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MOBUTU (DE) A KABILA

De
177 pages
Au Zaïre, la transition démocratique initiée le 24 avril 1990 par le Maréchal Mobutu a accéléré le démembrement de l'État et la dégradation des conditions de vie de la population ; mais elle a aussi mis en exergue l'incurie et l'incapacité d'une classe politique taillée à la mesure de l'ancien dictateur. Travail d'analyse et de recherche explorant toutes les pistes, ce livre éclaire donc l'opinion sur les dessous des événements du Congo et ouvre des pistes de réflexion pour la recherche des solutions aux turbulences que traverse ce pays.
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Points de vue Concrets

Warnu Oyatarnbwe

DE MOBUTU A KABILA
Avatars d'une passation inopinée

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Dieudonné Wamu Oyatambwe est né le 09 octobre 1965 en République Démocratique du Congo. Doctorant en sciences politiques et chercheur associé au "Brussels Center of African Studies" de l'Université de Bruxelles (VUB). Diplômé en économie de développement et Master en gestion et administration publiques de l'Université d'Anvers; diplômé de l'Institut du fédéralisme de l'Université de Fribourg. Il travaille au projet LIA (Anvers) et à OXFAM-Solidarité (Belgique).

Du même auteur: - Eglise catholique et pouvoir politique au Congo-Zaïre. La quête démocratique, L'Harmattan, 1997,205 pages

1999 ISBN: 2-7384- 7340- 7

@ L'Harmattan,

- Au peuple meurtri du Congo victime des convoitises extérieures et des opportunistes intérieurs

- A mon regretté père Emmanuel W AMU OLELA (fils de Oyo-a-Tambwe et Adiyo Ekushe) qui n'aura pas vu la fin d'une dictature et ... le «retour» du Congo

- A Emmanuel Godson, I 'héritier de Papa, et Priscilla, nla fille chérie

INTRODUCTION
Le Zaïre de Mobutu a vécu. Après sept mois de guerre contre les Forces Armées Zaïroises (FAZ) ou ce qui en restait, l' Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du CongoZaïre (AFDL) a mis fin au règne mobutiste et installé un nouveau régime, présidé par Laurent Désiré Kabila. Celui-ci a proclamé le retour de la "République démocratique du Congo" et annoncé des réformes, avant de mettre en place l'équipe dirigeante du nouveau Congo! que l'on espère devenir réellement démocratique. Comment interpréter ou expliquer ce changement inattendu dans l'ex-Zaïre? Quels sont les tenants et aboutissants de ce brusque retournement de situation? Que penser du système en place depuis lors, aux plans idéologique et politique, mais aussi pragmatique et praxéologique ? Qu'est ce qui a changé ou qui distingue réellement le régime Kabila de celui de Mobutu? Quels sont les thèmes majeurs du nouveau discours politique consécutif à l'irruption et à l'avènement de ce nouvel ordre? Quel sera l'avenir même du régime Kabila, au regard des erreurs accumulées et de la défection de certains de ses piliers qui ont repris les armes pour le combattre? Et surtout, au-delà de Mobutu et Kabila ou des systèmes qu'ils représentent ou incarnent, comment se dessine l'avenir de ce pays, vaste comme un continent, dont on n'a pas fini d'épiloguer sur ses richesses fabuleuses? La présente étude vise à relancer le débat sur l'avenir politique du Congo, en donnant des bribes de réponses à ces différentes interrogations. Pour ce faire, j'essaierai d'abord de passer au crible les différentes implications, politiques, économiques, sociales et psychologiques, au plan extérieur ou local, susceptibles d'expliquer la passation de pouvoir, si
IDans cet ouvrage, les appellations « Zaïre, Congo-Zaïre, Congo, ou RDC (République Démocratique du Congo)) seront utilisées pêle-mêle; la population sera dite 'zaïroise' ou 'congolaise', suivant les époques.

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DE MOBUTU A KABILA

inattendue, entre Mobutu et Kabila. Ensuite, je tâcherai d'analyser, à la lumière de faits avérés, la nature et les mécanismes du pouvoir politique issu de la guerre dite de , libération'. Ce nouveau pouvoir sera étudié à travers ses discours et son fonctionnement, à travers ses bases apparentes ou cachées, afin de le comprendre et de l'expliquer, mais aussi pour mieux saisir son explosion manifestée par une vague de 'rébellions' anti-Kabila depuis août 19982. Ce texte se veut donc ni plus ni moins une étude du pouvoir politique en RDC ; mieux, il se veut une chronique des principaux événements survenus récemment dans l'ex-Zaïre, chronique qui sera néanmoins parsemée de réflexions éparses sur le destin de ce pays convoité. Cet essai est subdivisé en six chapitres principaux. Le premier expose des signes précurseurs de la chute de Mobutu et de l'avènement d'un nouvel "homme fort". Le second relate la prise du pouvoir par l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) ; limité dans le temps, ce chapitre couvre la période allant du début de la guerre (octobre 1996) à la prise de Kinshasa (17 mai 1997). Le troisième chapitre constitue un essai de reconstitution du profil biographique du président Kabila, en particulier en ce qui concerne sa carrière politique, pour voir dans quelle mesure aura-t-il été préparé ou non à assumer cette fonction; cette ébauche se base sur les rares documents disponibles à ce sujet. Le quatrième chapitre va traiter de l'exercice du pouvoir par le
Nombreuses sont les limites inhérentes à cette entreprise. D'abord, la scène politique congolaise étant actuellement divisée en factions, les acteurs que nous avons pu rencontrer nous ont tous fourni des témoignages qui sont soit trop partisans et passionnels, soit trop insuffisants ou incohérents pour être crédibles. Ensuite, en faisant de I'histoire immédiate, nous courons les risques d'une information insuffisante, ou non vérifiée. Car, d'une part, tout n'est pas encore connu ou révélé sur ces événements précipités, et d'autre part, vu la nature mouvante du sujet traité, beaucoup de faits analysés aujourd'hui devront faire l'objet d'éclaircissements ultérieurs (sur I'histoire immédiate, voir J.T. OMASOMBO (dir.), Le Zaïre à l'épreuve de I 'histoire immédiate, Paris, Karthala, 1994). 2

INTRODUCTION

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nouveau régime: il y sera question des acteurs politiques, internes ou externes, mais également de leur approche du pouvoir, ainsi que des luttes d'intérêts et des rivalités factionnelles qui ont débouché sur la guerre en cours en RDC, guerre qui fait justement l'objet du cinquième chapitre. Enfin, un dernier chapitre esquissera quelques propositions pour l'avenir. Une conclusion générale, aussi inscrite dans cette perspective de la prospective, viendra clore notre démarche.

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Extrait de C.E.E. (Commission des Communautés Européennes), Les conditions d'installation des entreprises industrielles, Zaïre,

Bruxelles, décembre 1972, 114 p.

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PRELUDES DU CHANGEMENT

Le changement politique intervenu en 1997 au Congo a résulté de la conjugaison des aléas de la politique nationale intérieure avec l'évolution du contexte international global. La coïncidence de plusieurs évolutions historiques, tant à l'échelle planétaire qu'au plan local, a présidé à l'émergence d'un mouvement armé, et précipité l'érosion puis la chute du régime mobutiste. La fin de la guerre froide, l'échec ou le piétinement des processus de démocratisation dans maints pays naguère soumis à la férule des totalitarismes ou des juntes militaires, et - last but not least - la mondialisation ou la globalisation des économies, voilà autant d'ingrédients qui auront conduit à ébranler la plus vieille dictature au cœur de l'Afrique. N'ayant pas perçu suffisamment la nouvelle donne politique, Mobutu a en quelque sorte creusé progressivement la tombe de son pouvoir. Mais cela n'explique sûrement pas tout dans ce renversement. Les changements régionaux (Afrique des Grands
Lacs et Afrique australe) constituent d'autres clés de lecture

- et

non des moindres - pour comprendre le changement intervenu au Zaïre. Il convient donc de brosser brièvement le cadre global de ces différentes évolutions internationales et nationales pour bien appréhender le cours des événements politiques de 1996-1997 au Congo ex-Zaïre.

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DE MOBUTU A KABILA

1. Fin de la guerre froide et politique internationale La fin de la guerre froide et l'effondrement du bloc soviétique ont eu pour conséquence quasi planétaire la chute des régimes totalitaires qui s'inspiraient du modèle communiste3. En Afrique, les adeptes de Marx et Lénine, ainsi privés de leur grand inspirateur et bouclier, n'avaient plus qu'à se plier à la nouvelle donne politique, et les régimes marxistes-léninistes (Bénin, Congo, Ethiopie,...) fondirent aussitôt comme du beurre au soleil pour céder la place à des 'démocraties' libérales de type occidental. Dans certains cas, ce sont ces mêmes régimes « révolutionnaires» qui vont se modifier en abandonnant l'idéologie marxiste-léniniste pour s'adapter à l'air du temps (Angola, Ghana, Ouganda, Burkina Faso,...). Mais pour les Occidentaux, la fin du communisme ouvrait une autre ère: celle de l'expansion économique et de l'extension des marchés. Pour cela, il fallait aider les pays nouvellement émancipés du totalitarisme à amorcer un redressement économique, en les engageant dans des vastes programmes d'ajustement structurel (PAS) sous la houlette du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM). D'où la tendance à mettre en place des systèmes de gestion publique sous surveillance des institutions internationales, qui consistera à faire monter une nouvelle classe de 'gestionnaires publics', "essentiellement des technocrates qui feront de leur mieux pour être dans les bonnes grâces de la Banque mondiale et donner ainsi une nouvelle jeunesse aux programmes d'ajustement structurel"4. Dans beaucoup de pays d'Afrique, les nouveaux régimes, pour démontrer leur bonne foi et rester
3 voir F. FElTO, Lafin des démocraties populaires, Paris, Seuil, 1993

Issa Shivj i qualifie ce système (à tort ou à raison, c'est selon) de "démocratie compradore"(voir I. SHIVlI, cité par A. MAFElE, "Théorie de la démocratie et discours africain: 'Cassons la croûte, mes compagnons de voyage !", dans Processus de démocratisation en Afrique. Problèmes et perspectives, sous la direction de E. ChoIe et l. Ibrahim, Dakar, Codesria, 1995, p. 22).

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PRELUDES DU CHANGEMENT

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dans les grâces des « donateurs », vont trouver une autre astuce comme gage supplémentaire de leur 'bonne foi' : "nommer des technocrates venant d'organismes internationaux comme Premiers ministres et ministres des Finances en assurant aux dirigeants des institutions que ces technocrates jouiront d'une autonomie dans leur gestion de l' économie"s. Du côté des partenaires occidentaux de l'Afrique, une mutation idéologique s'opéra donc rapidement. D'une part, il n'y avait plus de raison de continuer à soutenir des régimes qu'ils avaient mis en place pour contrer la menace de contagion communiste en Afrique, régimes dont les chefs de chœur ont presque tous sombré dans des barbares dictatures qui ont entravé tout progrès économique et tout développement. L'évaporation de cet enjeu stratégique permit donc aux Occidentaux de mesurer l'ampleur du tribut que les Africains auront dû payer au nom de la lutte contre le communisme. D'autre part, vu les clameurs qui s'élevaient de partout pour dénoncer la rigueur assassine des PAS dans plusieurs pays au cours des années 80, les « bailleurs des fonds» devaient trouver une nouvelle légitimation de leur présence et de leurs diktats dans ces pays, sans pour autant perdre la face ni voir mises en question les présomptions de la bienveillance ou de «l'aide généreuse» dont ils se sont toujours prévalu. L'entrée de nombreux pays africains dans des processus de démocratisation offrait donc une belle perspective aux 'donateurs' occidentaux. Aussi, dorénavant, sous la pression de leurs opinions publiques aussi bien que dans ce souci de maintenir leurs intérêts, les pays donateurs ne vont plus se contenter de réguler les seules forces du marché; ils veilleront également au bienêtre et aux libertés des citoyens dans les pays bénéficiaires des aides. D'où l'apparition des exigences politiques dans le discours officiel des bailleurs des fonds: l'aide sera octroyée au prorata des progrès accomplis en faveur de la
5

T.

MKANDA WIRE,
en Afrique",

"Ajustement,
dans Processus

conditionnalités
de démocratisation

politiques

et

démocratisation

en Afrique,

op. cil., p.89

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démocratisation et du respect des droits de l'homme. C'est la conditionnalité politique des aides publiques au développement, que prôneront les agences d'aides, multilatérales et bilatérales, dans leurs relations avec l'Afrique. Au début des années 90, l'aide au développement va presque se muer en aide à la démocratisation. Tout se passant comme si, par enchantement, le monde s'était éveillé d'une torpeur 'involontaire' dans laquelle un profond sommeil l'aurait plongé durant un demi-siècle. En novembre 1991, la Communauté européenne annonce qu'elle lie ses déboursements à une conditionnalité politique: le respect des droits de I'homme, la lutte contre la corruption, la liberté de la presse, la diminution des dépenses militaires, etc, en vue d'une plus grande efficacité des réformes économiques. A la même époque, la BM commence à élaborer des nouvelles conceptualisations, notamment celles de la "governance", du "développement institutionnel", de "capacity building", et, plus tard, celle de "développement participatif' qui fera monter en flèche les Organisations non gouvernementales6. En renfort à cette nouvelle orientation des politiques d'aides, des recherches universitaires furent menées, en particulier aux Etats-Unis, constituant ainsi une base de réflexion sur la conditionnalité politique et sa légitimité éthique vis-à-vis des Etats réc ipiendaires. Du côté des agences bilatérales, l'évolution sera semblable. C'est d'abord la France, qui, par le discours du président François Mitterand, à La Baule en 1990, inscrira la
6 Beaucoup de gens anticipent sur les orientations des agences de développement (BM, PNUD, etc); ainsi, dès que celles-ci décidèrent par exemple d'appuyer le développement participatif, cela déclencha l'émulation à créer des ONG qui vont oeuvrer en ce sens en Afrique. Au Congo-Zaïre, la prolifération des ONG résulte de la conjugaison entre cette notion de développement participatif et la rupture de la coopération structurelle avec le régime de Mobutu (et qui n'a pas été rétablie avec Kabila), car seules les ONG bénéficient des aides de la communauté internationale en faveur de la population.

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'conditionnalité démocratique' dans les clauses de ses relations avec l'Afrique. Par la suite, la Grande Bretagne, dès juin 1990, ou l'USAID, appuyée plus tard par la doctrine de l'administration Clinton, en feront également une condition de leurs programmes d'aide, en exigeant une réflexion et un audit internes sur les résultats réels et l'efficacité des flux financiers à destination du continent africain. Pour autant, les revendications démocratiques amplifiées depuis 1989 ne résultaient pas du seul effet Gorbatchev ou de la seule contestation des PAS. En réalité, les Africains ont toujours revendiqué le droit à la liberté, à toutes les libertés dont les avaient privés d'abord les colonisateurs, ensuite les autocrates qui ont succédé à ceux-là. Seulement, le contexte de la guerre froide a été tel que ces revendications ont été étouffées et n'ont point eu d'écho dans l'opinion internationale, à la grande satisfaction de ceux qui tiraient profit de cet état des choses. La fin de la guerre froide aura donc juste permis à ces clameurs de peuples étouffés de retentir au-delà des continents pour alerter l'ensemble de l'opinion mondiale. Démocratisation, droits de l'homme, rigueur dans la gestion, etc; les dirigeants africains prirent toutes ces exigences au sérieux et saisirent la balle au bond. Les plus sincères s' engagèrent dans une démocratisation effective qui en balaya plus d'un (Bénin, Congo-Brazzaville, Niger, Mali, Centrafrique,...), tandis que les plus rusés - ou les plus malveillants - se contentèrent d'une démocratisation de façade (Togo, Cameroun, Burkina Faso, Gabon, Tchad, Zaïre,...). La suite, on la connaît. Les agences bilatérales ont chacune son propre style de conditionnalité, lié à sa propre conception de l'Etat et de la démocratie, à sa culture politique, et aux intérêts économiques ou stratégiques dans le pays concerné. Ainsi par exemple, suite au massacre des étudiants sur le campus de Lubumbashi, la Belgique ou le Canada ont adopté des mesures restrictives à l'encontre du régime de Mobutu, alors que la France lui est restée favorable. En somme, non seulement l'enveloppe de l'aide n'a pas augmenté d'un iota, mais en plus régimes

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dictatoriaux ou démocratiques subirent un même traitement, les critères d'octroi d'aides s'avérant autres que la libéralisation

des systèmes politiques7. Bref, les applications de la
conditionnalité se feront à géométrie variable. La conséquence politique, comme on pouvait la redouter pour toute l'Afrique, sera immédiate; les "démocrates" se sont sentis floués, et les vieux réflexes endormis le temps d'une sieste ont aussitôt repris le dessus: blocages des processus démocratiques par-ci (Zaïre, Togo, Tchad, Cameroun,...), coups d'état par-là (Nigeria, Niger, Sierra Leone, Burundi), comme au bon vieux temps. Sans oublier les guerres à connotation ethnique (Burundi, Rwanda, Congo-Brazzaville). Pour les gourous occidentaux de la politique africaine, les comptes étaient faits: l'Afrique n'est pas encore mûre pour la démocratie, tellement les hypothèques y sont nombreuses et insolubles. Il fallait donc trouver d'autres critères ou, à la limite, donner à la démocratie un autre contenu, en retournant aux concepts ambigus de 'démocratie africaine' ou de 'démocratie à l'africaine', tout en laissant sauve l'exigence d'une bonne gestion publique.

2. Précepte contenu

de la "good governance"

: genèse et

C'est dans ce contexte que va s'imposer le prescrit de la "good governance", lancée par la BM. La théorie démocratique, dans sa version consistant à établir une corrélation entre démocratie et développement8, a été largement démentie par les faits; il y a des pays au monde qui, sans être 'démocratiques',
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F. AKINDES, Les mirages de la démocratie en Afrique subsaharienne
Dakar, Codesria, 1996, pp. 123-145

francophone,

8 Voir I. McLEAN, "Democratization and Economic Liberalization: Which is the Chicken and Which is the Egg ?", in Democratization, (vol. l, nO!), spring 1994, pp. 27-40

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ont amorcé le développement économique et affiché des chiffres de croissance en augmentation constante. Pourquoi ce modèle ne s'étendrait-il pas à d'autres pays? Par conséquent, les agences d'aide vont préconiser désormais la "good governance", rendue de façon approximative en français par "bonne gouvernance ", qui peut être entendue comme "la gestion efficace des affaires publiques par la génération d'un régime (ensemble de règles) accepté comme légitime, visant à promouvoir et améliorer les valeurs sociales auxquelles aspirent individus et groupes,,9. Celle-ci s'oppose, au plan conceptuel, à ce que l'on appelle « gestion patrimoniale» de l'Etat, caractéristique de maints régimes africains. Les concepts de "gouvernance" ou de "renforcement institutionnel", formulés explicitement en 1989 dans un rapport de la BM intitulé "De la crise à une croissance durable" (dit aussi "Rapport Berg", du nom de son auteur), résultèrent du constat qu'un environnement favorable au marché, que visent les PAS, n'est pas une condition suffisante du développement. Ainsi, ce rapport prenait en compte les dimensions politiques et culturelles du déclin de l'Afrique, en dénonçant dans la foulée le mauvais fonctionnement des administrations, la corruption et le laxisme dans la gestion des fonds. Il pointait du doigt un certain type de régimes' clientélistes' et 'illégitimes' qui inhibaient le développement économique et qui, à ce titre, ressortaient du domaine d'intervention de la BM. Au départ donc, bonne gouvernance et démocratie paraissaient relever d'une même exigence ou signifier la 'même chose' ; ainsi la BM non seulement discutait de la gouvernance en termes de réformes du secteur public, de responsabilité politique, de légitimité du régime et d'institutionnalisation du pouvoir par opposition à son usage personnel, mais mettait aussi l'accent sur l'importance du pluralisme politique notamment sous ses exigences de la participation et de la
R. CHARLICK, "Le concept de gouvernance et ses implications en Afrique", dans Démocratie et développement. Mirage ou espoir raisonnable ?, Paris, Karthala, 1995, p. 20
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