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O.N.G. et humanitaire

276 pages
Les acteurs dont il est question ici sont d'une part des protagonistes de l'aide internationale (ONG humanitaires et de solidarité, agents du Ministère français de la coopération…), d'autre part des associations envisagées de façon plus générale, en tant qu'elles revendiquent le label d'ONG, qu'elles tentent de s'approprier celui d'ONG humanitaire, ou enfin qu'elles appartiennent à des coalitions d'ONG. Ce livre se concentre sur les représentations que ces acteurs projettent dans l'espace public.
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O.N.G. ET HUMANITAIRE

Logiques politiques Collection dirigée par Yves Surel
Créée en 1991 par Pierre Muller, la collection « Logiques politiques» a pour vocation principale de publier des ouvrages de science politique, ainsi que des livres traitant de thématiques politiques avec un autre angle disciplinaire (anthropologie, économie, philosophie, sociologie). Elle rassemble des recherches originales, tirées notamment de travaux de doctorat, ainsi que des ouvrages collectifs sur des problématiques contemporaines. Des séries thématiques sont également en cours de développement, l'une d'entre elles visant à publier des ouvrages de synthèse sur les systèmes politiques des États-membres de l'Union européelll1e.

Dernières parutions

Patrick QUANTIN (dir.), Voter en Afrique, 2004. A. LAURENT, P. DELFOSSE, A-P. FROGNIER (dir.), Les systèmes électoraux: permanences et innovations, 2004. Sophie JACQUOT et Cornelia WOLL (dir.), Les usages de l'Europe. Acteurs et transformations européennes, 2004. Béatrice BLANCHET, La toge et la tribune: engagements publics des classicismes français et britanniques du U siècle, 2004. Eric DARRAS et Olivier PHILIPPE (dir.), La science politique une et multiple, 2004. Michèle TALLARD, Action publique et régulation de branche de la relation salariale, 2004. R. DEROUSSE (sous la dir.), L'Europe sans Bruxelles ?, 2004. B. DOLEZ et D. PARIS, Métropoles en construction: territoires, politiques et processus, 2004. Stéphane LA BRANCHE et Lawrence OLIVIER, Enseigner les sciences sociales. Expériences de pédagogie universitaire, 2004. Alexandra IONESCU et Odette TOMESCU-HATTO, Politique et société dans la Roumanie contemporaine, 2004.

Sous la direction de

Johanna Siméant et Pascal Dauvin

O.N.G. ET HUMANITAIRE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Des mêmes auteurs

Dauvin (P.), Siméant (J.) & CAHIER, Le travail humanitaire. Les acteurs des ONG du siège au terrain, Paris, Presses de Sciences Po, 2002. Siméant (J.), La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998.

@ L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-6586-6 EAN : 9782747565868

Cet ouvrage regroupe huit des seize contributions, retravaillées, au colloque international « Ong et action humanitaire: entre militantisme transnational et action publique », tenu à La Rochelle les 12 et 13 avril 2001. Deux autres contributions ont été publiées dans le numéro 48 de Genèses (septembre 2002) consacré aux « Secours du religieux ». Cf. Bellion-Jourdan (J.), «Le médecin, le militant et le combattant: figures contemporaines de l'engagement dans la "solidarité islamique" (al-ta 'awun al- tislami) », et Mabille (F.), «L'action humanitaire comme registre d'intervention de l'Eglise catholique sur la scène internationale. L'exemple du CCFD ». Cet ouvrage ainsi que le colloque dont il a été tiré ont bénéficié du soutien de la région Poitou-Charentes au travers de son programme Com' Sciences, ainsi que de celui d'une Action Concertée Jeune Chercheurs du Ministère de la Recherche. Il a bénéficié également du soutien organisationnel de la MSHS de l'Université de La Rochelle. Nous tenons à remercier ces trois institutions pour leur soutien, et tout particulièrement Nathalie Garreau pour son investissement dans l'organisation du colloque de La Rochelle. Merci enfm à Marc Deman du CERAPS (Lille 2) pour son travail éditorial.

ONG et humanitaire
Johanna SIMÉANT*

Les acteurs collectifs dont il est question ici sont d'une part des protagonistes de l'aide internationale (ONG humanitaires et de solidarité, agents contractuels du Ministère français de la coopération. ..)l, d'autre part des ONG envisagées de façon plus générale, en tant qu'elles revendiquent le label d'ONG2, qu'elles tentent de s'approprier celui d'ONG humanitaire3 ou, enfin, qu'elles appartiennent à une coalition majoritairement composée d'ONG4. Si toutes ne sont pas internationales au sens où elles auraient des sections dans plusieurs Etats, toutes ces organisations, au moins, interviennent dans un cadre international. Le cadre de leur étude (<< ONG et action humanitaire: entre militantisme transnational et action publique»)5, pour large qu'il soit, désigne en même temps ce qui faisait l'intérêt de les réunir: la situation particulière de ces ONG dont l'action renvoie à la fois à des activités concrètes à dimension parfois très gestionnaire, de l'ordre des politiques publiques, et aussi à une prise de parole, parfois protestataire, plus caractéristique des organisations militantes que des guichets du Welfare State. Cet ouvrage traite donc à la fois:

-

d'un ensemble

de représentations

et de pratiques

par lesquelles

le

monde occidental saisit la misère en son sein et en dehors de lui, ce qui engage aussi bien des politiques publiques internationales que cela rallie des acteurs, étatiques et non étatiques, s'identifiant à la cause humanitaire,

-

et d'une

catégorie

spécifique

d'acteurs

-

«ONG»,

«société

civile »... -, dont la définition s'exprime d'abord en négatif (ce qui
* Johanna (CERAPS). Siméant est professeure de science politique à l'Université de Lille 2

1. Dans les textes de Pascal Dauvin, Philippe Juhem, Julien Meimon, Philippe Mesnard ainsi que dans le texte collectif de Marie-Hélène Lechien et Laurent Willemez. 2. Texte de Dorothée Meyer. 3. Dans le cas du Rotary Club étudié par Sandrine Gousset. 4. En l'occurrence, dans le texte d'Elena Aoun et Joël Ficet, la coalition française pour la Cour Pénale Inten1ationale. 5. Titre du colloque qui les réunissait. Tous les auteurs de cet ouvrage sont politistes, à l'exception de Dorothée Meyer, juriste en droit public international, et de Philippe Mesnard, professeur de littérature moderne.

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n'est pas l'Etat, ni le marché, ni la famille). Cela peut avoir pour effet d'en faire varier les définitions au gré, d'une part, de la place laissée à ces institutions selon les sociétés et, d'autre part, de la façon dont les acteurs eux-mêmes entendent se distinguer, ou non, de ces derniers. Pour peu que l'on tente de donner une définition plus positive à cette catégorie, en se fondant sur l'idée d'une sociation volontaire, il importe alors de distinguer ce qui renvoie véritablement à une dimension volontaire de ce qui relève davantage de l'institué dans ces organisations. Ce sont précisément les intersections potentielles entre ces dimensions qui nous intéressent. Plus qu'à se fonder sur une problématique unifiée, l'ensemble des travaux regroupés ici a vocation à ouvrir un ensemble de pistes de recherches, à la fois empiriques et théoriques. Elles renvoient aussi bien aux enjeux de définition des termes d'humanitaire et d'ONG, qu'à l'analyse des carrières militantes des acteurs de l'aide internationale, à l'approche des mobilisations humanitaires et de droits de I'homme, ou enfin à la question de la représentation humanitaire.

Catégories d'acteurs ou types de pratiques? Profusion et prophétisme n'apparaissent pas comme les moindres des maux qui frappent la littérature consacrée, en sciences sociales, aux ONG, à I'humanitaire et à tout ce qui, de près ou de loin, se rattache au vocable de la « société civile »6. Cette profusion et ce prophétisme ont en effet des causes, à la fois issues du monde réel qu'il s'agit ici de désigner, et en même temps très révélatrices de certaines logiques du travail académique. La profusion des travaux, si elle procède d'un engouement académique légitime pour un ensemble de phénomènes perçus comme nouveaux, aboutit souvent au malentendu. Le recours à certains termes - société civile, humanitaire, advocacy 7. .. - voire à certains
6. Siméant (l), «Un humanitaire Hapolitique"? Démarcations, socialisations au politique et espaces de la réalisation de soi », in Lagroye (l) (dir.), La politisation, Belin, 2003, p. 163-164. 7. Keck (M.), Sikkink (K.), Activists Beyond Borders. Advocacy Networks in International Politics, Ithaca, Cornell University Press, 1998 ; Keck (M.), Sikkink (K.), «Social Movements and Transnational Advocacy Networks », in Meyer (D.), Tarrow (S.), (eds.), Towards a Movement Society? Contentious Politics Jor a New Century, Boulder, Rowman and Littlefield, 1998, p. 217-238. Jonathan Fox souligne la difficulté de traduire advocacy (il fait dans son cas référence à l'espagnol), en raison de

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sigles - TSMO (Transnational Social Movement Organization), ONG, pva (Private Voluntary Organization)... - tient plus souvent lieu de signe de reconnaissance entre chercheurs sur des objets empiriques proches, qu'il ne désigne des façons théoriques commensurables de les traiter. C'est ainsi que le modèle d'une société civile définie comme vaste friche entre Etat et marché pèse implicitement sur nombre de travaux: mais les « limites» entre le marché et l'État n'étant jamais les mêmes selon les sociétés, il y a fort à parier que cet « entre-deux », fut-il ramené avant tout aux associations, ne désignera jamais la même chose. Dans le même ordre d'idée, on constate un curieux décalage selon que I'hypothèse d'une société civile correspondant à l'avènement d'une communauté politique est appliquée à l'espace national ou international8. Enfin, Sidney Tarrow souligne que les auteurs se référant aux « mouvements sociaux transnationaux »9 traitent en fait, le plus souvent, d 'ONG aux pratiques fort modérées. Dès lors, il suggère, plutôt que de s'épuiser à classer les mouvements par les buts qu'ils s'assignentIO, de mieux envisager leurs modes d'action. On est moins, ici, confronté stricto sensu à des « mouvements sociaux transnationaux» qui s'inscriraient de façon soutenue Il dans la contestation des autorités, qu'à la participation épisodique de certaines de ces organisations à des mobilisations protestataires. Une large part de leur action s'inscrit

la très forte origine juridique du terme et du fait qu'il désigne en anglais, aujourd'hui, l'intervention auprès des autorités au nom de tierces parties. Fox (1.), «Vertical1y Integrated Policy Monitoring: A Tool for Civil Society Policy Advocacy», Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 30 (3), 2001, p. 616-627. 8. II est frappant, comme le remarque Jackie Smith, que les définitions de la société civile transnationale et nationale diffèrent tant. Les analystes de la première y incluent les associations politiques orientées vers le changement social et voient dans ces dernières la preuve de l'émergence d'une « société civile transnationale ». A l'inverse les analystes de la société civile nationale les ignorent, car ils tiennent pour acquise l'existence d'une communauté politique nationale, et se concentrent davantage sur les associations capables de générer du «capital social ». Smith (J.), «Global Civil Society? Transnational Social Movement Organizations and Social Capital », American Behavioral Scientist, 42 (1), 1998, p. 94. 9. Smith (1.), Chatfield (C.), Pagnucco (R.) (eds.), Transnational Social Movements and Global Politics. Solidarity Beyond the States, New York, Syracuse University Press, 1997. 10. Tarrow (S.), «Transnational politics: contention and institutions in international politics", Annual Review of Political Science, 4, 2001, p. 1-20. Il. Tarrow (S.), «La contestation transnationale », Cultures et Conflits, 38-39, étéautomne 2001, p. 187-223.

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plutôt dans la mise en œuvre de programmes au loin, souvent sur le mode de la sous-traitance contractuelle pour des acteurs publicsl2. En définitive, l'internationalisation croissante de la recherche 13, si elle aboutit à des échanges souvent stimulants, ne favorise pas toujours la subtilité dans la communication des idées. Le chercheur se voit presque par définition amené, pour trouver un langage commun, à amputer ses objets d'étude de tout ce qui en fait autre chose que des sigles mais au contraire des objets qui ne sont jamais totalement détachables de leurs ancrages socio-historiques. De plus, le développement exponentiel de la littérature sur ces questions 14 peut donner de confortables prétextes à qui valorise moins l'ancrage empirique des démonstrations que l'exhaustivité biographique. Le problème est redoublé par la difficulté des terrains de recherche dans l'international. On ne fait pas seulement référence ici à la difficulté matérielle de ces terrains (risques, problèmes de financement...) 15, parfois plus choisis pour leur faisabilité que leur intérêt. Le problème est aussi celui de la délicate identification des lieux pertinents de l'observation 16,ou plus exactement, car il n'est pas évident qu'il existe des sites d'observation a priori pertinents, qu'à l'identification, à partir d'observations localisées, de chaînes causales impliquant la prise en compte d'autres sites d'enquête parfois très éloignés. Ainsi, à moins de considérer que les ONG ne méritent d'être observées que dans leurs pays d'origine, et que (proposition difficilement tenable) ce qu'elles font dans les couloirs d'une organisation internationale ou sur le terrain n'est qu'une application des décisions « du siège» et n'a aucun effet sur leur identité, à moins de se limiter à reprendre ce que les ONG indiquent sur leur site web et
12. Sur cette question, cf. Smith (S. R.), Lipsky (M.), Nonprofitsfor Hire: the Welfare

State in the Age of Contracting, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1993. 13. Qui suppose le recours à l'anglais comme langue véhiculaire, et génère un impératif de publication, à un rythme accéléré, dans l'espace nord-américain, et à partir de problématiques et de concepts au moins compatibles avec ceux des chercheurs de cet espace. Dans le pire des cas seront seulement adoptés de façon opportuniste quelques signes allusifs aux problématiques en cours dans cet espace (et notamment des sigles). 14. Qui dans ce domaine précis n'est pas le monopole des universitaires puisque les acteurs des ONG et de l'humanitaire sont des auteurs particulièrement prolifiques. 15. Encore que les crédits de recherche des laboratoires deviennent dans ce cas une variable déterminante internationalisés. 16. Le travail de de la capacité terrain, à enquêter relatif de façon satisfaisante aux ONG sur des objets pose

notamment

internationales,

des problèmes démultipliés de choix du lieu pertinent d'observation. Cf. Markowitz (L.), «Finding the field: Notes on the ethnography of NGOs », Human Organization, 60 (1), Spring 2001, p. 40-46.

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leurs prospectus, à moins de poser la culture de ces organisations comme un donné stable, étudier ces acteurs engage des stratégies complexes, plus délicates que celles que supposent des objets purement «internes» 17. Si c'est le propre des sciences sociales que d'engager une théorie dans la façon de saisir leurs objets empiriques, on peut alors se désoler de la façon dont les mouvements sociaux transnationaux, ONG et autres incarnations de la société civile sont étudiés, souvent en négligeant leurs ancrages sociaux, 1'historicité des phénomènes et contextes dans lesquels ils se manifestent, ainsi que les termes par lesquels ils se désignent eux-mêmes. Les travaux ici présentés s'appuient touslB sur des enquêtes de terrain procédant au minimum par entretiens, et dans certains cas par observation sur plusieurs sites, dont le lieu d'intervention des ONG envisagées19 (le Kosovo dans le cas du texte de Pascal Dauvin) ou les archives à l'étranger de l'organisation envisagée (les archives du Rotary Club à Evanston dans le texte de Sandrine Gousset). Des enquêtes à sites multipliés sont un moyen d'aller au-delà des métonymies, et d'approfondir ce qu'un sigle désigne. On faisait allusion à la profusion mais aussi au prophétisme. Ce dernier engage à la fois une théorie du sens de I'histoire et, de façon liée ou à non à ce sens, une tentation normative. Certes, comment, pour ce qui concerne le premier aspect, reprocher aux chercheurs de s'armer de repères et de transformations structurelles (<< de la guerre froide », «globalisation », «dérégulation»...) qui fin en toile de fond semblent donner cohérence et singularité à ce qu'ils observent? Il reste que l'on n'est jamais loin de passer de la «toile de fond temporelle» au sens d'une histoire dont d'autres, moins scrupuleux, ne se privent pas d'évoquer la fin. L'avènement d'une société civile internationale est parfois évoquée sur le mode de la prophétie autoréalisatrice, appelée à se nourrir du «dépassement de l'Etat». .. autant qu'elle y contribue en soulignant les carences et l'inadéquation de la forme étatique de régulation. On pourrait tout aussi bien dresser un tableau plus sombre. Et si l'on assistait moins à «la gouvernance de la société civile» et à l'avènement de I'humanitaire comme «politique de demain» qu'à un réaménagement
17. Si tant est qu'il en existe. 18. On fait évidemment référence à ceux des travaux qui, dans cet ouvrage, relèvent de sciences sociales empiriques. 19. Prolongeant en cela la méthodologie adoptée dans Dauvin (P.), Siméant (1.), CAHIER, Le travail humanitaire. Les acteurs des ONG, du siège au terrain, Paris, Presses de Sciences Po, 2002.

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de grande ampleur des modes de coercition et de légitimation ?20 Un mode de gouvernement dans lequel le contrat et le partenariat seraient les nouvelles formes de l'assujettissement de soi à des règles diffuses mais touj ours existantes ? Dans lequel le registre de la société civile et de la consultation servirait de caution délibérative à un gouvernement du monde pas plus démocratique qu'il ne l'a jamais été ?21 Où la sous-traitance de programmes autrefois publics à des ONG brouille le rapport des individus à des Etats de moins en moins susceptibles de ce fait de rendre des comptes22, et ceci au moment même où il est question, «accountability» oblige, d'attendre cela des ONG? Un mode de gouvernement enfin où les politiques humanitaires développent à l'échelle mondiale un modèle de protection sociale résiduelle23 qui n'institue pas des citoyens mais des malheureux que seule leur souffrance transforme en aléatoires sujets de quelques droits? Ces questions, même si elle se nourrissent de la pratique d'un terrain, ne sont peut-être que le pendant inversé et inquiet du prophétisme de la société civile internationale et de l'extrême faveur qui semble entourer ces acteurs, nouveaux ou pas. Il s'agit donc moins de se débarrasser de ces toiles de fond, que d'être conscient de celles que l'on tend parfois à la hâte derrière ses objets empiriques afin de les mettre en intrigue. Il est donc difficile de ne pas tomber dans les deux écueils de la célébration des acteurs de la société civile (ONG environnementales, de droits de l'homme et humanitaires, mouvements sociaux transnationaux contre les excès du capitalisme, réseaux de revendications. ..) ou à l'inverse de la dénonciation critique, sur le double registre des «effets pervers» et de la dénonciation de 1'» hypocrisie »24. D'une part, tout peut porter le chercheur à la
20. Alternatives Sud, « Les ONG : instrmnents du projet néo-libéral ou bases solidaires

des alternatives populaires », 4 (4), 1997, p. 5-34 ; Hours (B.), «Les ONG, mercenaires du village planétaire ou gardiennes des ghettos? », L 'homme et la société, 105-106, 1992, p. 36-50.

21. Cf. sur ce point les développements d'Yves Dezalay et Briant Garth sur l'incorporation des ONG à la Banque mondiale et la façon dont cela a contribué à la mise en place du nouveau consensus de Washington alliant rigueur gestionnaire et référence aux droits de l'homme. Dezalay (Y.), Garth (B.), La mondialisation des guerres de palais. La restructuration du pouvoir d'État en Amérique latine. Entre notables du droit et « Chicago boys », Paris, Seuil, 2002. Voir aussi Fox (l), art. cit. 22. Smith (S. R.), Lipsky (M.), Nonprofits for hire..., op. cil. 23. Deacon (B.), Hulse (M.), Stubbs (P.), Global Social Policy. International Organisations and the future of Welfare, London, Sage 1997. 24. Bob (C.), « Merchants of Morality », Foreign Policy, 129, March-April 2002, 3645.

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sympathie à l'égard de ces challengers que sont souvent les ONG : plus ouvertes à l'investigation que ce à quoi sont habitués les chercheurs en relations internationales, ces dernières défendent des causes relativement consensuelles et auxquelles on reste rarement insensible (on pense notamment aux causes environnementale et humanitaire )25. Cela peut fréquemment aboutir à l'égard de ces organisations à une posture qui ne limite pas à la neutralité bienveillante26 mais de surcroît hésite à rendre publics des éléments qui pourraient porter tort aux organisations étudiées. Nombre des auteurs les plus informés sur I'humanitaire sont eux-mêmes issus des rangs des organisations humanitaires; la majorité des chercheurs sur les ONG et les mouvements sociaux transnationaux ont des affinités avec ces derniers. Ces affinités, préalables à l'enquête ou forgées au cours de cette dernière, permettent souvent de garantir un accès confortable au terrain. A toutes ces raisons de se découvrir des affinités avec le monde des ONG, à l'inverse, peut s'opposer la tentation de développer le classique discours des effets pervers. Ce dernier permet,à moindres frais, de gagner quelque accès, au travers de cette rhétorique semi-savante, aux unes des journaux dans les périodes cycliques de critique des ONG et de I'humanitaire, qui succèdent à la faveur généralisée les accompagnant ordinairement27. La situation
25. Dès lors qu'elles ne trouvent pas face à elles d'adversaires décidés, comme Greenpeace en fit à l'inverse les frais. Juhem (P.), «La légitimation de la cause humanitaire: un discours sans adversaires », Mots, 65, mars 2001, p. 9-27. 26. Au point que certaines des remarques les plus critiques que nous ayons pu trouver sur des ONG proviennent de chercheurs dont elles ne constituent pas le premier objet d'études, comme c'est le cas dans l'ouvrage d'Yves Dezalay et Briant Garth, La mondialisation des guerres de palais..., op. cit., ou dans celui de Cohen (S.), La résistance des Etats. Les démocraties face aux défis de la mondialisation, Paris, Seuil, 2003. 27. On se souvient ainsi de la polémique suscitée au début de l'année 2002 par la démission de Sylvie BruneI de la présidence de l'organisation Action Contre la Faim (une des quatre grandes organisations humanitaires françaises), fustigeant le train de vie et les méthodes des dirigeants des ONG humanitaires. Revenue depuis à la recherche universitaire, la géographe a publié un roman à clefs (Frontières, Paris, Denoël, 2003). Quelques mois auparavant était paru un ouvrage de Marc-Antoine Pérouse de Montclos, L'aide humanitaire, aide à la guerre? Bruxelles, Editions Complexe, 2001. Remonter un peu plus loin aurait permis d'identifier, dans cette veine d'ouvrages critiques: AIgrin (M.), La subversion humanitaire: les bonnes œuvres du CCFD, Paris, Jean Picollec, 1988; Broche (F.), Au bon chic humanitaire, Paris, Première ligne, 1994; Debré (B.), L'illusion humanitaire, Paris, Plon, 1997; Hours (B.), L'idéologie humanitaire ou le spectacle de l'altérité perdue, Paris, L'Harmattan, 1998. Tous ces ouvrages ne fustigent pas la même chose dans l'action ou les ONG humanitaires, et tous n'ont pas forcément eu de succès, gagnant au mieux le statut de stocks d'argumentaires

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apparaît d'autant plus piégée, à cet égard, que certains gouvernants n'hésitent pas à enrôler les travaux, universitaires ou journalistiques, qui leur permettent de fustiger le secteur des ONG - et notamment des plus remuantes28. En témoigne l'offensive lancée au printemps 2003 par l'administration Bush et les think tanks de ses réseaux contre les ONG, humanitaires ou pas, qui se hasarderaient à critiquer la politique américaine: c'est en partie à cette aune qu'il faut lire les appels incessants à la codification de l'action humanitaire, ainsi qu'à l'accountability des ONG dont les pouvoirs politiques se plaisent à rappeler qu'elles n'ont pas de légitimité élective. Si la plasticité de la catégorie d'ONG contribue à son succès, de nombreux aspects font à l'inverse des ONG des acteurs exposés à la critique et à la dépendance à l'égard des pouvoirs publics. Il n'est pas un hasard que ce soit une juriste, Dorothée Meyer, qui s'emploie ici à revenir sur les problèmes de définition que pose le terme même d'ONG en droit international. Que révèlent, en effet, ces problèmes? Tout d'abord que le terme d'ONG est une catégorie ad hoc, répondant aux intérêts changeants des organisations internationales et des Etats qui les investissent, et reposant sur des bases très fragiles. Comme Sandrine Gousset le rappelle également dans sa contribution, un retour sur les conditions d'élaboration de l'article 71 de la charte des Nations-Unies29 montre à quel point
pour les journalistes dans les périodes de critique de l'humanitaire. A l'exception de l'ouvrage de Sylvie BruneI, on ne cite ici que des travaux d'acteurs non-humanitaires, les récits de déception d'ex-volontaires humanitaires constituant un autre genre littéraire (cf. par exemple Chifolo (U.), Le miroir humanitaire: retour de Somalie, Paris, L'Harmattan, 1996 et Faure (A.), Blessures d'humanitaire, Paris, Baland, 1995, sur le Rwanda). 28. C'est ainsi que le texte de Clifford Bob évoqué plus haut est déjà enrôlé dans l'initiative NGO Watch, lancée à l'instigation de deux organisations conservatrices, l'American Enterprise Institute for Public Policy Research (AE!), une des plus puissantes think tanks de Washington, particulièrement liée à l'administration Bush, et la Federalist society for Law and Public Policy Studies. Le lancement de cette initiative, en juin 2003, suivait de peu un discours de l'actuel directeur de USAID, Andrew Natsios, ancien vice-président de World Vision. Ce discours, prononcé en mai 2003, fustigeait les ONG américaines qui, agissant sous contrat avec l'agence, faisaient preuve d'une posture critique jugée excessive à l'égard de la politique étrangère américaine et ne valorisaient pas suffisamment le fait que l'aide qu'elles apportaient était une aide américaine - plus encore, « une arme du gouvernement américain ». La menace jointe à ce discours était celle de la résiliation des contrats de l'agence avec ces ONG. 29. L'article dispose que « Le Conseil économique et social peut prendre toutes dispositions utiles pour consulter les organisations non-gouvernementales qui s'occupent de questions relevant de sa compétence. Ces dispositions peuvent s'appliquer à des organisations internationales et, s'il y a lieu, à des organisations nationales après consultation du Mel11bre intéressé de l'Organisation ».

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l'invention du vocable a largement dépendu de la présence à la conférence de San Francisco d'organisations professionnelles et charitables. Ce faisant, il existe autant de définitions des ONG que d'organisations internationales ayant ou non la capacité de les accréditer en fonction de leurs intérêts propres30. C'est ici qu'on peut gagner à réintroduire une réflexion en termes de groupes d'intérêt pour bousculer une distinction souvent artificielle entre Etat et « nongouvernemental» : fer de lance d'une critique des pouvoirs, peut-être, les ONG sont aussi des bassins de recrutement pour l'administration, des sous-traitants de politiques publiques... Constater qu'en droit international, les ONG sont soit des structures n'ayant pas d'existence juridique, soit des structures issues des droits internes, aboutit aussi à remarquer que, selon les organisations internationales, des organisations de statuts différents dans les droits internes peuvent se retrouver assimilées à des ONG, au risque de voir se déliter d'importantes distinctions porteuses d'une histoire et de compromis sociaux institutionnalisés: on pense notamment à ce qui distingue syndicats et associations, distinction qui tend à se brouiller et se dissoudre quand le terme d'ONG en vient à les désigner indifféremment. ..31 Si la plasticité du terme est à la mesure de celle du droit international, et constitue sans doute une de ses conditions d'efficacité, le recours croissant à des termes renvoyant à l'espace international, qui s'avère souvent valorisant32 - « ONG » sonne certes moins paroissial qu'» association» - peut avoir dans certains cas spécifiques, et celui du syndicalisme en est exemplaire, un effet boomerang sur les catégories internes.
3D, Sur la question de la définition des ONG, cf. Merle (M.), «Le problème des rapports entre les associations transnationales, les organisations intergouvernementales et les firmes multinationales », Forces en enjeux dans les relations internationales (2e édition), Paris, Economica, 1985, p. 120-129 (reproduit d'après le bulletin de l'UAl). 31. En témoigne, au début des années 2000, ce débat à la télévision française

confrontant Jacques Attali et Marc Blondel, sans doute promus respectivement aux rangs de porte-parole de la modernité experte et de l'archaïsme syndical. Jacques Attali défendait l'idée d'un service civique des jeunes dans les ONG, ce à quoi le leader de Force Ouvrière rétorqua qu'il n'aimait guère les ONG.,. Jacques Attali répondit aussitôt que les syndicats étaient, somme toute, «des sortes d'ONG », laissant Marc Blondel suffoquer d'indignation à l'idée de voir son organisation mise sur le même plan que les ONG. 32. On voit de même des entrepreneurs économiques investir la catégorie ONG dans certains pays pauvres. Sur la question de l'adaptation des groupes sociaux aux catégories légitimes promues par les institutions internationales, cf. Elyachar (1.), «Finance internationale, micro-crédit et religion de la société civile en Egypte », Critique internationale, 13, octobre 2001, p. 139-152.

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Le texte de Sandrine Gousset donne également l'occasion de revisiter une partie de I'histoire de l'émergence des catégories d'ONG et d'humanitaire, en portant le regard sur des organisations en apparence moins passionnantes que celles qui luttent pour des personnes souffrantes ou en faveur de l'environnement. Al' origine un réseau de clubs de prétendants à la notabilité dans le contexte d'explosion urbaine du début du siècle aux Etats-Unis, les membres du Rotary Club, face à l'ironie dont ils sont l'objet, vont très vite forger et revendiquer un ethos du service dans lequel la recherche de contacts utiles et le plaisir de la sociabilité ne sauraient être séparés d'un devoir de service. Peu de choses rapprochent alors le Rotary américain de ce qui pourrait ressembler à une ONG - et encore moins, se dira-t-on, à de l'humanitaire. Pourtant, il est déjà digne d'intérêt que la piste de la «société civile» soit à ce point présente, dès le début, au travers de la première mention identifiée du tenne de «capital social» dans l'ouvrage d'un rotarien33. Il n'est pas moins frappant que le Rotary s'internationalise quelques années après sa fondation, puis fasse partie des organisations présentes à la conférence fondatrice des Nations-Unies en 1945, bénéficie d'un statut de catégorie B au Conseil Economique et Social des Nations Unies, et que toute l'activité du Rotary International aie depuis consisté à s'associer à des programmes humanitaires de l'OMS. Sans doute fautil y voir un signe de l'extraordinaire faveur dont bénéficie le tenne même d'humanitaire - et les membres du Rotary International ne s'y trompent pas, qui semblent là investir dans ces programmes en fonction exacte de leur fiabilité et de la possibilité pour eux de bénéficier du « sérieux humanitaire}) de l'institution. Il y a là de quoi réviser les catégories un peu figées qui renverraient la philanthropie au passé et I'humanitaire à l'après Guerre froide... comme l'on peut en inférer qu'être une ONG ne renvoie pas qu'à une posture contestatrice ou avant-gardiste, ou enfin que l'avènement d'une société civile transnationale (ou de l'agglutination de fragments de sociétés civiles nationales) n'est en rien le seul symptôme de la mondialisation économique puisqu'au contraire la fin du 1ge siècle et le début du 20e founnillent des congrès internationaux

33. Notion dont on connaît la fortune depuis que Robert Putnam a fait de la densité des liens sociaux et de la confiance ensemble plus efficacement (à titre cette première invention rotarienne Putnam (R.) (ed.), Democracies in qui en résulterait ce qui permet aux gens d'agir civique ou pas). C'est justement Putnam qui rappelle du terme dans son introduction, avec Kristin Goss, à Flux, Oxford, Oxford University Press, 2002, p. 4-5.

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qu'impulsent des réseaux réformateurs34. Toute la difficulté est ici d'arriver à cerner ce qui fait la véritable nouveauté des phénomènes observés, et qui, si elle est sans doute liée à certains éléments de remise en cause des monopoles étatiques, renvoie peut-être tout autant à la visibilité de ces organisations et aux technologies sur lesquels elles peuvent s'appuyer, qu'à des formes de sociabilités internationales que les élites sociales manient depuis plusieurs siècles. En définitive, l'étude d'un tel objet nuance les représentations quelque peu héroïques quant à l'émergence d'une culture ou d'une société civile mondiale. Surtout, pour peu que l'on entende se concentrer sur les pratiques effectives plus que sur les termes qui les désignent, de surprenantes similitudes invitent à spécifier (mais non à nier) la nouveauté dont semblent porteuses certaines organisations, notamment en matière de répertoires d'action de l'» internationale civile »35. Dès lors, si rien n'autorise à ignorer la façon dont les acteurs sociaux se pensent et se représentent leur action, rien n'indique non plus qu'ils doivent avoir le dernier mot quant à ce qui fait leur singularité.

Recrutement et carrières Rappeler les rapports nuancés qu'entretiennent Etat et DNG, éviter de les présenter comme deux mondes étanches et clairement distincts, ouvre une deuxième piste. Elle suppose d'analyser les logiques de recrutement et d'investissement des individus dans des activités caractérisées précisément par l'intervention d'acteurs variés (étatiques et non étatiques). Le travail d'Yves Dezalay et Briant Garth36 sur la diffusion au niveau mondial de nouvelles politiques et institutions étatiques, plus conformes aux exigences du marché international et de 1'hégémonie politique nord-américaine, représente une illustration exemplaire de ce refus de céder au j eu d'une autonomisation artificielle des ONG par rapport aux gouvernements. Il donne de nombreuses pistes pour une sociologie politique de l'international attentive aux trajectoires des individus, ce qui est un
34. Lesquels regroupaient aussi bien des membres des adJl1inistrations que des associations. Topalov (C.) (dir.), Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France. 1880-1914, Paris, Éditions de l'EHESS, 1999. 35. Pour reprendre l'heureuse expression de Béatrice Pouligny, « Acteurs et enjeux d'un processus équivoque. La naissance d'une "internationale civile" », Critique Internationale, 2001,13, p. 163-176. 36. Dezalay (Y.), Garth (B.), La mondialisation des guerres de palais..., op. cit.

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des propos de cet ouvrage. A l'inverse, toute démarche qui prend au pied de la lettre la «non-gouvernementalité» des ONG sans la spécifier davantage se condamne, presque par définition, à endosser un registre dénonciateur face au démenti de la réalité. Cela signifie qu'il ne faut prendre ni pour acquise, ni comme nulle et non avenue, la distinction entre acteurs non-gouvernementaux et gouvernementaux. Les acteurs qui peuplent le monde des ONG et de l'Etat sont à la fois tenus de produire des signes mutuels de distanciation en même temps que convaincus de ce qui les différencie. Il ne s'agit donc pas de faire des ONG des représentants masqués des intérêts étatiques - elles peuvent certes l'être, mais il faut alors spécifier quand et comment. Le problème est plutôt de les inscrire, à l'analyse, dans les champs de forces plus larges qui sont à la fois ceux de l'action publique, du monde du travail et du militantisme. Les ONG sont un vivier de recrutement de secteurs entiers des administrations gouvernementales, en matière d'aide voire de politique étrangère, comme dans d'autres domaines. Le phénomène ne date pas, là encore, de la « fin de la guerre froide» : les fondateurs des organisations de droits de I'homme et des mouvements philanthropiques américains d'après-guerre appartenaient, rappellent Garth et Dezalay, à une petite élite d'avocats d'affaires ouverts à l'international qui constituaient le cœur même du Foreign Policy Establishment américain. La structure de la politique étrangère de chaque Etat détermine ces passerelles: le président ou la présidente du collectif américain de coordination des ONG humanitaires et de développement, Interaction3 7, jouit de chances sérieuses, au gré des alternances, de se voir recruté à terme à la direction de USAID ou dans un secrétariat d'Etat aux réfugiés et aux droits de l'homme au sein du département d'Etat américain. L'actuel président de l'agence de coopération américaine USAID, Andrew Natsios38, est l'ancien viceprésident de l'importante ONG évangélique World Vision. Le ministère des Affaires étrangères français compte en son sein de nombreux contractuels issus du monde des ONG et qui effectuent de fréquents allers et retours entre ces deux mondes - ou de ces trois
37. The American Council for Voluntary International Action, qui inclut panTIi ses

160 membres Care USA, Save the Children USA, Oxfam America, World Vision USA, Catholic Relief Services, ou encore MSF USA. 38. Par ailleurs auteur de «NGOs and the UN System in Complex Humanitarian Emergencies: Conflict or Cooperation", Ùl Weiss (T. G.), Gordenker (L.) (eds.), NGOs, the UN, and Global Governance, Boulder & London, LYnne Rienner, 1996, p. 67-82 et de U.s. foreign Policy and the Four Horsemen of the Apocalypse: humanitarian Relief in complex Emergencies, Westport (Conn.), Praeger, 1997, préfacé par George Bush.

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mondes quand ils effectuent de surcroît des missions ponctuelles pour le compte d'organisations internationales. La Cellule d'urgence du ministère des Affaires étrangères fut une de ces passerelles, comme la mission chargée d'évaluer les relations entre ONG et MAE en situation de crise, lancée en 2001 et dirigée par un ancien représentant du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD), qui aboutit en 2002 à fondre le Service de l'action humanitaire et la Cellule d'urgence du MAE dans la Délégation à l'action humanitaire (DAR). Pour être «professionnelles », les carrières de ces acteurs de l'aide internationale qui oscillent entre le monde des ONG et celui des ministères ou des organisations internationales peuvent aussi être vécues sur le mode de l'» engagement ». Précisément dans cette zone grise où les statuts des individus oscillent entre ceux de salariés des associations et de contractuels de la fonction publique, les histoires de vie révèlent des socialisations39 qui prédisposent les individus à vivre leur activité sur le mode de la vocation. Analyser les investissements dans I'humanitaire ou la solidarité internationale suppose, par l'analyse biographique, d'articuler les dimensions professionnelle, politique, associative voire syndicale de la vie des individus. C'est tout l'intérêt de la contribution de Julien Meimon que de se pencher ici sur les agents contractuels du Ministère français de la coopération. L'histoire de ce ministère est en effet un analyseur des redéploiements de l'aide internationale de la France depuis la fin de la colonisation. Elle montre aussi des affinités entre la socialisation des acteurs contemporains de l'aide internationale et celle de leurs prédécesseurs coloniaux. Des attentes et souhaits de réalisation de soi comparables, dans des espaces sociaux transformés, vont trouver à se réaliser autrement. Ainsi, la fermeture de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer (ENFOM) en 1957 entraîne une série de redéploiements de carrières, notamment dans le domaine de la coopération, mais dans ce cas au travers de statuts beaucoup moins stables puisque ce ministère n'a pas de voie d'accès spécifique matérialisée par un concours. En définitive, comme l'écrit Julien Meimon, «un acteur ayant toutes les dispositions culturelles et sociales permettant d'intégrer l'ENFOM mais finissant" Sciences Po " en 1959 et rentrant de ce fait au ministère de la Coopération en tant
39. Pour peu que percevrait comme cette socialisation aussi au travail sur

l'on n'aie pas une conception mécanique de la socialisation qui la un conditionnement uniquement en amont, alors qu'une partie de renvoie au travail des institutions sur leurs membres, et se combine soi des individus.

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que chargé de mission contractuel puis faisant carrière sans jamais être " fonctionnarisé", est nécessairement pris dans des interactions et des logiques d'action et de pensée différentes qui structurent aussi son rapport à l'Etat» - et, pourrait-on rajouter, au militantisme40. Tout invite par conséquent à ne pas faire preuve de myopie, et à ne pas rejeter hors du « militantisme» ou de l' « engagement» les activités qui se déploieraient au sein de l'Etat. De même, rien n'autorise à parer de toutes les vertus d'un militantisme « nouveau» ce qui se déroulerait sur un registre gratuit dans les ONG humanitaires. La contribution de Laurent Willemez et Marie-Hélène Lechien41, précisément, nuance les hypothèses relatives à un nouveau militantisme caractérisé par les actions humanitaires ou de solidarité internationale. Les auteurs étudient les conditions d'investissement d'un nouveau territoire militant au travers d'une étude des actions humanitaires de salariés d'EDF, dans des clubs au statut associatif (les CODEV42). On peut s'interroger, selon eux, sur les transformations du militantisme que révélerait le succès actuel de l'humanitaire. Un « nouveau» mode d'action se serait instauré, refusant aussi bien les références à l'assistance qu'au militantisme politique. Ce mode d'action qui place l'expertise en son centre se distinguerait d'un militantisme politique perçu comme « trop idéologique». Or cette activité qui se déploie au sein du monde du travail (des électriciens d'EDF montant des projets en Asie, Afrique, et Amérique latine) n'accueille pas en majorité des nouveaux venus au militantisme. Beaucoup, anciens militants politiques ou syndicaux, n'en sont pas à leur premier engagement et, dans « l'humanitaire », remodèlent leurs représentations de l'engagement, de soi et de leurs dévouements

40. Tout

particulièrement

en vivant

son activité

professionnelle

sur le registre

de

la vocation et du militantisme. Pour une analyse comparable de l'investissement militant de contractuels de la fonction publique dans un domaine de l'action publique en voie de définition, cf. De Barros (F .), Genèse de la politique de Développement Social des Quartiers: Eléments de formalisation d'un « problème des banlieues )J, Mémoire pour le DEA d'Organisations et Politiques publiques, sous la direction de 1. Lagroye, Université Paris I, 1994. 41. Qui s'inscrit dans le cadre du programme de recherches dirigé par Annie Collovald et dont les résultats ont été publiés dans Collovald (A.), avec Lechien (M.-H.), Rozier (S.), Willemez (L.), L'humanitaire ou le management des dévouements. Enquête sur un militantisme de « solidarité internationale» enfaveur du Tiers-Monde, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002. 42. «Coopération-Développement». Ces clubs ont significativement été rebaptisés depuis « Electriciens Sans Frontières».

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antérieurs. Dès lors, l'apparition d'un «nouveau militantisme »43 s'expliquerait moins par la transformation sociologique de bassins de recrutement laissant la voie ouverte à l'engagement de personnes issues des classes moyennes et intellectuelles, qu'à l'invention de nouvelles éthiques du militantisme. Ces dernières trouvent tout particulièrement à lier activité professionnelle et engagement, comme si, ainsi que le montrent les histoires de vie mobilisées à l'appui de ce travail, c'était autant un nouveau registre qu'une substance nouvelle de l'action qui se développait. La neutralisation du registre politique, la revendication de l'expertise (d'ailleurs mieux maîtrisée par les plus politiques de ces militants) apparaît dès lors comme une exigence dont il faut comprendre les raisons. Certaines sont liées aux nécessités du travail de terrain, de sa sécurité et de son efficacité dans des pays étrangers et parfois en conflit. Ce travail de neutralisation politique, très souvent opéré au sein des ONG humanitaires (il est par exemple inscrit dans les chartes de ces organisations), est aussi un moyen de « faire tenir )} des organisations qui abritent des personnes dont les sympathies vont de l'extrême-gauche à la droite modérée en passant par les socialistes et les écologistes. Le fait que des personnes aussi différentes se côtoient dans ces organisations marque déjà le fait que les affinités politiques ne sont pas le premier principe de leur cohabitation. Mais la neutralisation politique contribue aussi à renforcer cette dernière, comme si la nécessité de les faire cohabiter, et de capter l'investissement de ces personnes dans l'accomplissement de taches humanitaires, s'accomplissait aussi au prix d'une distinction avec les affaires politiques. Enfin, c'est précisément parce que chaque univers (étatique ou non-gouvernemental) fonctionne à partir de règles et d'intérêts propres que ceux qui les peuplent s'emploient à en rappeler les frontières, quand bien même, sur le plan substantiel, les actions, ici humanitaires, là de coopération ou enfin politiques, qu'ils mettent en œuvre, révèlent de profondes affinités44.

43. Telle qu'elle est par exemple supposée par Jacques Ion dans La fin des militants ?, Paris, Ed. de l' Atelier/Ed. ouvrières, 1997. 44. Sur ces questions, cf. Siméant (1.), «Un humanitaire "apolitique"? », art. cil., p. 185-186.

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Prise de parole et mobilisations Envisager la question du militantisme ouvre ici un troisième axe de réflexion: celui de la prise de parole publique des ONG. Prise de parole: on a choisi ici d'éviter le recours a priori aux termes d'» advocacy »45 et de «témoignage», termes qui tous deux désignent de façon inflationniste, aussi bien dans la littérature de recherche que dans le discours des acteurs, les revendications et proclamations des ONG et mouvements sociaux internationaux dans le premier cas et, plus spécifiquement, des organisations humanitaires pour ce qui concerne le second terme. Ces termes font certes sens pour ceux qui dans leur action se définissent comme pratiquant l' advocacy ou le témoignage. Mais si ces termes ont eu l'utilité de désigner un ensemble grandissant de réalités empiriques, leur utilisation routinisée ne semble pas toujours à même de pointer les différences entre ces
organisations et leurs façons d' agir46

-

puisqu'au

contraire

l'on se

contente de retrouver une confirmation de ce que l'on cherche (de la société civile mondiale ou des réseaux d' advocacy) dans ce que l'on observe. Les textes de Pascal Dauvin d'une part, d'Elena Aoun et Joël Ficet d'autre part, permettent d'envisager ici cinq dimensions. Tout d'abord, ces derniers traitent d'entités (MSF, une large part des membres de la coalition française pour la Cour pénale internationale. ..) qui sont saisis à l'interface d'une catégorie d'acteurs47, les ONG occidentales (en ce que la majorité d'entre elles délivrent des services, notamment aux habitants de pays pauvres) et d'un ensemble de pratiques protestataires (elles sont, pour ce qui concerne le propos des contributions, engagées dans la dénonciation d'un Etat, la France, ou employées à alerter sur le sort des victimes de
45. Sur la question spécifique de l'advocacy dans les organisations humanitaires,

cf. Lindenberg (M.), Bryant (C.), Going Global. Transforming Relief and Development NGOs, BloOlllfield (CT.), Kumarian Press, 2001, chap. 7. 46. On souscrit ce faisant aux remarques de Sidney Tarrow qui rappelle l'importance de distinguer des acteurs souvent confondus (ONG, mouvements sociaux, réseaux transnationaux de revendication) [Tarrow (S.), «La contestation transnationale », art. cil.], tout comme de décomposer des notions trop agglutinantes [Tarrow (S.), «From lumping to splitting: specifying globalization and resistance », in Smith (1.), Johnston (H.), (eds.), Globalization and Resistance. Transnational Dimensions of Social Movements, New York, Rowman & Littlefield, 2002, p. 229-249]. 47. On voit bien, à l'inverse, combien dans la recherche française le recours plus fréquent à la catégorie de « groupe d'intérêt» a, à la fois, permis de penser davantage le rapport à l'Etat de ces organisations mais, à l'inverse, par son relatif confort taxinomique, a suspendu la nécessité de qualifier plus précisément ce dont on traite au risque de regrouper, par exemple, insiders et outsiders.

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la Serbie). Traiter de ces mobilisations suppose dès lors de spécifier ce que l'on observe, et de prendre garde que toute participation à une mobilisation, nationale ou transnationale, ne soit pas ramenée au label de «mouvement social transnational ». La coalition française pour la CPI, étudiée par Elena Aoun et Joël Ficet, regroupe aussi bien des syndicats, parfois remuants, que des ONG habituées aux relations institutionnelles avec les pouvoirs publics, et par conséquent peu susceptibles d'» interaction soutenue de contestation avec le pouvoir »48 (ne serait-ce que parce que le faire leur interdirait durablement l'accès aux cabinets ministériels qu'elles fréquentent ordinairement). Comment s'étonner que les membres des ministères, de leur côté, aient été surpris par les rencontres rugueuses qu'ils ont eues avec des partenaires d'ordinaire plus avenants et disposés à les faire bénéficier de leur expertise? Que les ONG aient utilisé leur accès privilégié aux ministères pour remettre radicalement en cause la position française sur l'article 124 a déconcerté ces derniers. De même, le fait que des associations dont le domaine d'intervention est plutôt interne appartiennent à la coalition française a pu aboutir à ce que, moins au fait du registre international, elles remettent en cause frontalement le principe pour le moins tabou de la souveraineté étatique. A l'inverse, des organisations mieux acclimatées à l'international et à son langage ont pu faire preuve de plus de prudence en la matière. Mais envisager les scènes et les lieux de la contestation, c'est aussi pratiquer une sociologie qui redonne chair aux sigles49. On gagnerait sans doute à développer une sensibilité plus ethnographique à l'égard de ces objets désignés dans l'international comme ONG ou «réseaux de revendication» (advocacy networks). Cela suppose de rentrer dans les organisations et de comprendre les multiples effets de la division du travail qui s'observe en leur sein, notamment sur les registres de prise de parole adoptés. Cette division du travail prend des formes multiples. Il s'agit tout d'abord de celle qui oppose des sections nationales d'une ONG internationale, sections dont les méthodes et les valeurs s'opposent parfois autant que celles de deux ONG différentes - alors que le même sigle les réunit et que les
48. C'est Sidney Tarrow qui adopte ici cette définition du mouvement social par le mode d'action plus que par le but défini par les protestataires. Tarrow (S.), « La contestation transnationale », art. cit. 49. Quel intérêt y aurait-il finalement à prendre en compte des acteurs nongouvernementaux si c'était pour reproduire les impasses reprochées aux tenants des approches « réalistes », en l'occurrence la tendance à réifier les Etats, et plus généralement les collecti fs ?

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bénéficiaires de l'aide ou les cibles de certaines protestations auront du mal à les distinguer50. Les tensions au sein d'une organisation ou entre les différentes sections d'une ONG internationale ont aussi des effets sur la façon de protester. Ces tensions ne se limitent pas à des oppositions de culture, mais ont fréquemment comme enjeu la lutte pour définir l'identité légitime de l'association, voire plus prosaïquement la lutte pour conserver le droit à la parole dans l'espace élargi de définition de l'association que constitue son réseau international, comme le montre le cas de MSF étudié par Pascal Dauvin. L'importante division du travail au sein d'associations professionnalisées et complexes ne se limite pas à cet aspect de leur internationalisation. Elle renvoie aussi à l'affrontement de compétences différentes, qui le plus souvent mettent aux prises d'une part ceux qui détiennent l'expertise fondant l'identité publique de l'association (les avocats chez Avocats Sans Frontières, les médecins chez Médecins du monde...), et d'autre part ceux qui assurent l'intendance de l'organisation (gestionnaires et administrateurs, collecteurs de fonds... )51. A ces oppositions internes se raj outent enfin les effets de la concurrence entre organisations à la fois partenaires et rivales. Cette concurrence peut expliquer que des organisations se soient lancées dans un combat, celui de la nonratification de l'article 124, qu'elles estimaient pourtant perdu d'avance, mais qui correspondait trop à leur positionnement idéologique pour qu'elles ne se soient pas senties tenues de le faire. De plus, dès lors que certains de leurs associées rivales rentraient dans la coalition, il apparaissait difficile de ne pas y participer (on imagine mal que MSF aie pu en être et non MDM, etc.).

50. On traite plus spécifiquement

de la question

de l'internationalisation

des ONG, de

ses formes et des problèmes qu'elle génère, dans Siméant (J.), « Une mondialisation du sans-frontiérisme humanitaire? », in Laroche (J.) (dir.), Mondialisation et gouvernance mondiale, Paris, Presses Universitaires de France / IRIS, 2003, p. 121-133. Cf. également Lindenberg (M.), Dobel (J.-P.), « The challenge of Globalization for Northern International Relief and Development NGOs », Nonprofit and VoluntalY Sector Quarterly, 28 (4), supplément 1999, p. 4-24 (sur les problèmes de coordination des équipes humanitaires de terrain) et Lindenberg (M.), « Declining State Capacity, Voluntarism and the Globalization of the Not-for-Profit Sector », Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 28 (4), supplément 1999, p. 147-167, ainsi que Smillie (I.), « The rise of the Transnational Agency», in Sogge (D.), Biekart (K.), Saxby (J.) (eds.), Compassion & Calculation. The Business of Private Foreign Aid, London & Chicago, Pluto Press & Transnational Institute, 1996, p. 97-106. 51. Cette division du travail recoupant ou pas, selon les organisations, le clivage salarié / volontaires / bénévoles... Sur tous ces aspects, CAHIER, Le travail humanitaire..., op. cit., p. 96-132. cf. Dauvin (P.), Siméant (l),

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La question de la division du travail propre à ces organisations est directement liée au registre de protestation qu'elles adoptent. Elena Aoun et Joël Ficet constatent l'importance chez ces acteurs du registre de l'expertise et de la scandalisation52. La revendication du nombre est moins souvent l'arme de ces organisations. On ne peut à l'inverse en inférer que l'expertise serait un registre adopté «faute de mieux» - en l'occurrence faute de nombre. Comment, en effet, s'étonner que des organisations à recrutement élitaire et traitant de sujets complexes investissent le registre de l' expertise53, dès lors que cette même expertise est ce qui fonde leur identité et leur façon de percevoir la réalité, qu'elle est de plus un moyen de rallier des journalistes peu disposés à être suspectés d' enrôlement54, et qu'enfin elle représente parfois le seul moyen d'accès à des arènes de négociation peuplées d'adversaires disposant eux-mêmes d'un haut niveau d'expertise? Cela peut d'ailleurs éclairer la façon dont les institutions nationales ou internationales jouent un rôle de « récif de corail »55pour les acteurs non-gouvernementaux, les incitant à investir ces lieux, fut-ce pour les contester, avec l'effet paradoxal pourtant de les consolider. Il reste que l'investissement dans l'expertise a un coût, inégalement supportable selon les organisations, et surtout, comme le montrent Elena Aoun et Joël Ficet, qu'il ne garantit pas que l'on se retrouve en position de force contre des autorités gouvernementales. C'est qu'en définitive s'intéresser à la «fabrique de la prise de parole» suppose de comprendre sur quels registres, méthodes et savoir-faire s'appuient ces organisations. Quelles compétences les porte-parole des ONG mobilisent-ils pour se faire entendre? Tous ces savoirs ne s'équivalent pas. Chacun d'entre eux est porteur de contraintes propres autant qu'il peut donner naissance à un savoir et des conclusions spécifiques: le droit humanitaire n'équivaut pas aux droits de l'homme, la santé publique n'est pas la chirurgie... Comment, de plus, ces acteurs articulent-ils ces savoirs à leur prise de
52. Retrouvant en cela la trilogie qu'établit Michel Offerlé dans Sociologie (J.), «Friches, des groupes hybrides et

d'intérêt, Paris, Montchrestien, 1998, 2e éd, p. 109-123. 53. Sur ces questions, on se pennet de renvoyer à Siméant

contrebandes: sur la circulation et la puissance militantes des discours savants », in Hamman (P.), Méon (J.-M.), Verrier (8.) (dir.), Discours savants, discours militants, L'Hannattan, 2002, p. 17-53. 54. Malgré la sympathie manifeste qui semble ici lier les représentants de grands quotidiens nationaux et les membres de ces ONG. 55. Pour reprendre J'heuristique métaphore de Sidney Tarrow dans «La contestation transnationale... », art. cit.

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