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Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe ?

De
211 pages
D'après les chiffres récents de l'INSEE, la France est la championne d'Europe de la natalité. Or ce taux de fécondité de 1,9 enfant par femme est surestimé. Les taux de fécondité de la population d'origine africaine ou turque sont deux fois plus forts que ceux de la population d'origine européenne. En conséquence la structure ethnique de la population française devrait changer assez rapidement. Dès lors, l'intégration devient un défi national majeur loin d'être relevé. D'où l'importance primordiale d'une politique familiale dynamique destinée à relever la natalité française.
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Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe?

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

~ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00956-5 EAN : 9782296009561

Sous la direction de Yves-Marie Laulan

Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe?

nOI5

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Bannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- RDC

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. PéquignotetD. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les «questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Alain GRIELEN, Menace sur l 'humanité, 2006. Christian BORROMÉE, Souriez vous êtes en France. Les solutions, 2006. Cyril LE T ALLEC, Mouvements et sectes néo-druidiques en France, 1935-1970,2006. Guy CARO, De l'alcoolisme au savoir-boire, 2006. Adrien THOMAS, Une privatisation négociée, 2006. Tidiane DIAKITÉ, Mutations et crise de l'époque publique, 2006. Anaïs FAVRE, Globalisation et métissage, 2006. Jean-Luc CHARLOT, Le pari de la participation, 2006. Stéphane ENCEL, Histoire et religions: l'impossible dialogue ?, 2006. Patrick GREPINET, La crise du logement, 2006. Jacques RAYMOND, Comprendre les crises alimentaires, 2006. Raymond MICOULAUT, Tchernobyl, 2006. Daniel ARNAUD, La Corse et l'idée républicaine, 2006. Jacques DUPÂQUIER, Yves-Marie LANLAU, Immigration / Intégration. Un essai d'évaluation des coûts économiques et financiers, 2006. Olivier ESTEVES, Une histoire populaire du boycott, tome 1 1880-1960 L'armée du nombre, 2006. Olivier ESTEVES, Une histoire populaire du boycott, tome 2 1989-2005 La mondialisation malheureuse, 2006. Cyril LE TALLEC, Les sectes politiques. 1965-1995, 2006.

Fondation Singer-Polignac présidée par Edouard Bonnefous Chancelier honoraire de l'Institut de France
Ancien ministre d'État

Actes du colloque Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe?
sous la direction de Yves-Marie Laulan Président de l'Institut de Géopolitique des Populations

Paris, le 2 février 2006

Institut de Géopolitique des Populations

INSTITUT DE GÉOPOLITIQUE

DES POPULATIONS

L'Institut de Géopolitique des Populations a été créé le 7 février 2000 à l'initiative d'Yves-Marie Laulan, économiste, et de Jacques Dupâquier, membre de l'Institut de France. Plusieurs colloques ou dîners-débat ont été organisés par cette institution sur différents thèmes dont les Actes ont été publiés sous la direction d'Yves-Marie Laulan dans la revue, à savoir: 1. La population européenne et ses problèmes, 10 décembre 1999, nOl. 2. L'entreprise française devant les problèmes démographiques, 19 mai 2000, n02. 3. Introduction à une géopolitique des populations, n° spécial 3-4. 4. Troisième âge et renouveau sociétal, 19 mai 2001, nOS. 5. Où va l'Afrique noire ?, 13 décembre 2001, n06. 6. Réussir l'intégration des immigrés de la deuxième génération, 16 mars 2002, n° 7. 7. La France en 2002: un bulletin de santé démographique, 18juin 2002, n° 8. 8. Palestiniens et Israéliens: facteur démographique, 12 décembre 2002, n° 9. 9. Ces migrants qui changent la face de l'Europe, 10 et Il octobre 2003, n° double, 10 et Il. 10. Europe et Amérique victimes de leur démographie ?, 14 octobre 2004, n° 12. Il. L'avenir démographique des grandes religions du monde, 25 novembre 2004, n° 13. 12. Immigration/Intégration: essai d'évaluation des coûts économiques etfinanciers, 17 novembre 2005, n° 14.

Liste des auteurs
Jacques Bichot, professeur à l'Université de Lyon III Philippe Bourcier de Carbon, expert Christine Boutin, députée Gérard-François Dumont, professeur à Paris I Jacques Dupâquier, membre de l'Institut de France Roland Hureaux, essayiste et élu local Gérard Lafay, professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II) Yves-Marie Laulan, économiste, président de l'Institut de Géopolitique des Populations Jean-Paul Sardon, directeur de recherches à l'INED

Christine Boutin Ouverture du colloque

Monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs, C'est un grand honneur et un grand plaisir pour moi que de présider ce colloque intitulé « Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe? » C'est la première fois que je viens dans ce superbe établissement de la Fondation Singer-Polignac. Je suis admirative de cette architecture. Quand on est dans un environnement qui est beau, la pensée elle-même peut aller vers la beauté et l'intelligence. Nous avons donc toutes les conditions réunies pour faire en sorte que nos travaux soient productifs. Yves-Marie Laulan m'a demandé de présider ce colloque. C'est avec joie et honneur que j'ai accepté. Je serai avec vous ce matin, mais cet après-midi, des débats me retiendront à l'Assemblée nationale concernant le contrat de première embauche (CPE) qui est l'objet de grandes discussions. Il convient d'être présent pour soutenir le gouvernement dans cette démarche innovante qui me semble adaptée aux grands enjeux économiques et du travail du XXIe siècle. Ce colloque a pour but de réfléchir sur la natalité. On peut en être surpris car, en effet, d'après les différents chiffres récents de l'INSEE, la France est championne d'Europe de la natalité. Tout le monde est heureux de cette bonne nouvelle. Naturellement, nous ne pouvons être que satisfaits de voir la démographie et le nombre de bébés augmenter dans notre pays. Mais faut-il s'arrêter à cette apparence? Je ne le pense pas. Vous êtes tous ici des experts de ces sujets et vous savez fort bien que cet accroissement de notre natalité ne permet pas le renouvellement des générations. Il faut en effet un taux de natalité de 2,1 pour assurer le renouvellement des générations.

Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe? Cet accroissement du nombre de bébés place aujourd'hui ce taux à 1,94. Le chiffre est bien austère quand il s'agit de la vie, mais il montre très clairement que nous sommes en dessous de notre seuil de renouvellement des générations. De plus, un très grand effort reste à accomplir par rapport aux années passées. La France, pendant une période, a, en effet, connu un taux de 1,6 à 1,7. Cela dit, il faut bien être conscient que les enfants non nés ne sont pas nés: ils manquent à notre pays. Il faut rapidement se réveiller pour faire en sorte que le dynamisme de notre économie revoit véritablement le jour sur des piliers fondamentaux. Cette embellie pour la France est-elle suffisante pour l'Europe? Non. L'Europe n'est pas du tout bien placée sur le plan démographique. Certains disent que nous allons trouver la réponse au plan national, mais aussi européen, grâce ~ l'immigration. Il est certain que la nature a horreur du vide. A partir du moment où un espace est vide, il y a un appel important à l'étranger et à l'immigration. Les récentes émeutes qui ont eu lieu au mois de novembre nous montrent à quel point nous sommes en difficulté par rapport à l'intégration des nouvelles populations. Il faut véritablement que nous soyons conscients que nous avons un effort à faire en ce qui concerne cette intégration. Il faut être aussi convaincu que, si la France fait un peu mieux que ses voisins, l'Europe tout entière est démographiquement en péril. Vous connaissez mieux que moi la situation de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Espagne. La France ne se sauvera pas seule. Il faut donc que l'espace européen, qui est en zone de dépression démographique, se réveille. C'est notre devoir, notre intérêt de Français et d'Européens. Je crois dans notre pays. Je ne fais pas partie des Françaises et des Français qui se lamentent sur notre pays. Notre pays a des atouts. En tous les cas, il suffit d'aller un peu dans le monde pour se rendre compte que la parole de la France existe toujours et que, naturellement, notre attitude et notre parole face à un certain nombre de questions, en particulier concernant le problème démographique, ont valeur d'exemples dans le monde. Il faut s'en réjouir. 18

Ouverture du colloque Il faut prendre acte de l'évolution de nos modes de vie et du fait que les femmes, dont beaucoup veulent travailler, souhaitent aussi élever des enfants. Ceci impose des remises en cause dans notre organisation du travail et dans notre rapport au temps. Puisque l'occasion m'en est donnée, je voudrais vous donner simplement une réflexion qui est l'aboutissement de vingt années de responsabilité politique. Je suis désolée de commencer par quelque chose de difficile, d'un peu lourd, mais, comme c'est le seul moment où j'aurai vraiment la possibilité de vous parler, je tiens à vous montrer les enjeux qui se posent devant nous. Ceci est le résultat de mes travaux depuis vingt ans. Je me suis beaucoup engagée sur la bioéthique dans les années 1992-1994. Je me suis beaucoup engagée sur la famille depuis plus de vingt ans, comme femme, mère, citoyenne et députée. Je me suis beaucoup engagée sur le PACS et sur tous les problèmes qui touchent à I'homoparentalité, à l'homosexualité. Aujourd'hui, je suis arrivée à la conclusion suivante, que je livre à votre réflexion. Par rapport aux grands enjeux du XXIe siècle, aux questions de fond qui se présentent à nous, à la mondialisation qui est un véritable tsunami, la question qui nous est vraiment posée aujourd'hui est de savoir quelle société nous voulons construire pour les années suivantes, pour nos enfants et nos petits-enfants. Je m'explique très rapidement. Depuis que l'humanité existe, elle a été fondée sur un constat basique, simple: lorsque l'on regarde avec ses yeux un homme et une femme, on voit qu'ils sont différen!s. On n'a pas besoin d'être prix Nobel pour s'en apercevoir. A partir de ce constat de la différence, ont été construites toutes les organisations des différentes sociétés, qu'elles soient primitives, démocratiques ou totalitaires. Elles ont toutes été fondées sur ce constat simple et basique: il y a une différence entre un homme et une femme. Jusqu'à présent, il y a eu superposition, union, entre le culturel - c'est-à-dire la loi - et le biologique - la nature. La nature et le culturel ont été identiques, le culturel consacrant le constat de la nature et de la biologie. Aujourd'hui, nous sommes entrés dans un monde qui dissocie le naturel et le 19

Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe? culturel. La revendication des homosexuels qui veulent avoir des enfants et se marier correspond à cette tendance. Les homosexuels qui, naturellement, biologiquement, ne peuvent pas avoir d'enfants, demandent à avoir des lois qui leur permettent d'avoir des enfants, comme, biologiquement, les hétérosexuels peuvent en avoir. C'est une dissociation forte du naturel et du culturel. Le problème ne s'arrête pas aux homosexuels. C'est là où je voudrais attirer votre attention. En réalité, pour les hétérosexuels, le combat est le même. Aujourd'hui, 80 % des femmes en âge de travailler sont dans la vie professionnelle ou cherchent un emploi. Si une femme est enceinte et qu'elle cherche un emploi, elle ne le dit pas à son employeur car elle sait que, si elle le dit, elle ne sera pas recrutée. Quand une femme est enceinte et qu'elle l'annonce à son chef d'entreprise, elle sait très bien qu'elle ne va pas être félicitée et qu'on la regardera d'un air un peu tordu. Ceci conduit la femme aujourd'hui à penser à sa carrière professionnelle et à remettre à plus tard le temps de sa maternité. Si bien que les hétérosexuels, les femmes et les hommes, se trouvent dans un environnement psychologique qui fait qu'on les prépare à accepter la dissociation entre le biologique et le culturel. Ceci est très fort. On a entendu parler d'un livre sur l'utérus artificiel. L'utérus artificiel sera là, chez nous, dans les quinze ans à venir. Il est même opérationnel dans certaines officines. Si bien que, là aussi, la revendication des homosexuels et des hétérosexuels trouvera sa satisfaction dans la création d'un enfant, d'une personne, en dehors du corps féminin. On arrive donc là véritablement à une dissociation totale entre le culturel et le naturel. Qu'est-ce que cette société? Le monde change. Pourquoi pas? Je suis prête à regarder tous les enjeux. Mais j'affirme que, si nous allons vers une société qui dissocie le biologique du culturel, la natyre de la culture, le biologique de la loi, nous allons vers un Etat totalitaire. Pourquoi? Aujourd'hui, les enfants qui naissent sont tous le résultat d'aléas et de rencontres chromosomiques. La dignité de la personne est sur tous, petits, grands, intelligents, idiots, malades. La dignité est 20

Ouverture du colloque universelle. La société que l'on est en train de nous construire, par la création d'enfants en dehors du corps de la femme, fait que ces enfants seront créés en fonction de besoins exprimés par d'autres hommes, c'est-à-dire en fonction de besoins

économiques, financiers, scientifiques ou autres. Qu ' est-ce
qu'une société où l'homme a le pouvoir sur l'autre? C'est véritablement l'enjeu du XXIe siècle. C'est la question de fond. Je vous le dis puisque j'en ai l'occasion: il faut arrêter d'opposer le combat homosexuel et les hétérosexuels. Nous sommes tous entraînés dans cette vague. Les homosexuels participent naturellement, de façon éclatante, à cette demande de dissociation entre le naturel et le culturel, et les hétérosexuels sont préparés à l'accepter dans les années qui viennent. Il faut bien s'en rendre compte. Je suis désolée de vous dire cela dès le début de vos travaux. Cet enjeu est important. Je peux en parler sereinement et calmement parce que c'est le résultat d'une observation de vingt années. Je vais fêter mes vingt ans de députation dans un mois. Je le dis très simplement, très calmement. Cet enjeu est devant nous. Il faut que nous en prenions conscience. Il ne s'agit pas de stigmatiser les uns par rapport aux autres, mais, si nous laissons faire, nous allons vers une société totalitaire pour nos enfants et nos petits-enfants. Voilà ce que je voulais vous dire. Une nouvelle idéologie est en train de se développer. Il est indispensable que nous affirmions notre confiance dans 1'homme. Toutes les organisations de société ne valent que pour autant qu'elles sont ordonnées à l'homme, à la personne humaine. Si nous n'avons pas cette exigence, si nous ne voulons pas, si nous ne mettons pas en place des lois qui permettent cette reconnaissance, nous préparons à nos enfants et à nos petits-enfants des moments très difficiles. Ce colloque participera à cette réflexion. Il est indispensable de satisfaire la natalité en France et en Europe. Vous connaissez tous les enjeux, en particulier, des pays émergents. L'Afrique, la Chine et de nombreux pays ont, au niveau démographique, un dynamisme qui risque de nous écraser. Il est temps de se réveiller. Je remercie les organisateurs de ce colloque de nous permettre d'y réfléchir profondément. 21

y ves- Marie Laulan

Introduction

Deux événements parus dans la presse ces derniers temps ont certainement dû retenir votre attention comme celle du grand public. 1. L'un est la publication par l'INSEE du nombre des naissances enregistrées en 2004 en France: 807 400 naissances, un record, pour un indice de fécondité également record en Europe, de 1,94 enfant par femme. Ces chiffres n'ont pas manqué de provoquer dans la presse, toutes catégories confondues, des cris de triomphe: Enfin la France championne de quelque chose; après le football, la France, championne d'Europe de la natalité. Fermez le ban. L'autre nouvelle est moins plaisante: c'est la multiplication des incidents, mineurs ou tragiques, dans nos écoles: ce qui fait, à nouveau, la France championne, mais cette fois, de l'insécurité en milieu scolaire. Mais, me direz-vous, quel rapport entre ces deux phénomènes qui n'ont rien à voir, en principe? Eh bien justement si. Car, cela peut surprendre, il se trouve que, quelques années après leur naissance, les garçons ou les filles vont à l'école, puis au lycée, puis au collège, puis en entreprise, parfois hélas au chômage, ou en prison. Autrement, faire des enfants, c'est bien. C'est même très bien. Mais pourquoi en faire? Dans quel but ? Avec quel objectif? Faire des enfants, c'est facile, enfin, la plupart du temps. Mais en faire des hommes et des citoyens, c'est une tout autre affaire. Et les différentes interventions qui vont suivre vont nous aider à y voir plus clair dans cette problématique de la France d'aujourd'hui et surtout celle de demain. 2. À cet égard, il faut bien voir que le colloque d'aujourd'hui est, en quelque sorte, le pendant, le complément

Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe? ou le prolongement de celui tenu ici même le 17 novembre dernier sur le thème des coûts de l'intégration des populations issues de l'immigration, pour reprendre la belle formule du rapport Séguin. Pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi immigration et natalité sont-elles intimement liées comme les deux doigts de la main? Pour au moins deux raisons: En premier lieu, c'est la faiblesse de notre natalité qui a provoqué, en France comme en Europe, une sorte d'appel d'air qui a renforcé les courants migratoires. Car en matière démographique, comme en milieu physique, la nature a horreur du vide. Certes, l'immigration, on le sait, a bien d'autres causes, notamment la recherche de la sécurité et d'un niveau de vie amélioré. Mais la présence d'une zone de basse pression démographique est sans nul doute un facteur aggravant qui ~timule fortement les flux migratoires. C'est l'évidence même. A telle enseigne que, voici quelques années, en 2000, les Nations unies évaluaient à 159 millions le nombre d'immigrés qu'il faudrait accueillir en Europe, simplement pour maintenir le rapport des actifs aux inactifs. En conséquence, à ceux qui se lamentent d'une immigration devenue difficile à supporter, il convient de répondre qu'il faut d'abord s'en prendre à nousmêmes: il fallait faire davantage d'enfants. Vous voulez moins d'immigrés en France? Eh bien, c'est simple: faites davantage d'enfants ou permettez aux jeunes mères françaises d'en mettre davantage au monde. Comment s'y prendre? C'est ce que nous allons voir tout à l'heure. En second lieu, toujours sur le même sujet, il faut bien voir que, sans une natalité vigoureuse, l'intégration d'une communaut~ immigrée est fortement compromise, voire même impossible. A nouveau, cela tombe sous le sens. Comment une population d'accueil vieillissante, malthusienne, repliée sur ellemême, incertaine de son identité, inquiète de son avenir pourrait-elle se montrer ouverte à l'étranger? Bien au contraire, au sein d'une population jeune et dynamique, l'intégration des immigrés est bien plus facile: avec une croissance économique soutenue, les offres d'emploi se multiplient, les occasions de travailler abondent, les mentalités sont ouvertes car tournées vers l'avenir. C'était la 24

Introduction

situation de la France d'après-guerre. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Car nous avons une France vieillissante, comme toute l'Europe d'ailleurs. C'est ce que nous dira sans doute le professeur Gérard Lafay tout à l'heure. 3. Permettez-moi une dernière réflexion sur ce problème: les chiffres triomphants de l'INSEE qui résonnent à nos oreilles comme autant de coups de clairons sont à manipuler avec précaution, voire avec des pincettes. Car, sur ces quelque 800 000 naissances, combien proviennent de la population d'accueil, combien proviennent des communautés issues de l'immigration? Mais me direz-vous, quelle importance? Ces enfants ne sont-ils pas Français, car nés sur le sol français? Certes. Mais les émeutes de novembre et la persistance des troubles en milieu scolaire montrent bien que nombre des enfants nés il y a dix, quinze, vingt ans ne se sentent pas Français, ne se veulent pas Français. Si nous ne voulons pas que ces enfants nés sur notre soli' an dernier ne se révoltent pas contre nous, contre la France, dans cinq, dix, vingt ans, il faudra consentir un immense effort d'intégration, bien supérieur à ce qui a été envisagé jusqu'à présent. Sinon, chacun le sait confusément, la France court à une catastrophe sans précédent dans son histoire. Mais pour intégrer, il faut prévoir, et pour prévoir, il faut savoir. Et c'est notre tâche ici même que de fournir aux Bécassines de la presse triomphaliste des éléments d'appréciation susceptibles de nourrir une réflexion adulte qui ne soit plus infantilisante pour ses lecteurs. Il est une forme d'angélisme béat qui n'est plus de mise car la France a perdu son innocence en la matière.

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