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Madagascar sous Ravalomanana

De
167 pages

Cet ouvrage centre son analyse autour de la personnalité très controversée et de l'action de l'actuel président malgache, Marc Ravalomanana. Cet homme d'affaires devenu chef d'Etat, qu'un hebdomadaire panafricain avait surnommé "le PDG de la République".

Publié par :
Ajouté le : 01 novembre 2007
Lecture(s) : 308
EAN13 : 9782336279398
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Madagascar sous Ravalomanana
La vie politique malgache depuis 2001

Jean-Loup Vivier

Madagascar sous Ravalomanana
La vie politique malgache depuis 2001

L'Harmattan

Ouvrages publiés chez L'Harmattan

Mon chemin avec le FLNKS (1992)

Le pacte civil de solidarité, un nouveau contrat (2001)

Couverture
Un dessin d'Elisé Ranarivelo paru dans L'Express de Madagascar

@

L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique;
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-04426-5 EAN : 9782296044265

A Gabriel et Adrien.

« Je ne sais pas si la communauté internationale connaît ce que fait notre président» Pasteur Daniel Rajakoba

Abréviations et conventions d'écriture.

Nous avons adopté le nom français des lieux. Pour désigner les personnages, chaque fois que cela est possible sans confusion, nous nous contenterons souvent, passé la première fois, du prénom, car les noms malgaches sont généralement longs.

Gazette de la Grande lIe: GGI Journal officiel de Madagascar: JORM L'Express de Madagascar: EM Les Nouvelles: LN Madagascar Tribune: MT Midi -Madagasikara : Midi

Chapitre premier

Un passé occulté
C'est étrange, mais il n'existe aucune biographie de Marc Ravalomanana. Des rumeurs circulent. Des bribes d'information sont distillées çà et là. Il est vrai qu'à la différence de ce qui se passe en France, les candidats à des élections politiques malgaches ne diffusent pas de note qui retrace leur parcours. Mais dans le cas du président de la République actuel, le silence procède à l'évidence d'une décision. Nous ne tenons pas pour une biographie la petite brochure intitulée «Les présidents de la République et chefs d'Etat successifs à Madagascar 1960-2004 »1, qui consacre moins de dix lignes à chaque personnage. Il est néanmoins possible d'avancer que Marc est né le 12 décembre 1949 à Imerinkasinina, un village sis à quelque quarante kilomètres à l'est de la capitale. Il est le huitième et dernier enfant d'une famille de cultivateurs. Ses parents, avant sa naissance, s'étaient adonnés au colportage, puis étaient devenus boutiquiers de brousse dans la province de Tamatave. Selon une source2, les signes avant-coureurs du soulèvement de 1947 les auraient décidés à regagner la terre natale. Il est vrai que les troubles ont essentiellement meurtri la province de Tamatave, et ont peu concerné les hauts plateaux. Et s'il faut croire certains témoins de ces événements dont l'origine est encore aujourd'hui controversée, les Merina installés en brousse hors de leur province étaient considérés comme des intrus, qu'il fallait occire aussi bien que les Français3. La mère de Marc, après le retour au village, exerçait la couture, parallèlement avec la culture des champs.

Le milieu familial ne devait certes pas être riche, mais l'origine aristocratique est indéniable. Christian Chadefaux, correspondant de l'AFP à Tananarive, avait d'abord cru bon, après l'élection de Marc à la mairie de Tananarive en 1999, d'annoncer qu'il serait d'origine roturière, qu'il serait un hova. Dès le surlendemain, il rectifiait son erreur, en précisant que le nouveau maire était un authentique andriana, un noble. Pour autant, la question n'est pas tranchée: la noblesse à Madagascar exige, pour être conservée, la satisfaction à certaines charges, comme l'entretien des tombeaux. A défaut, l'intéressé déroge. La famille du futur maire avait-elle pu faire face à ces charges coûteuses? Certains en discutent. Le jeune Marc fréquenta d'abord, dès l'âge de cinq ans4, l'école primaire publique d'Anjeva, à quatre kilomètres d' Imerinkasinina. Il parcourait le chemin à pied. Un de ses camarades de collège, et futur responsable de l'Eglise FJKM, se rappelle que Marc lui confia qu'il devait, écolier, se dépêcher, car il portait des sobika, des corbeilles de cresson qu'il vendait aux passagers du train. Il importait d'arriver avant l'entrée du train en gare5. Après l'école d' Anjeva, l'enfant fréquenta le cours moyen de l'école Vinet, un établissement protestant situé à Ambohimalaza. Il était alors placé dans une famille d'accueil par sa mère. Il suivit ensuite les classes secondaires du collège-atelier d'enseignement technique protestant d'Ambatomanga, à vingt-cinq ou trente kilomètres de Tananarive, dans le district de Manjakandriana. En 1972, lorsqu'éclatent les grèves estudiantines et lycéennes qui amenèrent le premier chef de l'Etat de l'indépendance, Philibert Tsiranana, à se retirer, il est en classe de première D. Son retard scolaire est important. Son camarade le perd alors de vue, car Marc quitte brusquement ce collège6. Il aurait alors fréquenté une école technique à Fianarantsoa. C'est au collège d'Ambatomanga qu'il connut celle qu'il devait épouser le 12 novembre 1974. Quatre enfants sont nés de l'union, trois garçons et une fille. Son passage à Ambatomanga ne fut pas seulement pour lui l'occasion de trouver une fiancée. C'est pendant ces années qu'il commença à fabriquer des yaourts, qu'il vendait en pots aux villageois et aux internes,

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afin de subvenir à ses études. Il logeait alors chez un de ses frères, dans le village. Après Fianarantsoa, la version officielle veut que Marc ait obtenu un diplôme d'ingénieur agroalimentaire à la suite d'études poursuivies en Allemagne, puis en Suède. Cela nous paraît invraisemblable. Il est notoire que Marc s'exprime difficilement en français, langue dans laquelle il étudia pourtant. Comment aurait-il pu suivre une formation supérieure dans des pays dont il n'avait point appris la langue? Surtout, en 1974 il a vingt-quatre ans, il s'apprête à se marier, des enfants vont venir et il devra rapidement assurer la vie matérielle des siens. Il est plausible qu'il ait suivi, une fois fortune faite, des stages de courte durée en Allemagne et en Suède, mais nous doutons qu'il ait obtenu autre chose qu'un diplôme d'assiduité. Cette légende s'explique sans doute par la volonté de Marc de présenter un cursus d'études qui ne soit pas trop modeste. La presse lui lance parfois des piques à ce sujet, telle la Gazette qui ironisera, lorsque le président prétendit imposer à certains de ses accompagnateurs des séances de formation. Lui seul n'a pas besoin de formation, se moque alors le journal, qui ajoute avec cruauté: « Quand on pense à son cursus scolaire, on rit sous cape »7.
1 Tananarive,
2

OFNAC, 2004. Des sagaies aux ombrelles, Paris, L'Harmattan, 2004, p. 158.

3 Jacques Tiersonnier,
4
5 6

GGI 12 décembre 2005, p. 3.

Selonses propres dires, rapportés par la presse (GGI 25 juin 2005, p. 4).

Entretien avec l'auteur, 28 mars 2007. Ibidem. 7 GGI 10 décembre 2005, p. 3.

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Chapitre II

Petit laitier deviendra

grand...

Au début des années 70, Marc est donc un artisan laitier. Une photographie de l'époque le montre sur une route poussiéreuse, dans une posture inconfortable sur une bicyclette, en train d'assurer le transport de bidons de lait. On précisera par la suite qu'il n'utilisait le vélo que pour collecter le lait ou pour livrer les yaourts à proximité de son atelier. Pour les distances plus longues, il se servait de la «3 CV» ou de la 404 bâchée. Ce qui dénote déjà une certaine aisance. Mais Marc s'investit également dans une autre activité: la vie paroissiale. Il est d'une famille protestante, plus exactement de l'Eglise FJKM. Cette dénomination protestante réunit plusieurs tendances: méthodistes, calvinistes, baptistes et quakers. Elle est de très loin l'Eglise protestante la plus importante. Marc deviendra même diacre de son village. Sa femme ne sera pas en reste, puisqu'elle est également diaconesse d' Imerinkasinina. Cet engagement sera lourd de conséquences dans la mesure où la majorité de la population des plateaux (le centre de l'île, peuplé de Merina et de Betsileo) est de confession protestante. Même si les côtiers sont majoritairement catholiques, l'écart entre les deux branches du christianisme n'est pas énorme: 43% de catholiques contre 29% de protestants. Quels sont les sentiments politiques de Marc à l'époque? Lorsqu'il prend la mairie, il est décrit comme un nationaliste convaincu, qui fait preuve d'une « francophobie quasi-pathologique »1. Les sentiments antifrançais sont répandus depuis la conquête, surtout chez les Merina de bonne naissance. Les Français n'ont-ils pas cassé l'élan vers la

suprématie merina sur toute l'île? Ils ont aboli la monarchie, supprimé l'esclavage. Ajoutons à cela les influences anglo-saxonnes, fortes dans les Eglises protestantes, et rarement amicales pour la France. Depuis 1977, le centre de la fabrication des yaourts et du fromage se situe à Sambaina, près de Manjakandriana, où des années plus tard sera édifiée une usine. En souvenir de cette année faste, les plaques d'immatriculation de tous les véhicules de ses sociétés futures (Tiko et Magro2) se termineront par 77. Il nommera de façon assez prétentieuse le terrain qu'il achète dans le village «Rova-Tiko », c'est-à-dire « Citadelle Tiko ». Son épouse tient alors le secrétariat et la comptabilité à Ankadivato, où sont entreposés les produits finis. L'entreprise ne tardera pas à alimenter la capitale en produits laitiers3. Le véritable tournant de la vie de ce petit laitier se situe en 1982. Il a alors trente-deux ans. Cette année-là il obtient de la Banque mondiale un prêt pour lui permettre de créer une entreprise industrielle dans le secteur agroalimentaire. Le représentant de cette institution à Madagascar est José Bronfman, de nationalité argentine. Le montant du prêt est considérable: 2 millions d'euros. Quels furent les dessous de l'opération? Voilà ce que les historiens sauront peut-être un jour. Toujours est-il que ce concours bancaire a rendu possible la mise sur pied d'une entreprise industrielle qui, au fil des années, prospérera. Des hommes du régime, à l'époque celui du marxiste Didier Ratsiraka, soutiennent les efforts de Marc. Il s'agit du maoïste Manandafy Rakotonirina, membre du Conseil suprême de la Révolution, que nous retrouverons plus tard, et des ministres Razakaboana et Justin Rarivoson. L'entreprise porte le nom de Tiko, ce qui signifie « J'aime ». A l'heure actuelle, sinon dès l'origine, son logo représente, sur trois couleurs, le bleu, le vert et le blanc, une fleur et le mot « Tiko » lui-même. Le slogan de la firme, «Vita malagasy », peut se traduire par «Fabriqué à Madagascar », et veut transformer en déclaration de fierté une formule qui à l'origine dépréciait un produit. En 1986, il est déjà suffisamment riche pour acheter une magnifique villa à Faravohitra, sur les hauteurs de Tananarive, qui avait appartenu au gouverneur Léon Réallon, secrétaire général de la colonie avant la Seconde Guerre mondiale.

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