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Négritude et francophonie

De
328 pages
Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, des écrivains habités par l'urgence d'une reconquête de l'identité et de la diversité de l'homme de couleur. Inspirés par les "ancêtres" négro-américains et antillais, aidés de nombreux autres écrivains et artistes noirs de la diaspora, ils s'engagent à travers des oeuvres poétiques, dramatiques et par l'action politique, prônant un rapprochement des cultures noires avec d'autres civilisations, en particulier les cultures francophones.
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NEGRITUDE ET FRANCOPHONIE
PARADOXES CULTURELS ET POLITIQUES Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa


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2011.
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économique du Congo-Brazzaville. Fonctionnariat et
entreprenariat, 2011.
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public en Afrique. Le défi de la diversité ethnique, 2011.
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l’Ouest, La condition de l’athlète, 2011.
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(1939-1947), 2011.
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microfinance à la croisée des chemins, 2011.
Benoît AWAZI MBAMBI KUNGUA, De la postcolonie à la
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négro-africaine contemporaine, 2011.
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Morlaix-Dakar, 1944, 2011.
Hopiel EBIATSA, Fondements de l’identité et de l’unité teke,
2011. Pierre Akinwande
NEGRITUDE ET FRANCOPHONIE
PARADOXES CULTURELS ET POLITIQUES


Dédicace

A Jésus Christ de Nazareth,
le Dieu vivant (incarnant le Père et le Saint-Esprit),
dont je suis fils et disciple, et lui qui, par sa grâce divine
m’a préservé et m’a soutenu fermement
durant trois années de mon parcours
de chercheur à l’Université Paris Est.






















© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56074-1
EAN : 9782296560741
Remerciements

Tout en rendant gloire à Dieu, j’exprime ma gratitude à deux de ses
serviteurs, des pasteurs, notamment Toukoum Taddée, Français d’origine
camerounaise, qui m’a pris en charge dès mon arrivée à Paris en 2006, et
dont l’appui avait facilité pour moi l’octroi de visa d’études au Consulat
général de France à Lagos, et Michael Omolewa, professeur des universités
(retraité), et ancien ambassadeur du Nigéria à l’UNESCO, dont
l’extraordinaire soutien financier m’était indispensable pendant les trois
années de ma thèse de doctorat à Paris.

J’exprime également mes vifs remerciements à mon directeur de thèse, le
professeur Papa Samba Diop, qui, loin d’être un simple enseignant et
professeur des universités, a été pour moi surtout, un grand encadreur,
témoignant de rares qualités de discipline et de rigueur, me permettant donc
de bien saisir les vraies données d’une recherche scientifique lors de mon
séjour à l’Université Paris Est, Créteil, Val-de-Marne. Ma profonde gratitude
aussi à tous les autres membres du Jury de la thèse de doctorat, les éminents
savants venus de loin et de près, notamment le professeur Romuald Fonkoua
de l’Université de Strasbourg (président du jury) et le professeur Alfred
Shango de l’Université Paris III, Sorbonne nouvelle, afin de nous honorer de
leur érudition et expérience. Leurs propositions ont beaucoup aidé à enrichir
la qualité de cet ouvrage.

Finalement, je tiens à exprimer ma reconnaissance au président de
l’Université Paris XII devenue Paris Est, et au directeur de l’Ecole doctorale,
ensuite, à la direction de L’Harmattan, grande Maison d’Edition de Paris,
notamment M. Mbem André-Julien, et M. Denis Pryen, pour avoir consenti
de publier cet ouvrage, et à monsieur Loïc Hervouet, président de L’Année
Francophone Internationale (AFI), publication officielle de la Francophonie,
pour son encouragement et surtout ses dons d’ouvrages. Je suis encore plus
reconnaissant à M. Henri Senghor, notre illustre préfacier, pour son soutien
et sa collaboration, et à Mme Nathalie Philippe, Rédactrice en chef de la
revue, Cultures Sud (Institut français), pour son double rôle d’auteur de
l’Avant-propos, et de véritable facilitatrice de la production de ce livre.
7



































Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet
ouvrage. Le contenu étant nécessaire aux études, nous prenons le
risque de l'éditer ainsi et comptons sur votre compréhension.
(L’éditeur.) Sommaire

REMERCIEMENTS............................................................................... 7
SOMMAIRE ........................................................................................ 9
PRÉFACE.......................................................................................... 11
AVANT-PROPOS
« LITTÉRATURE ENGAGÉE OU LITTÉRATURE ENCAGÉE ? » .............. 19

INTRODUCTION GÉNÉRALE
LES TERMES ‘NÉGRITUDE’ ET ‘FRANCOPHONIE’,
PERSPECTIVES ET PROBLÉMATIQUES ................................ 21
NÉGRITUDE ET FRANCOPHONIE....................................................... 23

PREMIÈRE PARTIE
LA NÉGRITUDE : POÉSIE, CULTURE,
IDÉOLOGIE POLITIQUE............................................................. 37
INTRODUCTION................................................................................ 39
CHAPITRE I LA NÉGRITUDE : HISTORIQUE,
PROBLÉMATIQUES, PERSPECTIVES .................................................. 45
CHAPITRE II LA NÉGRITUDE : POÉTIQUE ET CULTURE.................. 59
CIII LA COLONISATION FRANÇAISE
ET SON IDÉOLOGIE CULTURELLE..................................................... 95
CHAPITRE IV LA NÉGRITUDE, VUE À TRAVERS LA POÉSIE ........... 107

DEUXIÈME PARTIE
LA FRANCOPHONIE : PHILOSOPHIE, CULTURE,
INSTITUTIONS, POLITIQUE .................................................... 149
INTRODUCTION.............................................................................. 151
9
CHAPITRE V LA FRANCOPHONIE : ENJEU PHILOSOPHIQUE,
ÉVOLUTION CULTURELLE .............................................................. 159
CHAPITRE VI DE L’ASSIMILATION À LA COMPLÉMENTARITÉ
DES CULTURES............................................................................... 167
CHAPITRE VII LA FRANCOPHONIE INSTITUTIONNELLE,
DE 1945 À NOS JOURS .................................................................... 175
CHAPITRE VIII LE SOMMET FRANCOPHONE : RÉSOLUTIONS
ET ENGAGEMENTS ......................................................................... 187

TROISIÈME PARTIE
EVOLUTION DE LA NÉGRITUDE À LA FRANCOPHONIE ;
DIVERGENCES ET CONVERGENCES ; LITTÉRATURE
ET DISCOURS............................................................................... 197
INTRODUCTION.............................................................................. 199
CHAPITRE IX CONFLITS IDÉOLOGIQUES : L’ASSIMILATION
OU UNE NOUVELLE IDÉOLOGIE NÈGRE ........................................... 203
CHAPITRE X PROBLÉMATIQUE LINGUISTIQUE
(PRIMAUTÉ DU FRANÇAIS) ............................................................. 217
CHAPITRE XI LA PROBLÉMATIQUE CULTURELLE ........................ 233
CXII DIALOGUE DES CULTURES.................................... 251

CONCLUSION GÉNÉRALE ....................................................... 263
NÉGRITUDE ET FRANCOPHONIE, ACCOMPLISSEMENT OU
DÉPASSEMENT ? ............................................................................ 265

BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE.................................................. 275

ANNEXES....................................................................................... 287
ANNEXE 1 : LA FRANCOPHONIE .................................................... 289
A2 HOMMAGES AUX CHANTRES DE LA NÉGRITUDE .......... 293






10
Préface
Le lecteur trouvera dans cette thèse de doctorat une série d’informations sur
la Négritude et la Francophonie, sélectionnées dans un nombre
impressionnant d’ouvrages et d’articles parus en Europe et en Afrique.
Philologue, Pierre AKINWANDE a enseigné la langue et la littérature
françaises ainsi que les littératures négro-africaines dans une Université
nigériane. Il a aussi exercé, dans son pays, le métier de journaliste. Cette
carrière double explique, sans doute, que son érudition soit présentée dans sa
thèse sous la forme de très nombreuses analyses brèves, illustrées par des
citations parfois substantielles.

Puisqu’on a bien voulu me demander de préfacer cette thèse, on acceptera, je
l’espère, que je m’exprime en tant que neveu et l’un des héritiers spirituels
du Président Senghor, préoccupé de veiller à maintenir l’authenticité de son
message. Je me propose donc d’éclairer, ici, par quelques précisions, le
cheminement de Léopold Sédar Senghor de la Négritude à la Francophonie,
considérée parfois comme une trahison.

Pierre Akinwande, universitaire et journaliste est également un traducteur
professionnel, à coup sûr qualifié pour traiter des relations entre le
mouvement francophone de la Négritude et le mouvement anglophone de
l’African Personality.

Léopold Sédar Senghor a voulu dépassionner le débat engagé par certains
intellectuels africains anglophones violemment critiques de la Négritude. Il
s’agit pour lui d’une erreur de traduction. L’expression « African
Personality » correspond, selon lui, à « Africanité », terme qu’il a utilisé
pour désigner « la symbiose complémentaire » de la Négritude et de
l’Arabité africaines. Le mot « Négritude » devrait être traduit, en anglais,
par l’expression « Black Personality » qui a été employée dans les années
1920 par les Négro-américains des mouvements du New Negro et de la
Negro Renascence.

La Négritude n’est pas plus négation de soi que racisme. Elle est
enracinement des Négro-africains dans leur être, confirmation de soi, rien
11 d’autre que l’African Personality des Négro-africains de langue anglaise ou
des négro-américains. La seule originalité de la Négritude est, peut-être,
d’avoir élaboré un concept qui fonde une présence active au monde, un
mouvement de libération qui prend sa place dans l’Humanisme du XXème
siècle.

Léopold Sédar Senghor admet que cette différence est peut-être liée à la
tendance des Français à mettre l’accent sur les similitudes en minorant les
spécificités des autres peuples, alors que la langue anglaise par sa richesse et
sa plasticité a peut-être su mieux exprimer « l’affectivité volcanique » des
Noirs dans les chefs d’œuvres des romanciers nigérians, ghanéens, sud-
africains et des poètes négro-américains. Il estime, en tout cas, n’avoir
jamais cessé, dans toutes ses activités, politiques autant que littéraires, de
lutter contre les oppressions.

Sur la base de ses positions esthétiques, il a récusé « l’esprit d’imitation »
qui fut, à ses yeux, « la maladie » des nègres, sous l’esclavage en Amérique
comme sous la colonisation en Afrique, lorsqu’ils s’efforçaient de devenir de
mauvaises copies des Blancs dominants. L’essentiel de sa démarche
personnelle a été, en retrouvant les valeurs de l’Afrique aux sources de l’Art
nègre, de recouvrer « l’esprit de création » qui avait été, avant la
colonisation, le sceau de la Négritude, et de persuader les Négro-africains de
redevenir des producteurs de civilisation en bâtissant sur leurs propres fonds.

Il admet que, dans les années 1930, les militants de la Négritude ont pu
formuler leur révolte en termes de race. Mais les réalités atroces de la
Seconde guerre mondiale les ont convaincus de renoncer définitivement à
toute justification raciste.

Après 1945, Léopold Sédar Senghor ne concevra plus l’enracinement
charnel dans l’humus africain, la nécessité de plonger jusqu’aux racines de
ses origines, sans l’ouverture intellectuelle et spirituelle aux autres
civilisations. La reconquête de l’indépendance ne doit pas signifier repli sur
soi, « refuge en soi », mais ouverture « aux apports réveillants et
stimulants » des cultures des autres peuples. Et plus ces apports seront
différents de « nos dons originaires », plus ils seront fécondants.

Cette dialectique senghorienne de l’enracinement et de l’ouverture tend, on
le sait, à une symbiose de toutes les cultures du monde dans une
« Civilisation de l’Universel ». Léopold Sédar Senghor emprunte cette
locution au jésuite Pierre Teilhard de Chardin et lui conserve son aspect
messianique apocalyptique. Mais il repère dans les évolutions du XXème
siècle des indices très concrets de cet « humanisme intégral qui se tisse
autour de la terre : cette symbiose des énergies dormantes de tous les
12continents et de toutes les races qui se réveillent à leur chaleur
complémentaire ».

Il constate, par exemple, que le développement accéléré des sciences et des
techniques permet aux peuples de se connaître et d’échanger de mieux en
mieux. Ce faisant, ils « élaborent progressivement la Civilisation de
l’Universel », étant entendu qu’il ne s’agit pas d’étendre à toute la planète la
civilisation euro-américaine, mais bien de promouvoir un nouvel
humanisme, « symbiose des valeurs complémentaires de toutes les
civilisations et de toutes les histoires dans tous les climats ».

En créant l’UNESCO, la Communauté internationale a postulé que toute
culture contient en un sens l’ensemble des valeurs humaines. Mais chacune
de ces cultures met l’accent sur certaines valeurs en négligeant les autres. Par
le dialogue et l’échange, chaque culture peut donc « se réhumaniser, en
empruntant tel trait, presque effacé chez elle, du visage humain ». Les
échanges culturels entre les peuples contribuent ainsi à la construction de la
Civilisation de l’Universel. Léopold Sédar Senghor a personnellement
conforté cette conviction en allant, dans ses activités internationales, à la
rencontre de nombreuses cultures hors d’Afrique, cultures de l’Europe
gréco-latine mais aussi germanique, scandinave et anglaise, cultures des
Etats Unis ou du Brésil, etc.

Il a, avec beaucoup d’autres, constaté par ailleurs que, dans leurs combats
pour leurs indépendances, les colonisés ont mis en œuvre les principes
déclarés en 1789 par la révolution française, reconnaissant par là ce que la
Négritude, en particulier, doit à la philosophie européenne des Lumières.
Mais en sens inverse, nombre de traits de la Civilisation de l’Universel,
« telle qu’elle se dessine dès maintenant, ne serait pas tels qu’ils sont sans les
apports fécondants de la Négritude ». Les valeurs négro-africaines
enrichissent, depuis la « révolution de 1889 et l’Ecole de Paris, la culture de
la France : « nos valeurs font battre maintenant les livres que vous lisez et la
langue que vous parlez ». Parce que la langue française est « un soleil qui
brille hors de l’hexagone », la Francophonie, comme la Négritude, contribue
au tissage autour de la Terre de l’humanisme intégral.

En effet, pour Léopold Sédar Senghor, la Francophonie incarne une
communauté de destin ouverte sur l’Occident, mais également sur les autres
peuples et cultures. Elle est « un pôle rayonnant de la Civilisation de
l’Universel ». Elle met en œuvre depuis 1970 une symbiose culturelle de
francité (elle-même symbiose culturelle de celtes, germains et latins),
d’africanité, d’indo-sinitude et d’américanité. Il rejoint ainsi Pierre Teilhard de
Chardin dans sa vision prospective de l’humanité, lequel imaginait avec
ferveur un dialogue fécond entre toutes les différentes civilisations du monde.
13 Pour Léopold Sédar Senghor, cette lancée vers l’universel née dans le cadre
de l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM), groupe
francophone de l’OUA, a pris corps dans l’Agence de Coopération
Culturelle et Technique (ACCT) qui réunissait des Etats utilisant la langue
française à un titre ou à un autre. La Francophonie est ainsi passée de
l’Histoire coloniale à la Civilisation de l’Universel qui « s’ébauchait » par
les efforts conjugués de nations des cinq continents. L’aventure de la
Francophonie, en se fondant, avec l’ACCT, sur la Culture (c'est-à-dire sur
les valeurs intellectuelles et spirituelles d’une civilisation), prolongeait la
Négritude telle que les Noirs de langue française l’avaient conçue. Il
s’agissait bien d’un phénomène post colonial, puisque « les échanges
d’idées, de sentiments et de comportements » y rompaient avec tous les
impérialismes culturels assimilationnistes et uniformisateurs, ouvrant la voie
à des créations inédites dans les domaines artistiques, philosophiques et
sociaux.

L’échec de la Communauté, après celui de l’Union française, signifiait pour
Léopold Sédar Senghor la fin du lien politique de ses anciennes colonies
avec la France. Mais la configuration nouvelle entendait conserver et cultiver
le lien avec la langue française. Ses promoteurs se rallièrent à cet effet à
l’idée canadienne d’une Conférence de Chefs d’Etat confrontant librement et
sur un pied de rigoureuse égalité leurs idées sur des problèmes politiques
d’intérêt commun, sans jamais renoncer à leurs différences culturelles. Cette
proposition de Senghor a abouti, on le sait, à la tenue, à partir de 1986, de
conférences bisannuelles des Chefs d’Etat et de Gouvernement « ayant le
français en partage ».

Ces quelques précisions permettent de comprendre que, de la Négritude à la
Francophonie, il n’y a chez Léopold Sédar Senghor ni reniement ni
contradiction, mais deux contributions complémentaires à la mise en œuvre
de la Civilisation pan-humaine d’un universel pluriel.

Il suffira pour s’en convaincre de relire le texte de la Convention signée à
Niamey le 20 mars 1970. Le préambule de ce Traité international, qui a créé
l’ACCT et qui est aujourd’hui encore le fondement en droit international
public de l’Organisation Internationale de la Francophonie, est
manifestement d’inspiration senghorienne. « Les Etats parties à la présente
Convention, conscients de la solidarité qui les lie par l’usage de la langue
française, considérant que la coopération internationale est une aspiration
profonde des peuples et qu’elle représente un facteur nécessaire de progrès,
considérant que la promotion et le rayonnement des cultures nationales
constituent une étape nécessaire à la connaissance mutuelle et à l’amitié des
peuples du monde en vue de faciliter l’accès et la contribution de tous à la
civilisation universelle, considérant qu’une coopération culturelle et
14technique est d’autant plus féconde qu’elle associe des peuples participant à
des civilisations différentes, désireux de promouvoir et de diffuser sur un
pied d’égalité les cultures respectives de chacun des Etats membres, [...}
acceptant ces principes dans le but de coopérer entre eux et avec toutes les
autres parties intéressées pour promouvoir et diffuser leurs cultures, sont
convenus d’établir la Convention relative à l’Agence de Coopération
Culturelle et Technique ».

Quarante ans plus tard, 72 Etats et 3 Gouvernements ont participé au
Sommet de la Francophonie à Montreux, ville de la Suisse quadrilingue. Des
Etats arabophones, lusophones, anglophones, slavophones, de langues baltes,
d’Asie du Sud-est, etc.., où les populations parlent leur langue ancestrale,
continuent librement de coopérer, au sein de la Francophonie, avec des Etats
dont le français est la langue officielle ou l’une des langues officielles. Ces
« Etats allophones » n’ont évidemment aucunement l’intention de
« francophoniser » leur population mais considèrent que le français tient une
place souvent limitée mais précieuse dans leur culture.

Pour cet ensemble de peuples, le qualificatif « francophone » n’a de sens que
par rapport à l’adhésion de leurs Chefs d’Etat à la Francophonie
institutionnelle et à la coopération multilatérale qu’elle organise en langue
française. La Convention de Niamey précise bien que cette coopération a
pour but « de promouvoir et diffuser les cultures des Hautes parties
contractantes ». La langue française, qui est la langue de travail et de
publication de la Francophonie, est chargée d’assurer cette promotion-
diffusion.

Reste à répondre aux inquiétudes évoquées par Pierre AKINWANDE
concernant les Etats d’Afrique subsaharienne qui ont la particularité d’avoir
conservé le français comme langue officielle, alors qu’il n’est parlé et écrit
que par une minorité, parfois faible, de la population. Certains intellectuels
négro-africains considèrent que cette langue, introduite et imposée par la
colonisation française ou belge, ne peut indéfiniment conserver son statut de
langue dominante par rapport aux langues autochtones.

Il est vrai que la première génération des dirigeants africains francophones
n’a pas, à l’exception de Sékou Touré, nationalisé la langue de leur
administration. Certes, Léopold Sédar Senghor n’a jamais caché sa passion
pour la langue française, « grec des temps modernes », dont les mots
« rayonnent de mille feux comme des fusées qui éclairent notre monde ».
Membre de l’Académie française, il a accepté en outre en 1985 d’être
nommé Vice-président du Haut Conseil de la Francophonie créé et présidé
par le Président Mitterrand. Mais nul ne peut mettre en doute la sincérité de
son attachement passionné pour les Arts nègres et pour les langues africaines
15 autochtones, et Il est difficile de le suspecter de complicité avec un
quelconque impérialisme linguistique et culturel de la France.

Dès la première session du Haut Conseil de la Francophonie, en mars 1985,
il a clairement défini sa position en matière d’enseignement des langues
africaines : « Il s’agit, dans les pays francophones d’Afrique, de faire comme
faisaient les missionnaires avant les indépendances et comme le font
aujourd’hui les pays du Maghreb : à l’école primaire, les élèves apprennent à
lire et écrire dans les deux langues, arabe et français et grâce à la méthode
contrastive l’une et l’autre sont mieux enseignées parce que mises en valeur
dans leur génie et complémentaires». En février 1989, lors de la cinquième
session, il aura cette formule définitive : « comprendre le génie de la langue
française, c’est en assimiler les éléments de manière humaine, c'est-à-dire
complémentaire ».

Lors d’une conférence, en 1969, à l’Université de Kinshasa (Zaïre), il s’était
attaché à mieux préciser sa politique linguistique: « Nous utilisons les uns et
les autres, du Congo au Sénégal, la langue française qui nous ouvre les
horizons de la civilisation moderne. C’est notre meilleur instrument pour
nous comprendre et pour développer notre coopération. Est-ce à dire que la
Francophonie exclut nos langues nationales et d’autres langues d’usage
comme l’anglais ? Nullement. Nous accordons une place légitime à nos
propres langues que nous avons décidé de transcrire et d’adapter aux
nécessités modernes. Car nous demeurons nous-mêmes, nous devons
conserver les vertus de l’humanisme nègre dont nos langues sont les
dépositaires. Notre problème comporte deux solutions convergentes et
complémentaires : nous enraciner dans nos valeurs de sensibilité, de
sentiment et d’imagination, nous ouvrir pour les intégrer, comme valeurs
instrumentales, aux apports intellectuels, méthodologiques et technologiques
de l’Europe ».

Je tiens à citer pour conclure sur ce point des extraits d’un texte peu connu
que Léopold Sédar Senghor a rédigé en janvier 1985, pour remercier Venise,
cette Vénus de l’Adriatique, de lui avoir attribué son prix international
« Lion d’Or » : « Je voudrais, pour éclairer ma poésie indiquer les influences
qui m’ont marqué…. Ma première source d’inspiration, je l’ai trouvée dans
la lecture des poètes romantiques, puis des parnassiens. Mais c’est Rimbaud
qui allait me marquer le plus profondément, qui se programmait nègre. Avec
Rimbaud, je revenais à l’Afrique noire, aux « chants gymniques » de mes
trois inspiratrices, mes « trois Grâces » comme je les appelle, trois poétesses
populaires de mon village…. Il me fallait aller aux sources en traduisant
moi-même une centaine de leurs « chants gymniques » qui sont des poèmes
de luttes et chantés à trois voix. C’est ainsi que j’ai révélé au monde, mais
dans une langue néo latine, le français, les valeurs de l’africanité, par delà
16celles de la Négritude, les trésors que nos ancêtres ont laissés en dépôt dans
nos consciences et, plus profondément, dans le subconscient des hommes
d’Afrique, qu’ils soient négro-africains ou arabo-berbères. C’est cet héritage,
repensé dans mon itinéraire culturel que traduit ma poésie, ce chant d’amour
à ma terre natale. »
De ce texte magnifiquement clair, je retiens, ce qui est à mes yeux un aspect
essentiel de la Francophonie, à savoir la traduction en français des langues
qui sont dominantes dans les populations des pays africains liés par la
Convention de Niamey. Je me réfère ici, à la définition de la Francophonie
que donne le philosophe Souleymane Bachir Diagne : « un humanisme de la
traduction ».

Ces rappels m’ont paru nécessaires pour que soit mieux connu et respecté le
message de Léopold Sédar Senghor concernant les problèmes compliqués
des relations entre le français et les langues africaines. Mais Pierre
Akinwande n’a pas tort de rappeler les inquiétudes de nombreux jeunes
intellectuels d’Afrique noire. Tant que leurs pays dépendront
fondamentalement des langues coloniales pour leurs activités socio-
économiques, politiques, scientifiques et techniques, ils se sentiront
dépendants des colons d’hier et bâtards. Il faut au moins que les systèmes
éducatifs assurent aux jeunes africains une maîtrise de leurs langues natales
avant d’aborder l’étude des langues étrangères qui devraient être réservées
aux échanges internationaux. Ainsi s’exprime une « néo-Négritude » dont les
dirigeants africains et la Francophonie doivent tenir compte.

Mais pour sortir de la minorisation des langues autochtones, les Etats
d’Afrique subsaharienne ne peuvent compter d’abord que sur les linguistes,
notamment africains, qui travaillent sur ces langues pour en faire réellement
des langues d’enseignement, de création scientifique. C’est ce que suggère
Pierre Akinwande, et c’est ce que pensait le Président Senghor.

Henri SENGHOR










17


































Avant-propos

« Littérature engagée ou littérature encagée ? »
Récemment, dans un entretien à propos de la parution de son dernier roman
1intitulé Mont Plaisant , le romancier camerounais Patrice Nganang a fait le
constat suivant : «La plus grande prison pour l’imagination des écrivains
africains aujourd’hui, c’est le français ». Le français vu comme langue de
l’ancien colonisateur, cela s’entend, à l’heure où d’autres constatent, à
l’instar de l’historien de la décolonisation Achille Mbembe, qu’est venu le
temps de reconnaître que le français est aussi devenu une langue africaine…

Ces deux réactions d’intellectuels africains du XXIe siècle mettent en
évidence deux dimensions, deux confrontations jamais éludées au fil de
l’histoire littéraire de ce que le professeur Jacques Chevrier rassemblait en
21974 sous l’expression de « Littérature nègre » : d’un côté une production
littéraire récente qui démarra dans les années 1930 renvoyant à un espace
géographique et une histoire en partage : l’Afrique subsaharienne et ses
anciens pays colonisés par l’Occident ; de l’autre toute une problématique
liée au rayonnement de la langue française en dehors de l’hexagone, ce
qu’on appelle la Francophonie au sens politique du terme, tel un vestige de
l’Europe vieillissante. Par-delà cette « contrainte » de la subsistance de la
langue du colonisateur dont certains écrivains aujourd’hui se départissent
volontairement, comme l’a fait le romancier sénégalais Boubacar Boris Diop
qui a publié son avant-dernier roman en wolof avant de le faire paraître
3quelques années plus tard en Français , il reste que l’histoire littéraire
africaine a été marquée et le demeurera a jamais par un courant de pensée
majeur : la Négritude, amorcée par Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et
Léon Gontran-Damas, qui symboliquement de par les origines de ces trois
hommes (sénégalais, martiniquais et guyanais), réconciliaient tout un pan de
l’histoire, ressoudaient les liens entre peuples opprimés et déportés au gré de

1 Éditions Philippe Rey, 2011
2 Première édition chez Armand Colin en 1974.
3 Les Petits de la guenon chez Philippe Rey en 2009, paru initialement au
Sénégal en wolof sous le titre Doomi Goloo en 2004.
19 quatre cents ans de Traite des esclaves. Par-delà cette fraternité, se sont
dessinés les fondements d’une esthétique commune défiant les continents et
les frontières dans l’expression et la célébration de la pensée noire et des arts
nègres.

L’étude de Monsieur Pierre Akinwande, qui lui-même est la preuve vivante
que l’on peut naître de langue anglaise et s’approprier le français comme
langue d’étude tout en ayant vécu et enseigné au Nigeria, est audacieuse
dans la mesure où elle confronte deux concepts diamétralement opposés, le
premier étant en premier lieu une démarche intellectuelle et esthétique (la
Négritude), le second étant essentiellement politique. Cet ouvrage a
l’impertinence, et c’est là sa grande qualité, de remettre en crise le
rayonnement de la langue française à la lumière de la pensée noire
aujourd’hui, au sein d’une Afrique décolonisée et globalisée. D’un point de
vue historique, il rappelle de manière précise les circonstances de la
naissance de l’un et l’autre concepts et en analyse scrupuleusement chaque
nuance. Que peut la négritude pour la francophonie ou bien que peut la
francophonie pour la négritude ? Un demi-siècle après les indépendances de
la plupart des pays africains francophones, cette question vient s’imposer
face à une nécessaire réhabilitation des langues endogènes au nom de la
complémentarité des savoirs et du dialogue des cultures que n’a jamais cessé
de défendre Léopold Sédar Senghor.

Nathalie PHILIPPE

















20
Introduction générale

Les termes ‘Négritude’ et ‘Francophonie’,
perspectives et problématiques

Négritude et Francophonie
Cette étude qui se situe dans le cadre des littératures francophones
comparées (regroupant à la fois, les littératures nationales des pays
d’expression française, et les littératures régionales –antillaise, magrébine,
subsaharienne, asiatique, européenne, canadienne-québécoise, etc.) s’avère
une étude synthétique et d’intertextualité portant sur l’évolution historique
de deux courants culturels et politiques : la négritude et la francophonie,
depuis les années de la colonisation. Les deux courants, apparemment
opposés par leurs origines et objectifs - l’une négro-africaine, prônant un
retour aux sources nègres, une revalorisation des valeurs culturelles
africaines et une révolte contre l’asservissement de l’homme noir, et l’autre
européenne, prônant la primauté de la culture européenne dans les pays
dominés - sont devenus d’une manière paradoxale, complémentaires sinon
submergées l’une par l’autre, à partir du millésime de soixante. Cela grâce
surtout à la contribution spécifique de Léopold Sédar Senghor, grand
défenseur, théoricien et philosophe de la négritude, devenu dans les années
soixante, le principal initiateur de la francophonie, et aux efforts d’Aimé
Césaire dont la théorie du « rendez-vous du donner et du recevoir », reprise
dans Cahier d’un retour au pays natal (1939), et surtout à travers son œuvre
dramatique, s’accordent avec les thèses senghoriennes du « métissage
culturel », et de la « Civilisation de l’universel », énoncées dans ses diverses
publications prosaïques.

La raison d’être de cette étude consiste à démontrer l’universalité et
l’humanisme de la civilisation négro-africaine, telle que présentée par les
poètes nègres d’expression française rassemblés à Paris en 1934, laquelle
s’intensifie au fil des années, à mesure de la complémentarité de la négritude
avec la civilisation européenne d’expression française dite « francophonie ».
Et c’est précisément cet apport universel de la négritude, apparemment
inaperçu jusqu’ici, lui donnant son actualité et sa vitalité, qui attire
principalement notre attention et nous inspire, nous Africains anglophones, à
travailler à une recherche de ce genre à Paris. C’est dans cette perspective
que le Nigéria, notre pays d’origine, souhaiterait faire partie intégrante de la
communauté francophone.

23 Corpus

Cette étude sur la littérature francophone comparée comporte trois parties de
douze chapitres. Elle a pour corpus de nombreux textes divisés en deux
groupes. D’une part, les ouvrages sur la négritude dont les recueils
poétiques, drames et récits de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et
Léon-Gontran Damas : Chants d’ombre (poésie, 1945), Hosties noires
(poésie, 1948), Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache en
langue française (1948), Chants pour Naëtt (poésie, 1949), Ethiopiques
(poésie,1956) , Nocturnes (poésie, 1961), Lettres d’hivernage ( poésie,
1973) , Paroles (extraits de prose,1973) , Elégies majeures (poésie 1979) ,
La Poésie de l’Action (essais 1980) et les Essais : Libertés I – V, de Léopold
Senghor ; le Cahier d’un retour au pays natal ( poésie, 1939), les Armes
miraculeuses (poésie, 1946), Discours sur le Colonialisme ( pamphlet,
1950), Et les Chiens se taisaient (1956), Ferrements ( poésie, 1959),
Cadastre ( poésie, 1961), La Tragédie du roi Christophe (théâtre, 1963),
Une saison au Congo (théâtre, 1966), Une tempête ( théâtre, 1968) , Moi,
Laminaire… (poésie, 1982) , Le Soleil cou coupé (1948), Corps perdu
(1950), La Poésie (1994) d’Aimé Césaire ; Pigments (1937), Retour de
Guyane (1938), Veillées noires (1943), Anthologie des Poètes d’expression
française (1900 – 1945), publiée en 1947, Poèmes nègres sur des airs
africains (1948), Graffiti (poésie, 1953), Black Label (1956), Névralgies, de
Léon-Gontran Damas ; Essais critiques sur la négritude par des écrivains
noirs et blancs (Lilyan Kesteloot, Wole Soyinka, Ahmadou Kourouma,
Stanislas Adotevi, Marcien Towa, Jacques Chevrier, et autres ) ; Articles, et
Thèses soutenues sur la négritude.

D’autre part, les ouvrages publiés sur la francophonie dont L’Année
Francophone Internationale (CIDEF-AFI), publication annuelle « devenue
4depuis 1992 l’ouvrage de référence obligé de la Francophonie » , suivie de
La Francophonie : Histoire, Problématique et Perspectives de Michel Tétu
(Hachette, Montréal, 1988), La Francophonie (Presses Universitaires de
France, Paris, 1995) de Xavier Deniau, Introduction à la Francophonie (Ed.
du Flamboyant et A.C.C.T, Cotonou/Paris, 1995) de Cyrille Sagbo, La
Francophonie en Afrique subsaharienne de Fabien P. Nkot et Joseph Paré
(dirigé par Michel Tétu, CIDEF-AFI, Québec/Paris, 2001), Francophonie au
pluriel (Textes réunis) de Justin K. Bisanswa et Michel Tétu (CIDEF-AFI,
Québec, 2003 ; les discours et rapports des Sommets francophones, les
discours de Senghor, Césaire, Charles de Gaulle, François Mitterrand,
Jacques Chirac, etc. sur la francophonie.

4 L’Année Francophone Internationale 2006, Dossier Thématique (CIDEF-AFI, Québec,
Paris, 2006, 325)
24Etymologie du terme ‘Négritude’

Le mot « Négritude » inventé par Aimé Césaire en 1934 mais employé
d’abord dans Cahier d’un retour au pays natal (Ed. Présence Africaine,
Paris, 1971, p.117, 137), et puis en 1945, dans Chants d’ombre de Léopold
Sédar Senghor : « Nuit qui fonds toutes mes contradictions, toutes
5contradictions dans l’unité première de ta négritude » , provient de deux
autres mots : ‘nègre’ (français) et ‘niger’ (latin). Aimé Césaire avait utilisé
au départ un autre vocable : ‘négrerie’ publié dans la revue L’Etudiant noir,
comme le titre d’un article, ‘La négrerie’, dans lequel le poète martiniquais
déclara en 1935 : « ce que veut la jeunesse noire, c’est la résurrection ».

eMontesquieu, philosophe français du 18 siècle, avait dans De l’Esprit des
Lois (1748 XV, 5), utilisé le mot ‘nègre’ d’un ton ironique pour défendre la
thèse de l’esclavage : « Ils sont noirs des pieds jusqu’à la tête, et ils ont le
6nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre » . Le mot ‘niger’,
lui aussi décrit tout simplement (en latin), « une personne noire ». Claude
Wauthier fait encore allusion à ce sens péjoratif du mot ‘nègre’ dans son
texte sur Léon-Gontran Damas, le poète guyanais formé à l’ethnologie au
Musée de l’Homme et chargé d’étudier les Nègres, cela dans Chronique
Livres. Dans cet article de Wauthier (en ligne), les Nègres sont décrits
comme des « Bosch », ce qui signifie, « les descendants des esclaves
marrons réfugiés dans la forêt vierge comme ceux du légendaire quilombo
de Palmares au Brésil au XVIIe siècle ».

Etant donné le sens péjoratif du mot nègre expliqué ci-dessus, il est vite
devenu en toute forme (adjectif et nom) valable aux yeux des Blancs pour
décrire l’homme noir à l’époque coloniale et même ultérieurement comme
un « sous-homme, dépourvu de raisonnement éclairé », un thème raciste
contesté dès 1900 par les Négro-étatsuniens. Dans son ouvrage, Les Poètes
7noirs des Etats-Unis , Jean Wagner cite deux événements regrettables :
d’abord, la théorie raciste de Thomas R. Dew, professeur d’histoire au
Collège de William et Mary, en Virginie, en 1932, que le Noir, étant doté
d’une intelligence d’enfant (l’ergo) et donc pas fait pour être libre,
l’esclavage était indiscutablement un bien, qu’il était profitable à la
prospérité de la Virginie et qu’il était le seul mode possible de coexistence
entre les races. Et ensuite, le postulat de la Cour suprême des Etats-Unis
dans l’affaire Dred Scoff en 1957, que les Noirs étant une classe d’êtres
inférieurs et subordonnés, « un Noir n’a pas de droits qu’un homme blanc ait
besoin de respecter ». Cette conception péjorative du mot nègre était aussi à

5 Léopold Sédar Senghor : Poèmes (Seuil, Paris, 1964,1973, 35)
6 Cité dans la préface à l’ouvrage : René Maran, Batouala (Ed. Magnard, Paris, 2002, 16)
7 ère Ed. Nouveaux Horizons, Paris, 1973, 1 édition, 1962, 11-12
25 l’origine de ce qui est devenu plus tard la « mission civilisatrice », présentée
comme la raison d’être de la colonisation occidentale.

Négritude, une théorie littéraire ?

Définie par Senghor comme « l’ensemble des valeurs culturelles du monde
8noir » , et plus tard, en 1971, « la découverte des valeurs noires et la prise
de conscience par le Nègre de sa situation » dans Liberté III : Négritude et
Civilisation de l’Universel (Ed. du Seuil, Paris, 1977, 274), et explicité
encore dans sa communication cette même année intitulée : ‘Problématique
de la Négritude’ publiée dans Léopold Sédar Senghor et la revue ‘Présence
Africaine’ (Présence Africaine, Paris, 1996, 76) comme « l’ensemble des
valeurs – économiques, et politiques, intellectuelles et morales, artistiques et
sociales – non seulement des peuples d’Afrique noire mais encore des
minorités noires d’Afrique, voire d’Asie et d’Océanie », et aussi par Césaire
comme « la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce
9fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture » , la
négritude conçue à la manière des véritables ancêtres négro-américains et
antillais dont notamment William E. B. Du Bois, Richard Wright, Langston
Hughes et René Maran, désigne tout simplement la reconquête de l’identité
des peuples noirs. Ce qui fait que hors du contexte purement culturel, ce
néologisme inventé par Aimé Césaire, soit, dès la veille de la seconde guerre
mondiale une idéologie politique, « un instrument de combat culturel le plus
efficace » pour le Noir à l’époque coloniale, selon Léon Damas, remettant
en cause la colonisation française et son instrument politique, l’assimilation.

Citons en l’occurrence des phrases de Damas, Césaire et Senghor : « … de
tout ce qui m’emmerde en gros caractères : colonisation, civilisation,
assimilation et la suite » dans le poème ‘Pour Sûr’ du recueil Pigments
(Présence Africaine, Paris, 2005, 53), et « que nul ne colonise
innocemment, que nul non plus ne colonise impunément, qu’une nation qui
colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est
déjà une civilisation malade… », dans Discours sur le Colonialisme , 1955, 15-16). Et Senghor non plus, n’épargne-t-il
le malaise de l’assimilation : « pour asseoir une révolution efficace, notre
révolution, il nous fallait d’abord nous débarrasser de nos vêtements
d’emprunt, ceux de l’assimilation, et affirmer notre être, c’est-à-dire notre
10.négritude »

8 Cité deux fois par Lilyan Kesteloot dans Les écrivains noirs de Langue française, naissance
d’une littérature (Ed. de l’université de Bruxelles, 1977, 110-111)
9 Discours de Verson, 1977, publié dans Liberté III : Négritude et Civilisation de
l’Universel (Seuil, 1977, 270)
10 Cité par Lilyan Kesteloot dans Les écrivains noirs de langue française, naissance d’une
26
Il s’agit donc chez les poètes de la négritude, non d’un refus irrationnel des
valeurs françaises et européennes auquel semble faire allusion Jacques
Chevrier (Hatier, Paris, 1990, 71), ni d’un « racisme antiraciste » comme
l’exprime Jean-Paul Sartre dans ‘Orphée noir’, mais plutôt, selon Lilyan
Kesteloot (Editions de l’Université de Bruxelles, 1977, 113), « d’une
exigence du Nègre, exigence de justice, de dignité et d’humanité », l’idée
même reprise par Annie Kareinay dans un article intitulé : « Il a 90 ans
Césaire » (2003), pour décrire la négritude comme « le mot pivot de la
reconquête de l’identité du Black, esclavagisé, colonisé, dépersonnalisé, nié,
anéanti, rabaissé, au rang des animaux, sans civilisation, sans histoire donc
sans langage », évoquant par là, la révolte de Léopold Sédar Senghor en
1956, lors du premier Congrès international des Ecrivains et Artistes noirs
tenu à la Sorbonne, Paris : « Les Colonisateurs légitimaient notre
dépendance politique et économique par la théorie de la table rase. Nous
n’avions, estimaient-ils, rien inventé, rien créé, rien écrit, ni sculpté, ni peint,
11 ni chanté ... »

Donc comme l’exprime Aimé Césaire dans Cahier d’un retour au pays natal
12(1939), la « charte de la négritude » , selon Dominique Combe, et « le
13manifeste de la négritude » , selon Yolaine Parisot dans son article
‘Francophonie culturelle dans la Caraïbe’, publié dans L’Année
Francophone Internationale 2006, les jeunes poètes de la négritude
voulaient non seulement en faire une « expression littéraire chargée de
14dénoncer la domination d’une race par une autre » , comme l’affirme Papa
Samba Diop, mais aussi et surtout « contribuer à la vie universelle, à
15l’humanisation de l’Humanité » , comme l’affirme Aimé Césaire. Pourtant,
il a fallu agir sur une base culturelle africaine, laquelle imposa sur Aimé
Césaire et Léon-Gontran Damas, selon Lilyan Kesteloot (2001), une
véritable « quête des sources ». Et voilà Césaire, comme les autres oracles de
la négritude, voué à assumer le rôle de libérateur des peuples opprimés :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma
16voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir »


ère littérature (Ed. de l’université de Bruxelles, 1977, 1 édition, 1963, 110)
11 Ibid.
12 Dans Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal - Etudes littéraires (P.U.F, Paris,
1993, 5)
13 Dossier Thématique (CIDEF-AFI, Paris, 339)
14 Dans sa communication au Colloque de l’Université Paris 13, 2000, publiée dans Léopold
Sédar Senghor : Africanité – Universalité (L-Harmattan, Paris, 2001, 99)
15 Cité dans l’article d’Aimé Césaire intitulé, ‘La négrerie’, publié dans la revue L’Etudiant
noir, en 1935
16 Cahier d’un retour au pays natal (Présence Africaine, Paris, 1971, 61)
27 Le poète martiniquais met l’accent sur l’action pratique, élément vital de sa
négritude, ce que de nombreux critiques reprochent à Léopold Senghor
comme le véritable enjeu poétique et politique, faisant de Césaire un parfait
mage hugolien, encore dans Cahier d’un retour au pays natal :

ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur
du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale
elle plonge dans la chair rouge du sol…
elle plonge dans la chair ardente du ciel
17 elle troue l’accablement opaque de sa droite patiente

La Francophonie

La Francophonie, aussi un néologisme utilisé couramment au XXe siècle
pour justifier les rapports entre la puissance coloniale française et ses alliés
nouvellement indépendants, est un concept difficile à définir, que nous
allons essayer d’examiner sur deux aspects, diachronique et synchronique.
Du pont de vue diachronique, il s’agit d’un concept linguistique et culturel
efrançais inspiré des poètes de la pléiade (16 siècle), qui, à travers leur
manifeste, La Défense et illustration de la langue française (1549) de Du
Bellay, exprimaient vouloir faire du français, en améliorant et enrichissant
son vocabulaire, l’une des meilleures langues du monde, outil-clé de
recherches intellectuelles comparable au grec et au latin. Cet effort est
renforcé davantage par l’inauguration de l’Académie Française (fondée par
le cardinal de Richelieu) en 1634, avant de devenir les années soixante, ce
qu’elle est aujourd’hui, un phénomène philosophique et politique regroupant
tous les pays entièrement ou partiellement de langue française sur la planète.

Il était donc question au début, selon Onésime Reclus (1837-1916),
géographe français (frère du célèbre géographe Elisée Reclus), qui inventa le
mot ‘francophonie’, dans son livre : France, Algérie et Colonies (Ed.
Librairie Hachette, Paris, 1880), des affaires purement linguistiques ayant
rapport « aux populations et aux pays qui à divers titres utilisent la langue
18française » , et chez Xavier Deniau, parlementaire français (député de
Loiret), et auteur du livre La Francophonie (Ed. P.U.F, Paris, 1995, 3), il
s’agit des « liens privilégiés entre les hommes et les peuples de langue
française », revêtant ainsi un caractère culturel, pour atteindre plus tard une
grandeur resplendissante d’ordre politico-culturel à l’avènement de la

17 Ibid. p. 117
18 Introduction à la Francophonie (Ed. du Flamboyant, A.C.C.T, Cotonou, Paris,
1995, 15) Cité dans Introduction
28francophonie institutionnelle et surtout l’inauguration du Sommet
francophone à Paris en 1986. Le titre officiel du Sommet : « Conférence des
chefs d’Etat et de gouvernements ayant en commun l’usage du français »,
devenant au Sommet d’île Maurice (16-18 octobre 1993) « Conférence des
19chefs d’Etat et de gouvernements ayant le français en partage » , titre
proposé par Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l’Académie française au
Sommet d’île Maurice.

Synthèse

Comment les deux courants s’entrecroisent-ils au fil de l’histoire avant de
finir par être complémentaires sinon s’imposer l’un à l’autre? Cela implique
de recréer les événements de la deuxième guerre mondiale au cours de
laquelle Senghor et Damas furent mobilisés comme des centaines de milliers
d’autres « tirailleurs sénégalais », et la créativité intellectuelle des poètes de
la négritude, laquelle s’accentuait durant les années de la décolonisation
malgré leur engagement politique aux Antilles comme en Afrique noire.

Voilà la négritude qui revêt une allure dynamique avant et après la guerre,
avec l’apparition de Pigments (1937) et Retour de Guyane (1938), deux
ouvrages de Léon-Gontran Damas jugés subversifs par le gouvernement
20français, l’un pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat » , et l’autre par
l’administration de la Guyane qui en acheta un grand nombre d’exemplaires
pour les faire brûler; et ensuite Cahier d’un retour au pays natal (1939) et
Discours sur le Colonialisme (1955), d’Aimé Césaire; œuvre collective des
deux auteurs caraïbes qui démystifie l’entreprise coloniale comme l’avait fait
Batouala de René Maran en 1921. En fait, si l’on en croit à une remarque de
Léopold Senghor en 1973, citée par Lilyan Kesteloot (Ed. Karthala-AUF,
Paris, 2001, 104) : « l’impulsion de Césaire contribua à radicaliser, à rendre
militante la jeune négritude ».
Mais à côté de la résistance de Damas et Césaire dont l’œuvre critique
provenait de l’extrême dégradation quasi-totale des peuples noirs des
Caraïbes, des faits sociaux brillamment évoqués par Frantz Fanon dans Peau
èrenoire, masques blancs (Enag/Editions, Paris, 1993, 1 édition, 1952),
parurent les recueils de poèmes et les essais de Léopold Sédar Senghor dont
l’allure modérée et conciliante tendait vers la réconciliation et le métissage
des deux cultures opposées : africaine et française, voire occidentale, en
l’occurrence la réciprocité de la négritude et autres consciences humaines. A
l’évidence, Senghor, député socialiste africain, monta à la tribune de

19 L’Année Francophone Internationale 2006, Dossiers Thématique (CIDEF-AFI, Paris,
2006, 326).
20 Cité par Daniel Racine dans Léon-Gontran Damas, l’homme et l’œuvre (Présence
Africaine, Paris, 1983, 58
29 l’Assemblée constituante le 18 septembre 1946 pour parler au nom du
groupe socialiste de sa vision du métissage culturel entre l’Afrique et
l’Europe voire le reste du monde, dans le contexte de l’Union française, et
dit entre autres :

Voilà le nœud du problème … Il ne s’agit pas pour nous – je parle,
pour un moment en tant que député socialiste d’Afrique – de coloniser,
de détruire la civilisation française, pas plus qu’il ne s’agit pour la
métropole de détruire nos civilisations originales en nous colonisant
.Il est question pour la métropole de féconder ses terres au moyen des
alluvions d’humanité que nous lui apportons et, pour nous, de nous
servir de cet esprit de technique qui fait la grandeur de l’Europe, et
21 de la France en particulier, pour mettre en valeur nos richesses…

Ce propos de Senghor, osons-nous dire, visait dans l’immédiat une
Fédération des Républiques françaises et africaines, d’égales importances,
qui servirait plus tard, après son quasi-échec sous la Communauté en 1958, à
construire une nouvelle civilisation mondiale à la française, portant le nom
« Francophonie », décrit par Senghor lui-même dans Liberté III : Négritude
et Civilisation de l’Universel (Ed. du Seuil, Paris, 1977, 183) comme étant
« une notion essentiellement culturelle ».

Précisant que la poésie de Senghor, conformément au propos ci-dessus,
depuis la publication de Chants d’ombre en 1945 jusqu’à celle du recueil
Elégies majeures en 1979, ne fait qu’évoquer constamment les valeurs
culturelles d’Afrique et d’Europe, lequel principe incarne sa théorie du
métissage culturel développée davantage dans les essais publiés entre 1964
et 1993 sous les titres de Liberté I : Négritude et humanisme, Liberté II :
Nation et voie africaine du socialisme, Liberté III : Négritude et Civilisation
de l’Universel, Liberté IV : Socialisme et planification, et Liberté V : Le
Dialogue des Cultures. Cette œuvre senghorienne est indéniablement liée à
sa thèse poétique énonçant son optique politique d’une « civilisation
nouvelle accordée à l’Afrique et au monde au XXe siècle ».

S’exprimant encore dans l’introduction de l’ouvrage : Liberté 1, Négritude et
Humanisme (Ed. du Seuil, Paris, 1964, 9) sur l’objectif ultime de la pléiade
de la négritude en dehors du stade historique de la colonisation, Léopold
Senghor dit :

Pour nous, notre souci, depuis les années 1932-1934, notre unique
souci a été de l’assumer, cette négritude, en la vivant et l’ayant vécue,

21 Extrait tiré de L’Europe de Léopold Sédar Senghor, de Christian Roche (Editions
Privat, Paris, 2001, 36)
30 d’en approfondir le sens. Pour le présenter, au monde, comme une
pierre d’angle dans l’édification de la Civilisation de l’Universel, qui
sera l’œuvre commune de toutes les races, de toutes les civilisations
différentes – ou ne sera pas. C’est en cela que cette négritude ouverte
est un humanisme. Elle s’est enrichie, singulièrement des apports de
la civilisation européenne, et elle l’a enrichie…

D’où l’humanisme de la poésie et de l’éthique noires, thème soutenu par
Césaire même dans Cahier d’un retour au pays natal (1939) et dans son
théâtre, notamment Et les Chiens se taisaient (1956), lequel est offert en
échange culturel aux Occidentaux comme aux Asiatiques, et assimilé par
Senghor à la francophonie, définie par lui comme : « L’Humanisme intégral
qui se tisse autour de la terre ; la symbiose des énergies dormantes de tous
les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur
complémentaire », cela dans son article : « Le Français, langue de culture »,
publié en 1962 dans un numéro spécial de la revue Esprit intitulé : « Le
Français dans le monde ». Cet humanisme tendant à rapprocher l’Afrique
ancestrale aux autres races du monde, Robert Desnos a pu dégager dans
Pigments, recueil de poèmes de Léon-Gontran Damas, à ce qu’il en dit dans
sa préface à la première édition de 1937 publié à compte d’auteur : « Ces
poèmes sont donc aussi un chant d’amitié offert, au nom de toute sa race, par
mon ami, le nègre Damas, à tous ses frères blancs. Un don de la savane à
l’usine, de la plantation à la ferme, de la fabrique tropicale à l’atelier
européen ».

Ainsi naquit le nouveau rassemblement culturel dit « francophonie mondiale
22 » , terme utilisé par le ministre d’Etat québécois, Marcel Masse, dans son
allocution à la première Conférence des pays entièrement ou partiellement
de langue française de Niamey (17 – 20 février 1969), une famille politico-
culturelle des pays d’expression française, le second plus grand bloc
linguistique sur la planète après le Commonwealth britannique, c'est-à-dire,
une entreprise gigantesque issue d’une concertation d’efforts de nombreux
intellectuels et hommes politiques des pays d’expression française. D’une
part, il y a le président Senghor et ses homologues africains, Habib
Bourguiba (Tunisie) et Hamani Diori (Niger), dont l’effort conjoint
transforma en 1965, l’Union africaine et malgache, en l’Organisation
Commune Africaine et Malgache (l’OCAM), organe décrit par Xavier
23Deniau comme « le nœud des projets francophones » , posant ainsi les
fondements pour l’inauguration à Niamey le 20 mars 1970 de la
prépondérante Agence de Coopération culturelle et technique (ACCCT).

22 Cité dans Introduction à la Francophonie de Cyrille Sagbo (Ed. du Flamboyant et
A.C.C.T, Cotonou, Paris, 1995, 25)
23 La Francophonie (P.U.F, Paris, 1995, 53)
31 D’autre part, on a les présidents français, Charles de Gaulle, François
Mitterrand, Jacques Chirac et leurs ministres, en particulier André Malraux,
24et Alain Decaux , avec le premier Ministre du Québec, Jean Jacques
Bertrand et ses successeurs, sans compter les nombreux écrivains attirés des
différents pays francophones dont l’effort inlassable aboutit à la création des
diverses associations et agences francophones, voire la francophonie
institutionnelle.

Michel Tétu, auteur de La Francophonie : Histoire, Problématique et
Perspectives (Hachette, Montréal, 1988) et président du CIDEF –AFI, a bien
précisé à juste titre dans ses « Grandes Dates/Figures de la Francophonie »,
publiées dans L’Année Francophone Internationale 2006, Dossier
Thématiques (CIDEF-AFI, Québec, Paris, 324, 328), la volonté et le rôle
fondamental joué par les trois présidents non français : Senghor, Bourguiba
et Diori, « les trois grandes figures de la francophonie à ses origines », et eux
mêmes les « Africains, qui ont présidé à la naissance de la Francophonie »,
vues leur impulsion visionnaire et leur détermination, à un moment où le
président De Gaulle et ses proches en exprimaient des réserves.

Aussi, Jacques Leprette, a-t-il rendu hommage dans son article : « Les
Sommets de la Francophonie : une constellation souveraine », Actes de
25Colloque : « La langue française à la croisée des chemins » , aux illustres
« avocats historiques d’un regroupement francophone (Léopold Sédar
Senghor, Habib Bourguiba, Hamani Diori) », en particulier Léopold
Senghor, qui « était intervenu, à maintes reprises, dans ce sens auprès du
Général de Gaulle », alors que ce dernier « avait fait la sourde oreille ».

Problématiques et paradoxes

La Francophonie politico-culturelle et institutionnelle ainsi née à la fin du
XXe siècle, à une époque où Léopold Sédar Senghor, son génie créateur, élu
premier Académicien noir et nommé vice-président du Haut Conseil de la
26Francophonie en 1984, s’est consacré jusqu’à son dernier souffle, à
l’élaboration et l’enrichissement du vocabulaire français au sein de
l’Académie française, quel espoir y a-t-il pour la survie du patrimoine
culturel des Noirs de la diaspora dont les langues nationales restent
submergées quasi-totalement par le français, qui reste toujours la langue
officielle et d’enseignement dans les Etats africains dits indépendants ? Et

24 André Malraux, ministre d’Etat, chargé des Affaires culturelles sous la présidence de
Charles de Gaulle, et Alain Decaux, ministre français de la Francophonie sous le président
François Mitterrand
25 Publié par Fondation SINGER-POLIGNAC (L’Harmattan, Paris, 1999, 24)
26 Selon Michel Tétu (Hachette, Montréal, 1988, 121)
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