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RECHERCHE
ET INNOVATION

Quelles stratégies politiques ?

Marcel Morabito

Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po)

Recherche et innovation : quelles stratégies politiques ? / Marcel Morabito. – Paris : Presses de Sciences Po, 2014. – (Nouveaux Débats no 36).

ISBN papier 978-2-7246-1470-1
ISBN pdf web 978-2-7246-1471-8
ISBN epub 978-2-7246-1472-5
ISBN xml 978-2-7246-1473-2

RAMEAU :
– Recherche industrielle : Politique publique
– Innovations : Politique publique

DEWEY :
– 607.2 : Recherche

La loi de 1957 sur la propriété intellectuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste est autorisée).

Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris).

© PRESSES DE LA FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES, 2014

Introduction
Une approcheglobale

« Croyez-moi, doctes voyageurs des bibliothèques nationales, laissez à l’Amérique ses instincts, que dis-je ? ses besoins de fédéralisme qui lui font une loi de réunir, sur les points les plus divers, les intérêts aussi variés et aussi nombreux que ses lacs anciennement primitifs, ses forêts jadis vierges et ses fleuves demi-domptés, où les crocodiles sont combattus par les bateaux à vapeur... » C’est en ces termes imagés que le député Antony Thouret, s’opposant au modèle américain, s’exprimait à l’Assemblée constituante réunie en 1848 pour doter la France de nouvelles institutions républicaines. Certes, la tonalité est datée. Tout comme le jugement critique d’une telle invective. Mais, au fond, avons-nous vraiment changé d’attitude dans notre perception des expériences étrangères ? Sommes-nous aujourd’hui capables de porter sur le monde un regard humble, de nous inspirer de réussites dont nous ne serions pas à l’origine ? S’il est un domaine où ce type de question est particulièrement d’actualité, c’est assurément celui de la recherche et de l’innovation.

Recherche et innovation : quelles que soient les instances, nationales ou internationales, habilitées à penser les orientations stratégiques dans ce domaine, les deux termes sont fréquemment associés. Le contenu qui leur est assigné appelle toutefois de brèves observations liminaires. Sciences sociales et humaines, d’une part, sciences proprement dites de l’autre, chacun de ces champs abrite de fait une grande diversité d’activités de recherche. Pour s’en tenir au seul domaine des sciences au sens strict, les différences sont souvent marquées entre la recherche scientifique, dite encore fondamentale, dont les ambitions s’expriment sur le long terme, et la recherche technologique, dont l’objectif est de déboucher rapidement sur une application industrielle, c’est-à-dire dans la sphère de l’innovation.

Si l’on en juge par son exceptionnelle floraison, le concept d’innovation se laisse encore moins facilement saisir. Les multiples appropriations dont il est l’objet attestent de la difficulté. Ainsi parle-t-on d’innovation technologique, d’innovation organisationnelle et d’innovation sociétale. Ces diverses acceptions témoignent de la richesse du concept comme de son élasticité. Entendue largement, l’innovation peut être définie comme le fruit d’avancées technologiques, mais aussi de pratiques nouvelles sans rapport avec la recherche dont la diffusion génère un fort impact sociétal. Cette vision qui s’étend aux activités de service enrichit incontestablement le concept, mais tend aussi à le diluer. Le présent ouvrage se concentrera sur le lien entre recherche et innovation. Non pas par refus de prendre en compte cette évolution terminologique, mais parce que ce lien demeure en l’état actuel crucial.

La preuve en est que ces deux temps de ce que l’on appelle communément la chaîne de l’innovation, qui mène de l’idée nouvelle à la commercialisation du produit qui en est issu sur le marché, sont actuellement au cœur des préoccupations politiques mondiales. Recherche et innovation semblent seules susceptibles de faire face aux grands défis de la planète : énergie, santé, information. La crise qui affecte aujourd’hui l’économie mondiale met plus que jamais en évidence leur absolue nécessité, en les érigeant au rang de priorités politiques. De toutes parts, l’engagement des gouvernants ne cesse de croître et de converger, sous la forme de déclarations répétées, d’efforts budgétaires substantiels. On comprend aisément que cette prise de conscience implique un souci de cadrage sans précédent, en termes de pertinence et d’efficacité des politiques menées dans ce domaine.

On touche là à une question majeure, celle de l’évaluation des actions engagées. Elle peut être formulée simplement en ces termes : comment la volonté politique se traduit-elle dans les actes ? De solides indicateurs existent, à l’échelle des différents États, qui permettent de mesurer l’importance et la répartition des dépenses de recherche et développement (R&D), les brevets, l’innovation dans les entreprises et la création de start-up. Ces indicateurs nationaux sont certes des outils précieux et il convient évidemment d’en tenir le plus grand compte. Ils souffrent cependant d’une limite tenant à leur caractère purement quantitatif. Ils livrent une image en quelque sorte écrasée de la réalité, qui reflète insuffisamment les aspérités du terrain. N’est-il pas tout aussi capital de s’interroger sur la qualité des initiatives, la granulométrie des projets, le retour sur investissement, l’impact des modalités de gouvernance, le rôle des territoires ? Sans doute convient-il de répondre par l’affirmative et c’est le choix que propose cet ouvrage.

La notion qui semble la mieux adaptée à cette perspective est certainement, en l’état des usages, celle d’écosystème d’innovation, qui a supplanté sous une forme plus large celle de cluster chère à Michael Porter sans pour autant, à vrai dire, en modifier la substance. Elle puise naturellement sa source dans l’écologie, où la notion d’écosystème désigne l’ensemble formé par une association ou une communauté d’êtres vivants et son environnement, ses éléments constitutifs développant un réseau d’échange d’énergie et de matière qui permet le maintien et le développement de la vie. À partir de ce socle, elle a connu une explosion sémantique corrélée à l’affirmation politique de l’écologie pour déboucher, au milieu des années 2000, sur la notion d’écosystème d’innovation. On ne peut d’emblée manquer de relever la complexité de l’expression, cela à un double titre. D’une part, parce qu’elle repose sur le concept par hypothèse évolutif d’innovation. D’autre part, parce qu’elle désigne des réalités dont les périmètres se révèlent très variables. C’est là d’une certaine manière un héritage de la biodiversité propre à la notion d’écosystème.

D’abord conçue de façon linéaire – cloisonnée, hiérarchique, fermée –, l’innovation s’est ainsi progressivement déplacée vers un modèle toujours plus collaboratif, intégrant pluridisciplinarité, complémentarité des acteurs et attentes des usagers. Cette ouverture a logiquement favorisé le succès de la notion d’écosystème d’innovation, mais elle a simultanément, de ce fait, encouragé sa diversité. La variété des périmètres concernés est un bon indicateur de la difficulté à cerner l’expression. Celle-ci se voit en effet utilisée à propos de réalités territoriales sensiblement différentes. On la voit de la sorte employée à propos de clusters, de parcs scientifiques ou industriels, de villes, de régions, d’États, voire d’entités supranationales. Le « modèle » est certes polymorphe, mais il reste que l’utilité de l’expression demeure. Par-delà la diversité des réalités qu’elle recoupe, elle désigne des composantes stables. Tout d’abord, des acteurs répartis en trois strates : le noyau, constitué d’organismes de recherche, d’établissements d’enseignement supérieur et d’entreprises dont les collaborations sont à l’origine de l’innovation ; des structures de valorisation de l’innovation qui permettent d’optimiser les liens entre les acteurs du noyau ; des acteurs périphériques – financeurs, fournisseurs, clients – qui contribuent à consolider l’ensemble. Ensuite, un environnement favorable à l’émergence des projets innovants : réglementation juridique, infrastructures, qualité de vie. Enfin, une dynamique facilitant une circulation permanente entre les acteurs. C’est dire que le trait fort d’un écosystème d’innovation est sa capacité à l’interactivité. Nous verrons que cette dominante s’impose à l’observation des grands sites technologiques à travers le monde.

C’est une photographie de ces écosystèmes que le présent ouvrage, sous une forme synthétique, souhaite soumettre au regard du lecteur. Elle est le résultat de missions que j’ai effectuées à la demande de Jean Therme, directeur de la recherche technologique du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et directeur délégué aux énergies renouvelables. Ces missions m’ont conduit en Allemagne (Berlin, Dresde, Karlsruhe, Munich, Nuremberg), au Brésil (Brasilia, Rio de Janeiro, São Paulo), au Canada (Montréal, Québec), en Chine (Pékin, Shanghai, Suzhou), en Corée du Sud (Daejeon, Pohang, Séoul), aux États-Unis (Atlanta, Boston, Chicago, Irvine, Los Angeles, San Diego, San Francisco), en Finlande (Espoo, Helsinki, Tampere), en Inde (Bangalore, Hyderabad, New Delhi, Pune), en Indonésie (Jakarta), en Israël (Haifa), au Japon (Kyoto, Sendai, Tokyo, Tsukuba), au Mexique (Mexico, Monterrey), en Pologne (Varsovie), à Singapour, à Taïwan (Hsinchu, Taipei), au Royaume-Uni (Cambridge, Harwell Oxford, Londres), en Russie (Moscou), en Suède (Kista, Stockholm) et en Suisse (Lausanne, Neuchâtel). Chacun de ces voyages m’a permis d’appréhender directement plusieurs sites technologiques importants et d’y rencontrer des acteurs de premier plan de la recherche, de l’éducation et de l’industrie, ainsi que des autorités politiques en charge des stratégies de recherche et d’innovation. L’ambition de l’ouvrage est de dresser un bilan aussi objectif que possible de ces contacts en focalisant l’attention non pas sur le contenu scientifique et technologique des projets, mais sur les conditions dans lesquelles ils sont menés, sur leur environnement, en bref sur leur contenant. On objectera peut-être qu’une telle approche ne se plie pas aux préceptes disciplinaires que persiste à imposer une certaine tradition académique, qu’elle perd en profondeur ce que son champ d’investigation gagne en ampleur. Préventions dont aucune n’apparaît irrésistible tant il est évident que seule une vision globale, distanciée, décloisonnée, peut permettre de porter un regard objectif sur l’efficacité des politiques conduites au service de la recherche et de l’innovation.

Cela étant posé, qu’observe-t-on ? Un tour d’horizon mondial révèle rapidement une similitude de préoccupations. Où que l’on se trouve, à des degrés divers, se posent des questions de même nature. Quel critère privilégier dans le développement des projets ? Quelle organisation adopter pour atteindre le niveau de performance requis ? Quelle évolution envisager dans le choix des priorités technologiques ? De quelle capacité de renouvellement disposer ? Sur quel environnement culturel s’appuyer ? Quel équilibre durable trouver entre les niveaux local, national et international ? Quelles que soient les réponses apportées à ces questions, quel que soit le degré d’acuité que celles-ci revêtent selon le site technologique considéré, le paysage mondial de la recherche et de l’innovation s’organise sans surprise autour d’un axe politique majeur qui voit s’affronter identité et globalisation.

Par-delà la diversité des modèles (chapitre 1) et la spécificité des environnements nationaux (chapitre 2), on relève ainsi de fortes convergences, tant eu égard aux objectifs poursuivis (chapitre 3) qu’aux méthodes mises en œuvre pour les atteindre (chapitre 4). Cette communauté de pratiques tend à réduire la marge d’autonomie décisionnelle des États, leur fonction de stratège. D’autant que ceux-ci se voient confrontés à la montée en puissance d’initiatives locales, avec lesquelles ils doivent nécessairement composer (chapitre 5). Telles sont les tendances que cet ouvrage, sur la base d’un large échantillon, entend explorer en espérant dégager quelques perspectives utiles. Ce faisant, gardant en mémoire le regard critique jadis porté sur les États-Unis par le constituant de la IIe République, il s’efforcera de déterminer quelle est aujourd’hui, dans ce paysage devenu global, la position de la France.

Collection Nouveaux Débats

La collection Poche des Presses de Sciences Po

Dernières parutions

 

35. Peut-on sauver les forêts tropicales ?

Instruments de marché et REDD+ versus principes de réalité

Romain Pirard

2013 / ISBN 978-2-7246-1406-0

 

34. Morale ou finance ?

La déontologie dans les pratiques financières

Judith Assouly

2013 / ISBN 978-2-7246-1351-3

 

33. L’Amérique latine en mouvement

Un laboratoire politique de l’Occident

Georges Couffignal

2013 / ISBN 978-2-7246-1406-0

 

32. Agriculture et mondialisation

L’atout géopolitique de la France

Sébastien Abis, Thierry Pouch

2013 / ISBN 978-2-7246-1386-5

 

31. Penser la décroissance

Politiques de l’Anthropocène

Agnès Sinaï

2013 / ISBN 978-2-7246-1300-1

 

30. Le Journalisme numérique

La mutation numérique de l’information

Alice Antheaume

2013 / ISBN 978-2-7246-1264-6

 

29. Génération Y

Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion

2e édition

Monique Dagnaud

2013 / ISBN 978-2-7246-1283-7

 

28. L’Asie et le futur du monde

Yves Tiberghien

2012 / ISBN 978-2-7246-1222-6

 

27. Le G20 laboratoire d’un monde émergent

Karoline Postel-Vinay

2011 / ISBN 978-2-7246-1221-9

 

26. La Démocratie protestataire

Mouvement sociaux et politique en France aujourd’hui

Lilian Mathieu

2011 / ISBN 978-2-7246-1229-5

 

25. Génération Y

Les jeunes et les réseaux sociaux, de la dérision à la subversion

Monique Dagnaud

2011 / ISBN 978-2-7246-1195-3

 

24. Émeutes vs intégration

Romain Garbaye

2011 / ISBN 978-2-7246-1190-8

 

23. Un monde unidimensionnel

Dario Battistella

2011 / ISBN 978-2-7246-1189-2

 

22. Les CDI dans la tourmente

Entre loyauté et désarroi

David Mélo

2010 / ISBN 978-2-7246-1171-7

 

21. Violence de la rente pétrolière

Algérie – Irak – Libye

Luis Martinez

2010 / ISBN 978-2-7246-1162-5

 

20. Les Habits neufs de David Cameron

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