//img.uscri.be/pth/fea6c2633db1809d07612ffb2efbcf52ba490f7c
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Nietzsche et l'Europe

De
110 pages
Qui se cache derrière le "bon Européen" de Friedrich Nietzsche ? Le philosophe développe cette idée lorsqu'il commence à envisager la culture dans une perspective dépassant les nationalismes menaçants de la fin du XIX° siècle. L'analyse généalogique qu'il en propose lui permet de souligner la maladie de la culture européenne, le nihilisme, et de rappeler les Européens à leurs responsabilités devant l'avenir de leur continent, question toujours d'actualité.
Voir plus Voir moins

Nietzsche et l'Europe: « Nous autres, bons Européens»

Collection « Inter-National»
dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin, FrançoiseDekowski et Marc Le Dorh. Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l'œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l'histoire et de l'anthropologie, el1e se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Série Sciences-Po Strasbourg (accueille les meilleurs mémoires de l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg) : C. Mariotte, 1.'Europe centrale et le protocole de Kyoto sur les changements climatiques, 2006 A. Roos, Les athlètes africains-américains et les mouvements pour l'égalité raciale, 2006. H. Malikova, V. Poirier, Les investissements français en République tchèque: le cas des P.ME. M. Michaut, Cuba :l'encadrement idéologique et social face à la politique de déstabilisation des Etats-Unis. M. Lange, 1.'Autriche: un État neutre dans l'Union Européenne. A. Rancurel, Le commerce équitable entre l'Europe et l'Amérique latine. A. Adam, La lutte contre le terrorisme. Étude comparative: Union européenne - EtatsUnis. D. Rol1and (coord.), 1.'Espagne et la guerre du Golfe. D'Aznar à Zapatero. Démocratie, violence et émotion. M. Decker, Structures et stratégies des compagnies aériennes à bas coûts. M. Henry, Tchétchénie : la réaction du conseil de l'Europe face à la Russie. S. Huguenet, Droit de l'asile: le projet britannique d'externalisation. M. Leroy, Les pays scandinaves de l'Union européenne. l-P. Peuziat, La politique régionale de l'Union Européenne. M. Plener, Le livre numérique et l'Union européenne.
A Roesch, 1. 'écocitoyenneté et son pilier éducatif le cas français.

Pour tout contact : Denis Rolland, denisrolland@freesurf.1T Françoise Dekowski, fdekowski@freesurf.1T

Marc Le Dorh,marcledorh@yahoo.fr

Gérald Alvoët

Nietzsche et l'Europe: « Nous autres, bons Européens»
Préface de Michel Fabréguet

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinsbasa

Konyvesbolt KossuthL. u. 14-16

Fac..des

Sc. Sociales, Pol et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinsbasa - RDC

1053 Budapest

Université

L'Harmattanllalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 l2B2260 Ouagadougou 12

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fi" harmattan 1@wanadoo-fi({;) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01928-5
EAN : 9782296019287

SOMMAIRE
PRÉFACE
INTRODUCTION.

...
. .. . .. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ....

7

II 21 22 30 41 43 60
69 70 83 97 103 109

CHAPITRE 1 PERCEVOIR LA PROMESSE DU NIHIUSME EUROPEEN.................. J. Nietzsche« medecin de la civilisation »......................................... 2. Le dépassement du nihilisme par le « bon Européen»......................

CHAPITRE 2 PAR-DELA LA NATION ET L'EGAUTE, L' «EUROPE UNE» ............ J. Prendre acte de l'affaiblissement des Nations .....

2. Soutenir l'égalitarisme comme« dressage »...................................
CHAPITRE 3 LA POUTIQUE DE L'A VENIR POUR UNE EUROPE DYONISIAQUE... J. L'art de la « grande politique »................................................... 2. Régénérer la culture européenne..................................................
CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE TABLE DETAILLEE...................................................................... .... ...

PRÉFACE
Europe et déficit démocratique

Il est devenu banal de constater que le débat sur l'unification européenne tend à opposer le peuple à ses élites, comme le résultat du référendum du 29 mai 2005 sur la constitution européenne l'a judicieusement rappelé: le oui, assez largement majoritaire chez les cadres et les diplômés de l'université, s'est heurté à la résistance victorieuse des classes populaires confrontées, au quotidien, aux effets néfastes de la mondialisation libérale. Mais dès l'entre-deux-guerres déjà, le comte Richard de Coudenhove-Kalergi, champion de l'idée de Pan Europe, avait renoncé à exercer une action de masse sur l'opinion publique, qu'il savait gagnée par le nationalisme et le chauvinisme au lendemain d'un premier conflit mondial qui avait durablement affaibli le continent européen: il concentra délibérément son action de

propagande, avec d'ailleurs un certain succès, sur les élites tant
politiques que littéraires. C'est sans doute dans cette perspective qu'il faut s'attacher à redécouvrir, en prenant connaissance de l'excellent travail de Gérald Alvoët, l'idée que Nietzsche se faisait du «bon Européen» ou plus exactement des «boI1.s Européens », car celui-ci s'y inclut d'emblée par un «Nous autres» délibérément élitiste. Après avoir célébré, comme de nombreux patriotes, y compris dans les rangs des libéraux, la victoire de Bismarck dans la guerre de 1866, promesse d'une unité allemande tant attendue et espérée, mais après avoir pris ses distances avec Wagner, Nietzsche devint un virulent détracteur de la Prusse Allemagne bismarckienne dont il ne cessa, parvenu à l'âge de la maturité, de dénoncer le matérialisme vulgaire, l'esprit philistin, le culte aveugle de la force militaire et même le nationalisme raciste. Dans le même temps, mais bien à contretemps dans une Europe en proie aux déchirements du confit des nationalités, il appela à une unification européenne qui lui semblait un processus

inévitable. Mais Nietzsche peut-il être considéré pour autant comme un théoricien de l'idée européenne? La réponse est délicate puisque, comme le souligne Gérald Alvoët, Nietzsche ne fait pas de l'Europe un objectif essentiel en soi et que l'idée du «bon Européen» reste étroitement imbriquée dans son propre cheminement philosophique. Car le « bon Européen» participe au dépassement de l'homme et doit favoriser l'avènement du Surhomme, dont il reste une forme inachevée et transitoire, de la même manière qu'il doit participer au dépassement de l'État-nation comme forme de l'organisation sociale des peuples. Les «bons Européens» sont des êtres d'exception qui ont participé à la formation de la civilisation européenne, à l'exemple de Napoléon 1er qui, rejetant l'esprit nationaliste et égalitaire de la Révolution française, apparaît à Nietzsche comme une des figures du « bon européanisme ». La conception du «bon Européen» ne saurait de surcroît être séparée de sa dénonciation des impasses du nationalisme, de la démocratie, cette ruse des faibles, et plus encore du socialisme, cette tyrannie extrême des médiocres et des sots. Devant le risque présenté par l'émergence du dernier homme, emblème de la morale du troupeau, les «bons Européens» doivent au contraire se construire en faisant appel à leur sentiment de puissance et à leur désir. A la «petite politique» du nationalisme et de l'égalitarisme qu'il dénonce violemment, Nietzsche oppose ce qu'il appelle une « grande politique », qui est en fait un art capable de renouer avec une culture authentique, comme la tragédie grecque. Et l'on trouve chez Nietzsche cette affirmation forte que l'intégration européenne ne peut être envisagée sans fondement culturel et sans création artistique. Nietzsche, on le comprend, reste une référence incontournable de notre débat politique contemporain lorsqu'il pose, à sa manière, les questions essentielles de la relation du peuple à ses élites ou du lien entre culture et politique dans le processus de l'intégration européenne. Cet ouvrage est issu d'un mémoire préparé sous notre direction à l'Institut d'Études Politiques de Strasbourg: il se distingue indubitablement par la fermeté et la sérénité du ton alliées à la solidité de l'érudition ainsi qu'à la sûreté et la finesse des analyses. En délimitant dans l'ensemble de l'œuvre de Nietzsche, qu'il ne pouvait bien sûr prétendre embrasser dans le cadre forcément restreint de la préparation d'un mémoire de fin d'études, un COl]JUS textes de de rétërence, Gérald Alvoët s'est scrupuleusement conformé à la 8

déontologie de la recherche universitaire. Il faut donc se féliciter de ce que la série Première synthèse de la collection Inter-National des éditions l'Harmattan puisse accueillir et donner notoriété à ce travail prometteur, qui doit inciter aussi son auteur à s'engager plus avant dans la voie de la recherche. Michel Fabréguet Professeur d'histoire contemporaine IEP de Strasbourg'

9

ABBREVIATIONS CI FP CS HTH OPC PBM Za Considérations Inactuelles Fragments Posthumes Le gai savoir Humain, trop humain Œuvres philosophiques complètes Par-delà le bien et le mal Ainsi parlait Zarathoustra

10

INTRODUCTION

Je m'arrête, car je me retrouve au seuil de la question qui me tient au cœur plus que toute autre, au seuil du «problème européen» tel que je l'entends, je veux dire de la sélection d'une caste nouvelle destinée à régner sur l'Europe. J

Le 3 I mai 2003, Jürgen Habermas et Jacques Derrida publient conjointement dans le journal Libération2 un appel à assumer une responsabilité intellectuelle dans l'espace public en faisant de l'Europe un objet de préoccupations aussi bien politiques que philosophiques. Ce devoir de contribution au débat sur l'identité européenne était une responsabilité jusqu'alors négligée, et cet appel fut suivi par un certain nombre d'intellectuels prestigieux visant à favoriser la réflexion sur l'unification européenne. À travers cet appel les deux philosophes espéraient dynamiser concrètement l'intégration européenne en lui donnant une consistance à l'échelon citoyen. Plus d'un siècle auparavant, Friedrich Nietzsche appelait de tous ses vœux l'avènement d'un «nouveau type d'hommes », des hommes qui auraient eux aussi pour mission de donner un véritable sens à une Europe dont le philosophe pressentait déjà l'unification. Cet autre appel à une élite, celle des «bons Européens », façonne une perspective suffisamment frappante pour tenter d'en faire une contribution au débat actuel sur le sens à donner à l'Union Européenne, une entité dont l'image est rendue floue par ses mouvements hésitants, mais c'est plus généralement l'idée d'Europe en tant que telle qui peine à s'affirmer malgré un évident et imposant héritage culturel.
I. Friedrich
Livre de

Nietzsche,
2000,

Par-delà
VIII,

le bien et le mal, Prélude à une philosophie
p. 301.

de l'avenir,

Paris,

poche,

2. Jürgen Habermas et Derrida, «Europe: commune », Libération, samedi 31 mai 2003.

* Jacques

25],

plaidoyer

pour une politique

extérieure