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Pour relancer le Congo

De
153 pages
Constater les échecs ne suffit plus. Il faut en déterminer les causes. Les pistes existent, non pas d'espoirs et de changements par des slogans, mais de traçage de contours d'une politique du possible. Le défi à relever est de remettre le Congolais au coeur des préoccupations, le mettre en situation de décider du changement en remettant en cause les clichés jeunes-vieux, intellectuels, élites, etc. et en recourant aux potentialités de la diaspora, des syndicats, des associations? etc.
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"Le fait que les politiciens se permettent de reconduire les mêmes campagnes honteuses, d'année en année, est aussi insultant pour le peuple que le serait le retour d'une bande de voleurs sur les lieux de leurs larcins pour y célébrer une parade…." Edgar Watson Howe.

Le Congo décline et va bientôt clore "la décennie perdue de la république" sans reformes réelles ni effectives mais avec des slogans comme "faire la politique autrement" et de vides attributions ministérielles. Le décalage est profond entre la façon dont vivent les habitants du Congo et la manière dont ils sont "vus d'en haut", par les médias, les partis politiques et une bonne partie des cadres de notre société. Face à la montée du mécontentement des catégories populaires, les grands discours fleurissent sur les objectifs du millénaire, la mondialisation, le NEPAD, la réduction de la pauvreté, etc. Mais les actes ne suivent pas. Un grand fossé existe entre la jeunesse et les dirigeants du Pays. Constater le décalage entre les politiques publiques et les besoins sociaux ne suffit pas, il faut en déterminer les raisons. Les Partis politiques se préoccupent très peu de ce que pense la population. Ils vont aux élections afin de prendre part à la foire des avantages et des privilèges du métier de politicien. C'est la légitimation de

l'électoralisme. Le décalage entre les discours et les préoccupations du peuple entretient le déficit d'implantation qui alimente en retour le rejet des partis politiques. Le Congo a changé et fait poser de sérieuses questions aux partis politiques : en quoi sont-ils politiques ? Que proposent-ils pour le changement du vécu quotidien du congolais ? En quoi leurs propositions constitueraient-elles de véritables alternatives à ce que fait le pouvoir en place ? La politique métier avec des velléités de professionnalisation laisse entrevoir la tendance à vouloir toujours occuper un poste, d'être toujours là, même quand on n'a plus rien à proposer. Au lieu de dire voici mes choix, voici mes responsabilités pour que le peuple souverain se prononce par un oui ou par un non, on dit plutôt j'y suis et j'y reste. La politique n'est vraiment plus de l'ordre de la vocation. Elle n'est plus cet art sacré de l'administration de la cause du peuple. La classe politique, elle, qui n'a plus besoin de politiques pour faire de la politique, s'ingénie à faire apolitiquement de la politique. Résultat : elle se contente de politique politicienne qui n'est qu'exploitation d'un ensemble de réseaux de conquête, de conservation ou de consolidation du pouvoir. Ce qui fait que le débat politique soit creux. La classe politique fait carrière : elle pense avant tout à la nomination, l'élection et la réélection pour maintenir ses privilèges. Il se passe alors une féodalisation politicienne des fonctions publiques qui méprise l'intelligence nationale. Le cœur de l'engagement politique est réduit au pouvoir pour le pouvoir. Il n'a plus rien à avoir avec la capacité de prendre de bonnes décisions et d'en assumer les conséquences. La politique ne doit pas être un métier. On devrait la faire par passion et pour agir sur la réalité. Elle est faite de
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mandats révocables dont la volonté du souverain primaire en est le fondement. Les congolais sont plongés depuis plusieurs années dans une crise profonde. Ils ont le sentiment que l'avenir, le leur, comme celui de leurs enfants, est obstrué et que, à tout moment, ils peuvent basculer dans une spirale qui les entraîne vers le bas. Et comme si cela ne suffisait pas, ils sont maintenant confrontés à une crise morale et éthique extrêmement grave, à laquelle le pouvoir n'apporte aucun dénouement. Il a choisi vraisemblablement le service minimum à défaut de ne rien faire. Ce qui aggrave la défiance des congolais à l'égard de la politique et du système judiciaire qui découle de cette façon de faire la politique. Au risque d'être tenus en marge de la distribution des primes de fidélité et de soumission, les procureurs se réduisent à respecter scrupuleusement les ordres du gouvernement. Cela éloigne beaucoup de congolais de la république. Pour les y ramener, il va falloir la reconstruire et rebâtir un contrat politique et social qui redise aux congolais ce qu'ils veulent et peuvent faire ensemble. Retrouvons les valeurs d'équité, de respect des règles et de bon sens. Nous voulons une société qui fonctionne selon les règles et des institutions qui assument leurs responsabilités. La République, ce n'est pas la pagaille, mais l'équité au service de l'égalité. Une égalité réelle et non celle qui n'existe que dans les mots. Le salut de la République n'est ni dans la pensée unique ni dans les slogans, mais dans la qualité du diagnostic et l'administration des thérapies adéquates. Certains de nos compatriotes posent la question de la responsabilité sociale des uns et des autres sur un angle individuel. Cette analyse a nourri de nombreux discours sur la responsabilisation des individus. De l'école à
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l'emploi, échoués et chômeurs seraient les seuls responsables de leur sort, il faudrait les inciter à réussir. Sous entendu : la collectivité a fait ce qu'elle a pu, c'est désormais à chacun de se prendre en charge. Façon habile de théoriser l'impuissance des responsables politiques et économiques à trouver les recettes d'une croissance qui crée durablement de l'emploi. Comme s'il n'y avait plus des hauts et des bas dans notre société. Il n'y a clairement plus de futur possible. Nous décrions la destruction permanente de toutes les certitudes, le désordre, l'inversion des valeurs. Le flot des existences précaires a débordé. La certitude du lendemain est devenue un privilège. L'insécurité sociale est partout. Notre société est en train de se défaire. L'insécurité est banalisée. Le nerf de ce désordre, c'est l'impunité. Les pouvoirs publics sont de plus en plus impuissants. On constate une forte montée de la violence, de la délinquance financière, administrative et sexuelle, de l'agressivité et des incivilités, l'absence de dialogue politique et l'escalade de l'irrespect. Aujourd'hui le système autorise l'irresponsabilité, la confusion des pouvoirs et l'autoritarisme. Auprès de nos populations fragilisées par des années de précarité, l'autoritarisme a le vent en poupe. L'unique mesure est de frapper fort contre ceux et ce qui entravent les sempiternelles trêves de toutes les revendications auxquelles le pouvoir ne pourrait apporter des éléments de réponses. Nous ne nous attendons pas à des solutions magiques ou les grands équilibrages en quelques mois, mais nous voulons des perspectives à court ou moyen terme qui soient crédibles, un plan interne de rigueur et des comportements responsables. On n'attend pas du pouvoir de gagner la bataille de la communication à travers des
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interviews et des émissions télévisées, mais celle de l'applicabilité des lois et règlements de la République. La vocation des médias n'est pas d'être des instruments de gouvernance. Le Congo est devenu un Pays informel parce que l'Etat est absent et toutes les institutions et les établissements emboîtent le pas de l'informalisation de notre société en général et de notre économie en particulier. Il est dommage qu'en plein vingt et unième siècle, les épreuves de force demeurent le moyen le plus sûr d'être écouté et d'obtenir des changements significatifs, alors qu'il est plus que jamais opportun de pacifier les confrontations et les contradictions desquelles peuvent naître les meilleures solutions. Des confrontations et des contradictions qui garantissent que tous les arguments auront été échangés et toutes les alternatives explorées avant de s'engager dans ce qui aura un impact sur le sort de tous, même si les illusions ont la vie dure. Pour rebondir, le Congo a besoin d'une longue série de réformes. Sans réformes, il n'y a pas de futur possible. Nous n'émergeons pas depuis là et nous sommes par conséquent en retard par rapport à certains pays qui avaient le même niveau de développement que nous dans les années 80. Un retard doit se rattraper. Cela demande un effort continu et soutenu. Il faut des hommes capables de mener des réformes avec fermeté, tout en ayant une écoute solidaire, permanente. Mc Namara, ancien directeur de la banque mondiale disait : "C'est à travers deux choses que l'on sait à quel dirigeant on a affaire : − Le choix des hommes ; − L'élaboration du budget".

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&+ 4D5/..25/-B Quand j'étais enfant, tout mon intérêt était tourné vers la politique. Je désirais faire de la politique parce que l'on me disait que c'était le seul moyen qui permettait de servir tout le monde à la fois. Chaque fois que je rencontrais un mendiant à qui l'on remettait une pièce de monnaie, je pensais aussitôt à tous les autres mendiants, aux affamés, aux orphelins et aux pauvres. Je ne me berçais pas d'illusions sur la vanité de cet acte isolé de remettre une pièce de monnaie à un mendiant. Je me disais : et demain ? Je me demandais pourquoi la société ne trouvaitelle pas des solutions d'ensemble qui permettraient de résoudre les problèmes du jour et de toujours. Je pensais beaucoup plus à la mauvaise foi des responsables. Je ne savais pas que la réalité était plutôt complexe. Et qu'une bonne foi ne suffisait pas pour résoudre les problèmes. J'ai, à l'union de la jeunesse socialiste congolaise (U.J.S.C), appris très tôt, que notre indépendance était une pseudo-indépendance, que nous n'étions pas aussi libres que je le pensais. J'étais très attiré par les défilés militaires, spectacles de droiture, d'ordre et de discipline qui me fascinaient au plus haut point. Je connaissais par cœur, depuis l'âge de 12 ans, les noms des principaux responsables politiques de mon pays. Je les prenais pour des héros de la bataille de notre véritable indépendance. A tout seigneur tout honneur. J'étais du public qui accueillait le chef de l'Etat de l'époque, aux retours de ses voyages officiels. Dans le périmètre où je me trouvais, je rafraîchissais la mémoire des adultes qui ne se souvenaient plus des noms de certains dignitaires. Certains adultes me jetaient des fleurs alors que d'autres me reprochaient d'être là plutôt qu'à l'école. Ainsi j'ai évolué en grand spectateur du monde