Peurs et risques contemporains

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Comment penser les risques et les peurs contemporains ? Sociologue, psychanalyste, biochimiste, hydrologue, philosophe, anthropologue et historien se sont interrogés, parcourant des thèmes aussi variés que la prévisibilité des conflits internationaux, le risque pluvial, la question du rapport entre éthique et démocratie, les peurs dans l'espace public, etc.
Publié le : samedi 1 avril 2006
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EAN13 : 9782296143432
Nombre de pages : 189
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Peurs et risques contemporains

site: w\'V\v.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00236-6 EAN : 9782296002364

Textes réunis sous la direction d'Enunanuel Gleyse

Peurs et risques contemporains
Une approche pluridisciplinaire

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie

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Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

1053 Budapest

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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Collection Conférences Universitaires de Nîmes dirigée par Olivier Devillers Le but principal de cette collection est de rendre compte des recherches qui sont menées au Centre Universitaire de Nîmes - ou en association avec lui - dans le domaine des sciences humaines, sociales et artistiques. Une caractéristique est, conformément à l'identité d'un établissement où se côtoient des spécialistes de domaines divers, leur interdisciplinarité: il s'agit de croiser, autant que possible, plusieurs approches. Dans cette mesure, la présente collection réservera une grande place aux ouvrages collectifs et le terme de « conférence» qui figure dans son intitulé est presque à entendre dans son sens étymologique de « mise en commun ». Les questions de «représentation» et de « fait culturel », qui sont à la rencontre de différentes disciplines, retiendront particulièrement notre attention: comment l'histoire est-elle vue par la littérature? comment les traditions s'inscriventelles dans l'espace urbain? comment un artiste réagit-il à l'actualité? . . ., autant de thématiques qui pourraient être multipliées et qu'il convient d'inscrire dans un temps et dans un espace. Pour ce qui est de cette première dimension, l'apport des approches diachroniques ne peut être négligé: étudier l'évolution et les mutations d'une même «représentation» des origines à nos jours permet d'aborder et de clarifier les problèmes essentiels de la transmission et de la survie. Pour ce qui est de la seconde, sans être pour autant exclusifs, nous accorderons un intérêt plus marqué aux études languedociennes. C'est autour des ces traits - interdisciplinarité, intérêt pour la représentation des faits culturels, régionalisme languedocien - que nous entendons bâtir cette collection.

Remerciements

Remerciements à Catherine Musson, Olivier Devillers, Fabienne Ventéo, pour leur contribution et leurs conseils toujours avisés et à Madame Andrée Lafon pour ses relectures attentives, enfin à Brigitte Weymann pour la maquette de première de couverture. Avec le soutien financier de la Mairie de Nîmes et du Conseil Général du Gard.

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Rencontres universitaires de Vauban Bibliothèque du Centre universitaire de Nîmes Rue du Docteur Georges Salan 30021 NIMESCedex 1 buvauban@unimes..fr

Illustration de la première de couverture: Masque de hockey goal collection particulière, Paris. @ Photo: Luc Martin.

LES AUTEURS Années 2004-2005
Van BOUR Doctorant en Anthropologie, Université de Nice Sophia Antipolis Laboratoire en Anthropologie «Mémoire, Identité et Cognition sociale» (CEA 3179) Michel DESBORDES Professeur d'Hydrologie urbaine Administrateur provisoire de l'École polytechnique universitaire de Montpellier, Université Montpellier II Emmanuel GLEYZE Doctorant en Sociologie, Université Paul Valéry, Montpellier III ATER en sociologie / Responsable de la Maîtrise à l'IUP Métiers des arts et de la culture, gestion et création d'événements culturels, Centre universitaire de formation et de recherche de Nîmes (UNIMES) Madeleine GUEYDAN Psychanalyste, Maître de conférences en psychologie et Responsable du pôle psychologie au Centre universitaire de formation et de recherche de Nîmes (UNIMES) Gabriel JANDOT Maître de conférences en histoire HDR Centre universitaire de formation et de recherche de Nîmes (UNIMES) Agrégé en géographie Paul-Antoine MIQUEL Maître de conférences en philosophie, Université de Nice, Centre Cavaillès Ulm Sylvain LEHMANN Professeur de Biochimie à la Faculté de Médecine de Montpellier, Université Montpellier I, Directeur d'équipe de recherche sur les maladies à Prions à l'Institut de Génétique Humaine du CNRS à Montpellier Marylène LIEBER Docteure en sociologie, Maître assistante en Études genre, Université de Neuchâtel, Suisse Jean-Bruno RENARD Professeur de sociologie, Université Paul Valéry, Montpellier III

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Introduction Risques, peurs collectives et sociétés

« Slauerhoff Jait partie de ces athlètes qui risquent le saut toujours, parce qu'ils évaluent mal la distance ». Eddy Du PERRON, 1933 « Je pense à tout ce que la peur va posséder et j'ai peur (...) ». Alexandre O'NEILL, 1924

L'objectif de ce recueil est résolument pluridisciplinaire (et non transdisciplinairel). Nous nous situons dans la continuité de penseurs comme E. Morin2, J. Delumeau3 dans son approche historique de la peur ou encore J.-G. Vaillancourt4 dans ses analyses sur la question environnementale, qui cherchent à dresser des ponts entre les différents points de vue et entre les disciplines. L'objet de ce recueil n'est pas l'exploration de cette zone d'ombres que constituent les passerelles ou les dissimilitudes entre peurs contemporaines et risques contemporains (bien que certains articles les abordent), mais plus modestement de permettre l'investigation de ces deux phénomènes comme distincts et fédérateurs.
1

Voir sur ce thème de la transdisciplinaritéou de l'interdisciplinaritéle

n° thématique de la revue Le genre humain, 1998. 2 MORIN 1999. 3 DELUMEAU 1978. 4 Voir l'entretien de VAILLANCOURT2005, p. 6-7. Également PRADES, TEISSIER & VAILLANCOURT (dir.) 1994, dans une approche pluridiscip linaire.

10 Historien, sociologue, biochimiste, psychanalyste, hydrologue se sont penchés sur ces thèmes, textes issus de conférences publiques données au Centre Universitaire de Formation et de Recherche de Nîmes, et portées par l'association Rencontres universitaires de Vauban. Il nous a semblé intéressant d'y ajouter les contributions et les approches de P.-A. Miquel en philosophie, de Y. Bour en anthropologie, enfin de M. Lieber en sociologie. Ces textes s'adressent tout autant aux spécialistes de ces questions qu'à un large public cultivé, mêlant les approches de jeunes chercheurs et de chercheurs plus confirmés. 1. Paniques, peurs collectives et effroi 31 août 2005, le journal télévisé français sur la première chaîne annonce la mort de presque un millier de personnes à la suite d'un mouvement de panique sur un pont au-dessus du Tigre à Bagdad, en Irak. L'origine de l'évènement serait apparemment liée à la rumeur de kamikazes bardés d'explosifs au sein d'une foule de pèlerins5. Cet évènement se caractérise à la fois par la rapidité de déploiement de l'information fausse et par une égale vitesse de ses conséquences (panique entraînant étouffements, piétinements, noyades). Tout ceci s'inscrivant dans une temporalité plus longue, dans un climat plus général de peurs collectives lié à un état de crise politique et de guerre. Si Le Petit Larousse Illustré définit la panique comme une «terreur subite et violente, incontrôlable et de caractère souvent collectif»6, E. Canetti, quant à lui, tout en soulignant son caractère groupaI, la définit comme une désintégration de la masse: elle est «(...) désintégration de la masse dans

Voir à ce sujet l'article du journal Le Monde «Un millier de morts à Bagdad après un mouvement de panique» (02/09/05). 6 Le Petit Larousse Illustré, 2003, p. 739.

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Il la masse »7. Dans cette même logique, J.-P. Dupuy précise à son tour que si d'un côté la panique évoque la société qui se désagrège, se décompose et se pulvérise, elle « (. . .) est aussi totalisation, formation d'un tout »8. Dans une acception plus générale, l'étude de la panique est pour lui le meilleur moyen d'analyser le lien social, souvent invisible, lorsque justement il se défait, «en creux» d'une certaine façon (p. 16). À partir de là, comment distinguer paniques et peurs collectives? P. Mannoni définit le phénomène de la panique comme une peur hyperbolique (avec l'épouvante )9. La panique, l'épouvante, seraient des variations (au sens musical) d'un même élément, la peur. La panique serait donc une forme de peur plus intensel0, plus radicale, plus rapide peut-être. Si les effets visuels et expériencés de la panique sont flagrantsll, la peur, quant à elle, peut être beaucoup plus discrète dans ses manifestations, jusque dans sa dénégation. L'article de M. Lieber, dans le présent ouvrage, évoque ces deux aspects des peurs collectives. C'est à partir de trentecinq entretiens d'hommes et de femmes que cette sociologue s'est interrogée sur les peurs dans l'espace public12, dans leurs rapports à la question du genre et des violences. Ses analyses des représentations sociales évoquent par ex. les précautions prises par les femmes lorsqu'elles déambulent
7 CANETTI 1966 (1960), p. 25. 8 Dupuy 2003, p. 20. 9 MANNONI 1988, p. 82.

10 On peut peut-être risquer un parallèle avec la défmition de l' «effroyable» que propose J.-B. Renard: «(...) comme une peur élevée à la puissance deux, en quelque sorte une peur au carré» (RENARD [dir.] 1999 p. 7.) Voir sur des thèmes similaires, le livre de l'ethnologue ROBERGE 2005. Il «Les individus pris de panique ont (...) tendance à une gesticulation désordonnée et sont poussés à s'enfuir sans discernement. La seule chose qui semble avoir de l'importance pour eux, compte tenu de la réduction de leur champ de conscience et de l'obnubilation de leurs facultés critiques, est de se ruer en avant. » (MANNONI 988, p. 83). 1 12Sur la question du rapport à la rue, aussi ROULLEAU-BERGER 2004.

12 seules dans l'espace public (contrôle des regards, mise à distance spatiale face à des inconnus, stratégies pour se faire raccompagner...) et/ou encore la difficulté à avouer leurs peurs. Pour elle, «l'usage de la rue est certes le reflet des normes sexuées, mais il contribue puissamment à les renforcer », il est la continuation d'une forme de contrôle social et même si le terme n'est pas lancé, c'est la question de la domination masculine qui est posée (M. Lieber évoque plus finement la notion de discrimination persistante)l3. Si M. Lieber interroge également dans cet article les représentations attribuées à la «vulnérabilité » de la femme, c'est à travers un angle différent (celui de la psychanalyse et de la psychologie clinique) que M. Gueydan questionne la fragilité psychique dans le rapport mère, femme, enfant. Évoquant les doutes, peurs et angoisses qui peuvent émerger à l'heure actuelle dans l'accès des femmes à la maternité, elle s'intéresse à la question essentielle du rapport à l'altérité; la prise en compte du sujet psychique féminin y devient vitale. La peur peut se définir également par sa capacité à perdurerl4, ou à traverser des problématiques propres à toute une société15, contrairement à une panique qui fait le plus souvent événement et qui concerne moins de personnes qu'une peur collective. L'article que propose I.-B. Renard, sociologue, va dans ce sens en présentant des exemples concrets de rumeurs et de légendes contemporaines qui puisent leurs origines dans les peurs de l'étranger, la crainte de la nature sauvage, ou encore dans les peurs des dangers liés aux nouvelles technologies, aux violences urbaines ou à
Sur ces thèmes, aussi CONDON, LIEBER & MAILLOCHON2005, p. 265289. 14 Par ex. DELUMEAU 1978 ; 1983. 15 Voir les analyses de GLASSNER 2000, sur les marchands de peurs; aussi MOUHANNA & FERRET (dir.) 2005, sur les thèmes de l'insécurité et l'analyse du discours sécuritaire par ex. ; COBAST 2004, sur le phénomène de la terreur comme trait spécifique des sociétés modernes face à la peur, plus pérenne.
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13 la menace terroriste. Son analyse des rumeurs et légendes contemporaines va beaucoup plus loin, tout d'abord par l'explication de part en part de leurs caractéristiques et de leurs fonctionnements (en présentant par ex. une grille d'analyse possible pour leur exploration) et ensuite par une analyse en profondeur (herméneutique) à la découverte de« motifs symboliques anciens, déjà présents dans des récits populaires du passé (contes, légendes traditionnelles, mythes) », qui traversent et fondent ces rumeurs et légendes contemporaines. Le dictionnaire analogique Larousse définit la peur comme un «sentiment d'inquiétude éprouvé en présence ou à la pensée d'un danger» (p.524). Nous aurions envie d'ajouter « sentiment d'inquiétude collectif» en ce qui concerne notre sujet. B. Paillard comme J. Lazar évoquent également dans leur définition de la peur le fait qu'au contraire de l'angoisse et de l'anxiété (et de la panique ajouterions-nous), la peur a toujours un objet, menace extérieure réelle ou imaginaire16. Elle peut également apparaître comme positive, comme pour

certains philosophes, chez qui la peur (ou I' angoisse) est une
source de connaissance ou/et un moteur pour l'existence17. Enfin, la peur ne peut s'inscrire qu'au pluriel (les peurs collectives), «(...) actualisées sous des formes diverses, valorisées de manière fluctuante et distinguant par exemple

16 PAILLARD(dir.) 1993, p. 8 ; LAZAR 2004, p. 31. 17 «(...) C'est pourquoi l'apprentissage véritable de l'angoisse est le suprême savoir. » écrit KIERKEGAARD 1935, p. 328, en rapport avec une angoisse plutôt de type métaphysique. Aussi SARTRE 1996, p. 33, au sujet de l'angoisse dans son rapport à l'engagement. On évoquera encore JONAS 1990 quand il parle d'« heuristique de la peur» dans son adéquation positive à la responsabilité. Enfm pour une lecture critique de cette notion, FINKIELKRAUT2005, p. 325-336, «Chapitre V. Peur contre peur ».

14 des peurs avouables, approuvées ou stimulées, et des peurs honteuses, déshonorantes ou découragées »18. Pour clore ce premier ensemble de réflexions nous pourrions évoquer ce point nodal entre les paniques et les différentes formes de peurs collectives: «Je pense que la peur ne disparaîtra pas, parce que la peur fondamentale est celle de la mort, et cela d'autant plus que, contrairement à l'animal, l'homme anticipe sa mort »19 écrit J. Delumeau. Même s'il nuance ses propos en expliquant que l'homme est capable de se représenter des peurs qui ne relient pas directement à la mort, cet historien écrit que «(...) c'est quand même cette réalité qui fonde le monde des craintes ». Cette peur fondamentale face à la mort peut être alors qualifiée d'effroi2o, J.-H. Déchaux expliquant à son tour que «la mort se soustrait à toute positivité; elle est un traumatisme et une altérité. C'est pourquoi elle n'est jamais familière, même lorsqu'elle est banalisée (épidémie) ou planifiée à grande échelle (camps d'extermination). Puisque nul ne peut vivre avec la pensée constante de la mort, le déni n'est-il pas profondément humain? »21.Plus loin il conclut: «Le rapport de l'homme à la mort est donc fait d'effroi et de désir éperdu de la vaincre» (p. 1159). Paniques, effroi et peurs collectives sont alors trois formes d'un même phénomène (la peur) toujours contemporain, car toujours d'actualité et s'établissant dans l'ordre de l'inédit.

20 «Grande frayeur; épouvante, terreur, répandre l'effroi» Larousse, 2003, p. 364).
21 DECHAUX 2004, p. 1158.

18 JEUDY-BALLINI & VOISENAT 2004, p. 6. 19 DELUMEAU 1993, p. 18.

(Le Petit

15 2. Risques et sociétés Même date (31 août 2005), même journal télévisé, quelques minutes à peine après cette première information sur ce quasi millier de morts à la suite d'une panique à Bagdad, est abordé un second thème, l'ouragan Katrina, qui depuis le 29 août occupe le devant de la scène médiatique. Se sont abattus en effet à cette date, à la Nouvelle-Orléans, des vents à plus de 216 km/h. Le traitement de cette information par la presse a commencé quelques jours en amont22 et les conséquences que l'on commence à percevoir de cette catastrophe23 se font vite sentir de plusieurs jours à plusieurs mois en aval, en termes médiatiques mais également en capital humain, sanitaire et matériel, avec des conséquences économiques et politiques indéniables. En plus de poser la question du cumul d'un certain nombre d'informations au sein d'un même journal, traitées presque de façon identique, à quelques minutes d'intervalles, se pose d'une manière plus générale la question de la qualité de l'information dans nos sociétés, et sa capacité ou non à faire (ré)agir en conséquence. La lenteur de la mise en place logistique américaine en est une parfaite illustration. La question de la prévisibilité, de l'anticipation d'une catastrophe naturelle ou de risque naturel24 se pose alors. Dans ce cadre, M. Desbordes, professeur d'hydrologie urbaine, nous propose un article sur la question des inondations naturelles, risque longtemps sous-évalué en raison du peu d'informations sur le sujet. Il prend l'exemple spécifique du Languedoc-Roussillon et explore les consé22

Si je ne cite que le journal Le Monde (28/08/05), à la veille du passage en Louisiane de l'ouragan, qui titre: «La Louisiane retient son souffle à l'approche de l'ouragan Katrina ». 23 Sur cette notion de catastrophe, par ex. en sociologie JEUDY1990, en géographie DAUPHINE 2004, ou encore, pour une approche en histoire du y Moyen Âge, LEGUA 2005. 24 Voir DAGORNE DARS 2005. Pour une approche sociologique d'un & événement naturel, par ex. MURPHY 2003, p. 141-154.

16 quences des modifications rapides de l'occupation des sols dans ces régions, conduisant à une multiplication des situations à risque. Pour lui, «le principe de précaution en matière de risque pluvial devrait être pris en considération dans les opérations d'urbanisation en climat méditerranéen, comme c'est le cas par exemple pour le risque sismique dans certaines régions de notre pays ». S. Lehmann, biochimiste, présente à sa suite un article sur les prions et l'affaire de la «vache folle ». Il évoque la question du risque alimentaire25 ; liaison entre l'alimentation des animaux contenant des farines animales et l'apparition de la maladie, liaison également entre les vaches atteintes par les encéphalopathies spongiformes transmissibles et les risques d'affection pour l'homme. Cet article va bien plus loin en proposant une lecture plus générale de ce que sont les maladies à prions que ce soit chez l'homme ou dans le règne animal. Mais risques alimentaires, sanitaires, naturels, ne sont pas les seuls aspects de la question du risque dans nos sociétés. Ainsi G. Balandier tente de définir notre période contemporaine à partir de l'idée de surmodernité26. Pour lui, «si l'inventaire de la planète, dans sa diversité géographique et humaine, est presque achevé, si la mondialisation, comme l'on dit aujourd'hui, met toutes les humanités actuelles en relation, si rien n'échappe au grand brassage des différences, il n'en reste pas moins que la surmodemité mondialisante engendre continûment des univers jusqu'alors inconnus, des territoires de l'inédit. La découverte des Nouveaux Mondes recensés au cours des siècles passés par les géographes et les historiens est close, celle des nouveaux Nouveaux Mondes surgis en
25 Sur cette question visitée par l'ethnologie, par ex. VIALLES2004, p. 107-122. 26 Pour une explication des différences entre modernité et surmodernité, BALANDIER 2003, p. 323-327.

17 peu de décennies sous l'effet des avancées de la science, de la technique et de l' économisme conquérant commence à peine »27. Ces nouveaux Nouveaux Mondes constitués sous l'effet des conquêtes du vivant, de l'information avec des applications aux automates et aux systèmes intelligents, des techniques de la communication qui se connectent en réseaux, ou encore des mondes virtuels accompagnant l'avènement de techno-imaginaire28, sont non seulement l'une des caractéristiques de cette surmodernité, mais ils se constituent en mondes autonomes, distincts de leurs créateurs, et donc échappant parfois à leur contrôle: «après avoir conquis la 'sauvagerie' pour donner tout son essor à la 'civilisation', l'homme s'est mis dans l'obligation urgente de conquérir ce que sa civilisation produit, pour le 'civiliser' et en réduire la sauvagerie potentielle »29.C'est finalement dans cet interstice entre nouveaux Nouveaux Mondes et sociétés humaines (on peut y ajouter le risque nucléaire) que se glisse à la fois les toute puissances de I'homme (en terme de potentialités et d'actions) et des zones à risque à haut potentiel dévastateur3o. En liaison avec des risques technologiques, c'est au travers des conflits internationaux que G. Jandot, en historien, propose une véritable typologie de leurs prévisibilités : «depuis un lointain passé, l'homme traite les calamités humaines comme les calamités naturelles: l'imprévisibilité de la guerre serait-elle comme un séisme, quasi-totale et du domaine de l'aléatoire, ou à l'inverse pourrait-elle être ramenée à un faisceau de conjonctures, quasi mathématiquement quantifiables (...)? ». Le but de cette recherche est de permettre une meilleure prévision des crises conflictuelles.
27 BALANDIER 2001, p. 7. 28 Voir BALANDIER 2004, p. 35. 29 BALANDIER 1994, p. 225. 30 Voir aussi l'introduction de DUPONT 2004, p. V-XIII.

18 Ces différents aspects du risque (naturel, technologique, sanitaire, alimentaire, de conflits potentiels), par leurs différents traitements (analyses, prévisibilité, mise en place du principe de précaution), renvoient à une première acception du risque comme «danger, inconvénient plus ou moins probable auquel on est exposé (...) »31 et comme menace indésirable que chacun de nous cherche à éviter. Mais ce n'est pas le seul sens possible; dans une autre acception, le risque peut apparaître comme «(...) goût du risque, de l'entrepreneur, du guerrier ou du sportif, qui ne sont pas averses au risque, mais au contraire le recherchent, le valorisent »32. L'article de Y. Bour, dans une démarche anthropologique, explore cet autre aspect du risque, dujeu du foulard (propre à la jeunesse) jusqu'à la strangulation ludique, au travers de son lien au plaisir et au risque volontaire dans le quotidien. La strangulation ludique se déploie alors selon trois axes, le jeu initiatique33, le jeu intime et enfin le jeu autoérotique, traversant les siècles sous certaines de ses formes. Nous pouvons donner enfin une troisième définition de la notion de risque au travers d'une théorie générale de la société (voir les travaux de M. Douglas, U. Beck, A. Giddens, F. Ewald)34. Pour F. Ewald par ex., nous serions passés depuis 1804 par trois grands dispositifs de prudence (définie comme le comportement des hommes face à l'incertitude, p. 383): le XIXe s. a vu la domination du
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Défmition du Nouveau Larousse encyclopédique. Dictionnaire en deux

volumes, 2001, p. 1355. Pour une lecture critique du concept de risque par la sociologie, par ex. DUCLOS 2004, p. 327-345 (Dictionnaire des risques). 32 Voir pour cette évocation PERETTI-W ATEL 2003, p. 10. Aussi BAUDRY 1991 ; BRETON (Le) 2002. 33 Aussi sur des thèmes proches, JEFFREY, LE BRETON & LEVY (dir.), 2005. 34 DOUGLAS & WILDAVSKY 1984 ; BECK 2001 ; 2003 ; GIDDENS 1994 ; EWALD 1996.

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