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Pour en finir avec ceux qui ne veulent plus être socialistes...

De
298 pages
Le PS serait-il une "mosaïque idéologique", capable de tenir des discours différents à des publics divers en vue de l'essentiel : arriver au gouvernement ? La nécessaire ambiguïté du langage politique a atteint un sommet dans la campagne de S. Royal, qui "attend la demande de l'opinion pour valider son offre électorale". Le parti ne concourt plus que de façon marginale et dégradée à l'expression du suffrage universel et les militants ne sont plus invités à travailler dans un intellectuel collectif qui n'a plus lieu d'être.
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Pour en finir avec ceux qui ne veulent plus être socialistes...

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06811-7 EAN : 9782296068117

Sylvain Bartet Jean-Paul Beauquier

Pour en finir avec ceux qui ne veulent plus être socialistes...

L'Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par JP. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Gilles ROTILLON, Faut-il croire au développement durable ?, 2008. Michèle MILLOT, Jean Pol ROULLEAU, Le syndicalisme autrement, 2008. Michel BOULANGER (dir.), Le cannabis dans tous ses états, 2008. Radouane BNOU NOUÇAIR, Atouts et faiblesses de l'immigration au Québec, 2008. Elian ROBERT, Les médecins et la vie politique locale, 2008. Michel PERRIER, Du souci des autres à l'autre comme souci. La grande casse du médico-social, 2008. Philippe POITOU, L'Athéisme, la spiritualité de la raison, 2008. Gilbert BEREZIA T, Quand l'université se réveille, 2008. Marlène PARIZE, La part de l'autre, 2008. Christophe de BROUWER, Le problème de la santé au travail. Protection des travailleurs ou nouvel eugénisme? 2008. FAURE Alain et GRIFFITHS Robert (sous la dir. de), La Société canadienne en débats. What holds Canada together, 2008. LAGAUZÈRE Damien, Robot: de l 'homme artificiel à ['homme synchronique ?, 2008. RULLAC Stéphane, Le péril SDF. Assister et punir, 2008. QUEME Philippe, Vertus et perversions françaises du discours politique... Plaidoyer pour un discours « vrai », 2008.

Avant-propos:

Penser la gauche, pensée de gauche.

La conviction que le PS et l'ensemble de la gauche ne prenaient pas le bon chemin est à l'origine de cette participation, d'abord dans un blog, puis plus fonnalisée, à la réflexion qui doit être menée pour sortir de ce que Slavoj Zizek appelle la «misère éthico-politique ». Elle-même correspond à une double opinion: tout d'abord, qu'être de gauche ne doit pas devenir un jeu de positionnement vidé de contenu théorique et historique propre, ensuite, qu'être socialiste ou social-démocrate est au cœur de l'identité de la gauche française et européenne. Or, selon nous, la gauche et son principal parti, le Parti socialiste, risquaient bien, avant les échéances de 2007, de ne pas remporter des élections cruciales (présidentielles), ni d'incarner le Progrès et la Justice, le second tenne étant considéré comme la condition de réalisation du premier. Le blog nous est apparu comme le moyen d'exposer les opinions découlant de cette conviction, de les partager et de les discuter, modestement, avec deux objectifs en tête: tout d'abord, tirer de l'actualité des réflexions générales et/ou dans l'autre sens, observer l'actualité à travers elles; ensuite, mettre en question la recomposition de la gauche. Tout point de vue sur l'actualité suppose une grille de lecture des faits, qui par honnêteté intellectuelle, devrait toujours être soit avouée, soit connue de tous. Ce n'est pas le cas de celle de nos faiseurs d'opinion, du monde politique et médiatique, relayant sans le dire, l'idéologie dominante du néoconservatisme et de l'orthodoxie économique, venue de la droite et maintenant trop répandue à gauche. Notre grille de lecture de l'actualité politique, pour la résumer, s'est faite en fonction de quatre éléments de 7

référence: le système des principes républicains, le rôle de la citoyenneté dans un régime de représentation, l'interrogation sur les sources de la légitimité du politique, la primauté accordée dans l'ordre du politique, à la souveraineté de l'Etat et notamment de l'Etat « providence» ou « social ». Faut-il retenir la critique, sous prétexte qu'elle servirait le camp opposé? Nous rejoignons tous ceux qui pensent qu'elle est d'abord une chose constructive. C'est pourquoi, le ton peut être régulièrement et délibérément, hypercritique voire dénonciateur. Le « spectacle », donné par les candidats de 2007, n'a-t-il pas été inacceptable? Peut-on accepter que toute la gauche, de diverses manières et à différents degrés, participe de la «démocratie d'opinion », en fait celle de la politique spectacle justement, des coups médiatiques, du culte des personnes, du marketing et de la démagogie? Peut-on accepter que la gauche se perde, noyée à un bout dans le centrisme ou réduite à l'autre bout, à la marginalité protestataire, abaissée globalement au niveau de la médiocrité politique devenue quotidienne? Pour illustrer le propos, le mot d'ordre serait «ni Royal, ni Besancenot », rien non plus de sérieux n'ayant émergé entre les deux, que l'on se nomme « anti-quelque chose» ou que l'on s'appelle par la couleur d'une granny smith. Mais, ni pessimiste, ni optimiste, c'est le questionnement qui l'emporte et l'idée qu'il est toujours nécessaire de militer, c'est-à-dire d'agir et de réfléchir, sans complaisance pour son propre camp, car l'histoire n'est jamais finie, car les institutions, partis inclus, et les individus peuvent changer.

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La manipulation des esprits, hors même de tout rapport aux

faits et à la réalité - de la propagande sur la « réforme» des
retraites par exemple, à la mise en scène de la vie privée des « leaders» -, le ridicule achevé de celui qui nous sert maintenant de Président, qui inspire aussi peu de respect à son propre Premier ministre et à sa majorité, les convictions à la fois réactionnaires et simplistes, tout cela, laissons-le à la droite! Laissons-lui, une bonne fois pour toutes, le pire de ce que donne la vie politique de notre temps. Et, puisque la gauche s'incarne d'abord dans le PS et que la politique s'incarne dans des individus, que l'on remette à leur place, au PS, ceux qui ne proposent et ne valent pas beaucoup mieux. Et si l'on commençait par sortir la sortante de 2007, et dans la foulée, ses sous-fifres contemplatifs, les conformistes, s'apparentant au nom d'un réalisme indéfini à la droite sur des sujets cruciaux (la sécurité, l'Europe, la fiscalité, les services publics, voire l'éducation...), réduisant la gauche à des postures tendant à l'apolitisme (sur le «respect», l'efficacité de la gestion, les modes de vies et les questions « de société », les « valeurs»...), profitant de leur relative jeunesse pour se déguiser en «nouveaux» qui «osent», n'ayant pas d'autre principe que le service de leur carrière. Il resterait toujours à Royal, Rebsamen, Valls ou Peillon... une place, mais celle des seconds couteaux, ambitieux sans envergure, capable de révérence pour l'histoire de la gauche, mais pas de lui rester fidèle ni d'en tirer des conclusions porteuses de projets pour la France et l'Europe. Nous nous adressons donc aux gens qui se considèrent de gauche, mais aussi qui seraient prêts à se considérer comme tels. Beaucoup de nos concitoyens ne voudraient-ils pas (re)devenir de gauche, s'ils arrivaient à se convaincre que cela en vaut la peine et qu'il y a encore des espoirs de bonheur, de bien-être et d'approfondissement de la liberté 9

et de l'égalité, à mettre en elle? S'il est souvent question de la droite, de ses hommes et de sa politique, c'est toujours à la gauche que nous revenons car c'est elle qui nous intéresse. Définir un être de gauche n'est pas facile et ne peut être quelque chose d'exclusif et d'une précision extrême. Après tout, dire qu'on l'est, n'est-ce pas déjà l'être? Mais cela devient problématique quand tant de citoyens ont perdu tout un ensemble d'éléments d'identité et de repères et quand ceux qui mènent effectivement la gauche, par le contrôle de partis ou de médias, oublient la plupart des principes qui l'ont fondée, imitent la droite sur de nombreux sujets et finissent d'une certaine façon, par ne plus penser. Trois questions guident notre réflexion, construite autour des élections de 2007 et de la suite calamiteuse mais prévisible qui a suivi: Qu'est ce qu'un président? Qu'estce qu'une femme ou un homme politique? Qu'est-ce qu'un « leader» socialiste? A ces questions seront rattachées des séries de réactions, en prise avec l'actualité, des «primaires» du PS (automne 2006) au printemps 2008, un an après la défaite.

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Première partie ou comment Qu'est-ce qu'un président en 2012 le cirque de 2007 ?

éviter

Introduction

Une mauvaise appréciation de l'équilibre institutionnel a conduit à raccourcir le mandat présidentiel de deux ans, en laissant au Président le pouvoir de dissolution de l'Assemblée pour obtenir, à la suite de l'élection d'un nouveau Président, une majorité conforme à ses orientations. C'est ce que les Français ont fait en 2002, malgré le caractère quasi ubuesque d'une situation qui aboutit à élire un Président avec 82% des suffrages exprimés, à la suite d'une campagne pendant laquelle aucun débat crédible n'avait été conduit sur le projet de société à proposer aux citoyens: une élection par défaut pour celui qui fut en définitive le plus mal élu des Présidents de la Vème République. Les électeurs ont renouvelé en 2007 le principe d'une majorité conforme au choix présidentiel: il n'y a donc pas d'autre majorité que celle du président, on pourrait dire que cette majorité n'existe que par lui et c'est ce qui rend particulièrement grotesque l'approbation par certains membres de l'opposition, de la réforme constitutionnelle proposée par N. Sarkozy. L'obsession de l'élection présidentielle, dont dépend et découle presque totalement la vie politique du pays, dans laquelle se cristallisent toutes les ambitions, stérilise l'action des partis. De laboratoires d'idées qu'ils ne furent pas toujours, de syndicats d'élus qu'ils ont eu tendance à demeurer, ils sont devenus machines à collecter des fonds, et la loi leur a fourni les moyens et la caution d'une moralisation difficile mais progressive pour ce faire. Ils sont devenus star académies de futurs candidats pour tout type d'élection ou écuries de présidentiables, dans un contexte où l'absence de débats sur l'idée de transformation 13

des rapports sociaux renvoie systématiquement à des formes d'Etat-spectacle et accentue le poids des médias. Médias dont le degré d'indépendance voire de déontologie est inversement proportionnel à leur diffusion et fait du passage au JT une action politique aussi bien pour un ministre que pour les jeunes maltraités des banlieues. Et c'est ainsi qu'on a pu faire, en 2002 comme en 2007, une campagne présidentielle en l'absence de tout référentiel politique donnant aux citoyens une grille de lecture de la réalité, une perspective de progrès pour tous, un projet commun voire une utopie fondatrice. Le blocage de notre société doit beaucoup non pas à la médiocrité personnelle de tel ou tel personnage public, encore que cela puisse jouer dans l'exercice de fonctions à hautes responsabilités, mais dans la médiocrité politique collective, le consentement à un inévitable dépourvu de sens, le refus de la critique, le refus de mettre en cause des mots et des concepts captés et détournés de leur sens comme réforme, progrès, intérêt général, loi... La majorité UMP représente 27 % du corps électoral: est-il légitime que la seule expression d'environ un citoyen sur quatre permette à des élus si peu représentatifs de la nation, de bouleverser les fondements du pacte social construits en plusieurs décennies, les principes de la solidarité collective et toutes les conditions d'une vie sociale harmonieuse? Or cette critique là est fort peu audible, comme si des réformes nécessaires ne pouvaient s'effectuer que d'une seule manière et dans un seul sens: s'il en était ainsi, le débat politique serait effectivement mort et les élections deviendraient au mieux un jeu, chacun son tour, au pire un exercice de casting. La place du Président dans l'ordre des titres de la Constitution montre clairement la prééminence de 14

l'exécutif: dans la Constitution du 27 octobre 1946, titre l : de la souveraineté, titre II : du Parlement (...) titre V : du Président de la République (...) ; dans la Constitution du 4 octobre 1958, titre l : de la souveraineté, titre II: du Président de la République, titre III : du Gouvernement, titre IV : Le Parlement, etc. Ceux qui ont dès 1958 condamné le régime et la dérive présidentialiste que l'élection au suffrage universel allait emaciner, avaient une approche fondée davantage sur un respect strict de la légalité, qui dans les circonstances de l'investiture de De Gaulle pouvait à juste titre être discutable, ou sur le caractère parlementaire du régime républicain que sur le principe de la souveraineté populaire; la république par le parlementarisme, telle était leur certitude; avaient-ils si tort ? La pratique de De Gaulle une fois au pouvoir, allant bien au-delà dans le sens du renforcement de la présidence, que ne le permettait « sa » constitution, leur a sans doute donné raison: par exemple, De Gaulle a imposé l'idée d'un «domaine réservé» au chef de l'Etat (la politique extérieure et la défense), dont on ne trouvera pas une mention dans la Constitution de 1958. Aujourd'hui la question fondamentale est toujours celle du respect de la souveraineté populaire, autrement dit la recherche d'un système de délégation du pouvoir qui ne donne pas au mandataire une situation de trop grande sûreté par rapport à ceux qui l'ont élu. C'est cela qui fait qu'un républicain devrait être par principe plus favorable à un régime d'assemblée ou parlementaire (la Convention, mutatis mutandis la Chambre des Communes) qu'à un régime présidentiel qui renforce l'exécutif et a fortiori à tout système qui permet l'élection au suffrage universel direct du chef de l'Etat. 15

En effet un président élu dans la circonscription unique qu'est le pays tout entier devient un personnage littéralement hors du commun puisqu'il est la seule personne physique élue dans de telles conditions. Cela lui confère immédiatement une espèce d'onction «populaire» qui remplace avantageusement l'onction de la Sainte Ampoule de Reims pour les Rois, d'autant qu'il n'existe pas de contrepoids aux pouvoirs du président dans la constitution de la Vème République. C'est si vrai, que, hormis le cas unique du général De Gaulle lui-même en 1969, plusieurs présidents ont refusé de se sentir désavoués par un vote ultérieur des électeurs (François Mitterrand en 1986 et en 1993, Jacques Chirac en 1997, en 2004 et en 2005) ; Valéry Giscard d'Estaing avait même théorisé sur ce point en expliquant que la législature en cours irait à son terme alors qu'élu en 1974, il avait devant lui une assemblée élue en 1973... Il n'eut pas qu'à s'en féliciter mais la Vème République a rendu le pouvoir exécutif, et on pourrait dire le pouvoir tout court (étant donné le poids de l'exécutif dans les institutions), indépendant de la volonté générale. Les républicains, dès la période révolutionnaire, ont toujours été conscients du danger de la personnalisation du pouvoir et ont cherché pour cela à limiter le poids de l'exécutif, naturellement détenu par un petit nombre de personnes. C'est en ces mots que Robespierre exprimait ce danger (lors d'une intervention le 10 mai 1793, à la Convention): « Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale; mais les hommes ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer. » On peut certes expliquer qu'aujourd'hui il faut tenir compte de l'état moyen de l'opinion qui peut croire qu'en élisant son maître, elle fait un choix démocratique: c'est oublier cependant que par les pouvoirs dont il dispose, le président 16

de la Vème république est un véritable monarque, au sens étymologique du terme. Le raccourcissement à cinq ans de la durée du mandat ne change rien au fond de l'affaire. C'est oublier aussi que les partis concourent à l'expression des suffrages et que la liste des signatures nécessaires pour le dépôt d'une candidature ne permet pas à une concurrence non faussée ( !) de jouer dans l'égalité d'accès au statut même de candidat. C'est oublier enfin que les rassemblements nécessaires au second tour, voire le principe d'une union négociée dès le premier tour, reviennent à mettre sous le coude un élément clé du respect de la souveraineté nationale entre deux élections. Hélas, la vie politique des deux dernières années n'a pas montré, un profond désir des politiques de se remettre en cause.

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La campagne du PS pour désigner son candidat à la présidence ou comment ne pas parler de l'essentiel... Il a fallu la soirée du Zénith pour que les partisans, un ukaz affinnant qu'il ne faudrait pas parler de supporters, de l'un des candidats à la candidature, merveille de la grammaire française, acceptent l'idée qu'une campagne, ça se menait et qu'il valait mieux avoir le sens de la durée. A partir de maintenant aussi, parce que si l'on en croit l'un des organes, relais complaisants, des bourreurs de crânes qui essaient de lancer un hold-up sur le parti socialiste, avec il est vrai quelques complices dans la maison, pauvre vieille maison, Royal vote Fabius, aux primaires s'entend! Il paraît que Fabius disposerait du seuil incompressible des 21% du congrès du Mans alors que DSK «ne pèse rien dans le parti », dixit l'homme du refus de la synthèse audit congrès, et qu'à tout prendre, Fabius serait plus facile à battre, grâce aux inimitiés haineuses qu'il a suscitées depuis quinze ans dans le parti; on notera au passage que 15 ans cela correspond à l'année 1991 et qu'à cette époque le Président de la République s'appelait François Mitterrand et le Premier Ministre selon le mois choisi, soit Michel Rocard, soit Edith Cresson! Sauf à vouloir croire et faire croire que la débâcle de 1993 lui est imputable, que l'élection de Chirac en 1995 lui doit tout ou que l'échec de 2002 est encore de sa pleine responsabilité, on s'étonne de tels ressentiments à l'encontre de Laurent Fabius. Si on parlait de ce qui fâche? Une autre raison serait liée à l'action menée par le candidat contre la ratification du TCE ; s'affranchir du vote du parti sur un sujet crucial pour l'avenir du pays et la nature de la construction européenne, quel crime impardonnable ! Avoir mis en évidence qu'un unanimisme d'appareil pouvait être 19

coupé des bases électorales d'un parti dont la seule justification est dans la perspective de l'émancipation et de l'amélioration du sort des plus mal lotis! Cette raison là tient mieux, lorsqu'on se souvient de la campagne du TCE, de la convergence ahurissante de l'ensemble de la classe dirigeante française en faveur du Oui, des insultes adressées à ceux qui étaient sommés de dénoncer leur rapprochement

conjoncturel avec les positions souverainistes de l'extrêmedroite, l'amalgame sordide avec la xénophobie de ses leaders; elle permet de comprendre pourquoi l'engouement pour un changement de style (ah, bon ?) et de génération (vraiment ?) permet de lancer une campagne présidentielle sans parler de « notre avenir », l'Europe précisément! y a pas de lézard? Mais si justement puisque les plus fermes soutiens de la favorite des sondages ne sont pas les plus convaincus défenseurs du programme même du parti et que c'est son discours hors programme qui est monté en épingle pour expliquer sa « popularité» et affirmer que le débat tourne autour de ses idées! De tels présupposés laissent mal augurer de la qualité des arguments et la question est bien une fois de plus celle du corps de doctrine du parti socialiste, puisque c'est de cela qu'on prétend se passer. Quand plusieurs champions s'affrontent, il est normal que chacun ait ses supporters et dire qu'il ne faut pas donner à l'adversaire politique à vaincre, quel qu'il soit, d'argument contre le futur candidat du parti, quel qu'il soit, n'a de sens recevable que si ce candidat porte un projet alternatif à celui de la droite à battre. S'il s'avérait que ce n'est pas le cas, parce qu'on s'affranchirait d'un programme qui a fait l'objet d'un travail de synthèse, certes imparfait, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit chacun le voit bien, la manipulation alors aurait été parfaite et c'est bien d'une prise de pouvoir dans le parti qu'on aurait dû parler. 20

L'Europe au coeur du débat? Si le dernier débat télévisé entre les trois compétiteurs pour l'investiture du parti socialiste a assez bien montré que l'exercice de hautes responsabilités donnait du poids aux propos de l'un plutôt que d'autres, il reste que cette question de l'Europe doit être un élément clef de la campagne à venir. Non seulement l'Allemagne qui doit prendre le 1er janvier (2007) la présidence de l'Union a des projets précis en matière de défense et de sécurité, en matière de sûreté de l'approvisionnement énergétique et de protection de l'environnement, mais elle souhaite surtout relancer l'idée constitutionnelle. C'est précisément sur ce point et sur celui non réglé des frontières de l'Europe que les élections présidentielles doivent apporter des réponses aux citoyens de notre pays. Le SPD s'est prononcé pour une armée européenne et pour l'intégration de la Turquie; les positions du futur candidat socialiste demanderont une aussi grande précision. La relance du débat constitutionnel appelle également une prise de position susceptible de mobiliser les énergies pour un projet commun aux peuples et aux 27 nations désormais rassemblées. La première difficulté tient toujours à l'ambiguïté du TCE: traité relevant du droit international « ordinaire» ou socle constitutionnel supranational? La deuxième difficulté tient à la forme de ratification qui serait soumise à l'approbation des Français: proposition logique d'un nouveau referendum ou passage devant le Parlement mais d'un texte à réécrire? La troisième difficulté tient dans la nécessité de convaincre nos partenaires européens que le processus d'unification ne peut plus reposer sur le TCE rejeté par la France et les Pays-Bas, alors même que plusieurs d'entre eux l'ont approuvé, certes par la voie parlementaire. 21

La réponse négative du 29 mai 2005 oblige les candidats en France et les dirigeants des autres pays de l'Union à un exercice auquel ils ne sont ni les uns, ni les autres accoutumés: se soumettre à une volonté manifeste qui sort de la norme du fonctionnement habituel des institutions; il faut en tirer deux conclusions: ce traité est effectivement mort-né, nos institutions en France et en Europe ne sont

plus en phase avec le sentiment qu'ont les Français de la
démocratie. C'est donc bien dans la voie d'une double réforme qu'il faut s'engager pour redonner à l'Europe et à la France un nouveau dynamisme et aux peuples une nouvelle espérance.

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The Queen, ou comment après la désignation de Ségolène Royal comme candidate, beaucoup de spectateurs passent à côté de la dimension politique du film de Stephen Frears.

Il arrive qu'une oeuvre artistique, porteuse de sens soit justement porteuse de sens multiples. Ce qu'on croit enraciné dans une histoire particulière peut avoir une portée universelle et quelquefois, comme par miracle traduire une réalité autre que celle qui imprégnait l'auteur et éclairer une autre réalité. Le film de Stephen Frears illustre cette conjonction imprévue. L'origine du film, sinon son projet, est l'extraordinaire hystérie qui, à l'annonce de l'accident mortel de Diana, a saisi un peuple anglais sonné par dix-huit ans de thatchérisme et qui vient d'élire, après le pâle et bien oublié John Major, le flamboyant Tony Blair; un peuple qui projette dans le leurre d'un deuil qui n'aurait pas dû le concerner, l'écroulement d'un de ces rêves qui aident à VIVre. Entre une couronne meurtrie par le comportement hors des gonds d'une princesse au coming-out ravageur et une opinion noyée dans un quotidien peu glorieux, se confrontent en fait d'un côté l'institution qui justifie, la verticalité qui transcende, la durée qui légitime et de l'autre l'écoulement sans principe, la trivialité du court terme, l'horizontalité du banal et de la mode sans racine. Quelques scènes d'anthologie mettent en évidence que le 10ème premier ministre de la reine n'était pas nihiliste et que la reine sait lire les symboles.

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Avec moins de noblesse et sans l'excuse d'une aberrante douleur, à une échelle moindre mais peut-être avec des conséquences plus faciles à appréhender, nous venons de revivre cela en France. L'adhésion à une personne, elle-même privilégiée, ellemême parfaitement intégrée au fonctionnement du système, dont rien dans son oeuvre passée ne permet de comprendre l'engouement qu'elle suscite, l'adhésion à une personne, pour un discours imprécis et contredit, l'adhésion à une personne dans un parti qui précisément a bâti son histoire sur la solidarité collective... la nuit de la raison! Mais un peuple anxieux devant un avenir brutal, une jeunesse assurée d'avoir à travailler plus longtemps sans garantie de pouvoir le faire! Un peuple dont les réflexes et la mémoire ont été érodés par la marée d'un présent sans origine et sans perspective et qui cherche dans le culte d'une icône l'absolution de sa propre faiblesse; car de quel peuple parle-t-on? Celui qu'un Etat-spectacle veut réduire au rôle de consommateur, d'images aussi? Une image n'est pas un symbole: le renouveau, l'esprit de révolte, l'insoumission? Ce n'est pas la foi qui apporte la preuve. Le casting du remake français de ce film "politique" permet de comprendre qui joue Diana. Car de reine, certains l'ont oublié, nous n'avons pas. La légitimité se gagne en France par le dévouement des élus, pas par la dévotion de leurs électeurs.

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Quand la candidate du PS propose de tout changer dans la vie interne du parti comme dans la vie publique, que veut-elle dire?

2006 a vu la disparition de trois dictateurs: Slobodan Milosevic, Augusto Pinochet, Saddam Hussein; leur mort ne fut en rien et pour aucun, une victoire du droit. Tous trois étaient « insauvables » devant le jugement de l'histoire ou de la morale, mais tous trois ont été installés ou aidés dans leur oeuvres néfastes, pour des raisons assez généralement sordides, essentiellement par les grandes puissances occidentales. Il est singulier, pour un esprit curieux, que cette partie de la vie et de l'action de ces tristes sires, n'ait pas fait l'objet d'une exégèse très approfondie de la part des donneurs de leçons habituels. L'éclatement de la Yougoslavie, la guerre civile, l'épuration ethnique, le rôle de l'ONU au Kossovo, la montée en épingle de nationalismes sur des bases ethniques ou religieuses mais au support « historique» contestable, tout cela a été noyé dans un pseudo droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, pour le plus grand profit de quelques mafias, d'affairistes délocalisateurs et d'ambitieux autochtones. Quant aux éléments de déséquilibre et de fracture introduits ainsi au coeur de l'Europe, aucun des nos chantres du TCE n'a souhaité en parler. Que le Premier Ministre britannique travailliste, ait naguère sauvé la mise du général félon de Santiago, lorsqu'un juge espagnol a voulu le faire aux pattes, n'a vraiment choqué, ni passionné aucun chef d'Etat ou de gouvernement dans notre union si prospère; pas d'indignation non plus quand la première femme Premier Ministre a cru devoir en porter le deuil! L'alliance américaine et le rôle de la CIA en 1973 n'expliquent pas cette indifférence. 25

Quant à la barbarie en actes en Irak depuis 1958, année de l'assassinat du roi et de sa famille, nul ne s'en est soucié longtemps; le pétrole, la guerre froide puis la révolution iranienne, et toujours le pétrole, ont garanti aux dictateurs successifs et au dernier, sommairement éliminé, un assez long règne. Le monde politique ne se préoccupe au fond que de l'exercice du pouvoir et c'est le pouvoir qui est sacralisé beaucoup plus que les conditions de son exercice. L'Etat est un monstre froid et les relations internationales sont rarement marquées par la délicatesse ou le désintéressement, ou par hasard et sur un point de détail, encore moins par le souci de traduire en actes une morale et un droit universels, puisque malgré la multitude de traités internationaux signés par la plupart des nations souveraines, cet universalisme est ce qui fait le plus défaut et ne paraît pas opposable à ceux qui s'en écartent le plus. Les pitreries sanglantes sur les progrès de la démocratie en Irak du président de la plus grande puissance de la planète, en étant évidemment la plus récente illustration. Les peuples n'aiment pas les missionnaires armés. Tout républicain sait cela. Que faire alors? La France est une grande nation mais elle a peur de l'être; ou plutôt, certains (notamment parmi ceux qui n'ont reculé devant aucun amalgame à l'encontre des partisans, de gauche, du non au TCE) en France ne veulent plus d'une nation, cadre de toute légitimité démocratique historiquement fondée, mais ne veulent pas non plus lui substituer un autre (international, supranational ou mondial) qui, pour ne pas être national, ne serait pas moins fondé sur cette légitimité. Obsédés par un libéralisme économique qu'ils souhaitent sans entrave régulatrice, car ils ne se 26

préoccupent pas des conditions objectives de l'exercice par chacun de ses capacités propres, ils appellent liberté la négation de l'égalité. Il faut pourtant que cette grande nation revive. Y compris pour porter d'autres alternatives institutionnelles, économiques et sociales, à l'échelle mondiale, dont le fonctionnement est lié à des rapports politiques internationaux. Cela ne peut passer que par des réformes sévères et d'abord des usages politiques de ce pays. Il faut payer d'exemple. La corruption et le clientélisme, le clanisme a-t-on dit, installés à la tête de l'Etat, ne permettent pas de jouer la vertu dans un forum international. La limitation des prérogatives actuelles de l'exécutif et la réduction du nombre de mandats présidentiels à deux, sont des premiers pas obligés. La revalorisation du Parlement passe par l'exclusivité du travail législatif pour les élus et donc par une vraie réforme du cumul aussi bien en terme d'extension qu'en terme de durée. Le Sénat, s'il n'a pas un domaine de compétence particulier et s'il fait double emploi avec l'Assemblée nationale, ne peut exciper d'une légitimité ni d'une autorité propres face à une chambre élue au suffrage universel direct. Qui dit qu'une réforme de sa place et de ses missions est impossible? La fonction gouvernementale doit être utile à l'intérêt général: on ne voit pas que cela justifie l'existence d'une quarantaine d'emplois ministériels au moment où les responsabilités décentralisées ont amené les collectivités territoriales à des recrutements massifs. L'Europe à 27 suppose 27 commissaires, dans le cadre actuel du traité de Nice, autrement dit 27 champs politiques où s'exerce une compétence européenne; le pitoyable bilan 27

dressé par la commission sur son travail écoulé met en évidence que certains de ces champs relèvent au mieux d'une sous direction et certainement pas d'un département ministériel. Certains de nos ministères n'ont pas plus de justification et ils n'ont pas l'excuse de «représenter» un peuple. Ce débat institutionnel peut ne pas apparaître comme au centre des préoccupations des Français; on admettra sans peine que SDF, rmistes, et chômeurs, pensent à d'autres urgences, mais il faut bien comprendre qu'une politique économique, créatrice d'emplois, de richesses mieux partagées et de solidarités nouvelles, présuppose un politique réhabilité. Pour imposer une direction à suivre, des choix à faire, voire des sacrifices à consentir pour peu qu'ils apparaissent comme partagés, le politique doit être sûr de lui et il ne peut l'être que si le peuple se reconnaît en lui. Payer d'exemple, c'est aussi la voie qui permettra de redevenir crédible dans les relations internationales et d'abord pour faire partager à l'Europe l'idée que le non au TCE, ne fut pas le signal du repli mais au contraire celui d'une nouvelle ambition universelle. S'il n'y a pas de différence visible entre un gouvernement corrompu et brutal, et un gouvernement vertueux, la seule conclusion à tirer serait que depuis deux siècles notre histoire repose sur un malentendu.

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Dispersion, confusion ou dérision? Ou comment le dépôt des candidatures pour l'élection présidentielle peut être l'occasion d'un retour sur le sens de cette élection...

46 candidats à la candidature; certains ne disposèrent jamais des signatures requises mais tous les espoirs leur étaient permis. Le mécanisme d'une élection à deux tours est connu: «au premier tour, on choisit, au deuxième on élimine ». On peut rêver mieux comme approche démocratique pour l'élection d'un individu qui outre la fonction trop réelle de chef de l'exécutif, est sensé parler au nom de tous les Français comme l'incarnation momentanée du peuple souverain! La formule déjà peu enthousiasmante dans le cas d'une élection législative trahit la notion de démocratie représentative dans le cas de l'élection présidentielle. C'est bien pour cela que les auteurs de ce texte militent pour un changement de constitution. Lorsque les divers candidats font porter leur coups contre un seul de leurs compétiteurs, ils confortent pour le deuxième tour celui d'entre eux qui sera le mieux classé face à cet adversaire commun; lorsqu'en revanche, les discours de campagne font apparaître que la bataille n'est pas entre deux camps mais entre trois ou quatre ou cinq ou davantage, le report des voix entre les deux candidats restant en lice au deuxième tour, soit anéantit les distinctions qui séparaient certains candidats et interroge sur la légitimité de leur multiplication préalable, soit met en évidence que des ambitions d'individus ont pris le pas sur la volonté de proposer au peuple une alternative politique fondée sur un réel projet de société. Le choix négatif est peut être réaliste mais il n'est pas juste car l'électeur a été, au préalable, trompé. 29