Pour une modernité politique en Afrique

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On fait la guerre en Afrique pour être au pouvoir, reproduire des gloires mythiques, réaliser des fantasmes, ou quelquefois, faire la même chose ou pire que celui qui s'y trouve. Cette façon de faire est en train d'atteindre ses limites. Le développement de l'Afrique sera le résultat d'une nouvelle culture politique africaine ou ne sera pas.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 79
EAN13 : 9782296717411
Nombre de pages : 116
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Pour une modernité politique en Afrique

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13984-8 EAN : 9782296139848

Cyriaque Magloire Mongo Dzon

Pour une modernité politique en Afrique

L’Harmattan

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga-Akoa
1. Déjà parus

Thierry AMOUGOU, Le Christ était-il chrétien ? Lettre d'un Africain à l'Eglise catholique et aux chrétiens, 2010. Thimoté DONGOTOU, Repenser le développement durable au XXIe siècle, 2010. Martin KUENGIENDA, République, Religion et Laïcité, 2010. Maurice NGONIKA, Congo-Brazzaville: 50 ans, quel bilan ?, 2010. Dieudonné IYELI KATAMU, La musique au cœur de la société congolaise, 2010. Mahamat MASSOUD, La Banque des États de l'Afrique Centrale, 2010. SHANDA TONME, Analyses circonstanciées des relations internationales 2009, 2010. Alassane KHODIA, Le Sénégal sous Wade, 2010. Gérard BOSSOLASCO, Éthiopie à la une. Journaux et publicités. 1865-1935, 2010. Jean-Célestin EDJANGUE, Les colères de la faim, 2010. Jean-Célestin EDJANGUE, Cameroun : un volcan en sommeil, 2010. Gilbert TOPPE,.Communication politique et développement en Côte d’Ivoire, 2010. Alexandre WATTIN, Les détachements Hawk Épervier au Tchad 1986-1989, 2010. Essé AMOUZOU, Gilchrist Olympio et la lutte pour la libération du Togo, 2010. Alexandre GERBI, Décolonisation de l’Afrique ex-française, 2010.

Introduction
Que veut dire faire de la politique en Afrique ? Hier encore, juste après le départ du colon, c’était se positionner dans la hiérarchie étatique et gérer ce positionnement. Ce qui voulait aussi dire vivre la même vie fascinante que le colon, disposer des moyens de l’Etat ou chercher à y parvenir pour enfin commander. Le débat sur les buts à atteindre et sur comment y parvenir n’était pas à l’ordre du jour. Les politiques africains ont entretenu des idéaux et importés des idéologies dont ils n’avaient pas assimilé les aspects culturels. Le bilan de leur expérience est mitigé à cause entre autres des problèmes de compétence, des manœuvres néo-colonisatrices et de la loi du plus fort qui a toujours caractérisé les relations internationales. Cette politique africaine a tout été à la fois, la gestion des amitiés et des inimitiés, des passions et des intérêts, des systèmes de parenté et des appartenances communautaires. Cette gestion n’a pas permis de fonder de véritables nations. Les ressortissants des clans, des groupes de parenté, des tribus, des régions, devenus leaders politiques n’ont pas toujours pu se départir des attachements communautaires, base de leur mobilisation et quelquefois de leur propulsion politique. Certains de ceux qui ont pu entrer dans la politique de par leurs compétences scolaires, professionnelles ou de par leur expertise n’ont pas résisté à la tentation de repartir « chez-soi » à la recherche d’une légitimité micro nationale à partir des liens indéfectibles, insurpassables, qui permettent d’échapper aux velléités de sanction du peuple en général. En mal d’assise nationale pour se faire du poids politique, ils ont, de manière rusée, pris des ethnies ou des tribus en otage et y ont fait asseoir

leurs ambitions et la base de leurs compétitions politiques, exploitant des mythes, des légendes et le désir des communautés de voir incarner leur pouvoir magique. Ils se sont mis à redonner à la famille et à la parenté des fonctions de redistribution, de relais, d’entraide, de solidarité et de couverture sociale. Des fonctions primitives qui dans le contexte de la nouvelle organisation sociale reviendraient aux institutions collectives supra communautaires. Au nom de cette logique, la plupart des laissés-pour-compte se solidarisent avec les élites de leurs ethnies et tribus pour des luttes politiques ayant vocation de garantir la redistribution des revenus tirés des postes politiques, des situations de rente et des privilèges divers. Mais pour exiger des conditions de vie plus supportables, les laissés-pourcompte n’ont pas la garantie de la mobilisation des élites et des fortunés de leurs tribus ou ethnies, conservateurs des positions et privilèges acquis. C’est la pire des limites de cette stratégie de transfert à la tribu et à l’ethnie des rentes et autres avantages prélevés sur l’Etat. Entre-temps, l’élite politique a consolidé sa position. Elle a appauvri la population financièrement, socialement et culturellement, la rendant vulnérable et réceptive aux seuls arguments de l’argent, de l’alcool, de l’appropriation des avantages de l’Etat pour une redistribution sectaire ou communautaire. Or tous ceux qui peuvent tenir ce genre d’arguments doivent avoir été au cœur des pouvoirs qui leur eurent permis d’accumuler de l’argent et des positions stratégiques. Ils ont confisqué tous les canaux d’enrichissement parce que pouvant permettre de conquérir le pouvoir. Ils enrichissent qui ils veulent enrichir et affaiblissent qui ils veulent affaiblir. Même politiquement échoués, ils sont assez riches pour financer leur maintien au pouvoir en achetant des voies électorales comme on achèterait n’importe quelle marchandise à de pauvres affamés

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culturellement réduits à la dimension folklorique et fantasmatique de la cause politique. Sûrs de leur argent provenant de la politique, de la corruption, de la prévarication, du détournement des fonds publics ou du pillage des ressources et richesses naturelles, ils sont tellement convaincus des élections mercantiles qu’ils bannissent les coups de force (qui leur a servi à la conquête du pouvoir quand ils n’avaient pas d’argent), ramenant tout le monde à un jeu dont ils se savent gagnant et qu’ils peuvent mieux contrôler. On aura tout vu en politique africaine, notamment de puissants politiciens prêts à semer la violence pour récolter le désordre qui permet de gouverner ou de régner en s’échappant aux règles et aux conventions, des chefs d’Etats prenant leur retraite à la tête des Etats et imposant leur usure au point de régner sans plus vraiment gouverner. Entre temps les villes, les arrondissements, les districts, les quartiers, confrontent les gens aux problèmes réels et suscitent des intérêts collectifs que les stratégies communautaires ne sont pas à même de prendre en compte. Une forte pression s’y dégage qui exige aux politiques de se rendre à l’évidence en matière de bien commun ou de l’intérêt général. Cette pression ira crescendo si une modernisation politique n’intervient pas. Les solidarités ethniques et tribales résisteront difficilement à la pression du quotidien, à l’aspiration aux solutions face aux problèmes qui dépassent les appartenances communautaires traditionnelles et font entrevoir des intérêts liés aux statuts sociaux, aux cadres de vie. Le secteur informel qui accueille la plupart des laisséspour-compte comporte les germes de sa propre destruction et de la marginalisation des dispositifs étatiques, véritables

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garants de l’intérêt général, dont les capacités vont s’amenuisant. Des situations d’irrégularités de salaires, de perte de la garantie des emplois, de chômage massif, de la baisse drastique des pouvoirs d’achats, de l’absence de couverture sociale généralisée, etc. finiront par faire remettre en cause les règles du jeu social, elles-mêmes dépendant des structures, systèmes et régimes politiques. A cette crise en série qui ne peut trouver sa solution dans le retour ou la revalorisation d’un jeu politique devenu caduque, une modernité s’impose qui permette de mieux répondre aux demandes et aux attentes des Africains. Les origines, les mythes, les légendes, les complexes de grandeurs et de décadences, n’offrent plus de garanties pour un présent prometteur et un avenir radieux. Ne pouvant plus reculer, l’Afrique doit aller de l’avant, mais pas avec des pseudorépubliques à la place des républiques, ni avec des agglomérations de micronations à la place des nations. Les arguments de cette modernité seront inévitablement politiques, juridiques, sociaux, économiques, structurels ou systémiques, où la modernité sera une fois de plus un vain changement de personnel politique.

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Qu’est-ce que la politique en Afrique
«La société n’est point l’ouvrage de l’homme, elle n’a rien de commun avec l’institution des peuples. Cette institution fut une seconde association qui donna aux hommes un génie nouveau, de nouveaux intérêts. Obligés de se soutenir par la violence et par les armes, ils attribuèrent à la nature les besoins qui ne leur étaient venus que de l’oubli de la nature. Il fallut donner à ces grands corps des proportions et des lois relatives afin de les raffermir…» Œuvres de Saint-Just, Paris, Ed. de la cité universelle, 1946, page 283. Dans les sociétés africaines précoloniales comme dans les autres sociétés, la politique est l’art de résoudre les problèmes, de régler les conflits, d’assurer la prospérité, de garantir l’ordre et la sécurité. Il s’agissait des sociétés tatiques moins structurées et organisées mais investies tout de même des attributs politiques de paix, d’assistance mutuelle, de guerre, etc. Les présupposés de la politique que sont l’obéissance et le commandement existaient bel et bien, et la politique était déjà cette force ordonnatrice. Avec la colonisation et l’organisation en Etats pluri ethniques, tribaux, claniques, à vocation nationale, des implications nouvelles sont intervenues notamment la nécessité des dépassements qu’imposait la rationalisation à l’occidental. Les données Etats, villes, communes, quartiers n’ont pas été fondatrices de conceptions, de théories et de pratiques propres. De nombreux hommes politiques africains n’ont pas transcendé la politique primitive fondée sur les appartenances clanique, tribale et ethnique. Ils n’ont pas répondu aux impératifs de la rationalisation moderne post coloniale et se sont réduits à des guéguerres de

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