//img.uscri.be/pth/65ad4e49d89b512f75e674f40d4e3d1abd416fec
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 23,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

QUELLES PERSPECTIVES POUR LE RENSEIGNEMENT SPATIAL ET AÉRIEN FRANÇAIS APRÈS LE KOSOVO ?

De
368 pages
Les conflits récents, en particulier celui du Kosovo en 1999, avec l'opération " Forces Alliées " de l'OTAN, ont confirmé si besoin était la place décisive du renseignement - spatial et aérien - dans les opérations militaires de la fin du XXe siècle. C'est pourquoi il a paru souhaitable aux auteurs de revenir sur ce thème du renseignement pour voir où nous en sommes à ce jour, en la matière, après le Kosovo, et réfléchir surtout aux perspectives qui s'ouvrent à ce secteur si capital et si déterminant pour les conflits de demain.
Voir plus Voir moins

QUELLES PERSPECTIVES POUR LE RENSEIGNEMENT SPATIAL ET AÉRIEN FRANÇAIS APRÈs LE KOSOVO?

@ L'Harmattan, 2001

ISBN: 2-7475-0700-9

Sous la direction de

Pierre PASCALLON

QUELLES PERSPECTIVES POUR LE RENSEIGNEMENT SPATIAL ET AÉRIEN FRANÇAIS APRÈS LE KOSOVO?

L'Harmattan L'Harmattan Inc. , . 5-7. rue de l'Ecole Polytechnique 55. rue Saint-Jacques L Harmattan u. 3 (Qc) Harglta Hongrie 75005 Paris Montréal 1026 Budapest FRANCE CANADA H2Y IK9 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection « Défense»
.
Le moment n'est hélas pas venu - peut-il d'ailleurs venir? où la force militaire pourrait être reléguée dans le
« linceul de pourpre où dorment les Dieux morts», chers à

André MALRAUX.
Le monde est en effet constitué de longtemps sinon de toujours « d'Etats-Nations» dont le nombre ne cesse de

progresser et progressera sans doute encore au XXIème siècle s'i I faut en croire la prophétie du Père Serge
BONNET: «Le XXIème siècle sera plus encore que le XXème siècle le siècle des Nations».

.

Se pose défense, sécurité, préserver
nationale

à ces «Etats-Nations»

le problème de leur c'est-à-dire la fonction vitale d'assurer leur leur paix, leur indépendance, l'obligation de et de pérenniser les signes forts d'une identité
de l'Histoire, à savoir: un

à travers les accidents
et
On

territoire
l'habitent. tous ordres

la communauté
l'ensemble prises des

consciente
mesures pour et

des hommes
dispositions la sécurité

qui
de

peut convenir en effet d'appeler« par le Pouvoir
assurer

politique

de Défense»

et l'intégrité du territoire national dont il a la charge et, par ricochet, la paix du peuple qui y vit. Pour utiliser les termes très voisins retenus par l'ordonnance du 7 janvier 1959, la Défense « a pour objet d'assurer en tout temps,

en toutes circonstances et contre toutes les formes d'agression, la sécurité et /'intégrité du territoire ainsi que la vie de la population».

.

Cette collection entend

accueillir

les

réflexions

qui

touchent le domaine de la Défense ainsi défini, domaine global, multiforme, en constante évolution, en privilégiant bien sûr le cas de la France et de l'Europe dans un contexte qui est désormais, ici aussi, de plus en plus d'emblée « mondialisé ».
Pierre PASCALLON

PUBLICATIONS
DANS lA COllECTION « DEFENSE»

Défense

et renseiQnement, pour les drones?, militaires,

1995 1998

Quel avenir

Les transmissions Quelles perspectives français?, 2000 Quelles Militaire

2000
porte-avions

pour le deuxième

perspectives pour français?, 2000

le

Transport

Aérien

Quelle défense siècle?, 2000

pour la France à l'aube du xxrème

Cet ouvrage rassemble les interventions prononcées lors du colloque sur le même thème, organisé par le Professeur Pierre PASCALLON, Président du Club "Participation et Progrès" et qui s'est tenu le 23 novembre 2000, à Paris, à l'Assemblée Nationale. Cette
précédentes

manifestation

-

fut

comme
Pierre

plusieurs

des

présidée

par l'Amiral

LACOSTE,

ancien Directeur de la DOSE, qui a le grand mérite de tenir sous le joug de sa gentillesse nos très nombreux intervenants et ce, avec une grande efficacité. Merci aussi à nos auteurs dont les textes sont à la hauteur de la qualité de leur intervention du 23 novembre.

SOMMAIRE

Avant-propos... Introduction Générale

page 11 page 15

Partie I : L'EXISTANT EN MATIERE DE RENSEIGNEMENT SPATIAL ET AERIEN FRANC AIS page25 Partie II : LE FUTUR EN MATIERE DE RENSEIGNEMENT SPATIAL ET AERIEN FRANC AIS page 139
Postface. . . . . . .. . . . . . . . . . . ... . . ... page 339

Sigles et Abréviations Bibliographie Table des matières

page 349 page 353 page 359

AVANT-PROPOS
par Pierre P ASCALLON Professeur Agrégé de Faculté

-11-

Nous avions bien perçu, dès le début de la décennie 90 suite, plus spécialement, à la guerre du Golfe -l'importance centrale et croissante du renseignement dans les conflits modernes et nous avions consacré pour ce faire - c'était le 26 octobre 1993 - une journée de réflexion au thème: « Défense et Renseignement» I. Nous nous sommes ensuite dans le même esprit intéressés aux drones, avec également au Sénat, à Paris, un colloque sur ce sujet le 10 janvier 1997. Il ne nous est pas indifférent d'indiquer que l'ouvrage reprenant les actes de cette journée: « Quel avenir pour les drones? »2, a été sans aucun doute, sur le plan français, la première publication importante sur un domaine resté jusque là encore

confidentiel et qui a connu depuis - et on y a fortement
contribué - les développements considérables que l'on sait. Les conflits plus récents - celui du Kosovo, en particulier, en 1999, avec l'opération « Forces Alliées» de l'OTAN ont confirmé si besoin était la place décisive du renseignement - spatial et aérien - dans les opérations militaires de la fin du XXèmesiècle. C'est pourquoi il nous a paru souhaitable, plus encore indispensable, de revenir sur ce thème du renseignement - le renseignement spatial et aérien tout particulièrement - pour voir où nous en sommes exactement à ce jour, en la matière, après le Kosovo, et réfléchir surtout aux perspectives qui s'ouvrent à ce secteur si capital et si déterminant pour les conflits de demain. Tel a été l'objet du colloque que l'on a organisé à l'Assemblée Nationale, à Paris, le 23 novembre 2000, sous le titre: « Quelles perspectives pour le renseignement spatial et aérien français après le Kosovo?». Cet ouvrage - qui
Cf. P. PASCALLON (sous la direction de), Défense et Renseignement, l'Harmattan, 1995. 2 Cf. P. PASCALLON (sous la direction de), Quel avenir pour les drones? Avions sans pilotes, l'Harmattan, 1998. -13I

reprend pour l'essentielles communications de cette journée - deviendra, on en est persuadé, une référence d'étape forte et incontournable pour toutes celles et tous ceux qui veulent s'ouvrir à plein la connaissance du renseignement spatial et aérien ffançais à l'aube du nouveau siècle; renseignement

qu'il faudra demain - en fort partenariat européen « muscler» encore davantage si l'on veut pouvoir tenir tout notre rang en cette matière si prioritaire face à des Américains surpuissants.

-14-

INTRODUCTION GENERALE
par Richard WOLSZTYNSKI Général Major Général de l'Etat-Major des Armées (EMA)

-15-

C'est un honneur et un plaisir pour moi que de pouvoir prononcer quelques mots en ouverture de ce colloque organisé par Monsieur Pierre Pascallon, que je tiens à remercier à nouveau de son initiative et de son invitation. Le thème qui a été retenu, relatif au renseignement spatial ou aérien, se rapporte en effet à l'un des domaines de priorité de notre défense, comme de la future défense européenne. Je suis moi-même, en tant qu'ancien pilote de reconnaissance, et aujourd'hui en tant que Major général de l'état-major, en charge du domaine spatial militaire, doublement convaincu du caractère essentiel du renseignement. En raison de la grande richesse de l'auditoire que vous constituez et du programme particulièrement bien étudié qui vous attend aujourd'hui, j'éviterai, pendant ces quelques minutes, de m'aventurer dans le domaine technique et chercherai plutôt à esquisser le cadre général de vos travaux. Je vous propose donc, dans un premier temps, de rappeler brièvement l'importance du renseignement dans notre stratégie militaire. Je voudrais ensuite insister sur la nécessaire complémentarité des moyens, qui répond à la variété des contextes. Enfin, je rappellerai les principaux enjeux auxquels nous serons cOnITontésdans l'avenir. ***** 1- L'importance du renseignement pour notre défense

En raison de la complexité et de la multiplicité des crises partout dans le monde, la "prévention" occupe une place première dans la stratégie militaire de la France: il s'agit en effet de disposer de la capacité de "savoir" afin de pouvoir "choisir" et enfin "d'agir", avec opportunité et rapidité, dès les premiers signes de déclenchement d'une crise. Cette trilogie essentielle est vieille comme le monde. Elle
-17-

est également valable du plus haut niveau de décision des Etats, au plus bas niveau de conduite des opérations militaires. Elle est enfin au cœur du projet d'une défense européenne. La crise du Kosovo a rappelé à tous, après celle du Golfe il y a dix ans, combien il est vital d'être correctement renseigné si l'on veut peser utilement dans la décision et s'engager à bon escient. La maîtrise de l'information a toujours été une capacité prioritaire et nécessaire au succès des opérations. Mais, l'évolution foudroyante des technologies, au cours des dernières décennies, donne aujourd'hui au renseignement une dimension nouvelle. Cette dimension est d'abord planétaire, mais elle est marquée aussi par la circulation presque instantanée de l'information ainsi que par la quasitransparence du champ de bataille. Tout ceci révolutionne les conditions d'exécution de nos missions. Mais tous ces progrès techniques représentent à l'évidence pour les armées, un défi autant technologique que financier. Le besoin étant avéré, la question est souvent d'adapter la réponse à la réalité des ressources disponibles. Dans un contexte général de rigueur budgétaire, la recherche de coopération apparaît comme une voie prometteuse. Les enseignements des crises récentes ont mis en évidence le besoin d'une appréciation autonome de situation, nationale et, à terme européenne. Les éléments clés en sont toujours constitués aujourd'hui par l'existence d'une chaîne nationale d'acquisition de renseignements et par des échanges avec les Alliés. Voyons quels en sont les principaux moyens.

11- Une complémentarité

essentielle des moyens

Les moyens de renseignement peuvent être utilisés dans différents contextes. Selon le but recherché, telle ou telle composante de la chaîne du renseignement occupera une place
-18-

plus ou moins déterminante. Pour éclairer ce constat, il est intéressant, en s'appuyant sur l'exemple du Kosovo, de distinguer les différents types de renseignements nécessaires au traitement d'une crise. Le renseignement de documentation Il sert à l'étude de l'environnement de la crise, à la constitution de dossiers d'objectifs et de bases de données opérationnelles. Il est également indispensable aux systèmes d'information et aux systèmes d'armes sophistiqués, tels que les missiles de croisière. Ce type de renseignement requiert des moyens offrant la couverture la plus large possible; en revanche, le délai d'acquisition n'est généralement pas un facteur déterminant. Il est souvent obtenu avant la crise, par l'étude de la documentation ou par les réseaux permanents déployés dans le monde. Les satellites, discrets et utilisables dès le temps de paix, sont bien adaptés au recueil de ce genre de renseignement. Pour le Kosovo, le renseignement de documentation a aidé à la conduite des négociations et à la planification initiale des opérations. Le renseignement de situation (stratégique, opératif et tactique) Les leçons des dernières crises ont montré que les hautes autorités ont besoin de renseignements précis pour évaluer la situation, les effets des actions (notamment des ftappes...) ainsi que leur impact médiatique sur la scène internationale. Le renseignement de situation requiert une couverture large mais surtout des temps d'acquisition et de raftaîchissement de plus en plus courts. Il fait appel à toute la panoplie des capteurs: des satellites pour le niveau stratégique, aux capteurs aériens, terrestres et maritimes pour les niveaux opératifs et tactiques; le satellite étant davantage, dans ce dernier cas, un moyen complémentaire. -19-

Pour assurer une pennanence dans le renseignement de situation, en préservant la vie des hommes, il est possible d'employer les drones de longue endurance, tels que ceux engagés par les Américains au Kosovo. En revanche, dès lors que la mission implique précision, analyse instantanée et réactivité au changement, la composante pilotée s'impose toujours comme la solution la plus satisfaisante. C'est également le cas pour l'obtention de renseignement à longue distance, grâce à la capacité de ravitaillement en vol. Le renseignement de combat Il exige en priorité des moyens offiant une grande souplesse d'emploi et possédant une excellente réactivité. En l'occurrence, il importe que le délai d'acquisition ou de raftaîchissement du renseignement soit compatible avec le rythme de la manœuvre. En revanche, il s'accommode de moyens ayant une couverture plus limitée, la précision primant alors sur la surface couverte. L'acquisition du renseignement de combat repose prioritairement sur l'homme et sur sa capacité à employer à bon escient les capteurs aériens et terrestres. Cependant, ponctuellement, le recours au satellite peut être envisagé, par exemple pour l'identification d'objectifs militaires (comme les chars, véhicules blindés, pièces d'artillerie, ...). Les aéronefs pilotés conservent toute leur actualité dans l'obtention du renseignement de combat. Mais, la crise du Kosovo a également montré toutes les potentialités offertes par les nouveaux concepts. Le système Horizon s'est avéré très efficace dans la détection des objectifs mobiles évoluant dans l'espace aéroterrestre, en particulier des hélicoptères. Les drones, rapides ou lents, ont démontré, malgré quelques pertes, tout l'intérêt de leur mise en œuvre sur un théâtre.

-20-

111- Trois enjeux pour le futur

L'imagerie spatiale L'imagerie spatiale est sans doute le domaine dans lequel les progrès accomplis sont les plus spectaculaires. Plusieurs techniques sont aujourd'hui au point (optique, infrarouge et radar). Les qualités et avantages, mais aussi les inconvénients de chacune de ces techniques sont connus. Elles s'avèrent complémentaires. Compte tenu des coûts élevés de chacun des programmes correspondants, c'est un des domaines où les opportunités de coopération entre Etats sur tout ou partie des programmes doivent être explorées en priorité. Le cadre offert par la défense européenne semble particulièrement bien adapté à la mise en œuvre de coopérations fructueuses. Un système satellitaire Les nombreuses réalisations américaines illustrent les possibilités offertes par les systèmes satellitaires. Mais, aucun de nos pays européens ne saurait par lui-même s'engager dans des programmes d'une telle ampleur. Pourtant, l'autonomie de décision repose, nous l'avons vu, sur l'aptitude à analyser une situation en toute connaissance de cause. Il est donc impératif de rechercher ici aussi les possibilités éventuelles de coopération. Sans conteste, la voie d'un partage des efforts entre les différentes composantes observation, communication, segment-sol, etc. semble offrir les meilleures opportunités de coopération entre Etats. Une même finalité pour tous les capteurs techniques ou humains Pour terminer, je voudrais insister sur un aspect essentiel du renseignement. Quel que soit son moyen de recueil, humain ou technique, spatial, aérien, maritime ou terrestre, le renseignement n'a de valeur que s'il est exploité en temps opportun et pris en compte au moment de la décision. -21-

L'histoire fourmille d'exemples d'occasions ratées par manque de discernement dans l'exploitation du renseignement. Je vois deux parades à ce danger. Tout d'abord, il convient de se doter de moyens complémentaires, voire redondants. En effet, toute information doit être recoupée ou confirmée par une autre voie, avant d'être considérée comme fiable. D'autre part, il faut disposer d'une véritable chaîne du renseignement, armée par du personnel compétent et entraîné, servant des matériels adaptés à chaque besoin. Cet objectif idéal ne saurait être atteint sans consentir des investissements humains, techniques et financiers significatifs. Parmi ceux-ci, et sans revenir sur l'aspect satellitaire déjà évoqué, je crois que nous devons explorer deux domaines en priorité. D'une part, valoriser encore la composante pilotée, par l'amélioration des capacités de ses capteurs, d'autre part, explorer, sans a priori, les potentialités des drones. Ceux-ci offrent en effet des opportunités réelles, autant à courte portée, au profit de la composante terrestre, qu'à plus longue portée dans la conduite interarmées des opérations.

Conclusion Quelques jours après la conférence d'engagement de capacités qui est une étape importante pour la défense européenne, il est bien naturel de rappeler ici combien le renseignement est essentiel à l'obtention d'une autonomie de décision. Il s'agit donc pour nous de savoir fédérer nos moyens nationaux quand cela est nécessaire, mais aussi de nous doter d'outils communs, auxquels chaque partenaire pourra apporter sa contribution. Alors, nos capacités de renseignement, combinées aux capacités d'analyse de situation, de planification et de conduite des opérations, nous permettront de participer à la résolution -22-

des crises, avec ou sans participation des moyens de l'OTAN. Cet objectif sera atteint progressivement, comme a été construit notre espace économique commun. Il suppose un effort financier, soutenu dans la durée, ainsi qu'une hiérarchisation des besoins militaires. Je terminerai en vous assurant que le renseignement figure bien au premier rang des priorités actuelles.

*****

-23-

PARTIE I
L'EXISTANT EN MATIERE DE RENSEIGNEMENT SPATIAL ET AERIENFRANCAIS

-25-

-IL'existant: Présentation d'ensemble
par Jean-Marc TANGUY Journaliste Canal Défense et Armement IntelligenceOnline

-27-

Etant donné le nombre d'orateurs du jour, je ne vais pas vous faire une présentation exhaustive des capacités françaises en matière de renseignement. Résumer le renseignement français en cinq minutes n'aurait pas de sens. Je me bornerai donc à renvoyer à un tableau synoptique d'ensemble des moyens de reconnaissance spatiaux et aériens de notre pays et je vais me concentrer brièvement sur ce que me semblent être les principales évolutions que l'on a pu constater ces dernières années. D'abord un fait, tiré du bilan des opérations au Kosovo: avec 20% des missions de la coalition alliée, nos moyens de renseignement aérien se sont avérés particulièrement utiles dans leur diversité. On cède quelquefois, dans ce pays, à un certain auto dénigrement: manque de budgets, manque de matériels, moyens inadaptés. Dans un environnement particulièrement dense en menaces sol-air, les moyens pilotés, du Mirage FI CR au Transall Gabriel, en passant par les Etendard IVP qui ont terminé là une longue carrière, tous ont tenu leur rôle. Certes, ces moyens sont appelés à évoluer. Les Etendard IVP ont été remplacés par les Super-Etendard Modernisés équipés de châssis photo, qui permettront à l'Aéronavale de poursuivre ses missions de reconnaissance. La commande prochaine du futur pod de reconnaissance, baptisé Reco-NG, permettra encore d'améliorer, progressivement, cette capacité. Ce pod sera, comme le pod Presto actuellement en développement final, doté d'un capteur numérique, mais aussi d'une transmission de données qui permettra à une station-sol d'exploiter les données en temps réel. Ce pod sera aussi utilisé par l'Armée de l'Air, à terme sur le Rafale, dans l'immédiat, depuis un Mirage 2000, probablement un biplace.

-29-

Les Mirage IVP: cinq sont encore sur le front, 36 ans après leur introduction dans les forces, et seront retirés du service en 2005. Les Mirage Fi CR, dont une quarantaine opère encore depuis la base de Reims, suivront progressivement le même chemin d'ici 2012. Les drones endurants, ce qu'on appelle les MALE et les HALE, peuvent constituer partiellement une relève de ces aéronefs. Leur capacité de permanence sur zone est un atout considérable, surtout si l'on peut leur attribuer une capacité de transmission instantanée de leurs données, grâce à l'utilisation de la bande ku. Mais les fantastiques capacités que différentes études technico-opérationnelles ont déjà pu recenser - ou partiellement évaluer - ne valent qu'à travers un plan global de mise en œuvre qui continuera à comprendre des moyens pilotés. Il y a peu de chances que, même à moyen terme, des drones de ce type aient la capacité d'emport, de traitement d'un Transall Gabriel; ou que ces mêmes drones aient la capacité de survie d'un aéronef, pourvu de contre mesures et piloté par un navigant expérimenté. Pour autant, le drone est un complément de poids. Des expériences ont été menées au Centre d'Essais des Landes, en plein conflit du Kosovo, pour mettre au point des techniques d'engagement coopératif avec des aéronefs pilotés. Un drone Hunter a ainsi pu désigner un objectif avec un faisceau laser, au profit d'un avion de combat. Le progrès des techniques permettra bientôt à l'avion de combat de disposer des images prises par ce même drone, améliorant ainsi les techniques de targetting. Le ciblage, l'activité opérationnelle fondée sur le renseignement, a, lui aussi, évolué grâce aux enseignements du Kosovo. Un centre national du ciblage a été mis en place
-30-

à Creil en septembre dernier, sur une idée originale du Commandement de la Défense aérienne et des opérations aériennes. Je vous rappelle que Creil héberge aussi les moyens d'analyse - notamment satellitaires - de la DRM, et que cette co-localisation n'est pas le :&uitdu hasard. Voilà, je ne développerai pas plus avant le sujet, pour laisser la parole aux: orateurs suivants, qui vont, composante par composante, vous donner plus de précisions.

-31-

Moyens

de reconnaissance

spatiaux

et aériens

mis en œuvre

par la France

état au 1er janvier
TYPES DE MOYENS SENSEURS

2000
RESPONSABLES OPERATEURS et

NOMBRE

(bases)

J- Com~ute ....lÜIIe Satellite Hélio. IA Satellite Hélio. 1B Satellite Clèmentine Satellite Ceri.e D- Com-ute nilotée Année de l'Air Mirage F-ICR

0 IR SIOINT

I \

DRM. UEO DRM. UEO DRM. SPOll DRM. SPOll

SIOINT
(avioas et lIBicoptà-es) O,IR, RI ELINT

, ,

40 5(5+2) ne

1/33 "Belfort", 2/33 "Savoie" (Reims) ERS 1191"Gascogne" (Mont-deMarsan) (Saint-Dizier) 00151 "Aubœc" (Evreux) 00151 "Aub",," (Evreux) DI/54 "Dunkerque" (Metz) 360 EDCA (Bourges-Avord) \/3, 2/3, 3/3 (Nancy) ALAT ALAT Flotrille 4F (Lann-Bihoué) lotrille 17F (Landivisiau) Flotrille 6F (Hyères) Flotrilles 22FI23F (Lann-Bihoué, Nimes) Flotilles IlFII7F (Landivisiau)

Mirage IVP' Jagnar RP35P' Sarigne-NO Gabriel E-3F AWACS Mirage 2000D/PDLCT-S Année de Terre Horizon Gazelle Piver Marine E-2C Hawkeye Etendard IVP'" Alizé.... Atlantique 2 SEM standard 4/5 ill- Compooute UAV Drones CL-289 Drones Crécerelle Drones Hunter

O,IR 0

Sarigue' .

SIOINT
SIOINT 01lR prévue ELINT R ESM en cours O,IR SARIM11 O,IR R, ESM 0 O,IR 0, IR, ESM 0 IR prévu sur S.5 O,IR O,IR O,IR

I
I 2 4 20+ 4 1+1 2(+1} 4 7 28 4(52)

40+ 10+ 5

61e RA (Chaumont) 61e RA (Chaumont) CEAM !Mont-de-Marsan)

et COMINT, Note: cet état des lieux ne comprend pas les moyens terrestres alignés par l'Armée de Terre (HUMlNT notamment), comme le SOEA (Système de Guerre Electronique de "Avant) ainsi que tes moyens d'interception navals comme les navires Monge et Beny. La charge électronique de ce demier (composante MINREM) sera transférée en 200 I sur le Bougainville, dans l'attente de l'entrée en service, prévue en 2004, d'un nOUveau sy.tème. n ne comprend pas plus les moyens civils utilisables (comme tes images des satellites SPOT)

Lexique: O=Optique, ESM~Electronic Support Measures, IR=Intrarouge, SIOINT=Signal. Intelligence, R=Radar ELINT=Electronic Intelligence, RI=lmagerie Radar, SAR/Mll=ndar . ouverture synthétique avec indicateur de mouvement. ; ...=retrait 2000, remplacé par SEM .=retrait en 2005 ; "=retrait courant 2OOO,remplacé par Sarigue-NO "'été standard4 =retrait . l'été 2000

-32-

-11-

Analyse des 3 composantes
-1-

La composante spatiale HELIOS L l'œil spatial de l'Europe: Bilan après 5 années d'utilisation opérationnelle
par Yves BLIN Colonel Officierdes Programmes Hélios I et Hélios II Bureau Espace Etat-Major des Années (EMA)

-33-

Les leçons tirées dans les années 1980 de la guerre Iran-Irak, puis du conflit afghan, ainsi que la nécessité de mieux connaître le potentiel des Etats du Pacte de Varsovie, sont à l'origine du développement d'un système d'observation spatiale de défense. Le programme HELIOS I naissait ainsi en 1986. En 1987, l'Italie se joignait à ce programme, suivie peu après, en 1988, par l'Espagne. Le 7 juillet 1995, ces 3 nations voyaient leurs efforts aboutir avec la mise en orbite du satellite HELIOS lA. Opérationnel depuis octobre 1995, le système HELIOS I fonctionne en mode bisatellite depuis la mise en orbite le 3 décembre 1999 du satellite HELIOS lB. Au-delà du lancement du satellite HELIOS IB, le système HELIOS I a beaucoup évolué depuis le lancement du satellite HELIOS lA. A l'origine, il était fermé et conçu pour répondre essentiellement à des besoins stratégiques. L'ensemble des activités du système HELIOS était, dans les deux premières années, confiné dans les locaux du Centre Principal HELIOS sur la base aérienne de Creil. Mais, avec la fm de la guerre froide, le monde vit aujourd'hui au rythme des crises régionales, moins aisément prévisibles, et demande une plus grande réactivité pour gagner la bataille de l'information. Il fallait que le système HELIOS I s'adapte, s'ouvre; qu'à toutes les étapes, on gagne du temps sur les délais entre une demande d'image et sa mise à disposition auprès de l'utilisateur final. Par ailleurs, les performances constatées en orbite des satellites HELIOS I ont permis de multiplier les emplois de l'imagerie HELIOS. La composante sol-utilisateurs HELIOS a été donc constamment améliorée pour s'adapter à ces emplois nouveaux et à des utilisateurs toujours plus nombreux et plus dispersés géographiquement qu'initialement envisagés. Ainsi, le système HELIOS I est aujourd'hui accessible aussi bien aux commandants de théâtre et aux opérationnels sur le terrain qu'aux hautes autorités militaires et politiques. Des stations autonomes de photo-interprétation HELIOS et des stations de -35-

dépôt de demandes de prises de vues, sont positionnées au plus près des utilisateurs finaux, dans nos services de renseignement, sur nos bases aériennes, nos bâtiments de la Marine Nationale, ou encore dans les garnisons de nos forces terrestres. Une station de théâtre transportable permet, depuis 2 ans, de déposer des demandes, de recevoir les prises de vues et de les exploiter directement sur un théâtre d'opérations. Ces améliorations, et d'autres encore, destinées par exemple à augmenter la productivité des photo-interprètes ou à réduire le vieillissement des images à bord du satellite HELIOS IB par l'adjonction d'une mémoire de masse, ont toutes un objectif commun: gagner en réactivité pour gagner la course à l'information. Comme évoqué précédemment, le fonctionnement en bisatellite depuis la mise en service du satellite HELIOS IB en février 2000 est un nouveau pas majeur dans cette direction, en permettant d'obtenir deux fois plus rapidement les prises de vues les plus urgentes, et de réaliser, par une répartition astucieuse des prises de vue entre les 2 satellites, mieux que deux fois plus d'images. Au-delà de la technique et avant de tirer les principaux enseignements des 5 premières années d'emploi du système HELIOS l, je souhaiterais insister quelques instants sur l'organisation opérationnelle originale mise en place pour assurer l'utilisation au jour le jour de ce système. L'organisation mise en place en France reflète parfaitement la dimension interarmées du système HELIOS 1. Le commandement de ce système est assuré par l'Etat-major des Armées. Deux entités concourent à la mise en œuvre. La Direction du Renseignement Militaire (DRM), organisme interarmées, a tout particulièrement la charge de l'élaboration de la partie française de la programmation des satellites au profit de l'ensemble des utilisateurs français. Elle est, à ce titre, le représentant de la France dans le dialogue tripartite (France, Italie, Espagne) qui permet, chaque jour, de valider le plan de travail des satellites. Pour assumer ses responsabilités, la

-36-