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Regards croisés sur les sécurités dans les relations euro-méditerranéennes

De
246 pages
A travers le processus de Barcelone, l'UE multiplie les exigences sécuritaires pour les Etats du Sud. En pleine transition démocratique, ces derniers peinent à conjuguer normes sécuritaires (imposées par les Occidentaux) visant à écarter toutes menaces potentielles (terrorisme, islamisme politique, immigration clandestine) et réformes démocratiques engagées. L'ouvrage pointe du doigt les contradictions de la politique sécuritaire menée par l'Occident et affirme la nécessité de concevoir la sécurité sous l'angle social.
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REGARDS CROISES SUR LES SECURITESREGARDS CROISES SUR LES SECURITES
DANS LES RELATIONS
EURO-MEDITERRANEENNESSSoouussllaaddiirreeccttiioonnddee
LaurentBEURDELEY
RégisMATUSZEWICZ
REGARDSCROISESSURLESSECURITES
DANSLESRELATIONS
EURO-MEDITERRANEENNES
L’Harmattan©L’HARMATTAN,2011
5-7,ruedel’École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55358-3
EAN : 9782296553583REMERCIEMENTS
Notre reconnaissance s’adresse tout particulièrement à Monsieur leNotre reconnaissance s’adresse tout particulièrement à Monsieur le
Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle du Maroc pour le
soutiensansfaillequ’ilabienvoulunousaccorder.
Noustenonsàremerciervivementnotrecollègueetamie,SabahChraïbi,
sans laquelle le colloque international qui s’est déroulé à Rabat le 19sans laquelle le colloque international qui s’est déroulé à Rabat le 19
mars2009,etleprésent ouvrage,n’auraientpuvoirlejour.
La réalisation du colloque et l’existence de cet ouvrage a été aussi
possible par le concours financier de l’UFR de Droit et de Science
politique et du Centre de recherches du MIG de l’Université de Reims –politique et du Centre de recherches du MIG de l’Université de Reims –
Champagne-Ardenne.LesauteursLesauteurs
- Monsieur le Ministre de l’emploi et de la formation
pprrooffeessssiioonnnneelllleedduuMMaarroocc
- MichelHastings,IEPdeLille
- IlhamElBelkasmi,MIG,UniversitédeReims
- ArnaudCoutant,CRDT,UniversitédeReims- ArnaudCoutant,CRDT,UniversitédeReims
- Laurent Beurdeley, MIG, Université de Reims, membre
associéduCREDESPO(UniversitédeBourgogne)
- AlessiaDiPascale,UniversitédeMilan
- FatyMoustaphaMamadou,UniversitédeReims
- AlimaBoumédiene-Thiery,Sénatrice- AlimaBoumédiene-Thiery,Sénatrice
- SabahChraïbi,ISCAEdeCasablanca
- RégisMatuszewicz,MIG,UniversitédeReims, membre
associéduCERAPS(UniversitédeLille2)associéduCERAPS(UniversitédeLille2)
- Stéphane Monney Mouandjo, Université de Yaoundé 2
SOA
-- PPhhiilliippppeeIIccaarrdd,,CCRREEDDEESSPPOO,,UUnniivveerrssiittééddeeBBoouurrggooggnnee
- Raphaël Porteilla, CREDESPO, Université de
BourgogneSOMMAIRESOMMAIRE
MarcelBazin
Préface…………………………………………………………………..13
Monsieur le Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle duMonsieur le Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle du
MAROC
Discoursintroductif…………………………………………………….17
LaurentBeurdeley,RégisMatuszewicz
PPrroobblléémmaattiiqquuee……………………………………………………………………………………………………………………....2211
PREMIEREPARTIE
LLAANNOOTTIIOONNDDEESSEECCUURRIITTEE::FFAACCTTEEUURRDDEE
DOMINATIONDEL’UNIONEUROPENNE?
MichelHastings
Le«méditerranéisme:unnouvelorientalisme?………………………25
IlhamElBelkasmi
Lasécuritéeuropéenneetlanécessitédemaîtriser
lesfluxmigratoires……………………………………………………..37
AArrnnaauuddCCoouuttaanntt
LapolitiqueaméricaineenMéditerranée,chroniqued’uneambition….47
LaurentBeurdeley
LesEtatsméditerranéensfaceà l’immigrationclandestine:
LLeessddrrooiittssddeessmmiiggrraannttssbbaaffoouuééss………………………………………………………………………………......8833
AlessiaDiPascale
Lapolitiqueitaliennedecontrôledel’immigrationdanslesrelations
aavveecclleessppaayyssdd’’oorriiggiinneeeettddeettrraannssiitt……..………………………………………………………………....113377
FatyMoustaphaMamadou
LaMauritaniesurl’échiquierdel’émigrationclandestineversl’Europe
…………………………………………………………………………149DEUXIEMEPARTIE
DEPASSERLESENJEUXSECURITAIRES:DEPASSERLESENJEUXSECURITAIRES:
POURUNAVENIRCOMMUNPLUSEGALITAIREET
PLUSSOLIDAIRE
AlimaBoumédiene-Thiery
LessécuritésdanslesrelationsNord-SudenMéditerranée…………..159
SSaabbaahhCChhrraaïïbbii
Fluxmigratoires,marchédel’emploietcroissancepartagée…………165
RégisMatuszewicz
La Turquie: pont stratégique entre les producteurs d’hydrocarbures du
SSuuddeettlleessppaayyssdduuNNoorrdd………………………………………………………………………………………………..117733
StéphaneMonneyMouandjo
DémocratieetsécuritédanslaMéditerranée………………………….201
PPhhiilliippppeeIIccaarrdd,,RRaapphhaaëëllPPoorrtteeiillllaa
La politique étrangère de sécurité commune de l’Union européenne et le
conflit israélo-palestinien: entre impuissance juridique avérée et
puissancepolitiqueàaffirmer…………………………………………213Préface
A peine plus de deux années se sont écoulées depuis le colloque qui fait
l’objet de ce beau volume, colloque lui-même fruit d’une collaboration «Nord-
Sud» entre l’Université de Reims Champagne-Ardenne et le Ministère de
l’emploi et de la formation professionnelle du Maroc, et les événements qui
secouent en ce début de l’année 2011 les rives méridionale et orientale de la
Méditerranée, lesquels viennent confirmer à la fois la justesse du choix du
thème «dessécurités»etl’intérêtdesanalysesquiont étédéveloppées.
Les initiateurs de cette rencontre et coordinateurs du volume qui en résulte,
Laurent Beurdeley et Régis Matuszewicz, se sont tournés vers le bassin
méditerranéen appuyés sur une première expérience des relations entre l’Europe
institutionnelle etlesespaces géopolitiques quil’entourent, ducôté del’est avec
les pays dits pendant quelques années «pays d’Europe centrale et orientale
(PECO)», avant que le processus d’élargissement de l’Union européenne ne
scinde cet ensemble en deux, les dix pays intégrés en deux étapes à l’Union
européenne et les pays restants plus à l’est et dans les Balkans, désormais objet
d’une «politique de voisinage » de l’UE qui s’applique également aux pays
méditerranéens «du Sud». Dans ce premier cas déjà les questions de sécurité
ont joué un rôle essentiel, tant dans l’intégration des uns que dans la politique à
mener vis-à-vis des autres.Sécurité multiforme, comme lesouligne l’usage bien
venu du terme au pluriel dans le titre de l’ouvrage : sécurité politico-militaire,
celle à laquelle on pense immédiatement, mais aussi sécurité des flux
migratoires et sécurité économique et logistique, entre autres en matière
d’approvisionnement de l’UE en énergie et en matières premières. L’intérêt des
regards croisés avait également pu être validé sur cette première aire
géographique grâce à des coopérations universitaires suivies avec la Slovaquie
etlaRoumanie.
Or l’expansion vers l’est de l’Union européenne estvenue placer (replacer,
diront certains) au premier plan le voisinage avec le reste du bassin
méditerranéen. Il exige encore plus impérieusement les regards croisés entre les
universitaires des deux rives de la Méditerranée du fait qu’il reste marqué par
une forte dissymétrie des relations, héritage du poids des impérialismes du
XIXe siècleet de la première moitié du XXe siècle sous la double forme de la
domination coloniale sur la rive méridionale du bassin méditerranéen et de la
13pénétration commerciale, financière et politico-militaire des puissances
européennes dans ce quirestaità l’est d’un empire ottoman«homme malade de
l’Europe». L’enjeu de la sécurité a été brandi à point nommé, comme le
développe la première partie, par les Européens et aussi par les Américains,
pour asseoir de nouvelles formes sinon de domination du moins de dissymétrie
en faveur de leurs intérêts, au prix de fortes contradictions dans leurs discours :
on met en avant l’universalité des droits de l’homme et de l’aspiration à la
démocratie, mais on se résigne vite à la présence de régimes politiques
autoritaires perçus comme des remparts à la montée de l’islamisme politique et
de sa forme exacerbée, le terrorisme international, et appréciés pour leur
stabilité. De même on vante les mérites de la libre circulation des hommes et
des marchandises et en même temps on s’inquiète de l’amplification des flux
migratoires que l’on cherche à maîtriser par tous les moyens. Or les pays de
l’UE riverains de la Méditerranée se trouvent les premiers affectés par cette
pression migratoire accrue, en particulier deux pays dont l’économie reposait, il
n’y a pas si longtemps, sur un recours important à l’émigration, l’Espagne et
l’Italie,aucontrairedelaFrancequia ététrèstôtunpaysrécepteur.
Les contributions rassemblées dans la seconde partie proposaient, dès mars
2009, de dépasser ces enjeux sécuritaires, ou plus exactement, de relever un
nouveau défi, celui de faire reposer la sécurité sous toutes formes non sur la
lutte obsessionnelle contre l’instabilité politique et sur la fermeture des
frontières mais sur une nouvelle idée des rapports géopolitiques, plus égalitaires
et plus solidaires, recourant aux partenariats symétriques et à la coopération et
favorisant les processus de démocratisation. C’est certes l’ambition qui a été
affichée lors du lancement sur l’initiative de la France d’une Union Pourla
Méditerranée, mais elle était minée dès son origine par le décalage entre les
régimes politiques de nombre des participants potentiels et les objectifs
généreuxannoncés.
Ce n’est donc pas de la rive nord de la Méditerranée mais de ses rives sud et
est qu’est venue la poussée soudaine des peuples arabes proclamant
l’universalité du droit à la démocratie, avec les succès tunisien et égyptien,
même s’ils sont encore fragiles, puis des évolutions beaucoup plus difficiles
dans les pays où les forces de répression n’ont pas dit leur dernier mot, loin de
là. Or les réactions des pays européens, et d’abord de la France, ont été bien
embarrassées au départ, et a fortiori celles de l’UE en tantqu’institution qui a
perdu une fois de plus l’occasion de se positionner clairement et solidairement
dèsledépartetadumalàconserverunepositionunie.
14Les regards croisés qu’offrent ce volume, croisés à la fois entre les deux rives
de la Méditerranée et entre les disciplines - les deux disciplines centrales, le
droit international et la science politique, ouvrent de larges perspectives vers la
sociologie politique et les considérations géopolitiques -, ne manqueront pas
d’apporter des éléments de réflexion tant sur les racines des événements en
cours dans le monde arabe que sur les perspectives d’évolution du bassin
méditerranéendanssonensemble.
Reims,avril2011,
1MarcelBazin
Professeur émériteenGéographie
etenaménagement
UniversitédeReims
1. Marcel BAZIN, Salgur KANÇAL, Roland PEREZ et Jacques THOBIE (dir.) La Turquie entre
trois mondes. Actes du Colloque International de Montpellier 5, 6 et 7 octobre 1995, Paris,
L'Harmattan (coll. Varia Turcica XXXII), 1998, 453 p. Marcel BAZIN, Salgur KANÇAL,
Jacques THOBIE et Yavuz TEKELİOĞLU (dir.) Méditerranée et mer Noire entre
mondialisation et régionalisation, Paris, L'Harmattan, 2000, 524 p. Marcel BAZIN, «Diversité
ethnique et disparités régionales », in Semih VANER (dir.), La Turquie, Paris, éditions Fayard,
2005, pp. 389-428. Marcel BAZIN (dir.), "Le Caire – Istanbul – Téhéran. Les troismétropolesdu
Moyen-Orient”, N° 127-128 des Travaux de l'Institut de Géographie de Reims, janvier 2009,
132p.
15Discours du Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle
du Maroc pprroonnoonnccéé àà ll’’ooccccaassiioonn dduu ccoollllooqquuee iinntteerrnnaattiioonnaall
pluridisciplinaire organisé le 19 mars 2009 sur le thème: « des
regards différenciés sur les sécurités dans les relations euro-
méditerranéennes »
MonsieurlePrésident
MesdamesetMessieurs
Permettez tout d’abord de préciser que c’est pour moi un énorme plaisir
d’assister avec vous au colloque international pluridisciplinaire organisé
aujourd’hui sur le thème «Regards différenciés sur les sécurités dans les
relationseuro-méditerranéennes».
Je voudrais remercier les responsables des Université de REIMS, AL
AKHAWAYN, de la Fondation Socialiste des Etudes, Recherches et Formation
de Rabat, de l’Institut marocain des Relations Internationales qui ont bien voulu
contribueràl’organisationdececolloque.
Mes remerciements s’adressent particulièrement aux membres du comité
scientifique et aux éminents intervenants qui ne manqueront de nous éclairer
davantage sur une thématique aussi complexe: la gestion et la gouvernance de
la migration.
Votre participation à cette rencontre témoigne, si besoin en est, de
l’importance que nous devrions tous accorder à cette problématique qui ne
devrait plus continuer à être l’apanage des seuls acteurs politiques ou des
partenairessocio-économiques.
Au-delà des débats purement politiques, la question devrait, en effet, être
prise en charge par les universitaires et les scientifiques qui, de par leurs outils
méthodologiques indépendants de toute contingence politique, peuvent porter
des regards différents et probablement utiles sur la manière dont la question est
traitée par le politique. C’est en fait ce regard différent qui doit constituer la
valeurajoutéedececolloque.
Il doit permettreaussi de dégager une visioncommune desdéfis àrelever et
desréponsesàapporteràcesdéfis.
Il est évident que la mondialisation accroît la mobilité des biens et des
produits, mais aussi des services et des personnes. Cette mobilité si elle est
mieux prise en charge, ne manquerait pas de générer plus d’avantages tant pour
les migrantseux-mêmesquepourlespaysd’origineetlespaysd’accueil.
17Il est, en conséquence nécessaire d’appréhender cette prise en charge pour
en éluciderles contours et les insuffisances mais aussi les points forts et les
avantages.
Il s’avère utile en effet d’analyser avec un regard critique mais objectif les
différents modes de gestion de la migration adoptés tant par les pays d’accueil
queparlespaysd’origine.
Le but de cette analyse est de s’interroger sur la pertinence et l’effectivité
desdifférentesapprochesexpérimentéesjusqu’àprésent.
Il est de notoriété publique aujourd’hui que la construction d’un espace
euro-méditerranéen stable paisible et prospère est devenue plus que jamais une
nécessité urgente. Que d’efforts et d’initiatives ont été mises en œuvre pour
consolidercetespace.
Lacirculationdespersonnesrestel’unedesdimensionslesplusimportantes
decetespace.
On ne peut en faire un facteur de renforcement de la stabilité de la région
euro-méditerranéenne que s’elle est gérée surla base des principes de solidarité,
d’égalitéetderespectdesdroitshumains.
Il va sans direquel’approche sécuritairea montréseslimitespour au moins
troisraisons:
D’abord elle n’ajamaisempêché les personnes de tenter des expériences
migratoires quel que soit le lourd tribu, parfois dramatique, payé de vie de
nombreusespersonnes.
Elle est peu pertinente ensuite parce qu’elle risque de limiter la possibilité de
tirer profit des avantages de la migration aussi bien pour les pays d’origine, les
paysd’accueilquepourlesmigrantseuxmême.
L’approche sécuritaire s’est avérée limitée enfin parce qu’elle est en
contradiction avec le principe d’ouverture en tant qu’atout fondamental de la
mondialisation et risque aussi de porter atteinte aux valeurs et aux principes
humanitaires devant constituer le socle fondamental des relations euro-
méditerranéennes.
De notre point de vue une véritable coopération entre les pays d’accueil et
les pays d’origine doit dépasser les enjeux sécuritaires et s’inscrire dans une
perspective de développement tenant compte des intérêts respectifsdes uns et
desautres.
Nous plaidons pour que la coopération en matière d’emploi et de mise en
valeur des ressources humaines soit l’une des composantes essentielles de la
politique migratoire à mettre en œuvre au niveau de l’espace euro-
méditerranéen.
Cette coopération doit tenir compte des besoins en compétences et en force
de travail des marchés de travail des pays d’origine et du marché de l’emploi
des pays demandeurs de ces compétences. Elle doit également prendre en
considérationlesconséquencesnégativesdelafuitedescerveaux.
18L’investissement dans des projets communs de formation sur la base des
besoins des uns et des autres est le seul moyen susceptible de maximiser les
retombéesdelamigrationsurledéveloppement.
Des clivages politiciens peuvent parfois entraver la mise en place d’une
bonne gouvernance de la migration notamment quand ces clivages s’alimentent
d’amalgames culturels, culturels ou civilisationnels. Cette dimension de la
problématique de la migration, tue bien souvent dans des discours officiels,
devrait être l’une des thématiques à inscrire dansles différents foras dédiés à la
question de la migration le but étant de bâtir, dans le cadre de la coopération en
matière de migration, des partenariats favorables au rapprochement des cultures
etdescivilisations.
Le colloque qui nous réunit aujourd’hui est l’une des plates formes les plus
appropriéespourapprofondirladiscussiondecetaspectdelaquestion.
MesdamesetMessieurs,
Je ne voudrais pas conclure cette brève allocution sans souligner que, pour
autant que nous accueillions favorablement votre analyse critique des approches
de gestion de la migration dans la région euro méditerranéenne, autant nous
seronstrèsregardantsurl’objectivitédecetteanalyse.
Il ne suffit pas, en effet, de montrer du doigt les insuffisances de ces
approches, il est nécessaire d’aller vers des solutions faisables et acceptables.
Des solutions pertinentes servant au mieux les intérêts de toutes les parties
prenantes.
C’est à ce prix et à ce prix seulement que ce genre de colloque peut
s’enorgueillir demain d’apporter une vraie valeur ajoutée à l’analyse qui a été
faite jusqu’à présent à la question de la gouvernance de la migration dans la
régioneuromed.
En souhaitant plein succèsà vos travaux, je vous pried’accepter encore une
fois, mesremerciementspourvotreinitiative.
19Problématiquegénérale
La notion de sécurité est une notion à multiples facettes dans la littérature
des relations internationales. A travers le processus de Barcelone, complété par
la politique de voisinage, l’UE entend avant tout assurer la défense de ses
propres intérêts; à ce titre elle ne cesse de multiplier les exigences sécuritaires
pourlesEtatsduSud.
De leurcôté, les Etats méditerranéens, qui sont en transition démocratique,
éprouvent des difficultés à conjuguer normes sécuritaires (imposées par les
Occidentaux) et réformes politiques déjà engagées. Il y a une très nette
contradiction entre le dessein occidental affiché, qui tend à promouvoir les
droits de l’Homme (tentative aussi d’exporter des valeurs marquées du sceau de
l’universalisme) et l’objectif assigné aux pays du Sud, visant à écarter toutes
menaces potentielles (terrorisme, islamisme politique, immigration clandestine)
quelles qu’en soient les répercussions sur les droits fondamentaux des
personnes. Il importe donc d’interroger de manière critique la politique
sécuritaire menée par l’UE et les Etats-Unis en direction du Sud. Il s’agit aussi
de dépasser une conceptionoccidentale delasécurité pour considérer davantage
la sécurité sous l’angle social (emploi, co-développement…). Notre
problématiqueseradoncstructuréeautourdesdeuxquestionnements :
- La notion de sécurité ne tend-elle pas à se résumer à un facteur de
dominationdel’UE ?
- Ne faudrait-il pas dépasser les enjeux sécuritaires pour échafauder un
avenircommunplus égalitaireetsolidaire.
PREMIERE PARTIE :LA NOTION DE SECURITE: FACTEUR DE
DOMINATIONDEL’UNIONEUROPEENNE?
La politique sécuritaire menée par l’UE, qui entend verrouiller les frontières
du Sud et développer la mise en place de quotas migratoires en fonction des
exigences économiquesdespaysd’accueil,seraiciinterrogée
Nousentendonsaussidiscuterl’instrumentalisationdespaysduMaghrebpar
l’Europe et les Etats-Unis qui s’emploient, avec détermination, à endiguer toute
source d’instabilité (politique, sociale) dans la région, et à assurer leur
leadership économique. Plus spécifiquement, pourra être étudié et mesuré,
d’une part, l’impact des politiques d’externalisation de la gestion des flux
21migratoires menées par les Etats européens et l’UE sur les politiques publiques
des pays du Sud et leur population, d’autre part, la problématique de la
réinsertiondespersonnesrefouléesdansleurterritoired’origine.
DEUXIEME PARTIE: DEPASSER LES ENJEUX SECURITAIRES POUR
UNAVENIRCOMMUNPLUSEGALITAIREET PLUSSOLIDAIRE
Il s’agit d’appréhender des alternatives possibles pour le Sud afin qu’il
s’affranchisse de l’emprise du carcan sécuritaire. Ce qui implique aussi une
réelle volonté de la part des gouvernements méditerranéens de promouvoir une
politique de propositions autourde projets dont ils seront les acteurs en
partenariat avec l’Union européenne. En effet, le Sud ne peut plus se contenter
d’êtrel’objet depolitiquesd’aidevenantduNord.
Loin de considérer les Etats du Sud uniquement à l’aune de dangers plus ou
moins fantasmés, l’UE pourraitinstaurer un projet alternatif à la stratégie
d’hégémonie américaine, en promouvant une politique économique et sociale
équilibrée qui prenne en considération, non seulement les spécificités des Etats
du Sud, mais aussi les forces démocratiques au sein de ces sociétés, et ainsi
soulignerqu’ilsforment ensembleunecommunautéd’intérêtset devaleurs.
Les récentes révolutions arabes viennent conforter les deux axes retenus de
notre problématique. Les revendications sociales et politiques constituent
incontestablement le cœur palpitant des mobilisationstoujours en cours dans les
pays du sud de la Méditerranée. Quant à l’UE, la récente proposition de la
Commission européenne de rétablirtemporairement les contrôles aux frontières
intérieures de l’espace Schengen illustre une fois de plus la détermination des
Européens à faire prévaloir une logique sécuritaire d’exclusion aux dépens
d’uneréellepolitiquedesolidaritéenverslespeuples.
LaurentBeurdeley RégisMatuszewicz
22PPRREEMMIIEERREEPPAARRTTIIEE
LANOTIONDESECURITE:FACTEURDEDOMINATION
DEL’UNIONEUROPEENNE?DEL’UNIONEUROPEENNE?