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Les relations entre le Canada, le Québec et l'Afrique depuis 1960

De
206 pages
Cinquante ans après les indépendances, l'Afrique est-elle encore une priorité pour le Canada et le Québec ? Sa coopération avec l'un et l'autre a-t-elle atteint l'âge de la maturité ? Les relations entre les trois ont-elles un avenir ? Ce livre veut contribuer à aider le Canada, le Québec et l'Afrique à mieux se connaître et mieux se comprendre afin de mieux coopérer.
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Les relations entre le Canada, le Québec et lAfrique depuis 1960  Relations between Canada, Quebec and Africa since 1960
Études Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa   Dernières parutions
  Célestin NKOU NKOU, Manuel de gestion simplifiée , 2012.  Jean-Pierre MISSIE, Histoire et sociologie de la pauvreté en Afrique, Regards croisés sur un phénomène durable , 2012. André MBATA MANGU, Barack Obama et les défis du changement global. Leçons pour le monde, lAfrique et la politique étrangère américaine , 2012. Clotaire SAULET SURUNGBA, Centrafrique 1993-2003. La politique du Changement dAnge Félix Patassé , 2012. Elliott Anani SITTI, Investir en Afrique pour gagner , 2012. Edgard GNANSOUNOU, En finir avec le franc des économies françaises d Afrique , 2012.  Philippe NKEN NDJENG, Lidée nationale dans le Cameroun francophone, 1920-1960 , 2012. Pierre Esaïe MBPILLE, Les droits de la femme et de lenfant : entre universalisme et africanisme , 2012. Michel BOURGEOIS, Senghor et la décolonisation . Radio Dissóó, la révolte paysanne , 2011. Abderrahmane MZALI, La coopération franco-africaine en matière de Défense , 2011. Aly Gilbert IFFONO, Naître, vivre et mourir en pays kisi précolonial, 2011. E. Libatu LA MBONGA, Espoirs déçus en République démocratique du Congo , 2011. Paulin KIALO, Parcs nationaux et diplomatie environnementale au Gabon , 2011.  Justine DIFFO TCHUNKAM, Droit des activités économiques et du commerce électronique , 2011. Kouadio A. ASSOUMAN, Le rôle des Nations Unies dans la résolution de la crise ivoirienne. Tome 1 : Soutien aux initiatives françaises et africaines. Tome 2 : Soutien à laccord politique de Ouagadougou , 2011.
Sous la direction de Jean-Bruno MUKANYA KANINDA-MUANA    
 Les relations entre le Canada, le Québec et lAfrique depuis 1960 Esquisse de bilan et de perspectives   Relations between Canada, Quebec and Africa since 1960 Initial appraisal and some perspectives    Actes du colloque organisé à lUniversité de Montréal le 6 mai 2010, sous le patronage du Groupement interuniversitaire pour lhistoire des relations internationales contemporaines (GIHRIC) et du Groupe de recherche interuniversitaire sur le Québec des années 1960 et ses relations avec lextérieur (GRIQUERE)     
 LH ARMATTAN
Les opinions exprimées à travers les différentes contributions ne reflètent pas  nécessairement le point de vue du directeur du volume.         
           
   © L'H ARMATTAN , 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris   http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96197-5 EAN : 9782296961975
Aux Professeurs Samir Saul et Magali Deleuze  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
I NTRODUCTION GÉNÉRALE  Jean-Bruno Mukanya Kaninda-Muana Université de Montréal   Lannée 2010 a marqué le 50 e  anniversaire des indépendances africaines. Depuis 1960 et même déjà avant, le Canada entretient avec lAfrique des relations basées sur sa réputation dÉtat pacifique, sans passé colonial, bilingue et fédéraliste. Depuis 1960 également, le Québec uvre à consolider sa présence sur le continent africain, au gré des dynamiques faites de complémentarités et, parfois, de tensions avec Ottawa. Cinquante ans après, il serait permis de penser que ces relations aient atteint lâge de maturité. Car, dune part, lAfrique, en vue de consolider lindépendance et de se développer, avait notamment misé sur la coopération avec le Canada, puissance avec laquelle elle navait pas de contentieux. Dautre part, le Canada na fait déconomie ni douverture ni de générosité envers les États africains : le gouvernement fédéral, lAgence canadienne de développement international (ACDI), des gouvernements provinciaux, des Missions religieuses, des organisations non gouvernementales, des sociétés minières et bien dautres instances nont cessé de prendre des initiatives, dagir en Afrique ou en faveur de ses régions. Et, ces dernières années, lapport de lAfrique au Canada et au Québec, déjà par la voie de limmigration, attire de plus en plus lattention. Cependant, il semble que les résultats de la coopération entre le continent africain et le Canada ne correspondent pas encore à la confiance de lAfrique envers le Canada et aux espoirs que place le Canada dans lAfrique. Cette dernière est-elle encore une priorité pour le Canada ? Constitue-t-elle une région marginale ou préférentielle dans laction internationale du Québec ? Pourquoi le Canada narrive-t-il pas encore, en dépit de ses atouts, à sy imposer comme un acteur majeur,  7
 
comparativement aux anciennes puissances coloniales, aux États-Unis et à la Chine ? Lengagement multilatéral a-t-il profité au Canada ? Quels changements la chute des dictatures africaines, les conférences nationales des années 90 et les efforts actuels de refondation des États ainsi que de démocratisation ont-ils entraînés dans les politiques du Canada et du Québec envers lAfrique ? Comment lAfrique peut-elle entretenir désormais, avec le Canada et le Québec, des relations mutuellement avantageuses, au-delà de laide, quelle soit humanitaire ou au développement ? Ces questions démontrent limportance détablir le bilan des cinquante ans des relations entre lAfrique, le Canada et le Québec, en vue den dégager des perspectives nouvelles. Le Sénat fédéral canadien en a donné lexemple, à travers un document qui mériterait dêtre largement diffusé, en loccurrence le rapport intitulé Surmonter 40 ans déchec : Nouvelle feuille de route pour lAfrique subsaharienne. Rapport du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international 1 . Le titre du rapport, à lui seul, est très éloquent, en plaçant le bilan de la coopération du Canada avec lAfrique depuis 1960 sous le signe de léchec. Comme le démontre le long extrait ci-dessous, le Sénat fédéral attribue la responsabilité de léchec en question et la solution du problème tout autant aux Africains, à la communauté internationale quau Canada :  « Contrairement à la croyance populaire, le Comité est davis que laide au développement international nest pas la solution à long terme pour lAfrique. Ce quil faut, ce sont des économies dynamiques et une saine gouvernance, conditions que seuls les pays africains eux-mêmes peuvent instaurer et préserver, et non pas le monde extérieur. Les gouvernements africains doivent entreprendre des mesures concertées pour bâtir des économies qui fonctionnent, qui                                                                 1 Le comité sénatorial qui a produit ce rapport a été dirigé par les Honorables Hugh Segal (Président) et Peter A. Stollery (Vice-Président). Le document date de févier 2007 et est disponible sur www.senate-senat.ca/foraffetrang.asp  8
 
 
génèrent des emplois et des investissements et qui sont porteuses davenir pour le peuple. Ils auraient avantage à réduire le coût des affaires et à créer des environnements propices à la croissance et à linvestissement du secteur privé []. Il serait irréaliste et injuste de la part de la communauté internationale de sattendre à ce que les pays africains progressent économiquement sans quelle ne réaménage les pratiques commerciales internationales qui les ralentissent tout en favorisant systématiquement les pays riches. Les pays développés doivent terminer le cycle de négociations de Doha de lOrganisation mondiale du commerce (OMC) et réviser les subventions et les obstacles au commerce qui favorisent les pays riches pour offrir aux pays africains un meilleur accès aux marchés mondiaux, particulièrement dans le cas des produits agricoles, pour lesquels les pays africains jouissent dun avantage comparatif. La communauté internationale des donateurs doit également tenir compte de ce que les citoyens et les dirigeants dAfrique souhaitent réellement  de laide pour générer des investissements, créer des emplois et promouvoir le commerce []. Le Comité a conclu quen 40 ans, notre aide étrangère navait guère réussi à sortir lAfrique de son marasme économique ou à améliorer le quotidien de ses habitants. Dans le meilleur des cas, laide au développement leur a servi de circuit dattente ; dans le pire, elle a contribué directement à leur piètre gouvernance et à leur mauvaise gestion économique. Par conséquent, la communauté internationale, Canada y compris, doit modifier radicalement son approche au développement international en Afrique subsaharienne. Les pays développés doivent rediriger leur aide en vue dy bâtir des économies plus fortes.   LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU CANADA À LÉGARD DE LAFRIQUE DOIT CHANGER. Si lon tient compte du fait que le Canada est un pays du G8 jouissant dune forte économie, qui compte des entreprises florissantes, des investisseurs enthousiastes et un bassin de citoyens dimportantes compétences, quil entretient depuis longtemps des relations politiques et économiques avec  9
 
lAfrique, le Canada na guère atteint là-bas les résultats que méritent les citoyens et les contribuables canadiens. Pour que notre pays améliore lefficacité de sa politique étrangère à légard de lAfrique subsaharienne, il doit entreprendre deux grandes réformes politiques : Le Canada devrait élaborer une politique cohérente qui tienne compte de tous les aspects du développement. Pour ce faire, le gouvernement devrait établir un Bureau de lAfrique, dont les effectifs proviendraient des secteurs de laide, du commerce, de la sécurité et des affaires étrangères et dont le mandat principal serait le développement économique de lAfrique, puis décentraliser au moins 80 p. 100 de ses effectifs, ses ressources et son pouvoir de décision financière sur le terrain. Le Canada devrait examiner sans délai lavenir de lACDI pour décider sil y aurait lieu de labolir ou de laméliorer en lui donnant un mandat conféré par une loi. En gros, le Canada devrait délaisser son approche traditionnelle axée sur laide à lAfrique et élaborer une politique étrangère qui tienne compte de tous les aspects de son développement. Cette nouvelle politique ne devrait pas être axée sur des programmes de bien-être social comme léducation, mais plutôt sur le développement économique : augmentation de la productivité agricole, accès à la micro-finance et développement des petites entreprises, par exemple. Le Canada devrait accorder la priorité à la promotion du commerce, des relations commerciales et de linvestissement en Afrique subsaharienne. Toutefois, les retombées nen seront que partielles si le Canada ne regagne pas sa crédibilité et ne reprend pas du leadership à lOMC, dans le but de conclure un accord de commerce international qui serait aussi avantageux pour les pays en développement. En ce qui concerne laide au développement pour lAfrique, le bilan de lACDI na rien de reluisant [], notre aide au développement est lente, inflexible et ne correspond pas aux conditions réelles des pays bénéficiaires. La part de laide bilatérale du Canada ne dépasse pas 10 p. 100 de laide bilatérale totale que reçoit lun ou lautre de nos pays partenaires ; par conséquent, notre aide nest guère utile à ces pays. Nos priorités sectorielles ont aussi changé trop souvent au fil du temps, une situation sans doute exacerbée  10