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Quelles frontières pour l'Europe ?

De
280 pages
Les élargissements successifs portent désormais à vingt-cinq le nombre d'Etats membres de l'Union européenne. D'autres adhésions sont à considérer. Parmi celles-ci se pose le cas de la Turquie : doit-elle ou non rejoindre l'Union ? En fait, cela dépend de l'objectif que l'on se fixe : Europe-puissance ou Europe-marché ? C'est la réponse à cette question qui déterminera l'entrée ou pas de la Turquie ; c'est aussi ce qui déterminera les frontières de l'Union. L'Europe-puissance doit être la formule privilégiée. Mais cette dimension impose que l'on imagine d'autres formes d'organisations plus ou moins intégrées.
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MÉGAPOLES © L'Harmattan, 2004
ISBN : 2-7475-6884-9
EAN : 9782747568845 Joël LE QUÉMENT
MÉGAPOLES
De Babel aux grandes cités du monde
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan 'talla
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Degli Artisti 15
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIE
Illustration de couverture :
Maquette de Shanghai et du site de l'exposition
universelle de 2010 dans le musée de l'Urbanisme.
Photographie de l'auteur, décembre 2003 En hommage à Ilya Prigogine, prix Nobel Remerciements
J'exprime toute ma gratitude aux nombreuses
personnes qui m'ont apporté leur appui tant dans
la préparation de mes déplacements que durant
mes séjours dans les mégapoles retenues pour cet
ouvrage. J'hésite à citer des noms, pouvant de ce
fait me montrer peu courtois à l'égard d'autres.
Cependant, je suis particulièrement redevable,
pour leur aide précieuse, à Guoqing Fu à
Shanghai, à Cheng Xiaori à Chongqing, à Gaurav
Chandar Dutt à Calcutta, à Eileen et Jean Stemper
à Singapour, à Jean-Paul Rebaud à Sào Paulo et à
Ali Merali, organisateur de plusieurs de mes
voyages.
Je voudrais exprimer ma reconnaissance à Jean
Bourlès pour le soutien de grande valeur qu'il m'a
apporté au cours de la préparation de cet ouvrage.
J'ai une gratitude particulière envers Nadia
Dedryver qui a transcrit avec patience le
manuscrit. Je remercie Patrick Navatte et Michel
Coomans de leurs conseils amicaux.
Merci à ma petite-fille Joséphine, enfant de ce
siècle nouveau.
Avertissement : Les opinions exprimées dans cet ouvrage
n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas une position
officielle de la Commission européenne. Introduction
Monde en construction. Monde en
déconstruction. Monde en quête de son identité en
ce début du XXI' siècle.
Au pied de la pyramide de Kephren, ce samedi
30 mars 2002 ; il est midi. De la cité du Cafre
ensoleillée et nimbée d'un voile grisâtre s'élèvent
soudain un appel à la prière, puis cinq, puis une
multitude, qui l'embrasent. Les appels montent ;
leur ensemble presque assourdissant délimite
l'immensité de la cité étendue sur les deux rives
du Nil ; puis la voix s'éteint, laissant place à la
rumeur quotidienne d'une mégapole qui abrite une
population de quinze millions d'habitants, le quart
de la population de l'Égypte. Évocation puissante
d'une mégapole transformée en un immense
sanctuaire et qui retrouve ensuite la présence
lourde de sa densité urbaine excessive, de son
encombrement. Le Caire, au pied des pyramides,
offre cependant une grande diversité de vie, allant
de la plus vieille université du monde d'El-Azhar,
érigée en 972, aux quartiers résidentiels du bord
du Nil jusqu'à la périphérie des pauvres résidences
gagnant sur le désert. Mégapoles
Ici le mythe de Babel resurgit dans sa réalité
« mégapolitique » devenue presque universelle au
début de ce siècle naissant. Au pied de la
« ziggourat » égyptienne, dressée dans sa
perfection entre ciel et terre, s'étire l'espace
gigantesque de la cité du Caire, de laquelle s'est
élevée la voix de la langue commune et massive
pour laisser place aux clameurs innombrables de
la mégapole.
Le phénomène des mégapoles est vraiment né
dans la cité de New York au XX e siècle pour
s'étendre au monde à la fin de ce même siècle.
Comme Paul Auster dans sa « Trilogie new-
yorkaise » qui, au gré de « ses pérégrinations à
travers la ville lui avaient appris à comprendre ce
qui relie l'intérieur à l'extérieur », redécouvre la
tour de Babel ou... « l'édification de la nouvelle
Babel » 1 .
Cette construction nouvelle du monde, avec
l'emprise des mégapoles sur la marche des
nations, est impressionnante. Elle interpelle tous
les continents pour le meilleur et pour le pire :
richesse et pauvreté, espoir et désenchantement,
paix et violence. Le poids des mégapoles dans la
marche du monde s'est considérablement accru.
Paul Auster, Trilogie new -yorkaise, Actes Sud, collection
Babel, 1991, pp. 93, 105 et 76.
12 Introduction
Elles résonnent, parfois avec fracas, au coeur des
langues des hommes qui les habitent.
Dès lors, comment appréhender ces nouvelles
mégapoles ? Comment les visiter ? Comment les
comprendre ?
Comme un traducteur pour lequel, en suivant
l'invitation de George Steiner 2, « comprendre,
c'est déchiffrer. Entendre une signification, c' est
traduire ». Ainsi, il conviendrait d'identifier « les
universaux profonds génétiques, historiques,
sociaux dont dérivent toutes les grammaires ».
S' enquérir de la « grammaire » des mégapoles est
une rude tâche à accomplir, dans l'investigation de
leur réalité massive. C'est dans cet habit du
traducteur que la route des mégapoles a été
parcourue : du Caire à Bombay, Calcutta,
Chongqing, Shanghai, Singapour, Lagos et Sâo
Paulo. Sans prétendre à l'exhaustivité, ce nouveau
chemin du monde est à découvrir, tant il recèle de
défis humains majeurs. Pour ce XXI e siècle, c'est
un immense chantier le chantier de la déme-
sure — à ériger.
2 George Steiner, Après Babel, Albin Michel, 1998, p. 17 et
121.
13 Ire PARTIE
La dynamique de la mégapole
Dans le cheminement des populations vers
l'urbanisation de leur vie, le déploiement sur tous
les continents des grandes cités constitue un
phénomène majeur. Cette mutation a pris une
ampleur considérable qui annonce des défis
nouveaux dans ce basculement du monde.
Analysant « la dynamique de la mégapole »,
cette première partie repose sur le triptyque
suivant :
— La cité primordiale. Le mythe de Babel.
—Le basculement démographique. Le choc des
populations.
— L'ancrage des mégapoles dans la
mondialisation.
En quelque sorte, nous cheminons à partir d'un
mythe fondateur de civilisation à la rencontre de la
réalité des nouvelles mégapoles devenues des
acteurs essentiels du monde en ce début du
30Cr siècle.
CHAPITRE PREMIER
La cité primordiale
Le mythe de Babel :
« Allons, bâtissons une ville et une tour » Le récit de la Bible
Le récit biblique crée le débat qui va construire
le mythe de Babel.
Babylone, ville mésopotamienne, va être
marquée par la tour-temple « E-Temen-An-
Ki - littéralement la « Maison du Fondement du
Ciel et de la Terre » 3. Présence de la ziggourat au
centre de la ville, visible de toute part.
C'est dans la ziggourat du temple de Marduk à
Babylone que les archéologues s'entendent à voir
l'original de Babel. Mais c'est dans la Bible, dans
le livre de la Genèse, qu'émerge le mythe
fondateur, primordial de la tour de Babel à
Babylone4. Comme l'indique Paul Zumthor dans
son ouvrage Babel ou l'inachèvement, « dans la
succession des chapitres de la Genèse, Babel se
dresse au milieu d'un désert » comme hors du
temps, avant toute réalité, prélude à l'histoire
réelle de l'humanité et à son commencement au
temps d'Abrahams .
3 Jacques Vicari, La Tour de Babel, PUF, collection Que sais-
je ?, 2000,. p. 5.
4 voir l'annexe I de ce chapitre.
5 Paul Zumthor, Babel ou l'inachèvement, coll. La couleur des
idées, Seuil, 1997. Mégapoles
Dans sa brièveté, ce texte repose sur trois
« couches narratives » 6 et, comme l'indique
Hubert Bost, sur « trois champs sémantiques
différents :
— un champ linguistique recouvrant tout ce qui est
discours, langue, énonciation et commu-
nication ;
— un champ spatial (au sens large) ; déplacement,
directions, topographie et toponymie ;
— un champ du construire intégrant ce qui
concerne la ville, le bâtiment, les matériaux et
la technique de construction »'.
Espace, construction et langage. Nomadisme et
sédentarisation, chantier et démesure, unicité et
confusion des situations, dispersion. « Le récit
babélien se construit et s'ordonne à partir d'oppo-
sitions spatiales : errance et fixation, terre et ciel,
espace donné et espace à conquérir; horizontalité
du lieu de séjour des hommes, de leur migration et
de leur dispersion finale, mais aussi verticalité
double de l'oeuvre, élevée (en projet) jusqu'au
firmament, et où Yahvé descend pour voir » 8 .
On reste confondu par l'extraordinaire richesse
des représentations d'un tel récit. Comme si, dans
6 Paul Zumthor, Babel ou l'inachèvement, op. cit., p. 34.
7 Hubert Bost, Babel. Du texte au symbole, Labor et Fides,
1985, p. 14.
8 Paul Zumthor, op. cit., p. 57.
20 La cité primordiale
son développement, l'existence même des
hommes se trouvait liée à la construction de la cité
et en dépendre : manifestation primordiale, pour le
meilleur et le pire, dans la démesure de
l'humanité. La pluralité et la diversité de ses
composantes étonnent au plus haut point. Projet de
Dieu, projet des hommes, projet d'humanité,
projet universaliste, qui va traverser toutes les
cultures et les civilisations.
On peut ainsi évoquer la proximité et la
continuité de sens entre la symbolique de Bàbel et
le mythe du Labyrinthe, entre Nimrod, l'architecte
de la Tour, et Dédale, celui du Labyrinthe. Ceux-
ci « incarnent dans leurs cultures respectives les
inventeurs de la ville. Leurs édifices - la tour au
gigantisme vertical, le labyrinthe au gigantisme
horizontal - concentrent sur eux l'idée de
démesure qu'engendre l'urbanisme, etc. » 9 .
La modernité de Babel
Jamais perdu dans l'enfouissement de
l'histoire, le mythe de la cité primordiale et de sa
tour ressurgit comme la question de Babel, avec
toutefois un déplacement de son sens, de ses
accents et de son système de valeurs. Le question-
nement est rémanent dans sa représentation à l'âge
classique (Dante), dans les arts et la peinture
9 Hubert Bost, Babel. Du texte au symbole, op. cit., p. 148.
21 Mégapoles
(l'école flamande avec une soixantaine de
représentations, dont celles de Joachim de Patinier
et de Pieter Bruegel l'Ancien). Helmut Minkowski
dénombre dans l'art occidental pas moins de trois
cent quatre-vingt titres. Le chef-d'oeuvre qu'est la
fresque du XII' siècle de Saint-Savin-Sur-
Gartempe, parfois dénommée « la Sixtine
romane », marque déjà une rupture de perspective
qui se laïcise, le chantier envahissant l'espace de
la représentation. ,
Surtout, aux XIX' et XX e siècles, la puissance
du mythe reprend corps. Notamment chez
Dostoïeveski, avec la question de la tour de Babel
qui se construit sans Dieu et la métaphore du
pouvoir totalitaire 1° .
Babel apparaît de plus en plus absorber la
dimension de la complexité, la représentation du
langage, du discours morcelé et celle de
l'exclusion et du risque tyrannique. Ainsi se
déploie une démarche critique de l'anti-Babel,
notamment illustrée magnifiquement par Fritz
Lang dans le film Metropolis, par sa nouvelle
légende et sa réécriture de la tour de Babel".
— Chez Kafka « le discours recèle la nature
paradoxale de l'aveuglement humain. Il s'y
lo Fedorov Dostoïevski, Les Frères Karamazov, Paris, 1965,
p. 24 et sq.
Il
vovoir 1 annexe II de ce chapitre. ir
22 La cité primordiale
meut comme dans un labyrinthe intérieur » 12 .
Dans son allégorie de la construction de la
Muraille de Chine rédigée en 1917 13 et dans sa
brève parabole Les armes de la ville écrite en
1920, Kafka révèle à la fois son culte de la cité
et sa rébellion contre elle. « Le thème de Babel
le hantait : il y fait allusion dans presque tous
. ses récits majeurs » 14
— Avec Borges, dans sa fiction de 1941 « La
Bibliothèque de Babel » « c'est une ruche,
sortie tout droit de Pinarèse, mais aussi, comme
le souligne le titre, une vue de l'intérieur de la
Tour... À l'intérieur de ce boyau, de ces ruines
circulaires, les hommes baragouinent dans la
confusion » 15 . La cité, « univers du miroir » de
l'homme, à la recherche malgré tout de la
cohérence de son espace-vie.
— Avec Roger Caillois « le monument de
l'orgueil, devenu celui de la confusion (on crut
même que c'était là le sens du nom de Babel),
tomba en ruine » 16 .
12 George Steiner, Après Babel, Albin Michel, 1998. p. 113.
13
Franz Kafka, La Muraille de Chine, Gallimard, collection
Folio, 2000.
14 George Steiner, Après Babel, Albin Michel, 1998. p. 111.
15 Jorge Luis Borges, « La Bibliothèque de Babel », in Fictions,
Gallimard, Coll. Folio, 1983, pp. 71-81.
16
Roger Caillois, Babel, Gallimard, collection Folio, 1996,
p. 113.
23 Mégapoles
— Avec Pierre Emmanuel et son Babel 17
Le potentiel symbolique de Babel a perduré
jusqu'à aujourd'hui. Il est rejoint par les réalités
les plus fortes des cités du monde : richesse et
pauvreté, puissance et exclusion, cultures
plurielles et coexistence pacifique ou conflictuelle.
Démesure des agglomérations, verticalité de
l'habitat, hiérarchisation des populations. Lieux
par excellence de l'échange, de l'accumulation de
richesse et de l'appauvrissement : « sans échange,
pas de société >> 18 . Fernand Braudel a conté
excellemment cette trame de l'histoire :
« Quant aux villes, elles existent dès la Préhis-
toire. Ce sont là des structures multiséculaires de
la vie la plus ordinaire. Mais ce sont aussi des
multiplicateurs, capables de s' adapter au
changement, de l'aider puissamment. On pourrait
dire que les villes, que la monnaie ont fabriqué la
modernité, mais aussi, selon la règle de réciprocité
chère à Georges Gurvitch, que la modernité, la
masse en mouvement de la vie des hommes, a
poussé en avant l'expansion de la monnaie, a
19 . construit la tyrannie grandissante des villes »
17 Pierre Emmanuel, Babel, Desclée de Brouwer, Paris, 1951.
18 Fernand Braudel, La Dynamique du capitalisme, Arthaud,
1985,. p. 20.
19 op. cit.,
p. 21.
24 La cité primordiale
La « tyrannie grandissante des villes »
Une société en voie de structuration a pris
forme au temps de Babel et se prolonge jusqu'à
nos jours. Malgré les ruptures et les évolutions
souvent violentes et chaotiques, la structuration du
monde possède son fil d'Ariane depuis l'antiquité
jusqu'à aujourd'hui. Ce fil conducteur est attesté
par son universalité : aucun espace du monde n'a
échappé et n'échappe à la concentration des
hommes et à la ville, donc à leurs effets. La voie
urbaine devient plus qu'avant une réalité forte et
dominante dans notre histoire.
Ainsi, « si l'on voit les choses d'en haut, ce qui
a fait la ville dans toutes les aires de civilisation ,
jusqu'à hier ou avant-hier, c'est la concentration,
c'est le rapprochement qui a permis à des hommes
de trouver, dans un face à face, souvent
conflictuel, mais bénéfique, sur un espace de taille
raisonnable et, en tous cas, apprivoisé et dominé,
les moyens de coexister en nombre infiniment plus
grand que dans la ruralité, et de profiter d'avan-
tages dus à la division du travail, à la relative
abondance de biens, d'équipements matériels ou
spirituels, considérés comme la marque d'un
incontestable progrès de la condition humaine.
Mirage de la ville ? Peut-être, mais qui, jusqu'au
25 Mégapoles
XX' siècle, fut partout considéré comme la
marque et le moyen d'un véritable progrès » 20 .
Les villes — les grandes cités — sont les
berceaux de bouleversements multiples, de
rassemblements et d'explosions sociales, de
transformations industrielles et des services liées
aux échanges et de mutations sociales et
culturelles considérables.
L'avènement du gigantisme et de la démesure
de villes « hors normes » en serait l'aboutissement
le plus récent et le plus singulier. Pour parler des
villes géantes, les géographes utilisent le terme de
mégapoles. Elles sont nées en Occident au début
du XXe siècle (New York, Londres, Paris, Berlin).
. Elles ont essaimé sur tous les continents en ce
début du XXI' siècle, et plus fortement dans le
Tiers-monde et sur le continent asiatique.
Babélisation du monde : la réalité dans la
« démesure » du monde contemporain a rejoint et
dépasse, peut-être dangereusement, le mythe. Pour
la communauté internationale, l' « explosion
urbaine » est un défi nouveau et majeur.
20 Claude Nicolet, « De la ville des citoyens à la mégapole
œcuménique : le cas de Rome », in Géopolique, revue de
l'Institut international de géopolitique, « L'Explosion
urbaine », n° 81, janvier-mars 2003, p. 5.
26 La cité primordiale
Annexe I
La tour de Babe1 21
Tout le monde se servait d'une même langue et des
mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à
l'Orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Shinéar et
ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons !
Faisons des briques et cuisons-les au feu ! ». La brique
leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils
dirent : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour
dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom
et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! ».
Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les
hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : « Voici que tous
font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est
le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein
ne sera irréalisable pour eux. Allons ! Descendons ! Et là,
confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus
les uns les autres ». Yahvé les dispersa de là sur toute la
face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la
nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le
langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il
les dispersa sur toute la face de la terre.
21
« Genèse, La tour de Babel », in La Bible de Jérusalem, trad.
École biblique de Jérusalem, Desclée de Brouwer, 1955.
27 Mégapoles
Annexe II
22 Metropolis et Babel
Allons - Bâtissons-nous une tour dont le sommet touche
aux étoiles
et au sommet de la tour nous écrirons :
grand est le monde
et son créateur
et grand est l'homme.
Mais ceux qui avaient imaginé la tour de Babel ne
pouvaient pas la construire
car le travail était trop grand.
Ils firent appel à des étrangers contre paiement.
Mais les mains qui édifiaient la tour de Babel
ne savaient rien de ce que rêvait le cerveau qui l'avait
imaginée.
Ce qui était le chant de la gloire pour les uns devint
malédiction pour les autres.
Parlant la même langue les hommes ne se comprenaient
pas.
Grand est le monde et son créateur
et grand est l'homme
Le cerveau et les mains ont besoin d'un médiateur.
Entre le cerveau et la main, le médiateur doit être le coeur.
22 « Légende de Babel », in Metropolis, film de Fritz Lang,
1927.
28