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Pour une nouvelle stratégie démocratique

198 pages
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EAN13 : 9782296388949
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POUR UNE NOUVELLE STRATÉGIE DÉMOCRATIQUE
- troisétudes-Jean-Christophe CAMBADELIS
POUR UNE NOUVELLE
~
STRATEGIE
~
DEMOCRATIQUE
- trois études -
Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 PARIS@ L'Harmattan, 1987
ISBN: 2-85802-791-9SOMMAIRE
11- Avertissement et remerciements. . . . . . . . . . . . . . .
I - MARXISMEETÉGALITÉDESDROITS. . . . . . . . . . . 13
A - Le marxisme n'est pas un déterminisme. . . . . . . . 15
B - La présupposition première du matérialisme
historique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
C - Individu et égalité des droits ................. 47
II - DE LADÉMOCRATIE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
A - L'invention de la politique 63
B - Démocratie: du particulier et de l'universel 74
C - En défense de la Révolution française. . . . . . . . . 89
D - Les nouveaux libéraux contre la démocratie. . .. 122
E - Le contenu social et politique de la démocratie.. 129
III - BONAPARTISMEETDÉMOCRATIE. . . . . . . . . . .. 139
A - Le bonapartisme, la religion de la bourgeoisie. . . .141
B - Le perfectionnement du mécanisme d'Etat. . . .. 145
C - L'irruption du bonapartisme. . . . . . . . . . . . . . . 149
"
D - Les institutions de la V. République sont-elles
compatibles avec la démocratie? . .. 167
- En guise de conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 183
- Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 187
- Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 195
7à CS.AVERTISSEMENT ET REMERCIEMENTS
En 1985, Pierre Rosanvalon affirmait: «Nous faisons
la preuve des limites du modèle démocratique », ceci en
fidèle disciple de Hayeck qui ne se reconnaissait pas
démocrate si la démocratie était fondée sur la «volonté du
plus grand nombre ».
A la recherche de la pensée du fondement, les néo-
libéraux ont trouvé le Guizot de 1849 qui s'écriait: «Le
chaos se cache aujourd'hui sous un mot: démocratie ».
La Révolution française attaquée, la démocratie
dépréciée, il fallait reprendre le flambeau de leur défense
en ces temps incertains.
Mais dans cette quête de la démocratie, le marxisme
était-il une arme? En l'identifiant aux staliniens de l'URSS,
du Cambodge ou de la Pologne, assurément pas.
Il était donc nécessaire de dépouiller le déterminisme
stalinien baptisé marxisme de toutes ses scories pour
découvrir un instrument efficace.
Remarquons au passage, à la suite de Habermas, que
les textes de Staline ont durablement codifié quelques-uns
des schémas qui tiendront lieu de «cadre théorique» à
plusieurs générations de marxistes (ou supposés tels).
Ce livre est la première concrétisation des recherches
du Cercle d'études contemporaines que préside notre ami,
l'historien et sociologue Benjamin Stora.
L'ouvrage est la synthèse de trois recherches présentées
par l'auteur entre juin et octobre 1986 dans le cadre des
réunions mensuelles d'études du Centre.
Peaufiné, critiqué, enrichi par de nombreux débats,
cet ouvrage se veut tout à la fois une rupture avec un passé
déterministe et un réarmement pour une nouvelle stratégie
démocratique face au conservatisme libéral et au détermi-
nisme stalinien.
Notre dette théorique ainsi payée, nous ne pensons
pas, par ce livre, refléter la «position» du CECet de la
11revue Epoque (1) mais apporter par écrit notre contribu-
tion au débat sur la démocratie.
Il nous faut aussi remercier particulièrement Philippe
Darriulat dont l'emploi du temps, si chargé en cette fin de
trimestre 1986, ne lui a pas permis de travailler avec nous.
(1) Revue Epoque: analyse critique des phénomènes sociaux
contemporains, 3 cité Magenta, 75010 Paris. Rédacteur en chef:
Didier Froment. Revue dont l'auteur est membre.
12PREMIÈRE ÉTUDE
MARXISME ET ÉGALITÉ DES DROITS
« ... Faire l'histoire réelle, profane,
des hommes dans chaque siècle, représenter
ces à la fois comme les auteurs et
les auteurs de leur propre drame...»
(Misère de la philosophie, p. 124).
«Notre conception diffère fondamenta-
lement de celle des économistes qui,
enfermés dans le système capitaliste, voient
certes comment on produit dans le rapport
capitaliste, mais non comment ce
lui-même se produit...» (Un chapitre
inédit du Capital, p. 264).A -LE MARXISME N'EST PAS UN DÉTERMINISME
Par un de ces revirements auxquels l'histoire des idées
nous a habitués, après qu'on eût durant les années 60
proclamé la «mort de l'homme », «l'esprit du temps» en
ces années 80 se plaît à célébrer le retour en force du
«sujet» : le regain d'un certain «libéralisme », la revendi-
cation d'une plus grande autonomie de l'individu et de la
société par rapport à l'Etat, la référence retrouvée aux
«droits de l'homme », la réhabilitation du «privé» aux
dépens du« public» en constituent les signes les plus
remarquables.
Emporté dans la débâcle du «structuralisme» auquel
l'interprétation althussérienne avait, plus que toute autre,
contribué à l'amalgamer, le «marxisme» - à ne consi-
dérer que ce qui circule le plus souvent sous cette étiquette
- semble connaître une éclipse à peu près totale.
Cela est si vrai que le thème de «l'effondrement du
marxisme» est en passe de devenir le locus communis le
plus tenace et le mieux partagé de notre intelligentsia. Les
figures les plus marquantes du «marxisme occidental»
ont, il est vrai, donné elles-mêmes le ton. Ainsi, Lucio
Colletti, au terme d'une évolution de plus de trente années
«à l'intérieur» du marxisme, proclame le «crépuscule des
idéologies» et se rallie à Popper.
Sur un autre versant, Jürgen Habermas, l'un des pion-
niers de la «théorie critique» chère à l'Ecole de Francfort,
15entreprend de penser «après Marx» dans le sens d'une
anthropologie de la «communication ».
On pourrait sans peine allonger la liste, et le tableau
qu'offre à cet égard la situation française n'est guère plus
brillant.
Dès lors, il n'y a pas lieu de s'étonner que les auteurs de
«La pensée 68» puissent diagnostiquer de bonne foi que
c'est chez Bourdieu que «le marxisme français se repro-
duit et se survit à sa crise» (1). Réduit dans cette
hypothèse à chercher dans homo academicus de quoil'
étancher sa soif, celui qui aspire malgré tout à un dévelop-
pement vivant du marxisme ressemblerait à s'y méprendre
à ce voyageur qui «dans le désert aspire à une simple
goutte d'eau» pour reprendre une image de Hegel.
Toutefois, à y regarder de plus près, la situation n'est
pas aussi désespérée qu'il n'y paraît tout d'abord; il
s'avère en effet que la condamnation quasi unanime
prononcée de nos jours contre le marxisme procède tout
entière d'un postulat non critiqué: celui d'une identifica-
tion du marxisme au déterminisme. L'argument se présente
à peu près ainsi: le marxisme est un déterminisme en ce
qu'il considère le cours de l'histoire comme prédéterminé
dans toutes ses étapes, soit par une cause unique (le
développement des forces productives), soit par une
« cause immanente à ses effets» (la structure du tout social
comme combinaison d'éléments).
Dans l'un ou l'autre cas, que la prédétermination soit
rapportée à l'action de l'économique seul ou qu'elle soit à
1'« efficace» plus complexe d'une structure, on n'en reste pas
moins toujours en présence d'une variété (<< primaire» ou
« subtile») de déterminisme. Ce point de départ une fois
donné, c'est sans difficulté que l'on expliquera alors l'inca-
pacité organique du marxisme à penser le «sujet », c'est-à-
dire l'homme comme «conscience» et comme «volonté ».
D'où finalement cette aporie qui fonctionne comme un
véritable leitmotiv de la critique contemporaine du
marxisme: ou bien le marxisme assigne vraiment aux
hommes la tâche de transformer le monde (conformément à
ce qu'enseigne la fameuse 11e thèse sur Feuerbach); mais
du moment que les hommes peuvent raisonnablement se
proposer cette tâche, c'est que le cours de l'histoire n'est
pas déterminé par avance, ce qui ébranle une présupposi-
16tion essentielle du matérialisme historique; ou bien le
cours de l'histoire est effectivement déterminé par avance,
mais dans ce cas tout effort des hommes pour le modifier
est vain et stérile, on ne peut donc qu'« interpréter» le
monde, il faut renoncer à le transformer, conclusion qui
eheurte trop directement la 11 thèse pour qu'il soit besoin
d'y insister davantage.
Dans les termes qui sont ceux de Karl Popper, on dira
que 1'« historicisme» et 1'« activisme» entrent irréducti-
blement en conflit à l'intérieur du marxisme lui-même. A
l'encontre de ce courant d'interprétation aujourd'hui
dominant, nous nous proposons d'établir brièvement:
1) que le marxisme n'est pas un déterminisme, en
comprenant par ce terme non pas l'affirmation générale
selon laquelle l'évolution sociale est déterminée par cer-
taines causes, mais bien la théorie selon laquelle la société
ne peut évoluer autrement qu'en «passant par des étapes
déterminées à l'avance par une nécessité inexorable»;
2) que la responsabilité de cet amalgame incombe prin-
cipalement au stalinisme et à ses multiples succédanés. A cet
égard, il est au plus haut point significatif que Jürgen
Habermas puisse aujourd'hui expliquer: «En 1938, Sta-
line a codifié le matérialisme historique de façon déter-
minante pour l'avenir. Les recherches liées au matéria-
lisme historique qui ont été entreprises depuis sont encore
largement solidaires de ce cadre théorique» (2) ;
3) que le marxisme fait de l'activité des «individus
vivants» la véritable force motrice de l'histoire, mieux,
qu'il est seul à pouvoir le faire.
Ce faisant, il ne s'agit nullement pour nous de nourrir
l'illusion qu'un «retour à Marx» permettrait à lui seul de
renverser la tendance qui prévaut aujourd'hui. Préconiser
un «retour à Marx », comme d'autres un «retour à Kant »,
ou encore un «retour à Descartes », reviendrait à tout
attendre d'un simple mot d'ordre philosophique. Or, c'est
à bon droit, nous semble-t-il, que Trotsky fait remarquer à
ce sujet: «Le mot d'ordre de «retour au marxisme»
signifie-t-il donc un bond par-dessus la lIe et la Ille
Internationale... vers la l'e? Mais celle-ci a échoué en son
temps. Il s'agit donc en dernière analyse de revenir aux
17œuvres complètes de Marx et d'Engels (...). Rien à objecter.
Mais les bolcheviks ont étudié le Capital, et pas les yeux
fermés. Et cela n'a pas empêché pourtant la dégénérescence
de l'Etat soviétique ni la mise en scène des procès de
Moscou» (3).
Ceci pour dire qu'il s'agit moins, en fait, de revenir à
Marx que de tenter, plus modestement mais plus efficace-
ment, d'aller à lui à partir des problèmes que nous pose
aujourd'hui la tâche de transformer le monde.
Est-ce à dire pour autant qu'il faille adopter ce métho-
dologisme au «profil bas» qui consiste, parce qu'on a en
fait renoncé à «sauver les phénomènes», à faire de la
« méthode» le dernier refuge de 1'« orthodoxie»? On le
sait, Lukacs n'a pas hésité à soutenir qu'un marxiste
orthodoxe pourrait très bien «rejeter toutes les thèses
particulières de Marx sans pour autant, un seul instant,
être contraint de renoncer à son orthodoxie marxiste» (4),
l'orthodoxie se définissant en la matière «exclusivement»
par référence à la «méthode».
A s'engager dans cette voie, on en arriverait très vite à
soutenir que la «méthode» du marxisme, c'est un peu ce
qui reste après que toutes les «thèses particulières» de
Marx aient été réfutées!
A ce marxisme éthéré qui fait de la méthode un caput
mortuum sans consistance, on aura la faiblesse de préférer
cette définition due à Engels: «La conception d'ensemble
de Marx, écrit-il à W. Sombart le 11 mars 1895, ne fournit
pas de dogmes tout prêts, mais des points d'appui pour une
recherche ultérieure et la méthode pour cette recherche ».
Retenons donc que la est avant tout un fil
conducteur pour la recherche, qu'elle fournit ce qu'Engels
appelle ailleurs d'un mot si juste «une directive pour
l'étude» et qu'elle engage en tant que telle la validité de
certaines «thèses particulières », c'est en quoi elle est
précisément méta-ados, chemin vers quelque chose, et non
instrument indifférent.
L'objectif des développements qui vont suivre est
d'amorcer en ce sens une «remise en chantier» susceptible
de frayer des voies à la réflexion hors des sentiers battus de
la vulgate. C'est donc en vain qu'on y cherchera le pro-
18gramme tout tracé d'une quelconque «reconstruction» du
marxisme.
En revanche, on s'y efforcera de rendre leur vigueur
opératoire et critique à certains des concepts de base du
matérialisme historique (rapport social, forces produc-
tives, lutte des classes, etc.). A cette fin, on tâchera de
progresser pas à pas depuis le début, à l'aide de quelques
notions simples.
B. LA PRÉSUPPOSITION PREMIÈRE DU MATÉRIALISME IDSTORIQUE
« On part des individus réels et vivants
eux-m€mes... » (Idéologie Allemande,
p.51).
A la différence de Hegel qui ouvre la Science de la
logique (1812) par un commencement sans présupposition
(1'« Etre pur» comme «immédiateté indéterminée»),
Marx commence d'emblée par présupposer quelque chose.
C'est en quoi il se veut d'ailleurs matérialiste: «C'est de
la terre au ciel que l'on monte ici », la «terre» désigne en
l'occurrence ce sol ferme des «présuppositions réelles»
dont procède la démarche de Marx: «Cette façon de
considérer les choses, indique Marx à propos de sa propre
conception, n'est pas dépourvue de présuppositions. Elle
part des présuppositions réelles et ne les abandonne pas un
seul instant» (5).
Il s'agit de bien comprendre que c'est là, dès ce premier
pas, que s'effectue la rupture avec la philosophie. Car
«présupposer» c'est admettre préalablement à la mise en
marche de la pensée quelque chose d'irréductible à elle,
c'est donc confronter la pensée à ses propres limites, c'est
reconnaître contre l'idéalisme quelque chose qui excède la
puissance de l'Idée, qui ne se laisse pas déduire d'elle de
manière purement immanente, quelque chose qui, pour
cette raison, nous dit Marx, est vérifiable par «voie
purement empirique ». Or, jusqu'alors, la philosophie
- et tout particulièrement la philosophie allemande -
identifiait peu ou prou toute présupposition à un dogme,
19à un acte d'autorité. Il lui fallait donc écarter toute
présupposition, pour commencer en fait par la conscience,
par la pensée, par l'Idée.
Ce fut la démarche que suivirent les jeunes hégéliens
eux-mêmes (ainsi Max Stirner affirme dès les premières
lignes de L'unique et sa propriété: «J'ai fondé ma cause
sur rien»).
C'est justement pourquoi Marx commence l'Idéologie
Allemande par ces mots qui sont une manière d'avertisse-
ment à l'adresse de tous ces «Allemands dénués de toute
présupposition»: «Les présuppositions dont nous par-
tons ne sont pas arbitraires, ce ne sont pas des dogmes, ce
sont des présuppositions réelles dont on ne peut faire
abstraction qu'en imagination ».
Nous voilà donc avertis: n'en déplaise à tous les
idéalistes qui confondent présupposition et dogme, Marx
part, quant à lui, de «présuppositions réelles» qui ne sont
pas des dogmes. Mais que faut-il exactement comprendre
par l'expression de réelles»?
Marx nous dit, aussitôt après la phrase que nous venons
de citer: «Ce sont les individus réels... ». Puis un peu plus
loin, il répétera à plusieurs reprises: «On part des
hommes dans leur activité réelle», «on part des individus
réels et vivants eux-mêmes », etc. Quels sont ces «indi-
vidus réels» qui forment la présupposition fondamentale
du matérialisme historique? Afin de répondre à cette
question, il nous faut consentir à un apparent détour et
observer simplement comment Marx procède lui-même. Il
commence en fait par poser un premier rapport en deçà
duquel parler d'histoire n'a strictement aucun sens. Ce
premier rapport, c'est le rapport de l'homme à la nature.
1) Le rapport de l'homme à la nature
De ce premier rapport qu'est le rapport de l'homme à la
nature, Marx nous dit en effet qu'il est «la présupposition
première de toute existence humaine, partant de toute
histoire». Comment définir un tel rapport?
20Le raisonnement de Marx est très simple: pour faire
leur histoire, les hommes doivent vivre et pour vivre, il
leur faut avant tout satisfaire leurs besoins (<<boire,
manger, se loger, s'habiller et quelques autres choses
encore»). Rien jusque-là, dira-t-on, que de très évident.
Mais que veut dire au juste «être en rapport» ? Faudrait-il
comprendre que l'homme ne fait que se trouver en rapport
avec les choses du monde extérieur en tant que moyens
assurant la satisfaction de ses besoins? C'est là à peu près
ce que pensait Adolph Wagner, professeur d'économie
politique à Berlin dans les années 1870, et c'est encore ce
que pensent, après lui, beaucoup d'autres «maîtres
d'écoles ».
Mais est-il vrai que l'homme commence par «se
trouver en rapport» avec la nature extérieure? Une telle
affirmation, à première vue très innocente, a en fait pour
conséquence d'enfermer l'homme dans un rapport de type
«théorique », c'est-à-dire contemplatif, à l'égard de la
nature (on le sait assez, «théorie» vient du grec «theô-
rein» qui signifie contempler); en effet, si l'homme «se
trouve en rapport », c'est qu'il ne se rapporte pas, c'est donc
que le rapport préexiste en quelque manière à son activité.
Plus précisément, il faut parler ici d'un rapport de type
théorique en ce sens que, pour Wagner, l'homme
commence par évaluer des «biens extérieurs» en fonction
de ses besoins.
Voilà pourquoi Marx soutient, contre Wagner, que
«les hommes ne commencent en aucune façon par se
trouver dans ce rapport théorique avecles chosesdu monde
extérieur ». Il poursuit en expliquant: «A l'exemple de
tout animal, ils commencent par manger, boire, etc. c'est-
à-dire non pas par «se trouver dans un rapport », mais par
se comporter activement, s'emparer de certaines choses du
monde extérieur par l'action, satisfaisant ainsi leurs
besoins (ils commencent donc par la production) ».
Arrêtons-nous un instant sur ce texte remarquable
extrait des Notes critiques sur le traité d'économie poli-
tique d'Adolph Wagner (1880).
Il développe cette idée très forte: l'homme ne
commence pas par «se trouver dans un rapport» avec la
nature, il commence bien plutôt par« se comporter active-
ment» à son égard, c'est-à-dire par «se rapporter» à elle
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