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Minorités et pouvoir dans les pays anglophones

De
266 pages
Dans les sociétés anglophones d'aujourd'hui, les revendications identitaires, politiques et économiques se sont substituées à la lutte des classes. En refusant la tyrannie et l'hégémonie de la majorité, les minorités affichent une double injonction : le refus de se soumettre et la volonté de s'affirmer. Ce rapport, souvent conflictuel, est étudié sous l'angle du pouvoir politique, économique et social qui influence et façonne la nature même de ces sociétés.
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Textes réunis et présentés parTaoufik Djebali
MINORITÉS et POUVOIR dans les pays ANGLOPHONES
Minorités et pouvoir dans les pays anglophones
Du même auteur Taoufik Djebali et Benoît Raoulx (dir.),Marginalité et politiques sociales : Réflexions autour de l’exemple américain, éd. L’Harmattan, Paris, 2010.
Textes réunis et présentés par Taoufik Djebali Minorités et pouvoir dans les pays anglophones
Cet ouvrage est le fruit d'une collaboration entre des équipes de recherche appartenant à trois universités : Caen, Poitiers et Paris Ouest-Nanterre. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02958-0 EAN : 9782343029580
Introduction L’ouvrageMinorités et pouvoir dans les pays anglophones estle fruit d'une collaboration entre trois équipes de recherche (ERIBIA à Caen, MIMMOC à Poitiers et CREA à Paris Ouest-Nanterre La Défense). L’ouvrage pose la question du rapport des minorités à la majorité se trouvant dans des pays anglophones, notamment États-Unis, Canada, Royaume-Uni et Irlande. Ce rapport, souvent conflictuel, est étudié sous l'angle du pouvoir politique, économique et social qui influence et façonne la nature même de ces sociétés. Dans les pays anglophones, la question des minorités a fait l’objet de nombreuses études et a donné lieu à de nombreux débats, bien avant d'autres pays démocratiques comme la France ou l'Allemagne. D'ailleurs, contrairement à ces deux derniers, les pays anglophones, certainement pas tous, offrent une approche singulière dans la mesure où le traitement communautaire de la diversité a été privilégié. Cette approche rend l’étude du rapport tripartite — minorité, majorité, pouvoir — extrêmement compliquée. À cela s'ajoute la difficulté de donner une définition adéquate et pertinente à ces termes qui ont des dimensions philosophiques, sociologiques et politiques. Minorité/majorité : vue d'ensemble La minorité, définie généralement par son nombre inférieur et/ou son pouvoir limité, se distingue de la majorité par sa dimension culturelle, historique et identitaire. Ces différences définissent la nature de la relation qui lie la majorité à la minorité. Si dans la plupart des cas, les marqueurs identitaires de la minorité sont perçus comme un danger pour la cohésion sociale, la stabilité politique et le progrès économique, ils sont surtout considérés comme une menace sérieuse au pouvoir de la majorité. Même dans les sociétés dites démocratiques telles que les États-Unis ou le Royaume-Uni, où la loi de la majorité caractérise la pratique politique, la lutte pour le pouvoir peut donner lieu à des pratiques non démocratiques afin de maintenir lestatu quo. Ceux qui ont le pouvoir tiennent à la légitimité de ce pouvoir et à sa pérennisation. Ils sont généralement ceux qui dominent les institutions, façonnent les contours de la culture dominante et de l’identité nationale. Comme le note Thomas Ericksen: [les groupes majoritaires sont ceux]whose markers of identity embedded in its official symbolism and 1 legislation”. Même si dans la plupart des démocraties européennes et nord 1 Thomas H. Ericksen,Ethnicity and Nationalism, Londres : Pluto Press, 1993, 99. 7
américaines, la législation est plutôt égalitaire, pour des raisons historiques et parfois psychologiques, la question du pouvoir demeure posée. Cela dit, la minorité n'est pas nécessairement celle qui est privée de pouvoir ou d'influence. Elle peut exercer, notamment dans des pays comme les États-Unis, une influence latente et indirecte. Le système politique et la nature des institutions sont les deux éléments essentiels qui définissent l’ampleur de cette influence. Certes, la proximité culturelle ou idéologique avec la majorité facilite l'intégration de la minorité et accroît son influence. Ainsi, il est possible de parler de «minorités dominantes», c’est-à-dire celles qui exercent une influence politique et économique disproportionnée, du moins par rapport à son poids démographique. Les minorités dominantes demeurent des exceptions dans les pays démocratiques. En règle générale, les minorités doivent développer un grand sens identitaire et une solidarité sans faille pour pouvoir survivre et s'affirmer dans un contexte généralement hostile. Elles font appel à des éléments historiques, religieux ou linguistiques, prouvés ou inventés, pour consolider le lien entre ses membres. De nos jours, nous observons la multiplication des rapports conflictuels entre majorité et minorités et une explicitation des demandes d'ordre politique ou économique qui remettent en cause l'ordre établi et défient l'hégémonie réelle ou fantasmatique de la majorité. Des concessions sont faites par la majorité, notamment quand celles-ci ne menacent pas son pouvoir et ses intérêts. Elles peuvent prendre la forme d'une politique préférentielle (Affirmative Action auxÉtats-Unis) ou une reconnaissance législative de la diversité (multiculturalisme au Canada). Dans d'autres cas, notamment au Royaume-Uni, des minorités peuvent maintenir leur culture, leur identité et leurs spécificités sans être trop inquiétées. Le débat sur la pertinence ou non des droits spécifiques accordés aux minorités, qui renvoie à la question complexe du multiculturalisme, pose quatre questions fondamentales : - l’intérêt de la diversité culturelle en soit, - l'égalité des droits sociaux (equal opportunities) - la cohésion sociale et nationale - le partage du pouvoir et la nature du lien entre majorité et minorité Le pouvoir en question Par pouvoir nous désignons ascendance, emprise ou encore domination exercées par le groupe majoritaire et somme toute hégémonique. Mais puisque nous traitons de ces questions dans un contexte démocratique, il s’agit d’élucider les formes d'autorité et les moyens subtils utilisés dans le processus décisionnel. Bien que dans les pays démocratiques le pouvoir n’est plus perçu comme un bien qu’on doit maintenir par tous les moyens mais pensé comme une relation, plutôt souple, de domination et d'influence, la 8
majorité dominante se comporte parfois de façon tyrannique et hégémonique (une référence à «la tyrannie de la majorité» évoquée par Tocqueville) puisqu'elle bénéficie de la légitimité électorale. Il s'agit donc d'une domination «démocratique ».La majorité est très souvent conditionnée à l’idée d’assujettir la minorité qui tout naturellement doit obéir aux règles qu'elle impose. C'est ainsi que la majorité, à travers le gouvernement ou d'autres institutions, a la tentation quasi permanente de garder le pouvoir qu'elle a et même d’en abuser et cela malgré la séparation des pouvoirs. Nos sociétés d’aujourd’hui intègrent de plus en plus des relations sociales compliquées, des groupes sociaux et politiques en constante mutation, des mouvements migratoires intenses et une mondialisation économique et culturelle sans précédent. De ce fait, le pouvoir est devenu encore plus diffus et plus fluide. C'est ainsi que la lutte pour le pouvoir est devenue plus présente, plus intense et plus subtile. Plan de l’ouvrage Le présent ouvrage est constitué de trois parties principales. La première partie traite de l’implication des minorités dans les mouvements sociaux. En général, les mouvements de résistance ou les manifestations de mécontentement soulèvent la question du pouvoir. Celui-ci n’est pas exclusivement politique, même si la question politique demeure sous-jacente à la plupart des questions ethniques, syndicales, sociales ou religieuses. Ainsi dans cet ouvrage Mark Bailoni nous éclaire sur la question minoritaire à travers les revendications des mouvements régionalistes anglais notamment dans les Cornouailles et le Nord de l’Angleterre. Selon l’auteur, la notion de minorités connaît une évolution considérable dans ces régions et fait appel à de nouvelles formes de représentations identitaires qui se trouvent parfois en opposition avec les références nationales et ethniques dominantes. De son côté Olivier Esteves intègre la question de l’immigration en Grande-Bretagne dans une étude sur le libéralisme en tant que système économique fondé sur le profit et l’exploitation. Le libéralisme s’internationalise à la recherche de marchés et de main d’œuvre, engendrant en conséquence un multiculturalisme affirmé mais néanmoins contesté en Grande-Bretagne (l’exemple des musulmans). Taoufik Djebali étudie l’émergence du «Mouvement des pauvres» aux États-Unis dans les années 1960. Ce mouvement, somme toute marginal dans le contexte américain, donne à réfléchir sur l’incapacité des mouvements sociaux de cette nature d’avoir un ancrage permanent. Des raisons inhérentes à la nature du mouvement mais aussi de la société américaine et sa culture dominante, peuvent expliquer la chute rapide et la disparition d’un tel mouvement. Par ailleurs, Daniel Peltzman analyse la question de pouvoir dans le contexte syndical. Les revendications de la Writers Guild of America ontdébouché sur une grève médiatisée en 2007. 9