Politique de défense et sécurité nationale du Cameroun

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L'auteur retrace dans cet ouvrage la sociogenèse du dispositif de défense et de sécurité du Cameroun et en repère les racines historiques. Il décrit le contexte géopolitique et international, de l'avènement du Cameroun à la souveraineté internationale. Il rappelle les fondamentaux d'une véritable politique de défense et de sécurité dans une démocratie et présente les différentes structures de l'armée, de la gendarmerie et de la police camerounaise.
Publié le : mercredi 1 février 2012
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EAN13 : 9782296481794
Nombre de pages : 522
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POLITIQUE DE DÉFENSEET SÉCURITÉ NATIONALEDUCAMEROUN
CollectionDéfense,Stratégie &RelationsInternationales (D.S.R.I) (Dirigée parFrançois Manga-Akoa) Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a entraîné celle du Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé par lUnion soviétique, puis celle de lURSS le 08 décembre 1991, signant ainsi la fin de laffrontement entre les pays du pacte de Varsovie et ceux de lOTAN, la guerre a pris plusieurs formes inédites jusqualors. Le terrorisme international, les guerres asymétriques, la guerre économique se sont exacerbés grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies de linformation et de la communication. Par ailleurs, la privatisation de lusage de la force, jusqualors réservé à lEtat, a rendu possible lexternalisation de plusieurs services de lEtat. En effet, plus que jamais, se vérifie ladage de Héraclite qui affirme que la guerre est la mère de toute chose. Tel un veilleur qui attend laurore, la collectionD.S.R.I scrute lhorizon de ce nouveau siècle, décrypte et prospecte lactualité internationale en ses aspects politiques, diplomatiques, stratégiques et militaires. Déjà parus
Bernard FONTAINE,Les armes à énergie dirigée. Mythe ou réalité ?, 2011. Gabrielle FOY,Linfluence de la communauté sur la géopolitique argentine, de 1850 à nos jours, 2011. Alphonse TONYE,Barack Obama : un homme, un peuple, un destin, 2011. Seddik LARKECHE,Épistémologie du risque, 2011. Sidi Mohamed SIDATY,Mémento des relations diplomatiques, 2010. Alain DE NEVE,L'Agence européenne de défense et la coopération dans le domaine capacitaire, 2010. Jérôme BELINGA,Glossaire raisonné anglais-français du jargon diplomatique, 2010. Abakar TOLLIMI,La résolution des conflits frontaliers en Afrique, 2010. Léon KOUNGOU,Le régime de non-prolifération nucléaire. État des lieux, état du discours, 2010. Léon KOUNGOU,Défense et sécurité nationale en mouvement, 2010. Jean-François MOREL, Alastair CAMERON,LEurope de la Défense, 2009. Jean-François MOREL, Alastair CAMERON,European Defence, 2009. Pierre-Paul DIKA,La politique dimmigration de la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid, 2009. Commissaire colonel Simplice Euloge LEBI,Pour une histoire militaire du Congo-Brazzaville 1882-1992, 2009. M -I. NGAPETH BIYONG,Cameroun : combats pour lindépendance, 2009. . Alain Didier OLINGA,LAccord de Greentree du 12 juin 2006 relatif à la presquîle de Bakassi,2009.
Victorin HAMENI BIELEU D
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Du même auteur
Changer le Cameroun, Pourquoi pas. Editions Okika, Yaoundé, 1992 Demain, le Cameroun. Yaoundé, 2004. © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96450-1 EAN : 9782296964501
REMERCIEMENTS
Je voudrais ici, avec tout mon amour, remercier mon épouse Elise qui, après lélection de 2004 me dit :« puisque la prochaine élection est dans sept ans, tu pourrais te mettre à écrire maintenant, car je sais que tu as beaucoup de choses à léguer à la postérité ».Le second mot de remerciement va à la bibliothèque du Congrès américain. Au moment où je cherchais un fond documentaire qui conviendrait à lorientation que je métais assigné pour ce travail, elle ma largement et surtout facilement ouvert ses portes, ce qui ma permis de lire un certain nombre douvrages inédits mais surtout le livre dEugène-Jean Duval qui allait dans le sens qui me convenait, à savoir quil contenait les travaux darchives de larmée française au Cameroun. Ces remerciements vont également à la bibliothèque municipale de la ville de Lille en France, qui ma permis de travailler dans ses structures avec la carte dabonnement de ma fille Guylaine à qui je dis également merci. Je ne saurais oublier la bibliothèque du centre culturel français de Yaoundé qui ma ouvert grandement ses portes. Je voudrais également remercier Jean Pierre Ghonda Nounga qui a contribué à la documentation notamment sur le président Woodrow Wilson et qui a surtout pris la peine de lire intégralement ce travail, me prodiguant de sages conseils. Mes remerciements vont surtout à mon fils Eric Tchoutou, qui na pas ménagé sa peine pour saisir ce volumineux document quil fallait lire, relire et corriger. Ses talents ont permis de réaliser cette uvre. Mes remerciements vont enfin à tous ceux qui, dune manière ou dune autre, ont contribué à transformer ce rêve en réalité À toutes ces personnes, je réitère mes remerciements infinis.
INTRODUCTION
Lidée décrire un livre sur la politique de défense/sécurité nationale du Cameroun remonte aux années 80. Le commandement décida de décharger lofficier qui jusque-là dispensait un enseignement dhistoire et de sociologie militaires, pour le confier à un civil. En fait, il sagissait dun enseignement nouveau. Il fallait envisager la défense/sécurité comme lensemble des voies et moyens que la nation met en place pour aboutir à ses fins à savoir, faire face aux différentes formes de menaces. Il fallait sortir la défense/sécurité nationale de son carcan militaire que justifiait une situation historique particulière pour lui donner une acception plus large centrée sur la notion de sécurité dont la traduction concrète était la recherche de lintégration de la personne dans son environnement économique, social et culturel ; en somme, une sécurité humaine. Dautre part, depuis près de 25 ans, lAfrique connaissait une intrusion brutale de militaires dans la sphère politique par la prise du pouvoir politique de manière violente. Il fallait affirmer avec force le sacro-saint principe deCedant arma togae savoir la primauté du politique sur le militaire et lindispensable à soumission de lautorité militaire au pouvoir politique. Il fallait mettre en uvre ces préoccupations en organisant des enseignements au standard international, mais aussi en tenant compte des aspirations du commandement dassocier aux idées théoriques la prise en compte des réalités locales. Cet enseignement était étalé sur trois niveaux : cours délèves officiers dactive et de réserve, cours de capitaines et cours détat-major ; un enseignement de niveau école de guerre nétant pas programmé pour linstant. Cet enseignement, placé sous la haute supervision du secrétariat permanent à la défense nationale responsable de la sensibilisation de lélite aux problèmes de défense/sécurité, devait sétendre non seulement aux académies militaires et policières mais aussi aux grandes écoles civiles. Après plus dune demi-décennie denseignement, mes engagements professionnels et denseignement furent interrompus par une participation active à la politique partisane à la faveur de louverture démocratique. Cet engagement actif dans la politique me permit non seulement de prendre du recul par rapport à mes fonctions dans la chaîne décisionnelle mais aussi dexpérimenter le hiatus qui existait dans les relations entre les forces de défense/sécurité et la nation, en vivant personnellement les brutalités policières et lusage dévoyé des forces de défense dans le maintien de lordre notamment dans le cadre des commandements opérationnels. Après une vingtaine dannées consacrées à la politique, me revint lidée de consigner par écrit mes deux expériences qui, entre-temps, sétaient
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mutuellement fécondées. Aussi, depuis environ cinq ans, me suis-je attelé à la recherche dont le résultat est le présent ouvrage. Lobjectif primordial de cet exercice est de contribuer à sortir les problèmes de défense/sécurité de leur très forte ascendance militaire et sécuritaire pour en faire un problème simplement politique quil ne devrait jamais cesser dêtre. Comme le disait Clausewitz, la défense comme la diplomatie, léconomie, la santé, léducation, etc., sont les différentes facettes dune même médaille qui est la politique. Les problèmes de défense/sécurité doivent cesser dêtre un épouvantail pour devenir des problèmes politiques discutés sur la place publique comme le sont les problèmes économiques, sociaux et culturels. Pour ce faire, il faut vulgariser et surtout former des spécialistes civils dont lactivité principale est la défense/sécurité, les rendre capables den élucider tous les aspects pour permettre aux entrepreneurs des guerres et des conflits de connaître létendue de leurs responsabilités et aux décideurs davoir une vision plus proactive que réactive des conséquences des conflits dont les coûts sont minorés, faute davoir une grille de lecture aux bases scientifiques avérées. Une entreprise de cette importance nécessitait de sortir des sentiers battus et autres prénotions pour simprégner des concepts, des théories, du sillage militaire ainsi que des faits politiques ayant une certaine pertinence dans ce domaine. Dans cette optique, il avait paru nécessaire de revenir sur les théories géopolitiques et géostratégiques qui permettaient de fonder au plan théorique certains développements. Par exemple, les revendications allemandes pour la rétrocession de leurs colonies perdues lors de la Première Guerre mondiale, avaient leurs fondements idéologiques, juridiques et moraux dans les théories géopolitiques de lécole allemande. Le retour aux grandes théories sur la guerre nous donne une boîte à outils pour analyser et comprendre les attitudes des acteurs des conflits qui jalonnent notre jeune histoire politique. La prise en compte de la maxime de Hegel qui, après Machiavel et avant le général de Gaulle, disait que les États nont que des intérêts et non des amis, naurait-elle pas permis au président Ahmadou Ahidjo daffiner sa réflexion et ses décisions dans la gestion de la guerre du Biafra ? Ce que gagne le Cameroun dans laffaire de Bakassi compense-t-il le risque que constitue pour nous un État de 132 millions dhabitants à notre frontière occidentale au lieu den avoir une multitude à notre dimension, donc plus gérable ? Notre quête consiste à braquer les projecteurs sur les activités de défense/sécurité, en faire lobjet dune recherche empirique ayant une portée suffisamment explicative pour être projetée sur dautres pays, voire dans notre sous-région. En dautres termes, létude de la politique de défense/sécurité du Cameroun sous le prisme de lanalyse des formes de menaces, des voies et moyens pour y faire face, est-elle suffisamment explicative pour permettre son extrapolation dans les États francophones dAfrique ? Dautres schémas
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danalyse à linstar de lanalyse décisionnelle utilisée par Charles-Philippe David dans son livreAu Sein de la Maison Blanche ne permettent-ils pas une analyse plus raffinée et plus explicative ? Braquer les projecteurs sur les activités de défense/sécurité, cest les placer au centre de notre quête et voir leurs sillages à travers les actions des principaux acteurs. Les gouverneurs allemands, notamment Nachtigal et son homme de main Dr. Buchner ou le dernier gouverneur allemand Ebermaier qui évacua ladministration allemande du Cameroun, avaient une activité de défense/sécurité plus marquée que leur collègue Von Puttkamer qui se préoccupa beaucoup plus de limplantation des grandes exploitations agricoles au Cameroun. Pendant le mandant et la tutelle français, les activités de défense/sécurité du gouverneur Joseph Gauderique Aymérich, qui commanda les troupes françaises dans la conquête du Kamerun allemand, étaient plus remarquables que celles des gouverneurs Soucadaux, Roland Pré, Jean Ramadier et Xavier Torre, mais aussi Pierre Messmer qui mirent de lemphase sur leurs activités politiques classiques et firent passer leurs activités de défense/Sécurité au second plan au point où le Cameroun accéda à lindépendance sans une véritable armée. Létude de la politique de défense/sécurité du Cameroun posait de prime abord un véritable problème théorique. À quelle période pouvait-on parler de défense/sécurité de cet espace où vivaient de nombreuses populations, les unes organisées, les autres acéphales se faisant des guerres intestines mais qui, concomitamment, entretenaient des relations économiques et politiques entre elles ainsi quavec des puissances lointaines et étrangères ? Les empires, royaumes, chefferies traditionnelles qui, avant le Moyen-Âge, connaissaient lutilisation des armes et élaboraient des stratégies pour défendre leur espace vital, avaient-ils des politiques de défense/sécurité ? Ou fallait-il attendre la période précoloniale pendant laquelle ces entités se battirent courageusement contre les hordes arabes en quête desclaves, pour mettre en place des stratégies de défense efficaces de leurs Tata ? De même, le grand chef de guerre africain Rabah se battit contre les colonisateurs occidentaux jusquaux portes de lAdamaoua. Toutes ces activités ne faisaient-elles pas partie dune politique de défense/sécurité ? Pour les Occidentaux, lAfrique entre dans lhistoire du monde avec le traité de Berlin de 1884. Ce traité fonderait le droit africain, lAfrique étant avant cette date un territoire "sans maître", un monde sans civilisation que lon pouvait conquérir et délimiter au pinceau ; la puissance occupant la côte ayant tout lhinterland. Les européocentristes dans cette optique dataient la politique de défense/sécurité des territoires africains à partir de ce traité. Pour certains géopoliticiens, le Kamerun devenait un acteur politique avec la signature du traité germano-douala instituant le protectorat. Pour de nombreux auteurs encore, on ne pourrait commencer à parler de politique de défense/sécurité
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nationale du Cameroun quavec laccession du pays à lindépendance le premier janvier 1960. La théorie saccorde pour admettre que la guerre et la gestion des conflits ne se font que dans le cadre étatique, ceci pour mettre hors la loi toutes les formes de stratégies indirectes. Le traité de Berlin vint consacrer deux espaces sociaux distincts. Un espace légal régenté par ladministration coloniale au profit des colons et leurs intérêts, les normes juridiques énoncées ayant pour seule finalité, leur protection. Le système de défense/sécurité mis en place nayant pour tout objectif que la sécurisation de la classe dominante. À côté de ce pays légal existait le reste de la société, le pays réel, aux ordres et au service du groupe dominant. Il avait pour seule prérogative dêtre né et davoir ses origines dans le terroir, de bénéficier dune forme de droit du sol, donc dune légitimité inhérente à son statut dautochtone. La confrontation entre pays légal et pays réel ne laissait à ce dernier que la résistance et la révolte qui entraînèrent lutilisation des moyens de défense/sécurité pour mater toute velléité de soulèvement et punir toute récidive. Pendant la période allemande, les rois douala dont Rudolph Douala Manga Bell et le nationaliste Martin Paul Samba payèrent de leur vie les tentatives de revendications pour le respect des accords signés. Au Nord-Cameroun, les populations kirdi payèrent chèrement leur opposition à ladministration française. Plus proche de nous, Ruben Um Nyobé et de nombreux nationalistes camerounais seront assassinés pour les revendications dune indépendance et dune réunification pleines et entières en lieu et place dune indépendance octroyée sans contenu réel. La défense/sécurité du Cameroun prend une tournure nouvelle pendant la grande guerre au cours de laquelle le territoire camerounais devint le théâtre dopérations privilégiées des puissances étrangères. Sa population et ses richesses furent utilisées dans une guerre qui ne la concernait pas. Le traité de Versailles qui mit fin à cette guerre sannonça néanmoins porteuse despoirs. Le président américain Woodrow Wilson, dans un élan dhumanisme, exigea que les intérêts des peuples colonisés eussent le même poids que ceux des colonisateurs, des puissances belligérantes et que soit envisagé leur droit à disposer deux-mêmes. Ce principe deviendra un des fondements de laction de la SDN et de lONU même si les droits et intérêts des puissances coloniales continuaient de prédominer. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la position stratégique du Cameroun fut de plus en plus appréciée en devenant la première terre de légitimité de la France libre. De Douala partirent les premières troupes africaines qui permirent à la France de rentrer dans la guerre après la reddition du maréchal Pétain face à lAllemagne, par la signature de laccord darmistice. Le Cameroun et lAfrique centrale fourniront au général de Gaulle les bataillons que lui réclamait le
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