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Pari d'une transition apaisée en République démocratique du Congo

De
254 pages
Le Dialogue intercongolais dont les principaux résultats auraient dû être le règlement du conflit congolais dans sa double dimension interne et externe, n'a pas bénéficié d'une pédagogie appropriée des négociations politiques auxquelles il devait donner lieu. L'Accord global et inclusif oubliait que le consensus salvateur était à construire au sein des Institutions et qu'une transition apaisée dépendait de la poursuite institutionnelle du Dialogue national.
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PARI D'UNE TRANSITION APAISÉE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

ESPACE L'HARMATTAN

KINSHASA

Créé en 2003, L'espace L'Harmattan Kinshasa est dirigé par Léon Matangila Musadila. Il veut inciter les intel1ectuels africains à revaloriser la culture de l'écrit et des bel1es-lettres~à pertllettre aux auteurs africains la possibilité de publier aux Editions l' Hartllattan à Paris sans avoir à se déplacer, afin de 11lieux faire connaître les problèmes de l'Afrique. L'Espace L' Harmattan Kinshasa est ouvert aux différents thèmes de réflexion sur la société, sans aucune distinction. En effet, dans le cadre cOlllplexe du l110uvelllentde la Illondialisation, le continent africain reste encore, en ce début de XXlesiècle, un vaste chantier à construire. Tout se passe COllllllesi on devait donner raison à un afro-pessilllisllle. Avec l'Espace L'Hartllattan Kinshasa, l'Afrique veut vivre la réalité de la mondialisation comllle un « rendez-vous du donner et du recevoir» au sens de L. S. Senghor. Cependant, l'Afrique ne peut en aucun cas sortir de ses différents lllaux sans l' engagelllent des Africains eux-lllêllles, des intel1ectuels surtout. Pour tout contact: Espace L'Harmattan Kinshasa Faculté des sciences sociales, politiques et administratives Université de Kinshasa BP 243 Kinshasa XI Tél. : 0024398697603 (Kinshasa) Email: matangilamusadila@yahoo.fr

Dr. Philippe Biyoya Makutu

PARI D'UNE TRANSITION APAISÉE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

L'Harmattan

@ L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairiehannattan.com diffusion.harmattancmwanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05090-7 EAN : 9782296050907

PREFAC'E

C'est avec un réel soulage111ent que j'ai accueilli la proposition de préfacer le livre « Pari d'une transition apaisée en République Dé1110cratique du Congo» du Dr. Philippe Biyoya Makutu. C'est pour 1110il'occasion de donner 1110ninti111eopinion sur les vraies raisons du type de rapports de force que nous a offert la Transition. 11est vrai que si l'on en est arrivé à parler d'une transition, et à qualifier de transition la période précédant l'organisation des élections générales au pays; il est vrai aussi que c'est à la suite des bouleverse111ents profond5 intervenus en République dé1110cratique du Congo ces derniers 1110171ents. 'histoire de cette transition L c0111porte deux 1110111ents, deux repères qui expliquent ses diverses fortunes et ses turbulences: la Conférence nationale souveraine (CNS) et le Dialogue Intercongolais (DIC). Le Dialogue Intercongolais (DIC) tout COI1UJ1e Conférence la nationale souveraine (CNS) fut des institutions révolutionnaires traduisant le désir de contestation d'un ordre politique et institutionnel établi devenu inacceptable aux yeux du peuple. A l'inverse de la CNS, qui fut une subversion par la pensée, le DIC s'est i111posé à la suite de la belligérance. En effet, au cours de la Conférence nationale souveraine, une ana/.,vse intelligente et 5ysté111atique avait été ll1inutieusell1ent faite sur la situation politique du pays COll1111e dans tous les autres d0111aines de la vie nationale. Tandis que le Dialogue Intercongolais ne fut pas une instance de réflexion critique sur la véritable cause de la boucherie hU111aine qui a endeuillé la République dé1110cratique du Congo. La CNS s'est ill1posée après une longue période de crise politique, écono111ique et sociale provoquée par l'autoritarisll1e 111égalo111aniaque mobutienne. Les espoirs i111111enses suscités par ce foru111 se sont évanouis, ses résultats n'ayant pas été entière/11ent appliqués.

C'était sans con1pter avec un ouragan venu de l'Est du pay'S, balayant tout sur son passage jusqu'à la prise du pouvoir à Kinshasa par l'Alliance des Forces démocratiques pour la

Libération du Congo. L'AFDL venait tout déstabiliser tran5forn1ant ainsi le Congo en un Etat infor111el, un espace de pillage et d'affronten1ent écononlique voué à la 111ercides prédateurs de tout bord, 111ais aussi en une zone d'expansion dénl0graphique. C'est en relnettant en cause le projet qui l'a porté au pouvoir que l'AFDLfut à son tour déstabilisé par une nouvelle insurrection arl11ée, à têtes 111ultiples, qui a abouti à la signature de l'Accord pour un cessezle-feu dit Accord de Lusaka, générateur du Dialogue intercongolais d'où est issu l'Accord global et inclusif (4GI). La transition aurait-elle pu être apaisée par la prise en cO/l1pte des Aspects oubliés de l'Accord global et inclusif. y a-t-il eu vrainlent des aspects oubliés de l'Accord global et inclusif? Ne faut-il pas considérer cet Accord de nlên1e que la
Conférence nationale souveraine conl111e correspondants bien à la

volonté des acteurs politiques les plus déternlÎnants dans ces négociations? Des ruptures fréquentes avec notre propre histoire ne font-elles pas que nous continuons àfaire du surplace? Or quelle était la visée des négociations qui ont abouti à cet Accord? N'est-ce pas l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka qui en était la référence don1inante? La revendication ethnique de la nationalité congolaise ne s'est-elle pas inlposée comn1e l'exigence incontournable sans laquelle aucune perspective de paix n'était pensable? Par ailleurs, un pendant important ou une C0111posante inlportante qui s'était instituée rébellion sur base de revendications non clarifiées, 1nais qui semblait faire autant de dégâts au pays en tern1e de vies hun1aines sacrifiées et de piétinenlent des droits de I 'Honl111e.Ne sel1Ible-t-elle pas avoir visé essentiellenlent le partage du gâteau qu'est le pouvoir d'Etat, ravalant ainsi l'objectif de la transition à ce partage du pouvoir? L'intérêt du livre du Professeur Biyoya, c'est de pernlettre de nous interroger sur les raisons d'une guerre venue de l'extérieur qui a fini par piéger le destin du pays. L'architecture institutionnelle de la transition seJl1ble avoir oublié plusieurs aspects qui auraient dû être pris en conlpte au Dialogue Intercongolais lui-111ênleet donc nlên1e à l'Accord global et inclusif. Il nous parait important de nous interroger sur cette architecture institutionnelle et sur tous les autres résultats du DIC

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consignés dans l'AGI. Dans un pays traul1Iatisé par une guerre sans fondel1lent interne, la visée d'une pais non qualifiée par rapport à la dynal1Iique interne du peuple congolais était-elle un I1I0tif de concertation? N'aurait-on pas dû considérer que la souveraineté du peuple congolais était une visée pre111ière tant que la guerre I1Iéritait d'abord d'être analysée en profondeur en ter111esd'acteurs réels, apparents et non apparents? Ensuite, la stabilité du pays dans ces relations avec ses voisins, dans une coopération régionale qui favorise la renaissance de la RDC C0111111e Etat souverain et un non COlnnle un couloir hU111anitaire? Ne fallait-il pas définir un horizon d'existence qui restitue au Congolais sa dignité plénière dans un Etat de droit? La Constitution de la Je République, conçue pour légaliser les change111ents obtenus par les arllles et élaborée sous une expertise ignorée par la nlajorité des congolais, a repris telle quelle la loi sur la nationalité confectionnée dans la précipitation par la transition et dont les ternIes viennent de l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka et repris dans l'Accord globale et inclusif. Tout senIble avoir obéi à la 1110tivation principale de la guerre de l'AFDL, 1110tivation que les congolais de cette équipe ont du 111al à articuler avec tous les élénlents indispensables dans la constitution d'un Etat souverain et re5pectueux de son peuple dans son exigence de dignité à tous les niveaux. Ne peut-on pas indiquer ici que l'Accord global et inclusif se trouve piégé par des agendas cachés de différentes C0l11posantes, surtout des belligérants une fois obtenu l'essentiel de leurs attentes? Reconstruire un Congo arraché à la souveraineté des congolais sera une tâche très difficile tant que les acteurs politiques auront cessé d'exister et d'agir pour et dans l'intérêt du souverain prin1aire qu'est ce peuple. Et pour cela, l'exigence pre111ière est d'ordre éthique: à savoir, la tran5parence, le souci de vérité dans tout ce qui se mijote et dans tout ce qui se fait. Docteur Pierre Anatole MATUSILA
Civile/Forees et Président Ancien vives national Porte-Parole au Dialogue du Conseil catholiques de la Société intercongolais de l'Apostolat du Congo

des laies

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P RELIAI GUERRE

Ilv'A I RE

ET POLITIQUE

Le lien traditionnellenlent établi entre la guerre et la politique s'est rarelnent vérifié ailleurs en Afrique subsaharienne. Et pourtant de plus en plus en Afrique la guerre conditionne la politique. L'histoire de la transition politique au Congo à l'issue d'un dialogue national recolnlnandé par un accord de cessation des hostiIités Inilitaires l'a Inontré, la classe politique ayant été invitée à user du pouvoir pour faire la paix et sortir ce pays du piège de la guerre sans trop y parvenir. C'est pourquoi nous proposons en linlinaire ce qu'aurait dû être cette dialectique guerre et politique en RDC. Les idées font les hOlnlnes et ceux-ci par leur combat font l'histoire des nations et celle du Inonde. La période de vie la plus fertile en idées est celle de guerre ou de tous autres troubles sociaux. L'histoire ilnlnédiate du Congo délnocratique appol1e aussi cette preuve historique, Inêlne si en vérité les nonlbreuses guerres que le pays connaît depuis son accession à rindépendance n'ont pas toujours contribué à la floraison d'idées. C'est dire qu'aujourd'hui, par rapport au passé, le changelnent est grand. La guerre d'agression ilnposée par la coal ition rwando-ougandaise a réellelnent donné lieu à une culture de débat Inêlne si la politique, elle, ne se fait pas encore par la confrontation des idées. Ce n'est plus qu'une question de telnps. Nos idées sur la guerre d'agression n'ont certainement pas été les mêlnes et nos vues ont divergé au point de nous opposer et de nous dresser les uns contre les autres. Et pourtant, les telnps ont Inontré que nous n'avions pas personne)]ement eu tort de penser la relation guerre et politique. À une époque, je crus bon d'intervenir dans les colonnes de la Référence, plus pour tenter cet exercice, autour de cette dialectique politique et guerre dans un pays éprouvé., battant cependant campagne pour la reconstruction nationale. La dénonciation du conservatislne révolutionnaire de la démarche d'un leader nouvelle génération donneur de leçons tout cOlnlne la condalnnation de la tendance confirmée à l'ethnicisation des alnbitions politiques, facteur à la

base des crises répétées et donc de la guerre d'agression participaient de cette problél11atiquegénérale. Pourquoi se battait-on? Et à quoi s'opposaient ceux qui comprenaient l'agression contre le gouvernel11ent Kabila ? Voilà à l110n avis les questions qui auraient dû COl11poserle l11enu du débat politique. Celui-ci, s'il avait eu lieu et si jal11ais il venait à avoir lieu, devra se situer dans une perspective historique. Le moment y était pourtant propice. Une guerre d'agression an11éeet de piIlage éconol11ique avec intention de partition ten"itoriale s'est ten11inée sans examen critique, sans débat national ni parlel11entaire. Sur quoi construisons-nous alors l'avenir politique et institutionnel? Le Congo, ex-Zaïre, a-t-il jal11ais été une république ou une dél11ocratie? Est-il vrai que son destin historique ne serait qu'un il11possible dél11ocratique? Mwayila Tshiyel11be1 et Kabuya Lumuna2 pouvaient-ils rencontrer Philippe Biyoya Makutu3 dans le dessin des fondel11ents socio-culturels d'un nouvel ordre politique et institutionnel congolais? La guerre du 2 août 1998 était en tous points différente de celles qu'a connues le pays par le passé, notamment celles au lendemain de l'accession du pays à l'indépendance: guerres de rébellions mulelistes à l'enjeu de restaurer une légitimité populaire et démocratique dans un contexte difficile de pénétration de la guerre froide en Afrique. C'étaient des guerres internes essentiellement congolaises, continuations de la politique interne congolaise. La guerre d'agression qui se doubla de rébellions armées parrainées des l11êl11es gresseurs était une guerre externe aux enjeux de a dOl11inationet de contrôle de notre souveraineté et l'occasion de faire main basse sur nos ressources naturelles et nos richesses nationales. Cette agression des pays voisins qui venaient d'aider au renversel11ent du Maréchal Mobutu était plus qu'intrigante. Que certains politiciens ne s'en soient pas aperçus pour exiger du gouvernel11ent agressé'! à tort ou à raison, d'opérer des réformes
I Tshiyembe Mwayila.. Le défi de l'arn1ée républicainre en RDC, l'Harmattan 2005~ pp.15-17. 2 Kabuya Lumuna Sando~ La conquête des libertés, Norat'. 1995. 3 Philippe Biyoya Makutu~ Pour un autre avenir congolais de paix, le choix d'un
1110dèle institutionnel" CEDI. 2002.

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institutionnelles était vraitnent regrettable. Et le débat politique que l'on voulait du coup engager se trouvait faussé. Les spécialistes de la lilote en politique me paraissaient en quête de publicité personnelle. Ces tnaîtres en Inanie de petites phrases n'étaient que de petits et bons agitateurs en mal de positionnement politique s'abandonnant au malin plaisir d'une opposition par principe, opposition de façade et non constructive en plus. Rien à mon avis ne pouvait justifier de s'afficher opposant à l'approche gouvernementale de gestion d'une grande crise nationale, en l'occurrence une guerre d'agression, simplement parce que la Conférence nationale souveraine aurait déjà eu à baliser le terrain des réformes institutionnelles. Voulait-on dire par là que l'agression armée venait au secours des résolutions de la Conférence nationale? Nul ne saura l'affinner. Les agresseurs eussent-ils été favorables à la Conférence nationale souveraine qu'ils n'eurent point besoin d'un vieux tnaquisard montagnard répugnant de l'ordre démocratique CNS. Une dialectique politique et guelTe s'itnposait parce que nos idées sur la situation que traversait notre pays ne paraissaient pas de taille à sortir le pays de la crise, car beaucoup de ceux qui parlaient ou écrivaient, restaient très sentimentaux. On regardait les acteurs politiques plus que l'on ne regardait les problèlnes, euxmêmes facteurs de crise. Personne ne cherchait à savoir si la situation qui était devenu nôtre n'avait pas par le passé été aussi celle des autres. Nous n'étions pas en Inesure de lire géopolitiquement les événements. Par exelnple, comment pouvait-on proposer à un gouvernement d'opérer des réformes institutionnelJes lorsqu'une guerre à l'intérieur des frontières faisait s'affronter une dizaine d'années régionales? Lorsqu'au Liban la désintégration de la société conduisit à la prolifération des milices et des interventions des puissances régionales, principalelnent de l'État hébreu (Israël) et de la Syrie, on parla de la libanisation, c'est-à-dire de la fin de la souveraineté du Liban. Au Congo n'y avait-il pas deux États, agresseurs qui avaient craché sur notre indépendance et notre souveraineté? Ou encore, lorsque la sécurité et la stabilité d'un pays voisin comme l'Angola, confrontée à une forte rébellion armée, venait à Il

dépendre de notre stabilité interne et de notre sécurité aux frontières, était-il bon d'affaiblir le gouvernelnent que l'on avait, silnplelnent pour le besoin de la guerre des alnbitions ? Lorsqu'un gouvernelnent était elnpêché de poursuivre son programlne du fait de l'agression, par exelnple, tous ne devraientils pas le soutenir? Une lecture géopolitique de la crise congolaise aujourd'hui montre l'absence de politiques alternatives et de stratégies de la part de ceux qui n'adhéraient pas à l'action gouvenlelnentale contre les prétentions des voisins à construire leur paix sur l' imposition de la paix au Congo. Les politiciens pour s'imposer ou obliger le pouvoir à s'approcher d'eux doivent lui offrir ce qu'il n'a pas. Dans le cas contraire, c'est la langue de bois. Les assises du dialogue intercongolais en Afrique du Sud auront eu le Inérite de délnontrer qu'en l'absence d'un débat préalable sur la dialectique politique et guerre, les Congolais n'étaient pas en mesure de négocier les termes d'un nouvel ordre politique et institutionnel. Et que Inêlne plus tard, au sein des institutions de la transition, la poursuite du dialogue Inanqué à Sun City n'était pas possible, tout comlne le débat parlelnentaire sur la guerre dont on aura retenu que les chiffres Inacabres de Inillions de tués. Les Congolais n'ont pas été capables par eux-Inêlnes d'arrêter la guerre; ils n'auront pas non plus été en mesure de composer avec la Comlnunauté internationale pour négocier la paix. Il aura manqué au Congo un de Gaulle nègre. Pour cela, ceux à qui l'on a imposé la guerre ont dfl Inalgré eux subir aussi la paix. Les contributions réunies dans ce livre auront eu pour vocation en leur telnps d'aider à la production d'un Charles de Gaulle nègre qui n'arrivera peut-être que trop tard. L'essentiel pour nous était d'entreprendre pour l'instant une lecture historico-critique des problèlnes et défis politiques de la longue transition politique congolaise. Tenter une politicologie de l'arithmétique du partage du pouvoir en termes de partage des responsabilités d'État, telle est J'ambition de cet ouvrage. La disparition brutale de Laurent-Désiré KabiJa et sa succession par son fils nous paraissaient annoncer la venue d'un printelnps congolais. Aussi notre effort aura-t-il consisté à montrer comlnent l'opportunité aurait pu être capitalisée. Mais au 12

fur et à mesure que le processus de paix de Lusaka se mettait en place, le besoin d'une pédagogie du dialogue et d'une politicologie conséquente et rationalisée du partage de pouvoir se faisait sentir. Le succès de la transition dépendait, à notre humble avis, de la capacité des Congolais à penser l'après-guerre autrelnent qu'en perspective du simple retrait des troupes étrangères du territoire congolais assorti des sanctions onusiennes aux voisins agresseurs. Si ce livre peut avoir un mérite, ce sera celui d'aider à cOlnprendre pourquoi le processus électoral est devenu l'instant critique et l' occasion du désenchantelnent et le relais d'une guerre non tenninée et d'une paix non signée.

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IlVTRODUCTIO.V

GEOPOLITIQUE

DU NOUVEAU DESTIN CONGOLAIS

La relance du processus de paix de Lusaka au lendemain de la disparition brutale de Laurent-Désiré Kabila était cel1es une bonne
chose. Mais le succès de la démarche delllandait et dépendait d une
~

clarification de la nouvelle situation géopol itique créée par l' élllergence d'un nouveau acteur différent en tous points de son devancier et surtout qui n'avait ni dilllension ni envergure idéologique et qui n'était pas pour les pays voisins un interlocuteur indiqué. C'est pour aider à façonner ce nouveau leadership qu'il fallait circonscrire les contours du nouveau contexte géopolitique national, régional et l110ndialqui ne l11anqueraitpas de conditionner favorablel11entou non le nouveau pouvoir4.

I. Le nouveau Congo
L'histoire politique du Congo était en quête de nouveauté depuis la Conférence nationale souveraine. Le Jll0UVeJllentet la lutte de libération de l'AFOL n'auraient pas tenu leurs prol11esses. L'après Luarent-Désiré. Kabila nous paraissait pourtant prêt à rencontrer I'histoire. En effet, la ROCpost-Mzee pourrait ne plus ressembler à tout ce que nous aurons connu ces quarante dernières années. Ce pays qui a vu son étoile pâlir et l110uriravec la fin de la guerre froide £stOuest et avec la 1110rt e son « Roi ».,le Maréchal Mobutu, pourrait d redevenir utile et un pays qui cOl11pte'l pourvu que tous sachent lire les signes du tel11ps et s'engagent à rebâtir un nouvel État qui prenne en cOl11pte évolutions géostratégiques africaines récentes. les Le principal facteur à la base de ce big-bang congolais a été le Général-Major Kabila Junior, le nouveau Président de la République. Les circonstances politico-juridiques de sa désignation en
4 Texte paru dans le Potentiel na 2143 du mardi 13 tëvrier 2001. p. 3.

remplacement de son défunt père rapprochent l'histoire politique du Congo délllocratique de celle du peuple hébreu sous la conduite de Josué, le Serviteur de Moïse. L'avènelllent au pouvoir d'État de Kabila Junior l11arquaitla fin d'une histoire nationale dOI11inéepar le diktat de l'armée et inaugurait une nouvelle histoire d'espoir d'un nouveau leadership démilitarisé et aussi dépolitisé. Sa légitil11iténe résultait ni de sa qualité de fils et de successeur désigné ou de sa position dans l'arlllée, mais plutôt de son l11essageà la nation et de son engagelllent pour une politique nationale et internationale d'ouverture, de dialogue et de paix. Le tel11psdes interventions l11ilitairesexternes et internes dans la politique congolaise était révolu. Aussi osions-nous croire que quoi qu'on dise et quel que soit l'usage que lui-même pourrait faire de sa grâce, Kabila Junior resterait dans l'histoire du Congo COllll11en repère. Une sorte d'éconol11ie politique de l'opportunité u s'imposait à tous ceux qui voulaient investir dans le nouveau contexte.
II. Économie d'une opportunité inespérée

L'enthousiasme et une sorte d'euphonie diplolnatique que suscitait sa personne nécessitaient cependant une éconolnie politique appropriée si l'on voulait éviter la répétition de l'histoire du gaspillage de belles émotions ainsi que de bonnes intentions d'autrefois. Pour demeurer un signe des tel11ps, Kabila Junior devait être pris dans ce qu'il était une opportunité inespérée qu'il ne fallait pas laisser passer, qu'il nous fallait coûte que coûte capitaliser non en le louangeant mais en l'aidant à construire l'avenir auquel du reste il avait dans son l11essageconvié son peuple à avoir confiance. Construire l'avenir congolais, c'était d'abord faire revivre le Congo avant de l'insérer en l'ajustant au Inonde d'aujourd'hui. Ramener le Congo à la vie avant de le rendre utile, c'était al11ener les Congolais au dialogue national et réussir la l11iseen place d'un nouvel ordre politique et institutionnel et aussi construire une politique régionale de paix cohérente, durable et efficace. 16

A ce niveau, la sagesse obligeait à considérer le processus de paix de Lusaka dans sa réalité d'un condensé géopolitique du destin congolais. Les Accords de Lusaka auront eu le courage d'écrire sur des feuilles blanches avec de l'encre noire la situation d'ilnplosion d'un espace territorial Congo qui n'avait plus rien d'un État. C'est vrai qu'une pareille affirmation étonne quand on sait que le pouvoir y était toujours exercé et que la communauté internationale n'avait pas dérogé au principe de la reconnaissance internationale de l'État congolais. La vérité est que celle-ci demeure Inême lorsque, cOlnlne le Koweït en 1991, le pays est sous occupation étrangère. La question en ce Inoment est plutôt politique que juridique. D'où la nécessité d'une lecture politique de l'ensetnble du processus, les considérations juridiques ne s'accomInodant pas de la logique de guerre. La guerre a été définie comlne le règlelnent par le sang de grands intérêts. L'avantage de cette acception de la guerre, c'est de donner par exemple à l'Accord ou aux Accords de Lusaka et particulièrement au dialogue national sa dimension de conférence de la paix. Le dialogue national n'était pas dans l'esprit de Lusaka une conférence constitutionnelle. C'était une conférence chargée de recréer la confiance mutuelle, le consensus réconciliateur porteur d'un projet national de solidarité. Le nouvel ordre politique et institutionnel, objet des négociations intercongolaises, serait sous ce rapport une politique de paix et de réconciliation nationale, une gestion congolaise des causes et conséquences de l'agression rwando-ougandaise. Il a existé néanmoins une réelle difficulté à donner un contenu unique au concept de nouvel ordre politique et institutionnel, le dialogue national ayant été perçu à travers des prismes anciens de conférence constitutionnelle ou encore des arrangements politiques particuliers du compromis politique global de triste mémoire. Il aurait été utile, dès lors d'indiquer que par nouvel ordre, il convenait d'entendre l'édiction de nouvelles règles, la définition de nouveaux principes d'organisation et de gestion de la politique et des institutions nationales. Et puisque la politique n'est rien d'autre que l'art de vivre ensemble en communauté, le nouvel ordre politique signifierait la création, l'élaboration de nonnes nouvelles de vie politique congolaise en vertu des problèlnes ainsi que des défis du passé, du 17

présent et du futur. Ce qui suppose ainsi un renouvellement de l'esprit des institutions. Cela peut aller jusqu'à en créer de nouvelles, question d' aSSUI11er notre destin national. Le dessin de cet ordre nouveau ne peut naître que des approches de grandes questions et de solutions préconisées. Il ne consisterait pas non plus à calquer notre paysage politique sur tel ou tel l110dèle constitutionnel, l11ais au contraire de prouver notre capacité à contribuer, si possible, au développel11ent du droit constitutionnel. L'entreprise irait donc au-delà des techniques constitutionnelles et pourrait supposer une réflexion fondamentale sur toute la vie nationale. D'où la question de savoir quelle architecture prendrait ce grand desservi politique.
III. Dessin d'un nouvel ordre politique et institutionnel

S'attacher à dresser les axes autour desquels graviterait le nouvel ordre politique et institutionnel était la prel11ièreurgence à laquelle devaient satisfaire les préparations du dialogue national. Mais, pareille besogne supposait que l'on sache que la République est une chance pour Phlll11anité parce qu'elle pen11et à l'homme, là où il existe, d'améliorer sa condition humaine. La République, dit-on, est un progrès pour l'homme en dégradation. COI11I11e peut le voir, la République ne se confond pas avec le on cadre juridique mêl11e si c'est lui qui permet de juger de la « républicanité» du pouvoir. On oppose généralel11ent la République à la démocratie, distinction que l'on n'arrivait pas faire lorsque, pour certains, le nouvel ordre politique congolais résultait du processus électoral. La République dél110cratique du Congo de del11ain pour être différente de celle d'hier devra être un pays gouvernable. Une bonne constitution acceptée de tous et l11êl11ea désignation des l autorités légitil11esne suffiraient pas à rendre ce pays gouvernable. La gouvernabilité d'un État déclaré néant est avant tout une exigence de stabilité politique, une quête de paix durable: une invention d'un système politique approprié. Rendre la ROCgouvenlable, c'est cOlllprendre pourquoi et comment ses élites civiles et militaires n'ont pas réussi - quarante ans durant - à bâtir sur ses terres 18

un pays plus beau que celui laissé par les Banoko (les Belges). C'est aussi comprendre le sens des évolutions politiques et institutionnelles intervenues depuis 1960, y compris les sécessions, les rébellions et les guerres. C'est éviter d'avoir à recommencer toujours. C'est, par ailleurs, tenter de découvrir le piège que l'histoire tendrait à la politique dans ce pays. Ce qui pourrait exiger au niveau des COlllportelllents politiques de s'émanciper du « macmahonisme ». Les macmahoniens sont cette espèce de politiques qui refuse ou méprisent de se SOUlllettreaux exigences des fonctions à l'exelllple du l11aréchalfrançais Mac Mahon qui dans un siècle de suffrage universel ne voulait pas de la popularité. La nouvelle politique congolaise ne devrait pas être le fait du miracle qui en politique comme en morale simplifie tout. Il ne faudrait plus, pour paraphraser Félix Pecault, que « ce que d'autres peuples demandent aux moyens réguliers et humains au travail opiniâtre, à l'instruction populaire, à la culture supérieure, aux

progrès de la raison publique que la ROC veuille l'obtenir par des
voies abrégée». Tout le travail du dialogue national devrait être de faire des institutions qui s'enracinent et qui ne soient pas à la l11ercid'une conspiration l11ilitaireou d'un tumulte de grande ville. Le souci de solidité devrait nous conduire à considérer que les coups de force sont un l11alheuret une honte pour le pays. Engagement pris à la Conférence nationale souveraine, l11aisnon tenu par la suite. Réussir le dialogue national sur le plan interne comportait aussi des exigences régionales et internationales. La première était relative aux effets des pressions internationales en faveur du règlement de la crise des Grands Lacs. La manière ainsi que les moyens par lesquels sera résolue la crise régionale influera certainement sur les volontés congolaises de paix, si du moins on leur donnait le sens d'un avenir voulu. Il était alors question dans ce cas de savoir qu'une nouvelle République démocratique du Congo serait un l110numentdes interventions africaines et mondiales dans la gestion de cette partie de son histoire. Elle serait bâtie sur I'harmonisation des volontés et des intérêts de tous les intervenants et sa réalisation dépendait des efforts du renouveau sur le plan régionaL

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IV. Renouveau régional Pour qui sait que la grave crise qui secoue le Congo est la conséquence de l'initiative africaine de renversement du Maréchal Mobutu, le renouveau régional à partir du Congo devrait ilnpliquer un inventaire critique des résultats de cet engagelnent régional. Et dans la mesure où la solution à la paix congolaise pourrait être la négation de la renaissance et de l'initiative africaines au nOln desquelles la ROCest devenue une maison d'horreur, c'est toute la politique régionale qu'il faudra renouveler. La vocation africaine et la politique de bon voisinage de feu le Maréchal Mobutu étaient perçues en Afrique comme cOlnportant des velléités sous impérialistes; la politique de solidarité africaine de M'Zee L. D. Kabila a donné lieu à une première guerre mondiale africaine. La déterInination d'une attitude diplomatique régionale, nouveau garant de paix et de stabilité, exigera plus que l'affirmation des principes de bonne foi et l'adhésion à la charte de l'OUA ou l'appartenance à la SADC. Il faudrait avant tout une politique spécifique de chaque pays voisin au niveau bilatéral sur les questions de sécurité et des réfugiés, soit une politique du Burundi, du Rwanda et de l'Ouganda; une approche sous-régionale des questions politiques nationales et régionales: une politique de l'Angola et des autres partenaires de l'Afrique centrale, une politique de l'Afrique du Sud et aussi celle des alliés actuels de guerre. Concilier, par exemple, le leadership régional de l'Afrique du Sud avec le devoir de gratitude envers le Zimbabwe pourrait exiger beaucoup de professionnalisme. Et finalement, une politique de la SADCqui ne sacrifie pas l'Afrique centrale. La préoccupation, à ce niveau, devra être d'éviter à jalnais la reproduction des situations ayant conduit à la première guerre mondiale africaine. La restauration d'un État capable et responsable, État démocratique et stable serait la première condition d'une nouvelle politique régionale de paix; la seconde condition pourrait consister à se protéger des séismes ou des convulsions politiques des pays voisins. Se protéger de l'exportation de l'instabilité politique ou de graves violations des droits de l'homlne contribueraient à la consolidation de la paix nationale et à la

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stabilité régionale. En troisième lieu, il faudrait soutenir toute entreprise de sécurité régionale multilatéralisée. La démarche, à mon sens., aura pour préalables de renoncer à Papproche trop légaliste de notre politique étrangère et aussi de s'abriter à l'ombre des grandes puissances. La politique congolaise de la région des Grands Lacs devra relayer celle des puissances intéressées à cette région. Lorsqu'exister COlllme un État utile demeure Punique enjeu de politique internationale d'un pays, 1"histoire enseigne l'économie du courage comme prix à payer. Par deux fois au cours de son histoire la France a dû se résoudre à une politique d'accomlllodement. En 1885, dans sa dispute avec le Portugal soutenu par l'Angleterre en Afrique, la France se fit alliée de la Prusse dont elle pensait tirer vengeance. Après 1945, 1" ne pouvant pas obtenir la destruction de l'Allemagne, elle en devient le partenaire privilégié dans la construction européenne quoique toujours souffrant de complexe de grandeur. Trosky le Soviétique sauva la jeune révolution bolchevique en s'inclinant devant 1"ultimatum du Britannique Lord Curzon. L'ambition diplomatique de la ROCde Kabila Junior ne sera pas de briguer un rôle intenlational, mais d'obtenir de toutes les nations de garantir l'existence de son pays ainsi que son intégrité territoriale et un engagelllent international à défendre militairement son indépendance si un voisin venait à l'agresser. La ROCveillera à ce que les grandes puissances rétablissent la paix en Angola et que l'Afrique reprenne au moins les questions de sécurité rwandaise à la frontière avec le Congo. Le retrait des troupes d'agression pourrait être assorti d'une pressante demande de délllocratisation des pays concernés. La RDC aura ainsi en Afrique centrale et en Afrique australe une politique d'engagement constructif à vocation principalement économique. Vis-à-vis des autres nations du l11onde, le non-alignement pourrait s'imposer 111êmesi les relations avec les États-Unis d'Amérique et le Royaume de Belgique devaient faire l'objet d'une politique régionale stratégique, une politique spéciale fondée sur le naturel historique. Les besoins de développement et de reconstruction pourraient contraindre à une politique préférentielle de l''Union européenne impossible à envisager en dehors du cadre institutionnel ACP-UE. 21

Dommage que la troïka occidentale ne soit qu'un simple mécanisme de gestion conjoncturelle des crises. L'hommage rendu à la France par le Président de la République serait plein de sousentendus qui mériteraient des éclaircissell1ents. Il faudrait espérer qu'il n'ait pas d'incidence diplomatique préjudicielle sur la cohésion de la troïka. Le souhait général serait cette fois de voir la RDCtirer profit des élans de générosité des partenaires traditionnels. Pour un pays qui est né de la mondialisation conjoncturelle d'autrefois, du XIXesiècle à Berlin, une stratégie conséquente de la mondialisation et de la globalisation s'imposerait, ne fut-ce que parce que sa reconstruction nécessitera l'intervention du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le volet économique de la paix congolaise de demain obligera à fonder la compétitivité de l'économie nationale sur autre chose que les mines. La démarche pourra supposer de profondes réformes macro-éconoIl1Iques. La géopolitique du nouveau destin congolais serait une exigence de l'identification des termes ou de la nature de celui-ci. Comment est-il perçu aujourd'hui par les Congolais et par les non-Congolais? Faisons-nous tous les mêmes rêves sur les conditions et les problèmes de sa renaissance? Pourrions-nous profiter de ce retour du printemps pour retarder I'hiver ou alors pour modifier définitivement le cours de notre histoire nationale? Exister vaudra certainement plus qu'être selon que l'on pourra dire: j'existe donc je suis.

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PREA11ERE PARTIE

PROCESSUS

DE LUSAKA NATIONAL

ET DU DIALOGUE

L'Éconolnie générale de la Transition politique issue du Dialogue intercongolais tenait à la méthode d'approche préconisée par les participants aux négociations politiques intercongolais en vue d'un nouvel ordre politique et institutionnel qui auraient dû avoir lieu. Et cOlnlne d'autres, qui ont eu à se pencher sur cette question avant nous l'ont relevé, les dialogueurs ont éprouvé de réelles difficultés d'approche tant tous n'avaient pas le mêlne entendelllent du processus de paix de Lusaka lui-Inême et ne savaient pas cOlnment utiliser le dialogue pour arrêter la guerre et construire enselnble un avenir de paix comlnun. Il faut dire par ailleurs que le plan directeur de la facilitation de Sir Ketulnile Masire n'était pas de nature à faciliter les choses. Les participants au dialogue manquaient visiblement d'expérience ou de tradition de négociations politiques; ils étaient incapables de puiser ailleurs dans les expériences des autres - Gabonais, Nigérians ou Ivoiriens - et avaient malgré eux besoin d'une pédagogie de l'art de négoCI er. C'est de ces difficultés que nous nous proposons de rendre COlllpteà travers les textes ci-après: Pour cOlnprendre le processus de paix de Lusaka; méthode d'approche du Dialogue intercongolais; gestion assistée du dialogue intercongolais; l'Accord de Lusaka: acte fondateur d'un nouvel ordre politique ou péché originel de l'agression armée; le plan de travail du facilitateur; lexique pour l'Accord de paix de Syrte; la médiation de l'alnbassadeur Holbrooke; leçons d'ailleurs ou danger d'ivoirisation; plaidoyer pour une pédagogie du dialogue; Inodes africains de règlement des crises; comlnent arrêter la guerre par le dialogue?

I. Pour comprendre le processus de paix de lusaka L'exécution de l'Accord de cessez-le-feu de Lusaka en tennes de négociations politiques intercongolaises du nouvel ordre politique et institutionnel dépendait de la cOlnpréhension que les délégués au dialogue devaient avoir du processus de paix de Lusaka lui-Inême. Que voulait-il au juste? Et qu'attendait-on des participants aux négociations politiques intercongolaises ? 1. Lusaka: processus de paix ou palabre africaine La réponse à cette question dépendait de la réponse à une autre question. En quoi ou pourquoi le processus de Lusaka est-iJ un processus de paix? On aurait Inêlne dû chercher à définir ce qu'est un processus. C'est un exercice qui ne manque pas d'intérêt. Lusaka, capitale de la République de Zambie, est la ville où la COllllnunauté internationale avec toutes les parties en confl it sur le territoire de la République délnocratique du Congo ont, durant de très longues semaines, négicié sur les modalités d'obtention d'un accord de cessation des hostilités entre les belligérants. Un tel cessez-le-feu devait pennettre, son observation assurée, la résolution par des voies pacifiques des problèmes à la base du conflit armé. Lusaka est donc la ville où se sont négociées les conditions du retour à la paix en République démocratique du Congo. Le processus de paix de Lusaka veut indique simplelnent l'établisselnent d'un plan directeur de paix nécessitant un certain nombre de détails dont l'exécution était progralnlnée dans le telnps. Lusaka n'a pas accouché de la paix mais des voies et moyens d'y parvenir sans faille. L'élélnent matériel de ce processus de paix est l'accord de cessez-le-feu en République démocratique du Congo. Pour comprendre ce processus de paix de Lusaka, il ilnporte de le situer dans le telnps et dans l'espace. Dans le temps, il faut penser au contexte de guerre. La guerre en République démocratique du Congo a débuté le 2 août 1998. Cette guerre est intervenue une année après la libération d'octobre 1996. Objectivement, son déclenchement est apparu cOlnme une calamité pour les Congolais

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qui aspiraient à la paix et au bonheur dont les promesses étaient contenues dans l'espérance créée par la fin du règne Mobutu. La République délllocratique du Congo n'avait pas les l110yens de se payer le luxe d'une guerre contre ses voisins ou contre des factions nationales en rébellion. Le temps était au redressement économique et à la reconstruction de l'État. La conjoncture internationale de cette époque était plutôt favorable au développement des échanges avec l'Afrique si l'on en juge par l'initiative américaine de partenariat comlllercial avec l'Afrique. La Conférence afroallléricaine d'Entebbe en Ouganda en 1998 à laquelle participait le Président américain Bill Clinton est là pour l'étayer. Dans la région des Grands Lacs, le temps était au renforcement de la Solidarité régionale par l'intensification de la Coopération et aussi de l' intégration régionale. Sous ce rapport, le processus de paix de Lusaka visait à restaurer le bon climat d'entente régionale et de coopération internationale avec toutes les nations du monde. L'Afrique centrale et australe était déjà venue au secours de la République démocratique du Congo lors de son épreuve l11alheureuse avec la COl11l11ission d'enquête des Nations unies sur les événements liés à la lutte de libération de l'AFOL, précisélllent, les graves allégations de violations massives des droits de l'homme et du droit international humanitaire. L'Afrique se sentait donc un devoir de solidarité envers Kinshasa et surtout envers le nouveau régÎllle qui n'avait pas encore les moyens de sa politique. La ROCbénéficiait de l'attention de tous ses partenaires traditionnels notamment ceux de l'Union européenne. Une délégation de la troïka de l'Union européenne rendit visite à M'Zee Laurent Kabila à sa propre initiative. La Conférence des Amis du Congo de décelllbre 1997 de Bruxelles préparée avec le concours des organisations économiques et financières internationales participait à cette bonne ambiance autour du retour à la normalité, à la vie républicaine dans ce pays de tous les rêves. Le processus de paix de Lusaka est de ce fait destiné à relancer et à recréer l'espoir. Dans l'espace, le processus de paix de Lusaka s'inscrivait dans un ensemble d'efforts de la communauté internationale concernant la paix en ROCet la stabilité dans la région des Grands Lacs. 25