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Regards croisés sur la guerre et la paix

De
174 pages
Animés du souci de sortir des sentiers battus - à commencer par les poncifs sur le terrorisme et la sécurité -, les auteurs ont dialogué entre eux et présenté leurs visions respectives. Ce livre rend compte de leurs échanges sur l'histoire, la méthode et les problématiques actuelles des conflits contemporains. Guerre, sacrifice, violences du marché et marchés de violence, domination et démocratie sont au coeur de leur débat.
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Ouvrage dirigé par Gabriel Galice
Regards croisés sur la guerre et la paix
Préface de Myriam Klinger et Gabriel Galice
Cahier du GIPRI n° 9 - 2013
Regards croisés sur la guerre et la paix
Ouvrage collectif sous la direction de Gabriel Galice Avec le concours d’Aurélie Vuille Regards croisés sur la guerre et la paix Préface de Myriam Klinger et Gabriel Galice Postface de Jacques Dubochet
Cahier du GIPRI n° 9 – 2013
Photo de couverture : Matthias Bruggmann / Courtesy Galerie Polaris.© L'Harmattan, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01366-4 EAN : 9782343013664
Sommaire Préface........................................p. 7par Myriam Klinger et Gabriel Galice Session I :Histoire et épistémologie croisées en polémologie, irénologie etPeace Research ............................................................p. 13 Généalogie de la polémologie en Francepar Myriam Klinger ................................................................................... p. 15 Logiques polémogènespar Pascal Hintermeyer............................................................................. p. 23 L’irénologie au GIPRIpar Gabriel Galice...................................................................................... p. 33 Débat I......................................................................................................... p. 47 Session II :Concepts, méthodes et outils pour l’analyse des conflits contemporains ............................................................................p. 59 Irénologue ou polémologue ?par Jacques Dubochet............................................................................... p. 61 Les marchés de violencepar Tristan Landry..................................................................................... p. 63 Guerre et sacrifice : la violence construitepar Mondher Kilani................................................................................... p. 73 La guerre et la paix sont aussi liées par la biologie par Jacques Dubochet............................................................................... p. 81 Débat II....................................................................................................... p. 85
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Session III :Questionnements actuels et problématiques émergentes des recherches sur les conflits et l’évitement des conflits.........................................................................................p. 95 Faut-il encore penser la guerre ?par François-Bernard Huygue.................................................................. p. 97 La crise, le danger de guerre, la démocratie par Alain Joxe........................................................................................... p. 105 La géopolitique au service du développement durable par Ben Cramer........................................................................................ p. 109 Du document à la communication par Matthias Bruggmann ........................................................................ p. 119 La guerre urbaine dans les cités françaises par Hacène Belmessous .......................................................................... p. 129 Débat III ................................................................................................... p. 137 Conclusion.............................................................................................. p. 145 Postfacepar Jacques Dubochet............................................................ p. 155 Bibliographie............................................................................................. p. 157 Présentation des auteurs ......................................................................... p. 165 Présentation du GIPRI........................................................................... p. 169
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Préface Des polémologues, chercheurs sur les conflits et les guerres, et des irénologues, chercheurs sur et pour la paix,se sont rencontrés à Genève, en octobre 2011, pour confronter leurs regards, leurs objets, leurs méthodes, pour faire le point sur l’histoire de leurs disciplines respectives, pour tracer des perspectives de recherche et de coopération. La rencontre a été rendue possible grâce au soutien financier du Départementde la Défense, de la Protection de la Population et des Sports de la Confédération suisse, auquel nous exprimons ici notre vive gratitude. Nous remercions aussi le Geneva Centre for Security Policy de sa gracieuse hospitalité. Les objectifs de la rencontre L’intention était triple: sortir des sentiers battus du «sécuritarisme » ambiant, examiner les conséquences de l’après-guerre froide en termes de problématiques, de champs et de méthodes, cerner les différences et ressemblances entre irénologues et polémologues. L’appartenance au même monde linguistique et culturel dans l’espace francophone permet, dans une première étape, de penser ensemble polémologie et irénologie, leurs similitudes semblant aujourd’hui plus importantes que leurs divergences. Dans cette hypothèse, l’irénologie pourrait ne pas être exactement laPeace Researchpar notre collègue Johan développée Galtung,Peace Researcher norvégien.Ces rapprochements et ces différences sont des pistes de réflexion qui doivent encore être davantage approfondies. En juin 2011, à Strasbourg, Myriam Klinger, Pascal Hintermeyer et Gabriel Galice ont agencé le séminaire, en vidéoconférence avec Tristan Landry, de l’université de Sherbrooke.En octobre 2011, à Genève, les contributions ont porté sur différentes problématiques, présentées ci-dessous, transversales aux interrogations posées par la polémologie et l’irénologie.
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L’histoire matérielle et l’histoiredes disciplinesToute discipline a une histoire, où s’entremêlent la conjoncture, des initiatives personnelles, des rencontres, des positionnements, des confrontations. Myriam Klinger pour la polémologie à Strasbourg, Gabriel Galice pour l’irénologie à Genève ont tracé les axes, les nuances, les inflexions de leurs disciplines respectives. Dès 1945, polémologues et irénologues s’efforcèrent de tirer les leçons de la Deuxième Guerre mondiale en vue d’empêcher une nouvelle catastrophe. Gaston Bouthoul (1896-1980) est le père fondateur et l’inspirateur de la polémologie française. L’Institut Français de Polémologie est fondé à Paris en 1945. Julien Freund participe aux recherches de l’IFP et fonde, en 1970, l’Institut de Polémologie de Strasbourg, seul Institut universitaire existant aujourd’hui encore en polémologie. Au fil du temps, l’objet polémologique s’étend pour englober les formes multiples et enchevêtrées du conflit, de la guerre et de la paix. A Genève, la création du GIPRI (Institut International de Recherche pour la Paix à Genève) en 1980, est marquée par la guerre froide et la menace nucléaire. Un courant strictement non violent cohabite avec une tendance distinguant la guerre de la résistance légitime à l’occupation ou à l’oppression. Méthodologies et objets d’étudePlusieurs obstacles obstruent les voies de la recherche. Après une guerre, la vie impose l’oubli tandis que la pensée exige de tirer les enseignements de l’histoire. Julien Freund se demandait, face aux débordements rhétoriques pacifistes, si la paix même n’était pas belligène. L’apparence de la paix, proche de l’état de guerre selon Jean-Jacques Rousseau, n’est pas si éloignée de la banalisation du conflit. Freund reprochait aussi aux irénologues de confondre recherchesuretpour lapaix. Ce dernier point s’avère moins dirimant dans la mesure où Gaston Bouthoul disait vouloir comprendre la guerre pour vouloir la paix. Pascal Hintermeyer s’attache à expliquer et à nuancer l’opposition entre polémologie et irénologie. Il pose la question de la neutralité axiologique, question indispensable s’agissant de prendre en compte la multiplicité des points de vue et de dépasser le jugement de valeur. Un rapport réflexif aux valeurs est la condition du travail d’interprétation du chercheur. Dans les travaux sur la guerre et la paix sont de la sorte entremêlées les difficultés sur l’objet et la méthode. François-Bernard Huyghe propose un dépassement du dilemme entre une guerre «éruptive »(résultant de pulsions et pressions) des polémologues et une guerre «réactive »(traduction d’un déséquilibre
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plus profond) des irénologues, par un retour à l’objet même - la guerre -à son statut et à son devenir. Sacrifice, guerre, identité La guerre oscille entre deux mobiles : la destruction de l’autre (parce que différent ou trop semblable) et le sacrifice de soi (pour la gloire, les siens, le totem, la communauté, la patrie…). L’appel à la guerre emprunte souvent aux deux registres simultanément, ainsi dans cet hymne célèbre : « entendez-vous,dans nos campagnes, mugir ces féroces soldats? ».La constitution de l’ennemi passe par sa dévalorisation, parfois sa bestialisation.Identité et altérité se constituent l’une par l’autre. Le sacrifice est individuel ou collectif. Pour Gaston Bouthoul, la guerre épuise l’excès de forces par projection vers l’extérieur pour éviter que les énergies excédentaires détruisent la société. Pour Julien Freund, la politique a précisément pour objet d’empêcher l’inimitié de devenir hostilité, de border la violence interne et d’empêcher la montée aux extrêmes avec l’ennemi, qu’il soit intérieur ou extérieur au groupe. Pour le biologiste Jacques Dubochet, les notions d’hostilité ou d’altruisme n’ont aucune connotation morale. Il s’agit d’un comportement qui favorise autrui à son propre détriment.On oppose parfois la guerre de masse anonyme au sacrifice ritualisé par un travail de symbolisation. Mondher Kilani s’attache à montrer que la guerre et le sacrifice sont coextensifs. Le bourreau peut se travestir, changer d’identité, de nom, pour commettre son forfait, dispositif complémentaire à la bestialisation de la victime. Sans être rigoureusement superposables, la guerre, le meurtre de masse et le sacrifice empruntent à des degrés divers les formes de la symbolisation. Violence symbolique et symbolisation de la violence voisinent. Elles font l’objet de transactions, de dialectiques. L’une d’entre elles emprunte les chemins croisés des violences du marché et des marchés de violence. Violences du marché et marchés de violenceDes historiens libéraux français comme François Guizot ou Sébastien Thierry ont mis en avant la notion de « lutte de classes », qui sera reprise et popularisée par Karl Marx, à qui on en attribue indûment l’invention. Plus tard, Max Weber a pointé que le compte de capital exprimait la lutte de l’homme avec l’homme sur le marché: «le critère d’évaluation, sans lequel le compte de capital ne peut exister, provient, d’une manière constamment renouvelée, de la lutte de l’homme avec l’homme sur le
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