Présidentielle 2012

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La campagne présidentielle est un marché d'échanges : "promesses" contre "confiance". Des promesses à la portée de toutes les bourses aux promesses oubliées, chaque Français a eu sa part pendant les cinq années de mandature de Nicolas Sarkozy. Cet ouvrage constitue plus qu'un essai sur l'echec de notre président : il met en lumière des préceptes qui s'appliquent à tous les candidats engagés dans la campagne à l'éléction présidentielle de 2012.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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EAN13 : 9782296484894
Nombre de pages : 194
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PRÉSIDENTIELLE 2012























Calixte Baniafouna









PRÉSIDENTIELLE 2012
Et maintenant… la guerre dans les urnes !


























































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96151-7
EAN : 9782296961517
Première Partie
LE RETOUR D’INVENDUS






Tout est la faute à la crise vous dis-je !
Aveuglante crise ! La crise financière intervient en
automne 2008 alors que Nicolas Sarkozy est déjà
complètement dépassé. Courant août 2008, en effet, les
nouvelles du front américain sont inquiétantes. Les
premières faillites bancaires venaient de débuter voici des
mois. La crise des « sub-primes » envoie déjà, depuis des
semaines, des milliers d'Américains au tapis sans que
Nicolas Sarkozy n’ait rien vu venir. Fin août 2008,
quelques jours avant la disparition de la banque d'affaires
Lehman Brothers, Nicolas Sarkozy ne voit toujours rien
venir. Il ne peut donc rien prévenir. Il en est
complètement dépassé. Tétanisé par le krach boursier qui
suit la disparition de la banque d'affaires, il met quinze
jours avant de réagir officiellement. Sans idée ni
leadership, il finit par suivre ses collègues Brown (qui a
imposé le soutien au crédit intra-bancaire) et Angela
Merkel (qui a lancé un plan de relance plus tôt que les
autres). Plus tard, il expliquera que c’est grâce à lui que
la crise n’a pu exterminer l’humanité : aveugle, il vient
de voir clair sur ce qui va sauver le monde. Mystère ! On
aurait pu croire qu’en ne voyant pas venir la crise
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mondiale, il se concentrait sur les réalités européennes.
Le fiasco de l’UMP aux élections européennes lui fait
savoir que « non ! ». Mais, pour celle qui est déjà là, la
crise financière, aussi vilaine soit-elle, elle ne peut
qu’être trop belle pour servir d’alibi à toutes les
incapacités réunies ! Elle a bon dos la crise ! Au
commencement étaient en effet l’argent à flot des valises
des dictateurs africains Bongo, Sassou… (Wikileaks), les
enveloppes de Bettancourt (sa comptable), la contribution
financière des riches français (Bolloré & Cie), les médias
aux ordres... autant d’armes d’emblée inégales pour un
ecombat démocratique sain et digne d’une V République.
Puis viennent l’inquiétude et la déception des Français.
Le pouvoir d’achat dégringole au jour le jour. Le marché
de l’emploi reste bloqué. L’endettement public s’envole.
Les réformes apportent plus de détresses que de bonheur.
La rupture promise par le candidat Nicolas Sarkozy
fonctionne en sens inverse sous le président Nicolas
Sarkozy : ceux qui allaient de l’avant marchent à
reculons. Experts nationaux et internationaux enquêtent
et établissent le rapport : mauvaise gestion des fonds
publics, absence de politique de régulation, faux en
écriture des comptes publics, surendettement du pays,
appauvrissement de la République, comptes publics de la
France laissés filer au profit des Banques et organismes
financiers, perte du triple A… La déception des Français
est à la mesure des objectifs initiaux du candidat Nicolas
Sarkozy car pour se faire élire, Nicolas Sarkozy avait
beaucoup promis. Un constat accablant qui nécessite la
désignation d’un coupable. « C’est la faute à la
Crise ! »… lancent le président de la République et ses
sbires, tous déterminés. La faute à la crise…
absolument ! Mais Mme Lacrise qui ne veut pas du tout
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se laisser faire, non plus, se sent en droit de porter plainte
contre X. Mr Lejuge, saisi du dossier, est catégorique :
« Ici on ne fait pas de politique, Messieurs ! On fait du
droit pénal », lance-t-il, déterminé, lui aussi. L’utilisation
abusive de cette excuse est au cœur du procès. Pas (seule)
responsable, Mme Lacrise a donc porté plainte avec le
soutien des Français des classes moyennes et populaires.
Au tribunal, les rambardes empêchent tout accès à la
Cour d’Assises mais le brouhaha est à la mesure de ce
qui se joue dans ce procès. Dans la salle, les témoins aux
pas perdus défilent à la barre un à un et font des
témoignages accablants sur la manière dont un homme à
la tête du pays a pu occasionner à ce point une spoliation
de la France au profit de quelques banques et
personnalités douteuses. Tout - contre cet homme,
principal intéressé mais manque à l’appel car protégé par
son immunité présidentielle - passe au peigne fin :
personnalité, promesses non tenues, division des classes
sociales, diplomatie approximative, etc. Et à croire que si
Mme Lacrise est effectivement passée par là, elle n’y est
de beaucoup… pour rien !
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La crise ? c’est d’abord ça !
C’est d’avoir promis tant de choses qui ont fini par
cabosser la République et piétiner ses valeurs !
La crise, c’est d’avoir promis qu'il y aurait un
gouvernement restreint à 15 ministres et que nous
dépassons les 30 pour susciter un surcoût annuel à 17
millions d'euros, plus de 250 millions d'euros par an qui
seraient bien plus utiles ailleurs.
La crise, c’est le soir de l'élection présidentielle
française de 2007, le 6 mai 2007, quand fut organisée au
Fouquet's, à Paris, une réception pour célébrer l'élection
d’un homme à la présidence de la République. Cette
sacrée et mémorable soirée privée, érigée en symbole de
l'aspect « bling-bling » reconnu d’un homme, et qui a fait
l'objet de nombreuses critiques au sein des médias et de
l'opposition, la liste des invités faisant une large place à
des personnalités a priori extérieures à la politique mais
possédant une certaine influence médiatique ou
économique. Ces invités que constitue « la bande du
Fouquet's », et accusés officieusement de conflit d'intérêt.
La crise, c’est ce Falcon 900 EX à bord duquel sont
transportés un homme, sa femme, leur enfant et quelques
proches vers le Paloma, ce yacht de 60 mètres pour se
reposer, prendre une petite retraite : c’est cette mini
croisière de trois jours au large de l'île de Malte.
La crise, c’est le prix des frais de bouche pour
l'ensemble du 55, rue du Faubourg Saint Honoré : 12.000
euros par jour, dimanche inclus.
La crise, c’est l’achat d’un Air Sarko One, présenté
officiellement au prix de 176 millions d’euros, alors que
le vrai montant de la facture se chiffre à 259 millions
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d’euros ; c’est le nombre de déplacements passé de 50
(déjà un record !) par an sous Chirac à 70 par an sous
Sarkozy, ce sont 24 heures par semaine passées dans
l’avion.
La crise, c’est la visite en province au coût de 600.000
euros, dont près de 450.000 uniquement pour les frais de
police, pour deux heures passées sur place seulement.
Des chiffres qui n'effrayent personne, à commencer par
celui qui s’en réclame être la première victime pour
justifier la non tenue de ses promesses de campagne.
La crise, c’est l’abus de biens publics que sont les
fonds, les services et les biens de l'État ; c’est d’avoir
enrichi les plus riches et de n’avoir pas écorné le pouvoir
d'achat présidentiel.
La crise, ce sont les affaires GDF, Karachi,
Takieddine, Clearstream, Bettencourt, Wildenstein,
César, Pleyel, Compiègne, Peugeot, Abdallah Senoussi,
Djourhi, mallettes de Bongo–Sassou–et-autres-dictateurs,
Jatte, Fouquet’s, Paloma, Wolfeboro, Bristol, Pérol,
Yannick Blanc, etc.
La crise, ce sont les discours de Dakar, de Caen, de
Metz, de Nice, de Riyad, de Grenoble, de Latran, du Puy
en Velay, etc., etc.
La crise, c’est l'invitation des dictateurs le 14 juillet
2010 sur tapis rouge et petits plats dans les grands.
La crise, c’est l’utilisation de la position de président
pour faire campagne sans le dire et naturellement sans la
faire financer par ses partisans ou par la Françafrique
mais simplement par le budget de l'État et sans que ces
dépenses-là figureront dans le compte de campagne.
La crise, c’est l’admiration, l’apitoiement voire l’envie
que nous devons à un homme, celui-là même qui nous a
divisés en classes sociales pour mieux régner.
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Personnalité… et alors ?
Et alors… le ton est donné par l’analyste politique
Claude Fitoussi pendant que Nicolas Sarkozy est encore
ministre de l’Intérieur : « Il sait qu'une actualité chasse
l'autre. Lorsqu'il est en difficulté sur un sujet, il crée une
actualité sur un autre sujet, ça dissuade les journalistes
d'approfondir la première question », déclare-t-il. Ce
constat résume d’une manière simple et claire à la fois
l’homme et son action à la tête des institutions et de
l’État. Comme un prophète, Claude Fitoussi s’inspire du
présent pour décrire le futur président : « Depuis une
semaine, je sens l'usure de quelqu'un qui s'occupe de tout.
Il veut faire les deux à la fois, ministre et candidat à
l'élection présidentielle (...) Il risque de donner le
sentiment de faire n'importe quoi », explique-t-il. Tout
part de là. Ministre de l’Intérieur, il se fait remarquer par
une série de mini-crises : démission des juges,
arrestations surmédiatisées aux Mureaux ou à Corbeil-
Essonnes, déplacements à l'étranger (États-Unis,
Sénégal), régularisation ultra-médiatisée des sans-
papiers, squatteurs de Cachan, surenchère en matière de
fichage de la population... Un ministre de l'Intérieur que
Libération finit par rebaptiser « ministre de la
Provocation ». Pour une partie de la presse, le raid de
policiers aux Mureaux (Yvelines) est peut-être l'opération
de trop, même si le ministère de l'Intérieur ne semble pas
à l'origine de sa sur-médiatisation. Sous le titre le
« Karcher show », Libération estime en effet qu'à vouloir
« jouer au shérif », le ministre de l'Intérieur risque
« d'exaspérer encore des tensions déjà très fortes dans de
nombreux endroits et d'inquiéter toute une partie de
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l'opinion ». « Si Nicolas Sarkozy n'a pas cherché à
provoquer cet effet, il ne peut nier que cela lui profite. Et
c'est pourquoi son maintien à un poste, qui est une
véritable vitrine pour le candidat, devient de plus en plus
contestable et même risqué pour lui. Car la confusion des
rôles est une arme à double tranchant », écrit
L'Indépendant du midi, cité par Nouvelobs.com.
L'entourage de Nicolas Sarkozy est conscient de ce
problème et le presse de quitter plus tôt que prévu -
théoriquement en janvier 2007 - le ministère de
l'Intérieur. Plusieurs proches de Nicolas Sarkozy lui
avaient déjà conseillé de partir à l'automne 2006 pour ne
pas s'aliéner le vote des jeunes et des minorités. « Il est à
la merci d'une éventuelle flambée de violence dans les
banlieues qui pourrait mettre à mal ses ambitions de
candidat à la présidentielle », juge Manuel Aeschlimann,
son conseiller en communication à la présidence de
l'UMP. François Fillon, un autre de ses proches, rétorque
que tous ceux qui lui conseillent de quitter le
gouvernement, dont l'ex-Premier ministre Jean-Pierre
Raffarin, ne lui rendent pas forcément service : « C'est à
lui de répondre à cette question. Je pense que tous ses
amis qui parlent pour lui de ce point de vue ne lui font
pas un cadeau », déclare-t-il sur Europe 1. Le
Républicain Lorrain rapporte que le Premier ministre,
Dominique de Villepin, qui a donné le sentiment de se
poser à nouveau en chef de la majorité, pense « qu'à jouer
avec le feu, Nicolas Sarkozy va finir par se brûler les
doigts ». Nicolas Sarkozy-candidat ne se brûle pas les
doigts et dévoile au contraire sa politique étrangère. Le
28 février 2007, il invite la presse française et étrangère
dans un grand hôtel parisien pour présenter son
programme sur les grands dossiers internationaux.
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« Dans un monde où le changement est permanent, on ne
peut se contenter d'exprimer les mêmes concepts, les
mêmes raisonnements, les mêmes certitudes », déclare-t-
il. Non sans ambiguïté pour celui qui ne jure que par la
rupture avec ses prédécesseurs : « J'approuve l'action de
Jacques Chirac », ajoute-t-il. Et il s’en justifie : « Ce n'est
pas le prélude à je ne sais quelle table rase », dit-il
jugeant l'action de Jacques Chirac « exemplaire » sur
« bien des aspects ».
D’abord, la dissuasion nucléaire. En matière de
défense, il met peu ou prou ses pas dans ceux de Jacques
Chirac. Il déclare que la dissuasion nucléaire resterait un
« impératif absolu », promet de garantir la crédibilité
politique et technique des moyens de cette dissuasion et
propose d'étendre aux pays voisins de la France cette
« garantie nucléaire ». Nicolas Sarkozy juge inacceptable
la perspective d'un Iran doté de l'arme atomique mais
plaide pour une coopération avec les pays du Sud, en
particulier l'Algérie, dans le domaine du nucléaire civil,
pour leur permettre d'accéder à cette énergie. De même, il
s'engage à maintenir l'effort de défense de la France « au
moins à son niveau actuel » et à y consacrer au minimum
2% du PIB, « le prix de l'indépendance nationale ». Il
estime que l'OTAN ne devait pas devenir, « comme
sembleraient le souhaiter les États-Unis », une
organisation concurrente de l'ONU et plaide pour un
renforcement de la défense et de l'industrie d'armement
européennes. Avec un bémol : il ne juge pas « réaliste à
moyen terme » une « européanisation » de l'utilisation du
deuxième porte-avions dont il souhaite voir la France se
doter.
Ensuite, les relations diplomatiques avec les États-
Unis. Le candidat Nicolas Sarkozy, accusé par ses
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détracteurs d'être « Nicolas Sarkozy l'Américain », salue
« l'amitié profonde » entre la France et les États-Unis.
Mais l'amitié « n'est pas la soumission », ajoute Nicolas
Sarkozy, qui souhaite également que les États-Unis
assument leur part de responsabilité dans le
réchauffement de la planète.
Enfin, dans le reste du monde, il promet la rupture
avec la Realpolitik. Il estime que la France ne peut pas
« se taire » face à une évolution « préoccupante » de la
situation des droits de l'Homme en Russie ou aux
violations de ces droits en Chine et ailleurs dans le
monde. « Ceux qui sont adeptes de la realpolitik ne sont
pas si réalistes que cela. Ils cantonnent l'action
diplomatique à un effort pour ne rien changer à la réalité
du monde. La stabilité est leur mot d'ordre,
l'immobilisme leur obsession », dit-il avec fermeté.
Nicolas Sarkozy prône une approche équilibrée du conflit
israélo-palestinien mettant « sur le même plan » le droit
d'Israël à la sécurité et celui des Palestiniens à un État
viable. Il défend sa proposition d'un « traité simplifié »
pour sortir l'Union européenne de son blocage
institutionnel, et son idée d'une « Union de la
Méditerranée ». Il souhaite que l'axe franco-allemand
reste « fort » mais soit « moins exclusif » dans la
construction européenne. En cela, il juge
« incontournable » l'élargissement du Conseil de sécurité
de l'ONU, afin que « toutes les régions du monde » y
soient représentées, et prône l'octroi d'un siège permanent
à l'Allemagne, l'Inde, le Japon et le Brésil. De l’Afrique,
zone réservée, il dit non pas ce qu’il doit y faire mais ce
qu’il veut que les Français entendent. Se démarquer
nettement de la politique traditionnellement conduite par
la France sur ce continent. Il se prononce ainsi pour une
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présence militaire française en Afrique réduite au « strict
minimum » et souhaite que la France « tourne la page des
complaisances, des ambiguïtés » avec ses partenaires
africains et arabes. « Les relations entre des États
modernes ne peuvent pas dépendre de la seule qualité des
relations personnelles entre les chefs d'État », ajoute-t-il.
Aïeee ! Vous avez bien compris ? Rupture avec la
Françafrique donc ! Dès que Nicolas Sarkozy s’installe à
l’Élysée, doucement les basses, la route est mouillée, ça
dérape ! Certes l’instit et le curé continueront de se tirer
la bourre jusqu’au début des années soixante... mais le
tempérament de Nicolas Sarkozy devrait tout de même
faire réfléchir les Français car « ils ne seront
probablement pas sans conséquences pour eux s’il leur
prenait de se choisir Nicolas Sarkozy comme
Président ! », avait déjà prévenu un visionnaire anonyme.
Mais comment avec de telles promesses, les Français,
aussi hypocrites et ingrats eurent-ils été traités par le reste
du monde ne pouvaient-ils pas élire un tel candidat ?
L’Élysée a ses réalités, que seul ne peut connaitre qu’un
élu qui y signe le bail. Le bail signé à l’Élysée, Nicolas
Sarkozy voit le diable lui terroriser partout alors qu’il
criait fort aux oreilles de ses prédécesseurs que « le chef
du village ne voit jamais le diable ». Il y a donc des
terroristes à l’Élysée. « Aujourd'hui l'adversaire, ce n'est
plus l'empire soviétique qui n'existe plus, c'est le
terrorisme et la prolifération », confie-t-il à Reuters. Il
était déjà grand ami à George Bush sans comprendre
pourquoi celui-ci a-t-il fini par susciter un dangereux
sentiment anti-américain, voire antioccidental dans de
nombreuses régions du monde. Du coup, Nicolas
Sarkozy peine à investir le domaine réservé au Président :
la politique étrangère. Il peine a imprimer sa marque dans
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des domaines qui demandent du temps et de la
perspective. Et finalement le Sarkozysme se résume à la
communication de l'Élysée, le « coup d'éclat
permanent »... Bain de foule qui succède au discours,
dîners au Fouquet’s, croisière en yacht, voyage en jet
privé, villa luxueuse sur la Côte-Ouest des États-Unis, le
tout dans une ambiance de bling bling digne des rappeurs
américains… qui marquent l’immédiate « rupture »
promise lors de sa campagne présidentielle, font émettre
aux électeurs assoiffés du changement des réserves sur ce
style de vie du nouvel élu à l’Élysée. « Après moi,
n’importe qui pourrait diriger la France », lança un jour
François Mitterrand, visiblement excédé par la question
d’un journaliste sur un dauphin éventuel. « N’importe
qui » ! nous y voilà : Chirac après Mitterrand, Nicolas
Sarkozy après Chirac ont tous deux pour point commun
de paraître comme des acteurs de cinéma avec un plus
pour Nicolas Sarkozy, le bling bling.
Le bling bling ? Dans la culture hip-hop, cela signifie
bruit des chaînes en or qui s’entrechoquent au cou des
rappeurs. Les rappeurs américains aiment à porter des
objets ostentatoires de richesse, tels que colliers, bagues
et montres hors de prix sertis de diamants et autres
pierres précieuses. N’étant ni dans les confidences de la
présidence de la République, ni dans ses réseaux d’amis,
il m’est difficile d’affirmer si la collection de Nicolas
Sarkozy contient une pièce de ce genre. Je ne peux pas
dire non plus si elle a quelque chose d’exceptionnel par
rapport à certains Socialistes qui se font engraisser par
certains dictateurs africains dans le royal système de la
Françafrique, qu’aucun homme politique français, de
gauche ou de droite ne veut voir disparaître, justement
pour la raison de la cause. Je me souviens seulement des
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Guignols de l’Info qui ne manquent pas l’occasion de
gloser sur les Rolex de Nicolas Sarkozy. Révélation
confirmée dans le livre de Yasmina Reza, L’aube, le soir
ou la nuit. Mais aussi le bouche à oreille qui a mis la
puce à mon oreille à moi : Sarko posséderait des modèles
de marques Breguet, Breitling, Cartier, Patek Philippe,
Pequignet et Rolex. Rien de choquant pour un président,
quoique d’une République en voie d’appauvrissement !
Ce qui choque, en revanche, c’est l’usage que Nicolas
Sarkozy fait de ce style bling bling dans l’exercice de ses
fonctions de magistrat suprême de la nation France.
L’alerte de l’échec est donnée depuis sa propre famille
politique quand François Léotard, dans son livre Ça va
mal finir publié chez Grasset, dresse ce réquisitoire
impitoyable sur l’action du nouveau président : « Ça a
débuté comme ça. Une élection, une fête, du Champagne.
Et du chiffre d'affaires au mètre carré. C'était pétillant. Je
n'allais pas bouder mon plaisir puisque j'avais voté pour
lui. ». Et de lui flanquer à l’oreille : « Depuis que tu es à
l’Élysée je suis inquiet ». Depuis... la presse écrite s’est
déchaînée sur lui dans le même sens. Nicolas Sarkozy
s’en est ainsi retrouvé avec la triste réputation du
eprésident de la V République dont l’action politique aura
battu le record des diatribes. Et pourtant… qui n’a pas
claqué les doigts – même en sourdine – à l’écoute du
candidat Nicolas Sarkozy en 2006-2007 lors de l’étalage
des promesses « salutaires pour la France » ? Des
promesses à tenir avec des résultats immédiats aux
promesses à long terme en passant par les promesses à
moyen terme, tout y est passé. Tout, au sein de l’UMP,
cette espèce de parti unique. Or, à parti unique, candidat
unique. Nicolas Sarkozy se dresse en chef Suprême !
Honneur. Gloire. Louange. « Un seul Seigneur, une seule
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Foi, un seul Baptême, un seul Dieu et Père », chantent les
catholiques ! « Un seul Peuple, un seul Parti, un seul
Idéal, un seul Combat », scandaient les révolutionnaires
d’un petit pays d’Afrique centrale. Les fondamentalistes
de l’UMP, quant à eux, sont formels : « La droite
française n’a pas besoin de primaires ». À quoi bon ? Elle
a son Guide suprême, son Timonier, son Président
fondateur, son Père de la nation, son Grand Léopard, son
Monarque… Pour la droite française en tout cas, la
preuve est la parole de Nicolas Sarkozy. Dis : « Qui vous
attribue la nourriture du ciel et de la terre ? Qui détient
l’ouïe et la vue ? Qui fait sortir le vivant du mort et fait
sortir le mort du vivant ? Qui administre tout ? »,
s’interrogent les musulmans. Ils répondent : Allah !
Question pour question, l’UMP interroge les Français :
« Qui, seul, fait front à la crise mondiale ? Qui fait le
bonheur des Français et fait la grandeur de la France ? »
Ils disent : Nicolas Sarkozy ! Dis alors : « Ne le craignez-
vous donc pas ? » Et les versets de la sorte sont
nombreux au sein de l’UMP. On nous dit qu’il s’agit là
de l’unicité du parti dans les actions de ses membres :
comme l’invocation, la promesse d’adoration, le
sacrifice, l’espoir, la crainte, la confiance, le désir de
récompense, la peur du châtiment, l’humilité et toute
autre sorte d’adoration dont la preuve réside en Nicolas
Sarkozy. Il est unique. Le seul à être imploré pour ce que
diront les Français. Il n’a jamais engendré, n’a pas été
engendré non plus. Et nul n’est égal à lui. C’est à Nicolas
Sarkozy qu’appartient le nom le plus beau. Invoquez-le
par ce nom et laissez ceux qui profanent son nom : ils
seront rétribués pour ce qu’ils ont fait. Car il a dit : « Il
n’y a rien qui lui ressemble, et c’est lui audient, le
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