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Pensée unique et diplomatie de guerre

De
275 pages
L'Europe ne semble plus accepter toujours pour argent comptant toutes les initiatives de Washington. La position collective des pays arabes montre que, de part et d'autre, on prend la mesure de la gravité d'une carte blanche donnée au président américain. Une attaque contre l'Irak est de plus en plus analysée comme un désir de vengeance sans rapport avec la réalité, et surtout sans fondement juridique et diplomatique. Les Etats-Unis font plutôt peur et ne semblent plus dignes de confiance...
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N° d'Imprimeur:

51264

par Corlet Numérique - Dépôt légal: juin

- 14110
2008

Condé-sur-Noireau -Imprimé en France

Pensée

unique
de guerre

et diplomatie
2002

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Jean-Claude 2001,2008. SHANDA TONME, L'Orée d'un nouveau siècle.

Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule sombre de la fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000,2008. Jean-Pierre MARA, Oser les changements en Afrique. Cas de la Centrafrique, 2008. René NGANOU KOUTOUZI (sous la direction), Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Afrique, 2008. Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10 000 morts, 2008. Ange Edouard POUNGUI, A cœur ouvert pour le Congo Brazzaville, mon beau pays. Entretien avec Calixte Baniafouna, 2008. André 2008. CHAMY, Saddam Hussein: le crime et la potence,

Jean-Claude MA YIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008. Banianga MUNONGO, démocratie, 2008. Congo-Kinshasa: le chemin de la

Jean BRUNA TI, De l'esclavage nazis, 2008. Jean-Roger ZIKA, Réflexions Gaston Kelman, 2008.

des Noirs à celui des camps

sur la question noire. Réponse à Libres propos sur les

Jean-Pierre AKUMBU M'OLUNA, réformes juridiques au Gabon, 2008.

Gaspard MUSABYIMANA, Rwanda: le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, 2008. Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, 2008.

Jean-Claude

SHANDA TONME

Pensée unique et diplomatie de guerre
2002

L'Harmattan

DÉJÀ PARUS DU MÊME AUTEUR

Le Crépuscule sombre de lafin d'un siècle tourmenté. 1999-2000,2008. L'Orée d'un nouveau siècle. 2001,2008.

@L'HARMATTAN,2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06129-3 EAN : 9782296061293

JANVIER-FEVRIER-MARS

2002

1. POURQUOI DONC DES ELECTIONS? 2. LA PRESIDENCE IMPERIALE 3. ET MAINTENANT, QUE FAIRE ? 4. LA NOUVELLE FRACTURE INTERNATIONALE 5. LE DESTIN DE L'AFRIQUE EST-IL NÉGOCIABLE? 6. GOUVERNANCE ABSOLUTISTE ET PAUVRETÉ 7. LA REPRÉSENTATION IMPARFAITE 8. LE DROIT DES INSURRECTIONS 9. L'AUTRE AXE DU MAL : WASHINGTON-LE CAIRE-RYAD 1o. PEUT-ON ENVISAGER L' ALTERNANCE AU CAMEROUN A PARTIR DE L'EXPÉRIENCE MALGACHE? Il. RETOUR AU CONCEPT STRATEGIQUE D'HIROSHIMA

1.

POURQUOI DONC DES ELECTIONS?

Lorsque les guerres civiles ne constituent pas la principale cause de l'humiliation des pays africains sur le plan international, les querelles électorales prennent les devants de la scène. Les derniers développements en Zambie, au Zimbabwe et Surtout à Madagascar, sont suffisamment éloquents et nettement représentatifs de la situation que connaissent la majorité des Etats du continent. En Zambie, une grossière machination du parti au pouvoir a abouti à transférer pratiquement le pouvoir à un candidat choisi par le président sortant, à la suite d'une élection à un seul tour. C'est à dire qu'un individu qui en réalité n'a même pas réuni 40% des voix de ses concitoyens, a été imposé à la tête de l'Etat. Pour contenir les protestants de la population, on a tout simplement fermé les universités et décrété l'état d'urgence. A Madagascar, le président sortant a été battu dès le premier tour par le candidat de l'opposition qui selon toutes évidences et malgré les tripatouillages du pouvoir, a obtenu la majorité absolue. Le peuple a décidé de descendre dans la rue par centaines de milliers pour exiger le respect de sa volonté, En fait, que ce soit dans ces trois pays ou ailleurs, le scénario semble être le même c'est-à-dire le refus de quitter le pouvoir, et la volonté de transgresser le verdict des urnes. Lorsque l'on a cru entrevoir une esquisse d'élections réellement libres et transparentes, on s'est vite rendu compte qu'au fond, les tenants du pouvoir n'avaient aucune volonté claire d'abandonner le pouvoir. Les pouvoirs impopulaires recourent à merveille à un système à un seul tour, pour mieux éviter une situation où tous les autres candidats mettraient leurs ambitions en commun, pour créer une majorité inéluctable au deuxième tour. Dans ce cas, et l'exemple du Cameroun le démontre bien, le pouvoir procède au renforcement de la corruption des dirigeants des petits partis, et joue sur la division ethnique pour gouverner à partir d'une représentation nationale minoritaire et étriquée. C'est ce qu'il faut aussi retenir de la Zambie. 7

Les régimes qui aspirent à soigner un peu leurs images, jouent le jeu de la transparence en ce qui concerne les formes, mais pratiquent néanmoins la distorsion des suffrages avec des combines sophistiquées qui souvent échappent à la vigilance des observateurs internationaux. Bref, on sauvegarde les apparences tout en maintenant l'objectif de la confiscation du pouvoir. Ce n'est pas faire de l'amalgame que d'affirmer qu'Abdou Diouf n'avait aucune intention de quitter le pouvoir, ou que Laurent Gbagbo est le produit d'un putsch électoral. Le président ivoirien était conscient et le demeure, qu'une compétition libre et ouverte à tous les candidats, ne l'aurait jamais donné vainqueur. Au-delà de tous ces constats, c'est toute la problématique des élections par rapport à l'existence de la République et par rapport aux droits et aux attentes des citoyens qui est au centre du débat dorénavant. A quoi servent donc des élections dans un contexte politique où les détenteurs du pouvoir aspirent à en jouir comme d'un bien personnel? Dans les moments les plus dures et les plus tendus de la bataille des résultats de la dernière élection présidentielle américaine, Al Gore le candidat démocrate à qui une partie de la presse demandait d'abandonner, s'est exprimé en ces termes: « Il est important que le processus de décompte des voix soit mené jusqu'à son terme, jusqu'au décompte du dernier bulletin de vote. L'élection présidentielle offre la seule occasion tous les quatre ans où chaque citoyen américain fait connaître son choix sur lafaçon de conduire notre Union, de conduire son avenir ». Les élections dans les Etats africains servent finalement à qui, à quoi, et dans quoi? Le citoyen ne semble jamais être le centre de préoccupation du processus électoral. C'est le détenteur du pouvoir, son clan, son ethnie et ses ambitions qui justifient et orientent le sens et la finalité des élections. Dans cette optique, il conviendrait de reposer le problème crucial de la république avant de poser celui de la démocratie. Peut-on raisonnablement dire qu'au delà des appellations et des dénominations consacrées par les usages diplomatiques et constitutionnelles, les pays africains sont des républiques? La réponse est négative si l'on considère que c'est du citoyen, de sa volonté, de ses droits et de ses rapports à l'Etat et aux institutions qui l'incarnent, que surgit et s'impose la république.

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Au bout de l'analyse, l'organisation des élections dans son principe, correspond à une administration et à une gestion du pouvoir qui exclut l'égoïsme et toute tendance monarchique. Dans des pays où des formes de féodalité ont définitivement structuré et cimenté les mentalités, le transfert du pouvoir ne peut plus être pensé et programmé à travers des processus électoraux. Transition politique et transfert du pouvoir deviennent de simples manifestations de puissance du détenteur du pouvoir. Senghor n'a pas quitté le pouvoir parce qu'il était habité par une volonté de démocratie, tout comme Ahidjo. Les deux ont d'ailleurs géré le pouvoir comme un bien familial, désignant des serviteurs jugés dociles pour les remplacer au mépris de l'exigence de la légitimité populaire; Ceux qui ont voulu voir en Senghor le modèle de gestion politique pour le seul fait d'avoir intronisé Diouf, ont fait une analyse erronée qu'ils auraient pu éviter en interpellant le comportement royaliste d'Ahidjo moins de trois mois après son cadeau à Paul Biya, car c'est en fait ainsi que l'ancien Président voyait les choses. Tout semble donc dépendre plus des, humeurs d'un autocrate capricieux, que de l'adhésion à une quelconque éthique démocratique. Comment peut-on penser à des élections sans fondements démocratiques de l'Etat? Comment peut-on parler de l'Etat sans la république? Comment parlerait-on de la démocratie sans la République. Il n'y a que des rois, et selon qu'ils sont tendres, contents, mourants ou pleins de vie, les peuples seront soumis à des farces électorales de bruits variables. Au gré des projets personnels pour gérer le pouvoir selon la durée qu'ils ont décidé, ces dictateurs à peine sortis des mentalités obscurantistes attachées aux gris-gris, décident du moment des élections, du nombre, du nom, et de la couleur des candidats. Les constitutions sont taillées sur mesure pour conforter tous ces manèges. On peut les rédiger pour éliminer Kolélas et Lissouba au Congo, parce que Sassou Nguesso aspire à gérer le pouvoir pendant une bonne quinzaine d'années sans troubles. On peut les rédiger et les réviser pour décréter des présidents à vie implicite en Guinée. On peut reporter ou anticiper les élections autant de fois qu'on veut comme le pouvoir de Yaoundé sait le faire.

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Ce qui importe cependant, c'est de s'interroger sur cette dérive dictatoriale en Afrique. Pourquoi des conditions ne peuvent pas être réunies pour changer véritablement et évoluer vers des systèmes de consultation effective des citoyens. Il faut sans doute se faire une raison définitive sur l'inutilité des élections tant qu'il ne se sera pas produit une révolution institutionnelle complète et profonde. La situation du Cameroun produit sur ce point un autre témoignage incontestable. Les citoyens s'estimant floués et abusés après avoir à un moment cru à une volonté d'ouverture démocratique, donnent aujourd'hui le sentiment de ne plus attacher d'importance aux élections. En dépit de l'insistance du pouvoir, les citoyens estiment inutile de se déranger pour aller s'inscrire sur les listes électorales. S'il fallait tirer des conclusions sous forme d'explication, nous nous prendrons le risque de fonder l'arrogance de ces autocrates sur l'absence d'une société civile forte et structurée, et sur le fait que la majorité de la population demeure rurale et analphabète dans la plupart des pays. Parce que les dictateurs ne trouvent aucun répondant, aucune organisation solide et déterminée capable de paralyser le pays, ils ont le champ libre pour des exactions et les élections simulacres d'élections sous la protection de gardes prétoriennes féroces. Le principe d'une élection repose sur la sensibilité, sur l'éducation, et sur l'honnêteté du détenteur du pouvoir. Dans nos pays, tout dépend donc de la culture profonde du dirigent. Qui est-il? Quelles aptitudes intellectuelles et mentales réunit-il? C'est une question cruciale de loyauté et d'humanité et non de politique et de matériel. Pour des gens de toute petite vertu, l'habitude du pouvoir qu'ils ont souvent hérité par un simple accident de l'histoire ou par de sordides manœuvres tissées de l'étranger, les installe en très peu de temps dans des abus énormes qui finissent par les rendre prisonniers de ce même pouvoir, Et pour éviter d'avoir à rendre compte, ils bloquent toute possibilité d'expression des citoyens par les urnes. Le comportement des citoyens à Madagascar, invite cependant à baliser à nouveau les chemins de la contestation et de l'organisation des masses qui aspirent à des élections justes et transparentes. Tananarive n'est certainement pas Belgrade, et les Américains ne sont pas encore

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disposés à déloger les autres Talibans qui peuplent les sommets des pouvoirs en Afrique. Pourtant; il faudrait au moins admirer pour bien retenir la leçon, que les citoyens peuvent encore, malgré tout, descendre dans la rue en Afrique pour imposer le respect des urnes.

14 janvier 2002

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2.

LA PRÉSIDENCE

IMPÉRIALE

A quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle en France, le débat resurgit sur le modèle constitutionnel en cours dans ce pays depuis 1958, celui communément appelé modèle de la cinquième République par les spécialistes du droit. Si en effet, l'on semble se préoccuper des contours de ce système qui, selon la plupart des grands professeurs du droit constitutionnel aurait démontré plus de mérites et de qualités que de défauts et de dysfonctionnements, c'est parce que la révolution démocratique contemporaine permet aujourd'hui de s'interroger profondément sur son adaptation aux nouvelles exigences de responsabilité et de transparence dans la gestion du pouvoir. Mais il n'y a pas que les français qui ont un intérêt dans le débat en cours. Les Africains francophones, pour être gouvernés par des autocrates ayant imposé chez eux de pâles copies du modèle français, sont tout autant concernés. Ce qu'il convient de relever avant même d'aborder le sujet dans sa substance, c'est la dimension opportuniste de ceux qui ont pris l'initiative de relancer ce débat. Lorsqu'à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale par Jacques Chirac, la droite fut battue, entraînant automatiquement la démission du Gouvernement d'Alain Juppé, beaucoup d'analystes politiques y compris quelques uns des plus sérieux, voyaient déjà en Lionel Jospin, chef du parti socialiste et nouveau premier Ministre de fait, le prochain président de la République. Cette précipitation à projeter les émotions d'une victoire électorale sur les perspectives politiques lointaines, procédait d'une vision scientifique et intellectuelle ignorante de la réalité du système constitutionnel bâti par le général de Gaulle. A l'époque, dans un article fort argumenté intitulé «la France a changé de gouvernement mais n'a pas changé de Président », nous

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mettions en garde contre cette tendance trop facile à présenter le nouveau premier Ministre comme le maître absolu de la situation. Maintenant que le temps a fait son travail et a laissé aux institutions de la cinquième république le soin de faire jouer tous ses mécanismes régulateurs, ceux qui avaient tiré des conclusions trop hâtives, donnant l'impression de se trouver dans un système démocratique parfait, en ont pour leurs frais. Si les deux premières années du gouvernement Jospin avaient produit des résultats dépassant toutes les prévisions, l'année 2001 qui vient de s'achever aura tout remis en cause, bouleversé les principales données macro économiques, et favorisé le retour à un ordre protocolaire institutionnel privilégiant le président de la République. Cette situation s'est traduite concrètement dans les intentions, de votes, par des études des instituts de sondage prédisant une victoire de Jacques Chirac dans un ordre se situant entre 51 à 53 % au deuxième tour. Du coup, l'on s'est remis à méditer sur le système constitutionnel français. L'on se rend compte, en relisant la constitution de 1958 et en décryptant le comportement du président de la République, que tout a été construit pour lui faciliter la tâche, lui réserver un rôle impérial, et l'installer dans le fauteuil confortable d'un arbitre plutôt partisan. C'est donc ce que voulait le général de Gaulle, dans ce qu'il prévoyait pour lui-même et pour la France, et dans la façon dont il prévoyait le rôle d'un premier Ministre, qu'il faut aller chercher les sources de l'évolution et des perspectives politiques du pays à brève échéance. Une lecture assidue de la constitution de 1958, nous autorise de soutenir, d'un point de vue rigoureux de science politique, que le Général n'entendait pas réellement doter la France d'institutions complètement et effectivement démocratiques. Certes, le héros de la libération de la France et de l'appel de Londres, entendait rompre avec une instabilité institutionnelle qui avait miné les précédentes républiques, au point de faire regretter la monarchie. Pourtant, de Gaulle ne voyait pas moins la

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stabilité que dans une espèce de régime chapeauté par un monarque implicitement intouchable et omnipotent. C'est cela la cinquième république, et c'est cela le vrai visage constitutionnel de la France. L'équipe Jospin découvre amèrement, que tous les problèmes lui sont réservés, pendant que le président fait le tour du monde et donne des leçons lorsqu'il le souhaite, sans jamais se mêler de près ou de trop à rien du tout. C'est une présidence à la limite irresponsable, montée sur une articulation institutionnelle injuste, partiale, malhonnête et antidémocratique. Le système français qui malheureusement a été transposé en Afrique francophone, ne correspond à aucune des grandes exigences démocratiques des temps modernes, et traduit la continuité des vestiges obscurantistes d'un passé monarchique mal évacué. Dans le prolongement normal des prérogatives présidentielles tracées par la constitution de 1958, le premier Ministre n'est en réalité qu'un piètre garçon de courses et un banal serviteur de l'Etat exposé à tous les aléas des mutations socioéconomiques. Les armes sont dès lors inégales dans la logique d'une confrontation politique de grande ampleur, Jospin n'est donc que la victime d'un archaïsme que les Français mettront encore du temps à changer, même si la réduction du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois, constitue une avancée non négligeable. Les avatars du système institutionnel français sont encore plus cruels, transposés dans les régimes sauvages des pays tropicaux francophiles où l'on découvre partout, de petits dieux qui se sont installés à la tête du pays pour jouir tranquillement des délices du pouvoir, en se déchargeant sur des plantons sans honneur ni dignité pompeusement appelés chefs de Gouvernement. Le problème de fond resurgit donc, lorsque la démonstration a été épuisée sur la nature autocratique de la présidence, et la quasi inutilité d'un premier Ministre qui n'a de gloire que la servitude et la responsabilité de la mauvaise gouvernance. C'est tout le prototype français qui devrait aujourd'hui être banni du champ de toute construction démocratique. L'idée d'un président irresponsable devrait être entièrement éloignée, si l'intention c'est de faire correspondre le jugement

IS

du citoyen sur les détenteurs du pouvoir, avec leur implication effective dans la gestion quotidienne des problèmes du pays. En fait, le système dit semi parlementaire, comme on appelle cette invention maintenant inadéquate et inadaptée de la cinquième république, est une source de frustration de la démocratie. La crise internationale née des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a donné la pleine mesure de la vitalité du système exécutif américain et a crée une autre occasion de faire une comparaison avec le système français. D'un côté, on a vu un président effectif, assumant pleinement la responsabilité de l'engagement du pays aussi bien sur le plan interne que sur le plan international, et communiquant sur une base quotidienne avec ses compatriotes. De l'autre côté, on a vu un exécutif dualiste, où le premier Ministre et le président s'expriment parfois en même temps et de façon discordante, avec une nette prépondérance pour le président qui n'hésite pas à se poser en moralisateur et à rappeler le Gouvernement à l'ordre. Jacques Chirac s'est précipité aux Etats-Unis après les attentats, comme s'il attendait cette ultime occasion, pour reprendre l'initiative et soigner son image. Il a voulu apparaître aux Français comme l'homme au dessus de la mêlée et des banales disputes locales sur les affaires et toutes sortes de calculs politiciens. Le président a tout simplement profité des bonnes dispositions de la constitution qui font de lui, le véritable chef des intérêts, de la voix et du rayonnement de la France, le chef de la diplomatie. C'est ainsi que de Gaulle voulait son affaire, une présidence impériale, dont des copies à peu près conformes et insalubres, causent bien des torts à certains peuples afficains, que ce soit au Congo, au Cameroun, au Gabon, ou au Burkina Faso...etc.

21 Janvier 2002

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3.

ET MAINTENANT,

QUE FAIRE?

L'année 2000 s'est achevée sur une désorganisation complète des principaux rouages de la coopération internationale, entraînant la banalisation de l'Organisation des nations unies devenue encore plus un objet ridicule aux mains des Etats-Unis, l'institutionnalisation de la guerre des civilisations et la confrontation négative des religions, le retour d'un discours sur l'inégalité des races, et l'arrogance des seigneurs de la finance. Les peuples auront dans l'ensemble, fait les frais de vanités gratuites, de calculs sordides, et de prétentions monarchiques dans la gestion des pouvoirs. L'année 2001 qui survient dans cette atmosphère de mélancolie générale et de méfiance, s'annonce comme celle qui confirmera les désespoirs, et rapprochera le monde de l'abîme, de la généralisation de la guerre, et du recours des citoyens à des formes de contestation, de protestation, et de soulèvement qui tendaient à être oubliées, tant l'on avait cru à une évolution définitive vers le bien-être du plus grand nombre aux plans internes, et à une coopération plus harmonieuse et plus respectueuse des intérêts de tous les Etats au plan international. En effet, les dernières péripéties de la diplomatie mondiale, et les échos, les plus récents de la gestion des volontés des peuples à travers les urnes, ne laissent presque plus de place, au doute sur le nouveau sens de la marche du monde. C'est toute l'armature des croyances, des garanties, des mécanismes et des certitudes intellectuelles, morales, juridiques et politiques qui est aujourd'hui concrètement remise en cause. Et parce que tout se passe dans un mouvement diabolique fait d'intelligence, de ruse et de force, les maîtres du monde ont presque donné leur aval sans se demander quels dangers pouvaient se profiler à l'horizon à brève ou à longue échéance. C'est seulement maintenant que l'Europe commence à comprendre qu'elle a trop et tout accepté des Etats-Unis sans la moindre réserve. Comment pouvait-elle suivre avec autant d'infantilisme et d'immaturité, 17

la Grande Amérique dans sa croisade pour une guerre contre le terrorisme qui masque en réalité, un profond besoin de reconquérir le monde et d'assouvir des instincts contrariés de domination impériale? En quelques mois seulement, Washington est passé d'une situation complètement humiliante due à un dysfonctionnement de son système interne, à une situation de seigneur incontesté de la planète capable de piétiner toutes les valeurs sans subir le moindre reproche. Il n'y a plus de Droit international, il n'y a plus de morale internationale, il n'y a plus d'ordre public international. Ce sont les EtatsUnis qui dictent, fixent, arrêtent, décrètent ou ordonnent ce qui en tient lieu dorénavant. Il aura donc fallu que des prisonniers de guerre talibans soient traités comme de véritables animaux sauvages en violation des conventions internationales, pour que les dirigeants européens se mettent à douter de la probité de l'Amérique et à prendre des distances bien tardives. Même le très obligé secrétaire général de l'ONU, dont le prix Nobel a été non sans raison comparé à la médaille maudite du héros du « Vieux nègre et la médaille» d'un célèbre auteur non moins maudit, est triomphé de son interdiction de critiquer l'Amérique, pour exiger le respect des règles internationales. La succession des événements, ne surprend plus que ceux qui de façon complaisante, avaient livré leurs consciences et leurs corps aux Etats-Unis. Le renoncement à des accords internationaux, la violation de certains autres, l'augmentation faramineuse du budget de la défense en temps de paix, et la multiplication des actes choquants en tous genres, apportent la preuve d'une logique d'empire que nous avions déjà dénoncé dans ces mêmes colonnes. Les Etats-Unis sont déterminés à faire la guerre où bon leur semble et à utiliser tous les moyens qu'ils désirent. La création d'un Tribunal pénal pour la Sierra Léone, est le dernier acte qui exprime toute cette arrogance et toute cette liberté de manœuvre. La décision a été prise à Washington et pas à l'ONU. A qui le tour demain? Il est ainsi évident, qu'il n'y a plus rien à attendre des instruments internationaux de la coopération maintenant toutes prisonnières des objectifs et des plans du président américain. Et des questions fusent donc, des cercles même les plus pro américains: Le président américain aurait-il planifié ou souhaité de tout

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cœur les attentats du Il septembre pour redorer une stature ternie par des fraudes électorales, et une image de l'Amérique balbutiante? Non, nous ne partagerons jamais un tel cynisme, tant le caractère inhumain et grossier est choquant et inacceptable. C'est pendant que l'on se pose toutes ces questions, et que l'on fait le constat d'impuissance et du réveil tardif de l'Europe, que de Madagascar et du Congo-Brazzaville, les agissements de deux dictateurs, viennent contribuer à accentuer la déperdition démocratique, la précipitation du monde vers le désespoir, et le réarmement des esprits barbares. Les mouvements de démocratisation des années 1990 sur le continent africain avaient suscité tellement d'espoirs et ouvert tellement de perspectives heureuses, que pour une fois, l'on rêvait partout de pouvoir enfin jouir des droits de citoyens libres, fiers, indépendants et responsables. On pensait vivre bientôt ou prochainement, des campagnes électorales à l'américaine et suivre le jour même de l'élection, les grandes tendances et peut-être le résultat final à la radio ou à la télévision. Malheureusement, les promesses des belles et ambitieuses fleurs d'antan, se sont traduites par des fruits amers, trop amers. Les peuples sont victimes d'un cycle de dégénérescence amorcé depuis les Etats-Unis. Nous avons assisté impuissants, à un basculement total des tendances. Il ne s'agit plus seulement des peuples africains, les européens, américains et asiatiques sont concernés au même titre. Quant aux Etats-Unis, symbole loué et vanté des mérites de la liberté, la police peut entrer dans votre vie, vous interpeller et vous garder parce que vous avez un teint arabe ou tout autre teint qui ne plaît pas, quand le Congrès de la plus grande puissance du monde décide par un vote que les assassinats sont possibles et compréhensibles, quand un président se retrouve avec le pouvoir de ne plus rendre compte de tout ce qu'il entreprend, il n'y a plus ni liberté, ni démocratie, ni droits de l'homme. L'Amérique était le dernier bouclier pour la résistance des justes qui aspiraient à la liberté chez eux, elle est devenue la tête de pont et le moteur de la déraison et de la dictature. Comment alors attendre de Bush qu'il aide les Africains à renverser les dictateurs qui peuplent le

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continent? En réalité, les Etats-Unis les ont renforcé et constituent dorénavant leur principal support moral et politique. Que reste-t-il donc à faire? Que faire? Oui que faire? Ni à Brazzaville, ni à Tananarive, ni à Lomé, les dictateurs ne croient un seul instant à l'arrivée d'une escouade de marines américains pour les contraindre à passer la main. Personne ne rêve d'une résolution des Nations Unies pour obliger tel ou tel potentat à quitter le pouvoir, à organiser des élections libres, justes et transparentes. Les citoyens sont plus perdus maintenant que hier et plus découragés en ce début d'année qu'à la fin de l'année dernière. Lorsqu' ainsi il n'y a plus aucune issue pacifique, et les détenteurs des pouvoirs rivalisent d'ingéniosité et de grossièreté dans l'humiliation des citoyens, la voie s'ouvre pour tous les sacrifices, pour la construction des martyrs vivants. Que reste-t-il vraiment à un palestinien de dix sept ou de quarante ans aujourd'hui? Quelles voies et quels moyens d'expression de ses droits voire de son existence en tant qu'être humain reste-t-il ? Lorsque l'on a plus ni destin d'homme libre, ni avenir de père de famille tranquille, ni joie de célibataire ou d'écolier heureux, sauter avec une bombe ou assassiner un potentat n'est plus qu'un jeu élémentaire. Pourtant, il faudrait construire assez de ressources internes, pour continuer à avoir une lecture positive des perspectives futures. Les empires naissent, grandissent, sévissent et disparaissent. Il importe pour les leaders d'opinions érudits surtout, de continuer à montrer les chemins d'un compromis entre la raison et la barbarie, sans remettre en cause, les pnnCipes.

20 janvier 2002

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4.

LA NOUVELLE FRACTURE INTERNATIONALE

Le président des Etats-Unis a prononcé en cette fin de mois de janvier 2002, conformément à une vieille pratique de la vie politique du pays, le traditionnel discours sur l'état de l'Union. Dans la même fourchette de temps d'une semaine, s'est tenu à New York, le Forum de Davos, véritable cercle de réflexion restreint de quelques sommités politiques, économiques, et diplomatiques de premier plan. En réponse explicite à ce Forum, une brochette d'activistes, militants pour des voies opposées et armés d'une autre vision du monde, ont tenu un sommet dit social, à Porto Allègre au Brésil. Au même moment au Proche-Orient, L'Etat d'Israël, appendice parfait des Etats-Unis et miroir incontestable du monde occidental, a décidé de construire un mur de onze kilomètres pour créer une ceinture de sécurité autour de la partie de la Ville de Jérusalem qu'il occupe illégalement depuis la guerre de 1967. Ces quatre événements véhiculent un seul message, celui d'une nouvelle fracture qui va marquer de façon irrémédiable, les relations internationales au cours des vingt prochaines années. Pour mieux comprendre les justifications de nos propos et saisir l'ampleur des difficultés pour la coexistence pacifique entre les peuples, les cultures et les nations différentes qui en résulteront, il importe de refaire un peu d'histoire. Lorsqu'au soir de la conférence internationale de San Francisco qui voit la fondation de l'ONU, les principales puissances victorieuses ne s'entendent plus sur les zones d'influence, quatre événements essentiels vont dessiner les nouveaux contours du monde, et fixer la ligne de confrontation des intérêts autant que le contenu géopolitique et géostratégique des rivalités qui s'en suivront. Premier événement: Le président des Etats-Unis, Harry Truman, dans un discours prononcé en 1948 au Fulton college à Mobile dans l'Etat de l'Alabama, élabore la doctrine du containment, pour contenir le 21

communisme partout et par tous les moyens, défendre la liberté partout dans le monde. Cette doctrine se traduira en 1949 par la création de l'OTAN, Organisation du traité de l'atlantique nord, qui n'est rien d'autre qu'une alliance militaire matériellement et juridiquement structurée regroupant les Etats unis et leurs alliés de l'Europe occidentale. Deuxième événement: les ays de l'Est, sous la conduite de l'URSS, mettent sur pied le pacte de Varsovie en 1953, autre alliance militaire avec des forces intégrées et structurées: Il s'agit d'une réplique dent pour dent à l'alliance atlantique, Troisième événement: un groupe de pays d'Afrique et d'Asie qui s'estiment neutres par rapport à cette appropriation du monde par deux blocs idéologiques, militaires, économiques et diplomatiques rivaux, se réunissent à Bandoeng en Indonésie, pour exprimer leurs sentiments lors d'une conférence inoubliable que Léopold Sédar Senghor qualifiera d'écho des nations prolétaires. Quatrième événement: dans le même espace de temps, le régime communiste en Allemagne de l'Est, entreprendra la construction d'un mur qui divisera la ville de Berlin en deux, symbolisant les zones d'influence des deux camps idéologiques, et consacrant de façon générale, le partage de l'Allemagne. Ce rafraîchissement nous permet de prendre la mesure de la répétition de I'histoire, de cerner la réincarnation de la démarche de puissance des Etats-Unis, et de prendre conscience des perspectives de bouleversements, de luttes, et de guerres qui attendent les peuples dans les prochaines années. Jamais sans un retour en arrière aussi détaillé et minutieux, on ne prendrait au sérieux tous les analystes qui observent avec circonspection, doutes, craintes et déception, la multiplication des actes d'arrogance posés par les Etats-Unis aujourd'hui. Les propos d'une extrême dureté pour certains peuples tenus par le président américain, s'ils flattent on s'en doute bien la fierté de ses concitoyens, ils constituent une provocation et une source de frustration impardonnables pour d'autres peuples à travers le monde. Certes, l'Amérique n'a jamais été aussi triomphante ces vingt dernières années,

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mais il faudrait encore s'interroger sur le sens et les conséquences de ce triomphe. Bush a hérité en arrivant au pouvoir, d'une situation économique meilleure, et d'une image diplomatique moins contestée 'et moins trouble que celle qu'il a bâtie consciemment ou inconsciemment depuis un an. La guerre contre le terrorisme que le président dit vouloir mener et gagner, est la preuve la plus éloquente d'une instabilité géostratégique entretenue par son propre pays et financée à raison de trente millions de dollars par jour. Le résultat logique le plus visible n'est. pas la sécurité et la protection des américains, mais plutôt la peur, l'inquiétude, et le bouleversement des modes de vie habituels des citoyens. La liberté dont parle le président, ne connaît ni palestinien, ni Etat palestinien, ni droits du peuple palestinien à l'auto détermination, ni droit du citoyen camerounais à des élections libres et à un calendrier électoral transparent. Le triomphe, c'est donc une gestion égoïste des affaires du monde, avec justement un prix élevé à payer. Hier on ne parlait plus de risques pour un Américain se déplaçant à l'étranger, aujourd'hui, les risques, les dangers sont partout, jusque dans leurs chambres à coucher, dans leurs toilettes, dans leurs lieux de travail. Le président croit que la réunion de quelques dignitaires insolents à New York, signifie une évolution du monde vers la consécration de l'idée d'un grand village soumis aux puissances de l'argent que contrôlent les Etats-Unis. Il se trompe lourdement, et c'est pour cela que les participants au sommet de Porto Allègre au Brésil, veulent construire une stratégie de résistance. Ils sont d'autant plus déterminés à résister qu'ils se souviennent des ravages, de l'impérialisme américain dans les années 1960 et 1970, notamment le soutien, ou le renforcement des régimes dictatoriaux. Comme hier c'est par une coalition et au nom de la défense de la liberté, du monde libre et des nations civilisées, que la guerre est déclarée. Comme hier, on construira un mur, un autre mur, pour séparer une ville. Hier c'était Berlin. Aujourd'hui c'est Jérusalem. En réaction, des drapeaux rouges et des effigies de Che Guevara se dressent à nouveau devant l'Amérique, pour une renaissance de l'esprit

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révolutionnaire. Et comme les jeunes allemands qui prirent tous les risques pour braver le mur de Berlin, les jeunes palestiniens prendront tous les risques pour affronter et vaincre le mur de Jérusalem. Les enjeux sont donc énormes, et seuls des dirigeants dont le niveau de la bêtise atteint celui de ceux qui se sont hissés à la tête de l'Etat d'Israël, peuvent opter pour de tels choix suicidaires qui exposent leurs peuples. On ne comprend pas que personne au sein du gouvernement israélien, ne puisse arrêter le projet de construction d'un mur de onze kilomètres à Jérusalem. Comme les dirigeants de l'Allemagne; communiste, Sharon sous-estime regrettablement le retournement de l'histoire. Il confond le présent avec le futur dans une même mécanique du dédain et de l'insolence, et a perdu toute faculté d'envisager l'avenir autrement que par des institutions et des actes incendiaires et oppressifs. La nouvelle donne du monde autorise de prévoir de dures souffrances pour le peuple palestinien, des souffrances encore plus cruelles. Mais, cette donne permet aussi, par simple projection réaliste, d'entrevoir la défaite certaine d'Israël, la destruction du mur, et l'avènement inéluctable d'un Etat palestinien. C'est uniquement dans ce mouvement global que ne traduit pas exactement les courants mondialisant, qu'il est aussi possible d'expliquer ce qui arrive à Madagascar, de comprendre la désaffection des camerounais pour les listes électorales. Les dictatures obscurantistes africaines ont encore de beaux jours devant elles, avec la bénédiction implicite de Washington. Il faudrait encore du temps avant que les peuples ne se révoltent effectivement, grâce à un mouvement cyclique dialectique que prépare dès à présent le contre sommet social de Porto Allègre. Nous vivrons les vingt prochaines années dans de pires inquiétudes, avec une accélération de la pauvreté et un enrichissement des classes gouvernantes transformées en prédateurs sans scrupules. C'est hélas la conséquence de cette nouvelle fracture terrible du monde. Il n'y a certainement pas meilleure grille de lecture pour confirmer nos prévisions, que la confrontation du discours du président américain avec la raison élémentaire. Georges Bush n'aura à aucun moment pensé à

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prêcher une solidarité entre les peuples. Il aura marché sur tout ce qui est misérable et pauvre, parce que l'Amérique n'a plus de compte à rendre à personne. Ainsi se construira le monde, sur une fracture profonde, choquante, répugnante. Mais ce qu'il y a à craindre, c'est, de fait, l'installation dans une turbulence terroriste désespérée encore plus meurtrière que les attentats du Il septembre. Les prises d'otage, les attentats professionnels vont resurgir dans un avenir pas lointain, et dominer les débats. Aucun président fut-il Américain, fut-il nanti du plus colossal des budgets militaires, ne pourra faire face longtemps aux nouvelles formes de colères qui se mijotent en réponse à l'arrogance et à l'insouciance des puissants. Il faudrait dès maintenant repenser ces stratégies qui banalisent l'oppression et légalisent la répression, parce que l'Amérique a perdu la raison, toute la raison. Ce n'est pas une affaire de civilisés et de non civilisés, c'est le destin de toute 1 'humanité, 1 'humanité unique, qui est en cause dans cette nouvelle fracture. Et si l'Amérique n'a retenu du drame du Il septembre que la renaissance de sa grandeur et n'en a tiré qu'une nouvelle arrogance, alors, il faudrait croire qu'elle a plongé pour longtemps, le monde dans un grand cycle de malheurs et de destructions radicales. L'histoire s'est répétée, avec les mêmes repères, les mêmes acteurs, et à peu de choses près les mêmes victimes, plus d'un demi-siècle après.

Le 04 Février 2002

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