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Pourquoi la pauvreté s'aggrave-t-elle en Afrique noire ?

De
224 pages
Tous les indicateurs socio-économiques permettent de se rendre compte de la dégradation des conditions de vie des populations africaines au cours des trois dernières décennies. Plusieurs facteurs expliquent la détérioration des principaux secteurs sociaux comme celui de l'emploi. Ensuite, l'accès de certaines catégories de population aux services sociaux de base (santé, logement, nutrition) est consérablement rendu difficile tandis que le système éducatif n'est plus en mesure d'offrir à ses bénéficiaires une formation efficiente.
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POURQUOI LA PAUVRETÉ S'AGGRAVE-T-ELLE EN AFRIQUE NOIRE?

Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions Amady Aly Dieng, Les Grands Combats de la Fédération des étudiants d'Afrique noire, 2009. Zeyni El Abidine SY, Géographie de l'insalubrité urbaine :le cas de SaintLouis du Sénégal, 2009. Philippe AS SALE, Les dessous de la crise ivoirienne. D 'Houphouët à Guéï, 2009. Monique aimée MOUTHIEU épouse NJANDEU, L'intérêt social en droit des sociétés, 2009. Nguessé Joachim BANGASSARO COULIBAL Y, Le Mal ivoirien, 2009. Souleymane FOFANA, Mythes et combats des femmes africaines, 2009. Thomas TCHA TCHOU A, Les Bangangte de l'ouest-Cameroun. Histoire et ethnologie d'un royaume cifricain, 2009. Thierry BANGUI, La Chine, un nouveau partenaire de développement de l'Afrique,2009. Gratien MOKONZI Bambanota, De l'école de la médiocrité à l'école de l'excellence au Congo-Kinshasa, 2009. Benjamin MULAMBA MBUYI, Droit des traités internationaux, 2009. Chrystelle GRENIER-TORRES, Expériences de femmes ivoiriennes au cœur de l'épidémie de sida, 2009. Justin KOUMBA, La résolution des conflits au Congo-Brazzaville: l'expérience du Conseil National de Transition (1998-2002), 2009. Hervé CARLOS, Vision africaine d'une crise de l'éducation. A l'école de l'entreprise,2009. Richard FILAKOT A, Le Renouveau islamique en Afrique noire, L'exemple de la Centrafrique, 2009. Francis NKEA NDZIGUE, Les droits de la défense en matière pénale au Gabon,2009. Titinga Frédéric PACERE, Les Origines africaines des Avocats Sans Frontières,2009. Sidi Mohamed OULD BEIDY, L'administration territoriale et le développement local en Mauritanie, 2009.

ESSÈ AMOUZOU

POURQUOI LA PAUVRETÉ S'AGGRAVE-T-ELLE EN AFRIQUE NOIRE?

L'Harmattan

Du même auteur L'influence de la culture sur le développement en Afrique noire, Mars 2009 L'impact de la culture occidentale sur les cultures africaines, février 2009
La sociologie de ses origines a nos jours, mai 2008

Les handicaps à la scolarisation de la jeune fille en Afrique noire, février 2008 Sous le poids de la corruption. Etat de la situation au Togo, Lomé, éditions du verseau, mai 2005

@

L'HARMATTAN,

2009
75005

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@Wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-08668-5 EAN : 9782296086685

AVANT-PROPOS La pauvreté est un phénomène pluridimensionnel qu'il faut définir avec des termes absolus de la Banque Mondiale qui la considèrent comme un état dans lequel l'individu se trouve incapable de se procurer assez de nourriture pour pouvoir mener une vie normale (Banque Mondiale, 1996). Le coût élevé de la vie actuelle, ce chiffre explique l'extrême pauvreté de nombreuses communautés. Mais cette paupérisation en milieu rural et urbain est loin d'inquiéter la plupart des dirigeants africains car malgré l'initiation des projets nationaux ici et là, bon nombre de citadins et ruraux vivent encore prisonniers de conditions qu'il convient de qualifier de misérables: sousalimentés, illettrés, malades, entassés dans des logements sordides, aux taux de mortalité très élevé et avec une espérance de vie très faible (CHAMBERS, 1990). L'expérience vécue par les populations africaines depuis les années 80 jusqu'à ce jour reste particulièrement douloureuse en raison notamment de l'initiation de certaines politiques économiques par le FMI et la Banque Mondiale dans le cadre des programmes d'ajustement structurel. Ces mesures draconiennes ont fait plus de mal que de bien aux individus en ce qu'elles n'ont véritablement pas réussi à redresser les économies africaines, mais ont plutôt contribué plutôt à aggraver les conditions d'existence des pauvres déjà démunis. Par ailleurs, en tant que sociologue, je reste particulièrement sensible à la dévastation des économies africaines par la violence armée. L'Afrique souffre énormément des affres des conflits armés. Outre la tragédie humaine qu'ils provoquent, ces conflits armés coûtent environ 18 milliards de dollars par an à l'Afrique, mettant sérieusement à malle développement. Les armes les plus utilisées dans les conflits sont les fusils d'assaut Kalachnikov. La grande majorité de ces armes et leurs munitions - environ 95% proviennent de l'extérieur du continent africain. L'Afrique ne peut pas se permettre de perdre des sommes aussi colossales. Le prix que paie le continent noir pourrait lui permettre de lutter efficacement contre la pandémie du VIH-SIDA, d'assurer à ses populations l'éducation et l'accès à l'eau potable, la prévention et le traitement de la tuberculose ainsi que de la malaria. Des milliers d'hôpitaux, d'écoles et de routes auraient littéralement pu être construits, affectant de manière positive des millions de personnes. Les peuples africains ne souffrent pas seulement des horreurs physiques causées par la violence, mais les conflits armés mettent également à mal leurs efforts pour échapper à la pauvreté (Ellen Johnson Sirleaf - Août 2007).

INTRODUCTION Les populations africaines espéraient vivre à la fin de l'expérience coloniale une période d'embellie économique, mais depuis l'avènement de l'ère désignée comme celle des "grands travaux", cet espoir s'est estompé et a été supplanté par une période de désenchantement caractérisée par un scepticisme et une apathie qui ont dévoilé le leurre entretenu des décennies par des programmes et politiques de développement projetés. L'Afrique souffre énormément des conflits et de la violence. Après quatre décennies d'indépendance, le vide que cachaient les discours de développement a fini par apparaître au grand jour et la pauvreté progresse; ce scepticisme est exprimé à juste titre par les expressions comme "l'Afrique est mal partie". Si autrefois le marasme économique était perçu comme corollaire du sous-développement, la conjoncture aujourd'hui est plus perçue comme découlant de la crise économique. Car la crise déploie sous des formes variées ses tentacules sur les populations et mine l'économie au niveau des Etats qui n'ont d'autre alternative que de conférer un caractère essentiellement vertical à leurs échanges avec les pays du Nord. En fait, nombre de pays africains au sud du Sahara se retrouvent dans des contradictions diverses: l'inertie des programmes de développement, la crise économique, les déséquilibres budgétaires, les dettes intérieure et extérieure, les tensions sociales et l'exacerbation des divergences ethniques, la malnutrition, la famine, les maladies endémiques, le sida, la pauvreté et la délinquance sont le lot quotidien des populations aussi bien rurales qu'urbaines. Mais aujourd'hui encore, après quatre décennies de tergiversations infructueuses, les experts s'agitent au chevet de ces pays malades en quête de la potion magique alors que les doctrines et théories économiques ont tourné court de façon cuisante. Cette faillite des diverses théories de développement se pose ici donc comme un paramètre essentiel, si nous nous référons à Coquery-Vidrovitch: "Nous sommes dans une période de crise cumulative définie comme crise de processus de développement; crise des modèles de développement et des idéologies qui sous-tendent les politiques et les structures des Etats: crise des savoirs engendrée par l'éclatement des champs de développement et les décalages de la théorie face à des réalités mal analysées" (Coquery-Vidrovitch, 1985) Et Samir Amin se fait l'écho de cette réalité "Si les années 60 avaient été marquées par un grand espoir de voir amorcer un processus irréversible de développement en Afrique, notre époque est celle de la désillusion. Le développement est en panne, sa théorie, son

idéologie font l'objet de doute. L'accord pour constater la faillite du développement en Afrique est hélas général" (Samir Amin, 1971).

Cependant, le déclin des empires coloniaux ne devait-il pas être une transition vers le progrès? La politique de révolution verte mise en place dans plusieurs pays africains ne devait-elle pas juguler l'insuffisance alimentaire? Les stratégies et politiques n'étaient-elles pas centrées sur la promotion d'un développement intégré, autocentré, endogène, participatif, communautaire, etc.? Les diverses mutations et crises qui ont marqué les années 80 et 90 dans nombre de pays en Afrique noire sont si constantes et profondes qu'il s'impose d'explorer de nouvelles voies pour sortir de la précarité. C'est dans ce contexte trouble et confus des programmes de développement à répétition que le Fonds Monétaire InternationalFMI-, la Banque Mondiale - BM - et d'autres organismes ont essayé d'appliquer à ces pays le même remède destiné à tous les Etats victimes de marasmes économiques, modèle outrageusement calqué sur la société libérale. Une telle thérapeutique a abouti à la conception du Programme d'Ajustement Structurel (PAS), du Programme des Nations-Unies pour le Redressement Economique et le Développement de l'Afrique (PANUREDA), du Programme d'Ajustement pour le Redressement Economique (PARE) et à la mise en place de FAS (Facilité à l'Ajustement Structurel). Au Togo par exemple, dès l'année 1979, ces remèdes ont commencé par être utilisés sous la forme du programme de stabilisation économique et deux ans plus tard sous la forme de divers programmes d'ajustement structurel découlant des facteurs endogènes et exogènes. De l'avis des économistes et des sociologues, les déficits budgétaires enregistrés par le Togo sont imputables tant à une gestion calamiteuse des biens publics dans le domaine de la politique des grands travaux qu'aux investissements démesurés dans le domaine militaire. Ces programmes visant essentiellement une stabilisation de l'économie togolaise opèrent à travers un ensemble de conditionnalités ou de moyens destinés à rétablir les équilibres macro-économiques et financiers en vue de réorienter l'économie togolaise dans une dynamique de croissance pérenne. Au nombre de ces conditionnalités, se trouvent: les licenciements découlant de la restructuration des secteurs public et para-public; la dévaluation du franc CFA ; la privatisation des sociétés étatiques; la réglementation de la masse salariale. Tout compte fait, bien de décennies après leur accession à la souveraineté nationale et internationale, les pays de l'Afrique Noire sont toujours à la recherche des repères ou des voies idoines de leur développement. Le moins que l'on puisse dire est que le pari est loin d'être remporté. La pauvreté semble plutôt gagner du terrain à une vitesse vertigineuse. Aussi, après les PAS qui 8

n'ont contribué qu'à envenimer la situation, nombre de pays africains s'enlisent davantage dans la précarité en raison de la domination impérialiste, des problèmes liés aux conflits armés, de l'absence d'une réelle politique de modernisation de l'agriculture, du fléau de la corruption, du manque de politique d'emploi, de l'échec des projets de développement, des effets néfastes du réchauffement climatique et aussi de la procréation anarchique en milieu rural.

9

PREMIERE PARTIE:

LES POLITIQUES ECONOMIQUES DES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS COMME LES PREMIERES CAUSES DE LA PAUVRETE EN AFRIQUE NOIRE

I.

Des paradigmes Afrique noire.

explicatifs

du processus

de développement

en

Depuis deux décennies on voit l'avènement d'une forme nouvelle de pauvreté. A côté de la pauvreté normative qui dérive des facteurs du sousdéveloppement, tels que la traite négrière, la colonisation, le programme d'ajustement structurel, la dévaluation du franc CF A, les facteurs physiques et démographiques, se développe une autre pauvreté désignée sous le vocable de "la nouvelle pauvreté". La caractéristique particulière dans ces dernières années a consisté en ce que la pauvreté s'est urbanisée de plus en plus et a atteint des couches socioprofessionnelles qui, des années plus tôt, étaient prémunies contre le risque de sombrer dans la pauvreté. Dans nombre de ces catégories socio-professionnelles frappées par la nouvelle pauvreté, on compte les cadres supérieurs de l'administration que sont les catégories Al, A2 et les agents permanents de la catégorie B, les jeunes diplômés des enseignements général et technique, de l'Université et des écoles de brevet de technicien supérieur. A cette masse s'ajoute celle des agents victimes de la nouvelle orientation dictée par la thérapeutique des divers programmes: les travailleurs licenciés dans le cadre de la privatisation des entreprises étatiques et para étatiques. Cette nouvelle pauvreté s'exprime dans les sphères urbaines par la précarité alimentaire (64% de personnes ne peuvent s'offrir qu'un ou deux repas par jour), sanitaire (seuls 26% des sujets examinés à l'hôpital ont les moyens de s'offrir les médicaments prescrits), éducative (85 % s'acquittent par tranches des frais scolaires de leurs enfants) et les résultats scolaires de plus en plus catastrophiques (30% de réussite aux examens). (cf. Banque Mondiale, Togo, 1996). L'intérêt pour cette problématique s'explique par son actualité et son acuité: l'ajustement dans toutes les strates engendre une mutation dans le vécu quotidien et par conséquent de notables bouleversements socio-économiques qui entrent dans le champ d'investigations de la sociologie. Par ailleurs, cet ajustement recèle les facteurs véritables de la nouvelle pauvreté dont l'analyse et l'explication sont ici amorcées. n s'impose en conséquence de cerner avec certitude l'ajustement en posant de façon précise la problématique. Les modèles de développement à appliquer aux pays sous-développés ont inspiré dans la seconde moitié du XXè siècle une multitude d'ouvrages théoriques et de stratégies qui seront conçues sous la forme de thèses et de paradigmes. Par paradigme, nous entendons un ensemble de théories et/ou de modèles de développement structuré et appliqué dans une région ou dans une nation en une période donnée. Et aux yeux de Kuhn: " Le paradigme est composé d'éléments ou d'exemples communs réunis dans la pratique par des membres d'une même communauté scientifique, permettant à ces personnes de communiquer facilement et d'atteindre une certaine

unanimité

sans avoir à passer chaque fois par un processus d'abstraction

des

éléments... Le paradigme serait ainsi régi par un groupe précis de savants; il se modifierait selon les découvertes et prendrait une signification différente selon les disciplines auxquelles il s'applique" (Kuhn, 1990: 44)

Une telle conception de Kuhn du paradigme inspirera la réflexion ainsi que les différents modèles et théories tels que Massiah les expose: "Une théorie ou un modèle de développement s'inscrit dans un projet de transformation sociale; il dépend des situations d'une part, et se rattache à une conception plus générale de l'autre. Il se définit comme une cohérence conceptuelle entre les orientations, les objectifs et les moyens. Mais à chaque période, il y a des théories spécifiques" (Massiah, in AIETEC, 2001:5) De ce fait, deux paradigmes ont le statut de fondamentaux dans le processus de développement en Afrique noire. Le paradigme de développement des indépendances nationales de même que celui d'ajustement structurel des décennies 80 et 90. L'unanimité sur les défaillances de l'ajustement structurel a orienté dans une nouvelle perspective les débats sur les politiques de développement. Pour jauger les nouvelles opportunités et les enjeux, il convient d'examiner les bases de l'ajustement structurel, dans sa nature de contrainte théorique et doctrinale s'imposant comme unique politique de développement. C'est pour ce faire qu'il s'impose d'élucider dans une rétrospective la situation et les conceptions ayant présidé à l'ajustement structurel. L'importance du passage en revue des théories et modèles réside en ce que toute saisie de la réalité part d'une optique théorique et surtout dans le fait que la réalité du développement est si dense qu'une théorie unique ne peut la cerner. Pour pouvoir cerner une composante du développement, il est nécessaire de disposer d'une gamme de variables qui proviennent des théories ici sélectionnées pour les exigences de l'analyse. A cette fin, on exposera au premier abord la théorie de développement qui faisait autorité au Sud dans les décennies 50 et 70: le modèle des indépendances nationales, ensuite l'ajustement structurel qui eut son essor dans la décennie en tant que modèle de développement exclusif, puis en dernier lieu la théorie de déconnexion qui a aussi échoué. 1.1. Paradigme de développement des indépendances nationales

La problématique de développement tournait dans les années 50 et 70 autour de la polémique axée sur les types de croissances et les mécanismes y afférant. Cette polémique a accouché de modèles de développement fondés sur 14

l'aide extérieure, la stratégie de développement par l'industrialisation modèle de croissance déséquilibrée ou équilibrée. 1.1.1. La théorie de l'aide extérieure

et enfin le

Pour Chénery, l'aide internationale est passée dans la configuration économique mondiale comme indispensable à l'édification et au développement d'un pays. Fort de ce principe, Chénery conçoit un modèle décrivant la portée de l'aide extérieure dans le passage des pays sous-développés à un statut de développement. Le principe du modèle est érigé à partir du syllogisme:
"

La croissancedépend de l'investissement; or le pays en développement

est incapable de produire pour répondre à une augmentation de la demande; d'où la nécessité d'importer des biens et des services." (H. Chénery,1966). En se fondant sur cette théorie pour qui la croissance est relative à l'investissement, l'analyse en vient à l'hypothèse que la production nationale échoue à répondre à une augmentation de la demande, d'où il se pose la nécessité de faire appel aux importations. C'est ainsi que l'investissement acquiert un statut essentiel pour les économies en développement. Le modèle de Chénery a inspiré des politiques économiques dont la finalité est d'accroître la demande d'investissement et d'encourager les sociétés à y investir. S'y ajoute toujours selon ce modèle une politique d'investissements publics à des fins d'industrialisation. Ce modèle se heurte cependant à l'opposition de Mkandiware qui déclare:
"L'Afrique noire doit savoir que ce n'est pas en dépendant en permanence de l'aide et de traitements préférentiels qu'elle pourra s'intégrer pleinemmt à l'économie mondiale. Ceci ne l'a d'ailleurs pas aidée. L'aide a produit un phénomène de dépendance qui entrave à la fois l'initiative et l'imagination, tandis que les traitements préférentiels nous ont incités à poursuivre des activités qui figent nos structures (Mkandiware,1999) Les défaillances ser d'autres tion. stratégies perçues comme la théorie dans la production des produits primaires." à pen-

dans le modèle

de Chénery

ont conduit

de développement

par l'industrialisa-

1.1.2. La théorie du développement Hirschman et de Furtado

par l'industrialisation

de

Lors des décennies 60 et 70, les stratégies de développement convergeaient vers l'industrialisation perçue comme la voie la plus sûre pouvant assurer le développement (Gillis et al, 1990). Cette théorie à laquelle adhèrent O. 15

Hirschman (1958 et 1984) et C. Furtado (1970) dénie toute possibilité de développement si l'on néglige l'industrialisation. Elle dégage trois types de développement accompagnés des justifications scientifiques pour leur application. De ces types sont l'industrialisation par la substitution d'importations (ISI), l'industrialisation par les industries industrialisantes (III), et l'industrialisation par la substitution des exportations (ISE). Les deux premiers types se réfèrent au marché intérieur alors que le dernier est orienté vers les marchés extérieurs. Dans une perspective identique, le Togo par exemple a initié une politique d'industrialisation dans la décennie 70: Raffinerie, Sotexma, ClMTOGO. Mais cette prolifération d'industries ne put assurer le décollage économique. Cette théorie qui assimile l'industrialisation au développement a perdu de vue que la dynamique de développement doit aussi faire cas de l'aptitude du pays à stimuler financièrement l'industrialisation et à distribuer les ressources découlant de ces industries. Et initier une croissance auto-entretenue à l'échelle d'un pays revient d'une certaine façon à décoller un avion (take off de Rostow); or, il faut arriver au bout d'une vitesse de croisière au sol avant un décollage conséquent de l'appareil. Installer quelques usines est peu décisif, l'industrialisation doit être amorcée @simultanément sur différents fronts de façon à ce que chaque nouvelle unité industrielle bénéficie d'une certaine complémentarité de la part des autres unités initiées dans la même optique. Une vision aussi parcellaire du développement met à jour les insuffisances de la théorie sur la conception du développement qui ne saurait être envisagée sous l'angle exclusif de la production sans faire cas de la manière dont ceci est géré. D'où il découle avec certitude que la théorie du développement par industrialisation n'offre pas par ses stratégies tous les gages de réussite nécessaire au développement des pays l'ayant adoptée. 1.1.3. La théorie de la croissance déséquilibrée La théorie de la croissance déséquilibrée conçue par Hirschman a fait école dans les pays en développement disposant de grandes ressources naturelles. Selon ses vues, les pays non développés devraient accroître leurs déséquilibres au lieu de les faire disparaître parce que le déséquilibre agit comme le moteur des dynamiques de changement, l'économie avançant sur le principe d'une succession de déséquilibres. De nouveaux investissements seront nécessaires pour contourner les obstacles, investissements qui proviendront de l'Etat ou d'autres entreprises. La seule fausse note du mécanisme est que les investissements finissent par montrer leur incapacité à éliminer les déséquilibres s'ils sont centrés sur un seul secteur pendant une longue période. Un examen précis de ces trois modèles de développement fait remarquer qu'ils se focalisent tous sur l'investissement pris donc comme un fonda16

mental du développement. Ainsi, on assimile le développement à la croissance économique. De fait, le paradigme de développement qui a cours lors de la libération politique des pays se place dans le cadre de la décolonisation: après l'acquisition de la libération politique, des voies pour la libération économique ont été balisées. En conséquence, le modèle de développement appliqué est tributaire des luttes de libération. Pour le Togo, l'idée qui a servi de base aux diverses théories de développement est énoncée comme suit: " Le développement ne peut être basé que sur les industries lourdes, fondement d'une accumulation indépendante; sur une réforme agraire qui modernise l'agriculture à partir de l'industrie et la valorisation des ressources naturelles, sur la substitution des importations et le développement du marché intérieur, sur les entreprises nationalisées, sur le contrôle du commerce intérieur" (MPM, 1980:14) Pour les besoins de cette cause, il a été érigé un Etat puissant et souverain, garant de l'unité nationale et sur la base des principes du parti unique. Pour traduire en faits les théories de développement, les autorités togolaises ont initié des actions de développement en concevant et en appliquant trois plans quinquennaux sous-tendus par des finalités spécifiques. Le premier plan quinquennal s'étendant sur l'axe temporel de 1966 à 1970 visait la confirmation de la sécurité alimentaire aux fins d'endiguer la malnutrition. Ceci nécessitait la mise en place d'équipements socio-culturels et la construction de combinats agro-industriels. Entre 1971 et 1975, un second plan fut initié à la suite du premier, qui aspirait à un accroissement de l'efficacité des nouvelles techniques et méthodes puis à la mise sur pied de structures opérationnelles de développement. La priorité donnée au développement lui attribue donc des privilèges se traduisant dans cette allégation du deuxième plan quinquennal:
" le secteur du développement étant prioritaire, iln' existe pas de plafond pour les investissements. Il s'agit de prévoir la mise en place et le financement des projets au fur et à mesure que les résultats obtenus et les études permettent de les identifier" (MPM, 1980: 16).

Le troisième plan quinquennal allant de 1976 à 1980 privilégiait les grandes exploitations et préconisait l'essor des industries extractives et de transformations. Produire pour dépendre moins de l'extérieur était le mot d'ordre dans les années 1976 et 1980. Cette période correspond à l'achèvement des unités industrielles et hôtelières dont la construction avait été amorcée lors du deuxième plan. 17

Malgré ces divers plans et stratégies, ces politiques et théories de développement des indépendances ont fini par mettre au grand jour leur inefficacité à relever les défis du sous-développement et à éliminer ses mécanismes. a.M Albertini,1972). 1.2. Les limites des modèles de développement indépendances des

Ces théories n'ont tardé à dévoiler leurs lacunes et leur inaptitude à remplir les exigences du développement au lendemain des indépendances. L'édification de l'Etat censée se poser comme le stimulus du développement est devenue une fin en soi. Dans la réalité, cette édification a été opérée par le développement de bases sociales spécifiques, la structuration administrative des classes moyennes avec de forts privilèges attribués à l'armée et à la police. La fonctionnarisation croissante et l'essor de l'urbanisation ont conduit à un déséquilibre structurel des fondamentaux a marginalisé économiques

-

budget,

balance

commer-

ciale, balance de paiements.
son application

La politique de modernisation
une masse importante

de l'agriculture

dans

de la paysannerie

pauvre

-

le cas de Sotexma dans la décennie 70 est illustratif. Les entreprises d'Etat ont été dans leur globalité inefficaces, avec une bureaucratisatisation excessive d'où leur retard technologique et commercial sur les multinationales. Cette bureaucratisation s'est accompagnée d'un accroissement de la corruption minant la société. A ce décor chaotique, s'ajoute le recul des libertés et des droits fondamentaux, achevant de remettre en cause la crédibilité des pouvoirs politiques et les stratégies de développement des indépendances. Devant ce modèle de développement dominant des années 60 et 70, la Banque Mondiale afficha un comportement plutôt défensif, avalisant la politique de développement en exhortant à la prise en compte des bases du libéralisme dont le soubassement est la théorie du décollage (Take off) de Rostow qui adhère à la théorie du "rattrapage", point commun de plusieurs approches. Elle soutient un système international axé sur le libre échange et les avantages comparatifs qui prennent en considération les différences entre productivité et coûts de la main-d'oeuvre. Ainsi, s'ébauchent progressivement les politiques suggérées par la Banque Mondiale, qui prennent en ligne de compte les défaillances et les contradictions inhérentes aux politiques précédentes, les critiques et les contrepropositions. La Banque soutient financièrement au départ les industries lourdes et assiste les Etats dans leur édification. Puis elle se démarque ensuite de la priorité accordée à l'industrie lourde et suggère l'approche des besoins fondamentaux, "basic need" et de petites entreprises. L'irruption remarquée des institutions de Bretton Woods dans la polémique sur le développement va réorienter de façon inédite les réflexions sur le 18

développement du Tiers-monde. Dans ce contexte des efforts de développement, on assiste à l'avènement d'une nouvelle ère caractérisée par le consensus de Washington. Cette nouvelle donne se démarque des théories du développement des indépendances et fait fi des particularités sociales des pays en développement: ainsi, le consensus de Washington dans sa conception du développement réfute toute forme d'interventionnisme étatique et décrète la souveraineté du marché. Il va réactualiser les théories de l'avantage comparatif pour illustrer les lacunes des choix d'import substitution. 1.3. Le paradigme du néo-libéralisme et consensus de Washington

1.3.1. Théories néo-libérales

Devant l'inefficacité des modèles de développement adoptés par les Etats, les institutions financières internationales FMI et BM ont conçu dans la décennie 70, des modèles de "croissance ouverte" avec en premier lieu l'application des politiques dites d"ajustement structurel" destinées à reconstituer les grands équilibres macro-économiques. Du point de vue de la théorie néolibérale, le développement se conçoit comme suit: "le développement doit se baser sur la libéralisation, c'est-à-dire la régulation par les marchés et la réduction du rôle des états dans l'économie, sur l' exploitation effrénée des ressources, sur les privatisations des entreprises en difficultés, sur la flexibilité et la pression sur les salaires ainsi que sur la réduction des dépenses budgétaires considérées comme improductives qui se traduit par la réduction des budgets de santé et d'éducation" (Massiah in AITEC, in 2001: 3). Le modèle se base sur une réalité indéniable: les pays africains souffrent de déséquilibres structurels qu'il faut réduire. Devant cette impasse, une simple poursuite des déséquilibres s'avère aléatoire. Le modèle en appelle à une remise en cause des modèles précédents - celui du développement des indépendances

-

et se concentre

plus sur les causes.

Les nouvelles

esquisses

de modèle

se trou-

vent en fait aux antipodes de celles inhérentes aux indépendances nationales considérées ici comme responsables des déséquilibres. En vue d'amoindrir les déséquilibres, le modèle de développement par l'ajustement structurel préconise des mesures dites sensées et pragmatiques: le choix du "tout-libéral" dont le point de départ est le rééquilibrage de la balance des paiements, point essentiel dans le concept de développement à vocation néo-libérale. De là, proviennent les programmes de stabilisation et de réformes structurelles. C'est dans cette optique que plusieurs pays africains dont le Togo ont conclu en 1979 un accord de crédit d'ajustement structurel (CAS) pour la stabi19

lisation des finances, en plus des autres engagements conclus dans le contexte du PAS. Le PAS initial s'étendant de 1982 à 1985, était consacré à une redéfinition des priorités du développement et à la réorganisation de la politique des investissements publics. Le second PAS qui eut cours entre 1985 et 1988 était axé sur l'assainissement des finances publiques, l'accroissement de la qualité des investissements et une plus grande libéralisation des activités industrielles et commerciales. Le troisième PAS s'était imposé comme finalité, le retour de la croissance et la limitation du déficit budgétaire par la réduction des dépenses. Le quatrième PAS qui couvre de 1990 à 1992 aspirait à stimuler l'augmentation du PIB qui générerait une amélioration du revenu réel par habitant et rendrait les prestations sociales performantes. A ceci a succédé entre 1995 et 1998, le programme d'ajustement et de croissance économique destiné à stimuler le PIB, à promouvoir l'emploi, et à endiguer la pauvreté pour revenir au niveau de vie d'avant la dévaluation. Cette période est caractérisée au Togo et dans les autres pays africains au sud du Sahara par de cuisantes conjonctures tant économiques que sociales. En effet, la paupérisation a pris une allure dramatique dans les années 80 et 90 au sein de la population urbaine. La période d'application du consensus de Washington a coïncidé avec un marasme économique se manifestant par la pauvreté généralisée, les pénuries alimentaires, la faiblesse et l'inconstance des rémunérations, le chômage, la déconfiture sociale touchant l'éducation, le logement, l'extension de la délinquance juvénile, autant de maux qui minent le développement des populations africaines. Dans presque toutes les villes africaines, la situation alimentaire a décliné dans la décennie 80, engendrant une malnutrition générale qui affecte la santé des populations. Parallèlement, dans cette décennie la précarité sanitaire devient un problème majeur pour les Togolais en particulier dont 80% ont du mal à s'offrir les services médicaux: au sein des populations aussi bien urbaines que rurales. On assiste à des milliers de décès en raison du manque de centres médicaux ou de la cherté des services sanitaires. A peu près 90% des salariés assistent à une chute vertigineuse de leur pouvoir d'achat devant le coût de la vie qui s'accroît constamment dans le sillage des prix des produits de première nécessité. De même les décennies 80 et 90 ont vu un accroissement sans précédent du taux de la déperdition scolaire et celui des enfants de rue. Un tel recul est imputable aux limites financières des parents qui ne peuvent couvrir les frais de formation, de fournitures ou de scolarité permanemment en hausse: de 3000 FCFA à 10.000 FCFA dans les écoles publiques, ensuite entre 18.000 FCFA à 80.000 FCF A dans les privées, et enfin de 300.000 FCF A à 600.000 FCF A au niveau des écoles supérieures de formation (Données d'enquête de terrain). 20