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politiques, osez !

De
269 pages
Durant ces trentes dernières années, la vie politique française s'est essoufflée. Les Politiques sont-ils responsables de cette rupture avec les citoyens ? En quelque sorte, la politique est-elle victime des Politiques ? Cette analyse expose comment en quelques décennies, le citoyen s'est écarté de ses élus et comment il peut le rejoindre. Pour cela plusieurs conditions à commencer par renouer la confiance réciproque entre les élites et le peuple.Les défis majeurs de demain en termes d'écologie et de devéloppement sont la clés de cette élection présidentielle de 2007, une année très politique.
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2 Titre
Politiques, osez !

3

Titre
Alain Lucas
Politiques, osez !

Essais et documents
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9004-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748190045 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9005-X (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748190052 (livre numérique)

6





. .

8 Politiques, osez
AVANT-PROPOS
« Nous n’avons pas besoin de quelques sages.
Nous avons besoin que le plus grand nombre
acquière et exerce la sagesse – ce qui, à son tour,
requiert une transformation radicale de la société
comme société politique instaurant non seulement
la participation formelle mais la passion de tous
pour les affaires communes »

Cornelius Castoriadis


20 heures, l’heure à laquelle les Français
prennent connaissance de l’actualité de la
journée. C’est donc l’heure de grande écoute
durant laquelle l’actualité s’impose. 34 % des
Français regardent le JT de 20 heures sur
TF1 et 17 %, celui de France 2. Le 20 heures
est donc incontestablement celui qu’il ne faut
vraiment pas manquer car il est le mieux calé
sur les habitudes des Français tant en termes
d’horaire que de contenu. Les JT de 13 heures,
quant à eux, arrivent largement en retrait selon
9 Politiques, osez !
le Baromètre Politique Français publié en avril
2006 (enquête IFOP). Direct Live donc pour
50 % des téléspectateurs qui regardent les
informations 7 jours par semaine. C’est énorme.
Les spécialistes du marketing diraient que c’est
l’instant décisif en termes de parts de marché.
Ils n’auraient pas tort mais en réalité, c’est le
citoyen-téléspectateur qui est l’objet de
l’information. Sachant que la télévision est,
selon ce même sondage, le média en qui les
Français ont le plus confiance (44 %) suivi de la
presse écrite assez loin derrière avec 20 % de
réponses et les radios avec 17 %, les journaux
télévisés de 20 heures ont donc une forte
empreinte sur leurs téléspectateurs. Le contenu,
tant sur la forme que sur le fond, du JT est
essentiel, sa présentation l’est tout autant. Il y a
l’information brute puis tout ce qui l’entoure,
que ce soit les commentaires caustiques ou les
images saisissantes. L’un et l’autre ont autant
d’impact sur le conscient du téléspectateur.
L’un et l’autre marquent celui qui reçoit les
données informatives au point de pouvoir dire
qu’ils façonnent le citoyen-électeur. Souvent
nous constatons que le spectaculaire peut donc
entrer chez les Français par la fenêtre du petit
écran car il faut bien un peu de sensationnel
dans cette actualité rapide et laconique où se
mêlent les bombes, les risques provoqués par la
canicule, les catastrophes naturelles, les
10 Politiques, osez !
accidents, les attentats, les divers types de
soulèvements religieux et les maintes menaces
de la société moderne comme le chômage, la
pauvreté, la solitude…

La télévision a fait du chemin depuis
l’élection présidentielle de 1965 qui accorda, sur
volonté presque arbitraire du Général de
Gaulle, un temps d’antenne égal à tous les
candidats sur les ondes de l’ORTF. Le Général
de Gaulle qui, selon Alain Peyrefitte, considérait
que « la télévision jouera un rôle capital pour
bâtir un personnage de Président » ne s’était pas
trompé puisque le succès de la première
campagne présidentielle ouverte sur les ondes,
qui comptent alors quelque six millions de
téléviseurs, est incontestable. Depuis, la
télévision et la politique ont connu des
moments plus glorieux qu’aujourd’hui où la
passion pour la chose publique a changé. Trente
ans plus tard, le Politique est toujours aussi
subordonné au petit écran mais il n’en est plus
tout à fait le meneur mais plutôt la victime. Un
moment d’ennui pour certains tant les grands
projets collectifs sont si peu présents dans ces
éditions grand public, un moment de facilité
pour d’autres qui écoutent ceux qui pensent ou
qui commentent pour eux. Des réponses toutes
prêtes sont apportées avec un tel aplomb que
celui qui reçoit les messages et les images a
11 Politiques, osez !
tendance à se les approprier. L’émotionnel
prend alors le dessus sur le rationnel. D’ailleurs,
tous les spécialistes l’ont bien compris, que ce
soient les rédactions des chaînes de télévision
ou les utilisateurs des journaux télévisés qui se
trouvent de chaque côté de la caméra. Existe-t-
il, en effet, un autre média aussi populaire, aussi
suivi et aussi accepté que le « 20 heures » ?
Assurément non. Mais le tourbillon de
l’information, aujourd’hui relayé par Internet,
les blogs et les nouvelles technologies modernes
de communication trouvent bien leur épicentre
à ce moment avancé de la journée. À tel point
que l’interview au journal est devenue un
challenge calculé pour le directeur de
l’information de la chaîne et le Politique qui
doit planifier et négocier sa présence sur le
plateau, bordant ainsi la frontière entre le
spectacle au quotidien et le défi de l’action qui
est plus quotidien encore. En tout cas, ce défi
est celui que le citoyen demande au Politique de
relever. Il ressemble évidemment à ce
qu’attendent les Français de leurs représentants,
à savoir des hommes qui réussissent dans leur
initiative, qui osent provoquer dans leur
méthode, pour gagner. Georges Pompidou ne
disait-il pas « l’avenir n’est pas à ceux qui ne
sont qu’habiles, du moins en démocratie ».
L’authenticité n’est pas le spectacle, la réussite
n’est pas le hasard : la politique n’est ni un
12 Politiques, osez !
calcul permanent ni un marché. Elle n’est pas
« un ensemble de promesses » comme l’a
dit John Fitzgerald Kennedy, « cet ensemble de
défi ».

Ainsi, l’action efficacement menée par les
Politiques est une preuve tangible pour le
citoyen que le courage et le travail, tous deux
réunis, ont eu raison des résistances
corporatistes et des hésitations politiciennes. Le
courage dans l’action est alors supérieur à la
paresse et la peur, deux terminologies in fine si
proches l’une de l’autre. Il me plaît de citer cette
phrase de Jean-Louis Servan-Schreiber que l’on
trouve dans son livre Le retour du courage :
« Désirs, volontés, décisions sont du domaine
des intentions, et nous n’en manquons pas. Seul
le courage leur permet de s’incarner dans le
réel ». Le Politique s’est contenté durant ces
dernières décennies à commenter les faits plutôt
que de les provoquer et de les maîtriser.
Aujourd’hui, le citoyen ne lui demande rien
d’autre que d’inverser cette tendance. Il ne lui
demande rien de plus que d’oser dans le cadre
strict du respect des valeurs et de l’intérêt
général. Aujourd’hui, le citoyen demande aux
Politiques d’écouter la France pour la
comprendre, d’être courageux dans l’initiative,
d’être pédagogique dans la communication, de
ne plus vivre hors du temps et de parler
13 Politiques, osez !
d’avenir pour redonner le moral aux Français.
Le Politique doit pouvoir proposer de nouvelles
perspectives qui rompent radicalement avec le
système routinier dans lequel ils sont enfermés.
Il doit affirmer son rôle de décideur pour
assurer l’avenir des générations futures. Il doit
aussi rassurer car régulièrement dans les
discussions au café du commerce où se mêlent
démagogie, déception, désillusion, ennui,
agacement, drame et alcool, cela se termine
souvent par le traditionnel « ça va péter » ou « il
faut que çà change ». L’absence de nouvelles
conquêtes technologiques et scientifiques, la
globalisation et le sentiment de mensonge ou de
vérité calculée ont véritablement détourné les
Français de la politique et de leurs
représentants. Ce vaste mouvement inorganisé
mais solidaire se retrouve sur des sujets aussi
variés que celui de la coupe du monde football
qui, disons-le, reste bien la seule à faire rêver et
rassembler les Français ou celui de la rébellion
contre le C.P.E.

Pourtant, les Français souhaitent ardemment
la Réforme. Une enquête IFOP/Acteurs
Publics dont les résultats, certes déconcertants,
furent publiés en juillet 2006, le démontre.
« 93 % des personnes interrogées considèrent
qu’il est urgent que des réformes soient
entreprises aujourd’hui en France ». Un résultat
14 Politiques, osez !
hors du commun et d’ailleurs en parfaite
contradiction avec les mouvements sociaux
contre le C.P.E. présenté quelques mois
auparavant par Dominique de Villepin qui fut
contraint de faire machine arrière après des
semaines de tâtonnements. Les Français
semblent donc résolument attachés à la réforme
et c’est sur le droit du travail (41 %) qu’ils
souhaitent que les décideurs politiques soient
plus audacieux car le chômage reste leur
principale source d’inquiétude. Cette réforme
du droit du travail distance, en termes de
priorité, celle de l’Éducation nationale (25 %) et
de la justice (22 %). Nicolas Sarkozy et
Ségolène Royal, tous deux candidats à l’élection
présidentielle sont les deux personnages
politiques qui incarnent, aux yeux des Français,
le mieux l’idée de réforme. Cette volonté forte
de réforme urgente est massive, toutes
catégories sociologiques et toutes strates
démographiques confondues, elle est
fondamentale. Elle démontre que les
appétences des Français et des Politiques sont
aux antipodes. Alors le mythe de la société
bloquée et irréformable est-il en train de
tomber ? Pas vraiment, la réalité est plus
complexe. Elle relève d’une réelle crise de
confiance, d’une profonde crise morale dont les
Politiques pourraient bien se révéler être les
responsables et non les Français. Le « Mal
15 Politiques, osez !
Français » d’Alain Peyrefitte ou « les peurs
françaises » d’Alain Duhamel décrivait déjà avec
intelligence cette société craintive et décalée.
Mais l’incapacité des Politiques à arbitrer des
choix clairs et explicites, le ventre mou du
discours consensuel et le scepticisme induit par
la difficile réalité économique ont renforcé ce
sentiment de déclin partagé de la France par
une majorité d’individus considérant qu’elle a
plus à perdre qu’elle n’a à tirer profit des
nombreuses évolutions du monde comme la
mondialisation, la mobilité des travailleurs et
des individus au sein de l’union européenne, la
construction européenne (sondage
IFOP/avril 2006 – baromètre politique
français). Cependant, la société française peut
être réformée et les Français le souhaitent. Ne
serait-ce pas, alors, à nos Politiques de se
remettre en question et d’oser, sans complexe,
aller plus loin ? Tout est donc question de
méthode, de pédagogie et de volonté. Le
Politique doit savoir maîtriser sa stratégie et sa
communication sans esquiver le débat. Il doit
naturellement redevenir le maître du jeu car le
Politique a toujours le pouvoir d’intervenir et
d’agir sur le cours des événements. Le pouvoir
politique s’est fractionné mais ne s’est pas pour
autant totalement désagrégé. Quant à l’État, il
doit exercer ses responsabilités devant des
citoyens désabusés qui ne sont pas satisfaits de
16 Politiques, osez !
la façon dont les gouvernements agissent, ce qui
particularise, d’ailleurs, la crise de la démocratie
représentative.
Plutôt que de laisser la puissance publique
être dominée par les évolutions et de tenter de
pallier cette absence par ce qui apparaît
ordinairement comme du bricolage, le Politique
doit anticiper et accompagner les mutations.
C’est son rôle et même son devoir. Il rendra
ainsi confiance aux citoyens-électeurs, il hissera
alors son pays vers le haut et redonnera alors au
débat toute sa force. Car en fait, ce vide qu’il a
lui-même créé, ne voyant pas venir les
changements et ne pouvant donc les
accompagner, ne peut être comblé que par le
Politique porteur de grandes valeurs et de
nouveaux projets de société pour l’avenir de la
communauté tout entière. À la traîne des
mutations, le Politique a contribué à l’idée qu’il
ne pouvait rien face à l’accélération du
changement. Il a aussi contribué à son propre
discrédit. Et pourtant tout est faux. Le Politique
peut encore agir sur le destin de ses concitoyens
encore faut-il qu’il ose et qu’il soit animé du
désir d’entreprendre dans le respect du cadre
législatif et réglementaire.

Baroques, donc ces Français qui souhaitent
l’urgence de la réforme mais qui se révoltent
17 Politiques, osez !
dès qu’on leur formule une proposition qui les
touche individuellement.

Désenchantés, ces Français qui croient en
leur avenir mais qui ne retrouvent plus de
leaders politiques pour porter leur projet.

Hétéroclites, ces Français qui placent
largement en tête des conversations avec leurs
proches, le parcours de l’équipe de France de
football en coupe du monde et qui n’hésitent
pas à sortir le drapeau tricolore né en
1789 durant cet événement et oublient d’en
faire autant lors des cérémonies du 14 juillet qui
commémorent la Fête nationale française dont
le choix illustre notamment la volonté de
réconcilier les Français autour d’un projet
commun mais symbolise aussi, plus récemment,
un véritable Jour de Fête à l’image du film de
Jacques Tati tourné en 1947 deux ans après la
Libération.

Composites, donc ces Français qui aiment à
parler aisément des faits divers ou des
événements météorologiques comme la
canicule et qui hésitent à partir en vacances
mais qui n’évoquent pas dans leurs
conversations entre amis les questions
sociétales qui semblent de la sorte réservées à
une certaine élite.
18 Politiques, osez !

Antinomique, ce pays où le décalage entre le
souhait de son peuple et la capacité des
Politiques à y répondre est si peu crédible ?

Étranges, les Politiques qui incarnent la
volonté populaire, issus de la démocratie
représentative mais qui restent dans le wagon
de queue n’ayant pu prendre la tête du peloton,
pris de courts qu’ils sont, par les changements
du monde moderne.

Cocasses, ces Politiques coupés, parfois, de la
réalité quotidienne et qui continuent à discourir
sur des sujets dépassés avec, qui plus est, des
réponses décalées.

20 heures, les JT transmettent en direct cette
réalité de la vie quotidienne des Français et les
Politiques semblent alors complètement
désynchronisés de leurs aspirations. Le retour
du parler-vrai et de l’action politique a,
cependant, de belles années devant eux si les
uns et les autres savent s’écouter, se
comprendre et se faire confiance. Les Politiques
effectuent donc un grand plongeon avec leurs
concepts préconçus depuis des années, années
durant lesquelles ils avaient, à les entendre,
réponse à tous les problèmes que rencontrent
leur pays et ses habitants. Quant aux autres pays
19 Politiques, osez !
modernes et industrialisés, ils avancent à leur
rythme. Il est, cependant, fâcheux, au final, de
constater que la France perd de son efficacité et
régresse. En effet, le World Economic Forum
publie un classement annuel des pays les plus à
même de relever les défis technologiques dans
le monde. Si les États-Unis obtiennent la
première place, la France se retrouve avec deux
èmepoints de moins qu’en 2005 avec le 24 rang
mondial. Par ailleurs, au hit-parade de
èmel’attractivité, la France est classée au 10 rang
èmecontre le 7 en 1990, alors que son voisin
frontalier, la Belgique, obtient de bien meilleurs
résultats. Quand, enfin, plus de 15 % des jeunes
qui entrent en classe de sixième ne maîtrisent ni
la lecture et ni le calcul et que plus d’un
Français sur dix est considéré comme pauvre,
(sept millions vivent en dessous du seuil de
pauvreté estimé à moins de 700€) il y a matière
à se poser des questions afin de comprendre
pourquoi la France régresse, pourquoi la société
se méfie de ses élites. Il convient de connaître et
de comprendre les raisons, toutes les raisons, de
ce lent affaiblissement pour savoir comment
l’enrayer et retrouver dans les plus proches
années des statistiques plus flatteuses mais aussi
plus conformes à ce que le pays est capable de
faire. Il est urgent effectivement de tourner le
dos aux mauvaises habitudes prises dans
l’hexagone. Il est essentiel également de rompre
20 Politiques, osez !
avec de vieux principes dépassés. Il est utile
enfin de moderniser nos institutions. Il est
urgent surtout de remettre les pieds sur terre
pour renouer avec l’optimisme auquel de
Grands Hommes nous avaient laissé penser que
nous étions les meilleurs parce que, en fait, ils
nous portaient à bout de bras et parce qu’ils
avaient une haute idée de la France et des
Français.

Quand nous aurons compris pourquoi nous
en sommes arrivés là, il faudra un véritable
sursaut pour qu’enfin le pays emprunte, à
nouveau, les chemins de la promotion sociale,
de l’énergie et de la création par le travail.
21 connaissances, savoir et travail :

CONNAISSANCES, SAVOIR ET TRAVAIL
L’EXIGENCE DE QUALITÉ
« L’autisme d’une classe politique rivée aux
modèles des années 1960 et 1970 a entretenu le
désarroi des citoyens jusqu’à transformer
l’accélération de l’histoire en déclassement de la
nation ».

Nicolas Baverez
La France qui tombe, 2004


Notre société est prise de convulsion forte
dès que le politique tente de modifier sa
législation ou de la compléter par un autre
dispositif plus innovant et plus adapté à son
temps. Cette hystérie collective qui consiste en
une récusation latente des pouvoirs est
perceptible depuis des décennies. Son
accentuation, fort bien perçue lors de la
campagne présidentielle de Jacques Chirac en
1995 a pris une dimension toute particulière
avec les défiances répétées de la jeunesse à
23 Politiques, osez !
l’égard des élites politiques, économiques,
industrielles. Ces jeunes que l’on affuble
aujourd’hui de qualificatifs aussi embarrassés
que choquants comme ceux de paresseux, de
fêtards et d’incultes seraient-ils si différents des
jeunes, qui dans d’autres générations, tombaient
aussi sous le coup des attaques ? Toutes choses
étant égales par ailleurs, la jeunesse n’est pas
plus pernicieuse en 2006 qu’elle ne le fût dans le
passé. Rappelons pour s’en convaincre cette
phrase de Platon « Les jeunes méprisent les lois
et ne reconnaissent plus l’autorité de rien ni de
personne. C’est le début de la tyrannie ». La
jeunesse interminable causeuse de trouble n’est
donc pas une idée préétablie nouvelle.
Toutefois, les moyens de la démocratie
moderne et le développement subit des
nouvelles technologies sont désormais d’une
telle ampleur et d’un tout autre cadre que les
citoyens en perdent la raison. Durant ces
dernières années, une chose est certaine : 2006
restera, sans nul doute, l’année où les jeunes
auront le plus fréquemment et aussi le plus
violemment occupé le bitume, révoltés contre
une société de la peur, contre le manque de
repères authentiques et de perspectives d’avenir.
Tout se passe comme si notre démocratie était
trop fragile pour que la rue ne reconnaisse pas
le droit au législateur de voter en son nom et
place. La rue, depuis des décennies, estime
24 Politiques, osez !
jouer un contre-pouvoir légitime d’un corps
social qui serait abandonné à lui-même. Cette
fracture est le reflet d’une grande absence de
l’État et de son autorité que les Français ne
croient plus capables de décider. Aussi, dans un
système encore centralisé comme le nôtre, le
pouvoir politique se retrouve seul face à une
contestation sociale. L’affrontement idéolo-
gique reprend alors très vite ses droits.
Mai 1968
Les jeunes participent à l’histoire de la
Nation. N’oublions pas que la base du
mouvement de contestation de 1968 était celle
de jeunes organisés, considérés comme brimés
et revendiquant une nouvelle liberté.
Aujourd’hui, ces mêmes jeunes sont pour
certains retraités. Ils bénéficient d’un niveau de
vie sans commune mesure avec leurs aînés. Le
traumatisme des générations étant incontesta-
blement plus flagrant dans les périodes
d’incertitudes économiques, ceux qui utopiques
manifestaient hier pour une vie plus libre, plus
juste… sont devenus des salariés ou des cadres
qui s’offrent même le luxe de boursicoter.
Profitant des Trente Glorieuses, cette
génération soixante-huitarde et romantique s’est
donc mise à gueuletonner avec excès à la vue
des générations suivantes. Ce décalage entre
25 Politiques, osez !
deux sociétés rappelle singulièrement deux
sociétés qui s’opposent avant même de devenir
adulte. Là où l’espoir d’une carrière chez le
même employeur était encore possible, il est
désormais devenu irréel. Cette nouvelle distance
entre générations s’est subrepticement infiltrée
dans la société politique. À un moment où les
adultes présentent la précarité comme un
passage obligé pour les jeunes dans la société
moderne, 87 % des salariés ont un emploi à
durée indéterminée qu’ils considèrent, à tort
d’ailleurs, comme la garantie d’un emploi
pérenne. Cette distorsion stigmatise les conflits
entre les jeunes générations qui peinent à
accéder à l’emploi alors que les salariés en place
bénéficient de protections qui enserrent le chef
d’entreprise dans une croissance insuffisante. Le
décalage générationnel se creuse donc. La
jeunesse a effectivement le sentiment d’être
oubliée, voire d’être sacrifiée par ceux qui,
faisant de l’avenir des jeunes un enjeu national,
ont creusé ce fossé sur leur dos. Cette jeunesse
qui bénéficie d’un niveau de vie plus aisé que
celui de ses parents, a besoin de marquer ses
différences par une rébellion qui s’exprime dans
la rue et contre la démocratie, contre les partis
politiques contre un système qui les asphyxie.
Cette génération estudiantine dont le nombre a
doublé en 25 ans passant de 860 000 en 1970 à
2 300 000 en 2006, vitupère ainsi
26