POUR MA TERRE

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Pour ma Terre est une oeuvre théâtrale qui met en scène des jeunes gens (hommes et femmes) qui luttent pour la restauration des bonnes valeurs présents jadis dans leur village. Leurs actions, tendant à laisser avoir aux populations allogènes des réflexions de mise en gare contre une quelconque rébellion des fils originaires du village, se sont plutôt soldées par un retour à la case de départ, dans une joie et des retrouvailles.
Publié le : vendredi 29 juin 2012
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Théâtre
POUR MA TERRE …
     L’examen des sociétés africaines laisse appréhender certaines réalités qui font partie intégrante du quotidien des peuples africains. En effet, l’Afrique a toujours été ce continent mis à part, ce vaste espace dans lequel cohabitent diverses populations et leurs différentes mœurs. Conspiration, mensonges, égoïsme, égotisme, idéologies non fondées, hypocrisie, etc. tel se présente le véritable portrait de la société africaine. Chaque pays, chaque ville, chaque village ou chaque hameau d’Afrique, a une étiquette que lui a laissé en héritage le colonisateur.
    «Pour ma terre…»,entend d’une manière implicite faire la peinture de ce monde hétéroclite. Le partage, l’amour, l’entente, la fraternité, en bref l’humanisme qui caractérise l’africain digne de ce nom, laisse un temps soit peu place aux habitudes xénophobes et misanthropes instaurées et entretenues au sein des populations d’un même espace. C’est l’histoire d’un petit village, qui se déroule pendant l’Après-Indépendance, mettant en exergue la rupture des rapports fraternels existant naguère entre autochtones et allogènes. Dans cet monde où se distinguent le vieux Lé-mbindoni, le chef Siobê, le notable Gazao et ses pairs, fait son entrée, Kpadjalê, fils unique de la vieille Yagbia. Son retour au village après de longs mois d’exil va bouleverser toute la vie de Mbingo. Kpadjalê se cabre contre les mauvaises mœurs entrevues dès son arrivée et donne à voir son désir d’un retour à la case de départ ; ce qui inquiète les populations allogènes en particulier leurs différents représentants : les notables Inza, N’goran et Habdala, qui s’interrogent sur ce qu’il adviendra de leur sort quand "les dignes fils de Mbingo" voudriont faire valoir leurs droits.  Cette pièce est dotée d’une particularité en ce sens qu’on y trouve un véritable travail de recherche à travers un multiplex langagier qui s’y laisse observer.
   10 janvier 1988 à Abidjan (Côte d’Ivoire) d’une mèreNé le ivoirienne et d’un père centrafricain, Danzi Daniel, après de brillantes études primaires et secondaires dans plusieurs villes du pays, entame une carrière de littérateur dès sa première année à l’Université d’Abidjan-Cocody, en 2007.
«Pour ma terre …», première œuvre théâtrale, est le fruit d’une passion pour l’écriture. Danzi Daniel, vit actuellement en Côte d’Ivoire et est étudiant à l’Unité de Formation et de Recherche des Langues, Littératures et Civilisations, à la Faculté des Lettres Modernes, de l’Université d’Abidjan-Cocody.
Théâtre
Aux familles Danzi ;
DANZI Daniel
A monsieur Gba Bouabré Alex Landry et amis d’enfance ;
A tous les étudiants de la Faculté des Lettres modernes de l’Université d’Abidjan-Cocody (promotion 2007).
La vieille Yag
LES PERSONNAGES
bia: m rè eudj uene Kpadjalê
                    Le vieux Lé-mbindoni  Le chef Siobê  Gazao : notable  N’goran : notable  Inza : notable  Habdala : notable  Kotakôli : ami fidèle de Kpadjalê  Kpadjalê : fils de la vieille Yagbia  Zran, Edoukou, Zogbagbeu, Issa et Adja : villageois  Adjoba : vendeuse de Bangui  Dame Ivorus : compagne de Gazao  Le narrateur  La foule représentant la population de Mbingo.
 La scène se passe dans un village de l’Afrique subsaharienne.
PROLOGUE
(La scène est dans la pénombre. Dans un coin peu éclairé de la salle, assis sur un siège, le narrateur tient son récit.)
LE NARRATEUR
 En vérité et en vérité, l’histoire n’avait pas débuté ainsi. Mais qu’importe si je la fais commencer ici. L’histoire se déroule dans un petit village qui aujourd’hui semble avoir été érigé en préfecture. Qu’importe ! Elle aurait pu se passer ailleurs.  Alors, elle paraîssait stupéfiante, cette histoire. Aujourd’hui, elle n’étonne plus. Néanmoins, je vous la raconte, non pas pour vous égayer ni vous étonner. Je vous la raconte parce qu’elle est ce sur quoi il serait important, vous et moi de réfléchir car seul, je ne saurais apporter aucune décision décisive eu égard à ce qui est en train de se passer dans ce pays au vu et au su de toute la nation. Mbingo est un gros village où il est susceptible de voir représenter tous les peuples d’Afrique, composant de forte et belle manière la population de cet espace. Mbingo eût la chance de vivre une décennie de prospérité, de joie, et cela sous la coupole d’une personne qu’on qualifierait sans faux-fuyants de « digne fils du pays ». Mais ce fut un jour, Mbingo fit son entrée dans une autre phase de son histoire. On assista à la disparition de la bonne entente, du progrès et à l’avènement de la discorde, la mésentente et pire de la mort ; celle du « digne fils du pays ». Permettez-moi d’arrêter ici mon récit afin de vous laisse vivre le reste de cette particulière histoire.
(Aussitôt le narrateur se tait cependant que les lumières éclairent toute la scène. Devant sa case, assise sur un tabouret, une vieille dame, foulard sur la tête, cure-dent dans la bouche, le regard lointain, médite.)
ACTE PREMIER
1.go so erogitC  um
Yagbia Le narrateur                    (Clair de lune sur Mbingo*. À gauche de la case au toit de chaume et aux murs en pisé, la veuve mère Yagbia, assise sous un hangar, près d’un feu de bois, toujours le regard lointain, entame son récit.)
YAGBIA (D’une voix mélancolique.)
 Triste réalité ! L’homme quittera son père et sa mère pour se faire une place au soleil mais, doit-il nécessairement délaisser sa mère ; cette femme qui après trente-six semaines de souffrances et quelques heures de dur labeur, lui permit de voir la lumière du jour. Ce n’est vraiment pas juste ! J’ai à présent la solitude et l’ennui comme fidèles compagnons. Compagnons qui constituent pour une preuve de mon existence sur cette terre des Hommes.
LE NARRATEUR (Assis dans son coin, la tête basse.)
 Triste destin de toute évidence. Mais que peut-on y faire ? La vie de l’Homme est ainsi faite.
YAGBIA
(Poursuivant)
 Ce village est devenu pour moi une véritable prison. Toujours les mêmes événements ; la mort qui continue son appel, les querelles et disputes journalières entre les enfants d’une même terre, et j’en passe. Quelle compensation à la monotonie de l’existence ! Dans quelle société sommes-nous ? Ma tristesse grossit en marge de tous ces maux qui émaillent notre quotidien. Elle grossit en marge de cette misère qui sévit tant ; cette jeunesse dépravée qui se perd dans les vices de cette société, faisant d’elle une véritable industrie de délinquants troublant nuits et jours la quiétude de Mbingo. Et que dirais-je eu égard aux comportements de l’élite à qui on a remis les rennes de ce village ? Tout cela me rebute.
(S’adressant au réceptacle sur un ton rageur.)
 Dites-moi chers spectateurs, comment voudrait-on vivre dans un milieu où il n’y a que les intérêts personnels qui sont défendus ? Où le mensonge et la fourberie sont aujourd’hui et partout, monnaie courante. Il va s’en dire que la construction d’un monde meilleur, équitable pour tous comme le prônent si
éloquemment les politiques, s’avère une utopie tant qu’il y aura des personnes sans scrupule qui navigueront toujours à contre-courant. Dites-moi chers amis, sommes-nous condamnés à vivre une pareille tragédie. (Se recroquevillant dans un coin près de sa case.)  J’ai cependant espoir, quant à la nature éphémère de toute chose sur cette terre, qu’un jour viendra où le monde subira une gigantesque métamorphose. Un jour où les habitants de ce village, et ceux des contrées proches ou lointaines voudront un changement du cours événementiel des choses.
LE NARRATEUR (Face au public, sur un ton sérieux.)
  Pour ce qui est de parler, cela a été fait. Mais un manque reste à gagner dans la réalisation de ce grand projet car pour que les mentalités de ce pays qui est le nôtre changent, il va falloir s’armer de courage et de patience ou l’on oserait croire au mythe du Grand monstre, avaleur du temps. Dans mon pays, il y a un monstre avaleur, sans cou, surgi de nulle part : le Grand Mystère. Silence sans essence, sans commencement ni fin. Calme éternel qui ne se cherche ni se trouve, qui ne contient rien qu’il ne puisse en donner, qui ne dit rien qui ne peut-être entendu. Dans notre patois, nous le nommons «Gbagbamlê1».
YAGBIA  (Un peu endormie.)
 Ah ! Triste destin. À présent, je me sens lasse donc je n’ai plus qu’à reposer mes vieux os tout en espérant que N’zapa2 m’a écoutée et qu’il exaucera tous mes vœux.
(Yagbia se lève, prend son siège et entre dans sa case. Noir sur la scène.)
Adjoba Adja
2. À la taverne
Edoukou Issa Kotakôli Kpadjalê Lé-mbindoni Yagbia Zogbagbeu Zran Le narrateur
(Le jour se lève sur Mbingo. Cris d’animaux domestiques, coups de pilons dans les mortiers, pleurs d’enfants. Yagbia et la jeune Adjoba surgissent sur la scène, discutant très chaleureusement.)
YAGBIA  (À Adjoba)
 Tu sais ma fille, le temps passe si vite qu’on a tendance à oublier des moments forts de notre existence. C’est pour cela je te suggère de profiter de cette jeunesse avant qu’il ne soit tard. Mais surtout, utilise-la à bon escient.
ADJOBA            (À Yagbia)
 Mère, je tacherai de me souvenir toujours de tes utiles conseils.
YAGBIA                                     (Sur un ton sérieux)      Je t’aurais prévenue. À présent, je dois te laisser vaquer à tes occupations car ils doivent sûrement t’attendre, tes clients. Ah ! Ces gens-là. Toujours, au même endroit, à la même heure pour venir se saouler la gueule et dire des conneries.
ADJOBA  (Un peu vexée.)
 Ah ! Maman, là tu es en train d’attaquer mon commerce. Ce n’est vraiment pas juste de ta part.
YAGBIA                                                         (Un petit sourire aux lèvres)
 Non, ma fille. Juste pour te titiller, histoire de savoir comment va ton commerce de « bangui ». Allez ! Vas-en paix, je ne te reproche rien. On se retrouvera ce soir, s’il plaît à Dieu.
(Les deux femmes se quittent. Noir sur la scène. Le narrateur face au public, dans la pénombre, entame son récit.)
LE NARRATEUR
 En Afrique, les hommes ont une autre et haute vision des choses. Ils se contentent de les vivre sans se soucier ni du début ni de la fin de celles-ci. Et tout cela fait partie des vicissitudes de l’Afrique. Chants et danses, telle se constitue l’ossature de la culture africaine, culture longtemps profanée par les Hommes d’ailleurs, ramenant l’Africain à la première strate de la Civilisation. Cependant, en dépit de tout, quelque part, un pays où les arbres sont grands et verts. Un pays où il n’y a que les arbustes et des herbes, un pays où on s’aime et se déteste. Un pays du soleil et des sables brûlants, un pays où la condition humaine est la même que partout ailleurs avec d’un côté joie débordante de vivre et de l’autre, tragique réalité. Quelque part, un pays où l’on vit selon la loi et la coutume. Un pays où la misère inonde l’abondance, la cupidité et l’égoïsme émoussent les derniers élans de la dignité humaine. Quelque part, un pays étranger, un simple pays d’hommes, d’animaux et de plantes. Quelque part, des hommes assis se réjouissent autour d’une tablette, discutant à la fois de tout et de rien.
(Sous le hangar, la jeune femme vend son vin de palme. Quelques hommes en boivent dans la pénombre. Aussitôt se tait le narrateur que les lumières éclairent toute la scène. Les consommateurs animent une conversation passionnée.)
ZRAN (Passablement ivre, parle en gesticulant.)
 Moi, je te comprends, Kotakôli. Ce que tu as dit est plus que de la vérité. Tu es comme un frère pour moi et je te comprends. Tu as parfaitement raison sur ce point.
ADJOBA  Reste tranquille, toi. Quand tu as un bol de « bangui3» devant tes yeux, n’importe qui devient ton frère ZRAN  (À Adjoba)
 Toi, tais-toi et sers-nous ton vin de palme. Ne te sens pas concernée par ce qui se dit entre hommes.
ADJOBA  (À Zran, d’un ton polémique.)
 Bien sûr que je me sens concernée par ce qui se dit sous ce hangar qui est le mien car je suis une femme. Penses-tu que je ne peux pas t’être égale ? Si, tu le penses, prouve-le donc. KOTAKÔLI        levant.) (Se  Sais-tu pourquoi l’aigle ne se couche jamais dans le nid du vautour bien qu’étant le roi de oiseaux ?
LE NARRATEUR
 Comme le dit l’adage : « même si l’éléphant a maigri, l’écureuil ne pourra jamais porter son tee-shirt ».
KOTAKÔLI  (Poursuivant)
 Ecoute ma belle, la femme est et sera toujours inférieure à l’homme car c’est de lui qu’elle dépend. Et quel que soit le statut de l’homme, celui-ci demeure toujours le chef du foyer. Alors, ne pense pas une seule minute m’être égale, même pas en rêve.
EDOUKOU             (À Kotakôli)
 Bien parlé, grand frère. Il y a d’autres qui sont nés avec la vérité sous la langue. Hélas ! Les gens n’ont jamais aimé la vérité. Ils préfèrent toujours le mensonge.
KOTAKÔLI                      (À Edoukou)
 Je ne te le fais pas dire, mon petit. Je te dis qu’il y a des gens qui naissent, vivent et meurent dans le mensonge.
ZOGBAGBEU  (À Zran, un peu intrigué)
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