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Louis XIII

De
208 pages
Dans une France baroque, exubérante et contrastée, le règne de Louis XIII est l’un des derniers moments d’enthousiasme et de liberté avant la monarchie autoritaire de Louis XIV.
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CHRISTIAN BOUYER
Louis XIII La montée de l’absolutisme
TALLANDIER
Éditions Tallandier – 2, rue Rotrou 75006 Paris www.tallandier.com © Éditions Tallandier, 2015 pour la présente édition numérique
www.centrenationaldulivre.fr Réalisation numérique :www.igs-cp.fr EAN : 9-791-021-014-824
INTRODUCTION
Louis XIII le Juste n’a pas laissé l’image d’un monarque majestueux et auréolé de charisme, comme l’ont fait son père Henri IV et son fils Louis XIV. Pourtant, son règne de trente-trois ans a infléchi de manière significative l’histoire de la France et de l’Europe. De rudes épreuves attendent Louis lorsqu’il monte sur le trône en 1610 à l’âge de neuf ans. Son extrême jeunesse permet à sa mère, Marie de Médicis, imbue de son pouvoir de régente et dominée par ses favoris italiens, les Concini, de tenir à l’écart du pouvoir le petit roi. En 1617, ce dernier se révolte contre cette tyrannie, fait assassiner Concini et prend en main le pouvoir. Dès ce moment, il gouverne par lui-même, avec l’appui, à partir de 1624, du cardinal de Richelieu. Doté d’une personnalité complexe, Louis XIII possède les qualités attendues d’un souverain du e XVII siècle. Malgré une santé délicate (il meurt de maladie à quarante-deux ans), ce roi-soldat fait preuve d’endurance physique et d’un caractère austère et rigide dont son entourage fera l’expérience en plusieurs occasions. Il est vrai que peu de souverains ont eu autant à se méfier de leur propre famille. En dépit des menées et des ambitions de son frère, de sa mère, des princes du sang et des courtisans, Louis XIII affirme son autorité grâce à la prise en main officielle des affaires par Richelieu. Le parti huguenot, la haute noblesse, les révoltes paysannes et la menace que représente la maison de Habsbourg aux frontières du royaume sont autant de fronts sur lesquels le roi et son ministre doivent rester vigilants et montrer la plus grande fermeté. Doit-on parler du règne de Richelieu ? C’est bien plutôt la collaboration confiante des deux hommes, leur conception identique de l’autorité royale et leur ambition de faire de la France la première puissance européenne qui posent, tout au cours du règne de Louis XIII, les fondements de la monarchie absolue.
Chapitre premier
L’HÉRITIER DE HENRI IV 1601-1610
L’ENFANCE DU DAUPHIN
Henri IV aimait les femmes. Le 17 décembre 1599, il obtient enfin l’annulation de son union stérile avec Marguerite de Valois. Quelques mois plus tôt, Gabrielle d’Estrées, la favorite tant aimée, s’était éteinte, laissant trois enfants. La nouvelle passion du Vert-Galant pour Henriette d’Entragues ravive le danger de voir une maîtresse royale monter sur le trône. Le roi n’a-t-il pas signé une promesse de mariage si elle lui donnait un fils ? Mais l’enfant est mort-né. Henri se pense libéré de son engagement. Au même moment aboutissent les négociations pour son union avec la Florentine Marie de Médicis. Le mariage par procuration a lieu le 25 avril 1600, la cérémonie au cours de laquelle s’unissent Henri et Marie est célébrée à Lyon le 10 décembre. Lorsqu’elle arrive enfin à Paris, le 9 février suivant, la reine porte déjà en elle l’espoir d’une future maternité.
Quand le dauphin paraît
Le futur Louis XIII voit le jour au château de Fontainebleau le 27 septembre 1601, un peu avant onze heures du soir. Depuis la veille, la reine affronte les douleurs de l’enfantement. Une reine de France accouche en public, et Marie ne déroge pas à cette règle. Une dizaine de personnes l’entourent : une sage-femme, la renommée Louise Bourgeois, dite la Bourcier, veille au bon déroulement de la délivrance ; Jean Héroard, le médecin de l’enfant, Mme de Montglat, sa gouvernante et le chirurgien Guillemeau se tiennent près d’elle. Des servantes s’affairent. Dans un coin de la vaste chambre, les princes du sang parlent à voix basse : François de Bourbon, prince de Conti, Charles de Bourbon, comte de Soissons, et Henri de Bourbon, duc de Montpensier. Très agité, le roi fait les cent pas, interrogeant continuellement la sage-femme : est-ce un garçon ? Le corps meurtri, déchiré, ployé depuis près de trois heures sur sa chaise à accoucher, la reine est délivrée. Le dauphin paraît.
Réjouissances
Henri exulte, rassure la mère, la félicite, l’embrasse. Puis, il étreint les princes du sang qui s’approchent pour saluer le nouveau-né, tandis que la Bourcier coupe le cordon ombilical et introduit quelques gouttes de vin dans la bouche du bébé pour le revigorer. À peine a-t-on porté la reine dans son lit, que les portes de l’antichambre s’ouvrent, laissant entrer quelque deux cents courtisans. Près de la cheminée, Mme de Montglat s’affaire autour de l’enfant. Il est lavé avec du vin vermeil coupé d’huile rosat, emmailloté et déposé auprès de sa mère. C’est un gros garçon, de bonne taille, au col avantageux. Héroard l’examine, fait jouer ses bras, lui prend les mains, note les réactions. À minuit et demi, la pièce s’est enfin vidée. La reine, épuisée, se repose. Dans la chambre de Mme de Montglat, Louis, dauphin de France, s’est endormi. Au même moment, Paris apprend la nouvelle. Les cloches carillonnent. On chante un Te Deum à Notre-Dame, en signe de réjouissance, un feu de joie rassemble les Parisiens en place de Grève, les canons de l’Arsenal tirent des salves d’honneur. Aussitôt, des courriers quittent Paris à bride abattue pour annoncer la naissance princière aux cours étrangères. Ondoyé à sa naissance, le dauphin ne sera baptisé qu’en 1606 à Fontainebleau, au cours d’une cérémonie officielle.
Le château-vieux de saint-germain
Quelques semaines après sa naissance, on installe le dauphin au Château-Vieux de Saint-Germain. Proche de la forêt, la vieille demeure, avec son donjon construit par Charles V, ses murailles crénelées, ses fossés et ses ponts de bois, abrite des appartements spacieux et confortables. En face, sur une vaste terrasse, le Château-Neuf, commencé par Henri II, n’est pas encore achevé. Une large allée relie les deux édifices. De superbes jardins ont été aménagés dans le parc, ainsi que des grottes artificielles dans lesquelles, par la suite, le dauphin et ses frères et sœurs passeront de longues heures à jouer. Ils quittent rarement le château, sauf pour faire une promenade en forêt ou sur l’eau. Louis occupe au premier étage le logement royal, quatre à cinq pièces en enfilade. Dans sa chambre se trouvent aussi les lits de sa gouvernante et de sa nourrice. Au second étage logent les proches serviteurs, comme Héroard. La suite du dauphin est impressionnante : plusieurs dizaines de personnes, parmi lesquelles tout un personnel de service, des valets et des gardes.
Une journée du dauphin en 1606
La journée du dauphin obéit à un rituel qui fait alterner devoirs et distractions. Vers huit heures, il se lève et commence à jouer dans son lit. Une heure plus tard a lieu la toilette, suivie d’un copieux petit déjeuner fait de bouillon, d’œufs et de fruits. Louis assiste à la messe, avant de partir en promenade ou de jouer avec ses frères et sœurs. Vers midi, il déjeune de soupes, de viandes et de fruits, puis joue dans sa chambre. Un goûter lui est servi à deux heures et demie : fruits confits et massepains. L’après-midi se passe en jeux, sorties et visites. Après le dîner, qu’il prend vers six heures et demie, Louis s’amuse encore une heure dans sa chambre, puis fait sa prière. Il se couche à huit heures au son de comptines et de musique.
Le troupeau du Vert-Galant
Au fil des ans, le dauphin devient le centre d’une véritable petite cour qui rassemble tous les enfants du roi. Dès leur naissance, les frères et sœurs légitimes rejoignent leur aîné : Élisabeth, qui naît le 22 novembre 1602 ; Chrétienne, qui vient au monde le 10 février 1606 ; Nicolas, duc d’Orléans, né le 13 avril 1607 et qui mourra de manière prématurée le 17 novembre 1611 ; Gaston, troisième duc d’Orléans, qui, dès sa naissance, le 25 avril 1608, est l’enfant préféré de la Florentine. Elle perçoit en lui le sang des Médicis. Enfin, Henriette-Marie, qui naît en novembre 1609. Les trois enfants de Gabrielle d’Estrées, César, Alexandre et Catherine-Henriette de Vendôme, plus âgés, sont élevés au château. Deux bâtards, issus des amours d’Henri IV et d’Henriette d’Entragues, grandissent aussi auprès du dauphin : Gaston-Henri, le petit marquis de Verneuil, et sa sœur Gabrielle. Curieux mimétisme dans la capacité génitrice du Vert-Galant, puisqu’ils arrivent au monde quelques semaines après les deux premiers princes légitimes, Louis et Élisabeth. À Saint-Germain vit également le comte de Moret, fils de Mlle de Bueil. Seuls les deux enfants naturels de Charlotte des Essarts grandissent en dehors du troupeau.
Atmosphère Chaque enfant dispose d’un appartement et d’un personnel de service, mais Héroard veille à la santé de chacun et Mme de Montglat, leur gouvernante, est chargée de l’éducation de tous. Le dauphin se livre à toutes sortes d’activités. Bien que d’un tempérament fort gai, Louis se laisse souvent aller à la rêverie, mais Héroard le sait capable « de gros rires d’hostelier ». Chef de la petite cour dans laquelle les tensions sont parfois vives, le dauphin sait tenir son rang. Comme sa mère, il n’aime pas les Vendôme, qu’il désigne comme « une race de chiens », et les rudoie ; mais il apprécie les Verneuil, doux et craintifs, faciles à vivre. Son préféré, Gaston-Henri, qu’il appelle affectueusement « Féfé Verneuil », est son fil leul. Avec Mme de Montglat, ils vont au palemail (jeu de mail), jouent aux quilles dans la cour, se promènent en forêt. Ils vont aussi voir travailler les corps de métier qui œuvrent au Château-Neuf. Le matin, Élisabeth vient parfois rejoindre son frère dans son lit pour partager ses jeux. Le dauphin aime la musique et la danse, il chante fréquemment en guise de salut, pour répondre à une question ou pour se moquer. Les visites extérieures sont
bienvenues : des musiciens, un peintre qui vient « tirer au crayon » l’un des enfants... Celles du couple royal s’accompagnent de nombreux cadeaux et sont toujours une fête. Lorsqu’il quitte Saint-Germain pour quelques jours, les passe-temps du dauphin changent peu. Mme de Montglat dirige tout son petit monde avec autorité, sachant manier avec doigté les récompenses et les punitions.
UNE RUDE ÉDUCATION
L’éducation d’un futur roi, appelée « institution du prince », ne se résume pas à l’acquisition de simples connaissances intellectuelles. Elle est une véritable formation de l’enfant aux valeurs qui témoignent de son rang : la foi religieuse, l’esprit de justice, l’autorité naturelle, l’amour des peuples, la volonté et le courage. Très tôt, le dauphin est « nourri » de préceptes, de recommandations, de conseils et d’interdictions. On façonne son caractère, on exerce son corps, on forge son tempérament.
Un prince opiniâtre
L’éducation du dauphin commence dès ses premières années. D’emblée, son entourage se rend à l’évidence : le dauphin est un enfant têtu, ferme, peu disposé à la concession. Louis est « opiniâtre ». Le roi, et surtout la reine, la gouvernante et le médecin le disent, l’écrivent et le déplorent. Pourtant l’enfant aime de tout cœur ceux qui s’occupent de lui et l’entourent dans sa prime jeunesse. Il les respecte, il est capable de mouvements affectueux qui suscitent l’attachement et le pardon. Mais Mme de Montglat applique les directives de la reine : l’opiniâtreté du prince doit être brisée. S’il a un caprice ou un mouvement d’humeur, il reçoit le fouet, même après 1610. C’est souvent le lendemain que sa mauvaise conduite est examinée et sanctionnée. Devenu adulte, Louis XIII en gardera un souvenir puissamment ancré. En attendant, à Saint-Germain, le dauphin trouve auprès d’Héroard et de Mme de Montglat les « justes nourritures » d’une véritable éducation et des principes rigoureux.
Gouverneurs et précepteurs
En janvier 1609, le dauphin quitte Saint-Germain pour poursuivre son éducation au Louvre. Son nouvel entourage comprend un gouverneur et un précepteur, un maître d’armes, Jéronimo, un maître d’équitation, le célèbre Antoine de Pluvinel, et un maître de danse. L’instruction du jeune prince dure jusqu’à sa majorité, en 1614. Le roi choisit les maîtres du dauphin parmi ses amis. Compagnon de longue date d’Henri IV, le gouverneur, Gilles de Souvré, possède une solide expérience, mais il a soixante-sept ans lors de son entrée en fonctions. Chargé de donner au dauphin « une nourriture conforme à sa haute naissance et à ce qu’il devoit estre un jour », le vieil homme accomplit sa mission avec conscience. S’il assume son éducation morale, il ne sait pas se faire aimer du dauphin, à qui il reproche ses jeux d’enfant : « Monsieur, vous serez toujours en enfance », lui dit-il un jour. La réponse de Louis, cinglante, ne se fait pas attendre : « C’est vous qui m’y tenez... » Nicolas Vauquelin des Yveteaux est son premier précepteur. Ce poète libertin de quarante-deux ans s’est déjà vu confier l’éducation de César de Vendôme. La reine s’était en vain opposée à sa désignation ; elle le renvoie le 25 juillet 1611. Lui succède l’érudit latiniste Nicolas Lefèvre, qui meurt bientôt, en novembre 1612, à l’âge de soixante-huit ans. L’instruction du dauphin incombe alors à David Rivault de Fleurance, son lecteur en mathématiques, grand voyageur, qui sait éveiller la curiosité de son élève.
Gilles de Souvré, marquis de Courtenvaux
Né en 1542, il conserve sa charge de gouverneur du dauphin, puis du roi, jusqu’en 1614 et meurt en 1626, âgé de quatre-vingt-quatre ans. Le vieux chevalier a mené une carrière glorieuse, successivement chambellan du duc d’Alençon, gentilhomme de la Chambre, maître de la garde-robe de Charles IX et Henri III, chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. Il suit Henri III en Pologne et participe à la bataille de
Coutras. Henri IV l’appelait la « gode », le compère, et le tutoyait. Sa fidélité au service du dauphin est récompensée par la dignité de maréchal de France. (Gilles de Souvré,Versailles, musée national du Château)
Contenus et pratiques
Un fait est certain : le dauphin n’aime pas l’étude. Les leçons de latin, de lettres, de langues lui paraissent contraignantes, bien que les textes étudiés permettent d’évoquer la grandeur royale, ses exigences et les devoirs du monarque envers ses sujets. Mais cet enseignement, essentiellement livresque, est trop rigide : le dauphin doit surtout lire et retenir des ouvrages d’histoire latine, telle l’Histoire des Juifsde Flavius Josèphe. À dix ans, il lui faut traduire des sentences latines de philosophes romains, pour lesquels il montre peu de goût. Il préfère de loin la géométrie, les mathématiques, la géographie, matières liées à des réalités plus concrètes, comme les fortifications et l’artillerie. Mais la place accordée à la découverte personnelle est limitée. Dès sa première leçon, le précepteur définit les principes et les valeurs de l’éducation du prince. Louis doit aimer Dieu et l’Église, la religion chrétienne, ses parents, acquérir les vertus d’un futur roi et apprendre à bien s’entourer.
La formation d’un roi de guerre
En revanche, Louis XIII est un roi-soldat. Il développe très tôt des qualités et un goût prononcé pour les exercices physiques vigoureux. Il aime le grand air, les longues chevauchées, les chiens, les chevaux, la chasse à courre et la fauconnerie. À Saint-Germain, on trouve parmi ses jouets favoris des soldats, des armures et des armes. Il traite avec familiarité les soldats de sa garde, assiste aux exercices, décide du mot de passe pour la nuit. Le dauphin écoute volontiers de la musique militaire (clairon, tambour et trompette) et assiste aux « montres » des soldats en exercice au Pré-aux-Clercs. Ses maîtres, et Héroard lui aussi, lui ont mis dans les mains des traités d’artillerie, des ouvrages sur l’art de la guerre à Rome... Jéronimo, son maître d’armes, l’entraîne tous les matins à « tirer » : Louis utilise un fleuret dont la lame est émoussée pour apprendre la maîtrise de ses mouvements, l’adresse et la précision, la tactique restant soumise à l’expérience. La danse lui donne une belle prestance, mais elle appartient elle aussi à la formation militaire du jeune dauphin, car elle assouplit le corps.
Madame de Montglat
Nommée gouvernante du dauphin par Henri IV, la baronne de Montglat accepte une lourde charge. Héroard dit d’elle : « C’est une dame honorable, de qualité, nourrie aux bienséances de la Cour, entendue aux manières qui s’observent entre les grands » C’était une personne grande, sèche, maigre, autoritaire, mais « soigneuse » des enfants. Seconde mère, elle est respectée et estimée. Elle avait épousé en premières noces Pierre de Foissy, écuyer de la grande écurie du roi Charles IX, puis, après 1584, Robert de Harlay, baron de Montglat. Mère de trois enfants, sa fille Jeanne, devenue Mme de Saint-Georges, sera gouvernante de Mlle de Montpensier, fille de Gaston d’Orléans.
L’équitation ou la maîtrise de soi
Le dauphin ne fréquente pas les académies ; c’est au Louvre qu’Antoine de Pluvinel lui enseigne l’équitation, discipline essentielle à un roi de guerre, tournée vers l’action, ce qui ne peut que plaire à Louis. Dès l’aube, il monte trois chevaux, sous le regard de Pluvinel, du grand écuyer de France, le duc de Bellegarde, et de Gilles de Souvré, et répète toutes sortes d’exercices : « il va le pas, le trot, à courbettes, à passades, en rond, en battues, en avant et en rond. Aussi juste qu’il n’y avait rien à redire », témoigne
Héroard. Ses maîtres y voient un moyen efficace de dompter le caractère impétueux du roi, de le soumettre à une grande maîtrise de soi. Ces deux aspects de son éducation, les armes et l’équitation, permettent à Louis XIII, dès 1620, de guerroyer avec succès contre son demi-frère Vendôme ou contre sa mère rebelle. C’est l’éducation d’un « roi de guerre ».
L’instruction du prince Louis n’est ni un oisif ni un ignorant. Instruit selon les principes de l’éducation des gentilhommes – n’est-il pas le premier d’entre eux ? – il est très tôt pénétré de sa dignité, de son autorité, et des devoirs qui lui incombent. Mais monter à cheval, tirer à l’épée sont aussi les bases de l’éducation d’un roi destiné à conduire ses armées à la guerre. Trop rigide, l’instruction morale et intellectuelle qu’il reçoit accentue son penchant naturel à la mélancolie, et ne lui permet pas de se former à son métier de roi en improvisant un grand dessein politique. Jaloux de son pouvoir, il ne commencera son règne personnel que secondé par l’habile cardinal de Richelieu.
Complot et prémonition ?
La mort du roi a fait l’objet de nombreuses publications évoquant un complot organisé, qui n’a jamais été prouvé. Cependant, plusieurs prédictions avaient annoncé l’événement. Le roi lui-même s’en était ouvert à plusieurs grands seigneurs, avant le sacre de la reine. Celle-ci, en février et mars 1610, voit en rêve Henri percé de deux coups de couteau. Plus étonnant, le 14 mai à midi, la sœur de Villars-Houdan, de l’abbaye de Saint-Paul près de Beauvais, annonce aux autres religieuses que le roi va être assassiné. Dans un couvent de capucines, la cloche sonne toute seule et une sœur révèle alors que le roi est mort. Enfin, dans le petit village de Patay, près d’Orléans, une bergère de quinze ans entend une voix qui lui dit que le roi vient d’être tué.
DEUX JOURS EN MAI
Au printemps de 1610, au Louvre, le jeune dauphin parfait son éducation. Alors qu’Henri IV se prépare à partir pour la guerre, à la Cour, le sacre de la reine occupe les esprits et mobilise les énergies. Ce doit être une fête magnifique, une explosion de joie pour l’ensemble des enfants royaux réunis à cette occasion.
Bruits d’armes
Depuis 1609, des bruits d’armes résonnent en France. L’affaire de la succession des duchés de Clèves et de Juliers fournit à Henri IV une belle occasion de participer à la politique européenne et d’affronter la puissance Habsbourg. Aussi, au début de l’année 1610, se prépare-t-on à la guerre. Le roi doit conduire lui-même l’armée de Champagne. On chuchote aussi que le Vert-Galant de cinquante-cinq ans s’est épris de la jeune Charlotte de Condé, âgée de quinze ans, que son mari s’est empressé de mettre en sûreté à Bruxelles, se plaçant ainsi sous la protection de l’Espagne. Durant son absence, le roi souhaite confier la direction des affaires à un Conseil de régence présidé par la reine. Celle-ci exige alors d’être sacrée et de faire une entrée solennelle dans Paris. Henri IV y consent finalement. Les festivités sont prévues pour le jeudi 13 mai, à Saint-Denis. L’entrée solennelle aura lieu le dimanche 16.
Le sacre de la reine
Paris est en joie, Paris pavoise dans la liesse populaire. Sur l’itinéraire, des arcs de triomphe décorés de
somptueuses allégories sont élevés, des estrades sont dressées. La fête promet d’être grandiose. Dans la basilique de Saint-Denis, le sacre et le couronnement s’annoncent fastueux. À onze heures, le dauphin prend place dans le cortège imposant, où rivalisent des couleurs chatoyantes : velours violets et panaches blancs des gardes-suisses, satins blancs et violets des gentilshommes de la Chambre du roi, casaques de velours bleu des tambours et trompettes, manteaux noirs ornés de flammes argentées et du grand collier des chevaliers du Saint-Esprit. La reine porte le grand manteau de velours semé de pierreries et de lis d’or. Le dauphin et le petit duc d’Anjou marchent à ses côtés, devançant les dames d’honneur qui supportent la traîne. Henri IV, dans une loggia, observe attentivement la scène. Le cardinal de Joyeuse procède aux onctions rituelles, remet à la reine le sceptre royal et la main de justice, puis pose sur sa tête la couronne qui, mal fixée, vacille. La grand-messe à peine achevée, des explosions de joie fusent de toutes parts.
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