PROFESSION QUASI-CHERCHEUR

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Cet ouvrage est l'histoire d'une rencontre improbable entre un quasi-chercheur et une enquêtrice. En chemin, on croisera Morphée, Galilée, Bachelard, Pérec et des chercheurs anonymes. Appétit d'écriture, déperdition d'information, mystère de la création, art de la fuite défileront ainsi au cours de cet entretien biographique truffé d'autres portraits. C'est l'histoire imaginée d'une vie pour ceux qui aiment les vies.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
Lecture(s) : 209
EAN13 : 9782296258013
Nombre de pages : 144
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PROFESSION

QUASI-CHERCHEUR

Entretien biographique avec un idéal type aux confins de la recherche

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Michalis LlANOS, Le nouveau contrôle social, 2001. Zhenhua XU, Le néologisme et ses implications sociales, 2001. Jean-Louis FABIANI, Le goût de l'enquête, 2001. Marcel BOLLE DE BAL, La sociologie de langue française: un enjeu, un combat, 2001. Isabelle RIGONI, Mobilisations et enjeux des migrations de Turquie en Europe de l'Ouest, 2001. Gabriel GOSSELIN, Jean-Pierre LA VAUD (éds), Ethnicité et mobilisations sociales, 2001. Frédéric de CONNICK, L 'hommeflexible et ses appartenances, 2001. Jean-Yves DAR TI GUENA VE, Rites et ritualité, 2001. François SICOT, Maladie mentale et pauvreté, 2001. Aude MOUACI, Les poètes amateurs, 2001. Jean-Olivier MAJASTRE et Alain PESSIN, Vers une sociologie des œuvres, 2001. Sylvie LAGNIER, Sculpture et espace urbain en France, 2001. Françoise MONCOMBLE, La Déliaison, Harlem, Youssef, Ylmaz et les

autres, la politiqe de la ville en question?, 2001.

José ROSE

PROFESSION QUASI-CHERCHEUR
Entretien biographique avec un idéal type aux confins de la recherche

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

José Rose est professeur de sociologie à l'université Nancy 2. Il dirige l'Unité C.N.R.S. « Emploi et politiques sociales ». Il a publié les ouvrages suivants: Disparition ou transformation des formes de l'emploi?, Entretien du CRIEV AT-Laval, Les Presses de l'Université Laval, Québec, Canada, 2001,84 p. Jeunes et abstinence, Forum-IFRAS, Nancy, 1999, 87 p. Les jeunes face à l'emploi, Paris, Desclée de Brouwer, Paris, 1998, 260 p. Le hasard au quotidien: coïncidences, jeux de hasard, sondages, Le Seuil, Point inédit sciences, Paris, 1993, 220 p. Initiation
sondages,

au hasard:
P.U.N., Nancy,

probabilités,
1988,251 poo

estimations,

tests,

La transition professionnelle: les jeunes de 16 à 18 ans, (avec P. Méhaut, F. de Chassey et A. Monaco), L'Harmattan,
Paris, 1987, 198 poo

En quête d'emploi: formation, chômage, emploi, Economica, Paris, 1984 (traduction en espagnol)

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1201-0

Les locaux d'archivage des équipes de recherche recèlent parfois des trésors que de soudains rangements permettent d'exhumer. C'est ainsi que l'on a découvert une série de cassettes d'entretiens répertoriées sous le titre « Quasi-chercheur ». Elles étaient accompagnées de quelques notes manuscrites et d'une retranscription dactylographiée. Le document intégral est restitué ici. Il se compose d'un ensemble de questions/réponses entrecoupées de sous-titres en gras visiblement destinés au repérage des thèmes et accompagnées de commentaires de la main italique de l'enquêtrice. Les documents auxquels se réfère l'interviewé sont également reproduits. Par contre, nous n'avons trouvé aucune trace d'analyse de cet entretien. Ces documents « bruts» devraient pourtant suffire au lecteur pour entrer dans cette histoire de vie et dans cette interaction singulière. Toutefois, si le lecteur est sociologue, il aura peut-être envie d'aller au delà. Qu'il n'hésite pas. Il peut, par exemple, exercer son regard critique sur la façon dont l'entretien a été conduit, repérer les biais et pointer les subtiles relances. Et surtout, il peut tenter de donner un sens à ce matériau. Selon son ancrage méthodologique, il pourra alors à son tour écrire un simple texte de mise en perspective de la restitution de l'entretien, développer de longues paraphrases

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supposées interprétatives, se lancer dans une analyse de contenu sophistiquée ou proposer une approche analytique féconde]. Cela ne changera rien à la vie du quasi-chercheur ici question. dont il est

Entrons donc aussitôt dans le vif du sujet et imaginons la situation. Un homme est confortablement installé dans un fauteuil un peu usé ou sur un canapé vieillot. Une jeune femme sonne. C'est l'enquêtrice. Il la fait entrer. Il ne semble pas surpris et lui propose de s'asseoir. La jeune femme sort son magnétophone et un bloc-notes. L'entretien commence.

1 Une autre lecture de ce document est éventuellement envisageable. Elle consiste à faire l'impasse sur les questions. On se retrouve alors devant un monologue intérieur tout à fait cohérent. Les lecteurs les plus joueurs peuvent aussi tenter de retrouver les questions de l'entretien au seul vu des réponses questions ou réinjecter compatibles des questions de leur cru, voire une avec les réponses et relevant de registres gamme de différents.

Il est même envisageable d'intervertir l'ordre des questions. lire uniquement les questions pour brosser le portrait l'enquêtrice. Bref, on peut chercher sans relâche et trouver

On peut aussi en creux de à foison.

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Nous avions donc rendez-vous...

En effet.
Vous avez accepté de me parler de votre vie... Si cela peut vous être utile. Votre vie professionnelle, J'entends bien. surtout...

Il vous suffira de répondre à mes questions. Pas de problème. Les questions me passionnent. Et bien, recherche? allons-y! Depuis quand date votre envie de

Depuis... Depuis au moins... Depuis très longtemps. C'était un... Il y a au moins... J'ai toujours voulu être chercheur. Toujours. Depuis l'école maternelle au moins. La première fois où l'on m'a posé la sempiternelle question « Et toi petit, tu seras quoi quand tu seras grand? », je n'ai pas hésité un instant: «Quand je serai grand, je serai chercheur ». C'est ce qu'on appelle une vocation précoce... Quand je serai grand... J'avais déjà compris qu'il fallait seulement parler de son futur emploi quand les adultes demandaient aux enfants ce qu'ils feraient plus tard. La vie me paraissait pourtant si vaste. Et il fallait la réduire au travail. Qu'est-ce que je ferai quand je serai grand? Des

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tas de choses. Je ferai des enfants, des voyages, l'amour, la cuisine, des blagues... «Mais tu seras quoi? » Et l'enfant impatient que j'étais déjà répondait sans sourciller: «Demain, je serai plus grand, plus fort, plus curieux, plus libre, plus savant. Demain je serai plus, plus et encore plus. Un point c'est tout ». «Mais je veux dire, comme métier? ». Alors, je lâchais fatigué à tous ces adultes en mal d'étiquettes et d'avenir calibré: «Quand je serai grand, je serai chercheur! » Votre projet devait surprendre... Vocation inhabituelle, il faut le reconnaître. Pompier, garagiste, infirmière... passe encore. Mais chercheur! Que pouvait bien représenter la recherche pour moi, à un âge où, comme chaque enfant, je me contentais de chercher des noises, mes chaussures sous le lit ou le chat chez la voisine? Comment ai-je pu rêver de chercher quand les gifles maternelles s'accompagnaient d'un grave et mystérieux « Tiens! Prends ça. Tu l'a bien cherché! ». Qu'est-ce qui vous attirait dans la recherche? Je voulais sans doute comprendre. Comprendre comment ça marche, d'où ça vient, pourquoi tout ça. J'adorais les jeux de piste, les parties de colin-maillard et je mettais en pièces tous mes cadeaux pour savoir ce qu'ils avaient dans le ventre. Je voulais tout connaître jusqu'aux tréfonds. «Tu n'as pas fini de laisser traîner tes yeux! », se plaignait toujours ma mère. C'était plus fort que moi. Les sens étaient toujours en éveil. J'étais déjà un fanatique des points d'interrogation.
Et qu'en disait votre mère? Ma mère...

Ma mère! Ma mère était plutôt adepte des points d'exclamation. «Tu m'énerves! Arrête avec tes questions! Encore! File! ». Comment peut-on s'entendre lorsqu'on ne partage pas l'intonation? Entre la brièveté enthousiaste et sans réplique de ses exclamations et la suspension de mes interrogations en forme de poupée russe, la rencontre était vraiment improbable. 8

Comment ai-je pu accepter aussi longtemps que le chapelet de mes « pourquoi? » se brise sur le roc de ses « parce que» ? La communication n'était pas simple? Il a bien fallu que je m'habitue à d'échange. Et toutes ces questions sans l'esprit, avivaient ma curiosité. J'adorais voulais comprendre. Comprendre. A défaut de ses hommes pour assouvir ma curiosité. Ses hommes? Elle n'en n'a jamais manqué. Et ses exclamations leur étaient également destinées: «Tu m'énerves! Encore! Arrête! File! Encore! ». Son premier homme, du moins le premier à mes yeux, était un vendeur ambulant au regard prometteur. La rencontre fut brève mais fructueuse. Ma mère cherchait un ouvre-boîtes universel: elle est repartie avec le vendeur. Je suis le fruit inattendu de son appétit et de sa curiosité. «On ne trouve pas toujours ce qu'on cherche» ne cessait-elle de répéter. Et lorsqu'elle a cru avoir trouvé l'amour, il est parti chercher des allumettes. C'était donc votre père? C'est du moins ce que ma mère m'a raconté. Vous savez, quand on est enfant, on a toujours des doutes. C'est encore pire quand on n'a jamais connu son père. De toutes façons, sans expertise génétique, on ne peut jamais être sûr de ses origines. A moins de croire tout ce que votre mère raconte. Mais si l'on se met à croire tout ce que les gens disent de leur vie...
Vous exagérez.

cette forme inaboutie réponses m'occupaient regarder, écouter et je de ma mère, j'ai profité

Un peu en effet. J'ai toujours cru ma mère. En tout cas, cette première aventure la vaccina définitivement contre les questions. Mais pas contre les hommes. A la maison, pendant toute ma jeunesse, les morphées se sont succédés à grande vitesse. Les morphées ? Oui, les morphées. Chaque fois qu'un nouvel homme arrivait chez nous, maman souriait et chantonnait joyeusement: « Ce soir, 9

je vais dormir dans les bras de Morphée! ». Je me demandais évidemment par quel hasard tous ses amours portaient le même prénom. Mais je n'insistais pas. Elle était heureuse et je m'endormais dans leurs éclats, dans leurs émois, dans ses habituelles exclamations. «Encore! Arrête! Chut! Plus fort ! Encore!» Ces injonctions mystérieuses me semblaient paradoxales. Mais j'étais content en observant que je n'étais pas le seul à les subir. C'était sans doute une preuve d'amour. Vous vouliez comprendre pourquoi elle prononçait ces mots? Je n'ai jamais regardé par le petit trou de la serrure de la chambre de ma mère, si c'est ce que vous supposez. J'ai toujours préféré imaginer. L'imagination est plus créatrice que l'observation. Elle nous conduit sur des chemins plus inattendus. Durant la journée, je passais des heures à interroger ces amants de passage. Certains se sentaient tenus de me répondre pour appâter l'amour de ma mère, d'autres y prenaient du plaisir. J'ai beaucoup appris avec ces morphées. J'ai gardé certains de leurs mots. C'est important les mots... L'un d'eux était représentant en almanachs. Un métier saisonnier mais régulier. Avant chaque repas, il annonçait tout fier « Un Morphée, des morfales ». Et ma mère, qui savait les tenir par le ventre, se régalait. Art culinaire et amants de ma mère. C'était sa période gourmande. Ma mère était une excellente cuisinière. Curieuse, inventive, précise. Quel est le rapport avec votre vocation de chercheur? Curiosité, créativité, méthode: elle possédait finalement les qualités de base d'une excellente chercheuse. Tous ces talents, j'en ai... Si j'en avais... J'aurais pu en hériter.
Votre mère était donc cuisinière?

Une grande cuisinière. Je dirais même une érudite culinaire.

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Livres de cuisine Je crois qu'elle tenait cela d'un Morphée vendeur de vieux livres qu'elle avait rencontré sur les quais en cherchant des fleurs. Zola, Proust, Flaubert lui étaient inconnus mais elle évoquait souvent Brillât-Savarin et sa « Physiologie du Goût », Grimod de la Reynière et son «Almanach des gourmands». Les seuls livres présents chez nous étaient des livres de cuisine. Et nous avions un seul disque que nous écoutions tous les soirs de Noël: «Les trois messes basses» d'Alphonse Daudet. Pour nous ouvrir l'appétit, nous écoutions religieusement ces préparatifs de repas de réveillon. J'entends encore la voix gourmande de Fernandel: «Deux dindes truffées, Garrigou ?» «Oui, mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes» «Et avec les dindes, qu'est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine? Grosses comme les truites, Garrigou... ». Grosses comme l'appétit, comme le plaisir de vivre. Auprès de ma mère, perché sur un tabouret, j'ai observé ses gestes et dévoré les recettes de cuisine. J'ai découvert l'art des présentations, des saveurs contrastées et des odeurs annonciatrices. J'ai appris à distinguer les ustensiles de cuisine, ingurgité les noms d'épices comme d'autres apprenaient des vers de Maurice Carême. Barder, apprêter, brider, braiser, chemiser, dégorger, émincer... En entrant à l'école, j'étais incollable sur le vocabulaire culinaire. Et dire que d'autres savent seulement « faire» la cuisine, si tant est qu'ils la fassent encore. On ne fait pas la cuisine, madame, on se laisse faire par elle, on s'y engouffre, on s'en imprègne, on s'en délecte. C'est comme l'amour. Vous appreniez seulement la cuisine? La cuisine, c'est un monde. En ânonnant les recettes, j'ai finalement appris toutes les disciplines scolaires. Le français bien entendu, car la phrase est précise et le vocabulaire riche. Les mathématiques aussi, car on se perd vite dans les proportions et les recettes sont rarement composées pour trois personnes. Les sciences, car il faut savoir maîtriser les températures, distinguer l'aigre et l'amer. La géographie, car chaque repas est aussi un voyage. La seule illustration affichée chez nous était une carte de France des spécialités culinaires et maman la recouvrait de petits drapeaux à mesure de ses découvertes. J'ai appris l'histoire aussi, Il

car les recettes ont un passé que ma mère connaissait sur le bout des doigts. Et même la religion, la notre étant faite de litanies d'aromates, de prières de l'ail et de confession de l'huile d'olive. C'étaient mes recettes. C'était mon école. Ce furent les recettes de ma VIe. Vous êtes devenu un gourmet, un gourmand de la vie... Je me suis gavé de mots et de mets. J'en ai fait mon miel. Vol au vent et panades: voilà comment je pourrais résumer mon enfance. Potages et farces: je n'ai finalement vécu que cela. Le tout bien épicé naturellement. Maman adorait les liaisons et moi les marinades, elle raffolait de sauces gaillardes et moi je restais à la coque. Vous étiez faits pour nous entendre... Vous étiez/aits pour vous entendre, vous voulez dire. Nous étions faits pour vous entendre.
Nous entendre. Et vous pour m'entendre.

Pour vous entendre. Oui, j'étais fait pour l'entendre. J'ai été fait à force de l'entendre. Et de la regarder. Finalement, j'ai tout appris dans ces livres de cuisine. A lire, à compter, à raconter. Toute la connaissance y est concentrée, on peut tout en faire: associer, inventer, expérimenter. Et côtoyer des mystères comme il y en a derrière le petit trou de la serrure. Pourquoi le blanc d'œufmonte-til en neige quand on le bat? Comment le sucre devient-il caramel? Sous quel effet la mayonnaise retombe-t-elle ? Qui a eu l'idée du melon au porto? Les réactions culinaires révèlent l'abîme de notre Ignorance. Et notre insatiable appétit pour la combler... Je restais ainsi des heures à observer ma mère. Ballet de ses mains, valse des ustensiles, vivacité, précision, suspension. Grand comme trois pommes perchées sur le tabouret, je l'assommais de mes questions. Et vous n'obteniez toujours aucune réponse?

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Non. Du haut de sa science culinaire d'autodidacte, ma mère me répondait: « Pourquoi! Toujours pourquoi. Mais je ne sais pas. Parce que. Parce que c'est comme ça ». Alors j'insistais. Pourquoi la mayonnaise est-elle aussi ferme? Pourquoi? Pourquoi? L'essentiel est de savoir comment? Et j'insistais. Mais comment sait-on comment? «Tu m'énerves avec tes questions. T'as qu'a essayer! ». « T'as qu'à essayer! ». Que pouvait-elle me dire de mieux? Sans le savoir, elle m'offrait le plus beau des cadeaux. Je l'ai compris plus tard. Cette petite phrase anodine m'a sauvé car elle m'a autorisé, autorisé à faire, à tenter, à échouer. C'est ainsi que j'ai fait ma vie. En essayant.
En cherchant... Je cherchais à comprendre. Mais je repartais dépité avec mes pourquoi. Alors, je me précipitais vers le Morphée du moment qui me répondait généralement avec gentillesse, quitte à inventer pour être tranquille. J'ai beaucoup appris sur les genoux de Morphée. Chacun avait son domaine de prédilection. Par exemple...

Arbre généalogique Je me souviens d'un spécialiste de la généalogie. Il me racontait le mystère de l'origine de l'œuf et de la poule, le voyage incertain des noms de famille. Dans la sienne, il était remonté à plus de vingt générations. Il prétendait tout savoir sur l'un de ses ancêtres qui avait certainement assisté à la mort de Jeanne d'Arc sur son bûcher: il connaissait son nom, celui de sa femme, son prénom, celui de ses enfants, son lieu de naissance. Bref, il savait tout de lui. Il prétendait qu'un jour, quand il aurait le temps, il remonterait l'arbre de ses ancêtres jusqu'à Noé. C'est important de comprendre d'où l'on vient... Savoir où l'on va, ce n'est pas mal non plus. Savoir comment s'assure la reproduction...

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Je l'ai compris assez vite. C'est l'enchaînement des générations qui est plus complexe. La succession. Chaque famille est caractérisée par la forme de son arbre... La forme de son arbre? Selon les rythmes des naissances et la fréquence des garçons, les arbres généalogiques prennent des formes étonnantes. Morphée les dessinait pour moi, mettant en bas l'ancêtre de référence. Il y avait, par exemple, la croix de Lorraine: un ancêtre ayant un seul fils ayant lui même cinq fils dont seul le troisième se marie et n'a qu'un fils, lequel a trois fils dont le second est le seul à avoir un garçon. Vous me suivez? Je suis spécialiste des histoires de vie... Il y avait aussi la famille croix de Golgotha: un père, un fils, un saint-esprit. Non! Ca ne marche pas. Il faut d'abord un ancêtre ayant un seul enfant ayant lui même un seul enfant qui a trois enfants dont seul le deuxième a un enfant, tous des garçons naturellement. Morphée déclinait ses arbres et j'apprenais le dessin, la logique, 1'histoire. Il y avait la famille sapin où, plus ça va, moins il y a de fils, la famille Obélisque avec toujours la même reproduction par des fils uniques, la famille Tour de Pise qui penche à gauche ou à droite selon que les seuls aînés ou les petits derniers sont les seuls à faire des garçons, la famille chandelier, parapluie, trois-mâts... De quoi faire une véritable typologie... Influence «familiale» complexe. Surtout du côté du « père» (des pères ?). Comment caractériser son origine familiale et sociale?

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