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PAVILLON NOIR SUR L'ASIE DU SUD-EST

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293 pages
Anachronisme ou résurgence d'une pratique que l'on croyait oubliée ? En Asie du Sud-Est, la piraterie maritime est en tout cas qualifiée de « nouvelle menace ». Mais d'où viennent ces hommes qui font trembler les marins des détroits par lesquels circulent l'essentiel du commerce maritime mondial ? Et comment l'Indonésie, la Malaysia, Singapour, la Thaïlande, les Philippines ou le Vietnam s'emploient-ils à lutter contre ces avatars contemporains des pavillons noirs de jadis ?
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PA VILLON NOIR
SUR L'ASIE DU SUD-EST

Photo de couverture: « Pirate des Philippines» par Eric PASQUIER Photos intérieures: Eric PASQUIER & Voja MILADINOVIC Illustrations: Sébastien BRUNEL Maquette et couverture: Mikaël BRODU Cartes géographiques: Studio Yukulele et Mikaël BRODU cg IRASEC, 2002 ISBN 2-7475-3287-9

Collection ANALYSES EN REGARD Sous la direction de Stéphane Dovert

Pavillon noir sur l'Asie du Sud-Est
Histoire d'une résurgence de la piraterie maritime

Eric Frécon

Préfacé par Jean-Luc Domenach

Ce livre a bénéficié du soutien de l'ambassade de France en Malaysia

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris - France

Institut de Recherche sur l'Asie du Sud Est Contemporaine 32/38 Sino-Thai Tower, 15111 floor Sukhumvit 21, Khlongtoey Bangkok 10110 - Thaûande www.ltasec.com

Relecture orthographique et mise en forme: Philippe Latour, Brigitte Agenet-Piravinich et Grégoire Rochigneux

Ce livre est le fruit d'un programme de recherche de l'IRASEC qui s'inscrit en synergie avec ma thèse de doctorat à l'Institut d'études politiques de Paris. TI a bénéficié du soutien de l'ambassade de France en Malaysia. Je remercie ici très chaleureusement Xavier Driencourt, ambassadeur de France, ainsi que Gilles Huberson, premier conseiller, et Michel Pasquier, conseiller de coopération et d'action culturelle. Toute ma gratitude va aussi au groupe LVMH, à Henri-Claude de Bettignies (INSEAD-Stanford) et à la Fondation Hachette dont les bourses m'ont permis d'effectuer différents séjours en Asie du Sud-Est. TI me faut également remercier ici Jean-Luc Domenach (CERI-Sciences Po) pour sa confiance, ainsi que le Groupe terrorisme (TE) d'Interpol et le Centre d'enseignement supérieur de la marine (CES:M) pour leur accueil. Je tiens enfin à marquer toute ma reconnaissance à Sébastien Brunel et au studio Yukulele pour les cartes et les dessins, ainsi qu'aux relecteurs du manuscrit pour leur patience.

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ACTC: Asean Centre for Combating Transnational Crime (Centre de l'Asean de lutte contre le crime transnational) AMMTC: Asean Ministerial Meeting on Transnational Crime (Réunion ministérielle de l'Asean sur le crime transnational) ARF: Asean Regional Forum (Forum régional de l'Asean) Asean: Association of Southeast Asian Nations (Association des nations d'Asie du Sud-Est) Asean PMC: Asean Post Ministerial Conference (Conférence post-ministérielle de l'Asean) Aseanpol : Asean - Police ASF: Asian Shipowners' Forum (Forum des armateurs asiatiques) BIMCO: Baltic and International Maritime Council (Conseil baltique et international maritime) BMI : Bureau maritime international CCS : Commercial Crime Services (Services contre les crimes commerciaux) CMI : Comité maritime international CPI : Cour pénale internationale CRP : Centre régional de la piraterie CSCAP: Council for Security Cooperation in the Asia Pacific (Conseil pour la sécurité coopérative en AsiePacifique) DCA: détournement criminel aggravé (ici piraterie internationale) FILM: Front islamique de libération moro FNLM : Front national de libération moro FPDA: Five Power Defense Arrangements (Accords de défense des cinq puissances)

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ICC: International Chamber of Commerce (Chambre internationale de commerce) ICPO (OIPC) - Interpol: International Criminal Police Organization (Organisation internationale de la police criminelle) IGCC: Institute on Global Conflict and Cooperation (Institut sur les conflits globaux et la coopération) 1MB: International Maritime Bureau (Bureau maritime international) IMO : International Maritime Organization (Organisation maritime internationale) ISF: International Shipping Federation (Fédération internationale pour la navigation) ITF: International Transport workers Federation (Fédération internationale des employés du transport) JAMS: Japan Association for Marine Safety (Association japonaise pour la sécurité maritime) LNG: liquified naturalgas (gaz naturel liquéfié) LTTE: Liberation Tigers of Tamil Eelam (Tigres libérateurs de l'EELAM tamoul) Marad : Maritime Administration (Administration maritime - Etats-Unis) MECC : Maritime Enforcement Coordinating Centre (Centre de coordination de la répression maritime) MIMA: Maritime Institute of Malaysia - Ikmal (Institut maritime de la Malaysia) MSF: Maritime Security Force (Force de sécurité maritime) MRM : Maritime Risk Management (Gestion des risques maritimes) MSC : Maritime Safety Committee (Comité de sécurité maritime) NUMAST: National Union of Marine, Aviation, Shipping Transport Officers (Union nationale des officiers du transport aérien et maritime)

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OMI : Organisation maritime internationale ONG : Organisation non gouvernementale ONU: Organisation des Nations unies PNB: produit national brut RPC: Reporting Piracy Centre (Centre de recensement de la piraterie ou, par extension, Centre régional de la piraterie) SLOC: sea lines/lanes rf communication(voies - ou lignes de communication maritimes) SOMTC: Senior Officials Meeting on Transnational Crime (Réunions des hauts fonctionnaires sur le crime transnational) SPS: Satellite Protection Service (Service de protection par satellite) UE : Union européenne VAMAl: vol et aggression à main armée de degré intermédiaire (ici piraterie organisée) VMAM: vol à main armée mineur (ici banditisme maritime) ZEE: Zone économique exclusive

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Qu'est-ce que le monde et comment le lire? Quels faits étudier pour mieux le comprendre? La question est ancienne et a inspiré des réponses qui ont évolué en même temps que la situation internationale. Durant la guerre froide, c'est sur les faits en quelque sorte officiels que l'attention se concentrait; c'est-à-dire sur les faits que les propagandes et les diplomaties reconnaissaient comme tels. Le monde que l'on analysait était en gros celui que les Etats connaissaient et dominaient; c'était un monde pour l'essentiel stratégique. La fm de la guerre froide a conduit à un renversement d'optique. Déqualifiés par la supériorité du monde capitaliste, les pouvoirs communistes d'Europe centrale et orientale ont dû laisser réapparaître une réalité sociale et culturelle qu'ils avaient en vain prétendu abolir. La disparition de l'Union soviétique a engendré, non pas le «nouvel ordre mondial» que le président Bush senior appelait de ses vœux, mais une situation bien plus confuse dans laquelle les Etats du monde développé se trouvent menacés par de nouveaux défis qui surgissent là même où l'on ne regardait pas: sur les marges de leur domination. Par la suite, une série d'accidents économiques et politiques ont révélé une réalité internationale bien plus complexe qu'auparavant, que les Etats peinent à contrôler; une réalité de plus en plus sociale. L'Asie aura été à l'avant-garde de cette évolution. Chronologiquement, bien sûr, parce que les régimes et les partis communistes s'y sont affaiblis plus tôt qu'ailleurs, à partir du milieu des années 1970. Mais aussi parce que dans les années 1990, elle a abrité les ébauches de différents ordres et désordres possibles. XE!

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N'oublions pas, après l'avoir exagérée, la contribution des économies asiatiques à la formation d'un ordre mondial marchand. N'oublions pas, non plus, l'esquisse par certains responsables d'Asie du Sud-Est d'une régionalisation fondée sur la construction volontariste d'une idéologie «asiatiste ». Ce furent là d'incontestables apports à la réorganisation du monde d'après la guerre froide. Mais ils éclipsaient à tort les fragilités des sociétés internes, et l'insuffisante régulation de l'espace asiatique. Ces fragilités ont aggravé la crise fInancière qui s'est développée dans l'ensemble de la région en 1997-1998. La crise, aujourd'hui dominée sans être complètement éradiquée, a rendu ces fragilités plus évidentes et les a parfois aggravées à son tour. Mais elle a aussi contraint les gouvernements de la région à entreprendre de les réduire, entraînant certaines stabilisations intérieures et la relance d'un processus de régionalisation plus substantiel qu'auparavant 1. L'étude d'Eric Précon jette une lumière crue sur ces fragilités en plongeant audacieusement dans une réalité que les habitudes de la guerre froide avaient réservée aux notes des agents secrets ou aux reportages de quelques journalistes originaux: celle de la piraterie. En cela, elle possède un intérêt de méthode exemplaire. Le développement du terrorisme l'a en effet confIrmé: une large partie de l'actualité qui compte est désormais celle des forces souterraines, économiques, mafIeuses ou terroristes, qui échappent au contrôle et parfois à la connaissance des Etats. La piraterie est donc un phénomène fondamentalement actuel, dont l'analyse permet de mesurer le pouvoir des Etats et la régulation des espaces internationaux.
1 Karoline Postel-Vinay: 2002, Paris, 318 p. Corée, au cœur de la nouvelleAsie, Flammarion,

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PREFACE

Mais l'enquête est difficile, elle appelle de l'intelligence et de la passion, l'audace de chercher dans le noir et le courage de ne pas s'en laisser conter: ce sont bien les qualités dont témoigne cet ouvrage. Celui-ci constitue une excellente photographie des faiblesses, mais aussi des ressaisissements asiatiques. Il explique comment la piraterie est réapparue massivement au lendemain de la guerre froide, d'abord à cause des insuffisances de l'ordre régional et des faiblesses (ou des tactiques) de certains Etats. Mais il montre aussi que la région a évolué. Quand je l'évoquais en 1998 dans L'Asie en danger2,la piraterie était en partie imputable à la situation intérieure et à la stratégie extérieure de la Chine. Depuis, l'effondrement de l'Indonésie et le ressaisissement du régime chinois l'ont fait refluer vers les détroits d'Asie du Sud-Est. Le livre d'Eric Précon décrit aussi comment les efforts de coordination régionale et les politiques de certains grands Etats comme le Japon et l'Inde ont agi sur elle, en général pour la circonscrire. Le problème paraît désormais identifié et en large partie traité; on peut espérer qu'il sera maîtrisé dans les années à venir, même si la crise indonésienne risque de gêner sérieusement les efforts de régulation. Il n'en reste pas moins que la réapparition de la piraterie et le retard mis à la juguler mettent en évidence le danger que constituent pour le monde les faiblesses ou les crises de certains grands Etats de la région: hier la Chine et aujourd'hui l'Indonésie ou le Pakistan. Cela prouve en outre que, malgré sa coagulation économique et ses efforts de concertation, l'Asie demeure probablement la région du monde la plus problématique; non pas
2 Jean-Luc Domenach, L'Asie en danger, Fayard, Paris, 1998, 338 p.

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la plus troublée, ni probablement la pus dangereuse, mais celle dont l'identité collective demeure la moins évidente, celle où la « conscience de soi» reste la plus nébuleuse.

Jean-Luc Domenach, ancien directeur scientifique de la Fondation nationale des sciences politiques, directeur de l'Antenne franco-chinoise de sciences humaines et sociales de Pékin.

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«Personnages fugitifs d'événements imprécis, ombres dansantes aux feux des incendies, silhouettes anonymes de luttes nocturnes et compliquées, les Pirates ne sont pas faits pour l'Histoire, l'Histoire majestueuse et sagement déroulée, où les gens et les choses se rangent avec clarté à l'entour d'un Grand Homme: foule bruis sante, bigarrée et confuse, ils en occupent les bas-côtés, dans un demi-jour fumeux et coupé d'éclats sinistres. Les combats s'entremêlent, les bandes s'entrechoquent, les influences se heurtent, les incidents se superposent: dans ce brouhaha multiple et discord, nul ne peut reconnaître les siens 3 ». Mais qui sont donc les pirates dont Albert de Pourville nous parle avec tant de poésie? L'arrière grandpère citera avec nostalgie Long John Silver et L'lIe au trésorde Robert Louis Stevenson. La grand-mère rougira à l'évocation des abordages hollywoodiens de Douglas Fairbanks dans The Black Pirate4. Le père se souviendra plutôt des premières radios pirates qui émettaient depuis le large, tandis que le fùs se contentera, avec un sourire, de mentionner Albator, le corsairede l'espaceou Arthur et les pirates. Mais des événements comme ceux qui se sont déroulés en Asie du Sud-Est au printemps 2000 ont rappelé qu'à l'époque de la mondialisation, un péril vieux
3 Albert de Pourville, Chasseurs de pirates !, Les Livres de la brousse, Paris, 1928, cité in Denys Lombard (dir.), Rêver l'Asie: Exotisme et littératurecolonialeaux Indes, en Indochineet en Insulinde, EHESS, Paris, 1993,

p.179. 4 Sur la piraterie et le cinéma, voir Gérard Jaeger (dir.), Piratesà l'affiche:
Les Aventuriers de la mer dans le cinéma occidental des origines à nosjours, ACL
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Crocus, St Sébastien-sur-Loire,

1989, 197 p.

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comme la mer persistait: à quelques îles d'écart, un pirate informatique philippin lâchait sur internet le virus l LOVE YOU qui allait semer le trouble dans le monde entier, tandis que le groupe Abu Sayyaf prenait en otages des touristes sur une île proche de Bornéo. Aujourd'hui, la piraterie ne représente pas seulement un danger pour la propriété intellectuelle et les communications; elle continue aussi à menacer le trafic maritime. Les images des pirates se fondent et se confondent, produisant une notion «non stabilisée sur le plan sociologique », selon les termes de Gilles Huberson, diplomate et spécialiste des questions liées au terrorisme 5. Seul l'abordage maritime devrait-il être qualifié d'acte de piraterie? La prise d'otages de Bornéo n'a en tout cas jamais été considérée comme tel par les autorités philippines. Certes, l'événement n'avait pas eu lieu en mer, mais sur une île - celle de Sipadan, «bordée de magnifiques plages de sable blanc» - qui, selon le guide de voyages LonelY Planet, «attire [attirait?] plongeurs expérimentés et débutants ». L'historien y verra pourtant la résurgence d'une vieille pratique en vigueur dans l'archipel des Sulu puisque les pirates illanun y kidnappèrent autrefois nombre d'Européens. Quant aux médias, ils ont exploité l'imaginaire collectif en hissant bien haut le pavillon noir. La prise d'otages du groupe Abu Sayyaf en avril 2000 a parfaitement illustré cette différence d'approche entre les autorités, les chercheurs et les journalistes, plongeant le public dans une certaine confusion. La piraterie tient en chacun de nous une place spécifique parce que profondément inscrite dans l'univers de l'enfance. Ce n'est pas un hasard si la piraterie est souvent au cœur de notre univers cinématographique.
5 Entretien avec l'auteur, 21 septembre 2000, Kuala Lumpur. ,~ .,,~

INTRODUCTION

Chaque année entre 1991 et 1994, une centaine d'attaques ont été rapportées dans le monde. Si ce chiffre a plus que triplé en 1999, l'an 2000 aura battu tous les records avec 469 incidents recensés par le B:MI (Bureau maritime international). Ce total est supérieur de 57 % à celui de l'année précédente et quatre fois et demie plus important que celui de 1991. La fIn de la guerre froide a donc permis l'émergence d'une nouvelle piraterie maritime. Après la chute du mur de Berlin, universitaires et politiques se sont interrogés avec le président américain Georges Bush senior sur le «nouvel ordre mondial ». Certains voulaient croire en la «fIn de l'Histoire 6 ». Etait venue l'heure de la mondialisation; la guerre devenait enfIn obsolète, comme l'esclavage ou le duel à une autre époque 7. D'autres annonçaient «l'anarchie en marche 8 ». TIs voyaient poindre de « nouvelles menaces 9 », de 10», un «nouveau paradigme de la «nouveaux barbares . vIa Ience 11», un «nouveau M oyen A ge 12 ». L e retour en force des pirates à l'aube des années 1990 s'inscrirait dans
6 Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, Maxwell MacMillan International, N ew York, 1992, XXIII -418 p. 7 John Mueller, Retreat from the Doomsday: The Obsolescence of M%r War, Basic Books, New York, 1989, VIII-327 p. 8 Robert Kaplan, « The Coming Anarchy», Atlantic Month!J, février 1994, vol. 273, n° 2, p. 44-76. 9 Xavier Raufer (dir.), Dictionnaire technique et critique des nouvellesmenaces, PUF, Paris, 1998,272 p. 10Jean-Christophe Rufm, L'Empire et les Nouveaux Barbares, Lattès, Paris, 1992, 255 p. 11Michel Wieviorka, « Le Nouveau Paradigme de la violence », in Cultures et conflits,n° 29-30, 1996, p. 9-57. 12 «J'appelle conventionnellement nouveau Moyen Age la chute du principe légitime du pouvoir et du principe juridique des monarchies et des démocraties et son remplacement par le principe de la force, de l'énergie vitale, des unions et des groupes sociaux spontanés.» (Alain Minc citant Berdiaev, in Le Nouveau Mqyen Age, Gallimard, Paris, 1993, p.9). $

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ce mouvement. Quarante ans d'ordre bipolaire laissaient la place à un désordre fait d'une multitude de nouveaux périls. Les Etats qui, jusque-là, étaient quasiment seuls à diriger la scène mondiale, ont vu leur autorité battue en brèche par l'émergence de groupes mafieux, de soldats sans uniforme ni cause réelle à défendre. Le système westphalien qui, depuis 1648, reconnaissait l'Etat comme acteur incontournable des relations internationales n'aurat-il été qu'une parenthèse? «L'ordre normal» des choses, s'interrogent certains, reprendrait-il le dessus 13? Comme à l'époque de la Rome antique, les marches de l'hémisphère nord - ce nouvel «Empire» - seraient-elles menacées par les barbares d'aujourd'hui, guère identifiables et pourtant si inquiétants qui incarnent le chaos, hantant les « zones grises» des Etats-nations 14? Les motivations politiques qui animaient les guérillas des années 1970 et 1980 se sont peu à peu délitées, cédant la place aux déviances du « fou» ou aux préoccupations plus matérialistes du «bandit» 15. Les pirates tiendraient plutôt de ces derniers, même si certains sont liés à des terroristes politiques. Les océans sont d'autant moins contrôlables qu'ils sont immenses. La planète est recouverte d'eau à 71 %, ce qui rend presque insuffisante la notion de «sixième continent» développée par l'ancien président de l'Institut
13 Didier Bigo, «Nouveaux Regards sur les conflits », cité in MarieClaude Smouts (dir.), Les Nouvelles Relations internationales,pratiques et théories,Presses de Sciences Po, Paris, 1998, p. 333. 14 James Holden-Rhodes et Peter Lupsha, «Horsemen of the Apocalypse: Gray Area Phenomena and the New World Disorder », in Low IntensitY Cotiflict & Law Enforcement, vol. 2, n° 2, automne 1993, p.212. 15Jean-Marc Balencie, Arnaud de la Grange, «Le Nouvel Ordre local », cité in Jean-Marc Balencie, Arnaud de la Grange (dir.), Mondes rebelles, Michalon, Paris, 1999, p. 11.

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INTRODUCTION

français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), Pierre Papon 16. Sur 185 Etats membres de l'ONU en 1996, seuls une trentaine n'avaient pas d'accès à la mer; et la moitié de la population mondiale vit sur une bande de 50 kilomètres le long des côtes. La « marinisation » des économies est de plus en plus évidente. Les océans regorgent de ressources naturelles souvent vitales pour les populations côtières et constituent de véritables autoroutes aquatiques. Aujourd'hui, près des trois quarts du commerce mondial en poids et environ les deux tiers en valeur empruntent la voie maritime. Les océans représentent, de plus, un enjeu stratégique important où les détroits jouent un rôle crucial. Le trafic maritime est d'une certaine façon victime de son succès. La multiplication des cibles potentielles favorise le développement de la piraterie. Le problème est d'autant plus grave pour la région que les économies sont de plus en plus dépendantes des routes maritimes. Quatre-vingts pour cent des hydrocarbures utilisés au Japon transitent ainsi par les détroits malais. De peur que son approvisionnement en pétrole ne soit menacé, Tokyo a ainsi envisagé la possibilité de faire transiter son fret par la route arctique. Le surcoût occasionné serait pourtant considérable. L'inquiétude de Tokyo est dictée par les statistiques: dans le seul détroit de Malacca, 32 actes de piraterie ont été rapportés en 1991. Entre 1997 et 1999; après l'intervention des autorités de la région, on n'a plus déploré qu'une poignée d'agressions. Le calme n'a pas duré. En 2000, 75 attaques ont été recensées. Après avoir visé les ports du Chili à l'époque du boom du nitrate, puis ceux du Nigeria enrichis par le
16 Pierre Papon, Le Sixième Continent: Géopolitiquedes océans,Odile Jacob, Paris, 1996.

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pétrole, il était logique que ce « serpent de mer» frappe les «dragons» et autres «tigres» asiatiques 17. En 1991, 102 des 107 actes de piraterie perpétrés à travers le monde avaient touché l'Asie du Sud-Est (mer de Chine du Sud incluse). Près d'une décennie plus tard, la région était le théâtre de plus de la moitié des 300 puis 469 incidents relevés respectivement dans le monde en 1999 et en 2000. Aujourd'hui, cette zone serait victime des trois quarts des attaques de pirates en Asie. La police royale malaysienne et, dans une moindre mesure, les autorités indonésiennes, promettaient de réagir vivement et lançaient d'intéressantes initiatives pour lutter contre les bandits qui menaçaient les détroits en 1999-2000. Mais seuls deux gangs ont été arrêtés, au large de Sumatra. Pour aborder la question de la piraterie dans la région, il convient de s'intéresser aussi à l'ancienne Insulinde, à la mer de Chine méridionale et au sud des côtes chinoises tant ces espaces sont interconnectés. L'Inde et le Japon sont également concernés tant leur influence et leurs intérêts sont importants dans la région. La première tient effectivement à affIrmer sa présence dans la zone, essentiellement depuis ses îles de la mer d'Andaman ainsi que par le biais de patrouilles conjointes. Le second contribue davantage à la sécurité du détroit de Malacca. La Chine, elle aussi, intervient à travers le forum «Asean plus trois» qui comprend les membres de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Malaysia, Philippines, Indonésie, Singapour, Thailande, Brunei, Vietnam, Birmanie 18, Laos et Cambodge) auxquels se joignent la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Acteurs décidemment incontournables du jeu est-asiatique, la
17Samuel Pyeatt Menefee,« Violence at Sea »,Jane's Difense, 1999, p. 99. 18 On préférera l'emploi de «Birmanie» à celui de «Myanmar », tenant notamment compte des peuples non-birmans qui subissent la purge toponymique imposée par la junte militaire depuis 1988. s

INTRODUCTION

Chine et le Japon sont d'ailleurs associés aux forums régionaux thématiques comme l'ARP (Asean Regional Forum - Forum régional de l'Asean), où sont évoquées les questions de sécurité pour la zone. Si l'Asean est un espace trop étroit pour envisager le problème, si l'Asie-Pacifique incarnée par l'APEC (AsiaPacific Economic Cooperation) est trop large pour servir de cadre opérationnel, «l'Asean plus 3» semble mieux en mesure de lutter contre la piraterie, pour autant qu'elle puisse s'affIrmer comme un véritable acteur diplomatique régional. En tout état de cause, nombre d'Etats sont touchés par la piraterie: les pays riverains, victimes directes de ce fléau en mer de Chine méridionale, dans les détroits et les archipels; les Etats indirectement frappés par la piraterie et qui l'invoquent pour s'affIrmer sur la scène sud-est asiatique (le Japon, la Chine, voire l'Inde) ; les nations qui sont concernées en aval par les actes de piraterie, lorsqu'elles accueillent par exemple des bateaux détournés en Asie du Sud-Est. La piraterie maritime en Asie du Sud-Est peut être envisagée sous des angles multiples, tant géographiques que politiques (stabilité des Etats et équilibres régionaux), juridiques (modes de règlements internationaux), sociaux (origines des pirates, conséquences de la crise asiatique), économiques (incidences commerciales et financières) ou environnementaux (risques écologiques liés à la nature des navires attaqués). On s'efforcera de s'y intéresser tour à tour, sans négliger les profondeurs historiques.

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DES MYTHES AUX REALITES HISTORIQUES

A la différence des mouvements terroristes et malgré une cruauté avérée, les pirates ont largement inspiré les poètes, les peintres et les réalisateurs. Certaines entreprises ont exploité cette fascination et le jour n'est pas (encore) venu où Playmobil et Lego substitueront à leurs coffrets «pirates» des figurines «Ben Laden» ou «Jihad islamique ». La piraterie, si elle intrigue, tient une place à part, plus explorée par les artistes que par la recherche universitaire. Cette dernière «s'occupe de choses sérieuses» répondrait peut-être Saint-Exupéry 19,tels les «nouveaux

19Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince,Gallimard, Paris, 1946, p. 28.

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paradigmes de la violence» savamment conceptualisés par Michel Wieviorka 20. La piraterie est pourtant d'autant plus intéressante

qu'il s'agit d'« une aventure de toute éternité 21». Déjà

dans l'Iliade (livres III et XIV) et l'Otfyssée (livres IX et XIX), dans Histoires (livre I) ou encore dans Histoire de la guerre du Péloponnèse (livre I), Homère, Hérodote et Thucydide faisaient état d'une piraterie respectée et incarnée par des héros comme Ulysse 22. Parallèlement, l'Antiquité a été marquée par les premières contreoffensives étatiques qui n'ont cessé par la suite d'inspirer les dirigeants. Minos, le roi légendaire de Crète, a ainsi cherché à légiférer contre les pirates de la Méditerranée 23. Quant aux expéditions sur mer menées autrefois par Pompée pour préserver l'approvisionnement en blé du port d'Ostie, voisin de Rome, elles ne sont pas sans rappeler la proposition de patrouilles conjointes en Asie du Sud-Est formulée à Tokyo au printemps 2000. L'objectif est désormais de préserver les détroits par lesquels transitent non plus du blé mais, on l'a dit, 80 % des hydrocarbures destinés au Japon: autres temps, autres préoccupations, la problématique reste néanmoins la même. Sans remonter aussi loin dans le passé, la piraterie suscite parfois des analogies intéressantes. C'est ainsi qu'à la fIn des années 1960, Gilles Lapouge, spécialiste de la piraterie et sensible à la révolte des étudiants du quartier Latin (qui recherchaient d'ailleurs sous les pavés la plage), a tenté d'établir un parallèle entre les idéalistes urbains et
20 Michel Wieviorka, «Editorial », in Cultures et conflits, n° 29-30, 1998, p.7-8. 21 Selon les termes de Gérard Jaeger (dir.), Vues sur lapiraterie, Tallandier, Paris, 1992 ; voir notamment p. 13-23. 22 David-Anthony Delavoet, «La Piraterie, un fléau actuel », Bulletin d'étudesde la marine, n° 8, juillet 1996, p. 24. 23Delavoet, 1996, p. 24. '10

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marins 24. Les pirates évoluent en effet hors du temps et de l'espace, occupant le vide de la mer, vierge de toute norme sociale. C'est pourquoi certains ont parlé d'« utopie pirate », oscillant entre nihilisme et anarchisme. L'univers pirate constitue une véritable contre-société, difficile à cerner, mais incarnant une profonde révolte sociale, à la recherche de « la mer promise 25». Le dessein généralement attribué aux pirates à travers les âges est à terme l'établissement d'un système - voire d'un Etat - parallèle. Philip Gosse, dont l'ouvrage sur la question fait référence, distingue trois phases types dans l'évolution historique de la piraterie 26. Il décrit d'abord des populations pauvres et délaissées qui se réunissent en groupes isolés et s'adonnent au banditisme maritime. Plus tard, ces groupes constituent des organisations ou des réseaux structurés. EnfIn émergent de solides communautés ou même des Etats. Ils ont été fondés sur la piraterie, mais deviennent alors des acteurs du jeu politique régional. On verra que les exemples méditerranéens et adantiques illustrent parfaitement l'ascension de la piraterie vers un idéal plus ou moins louable, fondé sur l'utopie égalitaire ou la soif de puissance. En revanche, l'Asie du Sud-Est suit le chemin inverse du XIV" au XXe siècle 27. Les «prestigieux» réseaux pirates d'autre24 Gilles Lapouge, Les Pirates, Phébus, Paris, 1987, 198 p. 25 Dialogue entre Philippe Jacquin et Gilles Lapouge, « La Piraterie revue et corrigée », in Philippe Jacquin, Sous le pavillon noir, pirates etflibustiers, Gallimard, Paris, 1998, p. 180. 26Philip Gosse, Histoire de lapiraterie, Payot, Paris, 1952 (1ereéd.), 383 p. 27 On décrira ici trois exemples historiques particulièrement significatifs, excluant pour la clarté de la démonstration les foyers d'Asie du Nord-Est ~es Wokou du Japon au XVIe siècle, la flotte de Koxinga vers Taiwan au XVlle siècle, les bandes de Madame Ching au début du XIXe siècle...) et du Moyen-Orient. Les Djoasmis, signalés dès le XIIIe siècle par Marco Polo, hantèrent longtemps la région du détroit d'Ormuz, le long de la «côte des pirates », s'attaquant jusqu'au XIXe siècle aux navires anglais.

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fois ont laissé la place au banditisme maritime contemporain qui substitue le sordide à une certaine forme de d'exotisme 28.

1.1. LA PIRATERIE MEDITERRANEENNE: A BARBEROUSSE

D'ULYSSE

Aux premiers temps de l'Antiquité, des bandes hantaient les eaux de la Méditerranée et perturbaient le commerce naissant. A cette époque, aucune forme d'idéologie ou d'organisation globale ne les unissait. Il s'agissait avant tout de voler les richesses là où elles se trouvaient. Les Phéniciens et les Crétois pré-hellènes (2500 ans avo J .-c.) pratiquaient un cruel brigandage maritime. Aux environs du IXe siècle avo J.-c., les pirates homériques se livraient aux mêmes pillages. Ainsi le roi Ménélas, époux de la belle Hélène, a-t-il admis sans détour avoir erré pendant sept ans et beaucoup souffert pour amasser ces trésors et les ramener chez lui. Il a été à Chypre, en Phénicie, en Egypte. Il a vu les temples de l'Ethiopie et de Sidon. Il a été en Libye, etc. On notera cependant qu'il ne mentionne pas d'échange 29; et pour cause.. . Vers les vr et yo siècles avant l'ère chrétienne, la vocation commerciale d'Athènes a commencé à s'affIrmer. La capitale hellénique a créé avec ses alliés la confédération de Délos qu'il convient de considérer comme un des tout premiers exemples de coopération régionale. Mais la puissance de la cité grecque s'est peu à
Les cas de piraterie se multiplient aujourd'hui au large du Yémen, contre les yachts et les cargos. 28 Romain Bertrand,« L'Affaire de la prise d'otages de Jolo : Un exemple de criminalisation du politique en Asie du Sud-Est », in La Revue internationaleet stratégique,automne 2001, n° 43, p. 42. 29 Philippe Masson, «La Piraterie dans l'Antiquité », in Gérard Jaeger (dir.), 1992, p. 29.

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peu affaiblie et nombre de marins sans emploi se sont mués en pirates. Ils attaquèrent les navires carthaginois et vinrent grossir les rangs des écumeurs de la Méditerranée. A l'époque romaine, la piraterie ne se distinguait toujours guère du banditisme. C'est en Illyrie et en Cilicie que se concentraient les principaux foyers pirates, jusqu'à ce que Cnaeus Pompée soit mandaté par le Sénat en 67 avant J.-c. pour les traquer à la tête de 300 navires légers et de 120000 marins et soldats. En quarante jours, 850 navires pirates ont été détruits. Il s'en est suivi une réelle paix maritime, jusqu'à l'invasion des barbares qui a annoncé la fIn de l'Empire, en 476. Une fois oubliée la domination romaine et relancé le commerce méditerranéen du fait des Vénitiens et des Génois, le harcèlement maritime a repris ses droits en Méditerranée. Les pirates se sont essentiellement regroupés en Afrique du Nord et autour des Sarrasins. A l'aube du IXe siècle, ceux-ci ont conduit nombre de raids sur les côtes ibériques et provençales. Un peu avant l'an 1000, ces «pirates de Saint-Tropez 30» se sont même installés dans le «Fraxinet» (massif des Maures) pour fonder une communauté de guerriers dépendant du califat de 31. Cet événement illustre le signifIcatif regain Cordoue d'ambition des pirates au nord de la Méditerranée après le partage de l'Empire de Charlemagne consacré en 843 par le traité de Verdun. Ceux qui ne formaient auparavant que de petits groupes isolés s'étaient organisés et étaient devenus beaucoup plus menaçants. A ce titre, 1492 représente une date clef. A l'époque, l'Espagne de Ferdinand et Isabelle a repris le contrôle de la péninsule ibérique au détriment des Maures. En se
30Ludwig Buhnau, Histoire despirates et des corsaires, achette, Paris, 1965, H p.104. 31 Philippe Sénac, Provence et piraterie sarrasine, Maisonneuve et Larose, Paris, 1982, 94 p.

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