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Politique étrangère du Brésil

De
302 pages
Depuis les élections à la présidence de Luis Inacio Lula da Silva puis de Dilma Roussef, la dipolmatie brésilienne, mieux armée idéologiquement et se rapprochant des grands pays émergents, défend un exercice plus équilibré de la gouvernance mondiale. L'auteur procède ici à une analyse précise, très documentée et actualisée, des ressorts et des priorités de la politique étrangère d'un pays émergent qui ambitionne d'être un joueur à part entière dans le cour des Grands.
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Patrick Howlett-Martin LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DUBRÉSIL Une émergence contestée 2003-2013 Préface de José Mauricio Bustani,Ambassadeur du Brésil en France
RECHERCHES A M É R I Q U E S LATINES
Nouvelle édition revue et augmentée
LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU BRÉSIL (2003-2013) UNE ÉMERGENCE CONTESTÉE
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili. Dernières parutions César CARILLO TRUEBA,Plurivers. Essai sur le statut des savoirs indigènes contemporains, 2013. Aristarco REGALADO PINEDO,L’ouest mexicain à e e l’époque des découvertes et des conquêtes (XVI– XVII siècle),2013. Guillermo ZERMENO PADILLA,La culture moderne de l’histoire. Une approche théorique et historiographique, 2013. Guillaume LETURCQ, Frédéric LOUAULT, Teresa Cristina SCHNEIDER MARQUES (dir.),Le Brésil: un laboratoire pour les sciences sociales, 2013. Erwan DUFFAIT,etLes routes incas de Machu Picchu Vilcabamba. Pouvoir et mémoire des les Andes péruviennes, 2013. Maria Chaves JARDIM,Syndicats et fonds de pension durant le gouvernement Lula, 2013. Véronique LECAROS,La conversion à l’évangélisme. Le cas du Pérou, 2013. Elena CICCOZZI,Les Galápagos, gouvernance et gestion démocratique des ressources naturelles, 2013. Guillaume GAUDIN,Penser et gouverner le Nouveau e Monde au XVIIsiècle. L’empire de papier de Juan Díez de la Calle, commis du Conseil des Indes, 2013.
PATRICK HOWLETT-MARTIN LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU BRÉSIL (2003-2013) UNE ÉMERGENCE CONTESTÉE Préface de José Mauricio Bustani Ambassadeur du Brésil en FranceL’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30513-4 EAN : 97822336305134
PRÉFACE Le diplomate français Patrick Howlett-Martin apporte, avec L’émergence contestée, une nouvelle contribution pertinente à une meilleure compréhension du Brésil par le public francophone, aprèsLe Brésil du Nord-Estouvrage traduit par la suite en (2004), portugais par une prestigieuse maison d’édition brésilienne. C’est toute une expérience de vie, acquise au cours de trois séjours en poste diplomatique au Brésil (Rio de Janeiro, Brasilia, Recife) et grâce à une vaste connaissance du secteur privé brésilien et latino-américain, qui est reflétée dans ce livre. Après une étude de la réalité régionale – celle d’un Nordeste en pleine transformation, qui est passé de figure d’Épinal des problèmes brésiliens à la situation de pôle de croissance et de progrès social– Howlett-Martin cherche à dégager les grandes lignes des transformations en cours dans la politique extérieure brésilienne. C’est bien là que l’on trouve le fil conducteur de son œuvre :partir d’une analyse de la réalité intérieure et du cheminement du Brésil vers la démocratie, la justice sociale et le développement économique, pour arriver à mieux comprendre l’insertion du pays dans la réalité mondiale, par le biais de sa politique extérieure. Une interprétation qui, comme toujours dans la vie des États, ne peut se passer de l’étude des idées et des projets politiques qui s’affrontent dans la sphère publique. Howlett-Martin, nonobstant une expérience brésilienne qui s’étend sur plus de trois décennies, privilégie une période précise : celle de la présidence de Luís Inácio Lula da Silva, connu simplement, selon l’informalité traditionnelle brésilienne, sous le nom de Lula. L’autre protagoniste de son histoire est Celso Amorim, qui fut ministre des Relations extérieures au cours de cette période. Une grande partie de cette transformation est évidemment le fruit de l’interaction entre ces deux personnages et leur époque, de leurs idées et de leur réflexion sur la réalité brésilienne, le monde extérieur et l’interaction entre les deux. Elle est due surtout au fait que Lula et Amorim étaient parfaitement en phase, à ce stade, avec les aspirations du peuple brésilien, sa volonté de paix, de progrès et, pourquoi ne pas l’admettre, de grandeur. 7
J’ai moi-même vécu de l’intérieur –même si la plupart du temps j’étais à l’étranger dans le cadre de missions qui m’avaient été confiées par le président Lula– cette période de moins de 10 ans,au cours de laquelle, malgré les sceptiques et les nostalgiques, se sont succédé des transformations absolument extraordinaires, d’une ampleur que de nombreux annonciateurs de la mondialisation (prétendument) tranquille des années 1990, non seulement n’avaient pas pu prévoir, ce qui est compréhensible, mais, même après leur réalisation, ne sont pas capables de comprendre, par manque d’instruments conceptuels. Le lecteur de cet ouvrage d’Howlett-Martin, qui prendra connaissance des faits marquants de la politique étrangère des années Lula, sera bien avisé de garder à l’esprit, en parallèle, les transformations survenues hors du Brésil. Les huit années de Lula-Amorim (2003-2008) correspondent à une époque comprise entre deux chocs systémiques mondiaux: au début de cette période, un choc politique et stratégique, provoqué par les attentats du 11 septembre 2001 et par la réaction de la superpuissance, reposant sur un «fondement idéologique» néoconservateur qui a conduit à l’invasion de l’Irak sous des prétextes inventés, le 19 mars 2003. C’est dans cet intervalle que Lula a gagné les élections et pris ses fonctions. Le deuxième bouleversement, économique et diplomatique, débute avec la faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, suivie du sommet du G20 financier au niveau de chefs d’État et de gouvernements, le 15novembre 2008, puis de la crise des dettes souveraines européennes, à partir de 2010, et se poursuit aujourd’hui avec la stagnation prolongée des économies centrales et l’entrée de grands pays émergents, jadis périphériques, dans le processus décisionnel. Pendant cette crise, Lula termine son second mandat de quatre ans avec des indices d’approbation record, et a la satisfaction d’assister à la victoire électorale de son successeur, la présidente Dilma Rousseff, sa principale collaboratrice. On peut également situer les processus décrits par Howlett-Martin dans leur contexte extérieur, en comparant l’expérience brésilienne après le rétablissement de la démocratie en 1985 avec les transformations mondiales connues sous le nom de mondialisation (terme employé en français, qui sous-entend une analyse politique plus subtile que le mot utilisé en portugais, 8
«globalizaçãonovembre»). Entre la chute du mur de Berlin, le 9 1989, et celle de Wall Street, le 15 septembre 2008, l’économie et la réalité internationales ont eu un «fondement idéologique» déterminé, qui, s’il est vu aujourd’hui comme ultralibéral, libre-échangiste et extrémiste, était considéré, à l’époque, comme parfaitement rationnel et « non idéologique ». Avec ce que les Anglais appellent le «benefit of hindsight» (« bénéfice de la vision avec du recul »),on peut constater que la totalité de l’intervalle entre les attentats du 11 septembre 2001 et la crise financière a correspondu, sous couvert de normalité et de prospérité, à un échec de la régulation –un «dérèglement », comme le montre Amin Maalouf– du système. Afin de financer ses aventures militaires transcontinentales et de préserver son fragile moment unipolaire, l’hyperpuissance exploita à fond le système financier et monétaire international, stimulant les bulles spéculatives et préparant la crise qui suivit. Même les critiques les plus sévères de Lula et Celso Amorim doivent reconnaître que ces derniers avaient prévu, plusieurs années à l’avance, ces transformations. L’un des mérites de l’ouvrage de Howlett-Martin est précisément qu’il nous aide à discerner chez ces deux hommes cette capacité d’anticipation qui est la marque de l’homme d’État, et dont l’appel de De Gaulle à la nation française en 1940 est peut-être le grand exemple du e XX siècle. Alors que beaucoup étaient aveuglés par l’idéologie, néoconservatrice, ultralibérale, ou autre, le Brésil eut la chance d’avoir – ou, plutôt, l’électorat brésilien eut le mérite de choisir – des dirigeants capables de percevoir plus clairement la réalité telle qu’elle se déroulait devant eux. Ils furent prophétiques, non pas dans le sens d’entrevoir l’avenir, mais dans celui que donnait le grand écrivain brésilien Nelson Rodrigues au concept de prophète : celui qui voit avant les autres ce qui est évident. Quels furent donc les fondements idéologiques des actions du Brésil pendant cette période? Car il y en avait assurément: l’histoire récente nous montre que c’est justement lorsqu’on nie la prédominance d’une quelconque idéologie, que celle-ci fait sentir ses effets avec d’autant plus de force. Mais il convient d’expliciter les prémisses idéologiques de notre propre action politique; ce n’est qu’ainsi que l’on pourra systématiquement confronter les
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