Mozambique

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Publié le : jeudi 1 septembre 1983
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EAN13 : 9782296296169
Nombre de pages : 200
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MOZAMBIQUE

Du sous-développement au socialisme

MOZAMBIQ!IE

Du sous-développement au socialisme

Rapport du Comité central au IVe congrès du Parti Frelimo
(Maputo: 26-30 avril 1983)

~ditions

L'Harmattan

7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

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Parti Frelimo/L'Harmattan,
ISBN: 2-85802-289-5

1983

Introduction

Le IVe Congrès du Parti Frelimo est un moment historique d'une grande signification pour le peuple mozambicain. Son importance a été profondément assumée par les ouvriers, les paysans, les soldats, les intellectuels et les autres travailleurs de notre pays qui se sont fermement engagés dans sa préparation. Cadres et membres du Parti et des organisations démocratiques de maJ;se, députés des Assemblées du peuple et dirigeants de l'appareil d'Etat aux divers niveaux ont encadré et dynamisé la participation populaire enthousiaste, ample et profonde qui a marqué la préparation du IVe Congrès. Pendant l'étude et la discussion des Thèses, la campagne d'émulation socialiste et la réalisation des plans supplémentaires en soutien au Congrès, par l'intensification de la lutte contre l'ennemi et celle de la vigilance populaire, les travailleurs mozambicains ont manifesté leur entière confiance en notre Parti. Ils ont manifesté leur détermination à contribuer au succès du IVe Congrès. Cette confiance et cette détermination viennent de la ferme conviction que le Parti Frelimo saura y définir les orientations et les tâches générales qui lui permettront de continuer à guider les larges masses laborieuses mozambicaines dans la voie de l'indépendance, du progrès, de la justice, de la paix et du socialisme. Le IVe Congrès de notre Parti se réalise dans un contexte complexe et difficile, sur le plan intérieur comme sur le plan international. Les grandes tâches du lIP Congrès ont été mises en application dans tous les secteurs de notre société.

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Les efforts et l'engagement, que notre peuple, sous la direction du Parti Frelimo, a mis à leur réalisation, ont permis de consolider l'indépendance et la révolution. Cette participation populaire a permis des progrès importants dans le processus de développement de notre pays, dans les domaines politique, économique, social et culturel. Les succès que nous avons remportés, malgré les séquelles du colonialisme et une situation marquée en permanence par la guerre que nous ont imposée les régimes racistes, ont prouvé principalement la justesse de la ligne politique de notre Parti, ainsi que la détermination et la capacité du peuple mozambicain à vaincre les difficultés et à construire l'avenir. Pour cette raison, l'ennemi a redoublé l'intensité et l'étendue de ses actions criminelles, en vue d'empêcher la consolidation de notre indépendance, de freiner notre développement, d'arrêter la construction du socialisme au Mozambique. Le sous-développement de notre pays, les agressions et les actes de sabotage et de déstabilisation réalisés par le régime de l'apartheid, conjugués aux effets de la crise économique internationale du capitalisme, à laquelle notre pays est encore extrêmement vulnérable, et à des facteurs climatiques contraires, ont eu des répercussions négatives sur notre processus de développement, et multiplié les difficultés et les problèmes que nous devons affronter. Ces facteurs ont rendu plus évidentes les insuffisances que nous avons encore et les erreurs que nous commettons dans certains cas et dans certains secteurs. Ils nous ont placés devant la tâche urgente et impérieuse de surmonter nos insuffisances, de rectifier nos erreurs, de renforcer notre capacité à vaincre les difficultés et à résoudre les problèmes les plus aigus que nous affrontons. Sur le plan international, les actions de l'impérialisme pour tenter de récupérer le terrain perdu face aux victoires des peuples dans la lutte pour l'indépendance, le développement et la paix, ont conduit à une dangereuse détérioration des relations internationales. Les milieux impérialistes réintroduisent sur la scène 6

internationale un climat de guerre froide, tout en promouvant la course aux armements à une échelle sans précédent, en multipliant les zones et les facteurs de conflit et de tension, en recourant à l'intervention et à l'agression militaire ouvertes, en utilisant la pression et le chantage économiques. La situation intérieure et le contexte international déterminent les grandes priorités actuelles de notre lutte. Face à l'agression ennemie, la défense de la patrie et de la révolution revêt la plus grande importance. La lutte contre le sous-développement, principalement le combat contre la faim, doit s'engager dans tous les secteurs de notre société. Nous devons canaliser l'énergie, organiser et dynamiser la capacité créatrice de notre peuple pour résoudre, au niveau local, les problèmes les plus aigus et les plus immédiats. Le renforcement du Parti Frelimo et l'accroissement de son rôle dirigeant sont une condition indispensable au succès de cette lutte. L'éducation scientifique et la formation professionnelle garantissent l'élévation continue de la capacité de notre peuple à vaincre le sous-développement et à construire le socialisme. Connaître profondément la grandeur et la diversité de notre pays et de notre société, dominer la complexité de la réalité dans chaque province, connaître les richesses du pays, sont autant de facteurs décisifs du succès de notre travail, du triomphe du socialisme. Le Comité central salue l'héroïsme et l'engagement du peuple mozambicain dans sa lutte contre les ennemis de la patrie. Rendons un profond hommage aux soldats, ouvriers, paysans, enseignants, infirmiers, chauffeurs, conducteurs de tracteur, travailleurs et techniciens agricoles qui, conscients et sûrs de la victoire, ont été assassinés ou sont tombés héroïquement dans la lutte contre l'ennemi.

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La situation coloniale dans notre pays

Si nous voulons évaluer avec justesse les efforts d'organisation ainsi que la croissance économique et sociale réalisés dans notre pays après l'indépendance, il importe de dépeindre la réalité économique et sociale dont nous sommes partis. Cette caractérisation nous permettra de mesurer les efforts fournis par tout le peuple, durant cette courte période de huit années d'indépendance, pour se libérer du poids du colonialisme. Rappeler le passé, c'est valoriser le présent. C'est franchir le premier pas vers une compréhension profonde de la nature et des causes de nos difficultés actuelles. C'est renforcer notre orgueil d'être Mozambicains; d'être des hommes libres qui ont assumé le sens de l'histoire et qui en sont devenus les bâtisseurs. Ces huit années à la direction du pays nous permettent maintenant de caractériser avec une rigueur qui n'était pas possible en 1977, ce que fut la domination étrangère. La connaissance de la réalité coloniale nous rend aptes à apprécier le sens profond de cette grande marche où notre peuple entier s'engage pour créer un avenir meilleur et plus beau. 9

1. L'économie

coloDiale

A la proclamation de l'indépendance, nous avons trouvé une économie arriérée, déformée et dépendante. Sa base productive était essentiellement tournée vers la prestation de services ferroviaires et portuaires pour le compte des pays voisins. Le Mozambique constituait alors un réservoir de maind'œuvre à bon marché pour l'Afrique du Sud et la Rhodésie. Les Mozambicains émigraient vers les mines d'or et de diamant. Mais ils émigraient aussi pour travailler à l'extraction du charbon, de l'uranium, du fer et du chrome, minerais qui existent dans le sous-sol de notre pays. Le Mozambique était un réservoir de main-d'œuvre à bon marché pour les plantations de maïs, de pommes de terre, de riz, de blé, de tabac, d'agrumes, de canne à sucre, cultures pour lesquelles notre pays jouit de conditions favorables. Pour produire à l'étranger ce qui existait dans notre propre patrie, plus de 100 000 travailleurs mozambicains émigraient chaque année dans les seules mines sud-africaines. Le Portugal recevait une partie de leur salaire en or. Là, plus de 2 000 émigrants mouraient chaque année et des milliers d'autres revenaient atteints de maladies graves, notamment de tuberculose. Dans l'agriculture, les entreprises existantes, propriété exclusive du capital étranger, des grands patrons et des colons, employaient quelques centaines de milliers de Mozambicains. La grande majorité du peuple était néanmoins constituée de paysans qui pratiquaient une production de type familial, dont 80 % pour l'auto-consommation. Les produit réservés à la vente, comme le coton, le cajou et les oléagineux étaient achetés à des prix extrêmement bas et étaient destinés au marché extérieur et à l'industrie. En 1961, le prix du coton à l'exportation pratiqué par les compagnies établies au Mozambique était de cinq fois supérieur à son prix d'achat aux paysans. Dans l'agriculture, le niveau de productivité était très 10

bas, en raison du recours à des techniques arriérées, du faible degré de mécanisation et de l'utilisation réduite des facteurs de production modernes. Les facteurs de production reposaient sur la domination du pays, sur l'exploitation, l'oppression et la répression du peuple en général, et des travailleurs en particulier. Le travail forcé, l'introduction des cultures obligatoires, la collecte de l'impôt et les sévices corporels caractérisaient les relations entre l'occupant étranger et les paysans mozambicains. Dans l'industrie prédominaient les activités de transformation primaire des matières premières agricoles destinées à l'exportation: le sucre, le thé, le bois, le coton et le cajou notamment. Le Mozambique cultivait le coton pour alimenter l'industrie textile de la métropole coloniale, dont la production était ensuite vendue au Mozambique à des prix très élevés. Il y eut des époques où le prix de vente des tissus fabriqués au Portugal à partir du coton produit au Mozambique était de quarante fois supérieur au prix d'achat de la matière première. L'industrie tournée vers le marché intérieur, et en particulier vers le ravitaillement des villes, était fortement dépendante des importations. Face à la pénurie croissante de devises, la bourgeoisie coloniale, dont la source d'enrichissement avait été le commerce, s'est vue forcée d'investir dans une industrie de substitution des importations. Il s'agissait d'une petite industrie équipée en grande partie d'un matériel d'occasion importé et parfois déjà obsolète. Cette industrie se limitait pratiquement à des opérations mineures de transformation des produits importés. Le point culminant de son développement s'est situé durant les dernières années du colonialisme. L'industrie du Mozambique occupait seulement 2 % de la population active et se concentrait à 70 % dans les zones de Maputo et de Beira. Dans le secteur des transports, la majeure partie du trafic résultait des relations avec les pays voisins, en particulier l'Afrique du Sud et la Rhodésie. Les recettes de ce secteur fournissaient les principales sources en devises de l'économie coloniale mozambicaine. 11

Le commerce, aux mains de milliers de petits commerçants étrangers dispersés dans le pays, faisait partie intégrante du réseau de commercialisation et de magasinage des produits. Des étals des marchés aux grands supermarchés, la quasi-totalité du commerce était effectuée par des étrangers. C'était des colons qui vendaient le sac de maïs et les légumes, l'aiguille et le seau d'eau, la charrue et la houe, les plaques de zinc et le roseau, le bidon de pétrole et le charbon végétal, le pagne et le foulard, le miroir et les boucles d'oreille, le peigne et les perles de pacotille. L'état d'arriération et la dépendance, caractéristiques de l'économie coloniale, se reflétaient aussi de façon manifeste dans la nature de ses relations extérieures. Les biens de consommation destinés à la bourgeoisie coloniale constituaient une grande partie des importations. Par exemple, en 1970, près de 30 % des importations étaient consacrés à l'alimentation, à la chaussure et au vêtement, 25 % aux biens de consommation durables, tels les réfrigérateurs, les automobiles et les cuisinières, et aux matières premières. Les rapports de domination coloniale et d'exploitation ont abouti également à une fuite croissante de devises, sous la forme d'évasion de capitaux, de transferts privés et par les voyages touristiques de la bourgeoisie coloniale, notamment les vacances et lesdits congés à titre gracieux au Portugal. Ces dépenses en devises absorbaient une grande partie des recettes tirées des exportations et des services fournis aux pays voisins.

2. L'aggravation de la crise économique du colonialisme Par suite de la guerre d'agression, l'économie coloniale capitaliste connaît une crise profonde. La métropole accélère l'exploitation et le pillage. Le gouvernement colonial se voit forcé de canaliser un volume toujours croissant d'investissements et de ressources budgétaires vers le financement des dépenses militaires. 12

Les termes de l'échange se détériorent profondément durant cette période. Alors qu'en 1969, le Mozambique devait produire cinq tonnes de fibre de coton pour importer une tonne de tissu, en 1974, il devait produire six tonnes de fibre pour la même quantité de tissu. Par suite de l'acquisition obligatoire de vin portugais, la valeur des importations de ce produit arrive à atteindre en 1969 la somme de 270 mille contos. A cette époque, le Mozambique échangeait deux tonnes de sucre contre une tonne de vin. En 1973, il échangeait quatre tonnes de sucre contre une tonne de vin. Cette situation, liée à la fuite des capitaux, conduit à l'augmentation de la dette extérieure. Le gouvernement colonial se voit obligé de retarder les paiements à l'extérieur. La dette extérieure et le déficit de la balance des paiements s'accroissent. En dépit de l'aggravation de la pénurie de devises qui découle de cette situation, le gouvernement colonial est obligé de poursuivre les importations de biens de consommation superflus, pour assurer aux colons le maintien de leur niveau de vie. C'est au cours de cette période, vers la fin des années 1960, que l'Afrique du Sud et la Rhodésie accroissent leur influence et leur participation directe dans l'économie du Mozambique. Confrontés à la défaite imminente du système colonial au début des années 1970, le capital monopoliste portugais et la bourgeoisie coloniale perdent confiance en l'avenir du régime colonial. Pendant cette phase, la fuite des capitaux s'accélère et les investissements dans des secteurs spéculatifs augmentent. A partir de 1971, le flux de colons qui abandonnent le Mozambique est supérieur à celui de l'immigration en provenance de la métropole coloniale. Entre 1973 et 1975, l'effondrement de l'économie coloniale devient encore plus manifeste. Une chute généralisée de la production de l'ordre de 36 % se produit, la plus accentuée touchant le secteur de la construction, qui baisse de 72 %. La baisse de 25 % qui frappe le secteur des transports 13

se reflète en particulier au niveau du trafic international. L'industrie subit des ruptures de l'ordre de 37 %, alors que la production agricole accuse une baisse de 28 %. En 1974, le volume de devises disponibles ne garantit les achats à l'extérieur destinés à l'économie que pour une période de vingt jours et en 1975, la valeur des exportations permet de couvrir seulement 50 % de la valeur des importations. Cette situation est encore aggravée par le fait que les recettes en or et en devises sont canalisées vers la Banque du Portugal. En échange de centaines de tonnes d'or, le Mozambique reçoit des escudos portugais pour importer des biens de consommation de la métropole coloniale. La crise des secteurs commercial, industriel et agricole s'accélère. Les dettes en escudos portugais sont créées par l'importation de tissus, de morue séchée, de sardines, de vin et d'huile d'olive. Ces dettes, ainsi que celles dues à l'importation de produits dont regorgent les magasins destinés principalement aux colons, sont acquittées avec l'or obtenu grâce au travail des mineurs mozambicains à l'étranger, avec les recettes des transports et les devises obtenues par la vente de nos ressources: coton, sucre, sisal, noix de cajou, bois, crevettes. En deux ans seulement, entre 1973 et 1975, le prix de la viande augmente de 148 %, le lait de 150 %, le riz de première qualité de 158 %, le haricot de 145 %, la pomme de terre de 144 % et le sucre de 130 %. 3. L'éducation, la santê, le logement et les services durant la période coloniale Les conséquences de la domination coloniale capitaliste étaient particulièrement graves dans les domaines social et culturel. Alors que l'éducation qui assure une qualification était le privilège presque exclusif des colons, aux Mozambicains était réservé l'enseignement dans les missions religieuses, situées surtout en zone rurale. 14

En raison d'une discrimination de race et de classe, les lycées et l'université étaient réservés aux Blancs et à quelques assimilés. L'accès des Mozambicains noirs à réducation se limitait presque exclusivement à «l'enseignement rudimentaire », avec de faibles chances de fréquenter les écoles d'arts et métiers, où ils pouvaient augmenter leur qualification en tant que main-d'œuvre potentielle placée à la disposition des colons. La petite minorité qui avait accès à l'enseignement commercial et industriel ne trouvait que rarement un emploi compatible avec sa formation. On suivait un cours de mécanique pour devenir apprenti-mécanicien, un cours commercial pour devenir aspirant-fonctionnaire ou commis. Les Mozambicains noirs qui aspiraient à un statut social plus élevé n'avaient d'autre alternative que la voie déformante des séminaires religieux. L'éducation était extrêmement aliénante. Elle agressait notre personnalité mozambicaine dans le but de la détruire. Dans les écoles, nous apprenions le catéchisme, les noms des fleuves et des montagnes du Portugal, l'histoire de ses rois. Notre culture et notre histoire étaient niées. La géographie, la faune et la flore du Mozambique étaient ignorées. Sur une population estimée en 1970 à huit millions deux cent mille habitants, on comptait un peu plus de cinquante mille Mozambicains ayant terminé les études primaires, soit moins de 1 % de la population. Sur ce nombre, près de deux mille avaient achevé le cycle préparatoire et une cinquantaine seulement se répartissaient entre la troisième et la septième année des lycées ou leur équivalent. En 1970, une dizaine de Mozambicains à peine possédaient une formation supérieure. En 1974, sur cent personnes de sept ans et plus, quatre-vingt-treize étaient analphabètes. Parmi les trois mille huit cents étudiants inscrits à l'Université Lourenço Marques en 1974, on ne comptait que quarante Noirs. Sur le plan culturel, dans les zones occupées par le colonialisme prédominaient le tribalisme, le régionalisme, le racisme, l'obscurantisme et la superstition. Ces facteurs de division du peuple mozambicain ont toujours été utilisés délibérément par les colonialistes comme des ins15

troments pour maintenir le retard culturel et la domination. Toutes les manifestations positives de notre culture qui affirmaient notre personnalité africaine et mozambicaine et qui, d'une certaine manière, dénotaient la cri~ tique ou le refus de la culture et de la domination coloniale, étaient violemment réprimées. Sur le plan sanitaire, le racisme et la discrimination constituaient la réalité quotidienne des centres de santé coloniaux. Là, les Mozambicains noirs avaient droit aux

seules infirmeries et maternités « pour indigènes », 'où
on leur dispensait des soins de qualité inférieure dans des conditions d'hospitalisation inhumaines. En 1969, le nombre de médecins était de un pour 16 500 habitants. Le caractère privé de la médecine, la concentration des médecins et du réseau sanitaire dans les centres ur;. bains contribuaient de manière. décisive à priver la grande majorité du peuple de toute assistance sanitaire. Dans le réseau hospitalier de l'époque coloniale, un lit sur cinq appartenait aux cliniques privées, qui pratiquaient des prix très élevés inaccessibles aux Mozambicains. Dans les zones urbaines, la spéculation foncière et les profits faciles réalisés dans le bâtiment ont été les principaux facteurs à l'origine des distorsions imposées dans les villes par la bourgeoisie coloniale. La discrimination raciale était instituée au niveau de la location des immeubles et de l'occupation de l'espace urbain. L'écrasante majorité du peuple vivait dans de très mauvaises conditions dans les faubourgs des villes et à la campagne, privée d'électricité, d'approvisionnement en eau et des infrastructures sanitaires les plus élémentaires. Circuler dans les villes à partir d'une heure déterminée de la nuit signifiait courir le risque d'être détenu, humilié et roué de coups. La construction de la totalité des villes s'est effectuée de façon anarchique, sans que les infrastructures nécessaires aient été préalablement planifiées. Cette situation est particulièrement grave en ce qui concerne les égouts et le drainage. Les parcs et les jardins étaient pratiquement inexistants et la distribution des services dans le 16

réseau urbain répondait

aux seules nécessités des colons
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et de leur administration.

Au début des années 1970, il n'y avait que quarantecinq mille habitations environ possédant eau courante, électricité, douche et cuisine. Le fait que ces habitations étaient presque exclusivement destinées aux colons permet seul de comprendre qu'un nombre si réduit de logements aient été construits durant toute la période coloniale. Le racisme et la discrimination dans les transports et les services étaient une caractéristique générale de la politique coloniale. Les transports publics municipaux desservaient principalement les zones des villes occupées par la bourgeoisie coloniale. Presque jusqu'à la fin de la période coloniale, l'utilisation des autobus était fortement restreinte, surtout pour les Mozambicains noirs. Nous y voyagions debout ou sur le banc arrière, clairement séparés des colons. Voyager dans son propre pays était une réalité pénible pour les Mozambicains. Lorsqu'on se déplaçait, c'était généralement pour aller à la recherche d'un emploi, ou se rendre dans les camps de travail obligatoire; ou alors il s'agissait de transfert forcé ou de déportation. Voyager en avion constituait un événement des plus rares pour les Mozambicains. Dans le domaine de la production et de la gestion des unités économiques et sociales, les étrangers détenaient le monopole de la connaissance et de la technologie. Au moment de l'indépendance, on comptait un nombre insignifiant de travailleurs qualifiés, et le nombre de Mozambicains propriétaires de moyens de production était presque nul. Aux Mozambicains, on réservait les emplois de garçon de bureau, d'ouvrier non qualifié, de débardeur, de domestique. Les enseignants de l'enseignement primaire officiel, de l'enseignement secondaire, technique et supérieur, les ingénieurs, les juristes, les économistes, les agronomes, les agents techniques, les contremaîtres, les ouvriers qualifiés, tous ceux qui occupaient des fonctions techniques et de direction, même les moins complexes, étaient étrangers. C'est ce facteur qui constitue aujourd'hui le princi17

pal poids négatif dans la lutte contre le retard économique et culturel de notre pays.
4. La phase finale de la déroute coloniale La situation économique et sociale à la fin de la période coloniale était la suivante. L'économie se trouvait dans un état de stagnation quasi totale. Les réserves en devises étaient épuisées. On constatait l'abandon des entreprises, la fuite des techniciens, le vol, la destruction de l'équipement et des moyens de transport. Devant l'imminence de la victoire du Front de libération du Mozambique, l'ennemi fomentait l'indiscipline dans les unités de production et les services, alimentait les revendications salariales, encourageait l'opportunisme et l'ambition. C'est ainsi qu'en 1974, le gouvernement provisoire colonial, dans une tentative démagogique et déstabilisatrice, décrète des hausses de salaires incontrôlées et incompatibles avec les conditions économiques. Cette mesure a entraîné des déséquilibres et des disparités encore plus importants et accru l'inflation. La conquête de l'indépendance nationale a coïncidé avec le moment le plus difficile de l'économie coloniale, aggravé par le début de la crise économique la plus aiguë du système capitaliste international et la montée vertigineuse du prix du pétrole à partir de 1974. Au chaos économique et social laissé par le colonialisme dans notre pays s'ajoutait le poids de la domination, de l'oppression et de la répression séculaires sur les Mozambicains. Ce poids a pesé sur tout le peuple, dans un processus croissant d'inhibition de sa capacité créatrice, menant à l'apparition de sentiments fatalistes face à la lutte contre la pauvreté et la misère et interrompant le processus historique de développement de l'homme mozambicain. Telle était la réalité économique, sociale et culturelle que nous avons dû affronter dans les zones occupées par 18

le colonialisme. A cette réalité, nous opposions déjà, durant la lutte armée de libération nationale, notre mode de vie, notre orientation économique et sociale populaires, nos conceptions et nos valeurs culturelles. Dans les zones libérées d'où nous avions banni l'exploitation, les coopératives prenaient de l'essor, la production et l'exportation s'accroissaient. Nous en avons rapporté cette expérience de lutte contre l'oppression et contre l'exploitation. Nous y avons puisé notre décision de créer une nouvelle économie et une nouvelle société. Devant nous se dessinait la tâche grandiose mais complexe d'ériger la Nation mozambicaine, de construire une économie et une société d'où soit exclue l'exploitation de l'homme par l'homme, d'édifier le socialisme.

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