Quand le peuple révoque le président

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" Je ne me souviens pas que le Brésil ait connu quelque chose de semblable " assure un observateur local. D'août à septembre 1992, par une série de manifestations monstres - des centaines de milliers dans de nombreuses villes et un million à São Paulo - Les Brésiliens jeunes et vieux vont précipiter la chute de leur Président corrompu, impliqué dans le " collorgate ". Le Congrès, poussé par la rue, vote " l'impeachment " de Collor remplacé par Itamar Franco.... Mais le peuple brésilien - travailleurs et chômeurs - veut Luis Inacio da Silva, " Lula ", qui dirige le Parti des travailleurs. Lula a raté de peu les présidentielles de 1989. Il y représentait face au privilégié " Fernandinho " Collor, la lutte contre la corruption, le clientélisme, le " caciquisme ", caractéristiques des régimes précédents. L'historien Pierre Broué, présent sur les lieux et bien introduit auprès du PT, écrit la chronique de cette mise à bas d'un président, par la conjonction des forces syndicales et populaires. Une aspiration reliée à la tradition de la révolution française autant qu'aux grands mouvements est-européens des années 1989-90.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
Lecture(s) : 210
EAN13 : 9782296274846
Nombre de pages : 176
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" Conjonctures politiques" Cahier N° 1

Les Cahiers de CONJONCTURES

POLITIQUES

La critique justifiée de l'histoire événementielle et l'essor de l'histoire des structures sociales et des mentalités doivent maintenant aboutir à la pleine réhabilitation de l'histoire politique, dont l'analyse des conjonctures politiques fait partie. Avec les cahiers de Conjonctures Politiques, les Editions L'Harmattan veulent offrir dans un esprit pluridisciplinaire un espace à des textes originaux d'analyse de situations présentes. Volontairement souple, ce projet est constitué de cahiers simples, doubles ou triples (de 64 à moins de 200 pages), afin de permettre des publications adaptées et rapides sur des questions diverses. Il n'y a aucune limitation géographique ou thématique pourvu que sur des enjeux actuels il y ait production d'analyse politique. Directeurs de la collection: Michel Cahen (CNRS, Institut d'études politiques de Bordeaux) et Christine Messiant (Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris). Autres responsables: Patrick Quantin (FNSP, Institut d'études politiques de Bordeaux). Jacques Palard. (CNRS, Centre d'étude et recherche sur la vie locale lEP-Bordeaux). Monique Chajmowiez (Editions L'Harmattan).
" Conjonctures Politiques"/ Editions L'Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005-Paris.

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Pierre Broué

QUAND LE PEUPLE RÉVOQUE LE PRÉSIDENT
Le Brésil de l'Affaire Collor

Préface de Luis Favre Annexe de Luis Inacio "Lula" da Silva

CAHIER WI Janvier 1993

Conjonctures

Politiques
.. . .

L'Harmattan

L'AUTEUR

Pierre Broué est né en Ardèche en 1926. Militant politique, il est entré en 1942 dans la Résistance et y est devenu communiste en 1943. En 1944, il a rejoint le Parti Communiste Internationaliste (IVe Internationale) où il a milité jusqu'en 1989. Militant syndical, il a été membre du bureau national du SNES (secondaire) puis du SNESup (supérieur). Historien, il a particulièrement étudié les révolutions du XXe siècle, Espagne (La Révolution et la Guerre d'Espagne), Russie (Le Parti bolchevique), Allemagne (Révolution en Allemagne 1918-1923), Hongrie (La Révolution hongroise des Conseils ouvriers 1956), Tchécoslovaquie (Le Printemps des Peuples commence il Prague 1968). II est surtout connu par la biographie du fondateur de l'Armée rouge et de la IVe Internationale, Trotsky. Enseignant, aujourd'hui retraité, professeur d'université émérite, Pierre Broué dirige les Cahiers Léon Trotsky, revue historique, et Le Marxisme aujourd'hui, revue militante de discussion, et collabore régulièrement à Démocratie. Invité au début d'août par la municipalité (du Parti des travailleurs) de Porto Alegre pour un séminaire sur l'histoire du XXe siècle où il devait être confronté à M. Fukuyama, il a passé ce mois au Brésil et y a été le témoin passionné du mouvement de masses qui a renversé le président Collor. @ L'Harmattan (sauf Brésil et Portugal) 1993 ISBN: 2-7384-1747-7

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Préface de Luis Favre

11n'est pas nécessaire de présenter Pierre Broué au lecteur français. Ses œuvres d'historien sont connues dans les cercles intellectuels et universitaires et pas seulement en France. Professeur et militant, animateur de revues de réflexion et de recherche sur le mouvement ouvrier, diredeur de l'Institut Léon Trotsky, ses écrits sont marqués du sceau de ses engagements idéologiques aux côtés des opprimés du monde entier. A ce titre et d'un point de vue qui lui est propre, il raconte son voyage au Brésil en plein déroulement du processus qui aboutit à la destitution du Président Fernando Collor de Mello. Le grand mérite de ce livre est de rendre vivante l'action admirable de millions de Brésiliens, véritables protagonistes de l'histoire récente du pays et acteurs principaux du récit de Pierre Broué. Celui-ci ne cache pas d'ailleurs que, au-delà de sa sympathie envers ces hommes et ces femmes manifestant dans la rue, c'est fondamentalement vers le parti que certains de ces manifestants ont bâti il y a plus de dix ans, que vont ses engagements les plus profonds. Le Parti des travailleurs, dont je suis moi-même un militant, constitue le centre du travail ici publié. La place du PT dans ce livre n'est pas, cependant, un produit arbitraire des choix de Broué. Il s'impose à lui, comme à n'importe quel autre observateur de la vie politique du Brésil dans la dernière décennie, dans la mesure où, par l'action de ses militants et de ses dirigeants, ce parti est devenu l'instrument, avec d'autres organisations de la société civile, des aspirations démocratiques d'une part croissante des travailleurs du Brésil. Son existence en est venue à marquer le développement des événements et la vie de tout un peuple, et cela justifie qu'il soit l'objet de rét1exion d'amis et aussi d'adversaires. Il est de ce point de vue incontournable.

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Plus encore, il a fallu bien des évolutions pour que Pierre Broué lui-même (mais ceci est vrai pour d'autres) parvienne à saisir, à l'encontre des thèses du groupe auquel il appartint longtemps, le caractère original, démocratique "et authentiquement socialiste du parti des travailleurs: Qu'il soit devenu un des premiers partis du pays, grâce au rejet des lubies sectaires d'organisations se réclamants du marxisme et également grâce au rejet du chant de sirènes des bureaucrates de tous poils, exige, pour comprendre le comment, qu'on aille jusqu'au bout des remises en cause des vérités éternelles. Le livre de Broué est sûrement pour lui un pas dans cette voie. Cela n'enlève rien à la justesse de certaines critiques qu'il adresse au PT ou à certains de ses dirigeants, dans la mesure où il réussit à tracer les pressions diverses dont ils sont l'objet. de la part de toutes les classes de la société, des regrou~ pements sociaux, politiques et économiques aux intérêts divers. Bref, à j'analyser comme une entité vivante et)menjëu majeur pour l'avenir des exploités du Brésil. En faiSant cela, il participe, avec sa contribution en forme de livre, .à la lutte et '. aux débats des militants du PT eux-mêmes. Comment fut posée la question deJ'Jl1!peachment Je voudrais m'attarder sur l'attitude du,l?T envers le gouvernement Collor avant que la question de l'impeachment n'ait gagné les rues. Dès le lendemain de l'investiture du gagnant des élections de 1989, certains des "partisans intransigeants de l'indépendance de classe" dans le PT, dont Pierre Broué parle dans ce livre, voulaient que le parti lance comme mot d'ordre "Dehors Collar, gouvernement du PT avec Lula président". Cette position "radicale", qui refusait de tenir compte du soutien de millions de Brésiliens à Fernando Collor, aurait abouti à renforcer le gouvernement et à isoler le PT ; elle fut heureusement rejetée. Une année plus tard, la politique de Collar et la tactique d'opposition du PT ayant érodé l'appui à Collor de la majorité du pays, des dirigeants du parti engagent une discussion sur les perspectives de combat contre le gouvernement. Le député

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Alojzjo Mercadante est le premjer à considérer qu'il faut poser la quesÜon du départ de Collor en se servant du plébiscHe sur le parlementarisme et le présidentialisme, prévu seulement pour septembre 1993. Il suggère d'avancer la date du référendum pour le début 1992 et, le pays adoptant le parlementarisme, d'écarter Collor. Un autre député du PT, Helio Bicudo, défend l'impeachment, majs le parti n'a pas d'argumentation juridique pour avancer cette exigence. D'autres considèrent qu'H faut concentrer notre effort dans la préparation des élections murucipales prévues pour la tin de 1992. Le débat est intense. aussi bien dans la tendance majorHaire dénommée "Articulation" que dans la djrection du parti. Dans les débats du comHé régional du PT de l'Etat de Sao Paulo, une résolution rédjgée par Mercadante et moimême posant la question d'en finjr avec Collor par le bjais du référendum, fut adoptée avec le vote de l' "Articulation" et de la tendance anjmée par le député José Genofno. Auparavant, lors d'une réuruon de la Direction nationale, une résolution semblable fut rejetée malgré le soutien de Lula, d'une partie de l''' Articulation", de la "Convergence socialiste" (orgarusation trotskyste qui n'est plus membre du PT) et du courant trotskyste "Démocratie socialiste". membre du Secrétariat urufié de la IVe InternaHonale). Le premier congrès du PT va tourner autour de ces questions (les gauchjstes, eux, se limitent à défendre le slogan "Dehors ColIor"). La résolution adoptée, tout en rejetant les propositions gauchistes, aftIrmait qu'en cas d'aggravation de la crise du gouvernemennt, l'impeachment ou l'avancement du référendum seraient utilisés pour centraliser la lutte contre Collor. Nous sommes alors au deuxjème semestre de 1991) ! La proposWon de réalisaHon anHcipée du plébjscHe, soutenue par les députés du PSDB, PT, PC do B, est rejetée par le Parlement et dénoncée par Collar comme une tentative d'abréger son mandat. Les députés du PT cherchent des preuves des forfaitures du Président et de son entourage, dont les indices de corrupHon sont très forts. Ils réussissent à découvrir des mal versa-

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tions commises par la femme de Collor à la tête d'une société de bienfaisance (LBA. "Légion brésilienne d'assistance"). Plusieurs ministres sont accusés de corruption ou de recevoir des pots-de-vin. Rien d'étonnant alors qu'au moment ou le frère de Collar dénonce les crimes du Président, les députés du PT soient les premiers à exiger la mise en place d'une Commission d'enquête et que l'initiative de constituer le "Mouvement pour l'Ethique en Politique. et d'appeler à des manifestations de rue soit partie de la direction et des militants du PT (Jes députés José Dirceu, José Genoino, Aloizio Mercadante ont accompli un travail ad~nirable. Sans leurs dénonciations. enquêtes et négociations avec les autres partis, le résultat aurait difficilement été le même). De ces discussions, on trouvera ici un aperçu très limité. parce que Pierre Broué ne participe pas à la vie quotidienne du PT et parce que ce n'est pas l'objet de son livre. Mais l'important est ailleurs, dans la réalité qu'il nous transmet. d'un parti situé à l'opposé du monolithisme stalinien. des dirigeants infaillibles et des militants considérés comme quantité négligeable. si répandu dans d'autfCs formes politiques bourgeoises ou "authentiquement prolétariennes". Non pas que le PT soit prémuni une fois pour toutes contre ces déformations ou dégénérescence, mais parce que les expériences antérieures du mouvement ouvrier agissent comme un garde-fou puissant. Dans ce sens, on peut considérer le PT comme Je premier parti de masse post-communiste et postsociaJ-démocrate à intégrer un bilan des expériences négatives de l'histoire universelle du mouvement ouvrier. sans renier pour autant le socialisme. L'existence en son sein de tendances qui revendiquent ces expériences négatives. y compris dans leurs variantes trotskystes ou castristes, ne diminue en rien J'attachement du PT à la démocratie et, Join d'affaiblir le bilan critique du socialisme, le fortifie à leur insu. Ces tendances gauchistes agissent comme de véritables vaccins-repoussohs, renforçant les

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anti-corps existant dans le PT, et cela dans le respect de toutes les positions qui s'expriment très librement chez nous. Un Parti dirigé par les travailleurs L'originalité du PT n'est pas, comme le pensent certains, dans sa capacité à faire coexister des tendances très diverses, qui ailleurs s'entre-déchirent. C'est peu important, même si c'est positif. Le plus important est que, pour la première fois dans l'histoire du Brésil, un parti est constitué par des travailleurs et dirigé par eux. Que la politique soit élaborée et faite par ceux <fen-bas, avec ses erreurs et ses vicissitudes, sans tutelle d'une idéologie, d'une église ou d'une chapelle, voilà ce qui est nouveau et porteur d'avenir. Si parfois, comme le suggère Pierre Broué, notre parti paraît retarder sur les événements, ce peut être le prix à payer pour garder cette originalité, de même que dans tel ou tel propos, semble percer une inconséquence. N'est-ce pas ainsi que se bâtissent et se déploient les forces capables de changer la vie? Or, pour sortir le Brésil du marasme social, économique, écologique et politique où il se trouve, il faudra, au-delà du PT, rassembler des forces très vastes. Pour cela, il faut réunir des organisations démocratiques, populaires et progressistes autour d'un programme de transformations et de réformes qui permettent au peuple de devenir maître de son propre destin. Il y va de l'avenir de la démocratie et de la Jiberté au Brésil. Parce que nous avons agi ainsi, sans esprit de revanche et sans exclusive vis-à-vis de quiconque a exigé l'impeachment de Collor, nous avons contribué à cette victoire de la démocratie et par là même au renforcement du mouvement qui aspire, au-delà de l'affaire de corruption, à résoudre les maux qui détruisent la vie de millions d'hommes, de femmes et d'enfants de notre pays: l'inflation, le chômage et la misère quotidienne. Des événements vailleurs brésiliens donner un coup de celui qui pourfend dont il est question dans ce livre, les trasont tiers. Ils ont contribué puissamment à frein au néo-libéralisme à visage tropical, l'Etat et en même temps s'en sert pour se

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remplir les poches. Ils ont commencé à devenir des citoyens quand ils ont pris leurs affaires en main. Le PT est fier d'y avoir contribué. Luis Favre, décembre 1992 membre de la Commissiondes Relationsintemationalesdu IYf.

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PRÉSENT ATION

Le 1er octobre 1992 au matin, un journaliste s'approche du Palais du Congrès où a eu lieu la veille un vote historique en faveur de l'impeachment (la destitution) du président de la République brésilienne élu en 1989, Fernando Collar de Mello. On est en train de faire le grand nettoyage. Il s'adresse à une balayeuse prénommée Fatima et nommée Teixeira, qui enlève papiers et détritus laissés la veille par la centaine de milliers de manifestants, et lui demande ce qu'elle pense de l'évènement. ' La réponse est très claire. Fâtima explique au journaliste qu'avant cet évènement, la loi ne s'appliquait dans toute sa rigueur qu'" à nous", les pauvres, pas aux" autres", les riches, les puissants. Et elle ajoute, rêveuse: "Peut-être que ça va changer maintenant ". L'homme de Newsweek n'a pas besoin d'aller très loin pour savoir à quoi pense la femme et en qui elle met ses espoirs. La veille, au même endroit, il a vu de ses yeux des dizaines de milliers de visages de tous les âges, avec des travailleurs en grève venus des quatre coins de ce pays immense, transportés de joie, tendus vers la plateforme où allaient apparaître les dirigeants politiques du pays. Dans la foule, un seul homme a brandi un petit drapeau saluant le nouveau président. [tamar Franco, qui succède à Collar.

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Les autres, tous les autres, attendaient Luis Inacio da Silva, Lula, le métallo qui préside le Parti des travailleurs. Quand il est apparu, ils ont scandé son nom, chanté la fameuse " Lula là " de sa campagne électorale où il a été battu de justesse par Collar - et ils exultent. Car ce jour est pour eux la revanche du second tour des présidentielles de 1989, leur revanche. Il est aussi l'annonce de celle qu'ils veulent prendre sur tous les voleurs de l'espèce du Président chassé qui ne manquent pas dans ce pays. Commentant l'agitation populaire au lendemain de l'insurrection du 10 août 1792 et de la chute de Louis XVI, Jean-Paul Bertaud un historien qui vit à des milliers de kilomètres de Brasilia écrit:
« Démocratie directe, justice sociale: le peuple, répètent les sans-culottes, s'est battu pour cela au 10 août et pa" seulement pour renverser "le gros Louis".»

Ainsi se forge l'expérience collective. Peuples el continents s'éclairent l'un l'autre à travers le temps et l'espace, et le faisceau de lumière de leur passé ricoche et esquisse une trace vers l'avenir. Mais les aveugles volontaires qui croient à la "fin de l'Histoire" peuvent-ils le comprendre ? J'étais moi-même au Brésil du 10 au 27 août dans les journées décisives de la montée du mouvement et de la mobilisation de masses. J'ai vécu ces journées avec mes amis brésiliens que je remercie ici d'avoir tout fait pour que je sois dans leur pays un témoin privilégié.

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CHRONOLOGIE

- 8 aoÛt: Echec de la maIÙfestation du PT à Sao Paulo.

- 11 aôut : MaIÙfestation de jeunes à Sao Paulo. - 13 aôut : Collor dénonce les" conspirateurs" et appelle la population à manifester son soutien en arborant le dimanche les couleurs nationales. - 16 aôut : Bataille des Couleurs. Triomphe du noir. - 21 aôut : Manifestation de jeunes à Rio de Janeiro. - 24 août: MaIÙfestation organisée par Brizola à Rio. - 25 aôut : Rassemblements dans tout le pays. 500 000 à Sâo Paulo.
- 26 aôut : Rapport de la CPI.

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aoÛt: Collar à la TV.

- 7 septembre: Manifestations officielles pour la fête nationale: panique dans les rangs gouvernementaux. - 19 septembre: Un million de maIÙfestants à Sao Paulo. - 28 septembre: Vote du Congrès pour l'impeachment de Collor suspendu pour six mois et traduit devant le Sénat. Remplacement de ColJor par Hamar Franco.

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SIGLES

AB! : Association de la presse CPI : Commission parlementaire d'enquête CUT: Cedicale liée au PT EPC : Réseau d'affaires de PC Farias FMI: Fond monétaire international OAD : Ordre des avocats PC do D : PC ex-maoïste POC : Parti démo-chrétien (droite) POS : Parti démocrate social (droite) POT: Parti centre-gauche (Drizola) PFL : Parti libéral (droite) PMOD: Parti du mouvement démocratique (Quércia. Fleury, gauche modérée) PPS : ex PC officiel PRN : Parti de la rénovation nationale, présidentiel PSC : Parti social chrétien (droite) PSOD : Parti socialiste démocrate (centre gauche) PT : Parti des travailleurs (LuIa) UNE: Syndicat étudiant UNDES : Syndicat lycéen VASP: compagnie aérienne (lignes intérieures)

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Chapitre 1

LE COLLORGATE

Dans ce pays où l'influence culturelle nord-américaine est immense, où les enfants se prénomment Washington, Edison, Jefferson, Jackson ou Lindbergh et où la destitution d'un Président s'appelle un impeachment, il n'est pas étonnant que le scandale, sur le modèle de Watergate et d'Irangate, ait été appelé Collorgate, du nom du président de la République qui l'incarne.

Premières alertes
Les trois coups qui annoncent la tragédie n'ont pas été frappés pour le Président lui-même mais pour sa femme, Rosane Malta, 27 ans. Présidente de la Légion brésilienne d'assistance, elle fut accusée d'avoir détourné plusieurs centaines de milliers de dollars vers des organisations caritatives et autres dirigées par des membres de sa famille. Le Président lui battit si froid qu'on crut que, selon l'usage des anciennes monarchies, il allait la " répudier ". Poursuivie en justice. elle dut démissionner de la présidence de la Légion. Le boulet était passé près, mais le Président était indemne. Après la démission de ses ministres de la santé et du travail, compromis dans des affaires d'argent sale, il put se plaindre devant les caméras de TV Globo de son ami Roberto Marinho en mars dernier: la corruption était partout, même

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dans son entourage et elle était pour lui" un poignard dans le cœur" qu'il ne pouvait enlever. Crise familiale Mais presque aussitôt il fut cette fois personnellement mis en cause. L'affaire a commencé comme une banale querelle familiale. Le petit frère du Président, Pedro, 39 ans, était apparemment très fâché parce que ce dernier avait laissé son homme de confiance et ancien trésorier de campagne, Paulo César Farias, dit PC, monter dans l'Etat d'Alagoas une entreprise de presse, le quotidien Tribww, qui allait concurencer sa Gazeta, héritage du père. On peut penser que le petit frère était enragé de voir ses biens menacés et aussi son grand frère lui préférer un "étranger". Il menaça de parler et la tribu, maman Léda en tête, l'envoya promener. Il menaça de parler à la presse et on lui rit au nez. Il ne lui restait qu'à réaliser sa menace s'il voulait être un jour pris au sérieux. Il alla donc raconter aux journalistes que son frère le Président, le grand ennemi des corrompus et des voleurs, en était lui-même un et de grande envergure, qui recevait en toute discrétion des millions de doJlars gagnés dans des affaires inavouables et que lui versait son fidèle collaborateur le peu recommandable Pc. Maman Léda fut chargée de ramener le petit imprudent à la raison. Il commença par plier, confessant qu'il n'avait pas de preuves, puis reprit toutes ses accusations. Maman Léda l'accusa d'être fou. Il demanda à être examiné par des psychiatres qui attestèrent sa santé mentale. Il recevait des menaces de mort qu'il attribuait aux hommes de main de PC Farias. Il passa finalement à l'acte: dans une cassette remise à l'hebdomadaire Veja, il disait posséder des documents susceptibles de faire" tomber" son frère. II présentait ce dernier sous les traits d'un voyou aux habits dorés, adonné à la cocaïne et prosélyte, harcelant brutalement les femmes, y compris ses belles-sœurs, protecteur efficace des tueurs de Pc. Puis il s'exila à Miami, pendant que son frère président le poursuivait devant les tribunaux.

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Quand les bouches s'ouvrent On pensa un instant que l'affaire était enterrée: la corruption est monnaie courante et chacun sait qu'un président s'enrichit, même si ce n'est pas toujours de façon légale. En outre, celui-là était déjà riche. En fait, il était déjà perdu. Il avait contre lui dans cette affaire les employés de banque, les bancarios, dont les puissants syndicats affiliés à la CUT n'avaient pour lui aucune indulgence et ne manquaient pas de moyens à la limite de la légalité pour avoir connaissance des chèques qui parvenaient à son entourage. Il fallut encore des semaines pour que Collor apparut vraiment comme l'accusé d'une affaire d'Etat et non pas, comme l'écrit Le Figaro, la vedette d'une" sombre affaire de famille ". C'est que d'autres scandales remontaient et d'autres victimes parlaient. Ainsi en octobre 1990, le dirigeant de la compagnie pétrolière étatisée Petrobras, Luiz de Motta Veiga, avait démissionné en mettant en cause PC Farias et l'entourage présidentiel qui voulaient le contraindre à consentir à une société privée un prêt sans intérêt de 50 millions de dollars. Il interpellait la presse assurant que PC Farias se comportait en patron occulte dans les coulisses du pouvoir. La revue Isto é interrogeait son chauffeur, Eriberto França. L'homme, qui conduisait de temps en temps également la secrétaire Ana Acioli, révélait les entretiens secrets entre le Président et PC Farias, un afflux important de chèques vers les collaborateurs et la famille du Président, l'intervention de l'argent du "schéma PC", l'Empresa de Participaoes e Construcc5es Ltda ou EPC, dans tous les aspects de la vie des Collor, des salaires aux garde-robe, des maisons aux voitures. Un peu plus tard, le député du PT José Dirceu trouva une autre source d'information dans la personne d'un agent de la sécurité de Collor qui l'accompagnait dans ses déplacements et rencontres discrètes. Dans l'intervalle, une bataille acharnée conçue par le Parti des travailleurs et conduite par le député José Dirceu avait abouti à la constitution d'une commission parlementaire d'enquête (CPI) qui fut rapidement elle-même ahurie de

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