//img.uscri.be/pth/a84f43d438bbc4741833c1512c7d875c0f881618
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les transitions italiennes

De
218 pages
Le présent ouvrage propose une analyse des diverses transitions connues par l'Italie : transition entre la dictature fasciste et la démocratie républicaine ; transitions économiques et sociales depuis les années 1950, marquées par le "miracle" économique italien et les profondes transformations sociales et culturelles qui s'en suivirent ; transition des années 1990 qui bouleversa le paysage politique suite à l'affaire Mani pulite (Mains propres), provoquant l'effondrement des partis traditionnels, une importante recomposition politique et l'émergence du phénomène Berlusconi.
Voir plus Voir moins

LES TRANSITIONS ITALIENNES De Mussolini à Berlusconi

.............................................................................................................................................................. .

.
J

L

~.~...~.~.~.!?~...~.~...!.!~.~.~.!.!!.~.~

collection
Jean-Paul COURBON

dirigée

par
SOULET

et Jean-François

,
~

! !
~ ~

I

Des spécialistes de pays ayant connu des transformations politiques, sociales et économiques radicales nous donnent les clefs pour comprendre les mutations en cours
Déjà parus

~

!

~

!

~

1

1. Cristian

BOCANCEA, La Roumanie, au post-communisme

du communisme

2. Leszek KUK, La Pologne du post-communisme à l'anti-communisme 3. Evguenia KALINOV A, Iskra BAEV A, La Bulgarie contemporaine entre l'Est et l'Ouest 4- Miloud de la guerre ZAA TER, à la guerre

L'Algérie,

(1962-2003)

Philippe FORO

LES TRANSITIONS ITALIENNES

De Mussolini à Berlusconi

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli A11isti15 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2004 ISBN: 2-7475-7112-2 EAN: 9782747571128

À la mémoire de Graziella et en témoignage d'affectueux attachement pour Corrado, Federica et Daniele

INTRODUCTION

"L'Italie est en crise larvée". "L'Italie a été le grand obstacle. Les représentants italiens parlent à tout propos, hors de propos. Leurs discours sont remis à la presse aussitôt après avoir été prononcés, ou même avant". Ces citations, respectivement du général de Gaulle et de son ministre des Affaires Étrangères, Maurice Couve de Murville, reproduites par Alain Peyrefitte dans son C'était de Gaulle, illustrent la vision que laissent l'Italie démocratique de l'après-fascisme et sa classe politique à bien des hommes politiques français. La tendance est au demeurant ancienne. Dans son Voyage à Rome, Émile Zola n'est guère tendre envers les élites italiennes et les Italiens de 1894 : "Sous les papes, pas de bourgeoisie, de simples clients, des employés. Et depuis, la bourgeoisie romaine est ainsi restée nulle. La bourgeoisie n'est représentée que par le peuple d'employés venus avec le gouvernement. La curée. Mais tout cela n'est pas puissant, pas de rôle possible. Les députés viennent naturellement des provinces. La cour semble camper encore. Et les titres, avocats, professeur, cavaliere, commandeur, toute cette gloriole des petits, hantés par l'atavisme de la noblesse. Dans ces palais qu'ils ont bâtis, ces constructions immenses, sur le modèle des anciens palais des princes, et qu'ils ont semées avec quelle profusion inexplicable, ce n'est pas la richesse qui s'est installée, c'est la misère de leur peuple, ignorant et fainéant". En fait, un des topoï favoris fut d'opposer le prestige de la culture italienne à une petitesse politique comme s'il était pertinent de comparer la grandeur de la Renaissance face à la débilité de l'État unitaire, la beauté du baroque vis-à-vis de la politique extérieure de l'ltalietta, le prestige des artistes italiens aux combinaisons des hommes politiques. Ceci porta Jean-Marie Domenach, dans son éditorial de la revue Esprit de septembre-octobre 1955 portant sur les liens entre la France et l'Italie, à écrire: "De Stendhal à Guareschi, l'Italie a toujours fait recette en France. On aime trop l'Italie chez nous,

peut-être trop pour bien la connaître. On l'aime à distance, comme l'heureuse et paresseuse contre-partie des travaux quotidiens, comme un spectacle fantaisiste et pourtant immuable (...)". Les Italiens eux-mêmes purent participer à la propagation de ce stéréotype à l'image de ce que relate Benedetto Croce dans son Histoire de l'Italie contemporaine à propos de Giosuè Carducci qui "se rendait à Rome de temps à autre" et "se réfugiait dans la contemplation des monuments de l'Urbs, honnissant le spectacle de la vie politique et des querelles qu'il entendait autour de lui dans la capitale (...)". Disons-le d'entrée. Nous désirons essayer d'éviter les stéréotypes, non qu'il n'y ait que du faux dans ceux-ci mais ils ne suffisent pas à présenter la complexité de la réalité italienne, pour analyser le plus lucidement possible les transitions que l'Italie a connues de la chute du fascisme jusqu'à nos jours. Depuis les années 1940, l'Italie peut d'abord se définir comme un pays de transitions. Tout d'abord, transition entre le régime fasciste qui s'écroula pour des causes extérieures liées à ses choix diplomatiques et militaires et un système démocratique qui prit une forme républicaine à la suite du référendum constitutionnel du 2 juin 1946. Mais également transition au sein même de l'histoire de la République italienne avec, à partir du début des années 1990, l'effondrement du système politique qui avait dominé la vie publique du pays depuis la fin de la guerre. Pays de transitions politiques mais également économiques et sociales, l'Italie a fait nombre de révolutions: impressionnante mutation économique qui en fit un des grands de l'économie mondiale, fort déclin démographique reléguant au domaine des souvenirs l'image de la famille nombreuse, adoption du divorce et de l'avortement dans un pays d'importante culture catholique, approche plus privée du domaine religieux, passage d'un pays d'émigration à un pays confronté à des problèmes d'immigration... . Mais au sein même de ces transitions, permanence serait également un troisième terme pour qualifier l'histoire italienne depuis la guerre. D'abord permanence d'un personnel politique pendant près d'un demi-siècle. La valse des 10

gouvernements cache une longévité politique des dirigeants au pouvoir, tout particulièrement chez les démocrates chrétiens, et peut abuser l'observateur rapide des réalités politiques italiennes. Pennanence également de l'esprit "campaniliste", de l'attachement à l'identité locale, voire à un certain esprit individualiste qui n'empêchèrent pas un réel investissement dans la construction européenne. Ceci fit écrire à Francesco Alberoni dans une chronique publiée dans Il Corriere della Sera du 12 novembre 2001: "Le système italien, malade de l'individualisme mafieux, fonctionne grâce à l'individualisme éthique". C'est donc une Italie complexe (mais qu'estce qui est simple en Histoire ?) que nous allons suivre depuis les derniers feux du fascisme jusqu'à nos jours.

Il

PREMIÈRE PARTIE

,

A L'ITALIE REPUBLICAINE

DE L'ITALIE FASCISTE ~

Chapitre 1 L'ITALIE FASCISTE À LA VEILLE DE L'ENTRÉE EN GUERRE: UNE FAÇADE IMPRESSIONNANTE.

L'État et la société de l'Italie fasciste:

un "totalitarisme inachevé".

Appelé à la présidence du Conseil par le roi Victor Emmanuel ill, le 30 octobre 1922, à la suite de ce coup de pocker politique que fût la marche sur Rome, Mussolini n'installa pas immédiatement la dictature fasciste. Celle-ci s'instaura par étapes, autant grâce aux circonstances qu'à l'intelligence politique d'un homme plus prudent qu'une analyse rapide laisserait paraître et à la pusillanimité des forces politiques et institutionnelles qui auraient pu s'y opposer. Ayant obtenu, les 24 et 29 novembre, les pleins pouvoirs de la part d'une majorité parlementaire soucieuse de stabilité et croyant pouvoir "parlementariser" le fascisme, le chef du gouvernem~~ntfait voter, un an après son accession au pouvoir, une nouvelle loi électorale dite loi Acerbo du nom de son promoteur, sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil. Cette dernière prévoit les deux tiers des sièges à la liste qui remporte au moins 25% des suffrages. Aux élections d'avril 1924, les listes patronnées par le Parti National Fasciste emportent 65% des voix et une très large majorité. La dernière occasion d'éviter l'instauration de la dictature fut l'affaire Matteotti. L'enlèvement, le 10 juin 1924, et le meurtre du député socialiste provoquèrent une vive émotion dans l'opinion italienne et dans la classe politique. Pendant plusieurs mois, le pouvoir de Mussolini sembla vaciller mais ne chuta pas. À cela, plusieurs raisons. D'abord, Mussolini sacrifia quelques fusibles politiques comme le général Emilio De 15

PREMIERE PARTIE

Bono, chef de la Milice, Aldo Finzi, sous-secrétaire d'État à l'Intérieur, Cesare Rossi, chef du bureau de presse de la présidence du Conseil. TIy eut même un procès pour un des responsables du meurtre de Matteotti, Amerigo Dumini. Ensuite, l'opposition parlementaire, qui décida de boycotter les séances de la Chambre dans un "retrait sur l'Aventin", facilita la politique du pouvoir en ne faisant plus entendre sa voix au palais Montecitorio et en étant incapable de former une alternative crédible au gouvernement Mussolini. Enfin, Mussolini put compter sur un PNF qui lui resta généralement fidèle et qui, par endroit, reprit ses attitudes de squadrisme envers les opposants, sur un Parlement dans lequel il disposait d'une écrasante majorité, sur le roi Victor Emmanuel ill qui préféra jouer la carte de la stabilité en maintenant sa confiance au président du Conseil. Assuré de son avenir politique, Mussolini put franchir un cap décisif dans son discours du 3 janvier 1925 où il annonça clairement la mise en place de la dictature fasciste. Entre la fin de 1925 et la fin de 1926, une série de lois, initiées par Alfredo Rocco, ministre de la Justice, créent les bases législatives de la dictature: la responsabilité du chef du gouvernement devant le seul souverain, la disparition de l'agrément parlementaire pour valider les lois, la dissolution de la presse et des partis d'opposition ainsi que des syndicats non fascistes, la création de l'OVRA (Organisation de Vigilance et de Répression de l'Antifascisme) dont le grand responsable et organisateur fut Arturo Bocchini jusqu'à sa mort en 1940. À partir de ce moment, le fascisme a les moyens de mettre en place un régime à "volonté totalitaire" selon la propre expression de Mussolini au congrès du PNF de novembre 1925 à Rome. Certes, le chef de l'État reste le souverain mais le Duce concentre l'essentiel du pouvoir exécutif, pouvant s'appuyer sur un Parti devenu le docile instrument du culte du chef et de la propagation des principes fascistes. Si, de 1925 à 1931, les secrétaires généraux que furent Roberto Farinacci, Augusto Turati et Giovanni Giuriati permirent la fin des velléités d'indépendance locale du fascisme vis-à-vis du pouvoir central et un début de 16

De l'Italie fasciste à l'Italie républicaine

massification, c'est avec le secrétariat général d'Achille Starace (décembre 1931-octobre 1939) que le Parti devint l'organisme de contrôle de la société et la "milice civile au service de l'État fasciste" selon la définition de l'article 20 des statuts de 1932. Cette volonté de contrôler l'État et la société passa par plusieurs moyens. L'appartenance au PNF pour les fonctionnaires les plus divers devient quasi obligatoire, adhésion qui ne posa guère de problèmes à la très grande majorité sans qu'il y ait chez eux un fanatisme fasciste. La carte du Parti devint, selon des formules empreintes de dérision, "la carte du pain" et le document pris "par nécessité familiale" (Per Necessità Familiare). Capital dans le projet totalitaire fut l'encadrement de la jeunesse dans des groupes dont l'inscription, de non obligatoire quoique fortement conseillée, devint obligatoire en 1936. Pour les étudiants (environ 75 000 en 1939), furent créés les Gruppi universitari fascisti. En 1926, pour les plus jeunes garçons, furent organisés les Balilla (8-14 ans) et les Avanguardisti (14-18 ans). Pour les filles, un système parallèle fut mis en place avec les Petites Italiennes (8-14 ans) et les Jeunes Italiennes (14-18 ans). En 1930, le régime créa les Fasci giovanili di Combattimento susceptibles d'accueillir les jeunes de plus de 18 ans. Enfin, quatre ans plus tard, furent incorporés les enfants de 4 à 8 ans dans les Fils et Filles de la Louve. En 1926, puis au fur et à mesure de leur création, les groupes de jeunesse furent intégrés dans l'Opera nazionale Balilla puis, en 1937, sous la pression de Starace, dans la Gioventù italiana deI Littorio, dépendante du Parti. Depuis 1927, les jeunes Italiens et Italiennes intégrant le PNF le faisaient au cours d'une cérémonie solennelle, la leva fascista, organisée le 21 avril, jour anniversaire de la fondation de Rome. Parades, exercices paramilitaires, regroupements le samedi, camps estivaux afin de parfaire la formation idéologique et physique, tout fut entrepris pour former une jeunesse fasciste, gage d'avenir pour le régime. Le monde du travail fit également l'objet des soins du fascisme. En 1925, les associations de loisirs pour les travailleurs sont regroupées dans l'Opera nazionale deI Dopolavoro (OND) qui 17

PREMIERE PARTIE

passe sous le contrôle du Parti deux ans plus tard. Regroupant 4 600 000 personnes en 1939, dont 40% des ouvriers du secteur secondaire, l'aND organisait séjours à la mer et à la montagne, rencontres sportives, séances de cinéma, activités culturelles, occasion à chaque fois de procurer des loisirs aux membres et de parfaire leur encadrement idéologique. À la veille du Second conflit mondial, la façade présentée par l'Italie fasciste peut apparaître impressionnante: un Duce qui bénéficie d'une réelle popularité, sans doute plus importante que celle du PNF lui-même; un État solide; une société encadrée par un Parti unique omnipotent. Cependant, l'Italie fasciste ne dispose, semble-t-il, que d'un "totalitarisme inachevé" selon l'expression de l'historien britannique Adrian Lyttelton. Pourquoi? D'abord, parce que le fascisme est obligé de composer avec une institution qui bénéficie encore d'un prestige et d'un sentiment de fidélité, à savoir la monarchie de la Maison de Savoie. Grande différence avec Hitler, Mussolini doit compter avec un supérieurdans la hiérarchie de l'État. Certes, tant que le dictateur est puissant, Victor Emmanuel ill se plie avec plus ou moins de bonne grâce aux décisions prises. Mais, il est susceptible d'intervenir à tout moment dès que le Duce donnera des signes d'affaiblissement. Cela ne manqua pas de survenir à la suite du vote défavorable du Grand Conseil le 25 juillet 1943. D'autre part, la volonté totalitaire fasciste se heurte à une autre institution, encore plus vénérable que la monarchie: l'Église catholique. Comment fasciser totalement une société, créer un homme nouveau selon les normes du fascisme alors que des millions d'hommes et de femmes ont une foi religieuse concurrente? Comment effacer des siècles de pratiques, d'habitudes liées au catholicisme? Fondamentalement, les accords du Latran du Il février 1929 ne règlent en rien la question. Ils marquent une reconnaissance mutuelle, ils peuvent initier des accommodements mais ils ne tranchent pas le problème de l'adhésion des esprits. La volonté de l'Église de sauvegarder ses associations de jeunesse lors du conflit de 1931, l'irritation de Pie XI vis-à-vis de la législation raciale de 1938 en sont des 18

De l'Italiefasciste à l'Italie républicaine

illustrations. Enfin, et ce n'est pas un des moindres problèmes que pose l'impact d'un totalitarisme, est-ce que la massification signifie l'adhésion? Les travaux de Renzo De Felice, en particulier le volume 4 de sa biographie sur Mussolini intitulé Gli anni deI consenso (Les années du consensus), qui provoquèrent tant de polémique au milieu des années 1970 trouvent, aujourd'hui, l'accord de nombre d'historiens. Le régime et tout particulièrement la personne du Duce bénéficièrent d'un consensus d'une partie importante de la société italienne. Significative est cette analyse d'un informateur de la police de Florence en juin 1939 : "Le parti mussolinien constitue la véritable majorité en Italie et l'on peut affirmer que, bien que le Duce lui-même continue à parler de fascisme, l'Italien, sous cette dénomination, continue à comprendre seulement et exclusivement Mussolini. Pour la très grande majorité, un fascisme sans Mussolini est une chose incompréhensible, alors qu'un Mussolini sans fascisme serait sans doute une chose bien plus compréhensible". Mais le renforcement totalitaire du régime, notable à la suite de la victoire en Éthiopie, ne permit pas un ancrage supplémentaire au sein de la société. L'épreuve de la guerre allait montrer un effritement puis un écroulement des liens entre le peuple italien et le régime fasciste. Mussolini lui-même ne fut pas dupe de la situation lorsqu'il déclara, le 27 janvier 1942, devant les secrétaires fédéraux du PNF que les adhésions formelles ne suffisaient pas à révéler "l'essence et la vitalité d'un organisme. TIfaut que derrière ces chiffres il y ait des hommes, que derrière ces hommes, il y ait des consciences". N'était-ce pas l'aveu de l'échec d'un projet totalitaire au moment décisif que représenta la Deuxième guerre mondiale?

L'Italie fasciste parmi les grandes puissances: l'alliance avec l'Allemagne nazie

d'un rôle arbitral à

L'alliance avec l'Allemagne qui caractérisa la politique étrangère de l'Italie fasciste à la fin des années 1930 ne fut pas une volonté de longue durée de Mussolini qui, au-delà d'une politique 19

PREMIERE PARTIE

marquée par des déclarations fracassantes et à portée révisionniste, fut longtemps prudente. Malgré le peu d'enthousiasme du Duce, l'Italie ratifie le pacte Briand-Kellogg de 1928 mettant la guerre hors-la-loi alors que Dino Grandi, ministre des Mfaires Étrangères de 1929 à 1932 fait preuve de sens des responsabilités. Au tournant des années 1920 et 1930, quels sont les axes de la politique étrangère italienne? Tout d'abord, une attention portée au maintien de l'alliance traditionnelle avec la Grande-Bretagne, d'autant plus que des membres éminents du monde politique britannique (Austen Chamberlain, Winston Churchill) ont salué l'action du maître de l'Italie en qui ils ont vu un efficace rempart contre le bolchevisme. Ensuite, une active politique danubienne et balkanique marquée par un traité avec l'Albanie en 1926, véritable protectorat sur ce pays, un soutien à des pays révisionnistes tels la Hongrie et la Bulgarie, une attention portée à l'Autriche dont le régime de plus en plus autoritaire convient au gouvernement de Rome, une hostilité envers la Yougoslavie à la fois alliée de la France et obstacle à l'ambition italienne de faire de l'Adriatique un lac italien. Par ailleurs, l'Italie joue un rôle arbitral entre les grandes puissances européennes en dehors des instances de la Société des Nations. Initiative italienne à l'origine, le Pacte à Quatre du 7 juin 1933 entre l'Italie, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne permet de contrôler, pour un temps, les initiatives révisionnistes de cette dernière. Au demeurant, l'Italie apparaît assez nettement réservée vis-à-vis de l'Allemagne nazie. La visite d'Hitler à Venise en juin 1934 se passe mal entre les deux dictateurs, l'Allemand faisant piètre impression à son homologue italien. À la suite de la tentative de putsch nazi à Vienne le 25 juillet 1934, la réaction italienne est particulièrement ferme avec l'envoi de deux divisions sur le col du Brenner afin de faire pression et de sauvegarder ainsi l'indépendance de l'Autriche. Le 6 septembre 1934, lors d'une allocution prononcée à Bari, Mussolini lance un réquisitoire contre les prétentions raciales nazies: "Trente siècles d'histoire nous permettent de regarder avec une pitié souveraine certaines 20

De l'Italie fasciste à l'Italie républicaine

doctrines d'au-delà des Alpes, soutenues par une engeance qui, par ignorance de l'écriture, était incapable de transmettre les documents de sa propre existence, à l'époque où Rome avait César, Virgile et Auguste". Cette période anti-allemande du Duce fut illustrée par un resserrement des liens avec la France. Pierre Laval, ministre français des Affaires Étrangères, accomplit une visite à Rome du 4 au 7 janvier 1935. Cette rencontre fit couler beaucoup d'encre dans la mesure où elle donna lieu à des interprétations fort divergeantes. Si les deux hommes d'État trouvèrent des terrains d'entente à propos du statut des Italiens en Tunisie ou de la cession de territoires désertiques par la France aux limites de la Libye, de la Tunisie et du Tchad, le débat eut lieu à propos d'une conversation en tête-à-tête entre Mussolini et Laval, le premier estimant que le second lui avait accordé carte blanche pour une future action en Éthiopie ce dont ce dernier se défendit. Quoiqu'il en soit, le sentiment d'une relance des relations italo-françaises fut réel en ce début de 1935. La rencontre de Stresa, du Il au 14 avril, réunissant Italiens, Français et Britanniques, donna l'impression, malgré un résultat final peu concret, d'un directoire anglo-francoitalien face aux initiatives unilatérales de la politique allemande (décision du réarmement allemand en mars 1935). Or, la guerre d'Ethiopie allait briser cette illusion. L'attaque par les troupes italiennes, le 3 octobre 1935, du dernier des grands États africains encore indépendant marque un tournant dans l'orientation de la politique extérieure de l'Italie fasciste. Aux yeux de Mussolini, elle est l'occasion de ressusciter l'Empire sur "les collines sacrées de Rome" comme il le dira dans son discours de victoire du 9 mai 1936, d'effacer la honte d'Adoua de 1896, de placer définitivement l'Italie parmi les puissances qui comptent dans les relations internationales. TIpart du postulat que les puissances occidentales lui laisseront carte blanche dans sa politique coloniale. La réprobation franco-britannique puis le vote de sanctions par la Société des Nations irritent fortement le Duce. Certes, les sanctions, pour pénibles qu'elles soient, ne touchent pas à l'essentiel puisqu'elles ne concernent pas le pétrole et l'utilisation 21