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Reconstru i re
La RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Avec les Congolais

de l'étranger

Axes stratégiques

et principaux

défis

2009 Paris: 5-7, rue de l'École polytechnique, 75 005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. ha rmatta n@wanadoo.fr ha rmattan1@wanadoo.fr Kinshasa: 1 025 Avenue By Pass Kinshasa/Lemba, RDCongo ISBN: 978-2-296-07061-5 EAN : 9782296070615

@ L'Harmattan,

Colette TSHOMBA

NTUNOU

Reconstruire
la RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Avec les Congolais de l'étranger Axes stratégiques et principaux défis

Collection Comptes rendus

L'Harmattan-ROC

«Désormais les Congolais de la diaspora seront davantage appelés à apporter leur contribution pour la reconstruction nationale et à garder spirituellement et matériellement un lien fort avec la mère patrie. »
Joseph Kabila Kabange

« La politique? (/est l'art du possible. (/est l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. »
Philippe Seguin

Sommaire

Remerciements

11 15 19

Préface Introduction Chapitre I : Donner un contenu
Chapitre Écouter Il : et apprendre

au poste de vice-ministre

23

chez les autres

33

Chapitre III : Les Premières l'étranger Chapitre IV : Une rencontre

Assises

nationales

des

Congolais

de 65

historique

83

Chapitre V: Les recommandations Chapitre VI : La Maison des Congolais

des Assises

91

de l'étranger
9

et des migrants

97

Chapitre VII : la stratégie de l'OIM et ses interventions

101

Chapitre VIII: les axes stratégiques: Informer, Convaincre, Séduire et Vendre
Conclusion

119
127

10

REMERCIEMENTS

Qu'il

me soit permis d'exprimer, ici, ma gratitude au

président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange qui, le premier, a ressenti le besoin de doter notre pays d'une vice-ministre chargée des Congolais de l'étranger. De tout cœur, j'adresse mes vifs remerciements à tous ceux qui, un jour, ont cru en moi et dont les précieux conseils nous ont permis, à chaque pas de notre parcours, de nous remettre en question... Enfin, ma gratitude au professeur Eddie Tambwe qui a accepté de publier ce livre dans sa collection. L'auteur

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À la mémoire en souvenir

de mon père, Jean-Marie de nos interminables

Tshomba, mon ami, discussions;

dont

les prières

ont toujours

à ma mère chérie, soutenu notre action; à Karim,

Aminata et Awa, mes trésors, qui acceptent, avec « sportivité », les sacrifices que mes fonctions politiques leur imposent, si souvent.

PREFACE

DEJean-Chrétien

D. Ekambo1

À Colette Tshomba, nul observateur de l'espace public congolais n'hésiterait à appliquer la célèbre maxime du Français Jules Janin (1804 - 1874): «le journalisme mène à tout, à condition d'en sortir ». Certes, Janin a été avocat. Honoré de Balzac peut en témoigner. Certes, aussi, Janin a été couronné à travers sa plume d'écrivain dramaturge, en succédant en 1870 à Sainte-Beuve à l'Académie française. Certes, enfin, Janin a bâti une réputation de critique par ses écrits dans le journal Le Figaro. En bref, Janin arriva à se sortir du journalisme. Mais, au fait, est-ce aussi le cas de Colette Tshomba ? Se rend-elle compte que les études de journalisme l'attirent qu'elle se voit propulsée, à la faveur d'un talent reconnu par le test de la télévision nationale, sur les écrans, combinant déjà études et métier. Se sentelle l'âme d'une patronne de presse, en lançant son journal Uhuru, qu'elle est dénichée par les académiciens qui font d'elle une assistante à l'université, pour le compte de l'enseignement du journalisme. Se laisse-t-elle accaparer par la passion de la chose politique, le peuple de Kinshasa faisant d'elle une députée bien élue, et le gouvernement Gizenga la
1

Professeur des universités.

15

transformant si vite en vice-ministre, que la voici qui se met à écrire, à rendre compte, comme une journaliste, voire en véritable journaliste. Colette Tshomba raconte la très courte histoire de son poste de vice-ministre comme si elle n'en était ni la titulaire ni la gestionnaire. Elle fait parler les faits et les hommes. «Aller chez les autres, pour écouter et apprendre...», intitule-t-elle le deuxième chapitre de son livre. Alors, elle bouge et voyage, non pas pour le simple goût de l'ailleurs, mais surtout pour aller rencontrer la différence, la diversité et surtout la subjectivité contrariante de ses compatriotes qui ont souvent tout à reprocher à leur mère patrie. Elle qui se met à la quête d'une « symphonie de comportements» ne redoute donc pas le choc dû à la « multiplicité des images». De la différence, elle veut enrichir la République démocratique du Congo. Bien lui en prend. Car elle parvient à renverser le schéma paresseux de la réflexion. Aujourd'hui, convainc son argumentaire, il n'est plus question de chercher à savoir si on est « pour ou contre» les flux migratoires. Il est plutôt question de savoir proposer les politiques et les approches les mieux adaptées à la gestion de ces phénomènes, si naturels dans la vie des hommes, si générateurs de richesses dans toute l'histoire de l'humanité. Et lorsque les Premières Assises nationales des Congolais de l'étranger parviennent à réunir à Kinshasa, fin juillet 2008, plus de 300 délégués dont plus de la moitié proviennent des cinq continents, pour la viceministre Colette Tshomba, c'est une « grande 16

émotion» : «toutes ces femmes et tous ces hommes réunis autour d'une haute idée de la nation ». La tâche n'était cependant guère aisée. Avant elle, il n'y eut point un tel portefeuille ministériel, pourtant reconnu aujourd'hui comme porteur d'enjeux économiques, politiques et stratégiques. Une femme comme pionnière! Bien plus, Colette Tshomba innove en écrivant et en rendant compte de ses activités alors qu'elle est en pleine fonction. C'est si rare dans notre pratique politique qu'un responsable «rende compte» de son travail à l'opinion publique. Dans cette optique, ce livre se drape d'une honnêteté intellectuelle indéniable, qui refuse de faire de l'amnésie collective ou sélective la complice d'une mauvaise foi avérée. Bel exemple à suivre et à encourager. Mais, somme toute, où Colette Tshomba puise-t-elle cette abondante énergie? Ah! La presse, c'est un pouvoir, même si l'Anglais Edmond Burke ne l'avait située qu'en quatrième position. Et, du quatrième, Colette Tshomba s'est élevée vers d'autres (Parlement et Gouvernement), dans le but de «susciter en nous, compatriotes de l'étranger ou de l'intérieur, un sentiment de gratitude, de reconnaissance et de responsabilité vis-à-vis de notre pays ». Bravo à l'auteur, bravo à la vice-ministre!

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INTRODUCTION

essayons de nous remettre de la rude campagne électorale de juillet 2006, qui nous a portée à la députation nationale, comme élue de la circonscription de la Funa (Kinshasa), quand, à notre grande et agréable surprise, nous apprenons notre nomination au sein du premier gouvernement de la Troisième République. Ainsi, après notre succès électoral, le destin nous ouvrait une autre voie - le plus grand défi que la vie nous ait jamais lancé: assumer les fonctions de vice-ministre en charge des Congolais de
Mars

2007. Nous

l' étra nger. Pourquoi ne pas l'avouer: même si nous avons toujours désiré servir notre pays, même si nos aspirations personnelles nous ont conduite à nous investir d'abord dans le journalisme sitôt nos études universitaires terminées et à créer ensuite un groupe de presse aussi réputé que viable aujourd'hui, nous ne pensions pas que, si vite, le destin allait nous propulser sur le devant de la scène politique et médiatique, pour nous faire jouer un rôle décisif dans un secteur aussi difficile. En effet, depuis son accession nationale et internationale, notre 19 à la souveraineté pays n'a jamais

compté au sein de son gouvernement une structure ayant pour mission d'encadrer ses ressortissants vivant à l'extérieur, alors que la migration est déjà devenue un vecteur de développement. Comme nous tenterons de le montrer dans les lignes qui suivent, s'occuper de l'encadrement des Congolais de l'étranger relève d'une véritable gageure. la mission consiste en un défi considérable, au regard des enjeux de l'émigration de nos compatriotes, qui constitue un chantier multiforme dont notre pays pourrait tirer profit. Dans la dynamique politique de notre pays, ce nouveau portefeuille ministériel arrivait comme mars en carême pour pacifier les relations - passionnelles et parfois tendues - que nos compatriotes vivant à l'étranger entretiennent avec notre cher et beau pays, en dissipant les malentendus et les incompréhensions. Il était donc temps d'ouvrir un espace où chaque Congolais de l'étranger pouvait dire ce qu'il pensait pour l'avenir de sa patrie. le vice-ministère des Congolais de l'étranger constitue aussi un véritable défi, car le portefeuille n'ayant jamais existé dans notre passé institutionnel, nous devions partir de rien - dans tous les sens de l'expression: « inventer» notre poste, en lui donnant un contenu et une forme. Aussi, notre nomination à ce poste ne nous a laissé que peu de répit. Heureusement, habitée par un esprit d'engagement, nous étions décidée à assumer cette grande responsabilité, avec les atouts qu'offrait notre profil et 20

notre expérience de communicateur responsable de presse, enrichie d'utiles leçons des années passées à l'étranger, en Afrique du Sud et en France notamment. À mi-parcours du mandat de notre gouvernement, nous avons décidé d'écrire ce livre pour la prestigieuse collection «Comptes rendus », fondée et animée aux éditions L'Harmattan par un compatriote de l'étranger, le professeur Eddie Tambwe, pour justement « rendre compte» de notre modeste expérience ministérielle. Dans la praxis politique actuelle, sous-tendue par l'idéal de la démocratie, il est du devoir de l'élite du pays de rendre compte de ses actions à l'opinion nationale, pour informer nos compatriotes de la marche du pays, des réalités concrètes, des difficultés que rencontrent les dirigeants et les réponses qu'ils tentent d'apporter aux besoins sociaux. Pour nous, ce devoir est d'autant plus pressant que l'expérience de ce portefeuille est nouvelle dans notre histoire politique. Nous revenons ici sur les conditions historiques ayant conduit à la création de ce viceministère, sur les contacts que nous avons eus avec les milliers de Congolais disséminés à travers le monde, et, in fine, sur nos réalisations.

21

I
DONNER UN CONTENU AU POSTE DE VICE-MINISTRE...

L'idée de voyage, la fascination de l'ailleurs, hante tout homme à quelque moment de sa vie. Pour diverses raisons: simple désir de découverte, nécessité de refaire sa vie ailleurs, recherche d'un emploi, calamités naturelles et crises diverses poussant les individus parfois des groupes d'individus - à émigrer loin de leur pays d'origine. ('est dans le voyage qu'on trouve la sagesse, enseigne un dicton. Alphonse de Lamartine renchérit: « Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. » ces déplacements, réguliers dans le temps et par les masses qu'ils drainent, concernent précis ou une communauté, on parle de la diaspora - qui signifie dispersion d'une communauté -, phénomène récurrent dans l'histoire des hommes. Le terme sert à désigner toutes sortes de migrations, à partir d'un foyer émetteur, de populations dans plusieurs pays. Les études sur la diaspora distinguent de causes de dissémination des peuples: 23 plusieurs types une dispersion Lorsque significatifs un peuple

contrainte, faute de posséder un pays propre (diaspora palestinienne); une difficulté d'existence plus ou moins momentanée (diaspora portugaise, irlandaise); un choix d'activités et de modes de vie. Longtemps utilisé pour désigner la dispersion des Juifs dans l'Antiquité, le terme diaspora s'est élargi et généralisé au fil des siècles. Trois éléments caractérisent le phénomène: la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique, raciale ou nationale; l'existence d'une organisation politique, religieuse ou culturelle du groupe dispersé (vie associative); l'existence de contacts sous diverses formes, réelles ou imaginaires, avec le territoire ou le pays d'origine. Aujourd'hui, à la suite du phénomène de la mondialisation, une diaspora organisée peut jouer un rôle essentiel sur le plan économique, car elle peut constituer un pôle entrepreneurial fort. À la tribune du Forum mondial sur les migrations, tenu à Bruxelles du 7 au 9 juillet 2007, le secrétaire général de l'Onu, Ban KiMoon, relevait à ce propos que «le dur labeur des migrants solitaires a contribué à soustraire des familles et des communautés entières de la pauvreté; leurs gains ont construit des maisons, fourni des soins de santé, équipé des écoles et jeté les bases d'activités commerciales ». En émigrant, pour diverses raisons, les Congolais n'ont donc rien inventé. Bon nombre d'entre eux émigrent à travers le monde pour des raisons diverses: études, stages, soins médicaux, incertitudes du 24

lendemain, guerres, dictature, pauvreté, etc., faisant ainsi de la République démocratique du Congo un des pays qui disposent d'une importante communauté disséminée à travers le monde. Pourtant, à en croire le secrétaire général des Nations unies, ce n'est que récemment que nous avons tous commencé à comprendre, non seulement combien ces diverses diasporas contribuent au développement, mais aussi comment des politiques intelligentes peuvent amplifier leurs effets, en les mobilisant. L'absence d'un cadre institutionnel canalisant les Congolais de l'étranger a été préjudiciable à notre pays, puisqu'elle a entraîné plusieurs conséquences dont l'inexistence de statistiques fiables concernant les Congolais résidant à l'étranger. Le fait que notre pays ne dispose pas d'un programme d'encadrement de ces compatriotes avait aussi pour conséquence de favoriser la fuite quasi permanente des cerveaux inutilisés ou utilisés de manière inadéquate. Parmi les autres conséquences, il faut relever: l'absence d'un défenseur attentif des droits et intérêts des compatriotes de l'étranger; l'absence d'un interlocuteur privilégié du gouvernement près les chancelleries et missions diplomatiques sur les questions relatives à l'expatriation des Congolais; l'absence d'un mécanisme de canalisation du flux financier généré par les activités économiques et professionnelles des Congolais de l'étranger;
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le trafic illicite de passeports congolais, propriétés de la République, entraînant des difficultés de recensement et d'identification des compatriotes vivant à l'étranger; l'immigration clandestine et irrégulière de Congolais (phénomène Ngulu qui désigne l'expatriation frauduleuse, mais sous des formes visibles et régulières: les visas pour les musiciens en spectacle à l'étranger, les visas pour les pasteurs en croisade de prière, etc.) ; l'inexistence d'un mécanisme incitatif approprié pouvant impliquer nos compatriotes de l'étranger dans le processus de développement économique, politique, social et culturel du pays; l'absence d'une politique de migration de développement; l'insuffisance de textes de lois et de structures d'accueil garantissant à certaines catégories de Congolais un retour volontaire au pays et une réinsertion facile: réfugiés politiques, réfugiés économiques, sans-papiers, expulsés et indésirables. Le président de la République, Joseph Kabila Kabange, qui a passé une partie de sa jeunesse à l'étranger, a toujours été conscient du potentiel économique, scientifique et humain que représente la diaspora. Déjà en 2003, à Lubumbashi, devant l'Assemblée constituante et législative, Parlement de Transition, le président de la République déclarait: « Puisque nous devons compter sur l'effort de chacun 26