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Participation citoyenne et ville

De
154 pages
L'absence des ouvriers, des salariés, des couples actifs avec enfants et des jeunes dans les actions de concertation ne s'apparente-t-elle pas à un apartheid social ? Pour construire les villes et les adapter aux attentes d'aujourd'hui, l'avis des habitants est indispensable. La démocratie participative tend le micro. Mais qui prend réellement la parole ? A travers des expériences, l'auteur montre comment recueillir la parole du plus grand nombre et écouter ceux qui vivent dans les cités.
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PARTICIPATIONCITOYENNE
ETVILLE©L’Harmattan,2011
5-7,ruedel’École-polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-55043-8
EAN:9782296550438GeorgesFERREBŒUF
PARTICIPATIONCITOYENNE
ETVILLE
Préface de
MauriceCharrierQuestionsContemporaines
Collection dirigée par J.P.Chagnollaud,
B. Péquignot etD. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les «questions
contemporaines» n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection «Questions Contemporaines »
est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs,
militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées
neuvesetouvrirdenouvellespistesàlaréflexioncollective.
Derniersouvragesparus
PhilippeGOOSSENS, Les Roms : dignité et accueil,2011.
André CHAGNON, Malades et médecins : pour mieux se
comprendre,Eux et nous,2011.
PhilippeDELOIRE,Et si laFrance disait oui à l’Europe,2011.
Jean MONTANIER et Alain AQUILINA, Violences, loi du silence,
loi du plus fort,2011.
Dominique ROTH, Economie et psychanalyse. Le progrès en
question,2011.
ClaudeOBADIA, Les lumières en berne ? Réflexion sur un présent en
peine d’avenir,2011
LeventÜNSALDI, Le développement vu de Turquie,2011.
Maurice T. MASCHINO, Cette France qu’on ne peut plus aimer,
2011.
VéroniqueWASYKULA,RMI : vous devez savoir,2011.
Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD, L’Impérialisme
économique. La visée hégémonique de laChine,2011.
Louis R. OMERT, Le Sursaut.Essai critique, social et philosophique,
2011.
Jean-Pierre DARRÉ, De l’ère des révolutions à l’émancipation des
intelligences,2011.
Jean-Pierre LEFEBVRE, Pour une sortie de crise positive, Articuler
la construction autogestionnaire avec le dépérissement de l’État,
2011.
Jean-René FONTAINE et Jean LEVAIN, Logement aidé en France,
Comprendre pour décider,2011.
MarcWIEL, LeGrand Paris,2010.
TheurietDireny, Idéologie de construction du territoire,2010.
Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS, Les leçons politiques du
néozapatismemexicain,Commander en obéissant,2010.REMERCIEMENTS
Aux maires, décideurs institutionnels
pour avoir osé concerter autrement.
MerciàNicolas pour son soutienattentif
dans la réalisation de ces actions.
Merci enfinàChristian,Anthony,Patrick,
Jacques et les autres pour que tous ces projets
arriventàleur terme.PREFACEDEMAURICECHARRIER
MairehonorairedeVaulx-en-Velin
Vice-Président du GrandLyon
“Ilfaudrabienqu’ilsnousentendent!”Cesous-titrequireprend
les proposdecelleset ceuxqui revendiquent, traduit l’exaspéra-
tion mais aussi la volonté, la détermination de participer, de dire
sonavisetsurtoutdelefaireprendreencompte,parcellesetceux
quiprétendentdécider.
Cesous-titreannoncelaclartédesidées,lerefusdelalanguede
bois,quenousretrouvonsdanscetouvrageetdansl’action.Par-
lerdeladémocratiepeutparaîtrefacile,“bateau”dirontcertains,
tantilestvraiquenousvivonsdansunesociétéquipeutsetarguer
àjustetitre d’un enracinement démocratique. Et pourtant!Ày re-
garderdeplusprès,lachoseestpluscomplexequ’iln’yparaît.
Comment concilier démocratie représentative, qui puise sa légi-
timité dans le suffrage universel (une des expressions les plus
abouties de la démocratie) et démocratie participative, exigence
deplusenplusaffirméede nosconcitoyens?Commentdoncres-
pecterlaparoledeshabitantsetmieuxreconnaîtreledroitdetout
un chacun d’exposer son intérêt, sans bafouer les institutions
démocratiquementéluesquisontcenséestraduirel’intérêtgénéral ?
Commentlégitimer toutes les visions,tous les intérêtsparticu-
liers,sansoublieraufinall’intérêtgénéral ?
Commentnepastombersousla“tyrannie”des“professionnelsde
la concertation” en ne laissant pas sur le bas du chemin “les ou-
bliés du débat”, celles et ceux qui souffrent le plus durement de
leurs conditions socialesetculturelles?Comment considérer
celles et ceux pour qui est encore refuséledroit de vote et qui
pourtantparticipentparleurtravailetleurengagementsocialàla
viedenotresociété ?
Comment sortir de ce paradoxedans lequel nous vivons au-
jourd’hui:alors que grandit l’exigence de donner son avis sur
toutcequiconditionnesaviequotidienne,lesélectionspolitiques
sontaffectéespardestauxd’abstentiongrandissantsetinquiétants.
-7-Telles sont les questionsauxquelles Georges Ferrebœuf
apporte des réponses, fondées sur l’ex périence des actions
concrètesmenéesdanslesquartierspopulaires,«sensibles»(en
fait sensibles aux injusticesetaux exclusions). Réponses sans
démagogie,réponsescomplexesàdessituations toutaussicom-
plexes. Réponses quipartentd’un triple constat:ladémocratie
est toutàlafois une obligation (la loi l’impose), une exigence
(formuléeparlapopulation)maissurtoutungaged’efficacitéde
l’actionpolitique,del’actionpublique.Celivreestd’unegrande
actualitéoùledroitdemanifester,depétitionnersontbafoués,où
leslieuxdeconcertation,demédiationsontnégligés,toutcomme
lesorganisationsquiportentlarevendication.Lemalaisequien-
tourelaréformedesretraitesenatteste.
Cetouvrageestuneinvitationàlaréflexionsurl’avenirdenotre
société. Un avenir où l’humain est au centre des préoccupations
et des politiques publiques.Une société qui redonne toutes leurs
places aux grands mouvements d’éducation populaire, porteurs
de sens… Une société qui se pose,àpropos de tous ses actes, le
quadruple questionnement:pourquoi ? Pour qui?Comment ?
Avecquellesconséquences?Unesociétéquiseposelaquestion
“faire société, vivre ensemble,c’est quoi ?” Quiàpartir de là
construitune“visiondynamique”duconceptdeNation.
Enfait,uneinvitationàrefonderlapolitique.
-8-AVANT-PROPOS
Lespropostenusdanscetouvragerelèventdel’expérience deter-
raind’uneagencedecommunication,encoopératived’activités,
dontl’originalitévientdesonprofondetindéfectibleancragedans
lesvillesetlesquartierspopulaires.Réflexions,commentaireset
pistes d’actions naissent de ce rapport étroit, privilégié, respec-
tueuxetaffectifqu’entretientl’agenceaveclesacteursquibâtis-
sentl’espaceurbain.ELC2estuneagencedeconcertationurbaine
baséeàLyon.Sonpérimètred’activitésesituedansl’aggloméra-
tionlyonnaise.Territoirefortementmarquéparlescrisesurbaines
et le déploiement des successifs plans banlieues, plans de réno-
vations urbaines. C’estégalement un espace porteurd’innova-
tions et d’efforts de communication pour tenter de mieu x
comprendrecommentleshabitantsviventlacitéetconnaîtreleurs
attentespourtransformerunpeulequotidien.
Crééeen1998parGeorgesFerrebœuf,l’agencesecomposed’un
équipage permanent de trois personnes;ses actions en font un
partenaireactifdeceuxquiviventetfontlaville. L’agencelyon-
naisedéveloppedesprocéduresdeconcertationinnovantesavec,
commeobjectifconstant,derendreclairesetlisibleslesdécisions,
lesintentionsetlesactionspubliques.L’équipefavorisel’écoute
parlesélus,lesinstitutionsetlesaménageursdel’usagequefont
de la ville et des quartiers les habitants. Elle milite pour que le
but de tout acte de concertation débouche sur l’appropriation
conscientedescitoyens.ELC2relayesanscesselesexpériences,
lesdésirsetlespropositionsquinaissentauquotidienchezlesha-
bitantsdesvilles.Eninitiantdelavie,delaconvivialitéetdures-
pect pour que les projets aient “une âme” et du sens pour ceux
quienbénéficieront.
L’agence ELC2 initie une pratique de terrain jugée innovante et
pertinente. Elle reste présente et activedans des quartiers popu-
laires que beaucoup de communicants désertent. ELC2 affiche
desrésultatsconcretsàlamesuredesprocéduresdeterrainqu'elle
adapte au contexte de chaque territoire au sein duquel elle tra-
vaille.Desrésultatsnésdessolutionsqu’elleinventeaveclesélus,
lescitoyensetceuxquiviventlaville.
-9-“Lorsquetoutestsurlatable,chacunal’assurance
querienn’estcachésousletapis…”
Un locatairedeVaulx-en-Velin (69)CHAPITRE I
CITOYENSETELUSSONT-ILSINTERCHANGEABLES ?
500 ans avant JC, les Athéniensinventaient un mode de repré-
sentationqui–mêmeperfectible-demeured’unegrandemoder-
nité:ladémocratie.Sanssavoirl’impacthistoriquedeleurschoix,
ils inauguraient des modes originaux de représentations qui
mixaientetbrassaientleséchelons,dulocal(dubas)versleglo-
bal (l’universel).Ils instauraient le tirage au sort pour désigner
des citoyens et pour les impliquer dans la vie de la cité. La ma-
nière dont fonctionnait l’assemblée délibérative-l'Ecclésia, une
institution qui décidait des lois et comptait 500 membres-per-
metdetirerquelquesenseignementspournotreactuellemanière
d’organiser la représentation et d’octroyer des formes nouvelles
pour le dialogue entre administrés et administrateurs,entre ci-
toyensetélus.
ÀAthènes,lanominationdescitoyens,pourexercerdesrespon-
sabilités,n’excédaitpasunan.Cetypedemandat,trèslimitédans
letemps,mériteintérêt,ilportebiendesavantages.Cetterèglede-
vrait servir d’école aujourd’hui, dans un paysage politique où le
cumuldemandatsresteimportant.Laloifrançaiseinterditd’oc-
cupersimultanémentcertainesfonctionspolitiques.Lecumuldes
mandatsaétélimitépardesloispromulguéesen1985eten2000.
Un députéouunsénateur ne peut cumuler son mandat avec plus
d'un des mandats locaux suivants: conseiller régional, conseiller
àl'assemblée de Corse, conseiller général, conseiller de Paris ou
conseiller municipald'une commune de 3.500 habitantsouplus.
En revanche, un parlementaire nationaloueuropéen peut conti-
nuerd’exercerunedesfonctionssuivantes:présidentdeConseil
régional;président du Conseil exécutif de Corse;président de
Conseilgénéral,maireoumaired'arrondissement(quellequesoit
latailledelacommune).
Un élu localnepeut cumuler plus de deux des mandats suivants :
conseillerrégional;conseilleràl'assembléedeCorse;conseiller
général, conseillerdeParis;conseillermunicipal(quellequesoit
-13-la taille de la commune). En revanche, il n’yapas de limitation
desmandats auseindesorganismes decoopération entrecollec-
tivités territoriales (communautés urbaines,communautésd'ag-
glomérationetcommunautésdecommunes,syndicatsmixtesou
intercommunaux).
Prièredenepascumuler
Pourtant le non cumul offre la possibilité d’un renouvellement
important des citoyens impliqués dans la gestion d’un projet,
d’uneactionoud’unaménagement.Unetellerèglepourraitpro-
duireunregaindemotivationetd’intérêtàlachosepublique,dans
une société qui, comme la nôtre, tend plusàdécourager la parti-
cipationqu’àlafavoriser.
Lalimitationdutempsdesmandatsélectifs,etl’impossibilitédes
cumuls de ceux-ci, pourtant actéesetacceptées en ces temps-là,
soulèvent de nos jours toujours de très vives polémiques. Il fau-
dra encore sans doute patienter quelquesdécennies avant d’éga-
ler la sagesseetles vertus de nos antiques précurseurs
méditerranéens.Àtourderôle,laprésidencedel’assemblée(l'Ec-
clésia)revenaitàunedesdifférentescomposantesrégionales.Au
seindel'Ecclésia,chaquejour,unmembretiréausortprésidaitles
débats(épistate).SurlesrivesdelaMéditerranée,danslaviecou-
rante,letirageausortofficiaitpourdenombreusesnominations,
ils’appliquaitégalementpourdésignerlesjugesetlesjurés.
L’expérience athénienne instituant une égalité parfaite entre les
personnes impliquées dans la gestion permettait l’interchangea-
bilité des citoyens.Malheureusement,ladémocratie ne concer-
naitqu’unepartiedupeuple.Pourtantceconceptdevraitinspirer
nos modes actuels de représentation, de nomination, ou de fonc-
tionnementdecertainesstructures.Enparticuliercellesdontl’ori-
ginesefondedanslaproximitéaveclescitoyensousurlebesoin
deconnaissancedesréalitésduterrain.
Sommes-noussidifférentsdesAthéniens ?
LeprintempsdeladémocratiequigermeenGrèceexclutleses-
clavesdetouteparticipationàlagestiondelacité,c’estlàundé-
fautrédhibitoire.Ilestpourtantutiledes’interrogersurl’actuelle
-14-réalité nationale et, dans les faits, sur la place exacte laisséeàla
“Franced’enbas”,auxouvriers,auxclassessocialeslesplusfai-
bles.Existe-t-ilunevraiedifférenceaujourd’hui ?
Des siècles plus tard,ilsuffit de se pencher sur la participation
descitoyensàlaviedelavilleouduquartierpourconstaterl’im-
mense difficulté pour que soient prises en compte les réflexions
dechacunettoutparticulièrementlesidéesdesmoinsorganisés,
des plus faibles ou des plus pauvres. Les élections régionales de
mars2010montrentl’étatcatastrophiquedelaparticipationélec-
torale:aupremier tour,où elle s'était élevéeà53,67%, l'absten-
tionaudeuxièmetourconcernaitencoreprèsde50%desélecteurs
inscrits.Untaux recordd'abstention qui s'inscrit dans uneten-
dance générale;les élections européennes avaient été boudées
par presque 60%des inscrits. Certes, des scrutins mobilisent.
Conservons en mémoire la forte participationàl’élection prési-
dentiellede2007ouplusdeneufsélecteurssurdixs’étaientren-
dusauxurnes,maiscetypedemobilisationresterare.
Auvudel’abstention,deladésertiondelaviesocialeetassocia-
tive,durepli,notresociéténereproduit-ellepascettediscrimina-
tion de la démocratie naissante ilya2 000 ans?Lemode
opératoire existant actuellement n’illustre-t-il pas notre accom-
modementàdélibérer comme lesAthéniens en leur temps, sans
lesesclaves,lesfemmesetlesétrangers ?
Ilesttempsdes’interroger
Actuellement, nos modescourants de consultation restent très
souventincapablesàprendreencomptelesapportsdechacunaux
projetstransformateursdelacité.Ilresteénormémentdechemin
àparcourir avant d’obtenir l’égalité de traitement entre les déci-
deursetlescitoyens,entrelescitoyenseux-mêmes.
Noussavonsque,dansl’ancienneAthènes,touslescitoyensâgés
d’aumoinsdix-huitansavaient droitdevoteetdroitd’interven-
tion dans l’assemblée du peuple.Lemot citoyen comportait des
limites.Lesesclaves,lesétrangers,lesfemmesnedisposaientpas
-15-