//img.uscri.be/pth/5dfb9e8ba21979f573f5ca27c0454e8f16ff2c57
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,75 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Martinique, Guyane, Guadeloupe : Les raisons de la colère...

De
227 pages
En interrogeant les structures sociales et les potentiels économiques de ces trois départements, Martinique, Guyane, Guadeloupe, voici une vision très critiques de la métropole encore empêtrée dans ses réflexes archaïques. Cet ouvrage suggère des solutions pour un nouveau départ économique en ce XXIe siècle à l'heure où la France se tourne davantage vers l'Europe.
Voir plus Voir moins

!"#$%$&'() +',!%() +'!-(./'0( 1

2(3 "!$3/%3 -( .! 4/.5"(6
62(3 4/%-$#$/%3 -' 47!%8(9(%#

Roger ANGLO

.GU TCKUQPU FG NC EQNpTGª
ª.GU EQPFKVKQPU FW EJCPIGOGPV

/CTVKPKSWG )W[CPG )WCFGNQWRG

Préface de Léon Bertrand Ancien ministre

L’Harmattan

Avis au lecteur Cet ouvrage entend contribuer à rapprocher les composantes de la communauté nationale française au travers d’une meilleure compréhension de leur histoire, en l’occurrence celle des populations d’Outre-mer.

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-10474-7 EAN: 97822961047477

«Ne craignez jamais d’élever votre voix… contre l’injustice, le mensonge et la cupidité. Si tout le monde… osait le faire, cela changerait notre planète.» William Faulkner

Sommaire

Préface_______________________________________ 11 Introduction___________________________________ 13 PARTIE I : Genèse d’une histoire douloureuse _______ 19 ACTE 1 : La Possession et la colonisation des Territoires _____________________________________________ 21
1. Des hommes venus d’ailleurs______________________23 2. La conquête de la Martinique______________________27 3. La conquête de la Guyane ________________________31 4. La conquête de la Guadeloupe _____________________37

ACTE 2 : L’Esclavage, le Pacte colonial____________ 43
1. Les prémices de la traite__________________________45 2. Le commerce triangulaire ________________________49 3. Les plantations _________________________________55 4. L’abolition …. définitive ?________________________65

ACTE 3 : La Départementalisation ________________ 71

7

PARTIE 2 : Autopsie d’une colère annoncée _________ 79
1. Bienfaits et méfaits de la Départementalisation _______81 2. Une responsabilité partagée ______________________89 L’agriculture…une transformation ratée ___________89 Migration salutaire ou génocide par substitution ? ___92 Lois programme, Lois d’orientation et autres mesures dérogatoires _________________________________96 Décembre 2003 : un référendum au goût amer _____101 2009 : une crise autant politique que sociale _______103 3. Sentiments et ressentiments _____________________111 Une francité contrariée _______________________112 Un mécontentement séculaire __________________117

PARTIE 3 : Un nouveau Chapitre pour l’Histoire de France post-coloniale __________________________ 123 ACTE 4 : Q uel Statut pour les Terres d’Amérique ? _ 125
1. Consensus sur le constat_________________________127 2. Un potentiel économique bien réel_________________129 Le Tourisme, un axe de Développement majeur ____130 L’Agriculture, les TIC : des piliers d’une croissance autonome __________________________________132 Les Energies renouvelables, un enjeu d’avenir _____134 3. Une indispensable réorganisation structurelle, économique 139 et sociale
8

4. Une consultation populaire sans précédent __________149 5. Le cadre de l’Article 73 : un régime éprouvé…. et réprouvé _______________________________________153 6. L’Autonomie : une voie tentante, mais redoutée ______159 7. Janvier 2010 : un choix sans risques _______________171

Conclusion __________________________________ 177 ANNEXES __________________________________ 183 Proclamation de Louis Delgrès signée le 10 mai 1802 et affichée sur les murs de Basse-Terre__ 185 Le Code Noir – Edit du roi sur les esclaves des îles de l’Amérique __________________________ 187 Décret de l'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848 ______________________________________ 203 Rapport du Député Aimé Césaire présenté le 27 Février 1946 devant l’Assemblée nationale ___ 206

Bibliographie_________________________________ 225

9

Préface

Sommes-nous arrivés à la fin d’un cycle ? Sommes-nous à la veille d’aborder un nouveau cap ? Ce sont des questions que chaque ultramarin se pose depuis bientôt un an. Tout se passe comme si les vrais problèmes de fond que les uns et les autres avaient complaisamment enterrés jusqu’à présent par crainte d’affronter des vérités qui dérangent, nous rattrapent et nous interpellent. N’est-il pas temps pour faire tomber ce mur, d’arrogance pour les uns et de défiance pour les autres, que la République s’engage enfin à définir une fois pour toute, une vraie relation avec ses outremers ? Cette absence de vision nous prive de toute possibilité réciproque de rayonnement dans le monde et laisse place au contraire à bon nombre de préjugés néfastes véhiculés entre français de Métropole et français des Outremers. A la veille d’une double consultation populaire qui sera organisée en Martinique et en Guyane, les populations ultramarines concernées, afin de faire un choix éclairé du régime constitutionnel qui leur sera le mieux adapté (73 ou 74), ne doivent négliger aucun élément de réflexion. En cela, l’ouvrage de Roger ANGLO, qui exprime avec brio un point de vue à partir des faits qui ont secoués les sociétés de nos départements d’Outre – Mer depuis la fin de l’année 2008, est une contribution remarquable.
11

Il souligne sans détour les failles d’un système, mais aussi les failles humaines que l’on ne peut plus masquer dans un monde complexe qui bouge et qui exige de plus en plus davantage de responsabilités.

Léon BERTRAND Ancien Ministre

12

Introduction ______________________________________ 20 janvier 2009 : Le monde entier a le regard braqué sur les Etats-Unis d’Amérique. C’est que l’évènement proposé par la première puissance de la planète Terre est loin de laisser indifférent, et même, constitue un moment historique. Il s’agit en effet de l’investiture officielle du 44ème président des USA, élu le 4 novembre 2008 au terme d’une campagne marathon de vingt mois. Ainsi donc, avec un total de 349 grands électeurs (minimum requis pour être élu : 270) contre 163 pour son adversaire républicain John McCain, Barack Hussein Obama accède à la Maison Blanche. Au-delà de cette investiture – cet exercice se répète tous les quatre ans – c’est la personnalité du nouveau président américain qui, c’est selon, fascine, interroge ou interpelle. Né à Honolulu (Hawaï) d’un père kényan noir et d’une mère américaine blanche, Barack Obama, 46 ans, quoique sénateur de l’Illinois, est en cette année 2008 pratiquement inconnu des américains et considéré comme un parfait outsider dans la lutte à l’investiture pour la candidature démocrate. Contre toute attente, lors de la Convention nationale démocrate qui s’est tenue à Denver (Colorado : 25 au 28 août 2008), c’est bien lui pourtant qui sera investi candidat au terme d’un extraordinaire parcours qui l’aura vu triompher d’adversaires plus expérimentés que lui (John Edwards l’ancien colistier de John Kerry en 2004, mais aussi Hillary Clinton la favorite démocrate). C’est bien lui qui, au final d’une campagne enthousiaste, sera pratiquement plébiscité pour conduire le changement que réclame le pays tout entier, lassé par les années sombres de l’administration Bush. Le parcours exemplaire de Barack Obama représente une réelle victoire non seulement pour les jeunes Américains, mais surtout pour les Afro-américains qui, après plus de 150 ans de lutte, voient enfin un candidat qui leur ressemble en situation d’occuper la Maison Blanche. Possible que le candidat Obama ait bénéficié de l’impopularité du président sortant Georges W. Bush. Il n’en
13

demeure pas moins que le résultat sans appel de ces élections attestent bien qu’il a su convaincre la majorité des électeurs américains qu’il méritait d’être leur président, étant assurément celui qui est mieux à même de comprendre leur quotidien et aussi ce qu’est leur pays. Elire un président issu d’une minorité ethnique qui ne représente que 12% de la population et qui, il y a seulement 50 ans, était reléguée en marge de la société américaine : voilà qui est révolutionnaire, et démontre s’il en était besoin que l’Amérique est toujours capable d’étonner et que tout reste possible au pays de l’Oncle Sam. Comme toujours, les EtatsUnis d’Amérique se montrent en avance sur le reste du monde, et donnent là une leçon d’ouverture et de générosité y compris aux pays qui, comme la France, se targuent d’être les défenseurs voire les champions des Droits de l’Homme. C’est cela aussi qui marque les esprits et force l’admiration. Car il faut bien le reconnaître, l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d’Amérique marque une étape majeure et spectaculaire dans la lutte pour l’égalité et résonne comme une victoire pour tous les Noirs, et singulièrement pour les Noirs de France. Historique, l’élection d’un Noir à la Maison Blanche est aussi à haute teneur symbolique pas seulement pour l’ensemble des Américains de toutes origines, mais bien au-delà pour les peuples d’Afrique et de la Caraïbe. Elle constitue, cette élection, l’aboutissement logique d’un long cheminement, mais surtout l’ouverture d’une nouvelle page d’Histoire qui préfigure bien des bouleversements, et pas seulement aux USA. L’Histoire justement dira si après avoir confié leur destinée à un Noir, les Américains auront su vivre avec.

20 janvier 2009 – Presque au même moment que l’investiture du 44ème président des USA, la Guadeloupe, Département français situé à environ 2 heures de vol de Washington, entame à l’initiative du collectif LKP, Liyannaj
14

Kont Pwofitasyon ("Union contre l'exploitation" en créole) une grève générale illimitée pour protester contre la surexploitation des guadeloupéens par quelques riches profiteurs. Dans un concert de gesticulations médiatiques de toutes sortes, des voix, autorisées ou non, se sont d’abord élevées pour déplorer une énième vague de mécontentement, une grogne à ranger au nombre des crispations qui n’ont cessé de jalonner l’histoire de la Guadeloupe, comme d’ailleurs la plupart des îles de la Caraïbe. Un mouvement d’humeur comme tant d’autres diront même certains. Las, devant l’ampleur et la force des rassemblements, il leur a bien fallu admettre qu’il y avait effectivement une certaine légitimité dans les revendications des manifestants. Avec quelque 60 000 personnes dans les rues sans discontinuer pendant les trois premières semaines de grève, difficile sans doute qu’il en fût autrement. Il n’en demeure pas moins que ce cri de colère doit être considéré avec la plus grande attention, et traité avec tout le sérieux et la détermination qu’il réclame. Il serait dangereux en effet pour l’Etat français comme pour la Guadeloupe et aussi les autres Départements d’Outre-mer, qu’une simple couche de « vernis financier » soit appliquée à une situation qui, à l’instar d’un volcan réputé actif, ne serait qu’endormie. L’erreur, pour les pouvoirs publics comme pour les observateurs politiques, serait de ne pas intégrer que cette crise puise ses racines dans des temps beaucoup plus lointains, et aussi dans des ressentiments ô combien plus complexes. C’est bien de cela qu’il s’agit dans les 146 revendications établies par le Collectif LKP instigateur de cette grève. Ce groupement de 46 organisations des plus diverses (syndicats, associations culturelles et autres, partis politiques….) a élaboré un véritable cahier de charges pour réformer la société guadeloupéenne, un check-list de revendications subdivisé en dix chapitres : les conditions de vie, l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, les droits syndicaux, les services publics, la production agricole et la pêche, l’aménagement du
15

territoire et des infrastructures, la culture, l’arrêt des profits. Bien plus qu’une lutte contre la vie chère et la précarité, c’est bien d’une remise en cause de l’organisation de la société qu’il s’agit, et qui est soutenue par la plupart des guadeloupéens. Au fil des 44 jours qu’elle a duré, cette grève s’est transformée en mobilisation populaire, laquelle a bouleversé bien des certitudes et ébranlé bien des convictions. C’est là une prouesse d’autant plus remarquable que toutes les organisations fédérées dans le Collectif LKP, pour diverses raisons, n’avaient jamais pu se mettre ensemble pour réfléchir et émettre des propositions consensuelles. Autre signe qui doit également interpeller et mérite réflexion : la solidarité manifestée par les originaires d’Outremer établis dans l’Hexagone, et pas seulement ceux de Paris et ses environs, aux travers de rassemblements et de défilés (place de la Nation, place de la République à Paris, mais aussi à Nantes), de réunions diverses, de rencontre-débats, de manifestes, de prises de parole à la radio et à la télévision. Il est extraordinaire d’observer que pendant toute cette période de crise, et même au-delà, jamais les Antilles et les antillais n’ont été aussi présents et visibles sur les plateaux de télévision des grandes chaînes nationales. Pour autant, il n’est pas certain que la majorité des français métropolitains (y compris parmi les responsables de l’Etat) ait bien compris les enjeux et les véritables raisons de ce soulèvement. Il suffit pour s’en convaincre de se référer aux propositions de certains leaders politiques et syndicaux nationaux qui voudraient reproduire dans l’Hexagone la stratégie des grévistes guadeloupéens ; ou encore tel sondage qui annonce que «58% des français seraient d’avis de leur donner leur indépendance ». Certes, les Départements d’Outre-mer, en raison notamment de leur désastreuse situation économique, subissent plus durement que d’autres les effets de la crise que l’on dit
16

mondiale. Mais leurs populations savent bien que cela ne constitue qu’une circonstance aggravante et que la cause réelle de leur « coup de colère » est, comme la vérité, ailleurs.

Cet ouvrage n’a aucune prétention à l’exhaustivité et ne cherche d’aucune façon à supplanter les nombreuses réflexions de qualité qui ont déjà été produites sur les problématiques intéressant l’Outre-mer ; il entend simplement contribuer à éclairer le lecteur, - d’une part sur les conditions de la « francisation » de ces terres d’Amérique, Martinique, Guyane et Guadeloupe, géographiquement très éloignées de la France hexagonale. La première partie rappelle modestement en 3 actes et quelques dates clé cette histoire ultramarine inextricablement liée à l’Histoire de la France. - d’autre part sur l’ampleur du malaise et de l’incompréhension qui se sont installés des deux côtés de l’océan. Ainsi, la deuxième partie de ce livre avance quelques réflexions sur les vraies réalités de ces Territoires et la souffrance morale, psychologique mais aussi physique que ces populations ne peuvent plus contenir, lassées par ce qu’elles considèrent comme non plus de l’indifférence, mais du mépris. Une troisième partie s’intéresse à ce qui serait l’écriture d’une nouvelle page (un Acte 4 ?) d’une histoire rendue moins singulière, et suggère un scénario qui permettrait à la France et aux Antilles Guyane d’œuvrer sereinement à tisser des liens de solidarité basés sur le respect des identités culturelles, dans un climat de mutuelle confiance.

17

Partie 1 ________________________________________ Genèse d’une histoire douloureuse
(Un passé qui ne passe pas)

Où il est établi que la colonisation, a fortiori barbare et aveugle comme elle le fut pour la Caraïbe et l’Afrique, peut ne pas être source que de bienfaits.

19

ACTE 1 ______________________________________________ La Possession et la colonisation des Territoires

«C'est dans les plus beaux jours d'un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie, qu'une classe d'infortunés qu'on veut anéantir se voit obligée d'élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître, lorsqu'elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.» Louis Delgrès

21