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Multipartisme et démocratie au Cameroun

De
166 pages
En Afrique sub - saharienne, depuis le fameux vent de l'Est de la fin des années 1980 et du début des années 1990, jamais opposition n'aura eu autant d'occasions de renverser un régime qui avait atteint un seuil d'impopularité incroyable. Les dissensions et les egos surdimensionnés des différents leaders de cette opposition ont privé le peuple camerounais d'une alternance au sommet de l'Etat. Voici retracées ces occasions qui auraient favorisé une alternance au sommet de l'Etat qui reste la première respiration de la Démocratie.
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J. H. TINGUEUSEPO
Multipartisme et démocratie au Cameroun
Les grandes occasions manquées pour l’alternance
Multipartisme et démocratie
au Cameroun
J. H. TINGUEUSEPOMultipartisme et démocratie au Cameroun Les grandes occasions manquées pour l’alternance
Du même auteur Amélie ou la malédiction de l’amour(roman), Edilivre, Paris, 2015 Pour Rien(roman), Edilivre, Paris, 2015 Les riches aussi pleurent(roman), Edilivre, Paris 2015 Cruelle désillusion(nouvelles), Edilivre, Paris 2015 La lettre(nouvelles), Edilivre, Paris 2015 Pour un nouveau et meilleur CamerounEdilivre, Paris (essai), 2015. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11646-4 EAN : 9782343116464
Avant-propos
« En Afrique, on ne peut pas désigner quelqu’un du doigt en disant qu’il est un ancien chef »
Ces propos sont de feu Félix Houphouët Boigny, qui a dirigé d’une main de fer la République de Côte d’Ivoire pendant plus de trente ans et qui est mort au pouvoir. On comprend donc mieux que l’alternance ne soit pas la valeur la mieux partagée dans le continent. Certains dirigeants du continent ont payé de leur réputation ou de leur vie cet appétit insatiable. Mais ces quelques expériences ne semblent guère avoir servi de leçon. Beaucoup de pays africains, à l’instar du Cameroun, sont encore en quête de leur changement de régime après le fameux vent de l’Est qui a soufflé sur le continent à la fin des années 80 et au début des années 90 et qui a permis le retour ou l’instauration du multipartisme dans plusieurs pays africains.
Au Cameroun, le chantage à la paix que brandissent les pontes du régime pour présenter le président Biya comme le garant de la stabilité sociale apparaît pour le moins puéril, à moins de le maintenir au pouvoir ad vitam aeternam, puisqu’il faudra bien un jour qu’il passe la main. Plus de 25 ans après le retour du multipartisme, le RDPC, ancien parti unique, continue de tenir le pouvoir d’une main de fer. « Ceux qui nous gouvernent ont posé comme principe intangible la résolution suivante : ne montrer aucun signe de faiblesse. Ils l’ont tenue et appliquée, en l’interprétant ainsi : il ne faut faire aucune concession, sinon pour la forme, en la vidant de tout contenu ou à titre de ruse ou de diversion avant d’user de la forme », affirmait le philosophe Fabien Eboussi Boulaga.
En face, on assiste au phénomène d’une opposition qui paie son incapacité à analyser objectivement les transformations de
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la société camerounaise et à s’engager dans une lutte politique sur le long terme ; une opposition qui a perdu énormément de sa crédibilité. « Une opposition imbécile, qui ne sait pas faire masse » selon les expressions de l’historien Achille Mbembe.
Une opposition qui au fil des ans sombre davantage dans les querelles et des égos pour ceux qui ne se sont pas ouvertement joints au régime qu’ils pourfendaient pourtant au début. Le poing levé vigoureusement de celui qui a été considéré, à tort ou à raison comme le véritable chef de l’opposition, s’est abaissé considérablement, sûrement sous l’effet de la force de l’attraction terrestre.
Mais faut-il pour autant désespérer de la capacité et de la volonté des Camerounais à obtenir l’alternance politique au sommet par les moyens institutionnels ? Bien sûr que non. Le présent ouvrage traitera des occasions où l’opposition camerounaise aurait pu renverser le régime en place. Si certains chapitres ne traitent pas des élections présidentielles, c’est parce qu’il est légitime de penser que ces occasions auraient pu servir également de temps forts pour la recherche de cette alternance. Il s’agira entre autres des élections législatives de 1992, premières élections pluralistes et dans une moindre mesure celles de 1997 puisqu’elles seront les premières à voir la participation du Social Democratic Front (SDF) après le boycott de celles de 1992.
Si le nombre exorbitant des partis politiques semble être un frein à l’épanouissement de la vie politique au lieu du contraire comme cela se passe sous les autres cieux, il appert que, afin de trouver des voies et solutions pour venir à bout de l’omnipotent Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), il serait temps de mettre de côté les partis politiques qu’on peut sans aucun risque de se tromper considérer de fantaisistes, car ne participant curieusement à aucune compétition politique, afin de trier sur le volet ceux qui proposent une réelle vision du Cameroun pour proposer une
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nouvelle approche de parvenir un jour, peut-être dans un futur proche, à cette alternance tant recherchée. L’alternance politique étant la première respiration de la démocratie, on ne pourra dès lors parler de démocratie véritable dans ce pays que lorsque toutes les forces endogènes se seront liguées afin de venir à bout d’un système qui, que l’on l’accepte ou non, a mis la majorité des Camerounais sur la paille.
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Chapitre premier : L’enfantement difficile du multipartisme
« Ce sont les évènements de Douala qui ont tout déclenché : l’affaire Yondo Black. Le problème était le multipartisme précipité(…) Il ne revient pas à un responsable de parti politique de dire que le temps n’est pas encore venu pour 1 commencer un autre parti » .
Depuis la fin des années 1980, l’Afrique bouge. Un vent de changement déferle sur le continent, ébranlant les régimes monolithiques. Un télescopage entre les évènements internationaux, effondrement du mur de Berlin, fin des dictatures communistes européennes, libération de Nelson Mandela et une situation socio-économique explosive prévalant dans la plupart des pays africains va engendrer une contestation populaire sans précédent. De Libreville à Abidjan, en passant par Cotonou, Lomé, Kinshasa, Brazzaville, les potentats au pouvoir sont mis en demeure d’assouplir la chape de plomb. Le Cameroun n’est pas épargné par ce tumulte.
Mais derrière cette revendication assez bruyante du multipartisme, c’est en vérité une exigence des libertés individuelles et collectives, bref, une exigence d’une société de droit pour les Africains. Une société de droit se signale par le fait que l’État y reconnaît, respecte et protège les droits et libertés de l’individu par le fait que les lois y sont assez au moins objectives, impersonnelles et légitimes pour que ceux qui les font puissent trouver juste de s’y soumettre, et de les appliquer à eux-mêmes le cas échéant. Une société de droit est impérativement celle où un pouvoir judiciaire est gardien fidèle
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