouvrir les complexités d'une entité
24saoudienne mal connue »


LES CIRCONSTANCES DE LA RENCONTRE AU SOMMET.

Même si la création de l’État saoudien indépendant remonte à 1932, il a
fallu attendre l’après-guerre mondial, pour voir la France commencer à
traiter avec l’Arabie Saoudite. Le président de Gaulle restera le plus connu
des dirigeants français chez les saoudiens, car la cinquième république a été
la première à avoir traité avec Riyad. À ce sujet l’Émir Mukran insistait sur
le fait que : "Le président Charles De Gaulle est considéré comme l’un des
chefs d’État français les plus importants de l’histoire de la République
25Française, et ce, depuis la révolution française de 1789" . Il est aussi le
plus important depuis la naissance de la cinquième république en 1958. En
revanche, si le roi Abdel Aziz est le fondateur du troisième État saoudien, le
roi Faisal est considéré comme le parrain de l'État saoudien dans sa forme
actuelle, c'est-à-dire un État pivot dans la région sur le plan économique,

24 Frédéric Charillon, Op,cit.
25 Entretien avec l’émir Mukren ben Abdel Aziz, Riyad, 1 décembre 2010.

37politique et islamique. Le roi Faisal a été le premier fondateur des
orientations principales de la politique extérieure de l'Arabie Saoudite, qui
s'appuie sur la diffusion de l'Islam, l'utilisation du pétrole et des
organisations islamiques arabes, ainsi que celles du Golfe comme outils
26politiques efficaces dans les relations internationales . Il est aussi celui qui a
fondé les mécanismes scientifiques de la plupart des ministères, en les
faisant sortir de l'archaïsme qu'ils connaissaient à l'époque du roi Saoud.
C'est aussi grâce à lui que l'Arabie Saoudite a supplanté l'Égypte dans le
leadership du monde arabo-musulman tout en affrontant le nationalisme
arabe nassérien et en construisant des mosquées pour diffuser l'Islam dans
tous les points du globe. Il apporta aussi un soutien financier indéfectible
pour la fondation des organisations islamiques dont les plus importantes
27étaient l'Organisation du Conseil Islamique , fondée à Djeddah en 1969,
l’Organisation Islamique pour l'Education (basée à la Mecque), et la Banque
Islamique de Faisal en 1977 (basée au Caire). Le roi Faisal a aussi largement
contribué à ce que l’Arabie Saoudite récupère ses propriétés pétrolières par
le rachat des actifs et les obligations des sociétés pétrolières américaines. En
d'autres termes, le roi Faisal est perçu comme étant le leader de la nouvelle
28renaissance saoudienne .
Le roi Faisal, a grandement œuvré à métamorphoser l’Arabie Saoudite
d’un État désordonné et désorganisé dépourvu de politique étrangère claire
et de mécanismes de travail internes efficaces en un État institutionnalisé qui
a développé ses ressources humaines et a exploité ses richesses naturelles
pour devenir un État dans le vrai sens du terme. Ceci est très proche de la
conception de Philippe Braud dans la manière de gérer un État comme si
c'était une société, et ce, par l’exploitation des ressources, qu'elles soient
29humaines, naturelles, financières ou par l’activation du rôle des institutions .
Le roi Faisal a entrepris de grands efforts pour rationaliser l’Etat
saoudien. En effet, l’Arabie Saoudite à l’époque du roi Abdel Aziz 1932-
1953 et du roi Saoud 1953-1964 souffrait d’un certain amateurisme dans le
travail institutionnel, au niveau de tous les ministères, y compris celui des

26 Hichem Karoui, Où va l'Arabie Saoudite, Paris, L'Harmattan, 2006, p.82.
27 www.oic-oic.org
28 Benoist-Méchin, Faisal roi d’Arabie, op.cit. pp, 96-101.
29 Philip Braud, penser l’État, Paris, seuil, 1997, pp,158-168

38affaires étrangères qui gère notamment les rapports avec les Etats
occidentaux.
S’imprégnant de formations acquises aux États-Unis, il créa un
mécanisme interne très efficace pour le développement du mode de vie du
citoyen et la modernisation du système éducatif. D’ailleurs, la plupart des
universités saoudiennes ont ouvert leurs portes durant son règne, de même
que les infrastructures les plus importantes du pays (routes, aéroports,
stations d’électricité…etc.) et ce, grâce aux revenus de la rente qui fut
mobilisée à cet effet. Il créa des sociétés d’investissement gouvernementales
qui exerçaient à l’étranger et des fonds gouvernementaux qui exerçaient à
l’intérieur. Ainsi, un régime de retraite a pu être instauré et un mécanisme
nouveau fut installé pour le fonctionnement des plus importants ministères
comme celui de l’intérieur et des affaires étrangères et la cour royale. Cela
dit, l’acquisition de 75 % de la société ARAMCO fut l’une des plus grandes
réalisations du roi Faisal.
Dès le début des années 60, il y avait des points de convergence et de
similitude sur le plan de la politique générale, dans la position régionale et
mondiale et aussi dans les variables politiques entre la France et l'Arabie
Saoudite. On peut noter des similitudes entre De Gaulle et le roi Faisal dans
leurs tentatives de changer la situation politique dans leur pays pour aspirer à
une place plus importante ou dans leur agacement envers l’hégémonie de
leur allié américain. Du côté français, la constitution de 1958 a accordé de
larges prérogatives au président français sur le plan de la politique extérieure
et de la prise de décision concernant la sécurité nationale. Ceci a
considérablement aidé le président Charles De Gaulle dans sa tentative
visant à hisser la France et l'Europe à une plus grande place dans le monde,
tout cela dans les années 60 durant lesquelles il y avait un contexte de
bipolarité américano-soviétique et ce, en dépit du fait que, de manière
générale, la France avait tendance à s'aligner sur les orientations du bloc
ouest et les États-Unis. Après la Deuxième Guerre mondiale, la France était
en désaccord avec les États-Unis car ces derniers avaient choisi d'appuyer la
Grande-Bretagne - aux dépens de la France- en l'aidant à construire sa
30puissance nucléaire . De Gaulle a donc cherché une nouvelle position pour

30 En 1953 la Grande-Bretagne a pu concrétiser son expérience dans le domaine nucléaire
avec l'aide des États-Unis. Quant à la France elle y est parvenue en 1960. Sur ce sujet voir la

39la France qui soit en dehors des orientations et des pressions américaines.
Ainsi, il avait réclamé la création d'une commission à l'intérieur de l'OTAN
chargée de la défense et composée de la Grande-Bretagne, des États-Unis, et
de la France, sans oublier les réclamations françaises concernant la
diminution des charges financières de l'OTAN, ce qui a été considéré par les
31États-Unis comme une entreprise visant à limiter leur leadership . De
Gaulle voulait créer une troisième puissance mondiale qui aurait représenté
l'Europe à travers la France. Le terrain de cette concurrence était « le tiers-
monde » où l'enjeu tournait autour de l'indépendance politique, le
développement économique et l'adoption de résolutions concernant les
32affaires importantes que connaissaient ses différentes régions .
À ce propos, le sénateur Daniel Bedard a appuyé la vision de Charles de
Gaulle selon laquelle les critères de la création de l’OTAN n’étaient que le
reflet des choix stratégiques américains. De plus, même après la dislocation
de l’alliance de Varsovie, l’OTAN n’a servi que les intérêts et les stratégies
américaines. L’auteur est allé plus loin en affirmant que le rôle américain au
sein de l’OTAN a affaibli les organisations internationales et leur a fait
perdre leur place et leur prestige international comme c’est le cas pour
33l’Organisation des Nations Unies .
Dans un contexte où l’ordre international était dominé par la bipolarité,
De Gaulle voulait « l’européanisation » de l’OTAN et non pas son

revue la garde nationale, France : les atouts des super puissances, Riyad, un numéro complet
sur la France, juillet- août 1996.
31 تاسا رد زكرم ،توريب ،ةدرابلا برحلا ةياھن يف برعلا ىلع يبرولا يكيرملا فلتخلا ر يثأ ت ،روساجلا مظان
2007 ،يبرعلا ملاعلا
(Trad. : Nadim Al Djassur, l’impact des différents américano-européens sur les affaires
de la nation arabe, la période de la fin de la guerre froide, Beyrouth, le centre des études sur
l’unité arabe, 2007, pp, 86-87).
32 Ibid.p.92.
33 Danielle Bedard « Quelle sécurité collective pour l’Europe, L’OTAN constitue –elle la
réponse efficace ? », la revue internationale et stratégique, n° 50, 1999.

40« américanisation ». Ceci allait, à l’encontre de l’idée américaine selon
34laquelle l’OTAN était la meilleure formule pour la sécurité européenne .
Conformément à sa vision, le président de Gaulle a approuvé
l’indépendance des colonies françaises en Afrique. Cela dit, il savait que la
région du Moyen-Orient était la véritable clé, d’autant plus que la plupart des
États arabes et à leur tête l’Arabie Saoudite, avaient décidé de couper leurs
relations diplomatiques avec la France, à cause de la crise de Suez en 1956.
À cela s’ajoutaient deux problèmes, lesquels s’ils avaient été résolus,
auraient permis à la France de retrouver le cercle des grandes puissances et
auraient produit un justificatif pour son retour dans la région du Moyen
Orient, à l’image d’une puissance mondiale pouvant se prévaloir d’avoir un
héritage historique et culturel considérable, en comparaison avec les États-
Unis. Ces deux problèmes concernent le problème algérien et le point de vue
de la France sur l’affrontement entre Israël et le monde arabe.
C’est dans cette optique que la France à entamer un processus graduel
coïncidant avec une ligne de conduite sur deux points parallèles d’une part,
la volonté de s’impliquer dans les affaires du Moyen Orient en tant qu’acteur
capable de proposer des solutions et d’autre part la volonté de se démarquer
de la ligne américaine.
L’essence même de la neutralité française annoncée après la rencontre de
Charles de Gaulle avec le roi Faisal à propos de la situation israélo-arabe
était son souhait de jouer un rôle d’intermédiaire et d’arbitre entre les Arabes
et Israël. La France a conforté sa position par un embargo partiel sur
l’exportation des armes aux pays concernés par le conflit, malgré la
signature d’un contrat d’achat par Israël de 50 mirages français pour
l’aviation israélienne. En 1969, un embargo complet fut décidé par la France
35pour tous les pays en conflit .

34 Nicole Nesotto, « la non-européanisation de l’OTAN » les cahiers français, N° 209,
mars- avril 1999.p 27.
35 ،يبرعل ا ركفلا ،نامع ،رضاحلاو يضاملا نيب ةيبرعلا ةيسنرفلا تاقلعلا : برعلاو لوجيد ،مي ھ اربإ نيدلا دعس
. 1990
(Trad: Saad El Din Ibrahim, De Gaulle et les arabes : les relations franco-arabes entre le
passé et le présent, Amman, la pensée arabe, 1990, p, 78).

41Lors d'une conférence de presse le 27 novembre 1967 à Paris, le général
de Gaulle a posé les fondements de la politique française au Moyen-Orient.
Il a souligné la responsabilité historique et éthique de l'Europe en ce qui
concerne la régulation du conflit israélo-arabe. Il a aussi noté l'aspect négatif
des aides américaines pour Israël, qui selon lui, ont fait perdre à la France
l’espoir qu'elle entretenait sur la possibilité de coexistence entre les arabes et
36les juifs . Lors de cette conférence, le président De Gaulle avait affirmé
« nous sommes retournés à une politique d'amitié et de coopération avec les
peuples arabes, c'est une politique suivie depuis des siècles par la France. La
logique et la morale nécessitent que cela soit le fondement essentiel de nos
37actions en dehors de la France » .
Autrement dit, le président De Gaulle voulait que la France soit
souveraine et indépendante de la vision américaine, et ce, malgré le fait
qu'elle restât sur la ligne politique globale et les orientations occidentales
sous le leadership américain, mais sans pour autant qu'elle soit dépendante
de la Maison-Blanche. Cette vision de de Gaulle s'est achevée par le retrait
de la France de l'OTAN en 1966 avec une relecture de la réalité
conformément aux nouvelles variables et aux nouvelles situations.
Dans cette optique, les nouvelles démarches ont été celles de l’initiative
concernant la politique arabe de la France et l’ouverture de nouveaux canaux
politiques arabes en dehors de la sphère traditionnelle des anciennes colonies
françaises en Afrique du nord, au Liban, et en Syrie. Dans ce contexte, la
France s’est dirigée vers d’autres pays arabes comme l’Irak, l’Égypte et
notamment l’Arabie Saoudite afin de dynamiser la politique arabe de la
France. De son côté, l’Arabie Saoudite a trouvé dans la France un meilleur
choix politique en dehors de l’hégémonie américaine alignée sur les intérêts
israéliens aux dépens de la Palestine.
La situation du roi Faisal était similaire à celle de son homologue
français. Cette situation était délicate, car il se battait sur quatre fronts : la

36 Huber Védrine, De Gaulle et le monde arabe, conférence à l’université Sorbonne
d’Abou Dhabi, octobre 2008. Pour plus d’information :
www.sorbonne.ae/sites/psuad/Pages/default.aspx
37 Général Charles De Gaulle, discours et messages 1966 -- 1970, Paris, Plon, p, 110.

42politique extérieure de l’état, le soutien américain, le front régional et la
guerre sur les territoires yéménites.
Le front de la politique extérieure de l’État, et les questions internes vis-
à-vis des mécanismes de gouvernance, dont les plus importantes étaient le
38dossier du pétrole et de la politique publique de l’Arabie Saoudite . Dans
certains cas, il les a surmontés par les initiatives et dans d’autres cas, par la
passivité et parfois par l’absence. Sur ce genre de cas, Philippe Braud
dit qu’« il aurait fallu que soit admise la nécessité de prendre une initiative
39plutôt que d’ignorer délibérément le problème ou de choisir l’abstention ».
Le front du soutien américain pour Israël et la non-coopération des
Américains, dans le cadre de la recherche d’une solution à la question
palestinienne, malgré des relations historiques entre les États-Unis et
l’Arabie Saoudite, et les demandes répétées de cette dernière concernant
40cette question .
Sur le front régional, les pays arabes subissaient la pression du
nationalisme arabe de Jamal Abdel Nasser et on cherchait à neutraliser les
régimes monarchiques après l’effondrement de ceux de l’Égypte (1952),
l’Irak (1958), le Yémen (1962) et enfin la Libye (1969).
Quant à la guerre qui opposait le roi Faisal à l’Égypte sur les territoires
yéménites 1962-1967 elle a été considérée comme une guerre par
procuration sur trois plans : sur le plan local entre la monarchie et la
République yéménite, sur le plan régional entre l’Arabie Saoudite et
l’Égypte et enfin sur le plan international entre les États-Unis d’Amérique et
l’Union soviétique. Ceci prouve que la région était et reste toujours une
région de grands conflits.

38 Il y avait un différent interne au sein du pouvoir saoudien pendant la période du règne
du roi Saoud 1953-1964. Cela dit le roi Faisal a repris le pouvoir effectif depuis 1962 avec
l’aide et l’appui de la famille royale et de l’institution religieuse et la majorité des
populations.
39 Phillipe Braud, penser l’État, op,cit., p, 202.
40 Le roi Faisal n’était pas aligné sur les orientations des États-Unis, et dans la plupart des
cas il les critiquait sévèrement, tandis qu’après l’ère du roi Faisal la politique étrangère
saoudienne s’est beaucoup rapprochée des États-Unis.

43La position du roi Faisal vis-à-vis de l’Égypte ressemblait à celle de de
Gaulle vis-à-vis des États-Unis. À l’ère du règne du roi Abd Al aziz 1932-
411953 et de celui du règne du roi Saoud 1953-1964 , l’Arabie n’avait pas
encore pris le rôle d’un État pivot dans la région, sachant qu’elle possédait
des lieux sacrés ainsi que la plus grande source de pétrole au monde. Le
principal objectif du roi Faisal était de sortir de l’influence égyptienne et de
se consacrer à l’indépendance de l’Arabie Saoudite, riche par ses ressources
pétrolières et ses lieux sacrés, et de jouer un rôle central dans la région par
l’implication dans les problèmes du monde arabe et musulman ; notamment,
dans le problème palestinien, relatif aux questions arabes, ainsi que
l’exploitation des acquis pétroliers, ainsi que la diffusion et le
positionnement de l’islam dans le monde musulman.
On peut considérer que l'année 1967 est une année charnière dans
l'histoire de l'Arabie Saoudite et de la France. Les relations entre ces deux
pays ont commencé réellement avec la rencontre du roi Faisal et le président
De Gaulle le 2 juin 1967, trois jours avant la guerre des Six Jours. Dans la
même année, une nouvelle série d’événements politiques nouveaux ont fait
que les positions et les intérêts de la France et de l'Arabie Saoudite ont
convergé. On peut les résumer ainsi :
Le Retrait Français de l'OTAN en 1966
En effet, l’Arabie Saoudite connaissait une situation tendue avec
Washington à cause de ses revendications (notamment de la part du roi
Faisal) concernant la question palestinienne. Il était reproché aux États Unis
de ne pas jouer un rôle positif dans cette question cruciale pour le monde
arabe. De ce fait, le retrait de la France de l’OTAN et la nouvelle position
adoptée par De Gaulle vis-à-vis de la question palestinienne présentait une
nouvelle opportunité pour les Saoudiens d’avoir une nouvelle alternative et
42peut- être même un nouveau moyen de pression sur les Américains .

41 Officiellement, Faisal est devenu roi en 1964, mais il dirigeait le pays de manière
effective depuis 1962.
42 Le roi Faisal est le seul parmi la famille royale qui bénéficiait de considération de la
part des nationalistes arabes et les islamistes simultanément, grâce à sa position sur la
question palestinienne, contrairement aux autres rois auxquels on reproché l’aliénation à
Washington.

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