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Patrimoine naturel et conflits armés

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Sur quel référentiel de politique publique de conservation de la nature peut-on s'appuyer pour sauvegarder les aires protégées en période de conflit armé ? Sur la "participation stratégique" répond cet ouvrage qui se fonde sur l'expérience de l'Institut congolais pour la conservation de la nature. La participation stratégique apparaît comme un atout permettant d'immuniser les aires protégées contre les affres de la belligérance en impliquant les protagonistes aux mécanismes de leur gestion.
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Cosma Wilungula Balongelwa
PATRIMOINE NATUREL
ET CONFL TS ARMÉS
Sur quel référentiel de politique publique de conservation de la
nature peut-on s’appuyer pour sauvegarder les aires protégées
en période de con it armé ? Sur la « participation stratégique »
répond cet ouvrage qui se fonde sur l’expérience de l’Institut
congolais pour la conservation de la nature (RDC) aux années
de guerre de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la
Libération du Congo. La participation stratégique apparaît ainsi
comme un atout permettant d’immuniser les aires protégées,
particulièrement celles inscrites au patrimoine mondial, contre
les affres de la belligérance en impliquant les protagonistes aux PATRIMOINE NATUREL
mécanismes de leur gestion sans s’intéresser aux agendas
belliqueux de ceux-ci. ET CONFL TS ARMÉS
Né en 1961, à Kisanga, dans la province du Sud-Kivu (RDC),
Cosma Wilungula Balongelwa est Expert en Gestion des Aires
Protégées, Docteur en Sciences Politiques et Administratives Cas des parcs nationaux
de l’Université de Kinshasa et Professeur dans la même
Sites du Patrimoine mondial en RDCUniversité. Auteur d’un certain nombre d’écrits scientifi ques
dont celui intitulé Fizi 1967 – 1986, le Maquis Kabila, publié
aux éditions l’Harmattan en 1997, Cosma a longtemps exercé les fonctions
d’Administrateur Délégué Général dans plusieurs entreprises du Portefeuille
de l’État. Actuellement, il est Directeur Général de l’Institut congolais pour la
conservation de la nature (ICCN), unique agence nationale en charge de la
gestion des aires protégées en République Démocratique du Congo depuis
2006. Il est aussi Pasteur Responsable de l’Église Chrétienne Évangélique au
-Avant propos de François Xavier de DonneaCongo, ECEC en sigle.
Ministre d’État Belge
Illustration de couverture : Thinkstock
ISBN : 978-2-343-01246-9
23 €
Cosma Wilungula Balongelwa
PATRIMOINE NATUREL ET CONFLITS ARMÉS




Patrimoine naturel et conflits armés
Cas des parcs nationaux – sites du Patrimoine mondial
en République Démocratique du Congo Cosma Wilungula Balongelwa





Patrimoine naturel et conflits armés

Cas des parcs nationaux – sites du Patrimoine mondial
en République Démocratique du Congo



Avant-propos de François Xavier de Donnea
Ministre d’État Belge

















































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01246-9
EAN : 9782343012469
AVANT-PROPOS
En ce siècle des grands défis que la nature impose au monde, (changement
climatique, sécheresse…), la RDC reste encore un patrimoine naturel
exceptionnel d’une très grande diversité écosystémique dont plus de 60%
représentent les forêts du bassin du Congo. Ce patrimoine abrite une grande
variété d’espèces fauniques et floristiques, pour la plupart endémiques. Il
participe substantiellement au maintien des services environnementaux dont la
RDC, en particulier, et le monde entier, en général, dépendent.
Avec un tel patrimoine, il est démontré que la RDC est au cœur de la
biodiversité mondiale dont les 155 millions ha sont constitués des forêts
tropicales humides d’Afrique, baignées d’un assemblage unique d’habitats
allant des mangroves aux glaciers en passant par des savanes, des forêts
marécageux et ombrophiles et plus au moins 50% d’eau douce du continent
africain.
Sa flore renferme environ 11000 espèces de plantes dont 3200 sont
endémiques. Les 43% de ces dernières sont à vocation médicale.
La RDC est le seul pays au monde où vivent 4 espèces de grands singes sur
les cinq découverts pour l’instant ; sa faune comprend 480 espèces de
mammifères, 1090 d’oiseaux, 350 de reptiles, 220 d’amphibiens et 1600 de
poissons. Cet inventaire n’est pas exhaustif, car de nouvelles espèces se font
encore découvrir.
En effet, tout récemment, une nouvelle espèce de singe venait d’être
découverte dans les forêts du Land Scape Tshuapa-Lomami (TL2), à savoir, le
« Lesula », sans compter des espèces floristiques.
Deuxième massif forestier au monde à la suite de l’Amazonie où baigne
une méga et riche biodiversité, la RDC est consciente de sa responsabilité pour
la sauvegarde de la biodiversité de la planète et qu’elle assume pleinement.
Pour ce faire, non seulement elle s’est inscrite dans une culture de la
conservation, l’une des plus vielles du monde (depuis 1900 avec la création du
Jardin d’Eala, 1925, Parc National de Virunga (PNVi) et 1929 avec la création
d’une institution en charge de la conservation de la Nature (Institut des Parcs Nationaux), la RDC est l’un des pays du monde possédant un vaste réseau
d’aires protégées au profit de l’humanité.
A ce jour, son agence de la conservation de la nature, l’Institut Congolais
pour la Conservation de la Nature (ICCN), gère 8 parcs nationaux et 63
réserves et domaines, sept jardins botaniques et zoologiques. Cinq de ces parcs
sont inscrits au patrimoine mondial. Tout ce réseau d’Aires protégées
représente environs 13% du territoire national offert à l’humanité, avec
l’ambition d’aller à 17%, soit une superficie de 398.650 Km² consacrée à la
conservation de la nature et gérée par l’ICCN. Depuis lors et en dépit des
vicissitudes de l’option choisie, la RDC a toujours maintenu et entretenu sa
tradition conservatrice.
Cependant, tout ce parcourt élogieux qui reflète la culture conversationniste
de la RDC n’a pas été atteint sans embuches dont les principaux sont des
menaces anthropiques parmi lesquelles les guerres (conflits armés) à répétition
qui sévissent ce pays.
Dans un contexte de guerre, la conservation de la nature avec ses aires
protégées, paie toujours un lourd tribut. Ces aires protégées constituent à la
fois les bases arrières et l’alma mater des mouvements armés. Le Parc
National de Virunga, le Parc National de la Garamba, la Réserve de Faune à
Okapis, le Parc National de Kahuzi-Biega, sont aujourd’hui le bastion des
Maï-maï, du M23, de l’FDLR,… Leur gestion devient, de ce fait, plus que
désespérante, Kinshasa ayant perdu le contrôle dans les parties sous
occupation rebelle
Ce fut le cas très particulier que subissaient les aires protégées-sites du
Patrimoine Mondial dans la guerre du 2 août 1998 qui a scindé la RDC en
plusieurs administrations dont les plus en vue furent le Mouvement de
Libération du Congo (MLC), le Rassemblement Congolais pour la Démocratie
(RCD-Goma) et l’ex-Gouvernement. Ce dernier ne resta qu’avec la Direction
Générale de l’ICCN, les aires protégées dont celles du Patrimoine Mondial
étant sous les bottes des mouvements rebelles.
C’est alors que le génie inventif de l’ICCN et de ses partenaires mit sur
pied un projet dit UNF/UNESCO qui permit à transcender le système de
gestion des aires protégées par l’ICCN dans les zones rebelles. Ce sont les
acquis de ce projet essentiellement que Cosma Wilungula essaie de
systématiser, de rationaliser pour finalement en tisser une véritable théorie
scientifique de gestion des aires protégées en période de conflits armés à
savoir, la participation stratégique, présentée comme référentiel de toute une
politique publique de conservation de la nature en période de conflits.
8 Cette réflexion, Cosma la fait en cinq phases essentielles structurées en
chapitres :
Le premier chapitre retrace les Repères conceptuels et théoriques de cette
étude. Il aborde des notions comme celles de politiques publiques, référentiel,
aires protégées…. Ce qui permet d’asseoir le fondement théorique de cette
œuvre.
Le deuxième chapitre aborde les différents aspects de la gouvernance des
aires protégées en RDC. A cet effet, il revisite et retrace les généralités sur les
aires protégées dans le contexte congolais en les resituant dans son aperçu
historique avant de faire l’état des lieux des sites du patrimoine mondial en
temps de conflits armés.
Le troisième chapitre appréhende la question de la participation stratégique
comme nouveau référentiel qui fonde la nouvelle politique publique de la
conservation de la nature en période de conflits armés tel qu’il a été
expérimenté en RDC. Dans cette perspective, la place et le rôle des acteurs ou
des médiateurs sont mis en exergue en spécifiant, d’une part, les acteurs
principaux et, d’autre part, les acteurs secondaires.
Le quatrième chapitre donne un aperçu détaillé de la mise en œuvre de
cette nouvelle politique fondée sur la participation stratégique comme nouveau
référentiel à travers la mise en exécution du Projet UNF/UNESCO. Ce faisant,
cette étude revient sur le rôle et la place de la Communauté Internationale dans
ce projet avant d’en produire des résultats aussi bien attendus qu’escomptés.
Le cinquième et dernier chapitre intitulé « participation stratégique,
fondement d’un modèle de gestion immunisée des aires protégées en RDC »,
quant à lui, démontre, à travers ses limites, ses performances et ses
perspectives d’avenir, que la participation stratégique peut être prise comme
un modèle-type de gestion des AP en période de conflits et de post-conflits et
devenir, dorénavant, un cas d’école pour l’avenir et pour d’autres univers, en
d’autres moments.
Ce chapitre s’atèle aussi à ériger quelques mécanismes de cette gestion en
principes généraux, à réaffirmer la situation de conflit armé comme son
contexte par excellence de mise en œuvre même si l’on tend à l’étendre en
période post-conflit avant d’en produire un modèle de gestion appropriée.
À la manière de « Saint Thomas » de la Bible, je vous convie à parcourir ce
volume que Cosma met sur le marché du livre pour vous rendre compte de sa
particularité innovante.

François Xavier de Donnea
Ministre d’Etat Belge
9 INTRODUCTION GÉNÉRALE
Cet ouvrage porte sur la stratégique en tant que référentiel d’une politique
publique de conservation de la nature en période de conflits armés en
s’appuyant sur un cas précis, celui des parcs nationaux – sites du patrimoine
mondial de la République Démocratique du Congo.
La République Démocratique du Congo (RDC) n’en est pas à son premier
conflit armé. Mais celui qui s’est déclaré dans sa partie Est le 02 août 1998 a
intéressé et mobilisé la communauté internationale pour une raison majeure :
les dommages causés dans les aires protégées – sites du patrimoine mondial.
Ce conflit avait affecté la vie de l’humanité entière dans un siècle où le
réchauffement climatique et les diverses calamités naturelles exigent que les
ressources naturelles soient gérées dans le respect des prescrits du
développement durable.
Synonyme de guerre comme on peut bien le voir à travers l’abondante
littérature produite à cet effet, le conflit, dans cette acception, renvoie à toute
lutte armée opposant plusieurs États ou plusieurs peuples dans des combats
d’envergure et dont la finalité, pour chacun des protagonistes, consiste à
imposer sa volonté à l’adversaire.
Cette forme de conflit est apparu dans l’histoire de l’humanité a partir du
moment où des collectivités structurées et autonomes furent mises en présence
et surent organiser et manœuvrer la force de l’arme pour évoluer en fonction
des modifications affectant les sociétés et les techniques. Ainsi, depuis le
Moyen Âge, la guerre s’est progressivement codifiée et un droit s’est
sensiblement développé pour faire, aujourd’hui, l’objet de nombreuses
stipulations dans le cadre du droit international public et ce, malgré la
résurgence des nouvelles formes de guerre en vogue depuis la seconde moitie
du XXe s.
En effet, après la deuxième guerre mondiale et avec l’avènement
notamment des guerres civiles de plus en plus fréquentes, la conception classique de
la guerre telle qu’ébauchée ci-dessus est constamment remise en cause. Rien
qu’au cours des années 1980, neuf conflits sur dix ont opposé des combattants
placés sous la même souveraineté. Les guerres civiles posent deux problèmes majeurs du point de vue du droit
de la guerre. La distinction entre soldats, soumis à l’obligation de combattre
ouvertement et civils n’est plus opérante lorsque les combattants, issus de la
population, se fondent dans celle-ci et recourent à la guérilla. Or, la guérilla est
devenue une forme courante des conflits armés, à partir de la lutte des
résistants et partisans durant la Seconde Guerre mondiale, et surtout avec les
guerres de décolonisation autrement appelées guerres de libération. Et en vertu
du principe sacrosaint de non ingérence dans les affaires intérieures d’un pays,
la communauté internationale n’a pas le pouvoir de contrôle sur ces nouvelles
formes de conflit qui accordent peu d’attention aux droits de la personne.
eAu XX siècle, la guérilla a été activée dans plusieurs pays du monde
notamment dans les anciens empires coloniaux en quête de libération. Mao
Zedong l’utilisa comme stratégie contre les Japonais et le parti nationaliste du
Guomindang dirigé par Jiang Jieshi. Le cubain Fidel Castro en tira un succès
formidable qui inspira plusieurs idéologues latino-américains. Finalement, les
États-Unis et l’Union soviétique ont été tenus en échec par des troupes
pratiquant la guérilla, respectivement au Viêt Nam et en Afghanistan, etc.
Généralement, de tout les temps et en tout lieu, bien que toujours très
bouleversantes et instables, les périodes des conflits, particulièrement armés
sont, pour les gestionnaires habiles et avertis, des moments de remise en
question en vue d’une gestion ciblée et plus efficace. C’est comme le dit
Antoine de Saint Exupéry : « l’homme se découvre quand il se mesure à
l’obstacle ». C’est ainsi que nombre des firmes et d’Etats au monde sont
parvenus à refaire leurs économies, leurs valeurs et leurs images alors qu’ils se
trouvaient confrontés aux conflits armés.
Les moments de conflits armés provoquent des décalages et des
désajustements nécessitant des nouveaux équilibres dans les secteurs ou dans
les espaces géographiques menacés qui mobilisent et nécessitent que l’on
envisage des programmes d’action et de gestion conséquents pour combler
l’impasse.
C’est dans cette perspective que les guerres à répétition qui ont sévi en
1RDC, plus particulièrement celle dite du 02 août 1998 , ont été une expérience
test et probatoire pour l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature,

1 La guerre du 02 août 1998 est celle qui éclate au lendemain de la guerre dite de libération
menée par les l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) sous
la houlette de Laurent Désiré Kabila, un certain O2 août 1998, lorsque ce dernier, alors Chef
de l’Etat, décide de renvoyer, dans leurs pays respectifs, ses alliés d’hier particulièrement
rwandais et ougandais. Cette guerre opposa, tour à tour, le Gouvernement congolais secouru
par le Zimbambwe, l’Angola, la Namibie et le Tchad aux nombre croissant des rébellions
(RCD, MLC…) montées, entretenues, appuyées et derrière lesquelles le Rwanda et l’Ouganda
se voilaient pour dissiper la thèse d’agression dont se prévalait le Congo.
12 ICCN en sigle, dans la gestion des aires protégées dont les parcs nationaux –
sites du patrimoine mondial ainsi soumis aux contraintes de la guerre.
En effet, la conservation de la nature en général et plus particulièrement la
gestion des aires protégées en RDC sont une tâche qui relève exclusivement de
l’ICCN. Ce dernier en assure la gestion au nom et pour le compte de l’Etat
congolais. Parmi les aires protégées sous sa gestion, se trouvent être les cinq
parcs nationaux – sites du patrimoine mondial situés pour l’essentiel dans la
zone de turbulence de l’Est du pays. Il s’agit des PNKB, PNVi, PNG, PNS et
la RFO. Ainsi situés, ces cinq aires protégées ont été la cible des bandes
2armées qui commençaient à les endommager très remarquablement .
Dès lors, le patrimoine de l’Etat congolais en charge de l’ICCN, ainsi que
toute sa flore, sa faune et ses autres écosystèmes ont été saccagés et pollués
par les envahisseurs. Ils ont pillé ses ressources naturelles du sol, du sous sol et
3aquatique . Ses hommes qui tentaient leur résister en ont payé le prix jusqu’au
sacrifice suprême.
C’est ainsi que le Bureau du Comité du patrimoine mondial examinant
l’état de la conservation dans les cinq sites du patrimoine mondiale de la RDC
4a classé ces derniers parmi les sites en péril .
Par ce fait, autant que l’Etat central basé à Kinshasa fut démembré en
plusieurs administrations réparties suivant l’occupation du territoire, la
direction Générale de l’ICCN fut privé non seulement de son patrimoine
naturel ainsi investi par les belligérants mais aussi des ses agents qui s’y
trouvaient. Ce fut le début d’une remise en question en faveur d’une nouvelle
problématique de gestion des aires protégées, particulièrement celles
consignées dans la liste des sites du patrimoine mondial mais dont les
écosystèmes furent menacés d’extinction par les méfaits de la guerre.
Dès lors, la question qui en surgissait était de savoir par quel mécanisme la
Direction Générale basée à Kinshasa, et relevant de l’Etat central en guerre

2 L’ICCN depuis sa création a reçu de l’Etat congolais la mission de conserver la nature par la
gestion sur toute l’étendue du pays des aires protégées créées à cet effet. Cependant, à chaque
fois qu’une guerre éclate, le patrimoine de l’ICCN c’est-à-dire les aires protégées regorgeant
d’énormes richesses naturelles sont très enviés par les belligérants qui en font leur première
cible. Avec la guerre du 02 août, chaque branche rebelle occupant une portion de l’aire
protégée créait son ICCN avec les agents de ce dernier qu’elle trouvait. Dès lors, naquit autant
d’ICCN qu’il y avait des mouvements rebelles. En l’occurrence ICCN – RCD/Goma, ICCN –
RCD/KML, ICCN – MLC, etc.
3 Extrait du Rapport intérimaire du Groupe d’experts sur l’exploitation illégale des ressources
naturelles et autres richesses de la République démocratique du Congo, Nations Unies, 22 mai
2002.
4 ème Extrait du Rapport provisoire, 24 session ordinaire du Bureau du Comité du Patrimoine
mondial tenue à Paris en République française du 26 juin au 1èr juillet 2000, au siège de
l’UNESCO, voir plus loin pp. 116 et ss.
13 contre les envahisseurs, devait-elle continuer à assurer la coordination et la
gestion des ces sites d’un enjeu mondial et humanitaire mais déconnectés et
occupés par ces derniers ?
Jadis, la gestion des aires protégées en RDC fut calquée sur le modèle
colonial de la gestion de la chose publique qui fut foncièrement policière car
s’appuyant régulièrement sur les actions répressives de la garde des parcs. En
effet, comme partout à ailleurs, l’occupation coloniale du Congo fut fondée sur
l’exploitation économique favorisée par une main d’œuvre locale. Pour y
accéder cependant, le fouet au travers de la force publique, des corvées, des
travaux forcés et l’impôt en nature sous-tendant toute la politique coloniale
axée sur l’expropriation des riches terres des indigènes restèrent le seul
recours.
Cette forme de gestion assez traumatisante pour les indigènes provoquait
très souvent l’hostilité et le mépris des communautés riveraines vis-à-vis des
aires protégées et ses gestionnaires dont les visées expropriatrices se
dévoilaient progressivement. En définitive, ce mode de gestion, pour la plupart
des cas, a contribué à l’appauvrissement des populations locales qui, ayant été
« expropriées » furent sommées de quitter leur habitat naturel sans
contrepartie.
Au fil des temps, il fallait imaginer et construire un nouveau cadre de
référence gestionel. Il consista essentiellement à intégrer les préoccupations
profondes des communautés locales dans la gestion des aires protégées. Par
elle, les intérêts des populations locales sont pris en compte et cette dernière se
sent dorénavant concernée et impliquée dans la gestion des espaces vitaux à
défaut de lui trouver une contrepartie équivalente. On parla alors de la gestion
5participative ou de la participation communautaire .
Comme si cela ne suffisait pas, cette situation s’est aggravée
particulièrement avec l’avènement des guerres à répétition et le braconnage
professionnel qui ont secoué, tour à tour, les aires protégées que tentaient de
protéger vainement les gardes de parcs moins armées, par des méthodes
policières.
Les deux moments particuliers pré-décrits ont ainsi donné naissance à une
autre forme de gestion qui obligea le gestionnaire des aires protégées à
s’ouvrir vers des nouveaux horizons en créant des nouvelles alliances de
gestion. L’ICCN géra ainsi les aires protégées touchées par la guerre en
élargissant son partenariat aux nouveaux alliés dans le respect des intérêts
parfois contradictoires et controversant des uns et des autres. En plus des
communautés locales, ce partenariat devait impliquer également la

5 DUDLEY N., (Ed), Lignes directrices pour l’application des catégories de gestion des aires protégées,
UICN, Gland, Suisse, 2008, pp. 32 – 39.
14 communauté internationale et les groupes armés occupant l’une ou l’autre
portion des aires protégées.
Considérant l’un ou l’autre partenaire à sa juste valeur, cette nouvelle
approche sous-tendue par le projet de la fondation des Nations-Unies à travers
6
l’Unesco (Projet UNF) a permis à l’Etat congolais, au travers de l’ICCN, de
continuer à administrer les aires protégées pourtant en proie à des guerres
comme par le passé en dépit de quelques pesanteurs.
Par cette approche, les différents alliés, dont certains furent protagonistes
du conflit, participèrent activement mais stratégiquement à la gestion des aires
protégées sous menace. Ces dernières furent ainsi considérées comme des
espaces neutres, mis a part et préservés contre les attaques des groupes armés.
La participation stratégique devint ainsi, pour l’ICCN, la manière
consensuelle et non conflictuelle de gérer les aires protégées durant toute la
période de conflit armé à l’Est de la RDC. Dès lors, l’Etat congolais s’y
appuya et s’y référa régulièrement pour protéger son patrimoine naturel en
impliquant ses ennemis dans sa gestion. La participation stratégique, pour tout
dire, se structura comme repère ou référence, mieux comme référentiel pour
une gestion immunisée des ces parcs mis en péril par la guerre. La RDC
expérimenta alors une nouvelle approche, un nouveau référentiel en matière
des politiques publiques de conservation de la nature en période de conflit.
La notion de référentiel évoquée ici est celle qui « désigne l’ensemble des
normes ou images de référence en fonction desquelles sont définis les critères
d’intervention de l’Etat ainsi que les objectifs de la politique publique
7considérée » . Elle se conçoit, dans le cadre de cette étude, comme une vision
qui consiste à ériger ces aires protégées et leur biodiversité sous menace des
conflits armés à la dimension d’un problème commun autour duquel
s’entrecroisent les intérêts locaux, nationaux et internationaux, parfois
contraires et paradoxaux mais qui requiert au préalable la participation de tous
les acteurs en vue d’une gestion partagée et immunisée.
Le référentiel ainsi entendu revêt une double implication. D’abord et avant
tout, il structure, c’est-à-dire détermine et oriente le processus de
représentation des normes et de construction de sens d’une politique publique.
Ensuite, il constitue l’élément essentiel de fixation des objectifs de cette même
politique dont il induit les modes de gestion ou d’intervention.
En définitive, c’est le référentiel qui permet de décoder la philosophie de
toute action publique (de l’Etat). Il est « un espace de sens qui donne à voir le

6 Lire les termes de référence du Projet UNF/UNESCO n° 243ZAI4070 relatif à la
conservation de la biodiversité dans les régions de conflits armés : protéger le patrimoine
mondial de la RDC.
7 ème MULLER P., Les politiques publiques, Ed. PUF, Paris, 2 édition, 1994, p.27.
15 8monde » . C’est l’ensemble des croyances, des représentations protégées qui
fondent toute politique publique.
Les politiques publiques, elles-mêmes, au sens de cette étude, doivent être
9comprises fondamentalement comme des objets de recherche, des paradigmes
10
ou mieux « un processus de construction d’un rapport au monde » que Y.
Mény et J.C. Thoenig définissent en termes de : « produit de l’activité d’une
11autorité investie de puissance et de légitimité gouvernementale » à l’instar de
l’ICCN dans le domaine de la conservation de la nature en RDC. Elles se
« présentent sous forme d’un programme d’actions gouvernementale dans un
secteur de la société (conservation de la nature) ou un espace géographique
12(parcs nationaux – sites du patrimoine mondial) .
Dès lors, l’analyse des politiques publiques vise à questionner l’action
13publique, ses déterminants, ses finalités, ses procédures et ses conséquences .
Il s’agit d’un modèle de l’action publique qui consiste à questionner l’action
de l’Etat en décodant le processus de construction de son référentiel d’une part
et en déterminant les acteurs, leurs interventions ou leurs réalisations ainsi que
les finalités et leurs impacts de l’autre.
Ainsi entendu, la problématique de cette étude pose que, dans un contexte
de conflit armé sous-tendu par une géopolitique aussi bien interne qu’externe,
il s’avère nécessaire d’envisager une politique alternative et conséquente de
conservation de la nature constituée des aires protégées hissées au rang du
patrimoine local, national, transfrontalier et international.
De ce qui précède, découlent deux questionnements qui articulent notre
angoisse heuristique :
1. Quel est le fondement qui détermine la politique de conservation de la
nature durant le conflit armé en termes de vision alternative, conçue

8 MULLER P., Les politiques publiques comme construction d’un rapport au monde, Ed. L’Harmattan,
Collection « Logiques politiques », Paris, 1995, p.159.
9 SUREL Y., Les politiques publiques comme paradigmes in FAURE A., POLLET G., WARIN P.,
(sous la direction) ; La construction du sens dans les politiques publiques. Débat autour de la notion
de référentiel, Ed. L’Harmattan, Paris, 1995, p.125.
10 MULLER P., Politiques publiques comme construction d’un rapport au monde in FAURE A.,
POLLET G., WARIN P., (sous la direction) ; La construction du sens dans les politiques publiques.
Débat autour de la notion de référentiel, Ed. L’Harmattan, Paris, 1995, p.153.
11 MENY Y.et THOENING J-C. cités par SUREL Y., Les politiques publiques comme paradigmes in
FAURE A., POLLET G., WARIN P., (sous la direction) ; La construction du sens dans les politiques
publiques. Débat autour de la notion de référentiel, Ed. L’Harmattan, Paris, 1995, p.125.
12 MULER P. in FAURE A., POLLET G., WARIN P., (sous la direction), Op. Cit., p.23.
13 FAURE A., POLLET G., WARIN P., (sous la direction) ; La construction du sens dans les
politiques publiques. Débat autour de la notion de référentiel, Ed. L’Harmattan, Paris, 1995, p.9.
16 comme un registre de renouvellement d’idées, des recettes et des
standards ?
2. Quelle est sa finalité en termes d’enjeu et des gains ?
Autrement dit, par quel mécanisme ou de quelle manière l’ICCN a-t-il géré
ces espaces qualifiés de patrimoine mondial en s’appuyant sur des partenaires
aux intérêts divergents et contradictoires afin qu’ils soient immunisés contre
les affres de la guerre qui les menaçaient ?
Notre manière de répondre à ce questionnement serait celle qui nous
conduirait à évaluer le mécanisme activé pour gérer ces aires protégées
pendant le conflit afin d’en déceler les tenant et les aboutissants, le résultat
obtenu et éventuellement les améliorations apportées à la gestion des espaces
protégés.
Le 02 août 1998, l’Est de la RDC est à nouveau pris en étau par les
belligérants qui y établissent leurs administrations. Le patrimoine de l’ICCN
dont celui listé au titre de patrimoine mondial est, une fois de plus, ciblé
comme refuge mais aussi comme siège de potentielles ressources naturelles
d’où les bandes armées tirent leur sève.
Pourtant, ces espaces consacrés internationalement comme patrimoine
mondial abritent, non seulement une biodiversité intense avec un habitat
exceptionnel mais aussi l’une des plus importantes réserves protégées
d’Afrique dont les espèces sont menacées d’extinction, notamment, par les
guerres et le braconnage tant professionnel qu’alimentaire. Le Bureau du
Comité du patrimoine mondial l’a déclaré comme étant un patrimoine en péril
et la plupart des ces espèces de la faune et de la flore sont inscrits sur la liste
rouge de l’UICN. C’est le cas par exemple de la disparition des rhinocéros
blancs du nord au Parc National de Garamba dont on ne retrouve plus de
traces actuellement, une espèce pourtant endémique à la RDC.
C’est autant dire qu’au-delà de l’intérêt national et africain que revêt la
réserve congolaise d’aires protégées, il faut souligner son importance
universelle qui résulte de l’attention toute particulière que lui accorde toute la
communauté internationale. Car, il ne fait plus aucun doute que les forêts
congolaises, leurs eaux et tous leurs écosystèmes y compris la faune et la flore
intéressent au plus haut niveau le monde entier notamment dans la lutte contre
le réchauffement climatique, le gaz à effets de serre, la désertification de la
planète, la pauvreté, etc.
En effet, le monde entier reconnaît l’importance du patrimoine naturel du
Congo qu’il l’a déclaré patrimoine mondial. Sa perte serait préjudiciable pour
toute l’humanité. Les menaces qu’il encourt chaque jour nécessitent, par
17 conséquent, que ces espaces soient sauvegardés et éventuellement soient
14réhabilités .
Au niveau national, les aires protégées, au-delà du fait qu’elles assurent la
pérennité des espèces pour les générations futures, constituent une source
importante des recettes et une opportunité sûre dans le processus de
développement durable et de lutte contre la pauvreté. Le gouvernement en a
fait l’une des ses priorités et tient à ériger 15% de la superficie du pays en aires
protégées dans un avenir immédiat.
Pourtant, de nos jours, on assiste à une déliquescence continuelle des
ressources naturelles du globe suite à l’emprise toujours grandissante de
l’homme sur la nature. L’homme ne cesse de moduler et de modifier les
paysages à sa façon et suivant ses besoins. Ses besoins alimentaires, agricoles,
commerciaux, industriels, en énergie électrique, en eau, en habitat, etc.
représentent les principales atteintes. La situation de conflits armés que vit
particulièrement la RDC en ces dernières décennies a sensiblement accéléré la
dégradation des ressources naturelles à l’échelle mondiale. Cette dégradation
est évaluée par rapport à la position de la RDC considérée comme deuxième
poumon mondial en ressources naturelles.
Conscient des ces enjeux aussi bien mondiaux que nationaux face à la
destruction, à la pollution et au pillage qui pèse sur l’environnement en général
et sur les aires protégées en particulier, l’ICCN devait se frayer un modèle de
gestion participative susceptible non seulement de mettre les aires protégées à
l’abri des menaces des conflits armés (les immuniser) mais aussi d’associer
des partenaires aux intérêts divergents et parfois contradictoire sans les
opposer les uns aux autres.
Ainsi, un tel modèle devait avoir pour soubassement la notion de
référentiel, notion en vogue dans tout processus d’élaboration des politiques
publiques et qui prend en compte les stratégies des divers partenaires. On
parlerait ainsi de la « participation stratégique » comme modèle de gestion
des aires protégées pendant la période de conflit armé.
Concrètement, ce modèle a pour fondement les postulats ci-après :
1. Une gestion intégrant l’action de tous les partenaires dans le respect de
leur dignité et de leurs intérêts respectifs en y impliquant, à la fois,
l’Etat congolais à travers l’ICCN, la Communauté Internationale par
l’entremise de ses organismes spécialisés (UNESCO, PNUD, ONG,
GTZ, CTB, …), les communautés locales et riveraines, les groupes
armés et, éventuellement les pays étrangers impliqués dans le conflit au
travers des mécanismes de conservation transfrontalière. Cette stratégie

14 Extrait de la convention relative à la protection du Patrimoine mondial, culturel et naturel,
ratifié par la RDC en 1974, (voir annexe).
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