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Qui a peur de la Corée du Nord ?

De
350 pages
Sa ténacité a permis à la Corée du Nord, petit pays de 23 millions d'habitants, dont l'économie est en ruine, de faire exploser sa première bombe atomique le 9 octobre 2006. Aujourd'hui, la péninsule coréenne constitue un enjeu stratégique compte tenu de la politique américaine de containment de la Chine. Cet ouvrage est d'abord un bilan de la situation de la péninsule coréenne au début du XXIe siècle pour permettre d'entrevoir des solutions conduisant à la dénucléarisation de la Corée du Nord.
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QUI A PEUR DE LA CORÉE DU NORD ?
LA SAGA NUCLÉAIRE DE KIM JONG-IL

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-04556-9 EAN : 9782296045569

Claude HELPER

QUI A PEUR DE LA CORÉE DU NORD ?
LA SAGA NUCLÉAIRE DE KIM JONG-IL

L'Harmattan

Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l’actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d’un pays d’Asie, soit d’un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s’apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s’efforcent, au-delà de l’analyse de l’actualité de prolonger la réflexion sur l’avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l’Asie. Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s’informer de l’actualité en Asie : investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d’ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation ; où vit la majeure partie de la population du monde.

Points sur l'Asie

Déjà parus Esmeralda LLADSER, Instantanés chinois, dans le nid du dragon, 2007. Antony TAO, Dieu et le Tao, 2007. Nilsy DESAINT, Mort du père et place de la femme au Japon, 2006. Asie 21 – Futuribles, La Chine à l’horizon 2020, 2006. PROCHEAS, Cambodge : Population et société d’aujourd’hui, 2005. Lucas DOMERGUE, La chine, puissance nucléaire, 2005 Dominique LUKEN-ROZE, Cambodge : vers de nouvelles tragédies ? Actualité du génocide, 2005. Hervé COURAYE, L’alliance nippo-américaine à l’épreuve du 11 septembre 2001, 2005. Chris REYNS, Images du Japon en France et ailleurs : entre japonisme et multiculturalisme, 2005. J.P. BEAUDOUIN, Zen, le torrent immobile, 2005. Sabine TRANNIN, Les ONG occidentales au Cambodge. La réalité derrière le mythe, 2005. Stéphanie BESSIERE, La Chine à l’aube du XXIème siècle, 2005. Nathalène REYNOLDS, L’enjeu du Cachemire dans le conflit indo-pakistanais, 2005. N. SIMON-CORTES et A. TEISSONNIERE (Textes réunis par), Viet Nam, une coopération exemplaire, 2004. Hua LIN, Tribulations d’un Chinois en Europe, 2004. Sang-chun JUNG, Les relations commerciales franco-coréennes, 2004. Maria Linda TINIO, Les droits de l’homme en Asie du sud-est, 2004. Hsiao-Feng LEE, Histoire de Taïwan, 2004. Claire ROULLIERE, La mémoire de la seconde guerre mondiale au Japon, 2004.

AVANT-PROPOS

Depuis le début des années 1990, les États-Unis suspectaient la Corée du Nord de développer un programme nucléaire militaire. Avec l’essai d’une bombe atomique le 9 octobre 2006, ce qui n’était qu’un soupçon est devenu réalité. La production par la Corée du Nord de missiles balistiques intercontinentaux est une autre préoccupation majeure pour Washington. Sous la présidence de Bill Clinton, Washington et Pyongyang avaient signé un accord-cadre en octobre 1994 à Genève. Cet Agreed Framework avait permis pendant des années d’éviter que la Corée du Nord recycle du plutonium destiné à fabriquer des bombes nucléaires. Avec l’arrivée de George W. Bush à la Maison Blanche, les relations américano-nord-coréennes se sont détériorées. Ce n’est qu’au début de 2007, après six années de négociations souvent interrompues, qu’un accord a été trouvé grâce à l’entremise des Chinois. Ce nouvel accord, le Beijing Deal, ordonne le démantèlement du programme nucléaire nordcoréen par étapes successives. La première de ces phases a été lancée en février 2007. Elle prévoit d’une part que les États-Unis libéreraient dans les 30 jours des fonds nord-coréens qu’ils avaient fait bloquer dans une banque de Macao et d’autre part que la Corée du Nord gèlerait ses installations nucléaires dans les 60 jours à compter de la signature de cet accord. En juin 2007, la situation avait enfin évolué. Les USA ont libéré les 24 millions de dollars bloqués à Macao et la Corée du Nord a désactivé son réacteur nucléaire de Yongbyon, ainsi que quatre autres installations nucléaires. Contrairement à ce que l’on a pu lire dans la presse, ce ne sont pas les NordCoréens qui, initialement, n’avaient pas rempli leurs obligations découlant du Beijing Deal en refusant d’arrêter leur réacteur dans le délai imparti, mais les Américains qui avaient été incapables de remplir les leurs en s’étant mis dans l’impossibilité de procéder à la restitution de leurs fonds aux Nord-Coréens. Aujourd’hui encore, la péninsule Coréenne est un enjeu stratégique compte tenu de la politique américaine de containment de la Chine. La Corée reste donc une zone instable malgré les négociations américano-nord-coréennes qui se déroulent depuis 2003 sous le couvert des « entretiens à six »1. Il ne fait pas de doute que ces pourparlers vont se poursuivre pendant de nombreux mois. Dès lors, le lecteur voudra bien conserver à l’esprit que cet ouvrage est un bilan, une photographie de la situation de la péninsule Coréenne au début du XXIe siècle.
1. Les « entretiens à six » se sont déroulés à Beijing entre les deux Corées, les USA, la Chine, la Russie et le Japon en vue d’obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord. 7

À notre époque, l’Histoire s’écrit si rapidement que les affirmations d’aujourd’hui peuvent ne plus être vraies demain. Pour bien comprendre ce qui a conduit à la situation actuelle, il est indispensable de connaître le passé récent. C’est pourquoi nous allons examiner l’histoire de la partition de la péninsule Coréenne avant d’aborder la problématique des programmes balistiques et nucléaires nord-coréens, puis de chercher quelles solutions pourraient conduire à la dénucléarisation de la Corée du Nord.

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PREMIÈRE PARTIE LA PARTITION DE LA PÉNINSULE CORÉENNE

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Introduction Depuis toujours, la Corée a été l’enjeu de luttes territoriales entre le Japon et la Chine, voire la Russie, pour posséder cette péninsule qui occupe une place stratégique en Asie du Nord-Est. Les Coréens disent d’ailleurs de leur pays qu’il est « une crevette parmi les baleines ». D’une manière générale ce livre est consacré au test nucléaire et aux essais balistiques nord-coréens, événements récents qui ont créé et qui perpétuent l’instabilité dans et autour de la péninsule coréenne. Cependant, un rapide survol de l’histoire de la Corée s’impose pour bien comprendre ce qui a conduit la République populaire et démocratique de Corée (RPDC : Corée du Nord) à s’équiper d’armes nucléaires et, si possible, pour tenter une approche du futur. Tous les événements qui se sont déroulés dès la fin des années 1980 (chute du mur de Berlin, quasi-révolution dans les pays de l’Europe de l’Est ; reconnaissance de la Corée du Sud par l’URSS et la Chine, anciens alliés de Pyongyang ; pourparlers et tensions entre la Corée du Nord et les USA et l’AIEA), survenus au cours de dix années critiques, ont marqué profondément la RPDC. Primo, ils l’ont poussée à donner à ses rapports avec les USA un caractère prioritaire, voire exclusif ; secundo, ils ont conduit l’armée nord-coréenne (Korean People’s Army ou KPA) à modifier fondamentalement son attitude envers tout le mécanisme de l’Accord d’Armistice, et tertio, ils ont poussé la Corée du Nord à développer des programmes nucléaires et balistiques que Pyongyang qualifie d’exclusivement défensifs. Mais, en vérité, nous verrons que la priorité de Pyongyang est d’obtenir un accord stratégique avec les ÉtatsUnis. La partition de la Corée Le Japon a envahi la Corée pour la première fois en 1274. Les Mandchous en 1627, puis en 1637. Les Européens aussi s’y sont essayés : les Anglais en 1816 ; les Français en 1845 ; les Russes en 1864 ; les Américains en 1866. Grâce à leur « diplomatie de la canonnière », les Japonais purent ouvrir deux ports en Corée en 1876. En 1895, c’est la fin de la guerre sino-japonaise, gagnée par les Japonais. En 1904, le Japon attaque la Russie, gagne la guerre en 1905, et occupe la Corée qui, en 1910, devient territoire japonais. Les Japonais exigent que les Coréens apprennent et parlent le japonais. Les gens et les localités doivent prendre des noms japonais. Des artistes et des travailleurs sont déportés au Japon. Avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale, des milliers de jeunes femmes, mariées ou non, sont enlevées et envoyées dans des bordels pour servir de « femmes de réconfort » pour les soldats japonais dans les pays attaqués puis occupés par les armées impériales nippones.

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Passons rapidement sur les conférences diplomatiques qui préparèrent la fin de la Deuxième Guerre mondiale et l’après-guerre2. Les Alliés avaient décidé qu’une fois libérée du joug japonais, la Corée retrouverait son indépendance in due time. Nous avons tous en mémoire ce que fut en Extrême-Orient la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec les bombardements atomiques sur Hiroshima le 6 août et sur Nagasaki le 9 août 1945. Nous n’y reviendrons pas. Il faut toutefois signaler que l’URSS avait attendu le 8 août 1945 pour déclarer la guerre au Japon. Cette formalité accomplie, les choses n’ont plus traîné : le 10 août 1945, les troupes soviétiques entraient au Nord de la Corée et le 15 août 1945, le Japon capitulait. Le 2 septembre 1945, MacArthur acceptait l’acte de reddition japonais à bord du cuirassier USS Missouri. Il proclamait le 38e parallèle comme ligne de démarcation entre les troupes soviétiques et les troupes américaines en Corée. Il est intéressant de savoir que Washington avait proposé cette ligne de démarcation le 10 août 1945 à Moscou, soit le jour de l’arrivée des troupes soviétiques au nord de la péninsule. Moscou avait acquiescé. Avec l’évacuation des troupes impériales nippones, les Coréens changèrent donc d’occupants. La division de la péninsule était consommée. L’ONU avait demandé qu’il soit procédé à des élections libres. Ces élections ont eu lieu en 1948, mais séparément. Au Sud, c’est Syngman Rhee qui est élu Président3. Au Nord, c’est KIM Il-sung qui prend le pouvoir avec l’aide des occupants soviétiques. L’ONU avait aussi demandé aux Américains et aux Soviétiques de retirer leurs troupes rapidement. Ce sera chose faite à la fin de 1949. Le 12 janvier 1950, le Secrétaire d’État américain Dean Acheson déclarait que la Corée n’était pas partie intégrante du périmètre de défense américain

2. Téhéran (1943 : Churchill, Staline, Roosevelt) ; Yalta (1945, avec les mêmes) ; Potsdam (1er août 1945 : Truman, Attlee, Staline). 3. Le 10 mai 1948 ont lieu les élections à l’Assemblée nationale sud-coréenne. La Constitution voit le jour le 7 juillet 1948. Le 20 juillet 1948, Syngman RHEE (Yi Sung-man ou Li Seng-man) est élu Président. Le 15 août 1948, trois ans jour pour jour après la capitulation japonaise, la République de Corée est déclarée. C’est la fin du gouvernorat américain d’occupation. Le 9 décembre 1948, l’ONU déclare le gouvernement de Séoul seul légitime. Né à Kaesong, ville située sur le 38e parallèle, Syngman RHEE était un descendant de la dynastie impériale des Yi (ou Li). En 1904, les missionnaires américains qui l’avaient converti au christianisme envoyèrent RHEE aux États-Unis pour y faire des études supérieures. Il parlait couramment l’anglais, ce qui facilitait ses contacts avec l’occupant américain. Syngman RHEE, fut de tous temps un avocat de la réunification, par la force si nécessaire. Il a refusé de signer l’Accord d’Armistice en 1953, et il a continué de polémiquer contre cet accord en déclarant que toute politique de coexistence pacifique était impossible avec le régime de KIM Il-sung. Malgré son opposition à l’Accord d’Armistice, RHEE fut soutenu par les USA, mais il a dû limiter à la rhétorique ses attaques contre le Nord et contre l’abandon de la force à la fin du conflit coréen. Son attitude rigide en politique intérieure, allant jusqu’à l’interdiction de certains partis politiques, et inflexible à l’encontre du régime de KIM Il-sung, entraîna sa chute lors de la révolution des étudiants le 19 avri1 1960. 12

dans le Pacifique. Dès lors, KIM Il-sung se sentait libre de procéder par les armes à l’unification des deux Corées4. La guerre de Corée (1950-1953) Le 25 juin 1950, les troupes de la Corée du Nord envahissaient la Corée du Sud. L’ONU réagit immédiatement, déclarant le Nord comme étant l’agresseur. Six mois avant, le 13 janvier 1950, l’URSS avait boycotté le Conseil de sécurité par solidarité prolétarienne, la Chine communiste n’ayant pas été admise à siéger à l’ONU. Moscou n’avait donc pas pu faire usage de son droit de veto pour empêcher que cette résolution soit prise. L’ONU demanda à ses membres d’envoyer des contingents pour repousser l’envahisseur. Quinze pays, dont la France, envoyèrent des troupes au secours des Sud-Coréens. Les Américains prirent le commandement des troupes onusiennes. Les troupes nord-coréennes avancèrent rapidement vers la pointe sud de la péninsule ; elles s’arrêtèrent le 25 août 1950 près de la ville de Pusan pour attendre des renforts et du ravitaillement. En septembre 1950, le général MacArthur débarqua à Inchon, à l’ouest de Séoul, coupa en deux les armées nord-coréennes, fit de nombreux prisonniers et repoussa les Nord-Coréens jusqu’au fleuve Yalou, à la frontière chinoise. C’est à ce moment que Mao envoie ses « volontaires chinois » au secours des Nord-Coréens en pleine débâcle. Il faut dire que Pékin craignait que MacArthur pousse son action à l’intérieur de la Chine où les avions nord-coréens trouvaient refuge. Il s’agissait en fait d’avions fournis par l’URSS, pilotés par des Russes parlant coréen.

4. Né le 15 avril 1912 dans une modeste maison au toit de chaume de Mangyondae à Namli, près de Pyongyang dans la province de Pyongan, KIM Il-sung, de son vrai nom KIM Sung-ju, a fréquenté une église chrétienne jusqu’aux environs de sa 10e année. KIM Il-sung est entré en 1926 à l’école de Yookmoon en Mandchourie (Chine), ville où ses parents s’étaient réfugiés pour fuir l’occupation japonaise de la Corée. En 1929, il devient le secrétaire de la Commission de l’Alliance des jeunes de la Mandchourie orientale et en 1931, il adhère au Parti communiste chinois. C’est en 1935 qu’il prend le nom de KIM Il-sung, patronyme d’un héros coréen mort la même année après avoir résisté à l’occupant japonais. KIM Il-sung a vécu en Mandchourie et en Chine où il a combattu l’occupant japonais avec d’autres résistants coréens, communistes comme lui. Parti en 1942 en Extrême-Orient soviétique où il commanda une unité dans l’armée de l’URSS, il est promu major de l’armée soviétique en août 1945. La même année, il est ramené en Corée du Nord par les Soviétiques qui s’y installent. En octobre 1945, KIM Il-sung qui, peu de temps auparavant, n’était qu’un simple chef de bande, fonde le Parti des Travailleurs, dont il devient le Secrétaire général. Il restera à la tête de la RPDC jusqu’à sa mort en 1994. Depuis lors, il est devenu le « Président éternel ». La Corée du Nord est donc le seul État à être présidé par un mort.Toutefois, son fils KIM Jong-il est le chef de l’État depuis cette date. Pour plus de détail, voir sous : http://en.wikipedia.or/wiki/Kim_Il-sung. 13

Bilan de la guerre Du côté des forces des Nations unies : 447 000 tués (dont 415 000 Sud-Coréens, 29 500 Américains et 288 Français) et 550 000 blessés ou disparus (dont 140 000 Américains). Du côté du Nord : 1 400 000 (tués ou disparus), dont 900 000 Chinois et 500 000 Nord-Coréens (estimation, les communistes ne donnant pas de chiffres). Cette guerre a donc coûté la vie à 2,5 millions de soldats. Les pertes civiles du Sud : 315 000 morts et 600 000 blessés ou disparus ; du Nord : pas de chiffres. Des dizaines de milliers de personnes séparées de leurs familles.

Le 27 juillet 1953, après plus de deux ans de négociations pendant lesquelles les combats se poursuivaient, un armistice est signé. Outre le cessez-le-feu, une ligne militaire de démarcation, une zone démilitarisée et trois commissions sont créées, l’une pour le rapatriement des prisonniers, la seconde pour la surveillance de l’armistice et la troisième pour maintenir le contact entre les ex-belligérants. Au début du XXIe siècle, les Sud-Coréens sont encore divisés sur leur interprétation de cette guerre. Alors que les anciens se souviennent des atrocités commises par les troupes communistes et souhaitent dès lors une attitude ferme de leur gouvernement à l’encontre de Pyongyang, beaucoup de jeunes Sud-Coréens interprètent maintenant la guerre de Corée comme une guerre par procuration entre les États-Unis et l’URSS. Il est intéressant, sinon surprenant, que certains extrémistes sud-coréens, qui qualifient MacArthur de criminel de guerre, croient que l’unification sous le régime nord-coréen a tragiquement été torpillée par l’intervention américaine en 1950 ! Les provocations de la Corée du Nord Après la guerre de Corée et ce jusqu’au milieu des années soixante, la République populaire démocratique de Corée (RPDC : Corée du Nord) était trop occupée à remonter son économie dévastée par le conflit qu’elle avait initié pour se consacrer à des attaques contre la République de Corée (RC : Corée du Sud). En outre, à cette époque, des luttes de pouvoir internes retenaient l’attention des dirigeants de Pyongyang. Toutefois, dès le milieu des années soixante, les Nord-Coréens se sentirent assez forts pour provoquer les SudCoréens et les Américains stationnés au sud. D’une part, dès 1962, la RPDC avait poursuivi ses efforts pour consolider et réorganiser ses forces armées. La balance militaire entre le Sud et le Nord avait graduellement penché en faveur de la RPDC. D’autre part, Pyongyang pensait que les États-Unis, engagés au Vietnam, ne seraient pas en mesure de réagir contre des attaques nord-coréennes en se lançant dans un deuxième conflit. Enfin, en 1961, Pyongyang avait signé des traités d’amitié et d’assistance avec l’URSS et la Chine populaire et se sentait rassuré par ses alliances avec ses grands voisins.
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C’est à partir de 1965 que la Corée du Nord se lança non seulement dans des actions visant à recueillir des informations sur la Corée du Sud, mais aussi dans des offensives armées. L’histoire des diverses campagnes militaro-diplomatiques de la Corée du Nord peut être divisée en quatre périodes : primo, la genèse de ces campagnes (1965-1972) ; secundo, l’usage diplomatique de la force limitée (1973-1982) ; tertio, la montée des actions terroristes (19831992) ; et in fine, l’élaboration et le maintien des campagnes militaro-diplomatiques, c’est-à-dire le nucléaire et la balistique (de 1993 à nos jours)5. Les accords de réconciliation et de dénucléarisation de 1991 L’entrée simultanée des deux Corées à l’ONU, le 17 septembre 1991, a eu pour corollaire évident le respect de la Charte des Nations unies par Séoul et Pyongyang. Ce fut donc une reconnaissance réciproque de facto, sinon de jure. Cet événement historique a-t-il exercé une influence dans le contexte ardu des relations intercoréennes ? Difficile à dire, car les deux Corées sont depuis lors confrontées à des problèmes (par exemple le nucléaire et la balistique militaires de la RPDC) qui ne se régleront probablement pas facilement. Toutefois, l’attitude conciliante des Présidents sud-coréens KIM Dae-jung et ROH Moo-hyun envers Pyongyang a permis quelques progrès encourageants, comme l’établissement en Corée du Nord d’une zone économique spéciale à Kaesong et d’une zone touristique au Mont Kumgang. Mais on est encore loin d’un véritable engagement vers une réunification. Depuis son admission à New York, Pyongyang a bien signé avec Séoul l’accord de base (réconciliation, non-agression, échanges et coopération) du 13 décembre 1991, reconnaissant le « système » et le « gouvernement » de la République de Corée. Toutefois, le préambule de cet accord exclut expressément la « souveraineté » de la RC sur la partie sud de la péninsule. Ceci n’est guère surprenant lorsqu’on sait que leur Constitution attribue à chacun des deux États la souveraineté sur toute la péninsule. À la même époque, Pyongyang avait également signé avec Séoul un accord de dénucléarisation de la péninsule, accord jamais mis en vigueur, bien que ratifié par les deux Corées. Au début des années quatre-vingt-dix, le Nord s’était donc engagé à œuvrer pour la réunification, mais n’avait jamais officiellement modifié sa Constitution. Sa « mission » – communiser le Sud – sans apparaître explicitement, était manifeste. Quels moyens le Nord entendait-il employer pour achever l’unification des deux Corées ?

5. Voir l’étude de Narushige Michishita publiée par The Korean Journal of Defense Analysis, Vol. XVI, n° 2, en automne 2004, sous le titre de « Calculated Adventurism : North Korea’s Military-Diplomatic Campaigns. » 15

Les tentatives d’unification En 1970, KIM Il-sung prônait la nécessité absolue d’une « révolution sudcoréenne » afin d’achever la réunification des deux Corées. En 1980, il avait changé de ton, sans pour autant modifier ses objectifs, et il avait fait appel au nationalisme coréen plutôt qu’à l’idéologie pour inciter les Sud-Coréens à pousser à la réunification. Ce changement de cap était certainement dû au fait que, majoritairement, le Sud capitaliste ne croyait plus aux vertus du communisme. Nouvelle évolution : dans ses discours du 1er janvier de 1991 et de 1992 : On National Reunification, le Président nord-coréen KIM Il-sung avait parlé de « moyens pacifiques ». Il développait les thèmes de l’unité nationale dans le cadre d’une « Confédération de Koryo » ; de l’égalité entre les citoyens du Nord et du Sud de la péninsule ; de la coopération économique et de l’exploitation en commun des ressources naturelles ; du développement harmonieux de l’économie ; de la coopération dans les domaines de la science, de l’éducation, de la culture et des arts6 ; de la réduction des énormes effectifs des armées des deux Corées ; du regroupement des deux armées en une seule armée nationale ; de l’abolition de la zone démilitarisée ; des relations internationales afin d’assurer les intérêts de la nation coréenne, etc. Dans son discours du 1er janvier 1993, KIM Il-sung appelait tous les pays ayant été mêlés au conflit coréen à participer à la recherche d’une solution. Il voulait favoriser la discussion et excluait la guerre. Jusqu’à son décès en 1994, personne n’a pu prétendre qu’il n’avait pas tenu parole. Périodiquement, la presse officielle nord-coréenne reprend cette idée du Président KIM Il-sung sur une Confédération de Koryo : « Un pays, une nation, deux systèmes, deux gouvernements. » Notons un élément de ce projet qui n’est pas souvent précisé par le Nord : un parlement coifferait ce montage, avec le même nombre de députés pour la RPDC que pour la RC ; évidemment, cette dernière, dont la population est le double de celle de la Corée du Nord, oppose à ce système la formule one man, one vote, ce que Pyongyang refuse. L’influence des événements internationaux Dès la fin des années quatre-vingt et pendant les premières années des années quatre-vingt-dix, l’évolution de la situation dans la péninsule fut étroitement liée aux événements internationaux de l’époque. La chute du mur de Berlin, l’époque Gorbatchev (Glasnost, Perestroïka), la reconnaissance de la République de Corée (Corée du Sud) par les pays anciennement satellites de l’URSS7, puis sa reconnaissance par l’URSS le 30 septembre 1990 et par la
6. L’accord intercoréen passé en 1991 prévoyait la protection des droits d’auteurs mais n’avait jamais été mis en pratique. Le 19 avril 2005, le Ministre sud-coréen de l’Unification a déclaré qu’il avait officiellement acquiescé à la requête des Nord-Coréens de protéger la propriété intellectuelle littéraire et artistique nord-coréenne en Corée du Sud. 7. Entre autres, par la Pologne le 11 septembre 1989 et par la Tchécoslovaquie le 13 mars 1990, le premier de ces ex-satellites ayant été la Hongrie, le 1er février 1989. 16

Chine populaire le 24 août 1992, et l’entrée simultanée des deux Corées à l’ONU8 le 17 septembre 1991, sont autant d’événements qui ont marqué profondément la République populaire démocratique de Corée et l’ont poussée à donner à ses rapports avec les USA un caractère prioritaire au détriment du mécanisme composé de la Commission militaire d’armistice, la MAC, et de la Commission des nations neutres pour la surveillance de l’armistice, la NNSC9. L’évolution du dialogue intercoréen Un autre aspect, et non des moindres, doit aussi être mentionné ici : l’évolution du dialogue intercoréen. Le 4 septembre 1990, le Premier Ministre nord-coréen YON Hyong-muk10 traversait la zone conjointe de sécurité (JSA) pour aller rencontrer à Séoul le Premier Ministre sud-coréen KANG Younghoon11. Leurs entretiens allaient déboucher, au début de 1992, sur la ratification par les deux Corées de l’accord de réconciliation, non-agression, échanges et coopération entre le sud et le nord et sur l’accord de dénucléarisation de la péninsule Coréenne. Puis, en juin 2000, le Président sud-coréen KIM Dae-jung12 s’est rendu à Pyongyang pour y rencontrer son homologue du Nord, KIM Jong-il, « le Soleil du XXIe siècle »13. Depuis lors, les relations intercoréennes se sont réchauffées, mais elles ne sont pas exemptes de refroidissements périodiques.
8. La première demande d’admission de la République de Corée date du 19 janvier 1949, suivie de quatre autres requêtes (1951, 1961, 1975 deux fois). La RPDC postula en 1949 et 1952. Toutes ces demandes furent rejetées (veto). En 1990, la Corée du Sud proposa à son voisin du Nord d’entrer simultanément à l’ONU ; en réponse, la RPDC proposa un « siège pour deux ». Au printemps, l’URSS déclara son intention de supporter la candidature du Sud et la Chine de ne pas lui opposer de veto. Le 27 mai 1991, la RDPC fit savoir officiellement qu’elle n’avait pas d’autre choix que d’entrer séparément à l’ONU, bien qu’elle se soit toujours opposée à cette façon de faire qui allait perpétuer la division de la Corée. 9. MAC : Military Armistice Commission : les anciens belligérants. NNSC : Neutral Nations Supervisory Commission : Pologne, Tchécoslovaquie, Suède et Suisse. 10. YON Hyong-muk, un expert en économie, avait été nommé Premier Ministre en 1988. Il avait perdu cette charge en 1993. Opéré en France en février 2002, puis en Russie à la fin de 2004, selon certaines sources (Associated Press, 30.11.2004) pour une tumeur cancéreuse au pancréas, selon d’autres (Joongang Ilbo, 29.06.2005) pour un problème cardiaque, YON Hyongmuk (74 ans) est décédé le 22 octobre 2005. 11. KANG sera plus tard remplacé par le nouveau Premier Ministre sud-coréen CHONG Wonshik. 12. Le 17 septembre 1980, donc quelques jours après l’élection du général CHUN Doo-hwan comme Président de la Corée du Sud, KIM Dae-jung était arrêté et condamné à mort. On lui reprochait d’avoir fomenté un complot. Sous la pression de Washington, cette condamnation fut commuée en prison à vie. Cependant, deux ans plus tard, les Américains purent le faire extrader aux USA. Destin exceptionnel, KIM Dae-jung sera élu Président de la RC le 18 décembre 1997. 13. KIM Jong-il, est né le 16 février 1942 à Khabarovsk de KIM Chong-suk (ou KIM Jong-suk), la première femme de KIM Il-sung. La date de naissance de KIM Jong-il est incertaine. Certaines sources prétendent qu’il est né en 1941, d’autres en 1942. La biographie officielle de KIM Jong-il fait état du Mont Paektu comme lieu de naissance du Dear Leader. Une étoile brillait dans le ciel et les partisans étaient venus accueillir le premier fils du Grand Leader et féliciter père et mère 17

Jusqu’au début des années quatre-vingt-dix, on pouvait toujours lire dans les bulletins de l’agence de presse nord-coréenne KCNA que la RPDC était clairement déterminée à exiger le départ des Américains de la péninsule14, exigence reprise par le Président KIM Il-sung dans son discours du 20 février 1992 adressé aux délégations des deux Corées venues ratifier l’accord de base : « There is no need for foreign troups in our country, nor is there any reason for foreign military bases to be maintained here. » Les tensions, puis la détente Le début des années quatre-vingt-dix fut une période de fortes tensions dans la péninsule Coréenne, tensions dues à la volonté de Washington de contraindre la République populaire démocratique de Corée à renoncer à son programme nucléaire15 et au refus de Pyongyang d’entrer en matière. Dans ce contexte, il sied de mentionner qu’outre le litige opposant la Corée du Nord aux USA, un autre différend a envenimé les relations de la RPDC avec la communauté internationale. Il s’agit de celui qui, depuis 1987, a opposé de façon récurrente la RPDC à l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA)16 quant aux inspections des installations nucléaires de la Corée du Nord. Le voyage de l’ex-Président Carter à Pyongyang à la mi-juin 1994 et la perspective de la reprise à Genève des pourparlers des Nord-Coréens avec les Américains en vue du règlement de cette question nucléaire avait bien provoqué une détente, mais les Nord-Coréens, qui avaient décidé de ne parler qu’aux seuls Américains quant au nucléaire, mais aussi dans le contexte de l’Accord d’Armistice (AA), procédèrent au démantèlement de l’édifice de cet accord17. Le 4 avril 1993, les Tchèques, membres de la NNSC depuis 1953, étaient expulsés de la Corée du Nord ; le 31 août 1994, les Chinois déclaraient qu’ils se retiraient de la MAC et, fin 1994, ce fut le départ des Polonais qui, eux aussi, avaient été membres de la NNSC depuis 1953.

pour l’heureux événement. Depuis qu’il a succédé à son père, KIM Jong-il est connu en RPDC sous diverses appellations : « Soleil du XXIe siècle » ou « Grand Général ». 14. KCNA n° 10 du 10.01.1992, par exemple. 15. A ce sujet, lire North Korea and the Bomb de Michael J. Mazarr, Ed. Macmillan, 1995. 16. Créée en 1956, l’AIEA est une agence dépendant de l’ONU, basée à Vienne, Autriche. Elle est chargée de vérifier le respect des obligations contractées par les États signataires du Traité de non-prolifération. L’AIEA n’est pas une agence de renseignements. Elle a été établie pour promouvoir la coopération et la sûreté nucléaire, la sécurité et l’utilisation pacifique des technologies nucléaires, et pour gérer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui interdit l’exportation par les pays possesseurs vers les pays non détenteurs, des armes nucléaires et des technologies permettant la fabrication de telles armes. Les inspecteurs de l’AIEA ne peuvent se rendre que dans les pays membres du TNP ayant signé avec elle et ratifié un accord particulier précisant leurs droits et devoirs. Les inspecteurs doivent d’abord se munir d’une autorisation d’entrée dans ces pays et la durée de leur inspection est limitée dans le temps. 17. Il est intéressant de constater qu’en 1954, les USA étaient pour la dissolution de la NNSC, alors qu’ils veulent maintenant la conserver. À l’opposé, les Nord-Coréens y tenaient en 1954 alors qu’ils l’ont démantelée en 1994. 18

Deux Corées, deux systèmes politiques, deux économies
La partition de la péninsule Coréenne a eu pour conséquences non seulement un découpage géographique, mais également une division sur le plan politique et économique des deux États. Avant la libération du joug japonais en 1945, respectivement avant la création de deux États indépendants en 1948, le Nord possédait les principales ressources minières. Le Sud, qui recevait du Nord 90 % de son électricité, produisait 70 % du riz de la péninsule. En Corée du Nord, le régime stalinien mis en place dès 1945 par les Soviétiques, toujours en vigueur aujourd’hui, a repris la production industrielle d’avant-guerre, privilégiant l’industrie lourde. Dès la chute de l’Empire soviétique et la fin de l’aide du « grand frère » de Moscou, le système d’économie planifiée et une gestion déplorable de l’agriculture ont rapidement mis la RPDC (23 millions d’habitants pour 120 538 km2) dans une situation qui l’apparente aux pays les plus pauvres de la planète. Des inondations catastrophiques en 1995 et 1996 ont provoqué une famine qui, de l’aveu des autorités nord-coréennes, a causé le décès de milliers de personnes entre 1995 et 2001. Sans l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM), de la Corée du Sud et de la Chine, cette famine aurait eu des conséquences encore plus dramatiques. Depuis le début des années 2000, Pyongyang, s’inspirant du modèle chinois, tente de timides réformes de son économie. Cependant, KIM Jong-il, s’appuyant sur l’idéologie du Juche18, privilégie la doctrine du Songun (l’Armée d’abord). La Corée du Sud (48 millions d’habitants pour 99260 km2) est devenue une grande nation industrielle. Partie de rien après la guerre de 1950-53, elle est aujourd’hui la 11e économie du monde. De 876 dollars en 1950, le PIB par habitant est passé à 17280 en 2003. On peut sans crainte de se tromper dire que les Jeux Olympiques19 qui ont eu lieu à Séoul en septembre 1988 ont été l’un des moteurs importants du développement économique du Sud, même si c’est sous la présidence despotique du CHUN Doo-hwan que les chaebols (conglomérats propriétés de familles influentes), initiés par le Président PARK Chunghee et bénéficiant du soutien de l’État, se sont développés. Les noms et les produits de ces chaebols sont mondialement connus : Hyundai, Dawoo, Samsung occupent les premières places mondiales dans les domaines de l’automobile, de l’électronique (téléphones portables, TV, ordinateurs, etc.), de la construction navale et de la recherche. Cependant, la crise de 1997-1998 a initié une mutation de ces chaebols. Puis, une réforme importante lancée au début des années 2000 par le Président ROH Moo-hyun a également notablement diminué l’influence de ces conglomérats familiaux. Cinquante-cinq entreprises non viables ont dû fermer leurs portes et des milliers de travailleurs ont été licenciés, provoquant des manifestations et des grèves. Cependant, le dynamisme coréen a eu
18. Juche : (prononcer : djoutché) autarcie économique, indépendance politique, autonomie militaire. 19. Les athlètes de tous les pays du monde y ont participé, excepté ceux de la Corée du Nord et de Cuba. 19

raison de ces problèmes et ce petit pays s’est rapidement redressé, au point qu’il est capable d’aider financièrement la RPDC. Longtemps dirigée par des militaires, la République de Corée est aujourd’hui une démocratie. Son premier Président « civil », KIM Young-sam, a été élu au milieu des années quatrevingt-dix. Le Président sud-coréen est élu pour un mandat unique de cinq ans. Les prochaines élections auront lieu en décembre 2007. Le Président ROH Moo-hyun avec sa Peace and Prosperity Policy et son prédécesseur KIM Dae-jong avec sa Sunshine Policy ont lancé une stratégie de rapprochement avec la Corée du Nord. Malgré l’opposition interne et celle de l’administration Bush, le gouvernement de la Corée du Sud croit que sa politique est la seule qui puisse éviter une confrontation avec la RPDC et/ou un effondrement du régime de Pyongyang, ceci malgré les condamnations du Conseil de sécurité de l’ONU à la suite des tirs balistiques et de l’essai nucléaire auxquels la RPDC a procédé en 2006. Un conflit ou la chute de KIM Jong-il ne pourrait qu’être préjudiciable à la Corée du Sud, voire déstabiliser la région du Nord-Est asiatique. Au plan politique, est-il nécessaire de mentionner que la Corée du Sud est passée d’un régime autoritaire où les Présidents étaient issus des rangs de l’armée à une véritable démocratie, alors que la Corée du Nord vit depuis 1948 sous la férule de la dynastie des KIM, un régime despotique qui punit très sévèrement ceux de ses concitoyens qui quittent le pays sans autorisation ; un régime qui emprisonne ceux qui osent émettre une opinion différente de celle du « Grand Dirigeant » KIM Il-sung et de son fils, le « Cher Dirigeant » KIM Jong-il. La question des Droits de l’homme en RPDC a déjà fait l’objet de nombreux écrits et elle mériterait qu’on s’y attarde longuement, mais ce n’est pas l’objet de cet ouvrage. Pour ce qui est des armées, celle de la Corée du Sud compte 670000 soldats, elle est soutenue par quelque 30000 militaires américains. Celle du Nord compte plus d’un million de soldats et elle est dotée de nombreux missiles et de bombes atomiques. Cette brève introduction nous amène naturellement à l’étude des problèmes nucléaires et balistiques qui préoccupent la communauté internationale depuis le début des années quatre-vingt-dix.

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DEUXIÈME PARTIE

LA PROLIFÉRATION BALISTIQUE LE PROBLÈME NUCLÉAIRE NORD-CORÉEN

LA PROLIFÉRATION BALISTIQUE Introduction Qu’un petit pays de vingt-deux millions d’habitants dont les 95 % n’ont d’autre source d’information que la presse officielle, dont l’économie est à la ruine et dont la communauté internationale se méfie, qu’un tel pays ait pu développer quasiment seul et tester une bombe nucléaire et qu’il possède des vecteurs bientôt capables de délivrer des ogives atomiques à des milliers de kilomètres tient à démontrer que, depuis très longtemps, le régime de Pyongyang a fait du nucléaire militaire le but premier de sa stratégie de survie. La prolifération des missiles balistiques, bien que peu mentionnée dans les médias avant 2006, est devenue une préoccupation stratégique et sécuritaire cruciale. Cinq États possèdent des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) d’une portée de plus de 5 500 km. Tous les cinq ont un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU ; ce sont également les mêmes qui sont des « États nucléaires » au sens du Traité de non-prolifération (TNP). Il s’agit des États-Unis, de la Russie, de la Chine, de la France et de la Grande-Bretagne. Six autres États détiennent des missiles d’une portée de plus de 1000 km : Israël, l’Inde, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Corée du Nord et l’Iran20. Le développement des missiles balistiques nord-coréens Les craintes de la communauté internationale n’étaient pas injustifiées puisqu’en février 1993, la Corée du Nord testait un missile Rodong-1 à capacité nucléaire d’une portée de 1 300 à 2 000 km, puis en août 1998 le Taepodong-1, d’une portée de 2 500 à 3 000 km. Par contre, comme nous le verrons plus loin, le lancement d’un Teapodong-2, le 4 juillet 2006, fut un échec, ce missile s’étant abîmé en mer après seulement 42 secondes de vol. En outre, en 1993, les Russes avaient vendu 12 sous-marins R-27 à un « ferrailleur » japonais qui les a revendus à la Corée du Nord. Certains de ces R-27 avaient initialement été équipés pour le lancement de missiles balistiques. Le système de mise à feu des missiles avait été retiré des sous-marins, mais les tubes et rampes de lancements de ces navires, ainsi que les systèmes de stabilisation n’avaient pas été éliminés. Le Congressional Research Service, un office du Congrès américain, a indiqué au début de février 2007 que la RPDC avait développé et déployé un système de missiles balistiques sur des sous-marins ou
20. Les missiles développés par la Corée du Nord (Nodong), le Pakistan (Ghauri) et l’Iran (Shahab) sont des dérivés des missiles soviétiques Scud qui utilisent des carburants liquides. Le Pakistan, l’Iran et la Syrie possèdent la technologie et l’infrastructure pour produire des missiles à carburant solide. Le Pakistan a acquis de la Chine des missiles à carburant solide comme le M-11. Contrairement au carburant liquide, le carburant solide permet une plus grande vitesse et comporte moins de risques (corrosion des conduits, explosion lors du remplissage). 23

sur des navires. Ces missiles pourraient atteindre une cible à 2 500 km. La CRS n’exclut pas que des techniciens russes aient aidé les Nord-Coréens21. Ceci peut laisser supposer que ces sous-marins R-27 pourraient être équipés par les NordCoréens de missiles avec têtes nucléaires, représentant alors une menace directe pour le territoire des USA. Toutefois, selon le Pentagone, cette menace, signalée par Jane’s, est toute théorique, car la RPDC ne possède pas de sous-marins capables d’atteindre les États-Unis et aussi parce qu’une attaque des USA par les Nord-Coréens serait suicidaire. Même si cette menace est très hypothétique, il est intéressant de relever que Pyongyang a ouvertement menacé Washington de contrer toute attaque préventive américaine contre la RPDC. L’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA annonçait, le 21 mars 2006, « … our strong revolutionary might put in place all measures to counter possible US pre-emptive strike »22. On peut légitimement se demander si les armes nucléaires nord-coréennes sont vraiment une menace pour les États-Unis. En effet, les armes nucléaires nord-coréennes ne sont pas destinées à être offensives. Quiconque s’aviserait de lancer ses ogives sur les États-Unis provoquerait son propre anéantissement23. Aussi, personne ne croit que ces armes représentent une menace pour les USA. Leur utilisation contre un État voisin, la Corée du Sud ou le Japon, provoquerait des retombées radioactives qui affecteraient aussi la Corée du Nord. Sans compter que les Américains ne manqueraient pas d’utiliser leur « parapluie nucléaire » pour protéger leurs deux alliés. Jusqu’en 2000, les services de renseignements de l’administration Clinton étaient convaincus que les Nord-Coréens ne pourraient pas développer un missile balistique intercontinental avant 2015. Cependant, outre les fameux Scud-B et Scud-C dont la portée est de 300 km, respectivement 500 km et les Rodong (No-dong) de 1300 à 2000 km de portée qui sont devenus opérationnels dès 1998, les Nord-Coréens avaient déjà testé en août 1998 le Taepodong1, d’une portée de 2500 à 3000 km, tout en prétendant qu’ils avaient lancé un satellite. Ce missile était passé au-dessus du Japon pour s’abîmer dans le Pacifique. En mars 2003, à la veille de l’inauguration de la présidence de ROH Moohyun, la RPDC avait testé un autre missile24. L’armée sud-coréenne prétend que la RPDC posséderait 600 missiles Scud d’une portée de 600 km, et 200 missiles Rodong d’une portée de 1300 à 2000 km (Le Temps du 07.08.2004). Au début du mois de mars 2006, le général américain Burwell B. Bell, commandant des forces armées US en Corée du Sud, a témoigné par écrit au Senate Armed Services Committee que la RPDC développait un missile Taepodong (3 étages) capable d’atteindre Okinawa, Guam et probablement l’Alaska. Ce missile intercontinental devrait être opérationnel
21. Chosun Ilbo, 7 février 2007 : « N. Korea developed sub-mounted missile – US Report. » 22. Reuters, 21 mars 2006 : « N. Korea suggests it can strike US first. » 23. Michel Mann, L’Empire incohérent, Calmann Lévy, Paris, 2004, cité par Walid Charara dans Le Monde diplomatique de janvier 2005. 24. Asia Times, 11 mars 2006 : « Ignore North Korea at your peril », par Brendan Taylor. 24

d’ici moins de dix ans. Il pourrait être vendu par Pyongyang à des clients qui mettraient en danger la stabilité d’autres régions du globe25. Avec plus de 1000 missiles de portées différentes, la Corée du Nord possède le quatrième plus important arsenal balistique au monde. Selon l’Institute of Foreign Affairs and National Security (IFANS), un think-tank du gouvernement sud-coréen, cette puissance ne se limite pas uniquement en termes d’armes, mais aussi quant à la technologie et à l’infrastructure26.

Les missiles Taepodong Type Taepodong-I Taepodong-I SLV Taepodong-2 Portée 3 000 km 5 500 km 6 000 km ? Poids 21, 7 tonnes 27, 5 tonnes 64 tonnes longueur 27m 32m 35m Précision 4 km 4 km *

*échec du test du 4 juillet 2006. Source : Jane’s

La Corée du Nord possède 18 bases opérationnelles de lancement de missiles et dix installations de recherche et développement dans ce domaine. Neuf de ces bases ont été construites depuis 1994. Basée sur des informations en provenance de services de renseignements de Taiwan et des USA, la revue Defense International citée par le quotidien sud-coréen Joongang Ilbo du 29 août 2006 précise que la Corée du Nord n’avait que trois bases de missiles avant 1994. Selon Defense International de septembre 2006, la RPDC a déployé 1200 missiles Rodong et Scud en direction de la Corée du Sud. Une base située dans la province de Hamgyong aurait positionné des Rodong et des Taepodong en direction du Japon. Une autre base serait située dans la province de Gangwon, à 50 km de la zone démilitarisée (DMZ). Neuf bases mobiles et quelques silos se trouveraient aux environs immédiats du quartier général des forces balistiques nord-coréennes, dans la province de Pyongan27.
25. Kyodo News Service, 8 mars 2006 : « N. Korea ready to field new missiles reaching Okinawa, Guam, Alaska. » 26. Outre ses missiles, la Corée du Nord est fortement équipée en armes conventionnelles. Les forces terrestres comprennent 17 corps d’armée (9 d’infanterie ; 4 mécanisés ; 2 d’artillerie ; un de blindés et le commandement de défense de Pyongyang). L’aviation possède quelque 1700 appareils (la plupart obsolètes). La marine peut déployer des sous-marins et une petite flotte côtière. Les Forces spéciales comportent 22 brigades et 7 bataillons chargés d’opérations d’infiltration par terre, mer et air et capables d’effectuer des missions stratégiques et tactiques. 27. Joongang Ilbo, 29 août 2006 : « Report: North has built 9 missile bases since 1994 », par CHOI Hyung-kyu. 25

La RPDC construirait aussi une base de commandement à 50 km au nord de la DMZ avec quelque 30 rampes de lancement mobiles pour des Scud qui pourraient atteindre leur but très au sud de Séoul. Six cents Scud seraient déjà en place à 30 km au nord de la DMZ. Deux cents Rodong et 50 Taepodong-1 (SSN-6) seraient positionnés face au Japon. Outre le développement des Rodong, des Taepodong-1 et du Taepodong-2, la Corée du Nord poursuit la construction de silos et de nouveaux sites de lancements, dont deux nouvelles bases de lancement pour Taepodong-2. Enfin, il faut savoir que la durée de vie d’un missile est normalement de vingt ans. L’arsenal balistique nord-coréen datant d’environ dix ans, il est impératif pour Pyongyang de procéder au renouvellement, respectivement à une amélioration de ses missiles, donc à des essais28. Les divers essais balistiques nord-coréens Le 1er mai 2005 à 8 heures du matin, la Corée du Nord avait lancé un missile de courte portée (100 à 150 km ou 62 à 93 miles) dans la Mer de l’Est (Mer du Japon). Il s’agissait d’un KN-02, une version améliorée du SS-21 ou 9K79 Tochka soviétique (russe)29. Les réactions des Américains, des Japonais et des Sud-Coréens concernant le lancement de ce missile nord-coréen ont été de ne pas donner à cet événement un caractère de crise. Les Sud-Coréens n’ont pas attaché grande importance à ce test, disant qu’il s’agissait d’un exercice militaire classique de fin d’hiver et que la capacité de la RPDC n’avait pas été modifiée par ce lancement. Le vice-Ministre sud-coréen des Affaires étrangères SONG Min-soon avait cependant déclaré : « A question remains : why they fired the missile now ? » De son côté, le vice-amiral Lowell E. Jacoby, Directeur de la US Defence Intelligence Agency, a déclaré au Sénat américain que les Nord-Coréens savaient comment armer un missile avec une ogive nucléaire, sans toutefois préciser s’il parlait de missiles de courte ou de longue portée. Si les renseignements sur lesquels Jacoby s’est basé sont exacts, les missiles nord-coréens pourraient menacer le Japon et les intérêts américains dans le Pacifique. Cependant, nombreux sont les experts qui pensent que Pyongyang n’a pas encore la capacité de miniaturiser ses bombes au point de pouvoir les installer sur un missile. L’agence de presse japonaise Kyodo a annoncé le 8 mars 2006 que la Corée du Nord pourrait avoir lancé par erreur, le jour même, deux missiles sol-air en
28. Reuters, 3 août 2006 : « Iran working with N. Korea on missiles: Institute » – New York Times, 11 août 2006 : « Here there be monsters », par Aidan Foster-Carter. 29. Dans les années quatre-vingt-dix, probablement en 1994, la Syrie aurait assisté les NordCoréens en leur livrant des KN-02. A cette époque, Pyongyang cherchait à développer des missiles balistiques tactiques pour remplacer ses anciennes fusées d’artillerie 3R10 Luna-2 et 9M21E Luna-M. Les Nord-Coréens avaient alors reçu de Damas des Tochka et des lance-missiles mobiles syriens et une aide en personnel technique. Selon Jane’s Information Group, la RPDC aurait alors également eu accès à des systèmes et à de la technologie relative aux carburants solides pour missiles et concernant aussi les P-35 Redut ; les P-20 Rubezh-A, ainsi que les avions sans pilotes VR-3 Reis (Unmanned aerial vehicules – UAV) syriens. 26

direction de la Chine. L’heure exacte et la place de tir de ces missiles n’ont pas été révélées, mais – pour le quotidien sud-coréen JoongAng Ilbo – ils sont partis de la côte Est de la RPDC. Le Ministère japonais de la Défense, tout en admettant surveiller constamment les activités militaires des pays voisins, n’a pas voulu donner de précisions, indiquant tout au plus que ces missiles n’avaient pas menacé le Japon30. Washington a confirmé ces deux tirs, tout en précisant que les missiles n’avaient pas quitté le territoire nord-coréen. Pour le général américain B. B. Bell, ces lancements sont la preuve que les Nord-Coréens poursuivent activement leur programme balistique. Selon Bell, les deux missiles en question étaient propulsés par un carburant solide, permettant une plus grande fiabilité, une mobilité plus importante et une meilleure précision que la propulsion au carburant liquide. Parlant le 9 mars 2006 devant le US House Armed Services Committee, Bell a déclaré que la Corée du Nord développait des missiles de longue portée, bien au-delà de ce dont elle a besoin pour sa défense31. La dernière série de ces essais a eu lieu 26 juin 2007. Elle avait été précédée par d’autres tirs le 25 mai 2007 et le 7 juin 200732. À ces trois occasions, la RPDC a procédé à des lancements de missiles à courte portée au large de ses côtes Est, en direction du Japon. La Corée du Sud, les États-Unis et le Japon se sont efforcés de minimiser la portée de ces tests qui n’ont rien de comparable avec le tir du Taepodong-2, en juillet 2006. Pour Séoul, il s’agit de tirs intervenus dans le cadre d’exercices annuels de la KPA. Tokyo a relevé que ces tirs ne menaçaient pas directement l’archipel. La Maison Blanche pense que « … cela paraît être un exercice de routine »33. Ces réactions modérées témoignent de la volonté de la communauté internationale de calmer le jeu au moment où les « entretiens à six » traversaient une passe difficile. Notons que le 8 juin 2007, le G8 a demandé à Pyongyang de cesser ses essais balistiques34. Cependant, le Général B. B. Bell a déclaré que les missiles nord-coréens sont modernes, propulsés au carburant solide, ce qui signifie qu’ils sont plus faciles à manipuler et capables d’être tirés rapidement. Pour Bell, la plus grande menace pour la tranquillité de la région est la capacité de la RPDC de coupler sa technologie balistique avec ses armes nucléaires35. Dès lors, il n’est pas surprenant que les États-Unis observent avec attention le risque de prolifération balistique par la RPDC. Craignant que Pyongyang ne poursuive le développement de ses missiles intercontinentaux, la Missile De30. Associated Press, 8 mars 2006 : « North Korea may have launched land-to-air missiles by mistake. » 31. Reuters, 10 mars 2006 : « N. Korea missiles tested are quantum leap: US General. » 32. International Herald Tribune, 7 juin 2007 : « N. Korea launches more missiles. » 33. Le Figaro, 26-26 mai 2007 : « La Corée du Nord tire des missiles de courte portée », par A. Ba. 34. Donga Ilbo, 9 juin 2007 : « Le G8 demande à la Corée du Nord de cesser ses essais de missiles. » 35 Associated Press – International Herald Tribune, 1 juillet 2007 : « US General in S Korea says N Korea remains a military threat » 27

fense Agency (MDA) du Département américain de la Défense a placé la Corée du Nord dans la catégorie des pays nuclear-capable et a décidé d’augmenter son budget en 2007 en vue d’une amélioration des capacités de ses systèmes antimissiles36. Tokyo est également très attentif à ce qui se passe en RPDC dans le domaine des missiles. La Maritime Defense Force japonaise prévoit le déploiement de quatre destroyers équipés de systèmes radar Aegis et d’un système de défense aérienne, alors que l’Air Self-Defense Force va mettre en position 16 batteries de Patriot PAC-3 entre 2006 et 2011. Notons encore que la Corée du Sud a obtenu des Américains l’autorisation de principe de déployer des missiles balistiques et de croisière, d’une portée de 300 km et d’étudier la possibilité de développer des missiles pouvant atteindre 500 km, à la condition que Séoul adhère au Missile Technology Control Regime37. Le MTCR est un régime de contrôle volontaire qui demande à ses 34 membres d’exercer de la retenue dans leurs exportations de technologies balistiques qui pourraient être utilisées pour fabriquer des missiles capables de délivrer des ogives de plus de 500 kg sur une distance de plus de 300 km. Selon les dires d’un officiel japonais rapportés le 16 mai 2007, la Corée du Nord développerait un nouveau missile à longue portée qui pourrait atteindre ses cibles à 5000 km en volant à moyenne altitude. Ce missile, baptisé Musudan par les Japonais, aurait été vu à Pyongyang lors d’une récente parade militaire, probablement celle au cours de laquelle la Corée du Nord a célébré, le 25 avril 2007, le 75e anniversaire de la création de l’Armée populaire (KPA). Il aurait été photographié par les satellites-espions américains38. Le Musudan serait plus efficace que les Rodong et Taepodong-1. Cette annonce confirme celle faite précédemment par le Vice-Ministre japonais Takemasa Moriya. La presse sudcoréenne avait également fait état de ce nouveau missile39. Vers le lancement du Taepodong-2 À juste titre, les Sud-Coréens suspectaient les Nord-Coréens de développer le Taepodong-2, d’une portée intercontinentale de 6700 km qui pourrait atteindre l’Alaska. Le Figaro du 7 mai 2004 confirmait cette information : Pyongyang était sur le point de tester un missile d’une portée de 6000 km. Le tir a effectivement eu lieu le 4 juillet 2006. Selon le Center for Nonproliferation Studies, International Monetary Institute40, la portée du Taepodong-2 s’est accrue au cours des dernières années. Il pourrait atteindre 6000, 9000, voire 15000 km selon les sources. Théorique36. Chosun Ilbo, 3 mars 2006 : « US to strengthen missile defense against N. Korea. » 37. L’Asie nucléaire, p. 82, de Isabelle Cordonnier et Bruno Tretrais, Ifri, 2001. 38. Daily Telegraph, 17 mai 2007: « N. Korea uses Iranian site to test new missile », par Richard Spencer. 39. Associated Press, 16 mai 2007 : « Japan says North Korea developping new long-range missile », par Mari Yamaguchi. 40. « CNS Special Report on North Korean ballistic missile capabilities », 22 mars 2006. 28

ment, ce missile pourrait donc toucher des portions du territoire des États-Unis et une version à trois étages pourrait atteindre la quasi-totalité du territoire continental américain. Nodong et Taepodong sont des noms de localités en RPDC d’où ces missiles sont généralement lancés. Ces noms sont utilisés par les Américains, les SudCoréens et les Japonais. La portée de ces missiles varie selon les sources. Alors que la Japan’s Defense Agency estime entre 3500 et 6000 km la portée du Taepodong-2, l’US National Security Council l’estime à 10000 km (missile à deux étages) et 15000 km (trois étages). Ce projet nord-coréen de lancement d’un Taepodong-2 posait donc de sérieuses questions, mais il n’était pas exclu que l’administration Bush ait grandement exagéré les capacités techniques des Nord-Coréens afin de justifier les budgets de défense du Pentagone, en particulier celui de son système de missiles antimissiles. Il ne fait dès lors aucun doute que la Corée du Nord procure périodiquement un excellent alibi aux militaires américains et japonais pour solliciter des crédits à l’armement. Le 4 juillet 200641, le jour de la Fête nationale américaine (Independence Day), quelques minutes après le départ de la navette spatiale américaine Discovery, la Corée du Nord a lancé sept missiles dont un Taepodong-2 depuis sa base de Musudanri, au nord-est de la RPDC. Il ne fait aucun doute que le moment choisi par Pyongyang pour lancer ses missiles n’était pas une coïncidence. Les prémices de ce lancement Selon des sources non identifiées du gouvernement sud-coréen, des images satellitaires montraient en mai 2006 que les Nord-Coréens préparaient le lancement d’un nouveau missile depuis leur base de la province de Hamkyong Nord. Il pouvait s’agir du Taepodong-2, de 32 mètres de longueur et d’une portée de 6 000 à 15 000 km42 selon les sources, un missile capable d’atteindre le territoire américain. En juin 2006, les États-Unis avaient confirmé cette nouvelle en précisant qu’un missile avait été placé sur sa rampe de lancement et que les préparatifs de remplissage du carburant se poursuivaient. Les Américains surveillaient les mouvements de la région à l’aide de deux satellites : le KH-11 et le KH-12. En utilisant le satellite d’observation KH-12 de la CIA, ils avaient observé des camions recouverts de camouflage transportant des missiles d’un hangar à munition de Jamjin vers Musudan-ri. D’habitude, ce satellite est positionné à 600 km d’altitude, mais il peut être abaissé à 150 km et prendre des images d’une résolution inférieure à 15 cm. Le 27 juin 2006, le sénateur américain John W. Warner (républicain, Virginie) annonçait qu’il n’était pas certain que le missile nord-coréen avait ou non
41. En fait, le 5 juillet 2006, temps local. 42. Reuters, 19 mai 2006 : « N. Korea may be preparing missile launch », par George Nishiyama. Korea Times, 19 mai 2006 : « Seoul vigilant over report of N. Korean missile launch », par JUNG Sung-ki. 29

été complètement rempli : « We are not certain if it’s fueled. » Dix jours auparavant, des agences américaines de renseignements avaient indiqué que des camions-citernes avaient été détectés près de la rampe de lancement43. Cependant, les nuages de la mousson semblaient empêcher aussi bien le lancement du missile par les Nord-Coréens que son observation satellitaire par les Américains. À Washington, l’opinion était qu’un tel lancement violerait l’accord obtenu en 2000 par Madeleine Albright lors de sa visite à Pyongyang. Le Dear Leader avait alors déclaré vouloir respecter le moratoire sur le lancement de ses missiles intercontinentaux qu’il avait unilatéralement décrété en 1999. Pour les Américains, un lancement violerait aussi la « Déclaration de Pyongyang » confirmant ce moratoire44. La Déclaration de Pyongyang avait été signée en 2002 par le Japon et la RPDC lors de la première visite que le Premier Ministre japonais Koizumi avait faite à KIM Jong-il à Pyongyang. Lors de sa seconde visite à Pyongyang, en mai 2004, le Premier Ministre japonais Junichiro Koizumi avait signé avec KIM Jong-il une extension de la « Déclaration de septembre 2002 » sur le moratoire des essais des missiles nordcoréens. Cependant, en septembre 2004 déjà, le Japon craignait que la RPDC procède néanmoins à de nouveaux essais de missiles à longue portée45. Ces missiles, des Taepodong, seraient dérivés du modèle soviétique SS-N-6 des années soixante, d’une portée de 6000 km. En juin 2006, bien qu’ils avaient jusqu’en 2005 affirmé vouloir maintenir leur moratoire de septembre 1999 sur les missiles, les Nord-Coréens se préparaient apparemment au lancement d’un nouveau Taepodong, essai qui pouvait être déguisé en lancement d’un satellite. Cependant, dans son éditorial du 22 juin 2006, le quotidien sud-coréen Korea Times écrivait qu’il y avait peu de différence entre un missile et un satellite lorsque l’on considère la technologie requise et les dangers potentiels. Ce qui compte, ce sont les intentions et les risques d’énormes conséquences. En s’entêtant à vouloir procéder à cet essai, donc en semant le vent, Pyongyang pouvait récolter la tempête. Le moratoire nord-coréen sur les essais balistiques Il est important de clarifier la question de ce moratoire que Pyongyang avait d’abord décidé unilatéralement en 1999. Alors que Bush déclarait, à la mi-juin 2006 à Vienne : « North Koreans have made agreements with us in the past, and we expect them to keep their agreements – for example agreements on test launches…», le Président américain oubliait que ces accords étaient devenus caducs au moment où, dès sa première semaine à la Maison Blanche, il avait

43. New York Times, 27 juin 2006 : « Senator says North Korean missile firing may not be imminent », par Thom Shanker et Davis E. Sanger. 44. The Japan Times, 30 mai 2006 : « New North Korean missiles », par Keizo Nabeshima. 45. Associated Press, 25 septembre 2004. 30

rompu toutes les discussions relatives aux missiles nord-coréens, réduisant à néant tous les efforts de l’administration Clinton. Le moratoire de 1999 incluait une promesse des États-Unis de poursuivre les pourparlers sur la fin définitive des essais balistiques nord-coréens. Selon Charles Kartman46, « … this moratorium was not intended to be the final deal ». Kartman a ajouté que KIM Jong-il « … was on the brink of abandoning his missile program in late 2000, apparently hoping for political and economic normalization with the United States, which would have justified a North Korean decision to curtail its long range missile program along with its nuclear weapons program ». Ce dialogue américano-nord-coréen en était arrivé au point où KIM Jong-il avait écrit à Clinton, en sollicitant de meilleures relations. Clinton avait alors envoyé la Secrétaire d’État Madeleine Albright à Pyongyang s’entretenir directement avec KIM Jong-il. Aux dires de Kartman : « They [les Nord-Coréens] came to us in late September. Sometime in that three-plus month period, they decided to reach for the brass ring… a normalization of relations deal. » Le deal en question prévoyait que les Nord-Coréens cesseraient la production et le déploiement des missiles dépassant les paramètres du Missile Technology Control Regime (MTCR), contre une assistance alimentaire d’un milliard de dollars. Madeleine Albright était parvenue à persuader les NordCoréens de cesser l’exportation de leurs missiles et de renoncer à leurs missiles de moyenne et de longue portée47. KIM Jong-il n’avait, par contre, pas voulu signer le MTCR, sauf au cas où le Président Clinton aurait accepté de venir à Pyongyang pour un sommet avec lui. En 1994, Wendy Sherman (US Department of State Councillor) avait quasiment réussi à conclure avec Pyongyang un accord du même type que l’Agreed Framework. Ainsi, en échange de la promesse par Pyongyang de ne pas développer de missiles à longue portée, les Américains avaient proposé aux NordCoréens que leurs satellites soient lancés par les États-Unis. Ces négociations s’arrêtèrent à la fin du mandat de Clinton. En novembre 2000, Bush était élu Président. Les initiatives politiques de Clinton furent évaluées puis écartées par la nouvelle administration. Seul Colin Powell tenta de poursuivre les pourparlers avec Pyongyang, mais les néoconservateurs de la nouvelle administration torpillèrent le projet du Secrétaire d’État. Après 2000, plus aucune discussion n’a eu lieu entre Américains et Nord-Coréens. Il semble que Bush soit arrivé à la Maison Blanche déterminé à
46. Charles Kartman avait d’abord travaillé comme diplomate de carrière sous Richard Nixon au début des années soixante-dix, puis il avait représenté les USA sous Bill Clinton lors des entretiens avec la Corée du Nord à la fin des années quatre-vingt-dix. Il avait en particulier négocié avec Pyongyang un accord qui aurait dû suspendre les essais des missiles de la RPDC. Après avoir pris sa retraite du US State Department, Kartman avait occupé le poste de Directeur exécutif de la KEDO jusqu’en 2005. 47. Le Président sud-coréen KIM Dae-jung avait donné son agrément aux Américains pour cet accord (New York Times, 7 juillet 2006 : « What does North Korea want ? », par Bruce Cummings et Meredith Jung-En-woo). 31

ne pas négocier directement avec Pyongyang. Répondant à des journalistes en juillet 2006, le Président américain avait confirmé qu’il n’était pas prêt à renoncer à ses objections quant à des discussions bilatérales avec les Nord-Coréens48. En 2006, la position de Washington était donc que ce moratoire était toujours valide, alors qu’il était prévu qu’il ne resterait en vigueur qu’aussi longtemps que les Américains et les Nord-Coréens seraient engagés dans des négociations relatives aux missiles. Ces entretiens ont été suspendus par les Américains, qui refusaient de discuter directement avec les représentants de Pyongyang. Ajoutons qu’en testant un missile, Pyongyang n’a violé aucun traité international puisqu’elle n’avait pas signé le Missile Technology Control Regime (MTCR). Confirmant les déclarations de Kartman, le numéro 2 de la mission nordcoréenne à l’ONU, HAN Song-ryol, avait déclaré en juin 2006 que le moratoire sur l’arrêt des essais balistiques était censé rester en vigueur aussi longtemps que Washington et Pyongyang restaient engagés dans des négociations sérieuses. A son tour, Charles Kartman a confirmé les dires de HAN Songryol : « The understanding had been worked out on the assumption that the two countries would conduct further talks on an American proposal to ban the testing, production and export of long-range North Korean missiles. But negotiations have not been held since 2000… The Bush administration’s disinterest in continuing the missile negotiations would have, of course, cancelled out the 1999 moratorium. »49 En mai 2006, au lendemain de l’offre de dialogue de Washington à Téhéran, la Corée du Nord avait invité Christopher Hill, le négociateur américain aux « entretiens à six », à venir à Pyongyang. L’administration Bush avait décliné cette offre. HAN Song-ryol avait alors déclaré : « The United States says it is concerned about our missile test launch. Our position is : OK then, let’s talk about it. »50 Mais les États-Unis avaient à nouveau refusé l’offre de discussions directes avec la Corée du Nord. John Bolton, le représentant américain aux Nations unies, avait déclaré le 21 juin 2006 que, normalement, l’on n’engage pas une conversation en menaçant de lancer un missile balistique intercontinental51. Washington et Pyongyang campaient donc sur leurs positions. Dans une déclaration datée du 8 juin 2006, le Ministère nord-coréen des Affaires étrangères signifiait que « the US escalated hostile policy and increasing pressure upon the DPRK would only compel it to take the strongest measures to protect its right to existence and sovereignty »52. Cependant, dans les derniers jours de juin 2006, un haut responsable américain avait laissé la porte entrouverte, en disant :
48. New York Times, 6 juillet 2006 : « News Analysis: Few good choices in North Korean standoff », par David E. Sanger. 49. New York Times, 21 juin 2006 : « North Korea disavows its moratorium on testing of longrange missiles », par Helene Cooper et Michael R. Gordon. 50. Washington Times, 23 juin 2006 : « US set to down Korean missile », par Stephen Dinan. 51. Associated Press, 22 juin 2006 : « US Turns down direct discussion with Pyongyang. » 52. Asia Pulse, 8 juin 2006 : « N. Korean statement re stand on six-party talks: Foreign Ministry. » 32

« We have not entirely dismissed the North Korean offer… Chris Hill53 can’t go to Pyongyang and come back with empty bags. They have to be sure that North Korea will give him something. »54 Le 21 juin 2006, les Nord-Coréens suggéraient aux Américains de discuter des essais balistiques, mais Washington avait refusé de les rencontrer55. Dès lors, Pyongyang avait annoncé ne plus se considérer comme lié par son moratoire sur les essais de ses missiles balistiques à longue portée56. Cette décision avait été confirmée le 21 juin 2006 par RI Pyong-dok, un représentant du MAE nord-coréen qui déclarait à des journalistes japonais que « … a missile test would not be bound by any statement such as the Pyongyang declaration. The issue concerns our autonomy. Nobody has the right to slander that right »57. RI Pyong-dok faisait allusion à la déclaration de KIM Jong-il au Premier Ministre japonais Koizumi, à Pyongyang en 2002, par laquelle le Dear Leader confirmait son engagement de suspendre les essais de ses missiles. La RPDC avait déjà annoncé, le 3 mars 2005, qu’elle ne s’estimait plus liée par le moratoire qu’elle avait elle-même décrété sur les essais de missiles à longue portée. Pyongyang avait alors justifié cette décision par la politique « hostile » des États-Unis. « La Corée du Nord n’est liée à aucun traité international en ce qui concerne la question des missiles », avait expliqué le MAE à Pyongyang dans un mémorandum de 5000 mots, tout en déclarant que la RPDC reviendrait à la table des négociations à six lorsque les USA se seraient excusés de l’avoir associée aux pays de « l’Axe du Mal » et de l’avoir qualifiée d’« avant-poste de la tyrannie »58. Ces insultes avaient été proférées par Bush lors de son discours sur l’État de l’Union, respectivement par Condoleezza Rice lors des entretiens précédant sa confirmation comme Secrétaire d’État. Les réactions de la communauté internationale à la perspective du lancement du Taepodong-2 En juin 2006, les États-Unis, le Japon et l’Union européenne avaient averti la RPDC qu’un tel essai serait considéré comme a very serious matter (dixit Condoleezza Rice). Le Premier Ministre japonais avait déclaré que ce lancement pourrait provoquer a severe action, sans toutefois préciser ce que serait cette action. Pour Masao Okonogi, un expert de la Keido University de Tokyo, « … a
53. L’Américain Christopher Hill, diplomate de carrière, parle polonais, serbo-croate, macédonien et albanais. Il était un assistant de Richard Holbrooke en Bosnie entre 1995 et 1997. Il a été ambassadeur à Séoul en 2004-2005 et il est depuis avril 2005 Assistant Secretary of State for East Asian and Pacific Affairs et négociateur en chef des USA dans le cadre des « entretiens à six ». 54. Financial Times, 30 juin 2006 : « North Korea’s return to six-party framework is key to talks with US », par Anna Fifield 55. Associated Press, 22 juin 2006 : « US turns down direct discussion with Pyongyang. » 56. New York Times, 21 juin 2006 : « North Korea disavows its moratorium on testing of longrange missiles », par Helene Cooper et Michael R. Gordon. 57. New York Times, 21 juin 2006 : « North Korea disavows its moratorium on testing of longrange missiles », par Helene Cooper et Michael R. Gordon. 58. Bulletin officiel nord-coréen KCNA du 3 mars 2005 et Le Temps du 4 mars 2005 (LT). 33

missile launch is North Korea’s second-biggest “ card ” after a nuclear test… »59. Seuls les Sud-Coréens ne semblaient pas avoir pris très au sérieux cette affaire : avant le lancement, le gouvernement pensait que si un missile était testé, il ne s’agirait pas forcément d’un engin militaire60. Cependant, BAN Ki-moon, alors Ministre sud-coréen des Affaires étrangères, avait déclaré lors de l’Arms Control Conference de Genève, en juin 2006, que le lancement d’un missile de longue portée serait « … a serious setback for international efforts to curb the spread of weapons of mass destruction »61. En cas de lancement, la Corée du Sud pourrait couper son aide alimentaire à la Corée du Nord. Séoul envisageait néanmoins d’acquérir pour sa marine de guerre 48 Standard Missiles SM-2 Block IIIB, pour un montant de 111 millions de dollars, afin d’assurer la protection de son nouveau destroyer KDX-III Aegis. La Corée du Sud possède déjà des SM-2 Block IIIA sur d’autres bâtiments62. Séoul a en outre annoncé l’achat à l’Allemagne de missiles antimissiles Patriot. Quant à eux, les Chinois pensaient que, sans essais nombreux permettant de l’affiner, le missile intercontinental (ICBM) Taepodong-2 ne pouvait pas être considéré comme fiable63. En effet, ce missile nord-coréen n’avait encore jamais été testé, et de nombreux obstacles doivent être franchis pour assurer le succès du lancement d’un missile intercontinental64. En outre, un certain niveau technologique est nécessaire pour miniaturiser une ogive nucléaire afin d’en doter un missile. Les Chinois se disaient néanmoins very concerned par cette situation et espéraient que tous les protagonistes feraient des efforts dans l’intérêt de la paix et la stabilité dans la région65. Le 28 juin 2006, lors de leur rencontre à Beijing, Li Zhaoxing, le Ministre chinois des Affaires étrangères, avait déclaré à BAN Ki-moon, son homologue sud-coréen « … the most urgent issue is stopping the North from firing the missile »66. Le 29 juin 2006, Beijing avait convoqué l’ambassadeur nord-coréen. Cette information a été publiée par l’agence japonaise Kyodo et n’a jamais été confirmée, ni d’ailleurs démentie par les autorités chinoises. Il s’agissait d’une fuite savamment orchestrée afin de sauver la face des Nord-Coréens.

59. Slate, 26 juin 2006 : « Time to talk to Pyongyang », par Fred Kaplan. 60. Chosun Ilbo, 20 juin 2006 : « Seoul sceptical about N. Korean “ ballistic ” missile test. » 61. Reuters, 20 juin 2006 : « Cloudy sky casts shroud around North Korea missile plan. » 62. Associated Press, 3 juillet 2006 : « South Korea to purchase SM-2 missiles. » 63. The Washington Quarterly : « Multilateral angles on North Korea. Inside multilateralism : The Six-Party Talks », par John S. Park. 64. Selon CHEONG Wooksik « … building a three-stage rocket using solid fuel; constructing a space launch vehicule that place a warhead in earth’s orbit; and the designing the warhead so that it can reenter the atmosphere without sustaining damage from the high temperature ». (The Nautilus Institute, 26 juin 2006 : « North Korea stands to lose with missile launch. ») 65. Associated Press, 22 juin 2006 : « China is “ very concerned ” over North Korea Missile test. » 66. Joongang Ilbo, 28 juin 2006 : « China, Korea call for diplomacy to halt North’s missile testing », par YOO Kwang-jong. 34

Dans sa communication intitulée « Will North Korea launch a long-range missile ? », parue dans l’édition du 8 juin 2006 de The Nautilus Institute, Daniel A. Pinkston prétendait que ce lancement pourrait être interprété comme un signe de mécontentement des Nord-Coréens suite aux sanctions prises par les USA pour « punir » Pyongyang d’avoir contrefait des billets de cent dollars67. Le paradoxe est que les pressions de Washington ont pour effet d’inciter KIM Jong-il à des actions qui lui assurent le soutien de son peuple et aussi celui des militaires qui souhaitent des missiles performants. Selon Pinkston, si ce lancement devait provoquer des protestations au plan international, ces dernières seraient interprétées par la RPDC comme une nouvelle preuve de l’hypocrisie et de la politique hostile des Américains. Dixit Pinkston : « KIM knows his domestic audience better than anyone else, and he’ll order the launch if the domestic benefits outweigh the international costs. » En juin 2006, soit quelques semaines avant le lancement, l’opinion était que l’administration Bush poursuivrait sa politique dure contre Pyongyang et que Washington et Tokyo pourraient élever le niveau de leurs sanctions. Les Américains pourraient en outre demander à la Corée du Sud et à la Chine d’exercer des pressions sur les Nord-Coréens. L’opinion était aussi que l’irritation que Beijing pourrait manifester contre ce lancement pourrait rapidement se tourner contre les USA si Washington devait réagir trop vivement contre Pyongyang. Un débat intéressant a eu lieu aux USA dès l’annonce de la préparation d’un lancement en RPDC. Les réactions américaines à la nouvelle du possible test d’un Taepodong-2 ont été diverses et variées. Elles ont toutes eu trait à la réponse que l’administration Bush devrait donner à cette nouvelle « menace » nord-coréenne. La plus extrême avait pour auteurs William J. Perry, ancien Secrétaire américain à la Défense, et son adjoint Ashton Carter, tous deux ayant servi sous Bill Clinton. Perry et Carter préconisaient de détruire le site de lancement du Taepondong-2. Dans le Washington Post du 22 juin 2006, ils écrivaient que « … if North Korea persists in its launch preparations, the United States should immediately make clear its intention to strike and destroy the North Korean Taepodong missile before it can be launched ». Perry et Carter prétendaient que la Corée du Nord ne répondrait pas à une attaque chirurgicale américaine. Ils basaient leur analyse sur l’expérience de John F. Kennedy lors de la crise de Cuba68.
67. Washington accusait Pyongyang d’avoir contrefait des billets de cent dollars. Ces super notes d’une qualité quasiment parfaite auraient été écoulées, entre autres intermédiaires, par la Banco Delta Asia, une banque privée de Macao. Les comptes nord-coréens ouverts à cette banque ont été bloqués. Le Département américain du Trésor a ensuite « encouragé » les banques de tous les pays à interrompre leurs relations financières avec la Corée du Nord. Ce boycott financier a été plus efficace que les sanctions votées par le Conseil de sécurité à la suite du lancement du missile Taepodong-2 et à la suite de l’essai nucléaire nord-coréen. Il a aussi eu pour effet de donner à Pyongyang un prétexte pour boycotter les « entretiens à six » sur la question nucléaire et il a contraint les États-Unis à faire d’importantes concessions à la RPDC pour obtenir le gel des installations nucléaires de Yongbyon. 68. Dans un article paru en juin 2006 dans Yaleglobal Online, LEE Chung-min écrit : « If Nikita Khrushchev blinked during the Cuba missile crisis, the US, South Korea, Japan, China and Rus35