Quelle politique de défense pour la France à l'heure de l'élection présidentielle de 2007 ?

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Le monde est constitué "d'Etats-Nations" auxquels se pose le problème de leur défense, c'est-à-dire la fonction vitale d'assurer leur sécurité, leur paix, leur indépendance. Dans la Vè République, c'est le Président de la République qui est au centre de la défense et de la politique de défense de notre pays. A la veille de l'élection présidentielle, il est important de voir comment le futur Chef de l'Etat va faire éventuellement évoluer, demain, notre politique de défense dès lors qu'il sera installé à l'Elysée.
Publié le : dimanche 1 avril 2007
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EAN13 : 9782296165540
Nombre de pages : 382
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Quelle politique de défense
pour la France à l'heure
de l'élection présidentielle de 2007 ?@
L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattanl @wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-02569-1
EAN: 9782296025691Sous la direction de
Pierre PASCALLON
et
Stéphane MORIN
QUELLE POLITIQUE DE DEFENSE
POUR LA FRANCE A L'HEURE
DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE
DE 2007 ?
L'HarmattanCollection « Défense »
. Le moment n'est hélas pas venu - peut-il d'ailleurs venir? -
où la force militaire pourrait être reléguée dans le
« linceul de pourpre où dorment les Dieux morts», chers à
André MALRAUX.
Le monde est en effet constitué de longtemps sinon de
toujours « d'Etats-Nations» dont le nombre ne cesse de
progresser et progressera sans doute encore au XXIème
siècle s'il faut en croire la prophétie du Père Serge
BONNET: «Le XXIème siècle sera plus encore que le
XXème siècle le siècle des Nations».
. Se pose à ces «Etats-Nations» le problème de leur
défense, c'est-à-dire la fonction vitale d'assurer leur
sécurité, leur paix, leur indépendance, l'obligation de
préserver et de pérenniser les signes forts d'une identité
nationale à travers les accidents de l'Histoire, à savoir: un
territoire et la communauté consciente des hommes qui
l'habitent. On peut convenir en effet d'appeler «politique
de Défense» l'ensemble des mesures et dispositions de
tous ordres prises par le Pouvoir pour assurer la sécurité
et l'intégrité du territoire national dont il a la charge et,
par ricochet, la paix du peuple qui y vit. Pour utiliser les
termes très voisins retenus par l'ordonnance du 7 janvier
1959, la Défense « a pour objet d'assurer en tout temps,
en toutes circonstances et contre toutes les formes
d'agression, la sécurité et /'intégrité du territoire ainsi
que la vie de la population».
. Cette collection entend accueillir les réflexions qui
touchent le domaine de la Défense ainsi défini, domaine
global, multiforme, en constante évolution, en privilégiant
bien sûr le cas de la France et de l'Europe dans un
contexte qui est désormais, ici aussi, de plus en plus
d'emblée« mondialisé »,
Pierre PASCALLONPUBLICATIONS
Dans la collection « Défense»
Défense et renseignement, 1995
Quel avenir pour les drones ?, 1998
Les transmissions militaires, 2000
Quelles perspectives pour le deuxième porte-avions français ?,
2000
Quelles perspectives pour le Transport Aérien Militaire
français?, 2001
Quelle défense pour la France à l'aube duxxlme siècle?, 2001
Quelles perspectives pour le renseignement spatial et aérien
français après le Kosovo?, 2001
La guerre des missiles, 2001
2imeLes Arméesfrançaises à l'aube du siècle
Tome I La Marine Nationale, 2002
Tome II : L'Armée de l'Air, 2003
Tome III : de Terre, 2004
Tome IV : La Gendarmerie Nationale, 2006
Tome V Les Armées françaises à l'heure de
l 'lnterarmisation et de la
Multinationalisation, 2007
Le bouclier antimissiles américain après les attentats du Il
septembre 2001 ?, 2002
Quelle protection du territoire national contre le terrorisme
international?, 2003
La politique de sécurité de la France en Afrique, 2004
Renforcer l'intégration de la Défense dans la Nation, 2004
Demain, les drones de combat?, 2004
Satellites et Grands Drones dans le cadre de la politique spatiale
militaire française et européenne, 2005
La politique de sécurité autour de la Méditerranée, lac de Paix,
2005
Quelles menaces, demain, sur la sécurité de la France?, 2005
La dissuasion nucléaire en question(s), 2006
Les zones grises dans le monde d'aujourd'hui: le non-droit
grangrène-t-illa planète?, 2006Nous souhaitons remercier le Centre d'Enseignement
Supérieur de la Marine (CESM) pour son soutien apporté à
l'organisation du colloque «Quelle politique de Défense
pour la France à l 'heure de l'élection présidentielle de
2007? », qui s'est tenu le lundi 29 janvier 2007, dans
l'amphithéâtre Des Vallières de l'Ecole Militaire. Merci
aussi aux responsables de l'Ecole Militaire qui nous
accueillent toujours avec bienveillance.
Nous sommes reconnaissants aux responsables de DCN
de l'aide qu'ils ont apportée à l'organisation de ce colloque.
Nous disons notre gratitude aux experts politiques de tous
bords qui, en cette période surchargée de début de campagne
électorale, ont accepté de venir nous présenter leur point de
vue sur le futur de notre politique de défense. Merci aussi à
tous les intervenants, «non politiques» mais attachés au
devenir de la défense de notre pays, de s'être «commis»
dans une telle réunion...
Merci aux Présidents qui ont mené les débats avec toute la
maestria que nous leur connaissons.
Enfin, nous aurons garde de ne pas oublier les équipes
respectives du Club « Participation et Progrès» et des
« Cercles de Brienne» qui ont mis sur pieds ce colloque et
publié cet ouvrage en un temps record. C'était un défi qu'ils
ont brillamment relevé pour le plus grand succès de ce
premier évènement organisé en commun.
Pierre PASCALLON Stéphane MORIN
Président Président
Club « Participation et Progrès» Cercles de BrienneSOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE page 11
PARTIE I : EVOLUTION DU CONTEXTE GEOSTRATEGIQUE DE
NOTRE POLITIQUE DE DEFENSE: LES ENJEUX ET LES DEFIS
page 31
PARTIE II : LA DISSUASION NUCLEAIRE EN QUESTION(S)
. . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . ... .. . . . ... page 115
PARTIE III : PROJECTION ET ACTIONS EXTERIEURES
... page 189
PARTIE IV: DEFENSE NATIONALE ET COOPERATION
INTERNA TIONALE
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... page 243
CONCLUSION: COMMENT MIEUX FAIRE PARTAGER ET
PARTICIPER, DEMAIN, LE PARLEMENT ET LA NATION A LA
POLITIQUE DE DEFENSE?
page 291
SYNTHESE GENERALE .. .. .. .. .. .. ... .. ... page 329
ANNEXES .. ... ... ... ... ... ... .,. ... .. ... page 333
BIBLIOGRAPHIE... ... ... page 369
TABLE DES MATIERES page377INTRODUCTION GENERALE
par
Pierre PASCALLON
ProfesseurAgrégé de Faculté
Président du Club « Participationet Progrès»
Le monde est constitué de longtemps, sinon de toujours,
« d'Etats-Nations ». Se pose à ces «Etats-Nations» le
problème de leur défense, c'est-à-dire la fonction vitale
d'assurer leur sécurité, leur paix, leur indépendance.
On conviendra donc d'appeler «politique de défense»
l'ensemble des mesures et dispositions de tous ordres prises
par le Pouvoir pour assurer la sécurité et l'intégrité du
territoire national et - par ricochet - la paix du peuple qui y
vit. Pour le dire en reprenant les termes de l'ordonnance du 7
janvier 1959, la défense «a pour objet d'assurer en tout
temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes
d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire ainsi que la
vie de la population ».
VèmeDans la République, c'est le Président de la
République qui est au centre, au cœur, de la défense et de la
politique de défense de notre pays. Chef des Armées, il en
est l'homme clef. Aussi bien, à la veille de l'élection
présidentielle, il est important de voir comment le futur Chef
de l'Etat va faire éventuellement évoluer, demain, notre
politique de défense dès lors qu'il sera installé à l'Elysée.
On voudrait avancer - à la lumière des acquis de notre
politique de défense, hier - que cette politique de défense de
la France sera, demain, comme par le passé, toujours obligée
ou quasi obligée, et, par là même - deuxième axe -, qu'elle
sera demain touj ours consensuelle ou quasi consensuelle.
-11-LA POLITIQUE DE DEFENSE DE LA FRANCE, DEMAIN,
COMME HIER, TOUJOURS OBLIGEE OU QUASI OBLIGEE
Il est vrai qu'on peut observer que le cours du temps n'a
pas altéré de manière significative la ligne de conduite de la
politique française de défense contemporaine.
C'est qu'en effet - on croit possible de le soutenir - la
politique de défense de la France est obligée ou quasiment
obligée par les contraintes qu'elle ne doit cesser de prendre
en compte: les permanentes d'une part et, à
chaque époque, les contraintes du moment, d'autre part.
La politique de défense de la France, demain, comme
hier, toujours obligée ou quasi obligée par les contraintes
permanentes qu'elle doit prendre en compte
1- Les contraintes permanentes? C'est, bien sûr - à
considérer à plein par notre politique de défense - les réalités
historique et géographiquel de notre pays, son rang et son
autorité dans le monde.
Les déterminants de notre politique stratégique séculaire
sont bien donnés, en effet, pour l'essentiel, par notre
configuration géopolitique, celle d'un pays posté depuis
toujours au carrefour des nations, des mers et des continents
- « Cap occidental du continent eurasiatique », selon la
formule ressassée -; un pays à mi chemin entre l'Est et
l'Ouest, partie prenante de l'Europe - au point que Marc
BLOCHassure qu'il « n a pas une histoire de la France,'y
mais une histoire de l'Europe» -, et partie prenante de
l'Occident...; un pays hybride, tiraillé entre ambitions
continentales et maritimes, qui est, selon l'analyse juste de
Pierre DABEZIES, tout à la fois une «presqu'île»
- prolongement des terres continentales vers l'Atlantique,
mais aussi symbole de l'emprise de ses voisins européens sur
1
On pense, bien sûr, à NAPOLEON:« Toute la politique d'un Etat est
dans sa géographie ».
-12-la définition de sa politique nationale -, et un « isthme », lien
terrestre unique entre l'Océan et la Méditerranée2 ; un pays
« charnière », selon l'heureuse expression de l'Amiral Jean
DUFOURCQ3, avec les différentes directions qui constituent
ainsi son héritage stratégique et, plus spécialement, les 3
principales directions géostratégiques: l'axe continental,
l'axe océanique, l'axe sud.
2- Ces contraintes permanentes - la prise en compte de
ces contraintes permanentes - nous donnent l'axe central,
obligé - de toujours, ou au moins dans la période
2ème2èmecontemporaine: partie du x:xème siècle, après la
guerre mondiale, à nos jours - de notre politique de défense;
la ligne de force directrice, quasi obligée, de notre politique
de défense qui va, pour l' essentie14, viser à préserver la
sécurité et l'indépendance de la France, tout en cherchant
pourtant à coopérer autant que faire se peut à la sécurité de
l'Europe et de l'Occident; une politique condamnée à
chercher un équilibre impossible entre la préservation de la
sécurité et de l'indépendance de la France et sa contribution,
solidairement avec ses alliés, à la sécurité et à la défense de
l'Europe et de l'Occident, voire du monde.
3- Dans cet esprit, on ne se hasarde guère à avancer que,
demain, après l'élection présidentielle, notre politique de
défense - comme hier, comme aujourd'hui - devra toujours
- axe directeur majeur, central, obligé ou quasi obligé,
compte tenu de cette contrainte permanente touchant à la
réalité historique et géographique de notre pays - chercher à
concilier au mieux sécurité et préservation de notre territoire
2 P. DABEZIES : « L'exception française », dans Stratégique, voLl, nOS3,
1992.
3
J. DUFOURCQ : préface à A. DUMOULIN (sous la direction de) : France-
OTAN. Vers un rapprochement doctrinal, Bruylant, 2006, PXXI.
4
Il y a « l'axe sud» qu'il faudrait bien sûr mieux prendre en compte
aussi, dans la suite de cette réflexion.
-13-national et contribution active avec nos alliés à la sécurité de
l'Europe et de l'Occident, sinon, désormais, de l'ensemble
mondial s.
*
* *
Mais il n'y a pas - pour notre politique de défense - à
prendre en compte seulement les contraintes permanentes
que l'on vient de présenter. Notre politique de défense et de
sécurité doit simultanément s'inquiéter des contraintes du
moment.
La politique de défense de la France, demain, comme
hier, toujours quasi obligée par les contraintes du
moment qu'elle doit aussi prendre en compte
Il est vrai que l'axe central, directeur, majeur, de notre
politique de défense - donné par les contraintes permanentes,
structurelles que l'on sait - va être spécifié davantage encore
en prenant en considération, dans le même temps, les
contraintes plus conjoncturelles, les contraintes du moment.
1- Les contraintes conjoncturelles, les contraintes du
moment?
Il est clair que notre politique de défense va être, à chaque
époque, fortement déterminée par la double contrainte
- « externe» et « interne» en quelque sorte - du moment.
- La contrainte « externe» du moment?
On veut parler, bien sûr, de la situation internationale
prévalente, la puissance mondiale dominante sur le plan
économique et militaire.
5
D'où l'importance prise par la « projection », « l'intervention
extérieure », dès les années 90... avec notre « armée professionnelle de
projection» ; préoccupation qui va demeurer demain.
-14-- La contrainte « interne» du moment?
de notreC'est l'état économique et politique interne
nation à l'époque considérée.
2- Il est sûr qu'en prenant en considération les contraintes
plus conjoncturelles - et les fluctuations, les modifications
apparues dans ces contraintes -, on va voir que la figure
d'ensemble de notre politique de défense autour de l'axe
central, directeur, exposé ci-dessus, a pris des visages
particuliers, plus précis.
Au risque de trop simplifier, on peut avancer que l'on va
avoir ainsi, après 45, trois « figures» de notre politique de
défense par rapport à sa physionomie d'ensemble
permanente, définie plus haut.
a) Il est vrai que, compte tenu de la menace soviétique
après 1945, de l'affaiblissement de notre économie à cette
époque, il semble bien que la France ne pouvait qu'envisager
- malgré la contradiction des deux termes ainsi rapprochés6 -
un système de défense... collective sous l'égide des Etats-
Unis. C'est bien « le temps de la défense collective» : 1945-
47à1958.
b) Puis la tension internationale étant retombée, dans le
même temps où la garantie américaine se faisait plus
précaire, notre pays ayant retrouvé des forces sur le plan
économique et des institutions stables ne pouvait qu'essayer
de construire un système de défense indépendant.
C'est le « temps de la quête d'une défense plus
indépendante» : 1958 à 1974, même s'il ne faut pas oublier
- qui relativise de beaucoup le trait précédent - que
simultanément, dans les années 60, où le Général DE GAULLE
constitue la force de dissuasion nationale, il ouvre la voie à
6
Il faut souligner,en effet, l'antinomie entre les deux termes rapprochés
à dessein: la défense, attribut d'une nation, fonction vitale d'un Etat; et
la défense... collective où la responsabilité de la sécurité échappe
précisément à la nation, à l'Etat-Nation considéré.
-15-la «défense européenne» avec la réconciliation franco-
allemande du Traité de l'Elysée de 1963.
c) Enfin, le renouveau, sur le plan externe, de la guerre
froide et de la menace soviétique, la crise et les difficultés
économiques internes ne pouvaient qu'amener notre pays,
cœur de l'Europe et résumé de l'Europe, à tenter de mettre
sur pied un système de défense... national, plus intégré à
l'ensemble européen, sinon atlantique. C'est le «temps du
retour à une défense plus intégrée»: à partir, donc, des
années 74-75.
Il est vrai que, depuis ces années 70, notre pays ressent la
nécessité tout en gardant au mieux son souci
d'indépendance et de sécurité, son souci du «sanctuaire»
national, avec sa dissuasion stratégique nationale
d'apporter à sa politique de défense une « inflexion européo-
atlantiste»: la défense «hors du sanctuaire », pour parler
3èmecomme Louis GAUTIER?Il y a, en effet, une espèce de «
voie» pour notre politique de défense; une forme différente
- un peu différente - par rapport à l'après-guerre: période de
la «défense collective », et par rapport à la de
«l'hérésie gaulliste» : période de la quête d'une «défense
plus indépendante» puisqu'il s'agit désormais avant tout de
mieux prendre en compte la dimension historique et
géographique européenne de notre pays, de mieux traduire,
d'une façon ou d'une autre, la réalité, l'existence de
« l'Europe », et donc la potentialité, sinon la réalité, d'une
« défense européenne », avec la participation accusée de nos
forces militaires à la sécurité de l'ensemble ouest-européen
et aux capacités d'interventions extérieures de l'Union
Européenne.
Mais, ceci étant dit, l'unité de cette période depuis la
années 70 sous le thème: «défense plus intégrée avec
inflexion européo-atlantiste », ne saurait nous dispenser de
7
L. GAUTIER:La défense hors du sanctuaire: la politique militaire de
la France, 1990-1995, Septentrion, 1997.
-16-préciser - en fonction des évolutions des contraintes du
XXèmemoment dans les dernières décennies du siècle (avec,
bien sûr et surtout, les changements géostratégiques de 1989-
1991, l'apparition de l'hyper-terrorisme en 2001,...) - les
différentes expressions prises par cette politique de défense
plus intégrée, le contenu de ces différentes formes de notre
politique de défense sous les présidences successives de
Valéry GISCARD D'ESTAING, François MITTERRANDet
Jacques CHIRAC.
Aujourd'hui, avec Jacques CHIRAC - pour en venir
directement à nos années 2000 -, le titulaire de l'Elysée n'a
cessé de chercher, sous ses différents mandats, à concilier au
mieux à la fois la poursuite d'une philosophie gaullienne de
la singularité nationale - avec toujours l'appui de la
dissuasion stratégique nationale - et la contribution active de
notre pays à la maturation de la construction européenne
- mise sur pied, autant que faire se peut: Sommet de Saint-
Malo,. .. de la «politique européenne de sécurité et de
défense» (PESD) pour notre domaine «défense» - et la
gestion des nécessités découlant d'une coopération
transatlantique incontournable, en faisant revenir de plus en
plus la France parmi les «bons élèves» de l'OTAN.
3- Et tout laisse à penser là encore que, demain, après la
Présidentielle (et quel que soit - ou presque! - le nouveau
titulaire de l'Elysée) -, compte tenu des contraintes
permanentes et des contraintes plus conjoncturelles que
devra prendre en compte le nouveau Président dans un
univers stratégique qui s'annonce de plus en plus mouvant et
inquiétant, un contexte intérieur pour le moins difficile, notre
politique de défense devra de façon obligée ou quasi obligée
reprendre, prolonger, pour l'essentiel, la politique de défense
plus intégrée à vocation européo-atlantiste d'aujourd'hui,
c'est-à-dire une politique de défense qui continuera, à tâtons
et non sans tiraillements, à chercher à assurer au mieux la
-17-défense et la sécurité de la France - ces deux thèmes sont et
seront de plus en plus indissociables (on aura à y revenir plus
loin) -, à assurer au mieux l'indépendance au final de notre
pays et de ses «intérêts vitaux» -, avec, en ce sens, la
priorité maintenue à une force de dissuasion stratégique
nationale -, mais une France que l'on voudra, demain plus
encore qu'hier et aujourd'hui, partie prenante de l'Europe - à
plein - et de l'Occident, sinon de l'ensemble mondial; ce qui
veut dire qu'il faudra poursuivre la construction de façon
plus active encore de la «défense européenne », la
progression et le développement de la dimension stratégique
de la PESD, tout en faisant coller de plus en plus notre pays
qui - après avoir fait « cavalier seul », s'est replacé, on l'a
dit, dans le peloton de tête des pays de l'OTAN - au camp
occidental sinon à le replacer totalement dans la mouvance
américaine.
*
* *
Oui, demain, comme hier, une politique de défense pour
la France obligée ou quasi obligée, dans l'esprit qu'on vient
d'esquisser; une politique de défense dont on peut penser
par là même qu'elle sera, demain comme hier, pour
l'essentiel, consensuelle ou quasi consensuelle.
LA POLITIQUE DE DEFENSE DE LA FRANCE, DEMAIN COMME
HIER, TOUJOURS CONSENSUELLE OU QUASI CONSENSUELLE
On peut dire que la politique de défense contemporaine de
la France depuis 1945 - politique obligée ou quasi obligée,
on l'a vu - n'a cessé, comme telle, de bénéficier d'un
«consensus général à l'échelle de la nation française »,
comme l'observe, à juste titre, l'Amiral Jean DUFOURCQ8.
8 J. DUFOURCQ : préface à A. DUMOULIN(sous la direction de) : France-
OTAN. Vers un rapprochement doctrinal, Bruylant, 2006, PXIX.
-18-Une politique, en effet, très consensuelle, mais pas unanime.
Il y a toujours eu et il y aura toujours, demain - sous le large
accord apparent, derrière le consensus soutenu rencontré par
cette politique - des oppositions latentes, minoritaires.
Une politique de défense qui a toujours été et restera
demain largement consensuelle ou quasi consensuelle
. Il est vrai qu'un consensus très large s'est établi dans
le passé autour de la ligne de force - la physionomie
générale - de notre politique de défense et autour des trois
orientations particulières, plus spécifiques de cette politique.
Ce large consensus persiste aujourd'hui sur le visage actuel
de cette politique de défense, conduite sous la Présidence de
Jacques CHIRAC, comme en témoignent, en effet, les
résultats des enquêtes d'opinion auprès des Françaises et des
Français - «baromètre» - commandées par le Ministère de
la Défense9.
. On ne se hasarde guère - à regarder les positions prises
sur la politique de défense par les deux principaux candidats
à l'élection présidentielle: Ségolène Roy AL et Nicolas
SARKOZY, et les «experts» Défense du PS et de l'UMp10 - à
avancer qu'un large assentiment se retrouvera demain sur la
politique de défense que suivra le prochain Président de la
République.
9
Cf., par exemple, Ministèrede la Défense. Baromètre.Les Français et
la Défense, 2006.
10Cf. B. BOMBEAU : « La Gauche prépare sa Défense », Air et Cosmos,
n02054, 24.11.06; Club Raspail: La Défense à plusieurs voix;
L'Encyclopédie du socialisme, 2005 ; Général J. COT: « Faut-il casser
l'Armée? », Lettre de Réflexion du Club Raspail, n06, mai 2006 ; J-P.
MASSERET: « Réorienter l'outil militaire pour mieux protéger les
Français », Le Figaro, 29.11.06; A. RUELLO: « Sarkozy et Royal
favorables au maintien de l'effort de défense », Les Echos, 29.01.07 ; J-
e. VIOLLET : « Programmation militaire, comment sortir de
l'impasse? », TTU, n0611, 10.01.07 ;...
-19-On peut préciser ce consensus autour des points liés que
VOICi.
1- Consensus ou quasi consensus pour poursuivre au
mieux demain notre effort de défense dans le cadre d'un
nouveau Livre Blanc et d'une nouvelle programmation
militaire
. Il y a, en effet, la nécessité reconnue assez largement
- on l'a plaidé de longtempsll - d'un nouveau Livre Blanc
pour notre pays12. Nous «vivons» - du point de vue de la
défense - sur les acquis du Livre Blanc de 1994 qui s'était
attaché à prendre au mieux en compte les changements
géostratégiques de 89-91. Nous avons «juxtaposé» à ce
Livre Blanc un Livre Blanc sur la Sécurité Intérieure, en
2006, pour tenir compte de l'irruption de l'hyper-terrorisme
de 2001. Il faut réunir désormais ces deux perspectives
inséparables « Défense» et « Sécurité », sécurité
« extérieure» et sécurité «intérieure », dans une nouvelle
réflexion et de nouvelles orientations permettant à l'Etat,
demain, avec ce nouveau document, de disposer d'une vision
et d'une politique globalesl3.
La traduction concrète passera par une nouvelle
programmation, suite à l'actuelle Loi de Programmation
Militaire (LPM) 2003-2008.
. Il est clair que, dans ces cadres - nouveau Livre Blanc,
nouvelle LPM -, notre pays devra demain ne pas baisser la
garde. Certains avaient imaginé, on le sait, après 89-91, un
monde irénique de Paix et de Progrès et l'on a cru possible
de toucher alors les «dividendes de la paix », ce qui s'est
traduit par une chute de nos dépenses militaires. Mais la
II Cf. P. PASCALLON: «Un nouveau Livre Blanc sur la Défense et la
Sécurité », France Soir, 25.07.05.
12
Certains rêvent dès maintenant d'une programmation au niveau
européen.
13
Avec la création sans doute, à l'Elysée, d'un «Conseil de Défense et
de Sécurité ».
-20-réalité guerrière des années 90 a rapidement démenti les
prophéties des thuriféraires de la mondialisation libérale. Et
les années 2000 ont apporté l'hyper-terrorisme. Un
consensus s'est donc dégagé, hier, sur la nécessité
d'interrompre la chute des budgets de défense, le budget
d'équipement des armées devenant ainsi supérieur dans la
Loi de Programmation Militaire 2003-2008 à ce qu'il avait
été dans la Loi 1997-2002.
On s'accorde désormais - tant du côté du PS que de
l'UMP, compte tenu de l'accentuation prévisible des
tensions internationales, la montée des dangers et des
nouvelles menacesl4- pour indiquer qu'il faudra demain
tenter de maintenir au mieux l'effort en matière de crédits
militaires - tel que consenti ces dernières années, à environ
2% du PIB - et amener d'ailleurs, si possible, nos alliés
européens - sous peine de «sombrer» vis-à-vis des
Américains - à converger aussi vers ce même effort de
défensel5.
Maintenir l'effort en matière de crédits militaires,
puisqu'il est vain, en effet, de penser pouvoir augmenter,
demain, les ressources nationales consacrées à ce jour à la
défense, compte tenu des contraintes «internes» de notre
pays, en particulier en matière d'endettement. Maintenir
l'effort, mais en essayant d'adapter, de réformer, bref, de
mieux dépenser, demain, pour rendre notre outil de défense
toujours plus efficace, toujours plus en adéquation avec les
menaces à traiter au meilleur coût.
Cela veut dire, d'abord, chercher à faire des économies:
des économies par une rationalisation des
infrastructures militaires, la réorganisation des
implantations territoriales, la mutualisation - dans un
14
Cf. par exemple, P. LELLOUCHE:« Les ingrédients d'une crise
mondiale », Le Monde, 10.08.06.
15
Cf. en ce sens, N. SARKOZY: « Le candidat UMP se prononce pour le
maintien de l'effort de défense », Le Figaro, 26 janvier 2007.
-21-cadre interarmées toujours plus affichél6- des
fonctions de base et de soutien: logistique plus
intégrée,. .. ;
- des économies, pour certains, par la suppression de la
composante aéroportée de notre foree de dissuasion
- on reviendra plus loin sur le dossier de la
nucléaire -, comme s'y est crue autorisée la Grande-
Bretagne;
- des économies à trouver avec le nouvel exercice de
planification-programmation - « l'audit» - sur tous les
grands programmes d'équipements17, y compris - et il
2èmese trouve des observateurs pour le penser - le
18.porte-avions
Et, simultanément - avec les sommes dégagées -, une
mobilisation plus forte sur les outils et les moyens de
protection, le renseignement, les forees spéciales,... ; une plus forte sur les outils et moyens de la nouvelle
guerre de demain, la« guerre urbaine »,...
16
Cf. P. PASCALLON (sous la direction de) : Les Armées françaises à
l'heure de l'lnterarmisation et de la Multinationalisation, L'Hannattan,
2007.
17
Selon un document confidentiel de la Défense, le Ministère de la
Défense doit économiser 30 milliards d'euros d'ici à 2015, et les grands
programmes sont donc menacés.
Cf. M. CABIROL: «La défense a besoin de 40 à 70 milliards », La
Tribune, 24.01.07.
18
On sait que Michelle ALLIOT-MARrEa essayé de rendre aussi
irréversible que possible le programme du second porte-avions. Sera-ce
suffisant, même si, au final, Ségolène ROYALet Nicolas SARKOZY
paraissent dé sonnais - début mars 2007 - s'accorder sur sa nécessité?
Cf. A. DE LA GRANGE: «Incertitudes sur le second porte-avions », Le
Figaro, 26.10.06 ; A. RUELLOet S. FIDLER:«Porte-avions: incertitudes
sur la coopération Paris-Londres », Les Echos, 11.01.07,...
-22-2- Consensus ou quasi consensus pour pérenniser au
mieux demain notre dissuasion nucléaire
On sait que l'on a tout un temps, après les changements
géostratégiques de 1989-91, la fin de la guerre froide et de
l'ordre bipolaire, mis en cause la raison d'être de la
dissuasion nucléaire auxquels elle paraissait
consubstantiellement liée. Puis, avec les guerres
asymétriques des années 90 et l'hyper-terrorisme du début
des années 2000, il s'est trouvé des observateurs pour
s'interroger sur son utilité.
Mais la perspective, pour aujourd'hui et pour demain, de
menaces étatiques traditionnelles - celles des grandes
puissances dont aucune n'envisage de se séparer
complètement de son arsenal nucléaire; mieux, qui, toutes,
continuent à le moderniser (Etats-Unis, Russie), la
perspective des nouvelles menaces incertaines de toutes les
puissances «émergentes» - à vocation mondiale (Inde,
Chine,. ..) ou à vocation plus régionale (Irak,...) qui ont ou
vont parvenir à avoir l'arme nucléaire: on peut craindre pour
demain une prolifération généraliséel9 -, montrent bien que
l'arme nucléaire et la dissuasion nucléaire sont et resteront à
l'avenir au cœur des relations internationales et conserveront
leur fonction d'« ultima ratio ».
Et donc, pour nous aussi Français2o, «face aux
inquiétudes du présent et aux incertitudes du futur, la
dissuasion nucléaire demeure la garantie fondamentale de
notre sécurité », comme l'assurait Jacques CHIRACdans son
allocution du 19janvier 2006.
19
Malgré les souhaits de H. KISSINGER et autres: «Guérir de la folie
nucléaire: les Etats-Unis doivent prendre l'initiative d'une négociation
globale pour dénucléariser la planète », Le Monde, 24.01.07.
20
Cf. P. PASCALLON: « Faut-il abandonner notre dissuasion
nucléaire? », Revue Politique et Parlementaire, 01-03.06; P.
PASCALLON:«La dissuasion toujours nécessaire », La Lettre du Cercle
Nation République, n04, 12.06.
-23-Et, à lire en effet les réflexions sur ce dossier venant des
« horizons» PS et UMp21, le sentiment est bien qu'il y a un
large accord - au moins pour nos années 2008-2015 - pour,
après la forte réduction de notre posture nucléaire dans les
années 90, maintenir notre dissuasion nucléaire et notre outil
nucléaire:
avec la modernisation entamée en termes d'allonge,
de précision et de pénétration de nos missiles
nucléaires (M51, ASMP-A), eux-mêmes dotés de
nouvelles têtes nucléaires: TNO (Tête Nucléaire
Océanique) et TNA (Tête Nucléaire Aérienne), pour
être capables, dans le nouvel environnement
international, de frapper, partout dans le monde, qui
»22;menacerait de s'attaquer à nos « intérêts vitaux
- avec l'adaptation en cours de nos forces nucléaires
(réduction du nombre de têtes sur certains missiles de
nos sous-marins) pour montrer notre capacité à la
mettre en œuvre contre des dirigeants d'Etats ayant
recours à des moyens terroristes contre nous23.
Bref, il y a un large consensus des candidats PS et UMP,
de leurs experts, pour considérer que notre dissuasion et
notre force de dissuasion - traversant le temps et les aléas de
l'Histoire - doivent rester longtemps encore, au cœur de
notre système de sécurité, comme une priorité face aux
menaces incertaines de demain, quelles qu'en soient
l'origine et la forme, sans que l'on s'interdise une réflexion
sur la doctrine d'emploi et les moyens, voire les coopérations
avec les alliés24.
21
Cf. 1. GAUTIER:Face à la guerre, La Table-Ronde, 2006, chapitre IX.
M. PICARD et B. TERTRAIS: « Dissuasion nucléaire et souveraineté
nationale », TTU, n0607, 06.12.06. N. SARKOlY, dans Le Figaro,
26.01.07 ;...
22 Cf. Sénat: « Bilan des débats sur la dissuasion », TTU, n0609,
20.12.06.
23
C'est le sens de l'allocution de Jacques CHIRACdu 19.01.06.
24 Cf. N. SARKOZY dans Le Figaro, 26.01.07.
-24-3- Consensus ou quasi consensus encore pour
« activer» demain fa dimension européenne, sinon
atfantiste, de notre défense
. La France - on le sait - n'a cessé ces dernières années
- on l'a souligné de longtemps en insistant sur le « temps
d'un retour à une défense plus intégrée avec inflexion
européo-atlantiste» - de faire avancer l'Europe de la
défense. Il faudrait rappeler, bien sûr, en ce sens, les progrès
réalisés par l'Union Européenne en matière de défense, avec
l'Etat-Major et la cellule de planification et de coordination,
les groupements tactiques, la Force de Gendarmerie
Européenne, ... Les armées françaises n'ont cessé, ces
dernières années, de s'engager à l'extérieur - problématique
de la projection extérieure -, en multi-national, en coalition
avec nos partenaires européens ou/et américains.
. Il Y a pour demain un large accord des candidats PS et
UMP à la Présidentielle pour « accroître» encore ces efforts
sur le plan européen plus particulièrement; pour - au-delà de
la création des corps multinationaux: Eurocorps, Eurofor,
Euromafor,.. ., qui ont permis une première construction
pragmatique de ce qu'il est convenu d'appeler abusivement
« la politique européenne de sécurité et de défense» - qu'on
mette en place, mieux qu'hier, une défense européenne
commune forte et autonome. Cette volonté est en effet
clairement affichée ces derniers mois par l'UMP : Michel
BARNIER,Guy TEISSIER25, Serge VINCON,... Ce souhait est
encore plus accusé, semble-t-il, du côté du Parti Socialiste et
des cercles proches du PS: Orion, Raspail, avec Louis
GAUTIER, Bruno TERTRAIS,...« Nos choix devront s'inscrire
résolument dans la démarche volontariste de la construction
d'une défense européenne intégrée », peut-on lire, en effet,
dans les réflexions du PS et de ses experts défense, qui ne
cessent d'indiquer pour demain leur volonté d'un
25
Cf. G. TEISSIER:« Donner du sens à l'Europe de la Défense », TTU,
n0608, 13.12.06.
-25-approfondissement de la PESCIPESD, en supposant - est-ce
bien le cas? - que les peuples européens veuillent une
Europe puissance, avec son propre « pilier» défense, qui ne
serait pas, dès lors, forcément complémentaire de l'Alliance
Atlantique... autrement que par une pétition de principe.
. Et puisqu'on en vient à parler de l'OTAN, il semble
bien ici qu'il y ait un accord, tant au PS qu'à l'UMP, pour
envisager, avec beaucoup de réserve - à l'inverse du point
précédent notre participation, demain, aux projets
« d'activation» de l'OTAN. On sait, en effet, que les Etats-
Unis souhaitent désormais poursuivre un élargissement tout
à la fois des missions et du champ géographique de I'OTAN,
ce qui aboutit, pour nous Français, à une dangereuse mise en
cause de l'ONU26.
4- Consensus ou quasi consensus enfin - on sera plus
bref - pour «démocratiser» autant que faire se peut,
demain, notre défense
Tant à l'UMp27 qu'au PS28, on a un accord ou quasi
accord, désormais, nous semble-t-il, sur les points que voici:
- nécessité - au-delà du Président de la République - de
mieux impliquer, à l'avenir, le Parlement dans la
définition et le suivi de la politique de défense de la
France;
- nécessité de mettre en place, demain, un service
civique obligatoire de 6 mois, avec un volet militaire;
- nécessité, demain, de modifier le statut de nos
militaires dont on veut - on doit - faire de véritable
citoyens: droit syndical, etc.
26 Cf. P. PASCALLON:« L'OTAN, demain, sous l'impulsion des Etats-
Unis, va-t-elle remplacer défmitivement l'ONU? », Revue Politique et
Parlementaire, 10-12.06.
27
Cf. P. LELLOUCHE: « Il faut démocratiser la définition de notre
stratégie de défense », Entretien avec 1. W AINTRAUB,Le Figaro, 10.06.
28
Cf. L. GAUTIER, B. TERTRAIS et S. VERCLYITE : « Ce qui doit changer
dans notre défense », Le Monde, 15.07.06.
-26-Une politique de défense qui a toujours été et restera,
demain, largement consensuelle, mais pas unanime
Le large consensus apparent sur la politique de défense ne
peut masquer le fait que cette dernière a toujours été et
restera toujours le centre de désaccords latents.
1- Il Y ad' abord, au vrai, toutes celles et tous ceux qui,
hier. .. comme demain, refusent, récusent en fait la défense et
la politique de défense.
Ils se situent à l'extrême gauche et souhaitent substituer à
la défense et à la politique de défense une politique de paix
et de désarmement.
- L'illustration de cette position est celle de la candidate
du parti Ecologiste, Dominique VOYNET,dans son projet
«Verts 2007 ». Il s'agit bien d'une politique de paix et de
désarmement déclinée autour des points suivants:
. le renforcement des pouvoirs du Parlement (vote
préalable à toute intervention, contrôle sur les ventes
d'armes intégrant des ONG, ré-examen des accords de
défense,. ..) ;
. la réorientation de la politique étrangère avec la
fermeture des bases militaires en Afrique, sauf celles liées
au « renforcement des capacités africaines de maintien de
la paix» ;
. l'engagement de la France en faveur de l'élimination des
armes de destruction massive;
. la diminution du budget par le gel des crédits attribués
au nucléaire militaire, l'abandon total du missile M51 ou
bien encore l'affectation de 1% de ce budget à des
missions en faveur de la paix, de la prévention, et à la
résolution des conflits, notamment grâce à un service
civil. De fait, le format des armées devrait être réduit et
des reconversions encouragées;
-27-. enfin, les industries de l'armement seraient soutenues
par un plan de reclassement suite à la diminution des
participations publiques.
- On pourrait - on devrait -, dans le même esprit,
présenter la position du Parti Communiste.
2- Mais il y a surtout, pour notre propos, à rappeler la
position de celles et de ceux qui, hier comme demain,
n'acceptent pas la politique de défense obligée que notre
2èmepays a développée depuis la guerre mondiale.
. Il peut toujours y avoir, en effet - et il y a toujours eu,
en fait, des années 45 à nos années 2000 - des différences
d'interprétation possibles sur les contraintes conjoncturelles
et structurelles de notre politique de défense et, en particulier
et surtout, sur la vision, au total, que l'on a de la France et de
son indépendance, de son poids et de la place que doit avoir
notre Nation en Europe et en Occident.
Et si une large partie des forces politiques de notre pays et
de l'opinion publique ratifie, pour l'essentiel, on l'a vu et dit,
la politique de défense française - «plus intégrée »,
développée - avec des visages particuliers depuis les années
70, il y a eu, dès cette époque et jusqu'à ce jour, des
positions discordantes et, sans cesse, il s'est trouvé des
partisans du retour à une politique de défense plus autonome
et, à l'inverse, des partisans du retour à une politique de
défense plus collective.
- Des partisans du retour à une politique de défense plus
autonome? Certains trouvent, en effet, qu'il y a eu une
« dérive» européo-atlantiste de la politique de défense
française. Pour eux, le salut de la France est... en France et
pas ailleurs. Tout regard jeté en dehors de nos frontières ne
peut être qu'un affaiblissement de la défense « hexagonale ».
Et de prôner, donc, un repli net de la France sur son
sanctuaire national.
-28-- Des partisans du retour à une défense plus collective?
Certains, en effet, n'ont jamais accepté, au fond, le
relâchement des liens atlantiques. Ils préconisent donc, sous
une forme plus ou moins explicite, le retour de la France
dans un système de sécurité collective, sous l'égide des
Etats-Unis, un resserrement plus important encore des liens
entre la France et l'OTAN, la «défense européenne» - si
tout cela a quelque raison d'être - ne pouvant s'envisager que
comme « pilier» dans 1'OTAN.
. On peut, sans difficultés, trouver aujourd'hui des
défenseurs de ces deux options pour ce qui regarde la
défense de la France pour demain.
- Il y a, bien sûr - en illustration du point de vue de
celles et ceux qui souhaitent, à l'avenir, une défense
française plus autonome, plus indépendante -, la position de
Jean-Marie LE PEN et du Front National. Pour eux, en effet,
il faut d'abord protéger la France et doter l'armée des
moyens et de l'indépendance nécessaires. Cette protection de
la souveraineté nationale contre toutes les menaces
(mondialisation, terrorisme, pressions démographiques du
Sud,...) passe par une défense indépendante, c'est-à-dire
retirée de toutes les alliances et institutions internationales
- et on s'affranchira, en particulier, du cadre européen -, et
dont l'industrie assurera la quasi autosuffisance d'une armée
aux effectifs et aux capacités accrues (200.000 hommes
opérationnels pour l'Armée de Terre, 3 porte-avions au
moins pour la Marine, chaque Arme retrouvera sa
composante nucléaire, création d'un corps de gardes-côtes et
d'une garde nationale,...i9.
- Mais on peut également recenser la position de celles
et ceux qui souhaitent, pour demain, une politique de défense
29
Cf. J-M. LEPEN,Déclarationen Vendéele 22.10.06 dans O. POGNON:
«Le Pen veut doubler le budget de la défense nationale », Le Figaro,
23.10.06.
-29-plus collective, plus solidaire encore avec celle de nos alliés.
C'est, nous semble-t-il, le point de vue, pour l'essentiel, de
l'UDF et de François BAYROU.Pour le candidat UDF à
l'élection présidentielle et ses experts défense3o, il faut en
particulier un vrai coup de barre vers l'Europe - une Europe
fédérale -, vers - par suite - une seule défense européenne à
terme avec, pour s'y orienter, une vraie rationalisation
européenne de nos Armées, dont les effectifs seraient
réévalués et repensés dans un cadre européen de contribution
respective.
*
* *
C'est bien - on en a la conviction - autour de ces deux
axes liés: politique obligée ou quasi obligée; politique
consensuelle ou quasi consensuelle, que, dans les entrailles
de l'Histoire, va se forger le visage de notre politique de
défense de demain, après les Présidentielles de 2007.
30
Cf. par exemple l'exposé de Philippe FOLLIOT, Député UDF du Tarn,
devant le Haut Comité Français pour la Défense Civile, Sénat, 25.01.07.
-30-P ARTIE I
EVOLUTION DU CONTEXTE GEOSTRATEGIQUE DE
NOTRE POLITIQUE DE DEFENSE:
LES ENJEUX ET LES DEFIS
Introduction
par
Stéphane MORIN
Président des Cerclesde Brienne
Merci, Cher Président, Cher Professeur PASCALLON, Cher
Pierre, de ce message introductif à cette journée. A mon tour,
en ce début de table ronde, j'adresserai des remerciements
sincères, au nom du Club Participation & Progrès et des
Cercles de Brienne - que je représente ici -, pour
l'organisation et la tenue de ces débats, au Contre-amiral
LAJOUS,directeur du Centre d'Enseignement Supérieur de la
Marine, le CESM, et au Capitaine de frégate CONGOST, ainsi
qu'à Christine-Claire PASCALLON et Marc lAPIOT,Président
d'ESSEC Marine, pour la redoutable efficacité dont ils ont
fait preuve afin de nous permettre de nous retrouver
aujourd'hui dans ce magnifique amphithéâtre.
S'il est des moments privilégiés où, au-delà des
engagements militants et des oppositions de principes, des
échanges, des dialogues peuvent se nouer, je ne doute pas
que cette journée consacrée aux orientations de la politique
de Défense de la France après 2007, ouverte au plus grand
nombre, soit l'un d'entre eux. Toutes les conditions sont en
effet réunies.
Mes Chers amis, nous le savons, l'élection présidentielle
est, en France, le point d'orgue du dialogue amoureux qui se
noue entre un candidat ou une candidate briguant le suffrage
-31-de ceux-là même qui le porteront à la tête de l'Etat, et une
population qu'il ou elle aura la responsabilité de conduire
pour toute la durée de son mandat. Au détour des débats et
des discours, les Françaises et les Français attendent
traditionnellement des candidats une vision de la place de la
France dans le monde, au service de la paix, de la liberté, et
de ses engagements internationaux, un cap pour l'avenir et
l'assurance que leur sécurité, à travers leur appareil de
Défense, sera au mieux garantie pour répondre aux enjeux
d'un monde anxiogène dont ils perçoivent généralement
aussi bien la complexité que le caractère menaçant.
La volonté de Défense d'une nation, d'une patrie, d'un
peuple, d'une communauté, est sans doute l'exercice le plus
fort que puisse exprimer un groupe humain. L'année 2007
est, à cet égard, pour la France, une année charnière. Bien
sûr parce qu'elle est l'année de tous les rendez-vous
politiques majeurs, qu'il s'agisse des élections
présidentielles ou des élections législatives, tant chaque
scrutin n'engagera rien de moins dans tous les domaines de
la vie quotidienne que l'avenir de notre pays et celui de nos
concitoyens. Mais surtout parce qu'avec elle vient le terme
d'un double mandat de Jacques CHIRAC; terme d'une
période de réformes fondamentales pour notre politique de
Défense, telles qu'elle n'en avait certainement pas connues
depuis les années 1960 ; terme qui coïncide également avec
une période de choix stratégiques cruciaux, doctrinaux,
programmatiques et industriels. La Défense européenne, les
engagements extérieurs de la France, la programmation
militaire, l'industrie aéronautique et de Défense, paraissent
incontournables et se trouvent en bonne place sur l'agenda
présidentiel, des décisions essentielles devant certainement
intervenir dès le lendemain des élections.
Plusieurs raisons, sur lesquelles je souhaiterais davantage
m'attarder ici, militent pour que la Défense trouve toute sa
-32-place au cœur du débat présidentiel et rencontre rapidement
l'intérêt des candidats.
Tout d'abord, des raisons d'ordre institutionnel qui
tiennent à la prééminence du Président de la République
dans nos institutions et à l'organisation générale de notre
Défense. Placé au plus haut de la hiérarchie
constitutionnelle, le nouveau Président de la République, que
yème République connaisse un toilettage ou non, qu'ellela
YlèmeRépublique ou pas, aura, dès sonlaisse place à une
arrivée à l'Elysée, et conservera, notamment du fait de
l'arme nucléaire dont il détiendra toujours seul la décision
d'emploi, la haute main sur le commandement des armées.
Malgré les propositions affleurant ici ou là d'en finir avec le
yème« domaine réservé », tel que la République l'a conforté,
et de rééquilibrer les pouvoirs entre l'Exécutif et le
Parlement, le Président de la République, Chef de l'Etat, est
et restera Chef des Armées. Ce n'est qu'une fois élu que
celui qui n'était alors que candidat se verra véritablement
pris en charge par le Chef d'Etat-Major des Armées (CEMA)
et le Chef d'Etat-Major Particulier du Président de la
République (CEMP), dont les missions respectives seront
d'initier le nouveau Président à ces questions et de
l'accompagner dans les décisions qu'il serait conduit à
prendre. S'ils l'ont déjà rencontré pendant la campagne
électorale pour le «briefer» (et éviter des déclarations par
trop intempestives), les « petits» détails (notamment les
codes de la force de frappe, ce qui n'est pas rien !) seront
transmis le jour de la passation de pouvoir par le Président
de la République sortant au nouveau Chef de l'Etat, tandis
que les autres questions vitales pour le pays sont évoquées
pendant un ultime tête à tête. Aussitôt, le nouveau Président
de la République, en tant que Chef des Armées, se retrouve
brusquement seul devant les moyens que les armées peuvent
mettre à sa disposition pour répondre à tel ou tel type de
menace. Même si jamais le haut commandement militaire
-33-n'est très éloigné pour « accorder son piano» - si j'ose dire -
ou l'aider à choisir la meilleure partition possible, bien sûr...
Et, comme par effet miroir, les armées deviennent
précisément l'incarnation de« son» pouvoir de Chef de
l'Etat, garant du fonctionnement des institutions et de la
Défense du pays, de ses intérêts supérieurs, parfois vitaux.
Elles deviennent l'incarnation de «sa» force, de «son»
influence, «ultima ratio regis» ; en fait, «sa» chose. Que
cette vision des armées comme instrument du «pouvoir
régalien» du Chef de l'Etat paraisse surannée ou non, quel
secteur, quel service public, mieux que la Défense peuvent-
ils, en effet, mieux incarner son autorité, tant en France qu'à
l'étranger, et s'incarner en lui, en tant que fonction suprême
et en tant qu'homme (ou femme)?
Ensuite, des raisons géostratégiques tenant aux évolutions
du monde et à l'impératif permanent de modernisation de
XXèmel'appareil de Défense. A raison, le siècle reste dans
les mémoires comme le siècle des guerres et des génocides.
Pour la France, il aura d'abord été celui des erreurs
stratégiques (dont la ligne Maginot est l'illustration), de la
défaite militaire et de l'Occupation. Pour l'Europe, il aura
été le «siècle de Damoclès », où les missiles campaient
comme autant d'épées menaçant de s'abattre sur elle, assurée
qu'elle était dans sa seconde moitié de l'imminence d'une
guerre atomique entre l'URSS et les Etats-Unis et de sa
destruction. Malgré les espoirs nés de l'effondrement de
l'Union soviétique et le rêve de la fin de l'Histoire, le
caractère violent des relations internationales n'a pas disparu
XXIèmeet le siècle - depuis les attentats de New York
(septembre 2001) et ceux, géographiquement plus proches de
nous, de Madrid (mars 2004) et de Londres Guillet 2005) -,
marqué par le retour des fanatismes et du sceau de la
prolifération des armes de destruction massive et de la balistique, l'usage de la guerre préemptive et
des guerres d'enlisement, n'en apparaît pas moins menaçant
-34-aux yeux de nos compatriotes. En témoigne le truisme
largement répandu de «il n y a plus de menace à nos
frontières,. il n y a plus de frontières à la menace». ..
Enfin, la France, au-delà de l'impératif d'assurer sa
propre sécurité, assume dans le même temps des obligations
qui découlent de son statut de membre permanent du Conseil
de Sécurité de l'ONU. Figurant parmi les plus importants
contributeurs de l'OTAN, elle ambitionne de retrouver un
rôle de moteur dans la construction européenne, dans
laquelle la Défense est appelée à voir son rôle davantage
renforcé, pour des motivations stratégiques autant que
financières.
Vème République a été marquée par laToute la
cristallisation d'un consensus sur la Défense, voulu par sa
classe politique, de s'entendre sur les « grands piliers de la
Défense» qu'étaient alors l'indépendance nationale, la
dissuasion et la conscription. Depuis la chute du mur de
Berlin et la première guerre du Golfe de 1991, ces trois
piliers se sont comme effondrés sur eux-mêmes avec la
professionnalisation des armées et la fin du service militaire,
la modernisation de la politique de dissuasion, dont le rôle
n'est évidemment plus le même qu'à l'époque de la guerre
froide, et l'interdépendance au niveau européen et dans des
coalitions internationales (ONU, ad hoc). Depuis 1995,
ce consensus s'est réaffirmé comme par défaut, en attente
d'un nouveau dessein.
Avant de céder la parole à nos intervenants, enfin,
j'ajouterai plusieurs raisons qui peuvent amener nos
candidats à s'intéresser à notre Défense: d'une part, le fait
que les forces armées de notre pays jouissent d'une
popularité et d'une cote de confiance constante et rare chez
de nos concitoyens (plus de 85% en moyenne depuis quinze
ans) ; d'autre part, le fait que la Défense soit le quatrième
poste budgétaire de l'Etat après les remboursements et
-35-dégrèvements, l'Education nationale et le service de la dette;
enfin, le fait que le ministère de la Défense compte 440.329
personnels civils et militaires (effectifs globaux), les
industries aéronautiques, spatiales, de Défense et de sécurité
constituant quant à elles une communauté de plus de 600.000
personnes. Si l'on y associe les familles et les retraités du
secteur, la Défense concerne presque deux millions de
personnes. .. L'élection présidentielle est une campagne,
après tout, dont le but est d'emporter la victoire. FOCHn'est
pas loin...
Alors, quel avenir pour la politique de Défense de la
France au lendemain de l'élection présidentielle? Comment
la nature des menaces impose-t-elle de revoir notre ligne
stratégique? Quelle nouvelle doctrine? Un nouveau Livre
Blanc sur la Défense est-il nécessaire? Un Livre Blanc
européen est-il concevable? Comment? Avec qui? Quel
format pour nos armées? Quelles réformes pour notre outil
de Défense? Quel horizon programmatique? C'est l'objet
de cette première table ronde que d'aider à esquisser les
réponses que cette élection doit nous apporter.
-36-Enjeux et défis de la politique de défense de la France
après 2007
par
Louis GAUTIER
Docteur en Science Politique
Conseiller Maître à la Cour des Comptes
Délégué National aux questions stratégiques
du Parti Socialiste
Comme cela vient d'être souligné avant moi, les
problématiques de défense se trouvent bouleversées à la fois
par la transformation très rapide de la société internationale
et, bien sûr, par les évolutions du contexte géostratégique.
Des menaces se concrétisent, d'autres se complexifient.
Nous vivons dans un monde plus instable et plus
dangereux que ce que nous attendions à la fin de la guerre
froide: le terrorisme a pris une dimension sans précédent; la
prolifération nucléaire, hélas, s'accélère; aux conflits
anciens, non réglés, comme ceux du Proche-Orient, se sont
ajoutés des conflits nouveaux, souvent accompagnés de
violations inacceptables des droits de l'homme.
Notre politique de défense n'échappe pas à un réexamen,
alors même qu'un considérable effort de réforme a été
entrepris: la professionnalisation des armées, la réduction
des effectifs, la réorganisation de notre dispositif de défense
sur le territoire, la modernisation des équipements. Pourtant
ce modèle d'armée - nous en avons tous conscience - est
-37-aujourd'hui inadapté. Il est à la fois exposé à la mise en cause
de la planification des besoins militaires et à une crise
financière.
Pour nous, à gauche, il s'agit de fixer des nouvelles
orientations, de modifier le cap sans pour autant aller à la
rupture, sans provoquer plus de rupture. Il s'agit davantage
de susciter, y compris dans le domaine de la défense, une
volonté d'avenir que de se placer dans une situation où il
faudrait rompre à tout prix.
Rompre, cela signifierait quoi d'ailleurs? L'intégration
dans l'OTAN, l'atrophie de la dissuasion, l'engagement dans
le projet antimissiles américain ou encore - comme je l'ai
récemment lu dans un rapport de l'UMP - l'adoption d'une
« doctrine d'intervention préventive couplée à une culture
expéditionnaire plus marquée de nos armées» ? Le choix de
la rupture ne me paraît ni raisonnable ni crédible. Il est
même dangereux s'il s'agit d'épouser des logiques qui
peuvent conduire à la régression, à l'alignement ou à
l'aventurisme pour notre défense. Il est difficile de parler de
rupture quand il faut aussi savoir ménager les acquis, les
acquis de notre pays en matière de défense: avantages
capacitaires, expertises technologiques, bases industrielles,
savoir-faire militaire.
Il faut aussi tenir compte du temps. Les objectifs de notre
politique militaire s'inscrivent nécessairement dans la durée:
- l'horizon de l'intégration européenne - nous y
reviendrons - est un horizon lointain; c'est la
perspective d'une génération;
- les cycles de la programmation des équipements sont
des longs (pour certains grands équipements,
comme les moyens nucléaires, une trentaine d'années) ;
- l'inscription dans la durée de nos actions militaires est
devenue - ce qu'on n'imaginait pas au début des années
90 - une problématique structurante des opérations
-38-

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