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Mondialisation, l'Occident et le Congo-Kinshasa

De
238 pages
A travers l'observation de la mondialisation et de l'évolution du monde, l'auteur rêve dans cet ouvrage de la création d'un Congo nouveau, libéré, uni, puissant, prospère et capable d'assumer son rôle naturel de leader que lui confèrent sa position géographique, son envergure et ses potentialités à exploiter. Un appel au réveil de la conscience.
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LA MONDIALISATION, L’OCCIDENT
ET LE CONGO-KINSHASA






Emile BONGELI Yeikelo ya Ato









LA MONDIALISATION, L’OCCIDENT
ET LE CONGO-KINSHASA

























L’HARMATTAN





































© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56064-2
EAN : 9782296560642







Au R.P. Marcel Spoo, Magnifique Recteur
du Collège du Sacré-Cœur de Kisangani,
Maître à penser, à qui je dois d’éviter de vivre en « sangsue
dont la science ne servirait qu’à mieux sucer le sang des pauvres » ;

Au Professeur Benoît Verhaegen
Maître qui, dès ma prime jeunesse, m’a initié à l’art de désapprendre
pour réapprendre, qui consiste à défier l’arrogance terrifiante
de l’orthodoxie intellectuelle dominante au service du système politique
et économique mondial dominant ;

Au regretté Professeur Félicien Assani
Mon aîné modèle au Collège, qui, au cours
d’une rencontre fortuite à Kinkole
une semaine avant sa mort tragique dans un accident d’avion,
attira mon attention sur la nécessité de remonter à 1885
pour comprendre l’acharnement
des Occidentaux sur la RDC qui constitue pour eux
un patrimoine commun, le leur, leur chose.








AVANT-PROPOS
Tout acteur politique au sein d’un système ne peut se soustraire à des
pesanteurs et contraintes liées à des préférences politiques et idéologiques
inhérentes à son engagement et à son implication dans la gestion de la chose
publique. Je n’échappe pas à la règle. Car, en marge de ma carrière
académique et scientifique, j’ai eu à exercer des fonctions politiques. Celles-
ci m’ont certes ouvert l’accès à certaines informations ainsi qu’à des
pratiques politiques qui ont influencé ma vision de la réalité sociale. Ce qui,
naturellement, ne manquera pas de biaiser certaines de mes analyses que je
souhaite pourtant scientifiques. L’éthique du scientifique me contraint donc,
pour fiabiliser mon analyse, à me coller plus aux faits concrets, vérifiables et
liés à des pratiques sociales, politiques et économiques observables.
Mes observations de la vie politique datent de mon enfance. En effet,
j’avais 8 ans en 1960 quand je m’intéresse à la personne de Lumumba avec
ma conscience floue d’enfant, dans une ville de Kisangani alors surpolitisée
à la faveur de l’accession du pays à l’indépendance. J’ai vécu le maquis dans
la grande forêt équatoriale en Province Orientale à la suite de la rébellion
muléliste de 1964 à 1967, sans parler d’autres événements qui ont émaillé la
vie politique et qui opposaient entre eux des acteurs nationaux dont je
comprendrai plus tard qu’ils étaient tous manipulés par des forces
extérieures. J’ai été initié, dès ma prime jeunesse, à la propagande politique
sous l’ère Mobutu, avant de sillonner des cabinets politiques (du Comité
Central du Parti-État à la Présidence de la République en passant par des
cabinets ministériels). J’ai été Maire de deux villes (Kananga et Bandundu),
parlementaire désigné d’abord, élu ensuite. J’ai été deux fois Ministre (Santé
et Communication) et une fois Vice-premier Ministre (Reconstruction).
De plus, j’ai vécu les misères imposées aux Congolais par les arrogantes
campagnes des ajustements structurels dictés par les Institutions financières
internationales, dont l’expérience douloureuse de l’assainissement (mise au
chômage) des années 1984. J’ai subi les affres des dévaluations successives
de la monnaie nationale. J’ai observé les crises consécutives à la
libéralisation politique post-Guerre Froide du pays.
Ce cursus n’a certes pas manqué d’influencer ma vision des choses.
Néanmoins, les idées exposées dans cet ouvrage doivent être considérées à
leur juste valeur, sans préjugés partisans de type fanatique du fait d’avoir été
9


émises par un chercheur doublé de politicien. Dans la société qui est mienne,
des idées à contre-courant sont souvent risquées parce qu’incomprises par
les intellectuels minés par une occidentalisation culturelle contre-productive
et donc nocive. C’est ce qui justifie, en plus de l’appui des faits
concrètement observables, le recours à de nombreux auteurs occidentaux,
plus crédibles à leurs yeux, pour appuyer certaines thèses anomiques.
Aussi, est-il utile de signaler que la brutalité des faits décrits ici ne doit
pas justifier des pratiques irréalistes et suicidaires. La nécessité de survie des
peuples commande que même en position dominée, le vaincu se démène
pour une organisation susceptible de lui faire mener un esclavage plus
humainement acceptable. C’est bien cela les impératifs parfois douloureux
de la pratique politique. L’essentiel est de chercher à savoir plus pour mieux
agir, pour tirer son épingle du jeu selon les règles du même jeu, telles que
conçues et imposées par le meneur dominant. Pour survivre dans des
conditions humainement satisfaisantes au sein de la jungle d’un monde
délibérément voué au désordre et au chaos, il faut nécessairement mener le
combat au niveau cognitif.
Cependant, les thèses étayées dans cet ouvrage ont été structurées dès ma
jeunesse sous la conduite de mes aînés et maîtres B. Verhaegen, Mwabila
Malela, Payanzo Ntsomo, Abemba Bulaimu, Samba Kaputo, Kankuenda
Mbaya, Ilunga Kabongo, Mabika Kalanda, Kabeya Tshikuku, Buakasa,
Lobho Lwa Djugudjugu, Mulambu Mvuluya, Kalele Ka Bila, Mukoka
Nsenda… Il me faut mentionner également l’influence déterminante de mes
amis et condisciples Ngokwey Ndolamb, Lurhakumbira Lando, Kingombe
Berking, Esiso Asia Amani, Bene Kabala, Bumba Monga Ngoy, Mbaya
Mudimba, Tshishimbi, mes défunts frères le Dr Christophe et l’Ir Etibong
Bongeli, mes compagnons Anna et Didier De Lannoy, Simon Gasibirege,
Ndam Kasongo, Kabeya Nyonga, Biaya Tshikaya, mes amis de Kananga
Bakajika Ntumba, Laurent Kadiebwe, Jérémie Kayembe, Ngulungu
Mwanza, Kamwitu…
La sagesse des professeurs Diawaku dia Nseyila et Ndolela Siki Konde
ainsi que l’encadrement de Sano Y’Ingoma et de Papa Gustave Lubunda
m’ont permis de me stabiliser dans la carrière académique et scientifique. Le
Professeur Sabakinu, alors Président de l’APUKIN, a usé de son charisme
pour mon acceptation à l’Université de Kinshasa où j’ai trouvé un groupe de
jeunes chercheurs dynamiques qui m’ont beaucoup motivé, tels Ntumba
Lukunga, John Kitala, Joël Lisenga, David Lubo, Kalala, Emmanuel
Kasongo, Coco Yumaine, Arsène Mwaka, Baende, Musau, Philémon
Mwamba, Jules Kasai, Katunda, Jacques Tshibuabua, Cyrille Makepa et tous
les autres. A l’Université de Kisangani, j’ai rencontré des sympathies
instructrices des jeunes collègues Bolinda, Lokanga, Lipipa, Saile, Yaaya et
du Chef des travaux F. Aseani. A l’Université Pédagogique National, j’ai
trouvé de jeunes chercheurs motivés tels les dames Beatrice Amisi et Aiwa,
Kabuiku Jr, Gustave Lokula, Anicet Muhindo…
10


Dans mon cursus politique, j’ai subi des influences positives d’hommes
politiques auxquels je rends hommage, tels Kithima bin Ramazani
(rhétorique politique), Lengema Dulia (négociations), Mozagba Ngbuka et
Prof. Mokonda Bonza (éthique et technocratie), Général Likulia Bolongo,
Nyamwisi Muvingi (débat politique) et le Prof. Samba Kaputo (pratique
politique), des Gouverneurs et Vice-gouverneurs Bangala Basila,
Bomandeke Bonyeka, Mvuma Ngeti et Ukelo W’Okingi (gestion d’entités et
pratique administrative).
Ma vie politique, je l’ai toujours partagée avec mes jeunes frères J.-P.
Daruwezi et Maître J.-M. Kamoni qui ont toujours été mes premiers et
précieux complices. Le dernier, juriste et parlementaire de renom, est décédé
le lendemain du jour où, au cours d’un débat en famille sur la
mondialisation, je lui avais promis la lecture de cet ouvrage. Nous suivent
dans cette voie, les managers Willy Bafoa et Carole Agito (Femme d’avenir)
qui devront trouver ici les marques de reconnaissance pour toutes leurs
interventions.
Je remercie singulièrement mon compagnon de tous les temps et de
toutes les luttes, le brillant et sage sociologue, mon jeune frère Jean Kasongo
Elonga Kelon, véritable héros dans l’ombre. Il est partout présent dans ma
vie privée et professionnelle, tant politique que scientifique. Cette œuvre est
nôtre.
Je pense à mes amis et frères dans la recherche du savoir que sont Achille
Ekele wa Ekele Ngolima (savant-maison), l’économiste Jean-Marie Boole
(intellectuel et mécène), l’homme d’affaires, patron des médias, mécène et
féru des NTIC Gabriel Shabani (Shabani-Records), les communicateurs
Boni Lopaka (compagnon de toujours), J.-P. Eale (brillant au boulot et
délinquant à ses heures libres), le sage Fwasa Tomisa, le dynamique
Mandack Katako et la Yaya Laetitia Elongama, les informaticiens de
l’avenir Serge Fundi et Papy Bongeli, le dynamique professeur Léon
Matangila (petit frère de son vieux), Bolanga wa Likilo, les douaniers
Sébastien Tabu et Jean Afoto et le médecin consolateur Felly Botongandi. Il
en est de même des financiers Lepieux Cimbalanga et Kakese. Je n’oublie
pas la jeune juriste Elodie Muzigirwa (Mama Emile) ainsi que ma fille bien
aimée Cathy Bongeli Baambi, toutes deux femmes d’avenir. Leurs
contributions ont été, à divers degrés, importantes dans la réalisation de cet
ouvrage.
Il en est de même d’A. Mubembe dont la serviabilité a créé les conditions
agréables de réflexion. Mes jeunes collaborateurs m’ont toujours sécurisé et
accompagné partout : Matthieu Massala, Yuku Mapasa, Léon Matubazanga,
Raph Djondo Mutu wa Zamani, Dieumerci Fondé ainsi que tous leurs
compagnons.
Mes collaborateurs scientifiques ainsi que mes étudiants ont toujours été
pour moi de véritables compagnons dans la recherche du savoir. Je leur en
reste particulièrement reconnaissant, espérant qu’ils trouveront ici une
11


systématisation des discussions engagées, souvent avec passion, dans les
auditoires. C’est pour eux que j’écris.
Enfin, je pense à ma famille, à mes vieux et très sages parents Remi
Bongeli Aikiafa et Monique Toswaneke Otomali (Mwasi mokuse makambo
minene, grande femme dans un petit corps), à mes enfants, à leurs mamans,
ainsi qu’à l’attachante, incontournable et éternellement charmante Mama
Fatou K. Bongeli, Mama batoto.



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INTRODUCTION
SILENCE… ON MONDIALISE
« Le souci de l’homme et de son destin doit toujours constituer l’intérêt
principal de tous les efforts techniques ; ne l’oubliez jamais au milieu de vos
diagrammes et de vos équations ». (A. Einstein)
« Le vaincu a toujours meilleure mémoire que le vainqueur qui s’efforce
de faire oublier. » (René Lévesque)
« On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en
Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu'ils ont
sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs "maîtres" provisoires
1mentent » (Aimé Césaire )

Mot fétiche, la mondialisation est une notion originaire de la science
économique. Elle n’a été reprise et popularisée par d’autres sciences sociales
qu’à partir de 1995, devenant, dès lors, d’un usage irrésistible par tous :
2médias, public, universitaires, politiciens, auteurs .
Pour mieux éclairer les acteurs sociaux dans leurs choix des pratiques
tant politiques, idéologiques qu’économiques, j’estime utile de livrer des
connaissances fiables sur la question, éléments susceptibles d’aider à
l’amélioration de l’action sociale. Pour ce faire, il est impérieux de dénoncer
toutes les idéologies qui enferment la pensée dans des impasses que nous ne
maîtrisons pas et qui, de ce fait, génèrent des comportements qui mènent à
des misères inextricables. Il importe donc de s’intéresser à tout ce qui touche
à la vie des hommes pour en percer les mystères, en déceler les bases
idéologiques afin de les exorciser, de les démystifier, de les rendre
intelligibles et utiles pour rentabiliser l’agir politique.
Dans cet ouvrage, j’essaie, dans la mesure du possible, de mettre à la
disposition des lecteurs intéressés quelques données et connaissances
accessibles et susceptibles d’aider à la compréhension du phénomène de la
mondialisation/globalisation. S’agissant d’un sujet aussi idéologiquement

1 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, Paris,1989, p. 8.
2 René Dagorn, Une brève histoire du mot « mondialisation », in Groupe mondialisation du
GEMDEV, Mondialisation : les mots et les choses, Karthala, 1999, Paris, pp. 187-204.
13


chargé, je reproduis plusieurs citations d’auteurs occidentaux eux-mêmes
pour crédibiliser certaines assertions.
Je pense que la situation subie avec une résignation coupable par la
communauté nationale est manifestement consécutive à une certaine
ignorance, elle-même due à une certaine naïveté dans le chef d’une élite en
quête d’elle-même, souvent désarmée face au terrorisme intellectuel qui
dresse tant d’obstacles épistémologiques sur le chemin du savoir libérateur.
La situation est préoccupante pour la RDC où l’offensive des idéologies
étrangères trouve rarement des contradicteurs, le pays ne disposant pas, à
proprement parler, d’une élite nationale, au sens d’un corps d’intellectuels
réfléchissant sur les questions nationales essentielles. C’est le lieu d’établir
1une distinction entre les individualités instruites prises isolément. et une
2élite nationale qui suppose un cerveau national commun, une unité de
pensée en matière d’intérêts vitaux de la République, un JE collectif, bref, un
Intellectuel collectif, pour reprendre les termes de P. Bourdieu.
Aujourd’hui, les penseurs africains en général et congolais en particulier
doivent lutter contre les différents mécanismes de domination avec une
meilleure vision de la réalité que celle qui, il y a 50 ans, avait alimenté et
soutenu les luttes pour l’émancipation et l’indépendance de leurs pays. Car
jusqu’à ce jour, toutes les recettes proposées pour générer le développement
se révèlent limitées et dangereuses pour les sociétés pauvres. Toutes les
promesses véhiculées jadis n’ont nulle part été concrétisées. Par contre, les
modèles proposés (mieux imposés) se sont révélés destructeurs des systèmes
sociaux, des valeurs morales et des équilibres naturels, sources de violences
3qui se manifestent dans tous les domaines. Malgré tout, nous continuons à
croire en un Occident omniscient, bienveillant, charitable et philanthropique.
A cet effet, l’Américain Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie) fait
remarquer que « les mentalités ne changent pas en un jour : c’est aussi vrai
dans les pays riches que dans le monde en développement. Concéder
l’indépendance aux colonies (...) n’a pas fait changer d’avis leurs anciens
maîtres : ils se perçoivent toujours comme « ceux qui savent ». Ils n’ont
jamais cessé de soutenir que les nouveaux pays indépendants doivent leur
faire confiance et appliquer leurs recommandations. Après tant de
promesses non tenues, tant de trahisons, on aurait pu croire qu’il en irait
autrement. Mais, en fait, ces pays ont continué à suivre les conseils qu’on
leur donnait à cause de l’argent qui les accompagnait, et non parce qu’ils
avaient vraiment confiance dans ces prescriptions. L’après-guerre a vu
s’estomper l’influence des anciennes puissances coloniales, mais la
mentalité colonialiste est restée - la certitude de savoir mieux que les pays

1 La RDC en compte par dizaines de milliers dont certaines sont même issues des meilleures
universités du monde.
2 Qui fait cruellement défaut au pays.
3 Lire à ce sujet F. Mukoka Nsenda, Discours et pratiques du développement : interrogation
et réinterrogation politologiques, MES, Kinshasa, 2004.
14


1en développement ce qui est bon pour eux » . Ce qui est plus préoccupant,
c’est le complexe de colonisés que continuent à afficher les intellectuels
locaux et qui conforte l’ancien colonisateur dans sa conviction qu’il sait
mieux que le colonisé ce dont ce dernier a besoin.
Ce qu’il faut stigmatiser, c’est que les experts internationaux qui, depuis
l’indépendance, embrigadent l’élite et les dirigeants africains, sous prétexte
d’encadrement, de renforcement des capacités, en leur imposant idéologies,
programmes, stratégies, formules, pratiques, modèles, schémas,
vocabulaires, phraséologies, thérapeutiques… s’approprient les rares succès
éphémères enregistrés, tandis qu’ils se dérobent en imputant aux seuls
Africains la responsabilité de nombreux et cuisants échecs accumulés.
C’est aussi l’occasion de dénoncer ce réflexe propre aux intellectuels
africains et, singulièrement congolais, consistant à se muer en caisse de
résonance des productions intellectuelles occidentales. Il s’agit là d’une
attitude irresponsable et suicidaire qui explique une certaine complicité
participative dans la perpétuation des misères incrustées dans une RDCongo
paradoxalement transformée en enfer sur terre.
Aussi, ne sommes-nous pas tous propagandistes des termes civilisation,
modernisation, coopération internationale, aide humanitaire, aide au
développement, industrialisation, investissements, communauté
internationale, démocratie, parti politique, société civile, progrès, droits de
l’homme ou humains, droit humanitaire, aide humanitaire, droit
international, genre et parité, droit d’ingérence humanitaire, acculturation,
transfert de technologies, ONGD, ajustement structurel, décentralisation,
gouvernance, service de la dette, point d’achèvement, pays pauvres très
endettés, lutte contre la pauvreté, violence faite à la femme, etc.. Sur le
terrain, ces concepts se sont cependant matérialisés en des actions concrètes
qui ont ruiné des pays entiers, occasionné des guerres fratricides, divisé des
nations, développé et aggravé les misères sociales, accentué le sous-
développement et les inégalités en défaveur des masses populaires,
dépersonnalisé nos peuples... Aussi en est-il aujourd’hui du terme magique
qu’est la mondialisation globalisante.
Cette absence de pratique scientifique et politique critique à l’égard des
concepts produits à l’étranger est une attitude agnostique aux effets
incalculables, surtout lorsqu’il s’agit des notions qui se manifestent sur le
terrain par des orientations des politiques économiques et sociales ruineuses
pour nos pays et nos peuples.
Il est donc impérieux que les nouveaux intellectuels africains rompent
avec ces raisonnements par procuration, avec ces logiques basées sur de
fausses prémisses, pour s’engager dans la noble et délicate mission de remise

1 Joseph Stiglitz, La mondialisation à l’œuvre : la preuve par l’Ethiopie, in Le Monde
Diplomatique, avril 2002, pp. 10-11, http://www.monde-
diplomatique.fr/2002/04/STIGLITZ/16370
15


en question critique des notions présentées et acceptées comme valables,
absolues, irréversibles, incontournables, même lorsqu’elles se révèlent
concrètement nocives. Le milliardaire, humaniste et philosophe américain
George Soros prévient de la circulation des idées erronées qui prévalent dans
1le monde et qui jouent des rôles négatifs, nuisibles contre l’humanité .
Il y va de la crédibilité de nos élites politiques et économiques, mais
également de la crédibilité sociale des intellectuels africains qui doivent, par
la pertinence de leurs analyses et réflexions, justifier leur utilité sociale et
l’efficience de leurs productions intellectuelles, toute pratique scientifique
non utile et non branchée sur l’amélioration du vécu quotidien restant un
luxe que ne peut se permettre une Afrique dont les peuples, en attente
désespérée d’une complète libération qui doit commencer par le mental,
meurent, faute de connaissances. Cet impératif commande la nécessité pour
les intellectuels africains de générer de nouveaux paradigmes répondant aux
besoins africains en connaissances scientifiques et d’élaborer de nouvelles
épistémologies adaptées aux défis en cours.
Point n’est besoin de relever que l’Afrique ne s’est jamais libérée de son
propre fait : de l’esclavagisme à la lutte contre la pauvreté en passant par la
colonisation, la décolonisation pour l’indépendance et la coopération pour le
développement, toutes les idéologies soi-disant de libération ou de ent lui ont toujours été dictées de l’extérieur. Les pensées
endogènes originales sont inexistantes. Même la dernière née en date, la
démocratie, est d’inspiration occidentale. Les Africains n’ont rien entrepris
pour évaluer les différents concepts conçus sur et pour eux. De telles
pratiques contraires à l’activité scientifique réelle ne peuvent mener qu’à ce
qui caractérise aujourd’hui le discours intellectuel africain et,
particulièrement congolais, fait de croyances naïves à toute théorisation
émanant de l’extérieur, d’un juridisme affligeant et d’un historicisme
donneur de leçons à rebours qui se limite essentiellement au principe selon
lequel on aurait dû faire ceci et non cela… Le tout est finalement baigné
dans des supplications infantiles visant à quémander des faveurs en se
présentant comme éternels nécessiteux comme si, dans la gestion des affaires
mondiales, il y avait la moindre place réservée à la philanthropie. Le
précepte de Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) confirme cette situation
honteuse.
La mondialisation est le nouveau concept fétiche, repris sur toutes les
bouches et supplantant les vieux concepts de coopération pour le
développement dont il prend aujourd’hui la relève. Souvent présentée
comme un phénomène récent, la mondialisation est perçue dès lors comme
une résultante normale de l’évolution du monde vers l’humanisme complet.
S’y opposer, c’est s’exposer à la risée de tous, c’est faire preuve

1 George Soros, Le grand désordre mondial, Saint-Simon, Paris, 2006, p. 17.
16


d’archaïsme, c’est se montrer réfractaire au progrès et au développement,
c’est s’afficher péjorativement comme anti-progressiste...
Concept onusien dominant, la mondialisation est devenue, comme
autrefois, les termes civilisation et développement, le maître-mot sur lequel
se sont rencontrées toutes les platitudes idéologico-politiques vulgarisées en
ce début du Troisième Millénaire. Mais, a-t-elle vraiment été pensée, cette
mondialisation ? Même si elle s’est imposée comme notion-maîtresse, ne
paraît-elle pas occulter une réalité qui peut s’avérer dramatique contre
l’humanité ? N’est-ce peut-être là la raison pour laquelle la notion est restée
obscure, incertaine, mythologique, pauvre, tout en étant opérationnelle et,
quelques fois, mortellement agissante ?
Dans cette réflexion, la mondialisation est présentée comme une tentative
d’unification de la politique, de l’économie et de la culture du monde qui ne
laisse aucune place aux singularités sociopolitiques et culturelles et qui tue
les identités spécifiques au profit de la seule identité de l’hyperpuissance
américaine... Bref, il s’agit de la colonisation du monde par les États-Unis
d’Amérique, rêve séculaire américain datant de la fin du siècle passé et qui
trouve actuellement l’opportunité historique de se réaliser. L’Amérique a
réussi à imposer sa vision juste/étriquée du monde, ce qui a contribué à la
diffusion/inculcation des idées vraies/fausses qui ont conduit à la crise dont
ni les décideurs, ni les privés ne pouvaient entrevoir les retombées ni en
1empêcher la survenue.
Le moment s’y prête bien : la dernière crise financière internationale
vient de donner la preuve de l’extrême vulnérabilité d’un système monté sur
des prémisses discutables. Il est aussi question de prévoir les effets
irréversibles de la mondialisation, pas forcément (mal)heureux, qui s’en
suivent pour la République Démocratique du Congo, pays d’exception et de
paradoxe.
Pays d’exception parce que né dans des circonstances inédites, géré de
manière exceptionnelle par le Roi Léopold II, son proprio-fondateur,
récupéré par la Belgique qui l’a mené de manière tout aussi exceptionnelle
avant de le lâcher vers une indépendance mal comprise. Après avoir
admirablement servi l’Occident durant les deux guerres mondiales (la bombe
atomique a été produite avec de l’uranium congolais), le pays a ensuite été
instrumentalisé en période de guerre froide par la Communauté occidentale
qui s’en est servi comme bouclier contre la pénétration du communisme en
Afrique, avant d’être soumis par cette même communauté à des agressions
visant sa balkanisation. Enfin, la RDC se retrouve miraculeusement
reconstituée, mais avec une lourde dette extérieure injustifiable
(partiellement effacée) qui autorise d’inacceptables chantages politiques,
dont celui des sociétés prédatrices dites vautours.

1 J. Stiglitz, Le triomphe de la cupidité, LLL, Paris, 2010, pp. 10-11. Lire aussi Paul
Krugman, Pourquoi les crises reviennent toujours, Nouveaux Horizons – Seuil, Paris, 2009.
17


Pays de paradoxe, la RDC l’est à plus d’un titre : face aux défis multiples
auxquels elle est confrontée, son élite tant politique, économique
qu’intellectuelle continue à faire étalage d’un comportement que n’autorise
pas son état fragile. Le pays reste dès lors exposé à la risée de tous, mais
aussi à la convoitise des plus téméraires, minuscules voisins soient-ils !
L’excellence que nécessite la mondialisation contraste avec l’extravagance
qui caractérise l’âme du Congolais qui semble naviguer dans un monde autre
que celui d’aujourd’hui, en pleine globalisation.
Le cas RDC offre la preuve qu’une richesse potentielle restera une non
richesse tant que ces ressources seront gérées sans conscience. Il y a donc
des causes de ce comportement anodin des Congolais, de ce mal congolais
qu’il faut essayer d’identifier en vue d’envisager les actions concrètes
susceptibles de sortir très vite le pays de cette ornière du sous-
développement chronique.
L’ouvrage s’articule en trois parties. La première porte sur une analyse de
la mondialisation, son essence réelle, ses forces et ses faiblesses telles que
vues de la RDC.
La deuxième partie porte, elle, sur les stratégies à mettre en œuvre pour
profiter d’une mondialisation désormais incontournable, impitoyable,
imparable, mais aussi positivable, rentabilisable.
Enfin, dans la troisième partie, la réflexion porte sur le sort de la RDC
dans cette jungle politico-économique mondiale. Que faire pour une RDC
qui se veut unie, forte et prospère et dont tous attendent qu’elle exerce
effectivement, au sein du Système Monde, son rôle de locomotive dans le
concert des nations africaines ?
18



I
QU’EST-CE QUE LA MONDIALISATION ?
« La vérité humaine des sociétés modernes est la communication, accord, rivalité ou
conflit. Or, pour que les sociétés hétérogènes acceptent le dialogue entre les groupes ... il
faut, non pas qu'aucun groupe ne prétende détenir la vérité ultime, du moins qu'aucun n'ait
un pouvoir suffisant pour imposer par la force l'obéissance à la vérité qu'il tient pour
ultime. Le dialogue s'arrêterait si personne n'aspirait plus au vrai. Il s'arrête aussi le jour
où un homme ou un groupe a la capacité de rendre obligatoire pour tous sa version
1particulière de la vérité » .
« Aujourd’hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas
pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour la stabilité de
l’économie… Partout, sauf en Chine, au Vietnam et dans quelques rares pays
d’Europe de l’est, la pauvreté est montée en flèche et les revenus se sont
effondrés. » (J. Stiglitz)
La mondialisation, terme qui a fait son apparition seulement en 1989, est
souvent présentée comme conséquence du progrès de la technologie en
matière de télécommunications. Conçue de façon aussi simpliste, la
mondialisation est placée à l’abri de toute critique car nul ne peut faire
obstruction au sacro-saint progrès de la science et de la technologie
auxquelles l’homme moderne voue un véritable culte, dans un contexte
2marqué par le productivisme . Or, dire que la mondialisation est fille du
progrès dans les NTIC (nouvelles technologies de l’information et des
télécommunications) paraît aussi puéril qu’affirmer que la colonisation est la
conséquence de l’invention de la boussole ou du télégramme.

1 R. Aron, La lutte des classes : nouvelles leçons sur les sociétés industrielles, Gallimard,
Paris, 1967, p.366.
2 Lire Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider, La décroissance : 10 questions pour
comprendre et en débattre, La découverte, Paris, 2010 ; Serge Latouche, Le pari de la
décroissance, Fayard, 2006. Toutefois, je ne crois pas qu’il faille adhérer aveuglement à ces
thèses, fussent-elles écologiques, car elles tendent à garder intactes, d’un côté les zones
industrielles polluantes et de l’autre, les réserves naturelles servant de poumons du monde. A
moins d’une improbable décroissance réelle des pays pollueurs, toute adoption d’une
politique anti-industrialisation contribuerait à renforcer notre dépendance sans compensation
équitable.
19


C’est pour éluder ce genre d’interprétation par trop réductionniste que se
justifie le recours à une approche historique du phénomène mondialisation,
afin d’en éclairer la compréhension.


1. 1. LES ORIGINES HISTORIQUES ET IDÉOLOGIQUES DE LA MONDIALISATION

Au sens strict, la mondialisation peut être conçue comme le phénomène
qui consiste à intégrer tous les pays du monde dans le mode de production
dominant, en l’occurrence, le mode de production capitaliste libéral.
Les premiers penseurs à critiquer le capitalisme, Marx et Engels, avaient
prédit ce qui advient aujourd’hui sous forme de mondialisation. En effet, le
capitalisme propulsait déjà, dès ses débuts, un processus d'unification
économique et culturelle du monde : « Par son exploitation du marché
mondial, la bourgeoisie a rendu cosmopolites la production et la
consommation de tous les pays… Elle a retiré à l'industrie sa base
nationale… L'autosuffisance et l'isolement régional et national d'autrefois
ont fait place à une circulation générale, à une interdépendance générale des
nations. Et ce pour les productions matérielles aussi bien que pour les
productions intellectuelles… [Le capitalisme] contraint toutes les nations, si
elles ne veulent pas courir à leur perte, à adopter le mode de production de la
bourgeoisie ; il les contraint à introduire chez elles ce qu'on appelle
civilisation, c'est à dire à devenir bourgeoises. En un mot, il se crée un
1monde à sa propre image » .
Dans son intervention au Forum Social Mondial en janvier 2001, M.
2Löwy se réfère au Manifeste Communiste pour y déceler une remarquable
et prophétique prédiction de la mondialisation capitaliste. Löwy trouve qu’à
cette époque, Marx et Engels ne croyaient pas qu’en anticipant, ils
décriveraient une situation concrète qui se manifesterait plus d’un siècle et
demi plus tard : « Il s'agit d'une analyse qui est beaucoup plus vraie
aujourd'hui, à l'époque de la "mondialisation", qu'il y a 150 années, au
moment de la rédaction du Manifeste. En effet, jamais le capital n'avait
réussi, comme aujourd'hui, à la fin du 20ème siècle, à exercer un pouvoir
aussi complet, absolu, intégral, universel et illimité sur le monde entier.
Jamais dans le passé il n'avait pu, comme actuellement, imposer ses règles,
ses politiques, ses dogmes et ses intérêts à toutes les nations du globe. Le
capital financier international et les entreprises multinationales n'ont jamais
autant échappé au contrôle des Etats et des populations concernées. Jamais
auparavant n'a existé un si dense réseau d'institutions internationales -
comme le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale,

1 Karl Marx et Fredrich Engels, Le manifeste du parti communiste,10/18, Paris, 1972.
2 M. Löwy, Etat-nation, nationalisme, globalisation, internationalisme, texte présenté au
Forum social mondial, Janvier 2001 in http//www.attac.org/fra/list.doc/lowy.htm
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l'Organisation Mondiale du Commerce - vouées à contrôler, gouverner et
administrer la vie de l'humanité selon les règles strictes du libre marché
capitaliste et du libre profit capitaliste. Enfin, jamais, en aucune époque,
n'ont été, comme aujourd'hui, toutes les sphères de la vie humaine - relations
sociales, culture, art, politique, sexualité, santé, éducation, sport,
divertissement - si complètement soumises au capital et si profondément
plongées dans les eaux glacées du calcul égoïste ».
En Afrique, le processus d’internationalisation du capitalisme, prélude à
la mondialisation, date de la traite des esclaves avec, comme corollaire, le
commerce dit triangulaire ; il se systématise par la suite avec le phénomène
de colonisation qui a consisté en la domination des pays entiers, comprenant
territoires et habitants, dans le but de les intégrer dans le circuit économique
international, alors contrôlé par certaines puissances européennes,
notamment l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal, la Hollande et la
Belgique.
Le monde est à peu près aussi mondialisé aujourd’hui qu’au début du
siècle dernier. Ce phénomène qui a commencé timidement par l’odieuse
traite des esclaves, s’est poursuivie avec la colonisation sous la justification
morale de civiliser les peuples sauvages, ensuite avec la coopération en vue
de développer les sous-développés lors de la guerre froide, avant d’aboutir à
son stade actuel de la mondialisation aux fins humanitaires de lutter contre la
pauvreté, après la chute du Mur de Berlin qui consacre la victoire du camp
libéral sur le communisme. A chaque étape historique, une justification
idéologique d’apparence humanitaire (coloniser pour civiliser, coopérer pour
développer, mondialiser pour lutter contre la pauvreté) sous-tendait les
pratiques dominantes.

L’ère coloniale : coloniser pour civiliser les peuples sauvages

A la recherche de nouvelles terres pour y déverser le surplus de leurs
populations qui, selon la théorie malthusienne, croissaient en proportion
démesurée par rapport aux moyens de subsistance, les colonisateurs ont
exporté vers l’Amérique, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie ce qu’ils appellent
civilisation et qui ne signifie rien d’autres qu’une européanisation du monde.
Cependant, c’est sous de pieuses justifications, toutes à connotation
humanitaire que l’Occident se déploie odieusement sur les colonies,
africaines notamment. A ce propos, M. Piault note que, pour justifier
l’urgence d’une intervention, explorateurs, religieux et commerçants étaient
tiraillés entre la découverte d’incommensurables richesses et de marchés sûrs
pour les produits des manufactures européennes et les horreurs semés par des
expéditions esclavagistes arabes qu’il fallait vite et impérativement arrêter.
D’où des justifications ainsi agencées : « Les sociétés africaines sont…
incapables de trouver elles-mêmes les voies du sacro-saint progrès que
parcourt triomphalement l’Europe. D’un côté les pouvoirs politiques
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‘indigènes’ seraient odieusement tyranniques, arbitraires, brutalement
esclavagistes pour la plupart, de l’autre des populations charmantes,
hospitalières ne demanderaient qu’à être menées vers des espaces
christianisés d’une nouvelle vie pour peu qu’on les encadre solidement et
1qu’on leur donne le goût du travail » . Face à cette situation qui ne peut
laisser indifférent par devoir de responsabilité humanitaire, il se trouve
heureusement « la race blanche qui domine les autres races par son activité,
son industrie, sa puissance matérielle, morale et religieuse ».
Cecil Rhodes l’affirmait clairement en 1885 : « L’idée qui me tient le plus
à cœur, c’est la solution du problème social, à savoir : pour sauver les 40
millions d’habitants du Royaume-Uni d’une guerre civile meurtrière, nous,
les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d’y installer
l’excédent de notre population, d’y trouver de nouveaux débouchés pour les
produits de nos fabriques et de nos mines… Si vous voulez éviter la guerre
2civile, il vous faut devenir impérialistes » . Dans le même ordre d’idées, le
Français Jules Ferry justifie la colonie en ces termes : « Dans la crise que
traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie,
3c’est la création d’un débouché » .
La colonisation marque donc le début de la systématisation du processus
de la mondialisation des terres colonisées. Tout était mis en œuvre pour ce
faire. Infrastructures et superstructures étaient implantées en fonction des
intérêts des puissances colonisatrices européennes qui, investies dans tous
les coins de la planète, amorçaient dès lors le phénomène de mondialisation
4à son stade d’internationalisation du capital appuyée par l’universalisation
de leurs cultures.
Expliquant ce processus, Lénine déclarait que le surplus de capitaux dans
le monde de production capitaliste n’était pas utilisé pour améliorer les
conditions de vie des masses laborieuses : « L’excédent de capitaux est
consacré, non pas à élever le niveau de vie des masses dans un pays donné,
car il en résulterait de pertes de profits pour les capitalistes, mais à
augmenter ces profits par l’exportation de ces capitaux à l’étranger, dans
les pays sous-développés. Les profits y sont habituellement élevés… le prix
de la terre relativement bas, les salaires de même, les matières premières à
bon marché. Les possibilités d’exportation des capitaux proviennent de ce
qu’un certain nombre de pays attardés sont d’ores et déjà entraînés dans
l’engrenage du capitalisme mondial, que de grandes lignes de chemin de fer

1 Marc H. Piault (Dir.), La colonisation : rupture ou parenthèse ?, L’Harmattan, Paris, 1987,
p. 8.
2 Cité par Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Ed. Sociales et Ed. du
Progrès, Paris-Moscou, 1971, p. 109.
3 Journal Officiel, 28/07/1887, cité par Marc H. Piault (Dir.), op. cit., p. 6.
4 Lire à ce sujet Jacques Adda, La Mondialisation de l’économie, Ed. La Découverte, Paris,
1996 ; Immanuel Wallerstein, Tendances et prospectives d’avenir de l’économie-monde, in
Revue Etudes Internationales, vol. XV, déc. 1984, pp. 789-802.
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y ont été construites ou sont en voie de construction, que les conditions
1élémentaires du développement industriel s’y trouvent réunies, etc. » .
On peut donc retenir que la colonisation constitue l’origine même de la
mondialisation. Dans cette course effrénée vers la conquête des terres
nouvelles à la recherche de débouchés nouveaux et de matières premières
indispensables pour la survie du mode de production capitaliste débutant, les
zones aujourd’hui développées (celles des colonisateurs) avaient mis en
place dans les zones aujourd’hui arriérées, pour la plupart anciennement
colonisées, des structures extraverties qui les ont disposées à l’exploitation,
condamnées au sous-développement et à la misère. Comme le notait
Kuunisen, « c’est un phénomène caractéristique du capitalisme que le
développement de certains pays se fait au prix de souffrances et de désastres
infligés aux populations d’autres pays. Le haut niveau du développement
économique et culturel du monde dit « civilisé », c’est-à-dire d’une poignée
des puissances capitalistes d’Europe et d’Amérique du Nord a coûté
terriblement cher aux peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et
d’Australie, qui constituent la majorité de la population du monde. La
colonisation de ces continents a permis un développement rapide du
capitalisme occidental. Mais aux peuples asservis, elle a apporté la ruine, la
misère et une monstrueuse oppression politique. Le caractère extrêmement
contradictoire du progrès en régime capitaliste se manifeste même pour
différentes régions d’un même pays. En règle générale, le développement de
villes et autres centres industriels s’accompagne d’un retard et d’un déclin
2des régions d’agriculture » .
L’intégration de ces zones nouvelles dans le marché mondial, donc leur
mondialisation, règle le rythme de leur croissance car leurs économies sont
totalement extraverties et, donc, soumises aux lois d’un marché mondial
contrôlé par les puissances qui en déterminent toutes les règles du jeu, tout
naturellement à leur profit et au détriment des plus faibles, selon le principe
cynique « dépouille ton voisin » décrit par Stiglitz.

L’ère postcoloniale : coopérer pour développer les peuples arriérés

Prétextant la nécessité de mettre un terme à l’exploitation coloniale, aidés
par des mouvements et intellectuels anticolonialistes des métropoles, les
pères des indépendances ont pu, non sans d’âpres luttes, obtenir que les
colonies deviennent souveraines. Déjà à l’époque, les USA avaient
puissamment contribué à la libération des pays anciennement colonisés, de
manière tout à fait intéressée, car ils voulaient s’assurer de la sympathie de

1 Cité par Albert Tevoedjere, La pauvreté, richesse des peuples, Ed. Economie et Humanisme
et Ed. Ouvrières, 1978, pp. 86-87.
2( ) Cités par Ibidem
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