Que reste-t-il de l'autorité en Afrique ?

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Aujourd'hui, le continent africain traverse une crise d'autorité à l'origine de la plupart des problèmes auxquels il est confronté. Les phénomènes des enfants des rues, des enfants soldats, les agitations scolaires, universitaires, les mutineries sanglantes et les insurrections armées ne sont-ils pas des manifestations éloquentes de cette crise ?
Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782296202979
Nombre de pages : 161
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Que

reste-t-iI

de l'autorité

en Afrique?

L'Harmattan-Côte

d'Ivoire

Fodjo Kadjo Abo

Que

reste-t-iI

de 1/autorité

en Afrique?

L'Harmattan

Du même auteur
chez le même éditeur

Pour un véritable rijlexe patriotique

en Afrique:

le cas ivoirien, paru en 2001 et réédité en 2005.

Lettres confessionnelles, paru en 2005.

Qyand l'ambition fait perdre la raison, paru en 2007.

@

L'HARMATIAN,

2008 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan t @wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-06072-2 EAN : 9782296060722

A la mémoire de Kouamé Abo et d'Abenan Assuama, mes père et mère qui m'ont tracé la voie du bonheur ; Au général Gaston Ouassena Koné qui ne cesse de me gratifier de son expérience littéraire; A mon bien cher ami et frère Kalhil Zein qui m'a tant soutenu dans mes écrits; A mademoiselle Donatienne Affoué Edanou, mon assistante qui se dévoue tant pour moi ,. Je dédie ce modeste essai.

Là où l'autorité faiblit ou disparaît, le désordre s'installe et règne en maître absolu avec son cortège de maux que nous lui connaissons. Faisons donc en sorte de la préserver partout où elle doit l'être et de la restaurer partout où elle a perdu sa place. Cela exige de chacun une prise de conscience et une volonté réelle, ferme et constante de la faire prévaloir par-dessus tout. n importe que ceux qui ont le privilège d'être à des places d'autorité prennent toute la mesure de leurs responsabilités et s'engagent à les assumer sans faiblesse. Il est tout aussi nécessaire que tous ceux sur qui pèse un devoir d'obéissance aient pleinement conscience de l'importance de leurs rôles et s'engagent à les jouer avec loyauté et fidélité, sans se créer des complexes et sans se laisser détourner de leurs devoirs par une quelconque considération.

Introduction

Depuis leur accession à la souveraineté, les pays africains sont presque tous confrontés à de multiples crises faisant obstacle à leur développement. De toutes ces crises, s'il y en a une dont on parle le moins, c'est bien celle qui affecte l'autorité. Pourtant, à la réflexion, elle n'est pas moins grave que les crises sociales, les crises politiques, la crise économique et les pandémies qui, elles, alimentent sans cesse la presse et mobilisent aussi bien les classes politiques, les sociétés civiles, les organismes de défense des droits de l'homme, les grandes puissances que la communauté internationale. On pourrait même affumer, sans risque d'exagération, qu'elle est la mère de la plupart des autres. Soulèvements annés de groupes contre les pouvoirs établis, les rébellions qui pleuvent en Afrique à l'heure actuelle sont des manifestations éloquentes de la crise d'autorité. Il en est de même de la participation, à ces insurrections et aux agitations à caractère politique, des gosses qui se sont soustraits à l'autorité de leurs parents. Nombre de jeunes se seraient mis à l'abri des pandémies qui font tant de ravages de nos jours si leurs parents avaient eu une emprise sur eux. On pourrait bien aligner des exemples attestant que la crise d'autorité est à l'origine et au cœur de bon nombre de problèmes et de fléaux déplorés sur le continent africain de nos jours. L'autorité, dont le respect conférait aux sociétés traditionnelles africaines leur cohésion, leur solidarité et leur bonne organisation, a pratiquement volé en éclats. Dans les sociétés modernes, elle est devenue théorique dans presque tous les domaines où elle est nécessaire. Les enfants refusant de se soumettre à leurs parents sont légion. De nos jours, il est de bon ton pour des élèves et des étudiants de traiter d'égal à égal avec leurs enseignants et leurs éducateurs; certains d'entre eux ont même l'outrecuidance de prendre leurs professeurs au collet. La discipline apparaît de plus en plus comme une faiblesse aux yeux de nombreux militaires et 7

assimilés; ils n'hésitent guère à désobéir à leurs chefs, à leur faire subir de mauvais traitements ni à les séquestrer lorsqu'ils en ont l'occasion. Considérée comme une forme d'expression de la démocratie, la défiance des pouvoirs publics est devenue monnaie courante. Les morts mêmes ne sont guère épargnés: leurs esprits, pourtant tout aussi vénérables que ceux des Orientaux et des Occidentaux que nous idolâtrons, sont traités de démoniaques et sans cesse bafoués; le respect de la chose sacrée est en train de perdre sa place dans nos mœurs. Aussi bien dans la famille, à l'école, au niveau de la chefferie traditionnelle, dans les confessions religieuses, dans les armées et les corps paramilitaires, dans l'administration publique, au niveau de la Justice qu'au sommet de l'Etat, l'autorité est en déclin. Dans presque tous les domaines de la vie, ceux qui ont le pouvoir de commander et ceux qui ont le devoir d'obéir ne font bien souvent pas bon ménage. Tout comme leurs manifestations et leurs conséquences, les causes de cette crise sont variées et propres à chacun des domaines où elle est déplorée. Mais, en règle générale, elles proviennent de défaillances imputables soit à ceux qui commandent, soit à ceux qui obéissent. Sénèque disait fort justement que dans un jeu de paume, si la balle se perd, sans nul doute c'est par la faute de celui qui l'envoie ou de celui qui l'attend. Il est évident qu'un chef qui n'a pas le sens du commandement aura du mal à asseoir son autorité; il n'aura pas davantage de succès si, bien qu'ayant toutes les aptitudes requises pour commander, il a affaire à des subordonnés n'ayant pas le sens de la discipline. Le commandement, pour être efficace, requiert des qualités que ceux qui sont à des postes d'autorité n'ont pas toujours. De même, l'obéissance, qui lui donne son sens, exige une disposition d'esprit qui fait défaut à quantité de personnes en position de subordonné. La crise d'autorité, en AtTique, vient avant tout du fait que nombre de personnes investies du pouvoir de commander ne sont pas toujours à la hauteur de leurs missions et que celles qui ont le devoir d'obéir n'ont bien souvent pas le sens de la discipline. Cette crise serait très peu digne d'intérêt si elle n'avait pas de conséquences regrettables; mais force est de constater qu'elle est à l'origine de problèmes aussi multiples que préoccupants. Les échecs scolaires, le désœuvrement de la jeunesse, la corruption des 8

mœurs, le développement de la délinquance juvénile, l'escalade de la violence en milieux scolaires et universitaires, la fréquence des agitations sociales, l'instabilité politique et bien d'autres maux nuisibles à la croissance des pays africains ont des racines dans une crise d'autorité généralisée. Ces Etats continueront à se débattre en vain pour sortir du sous-développement aussi longtemps que la situation restera inchangée, que l'autorité n'aura pas repris tous ses droits. Bien entendu, la restauration de l'autorité, à tous les niveaux, requiert de la part de l'ensemble des acteurs de la vie sociale une prise de conscience de ce mal et une volonté réelle et constante d'y porter remède. Il importe que ceux qui ont le privilège d'être à des places d'autorité prennent la mesure de leurs responsabilités et s'engagent à les assumer sans faiblesse. Il est tout aussi nécessaire que tous ceux sur qui pèse un devoir d'obéissance aient pleinement conscience de l'importance de leurs rôles dans la construction de l'édifice social et s'engagent résolument à le jouer avec loyauté, sans s'embarrasser de complexes et sans se laisser détourner de leurs devoirs par une quelconque considération. De tels efforts ne peuvent être raisonnablement exigés que de personnes en état de commander ou d'obéir. La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a, a-t-on coutume de dire. Le commandement est avant tout un art; et un art ne réussit pas au premier venu: pour le maîtriser, il est indispensable d'avoir les prédispositions nécessaires et de se soumettre à une discipline à la fois rigoureuse et constante. Il est évident que, même avec la meilleure volonté du monde, une personne placée à un poste de responsabilité aura du mal à s'en sortir si elle n'a pas les aptitudes requises pour commander. Quant à l'obéissance, elle n'est pas un art ; mais elle non plus n'est pas accessible à tout le monde; elle exige de celui qui y est soumis une humilité, un état d'esprit propice à la soumission. En somme, elle requiert des sacrifices qu'il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir faire. S'attendre à l'obéissance d'un individu foncièrement récalcitrant, c'est s'attendre à la docilité d'un bouc. Quand bien même on parviendrait à briser sa résistance par la contrainte, il n'y aura pas lieu de se frotter les mains: il aura de quoi prouver qu'on peut conduire un âne au marigot de force mais qu'on ne peut l'obliger à boire. Ces réalités, que nous vivons tous les jours, devraient amener les décideurs à faire preuve de plus de responsabilité dans le choix 9

des chefs et des agents préposés aux emplois subalternes. Mais ce n'est pas ce qu'il nous est donné de constater dans la réalité. Pour des considérations parfois mesquines, il nous arrive de nommer ou de contribuer à propulser des gens à des fonctions pour l'exercice desquelles nous savons pertinemment qu'ils n'ont pas les aptitudes requises. De même, par notre faute, des individus ont pu accéder à des emplois dont l'exercice exige des qualités disciplinaires qu'ils ne possèdent pas. Toutes ces complaisances ont un résultat que nous connaissons. Dans bon nombre de cas, des chefs inaptes au commandement et des agents d'exécution « insubordinables» ont pu se retrouver à leurs places dans des circonstances indépendantes de notre volonté ou nous ayant induits en erreur. Mais dans une infinité d'autres, ces individus doivent leurs situations à notre complaisance ou à notre légèreté; notre responsabilité dans le désordre occasionné par la conduite de ces parvenus est entière. En tout état de cause, la crise d'autorité est un mal; et un mal, quelle que soit son origine, se développe généralement par la faute des hommes. Des punaises peuvent pénétrer dans nos maisons sans que l'on puisse nous reprocher quoi que ce soit; mais si elles y prennent racine et prospèrent au point de nous faire passer des nuits blanches, c'est par notre faute. Nous pouvons avoir de bonnes raisons de dire ou de penser que nous n'avons jamais eu à poser des actes ayant eu pour effet d'engendrer une crise d'autorité dans quelque domaine que ce soit. Mais pouvons-nous affirmer, en notre âme et conscience, que nous n'avons aucune responsabilité dans le développement de cette crise comme phénomène social? Combien sommes-nous à pouvoir dire, en toute sincérité, que nous n'avons jamais eu à favoriser sa croissance par action ou par omission? Une fois au moins, il nous est arrivé de plaider pour un gosse récalcitrant afm de le soustraire au châtiment de ses parents, de banaliser ou de cautionner les mauvais agissements de nos enfants dans leurs écoles, d'intervenir auprès de certaines autorités pour le recrutement ou la promotion de crapules notoires. De même, il nous est arrivé de justifier l'effronterie de journalistes et autres prétendus défenseurs des libertés, de prendre pour des braves des agents traitant d'égal à égal ou ayant engagé un bras de fer avec leurs chefs, de glorifier des agitateurs appelant le peuple à la désobéissance civile ou encore de prendre faits et causes pour des insurgés prétendant défendre un idéal que nous partageons. Les 10

exemples, en la matière, sont si nombreux qu'il serait fastidieux de poursuivre leur énumération. Ce qu'il importe de savoir, c'est que dans chacun des cas cités, nous n'avons fait que favoriser ou encourager l'indiscipline, principale cause de la crise d'autorité qui mine notre société. La promotion de la médiocrité et de l'indiscipline, tout comme la culture de l'impunité, aujourd'hui en vogue en Afrique, sont funestes à l'autorité. Or, une société où celle-ci est inexistante ou affaiblie est inexorablement vouée au désordre et à l'anarchie. Le présent ouvrage n'a pas d'autre but que d'inviter le lecteur à prendre conscience de ce danger et de la nécessité de contribuer à le conjurer en ayant toujours une attitude convenable dans tous les domaines où l'autorité s'avère nécessaire: famille, école, chefferie traditionnelle, confessions religieuses, justice, forces de défense et de sécurité, fonction publique et magistrature suprême.

Il

Chapitre 1 L'autorité parentale en déclin

«Si l'autorité se vendait, j'en ferais le commerce. Trop de parents en ont besoin pour soumettre leurs enfants! » Ces propos, tenus par un notable d'Adoumkro au cours d'un jugement coutumier, prêtent à sourire; pourtant ils traduisent un constat que nous sommes très nombreux à avoir fait: les enfants rétifs sont aujourd'hui légion; rebelles à toute discipline, ils sont tout le temps à couteaux tirés avec leurs parents. Certains poussent l'audace jusqu'à couper les ponts avec les leurs; ils n'hésitent pas à se soustraire à leur autorité et à élire domicile dans la rue. Ces aventures précoces sont hélas devenues un phénomène de plus en plus préoccupant en Afrique. Quantité de grandes villes africaines grouillent d'enfants qui se sont affranchis de la puissance parentale et volent de leurs propres ailes. A peine le jour s'est-il levé qu'on les voit dans la rue ; ils y vendent des journaux ou de la pacotille, surveillent des voitures en stationnement, cirent les chaussures des passants, poussent des véhicules en panne ou embourbés, transportent des colis, cherchent des clients pour des transporteurs et des voitures de places pour des passagers, demandent la charité, commettent des vols, etc. Bien souvent, ces gosses y restent très tard dans la nuit; ils ne songent à aller se reposer que lorsqu'ils ne trouvent plus rien à faire. Les trottoirs, les marchés, les dessous des ponts, les jardins publics, les lieux de culte et les maisons abandonnées ou en construction sont leurs logis; c'est là que la plupart d'entre eux dorment. Qu'il soit victime de ce phénomène ou non, tout père ou toute mère de famille devrait se préoccuper du sort de ces enfants et leur venir en aide dans la mesure de ses moyens. Cette assistance n'est pas forcément d'ordre matériel; de sages conseils prodigués à de 13

jeunes aventuriers valent nettement plus que des jetons qui leur sont jetés par charité. Si, pour une raison ou pour une autre, nous manquons de bienveillance à leur égard, nous devrions au moins éviter de les encourager dans leurs aventures ou de chercher à tirer parti de leur situation. Il se trouve qu'ils font le bonheur de politiciens sans foi ni loi qui les exploitent à satiété. Pour des miettes, ils sont prompts à suivre des arrivistes qui ne trouvent pas immoral de les utiliser à des fms subversives, parfois au prix de leurs vies: les actes de violence perpétrés au cours des manifestations de rue sont en grande partie leur œuvre. Mais la ruée des gosses vers la rue est loin d'être la seule manifestation du déclin de l'autorité parentale. Ce ne sont pas tous les enfants récalcitrants qui abandonnent le domicile familial; beaucoup vivent avec leurs parents tout en ne les respectant pas: ils font ce que bon leur semble; certains se permettent même d'insulter, de molester ou de persécuter les leurs. De nombreux enfants continuent de cheminer avec des gens infréquentables, de s'adonner à l'alcool ou à la drogue, de pratiquer des jeux dangereux., d'avoir d'autres habitudes pernicieuses ou de suivre des politiciens au détriment de leurs études; ils agissent ainsi au mépris des conseils, des mises en garde, des réprimandes et des corrections de leurs parents ou tuteurs. Parmi eux., il y en a qui entrent carrément en rébellion contre les leurs; pour forcer ceux-ci à leur « coller la paix », ils n'hésitent guère à les terroriser, de sorte que la police et la Justice sont parfois appelées à la rescousse. D'autres, très sournois, donnent l'impression d'être attentifs aux conseils qui leur sont prodigués mais font ce qu'ils veulent une fois hors de la maison familiale; bien souvent, c'est avec surprise et indignation que leurs parents apprennent qu'ils ont participé à de mauvais coups, à des jeux périlleux ou à des actes de vandalisme perpétrés au cours de manifestations de rue ou de grèves sauvages. Si nous déplorons le nombre sans cesse croissant des enfants récalcitrants, c'est compte tenu des conséquences néfastes de leurs agissements. Songeons un peu au cas de ceux d'entre eux qui se livrent à des jeux brutaux sur les toits d'autobus en circulation, vivent dans la délinquance, troublent notre repos, prennent part à des parties de vandalisme ou à des insurrections armées ou encore militent dans des mouvements qui ne sont ni plus ni moins que des organisations terroristes. Mais sans doute plus nombreux encore 14

sont les gosses qui sont sages et qui se soumettent docilement à leurs parents. Bien entendu, si, élevés dans un même environnement, certains enfants deviennent récalcitrants et d'autres sages, c'est que leur éducation y est pour quelque chose. Un gamin bien élevé ne peut se permettre de désobéir à ceux qui lui ont donné la vie, encore moins de les invectiver, de leur porter main ou de les persécuter. Il est respectueux de l'âge, de l'autorité établie et des convenances. Vous ne le verrez jamais se disputer une place assise dans un autobus avec des vieillards et des femmes enceintes. S' il lui arrive de vexer ou de mécontenter ses parents à son insu, il se mord les doigts et n'hésite pas à leur présenter des excuses. On a vu des gosses s'enfermer toute une journée dans leurs chambres, pleurer à chaudes larmes ou refuser de manger parce qu'ils se sont aperçus compte, après coup, qu'ils ont contrarié leurs parents. En fait, seule la mauvaise éducation d'un enfant peut l'amener à désobéir à ceux qui lui ont fait voir le jour ou à les braver. Un gosse mal élevé ne s'embarrasse de rien: il ne trouve pas sacrilège de traiter d'égal à égal avec ses parents, de les offenser ni de les passer à tabac. « Tu honoreras ton père et ta mère », dit l'Ecriture sainte. Il est maintes fois arrivé que des adolescents qu'on cherchait à raisonner en leur rappelant ce commandement divin lâchent effrontément: « Il est aussi écrit dans la même Bible que les parents ne doivent pas persécuter leurs enfants. » De nombreux facteurs expliquent l'insoumission et l'insolence des enfants d'aujourd'hui. Mais l'essentiel de ces facteurs est à rechercher du côté de leurs parents. Nombreux sont les pères et mères d'enfants récalcitrants qui sont responsables et victimes des mauvais agissements de ceux-ci. Tout enfant est naturellement capricieux; pour lui, tous ses désirs doivent s'accomplir à l'instant même où il les manifeste. At-il faim? Il exige que sa mère lui tende le sein ou le biberon surIe-champ, fût-elle malade, sous la douche ou dans la rue. Veut-il jouer avec un tison, une bouteille, un couteau une aiguille ou un produit dangereux? Il exige qu'on le laisse faire. Est-il intéressé par un jouet qu'il voit dans une boutique ou dans un supermarché? Il demande qu'on le lui achète séance tenante sans se préoccuper de savoir si sa mère ou son père en compagnie de qui il se trouve a de l'argent sur lui. Refuse-t-il de prendre ses médicaments? Il tient à ce qu'on le laisse en paix, même s'il est très mal en point. 15

En somme, tout enfant, jusqu'à un certain âge, pense que sa volonté doit être toujours faite. Et lorsqu'il est contrarié, il n'hésite guère à faire usage de ses armes favorites: les hurlements et les pleurs. Or, ce ne sont pas tous ses désirs qui peuvent ou doivent être satisfaits: certains sont irréalisables et d'autres funestes. Ses parents, qui le savent mieux que quiconque, doivent se garder de céder sans discernement à tous ses caprices. Une bonne éducation exige que les parents n'accèdent pas à toutes les exigences de leurs enfants de façon aveugle. Sans se préoccuper de leurs humeurs, ils doivent avoir le courage de leur dire non lorsque les circonstances l'exigent. Mais force est de constater que de nombreux parents n'osent pas contrarier les leurs par crainte de les voir pleurer ou de les entendre crier. Quelle drôle de preuve d'amour! Aime-t-on moins son enfant parce qu'on ne l'a pas laissé faire ce qu'il veut? Le hait-on parce qu'on l'a laissé pleurer en ne cédant pas à ses caprices? A-t-on vu, une fois, un enfant mourir de pleurs? Une telle attitude favorise l'insoumission de l'enfant. L'habitude est une seconde nature, a-t-on coutume de dire. Un gosse habitué à avoir toujours le dernier mot continue à ne pas supporter la contradiction lorsqu'il devient grand. Or, il ne peut plus amener son père ou sa mère à faire sa volonté en usant de pleurs et de cris comme il le faisait dans son enfance. La frustration et la tentation de se rebeller naissent alors dans son esprit: il a du mal à comprendre le revirement subit de ses parents, attitude qu'il peut avoir tendance à interpréter comme une perte d'affection. Et pour reconquérir ce qu'il croit avoir perdu, il n'hésite pas à recourir à la violence lorsqu'il ne se résout pas à déménager dans la rue. On a vu des enfants bouder, insulter, menacer, battre, séquestrer ou persécuter leurs parents pour la simple raison qu'ils ont refusé de satisfaire à leurs exigences. Vouloir éduquer un enfant par la complaisance, c'est lui faire du tort, c'est le prédisposer à la désobéissance et à l'effronterie. On peut être rigoureux avec lui sans pour autant compromettre l'amour qu'on a pour lui. Une maxime populaire ne dit-elle pas d'ailleurs que qui aime bien châtie bien? Source de sagesse par excellence, le sentiment de crainte ou d'inquiétude joue un rôle important dans l'éducation d'un enfant. La peur d'avoir honte, de perdre l'affection ou la générosité de ses parents ou d'être châtié peut l'amener à avoir une bonne conduite. Le secret de la bonne éducation réside fort justement dans l'art 16

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