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Relations internationales du Brésil, Les chemins de la Puissance (Volume I)

De
321 pages
Le Brésil, autrefois "grand pays du futur", puissance émergente, apparaît au XXIe siècle comme une puissance du présent. La visibilité du pays a exceptionnellement augmenté, y compris via une forte présence sous bannière internationale. Pendant ses deux mandats présidentiels, le Président Lula a largement su imposer son pays en tant qu'acteur global, soutenu pas une économie et un marché intérieur en plein essor. (Articles en français ou en anglais).
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RELATIONS INTERNATIONALES DU BRÉSIL LES CHEMINS DE LA PUISSANCE

BRAZIL’S INTERNATIONAL RELATIONS PATHS TO POWER

VOLUME 1 REPRÉSENTATIONS GLOBALES

GLOBAL REPRESENTATIONS

Remerciements à L’Ambassade du Brésil en France, L’Ambassade du Brésil auprès de l’Union européenne, L’Ambassade de France au Brésil et le personnel de la Maison de France à Rio de Janeiro, La CAPES, Le CNPQ, Le Comité français d’évaluation de la coopération avec le Brésil (COFECUB-MAE-Paris 13), Le Commissariat français de l’Année de la France au Brésil, Les Éditions L’Harmattan, La Fédération de recherche « L’Europe en mutation », Université de Strasbourg, Le Groupe de Recherche Frontières, Acteurs et Représentations de l’Europe (FARE), IEP-UdS, L’Institut d’études politiques de Strasbourg, UdS, L’Institut d’études politiques de Paris (dans le cadre de l’Année de la France au Brésil), L’Instituto de Relações Internacionais (IREL-UnB), L’Institut Universitaire de France, Les Éditions L’Harmattan, La Revista Brasileira da Politica Internacional (RBPI), L’Université de Brasília (UnB), L’Universidade Estadual do Rio de Janeiro (UERJ), L’Université de Strasbourg (UdS). Isabel Lavina, accompagnatrice artistique de toutes mes aventures éditoriales, Joëlle Chassin sans qui ces lignes auraient peu de sens, Chantal Hmae et Chantal Hamreras (IEP) pour leur disponibilité pendant le colloque de Strasbourg (08-2010), Aurélie Kraft (UDS), Miriam Saraiva (UERJ), Neonyla Vylcou (UDS), Thérèse de Ravel, Maria Eurydice de Barros Ribeiro (UnB), Claudia Drucker (UFSC) et Marie-Josée Ferreira dos Santos (Sciences Po-Poitiers) pour sa contribution à l’ouvrage, Amado Luiz Cervo (UnB), mon introducteur aux relations internationales du Brésil, José Carlos Feiteirinha et son prédécesseur (UDS), Paulo Knauss (UFF) pour son amitié et son indispensable accueil toujours renouvelé, Antonio Carlos Lessa (UnB) avec qui le séminaire au cœur de la préparation de ce livre puis ce livre ont été organisés, Yves Saint-Geours (Commissariat français, Année de la France au Brésil), José Flavio Sombra Saraiva (UnB), Yves Strickler (UdS). Elsa, Anne-Solène, Françoise et François-Xavier pour le temps emprunté et leur soutien.

___________________________________________________________________ Équipe de recherche Frontières, Acteurs et Représentations de l’Europe Fédération de recherche L’Europe en mutation Institut d’études politiques de Strasbourg Université de Strasbourg

Instituto de Relações Internacionais (IREL)

Institut Universitaire de France
ISBN : 978-2-296-13543-7
,

EAN : 9782296135437

Denis Rolland & Antônio Carlos Lessa (coord.)

RELATIONS INTERNATIONALES DU BRESIL LES CHEMINS DE LA PUISSANCE BRAZIL’S INTERNATIONAL RELATIONS PATHS TO POWER
Préface d’Yves Saint-Geours, Ambassadeur de France
VOLUME 1 REPRESENTATIONS GLOBALES GLOBAL REPRESENTATIONS

Les deux volumes de cet ouvrage sont publiés en hommage chaleureux et reconnaissant à notre ami Amado Luiz Cervo,
Docteur de l’Université de Strasbourg, Professeur émérite à l’Université de Brasília, Initiateur et médiateur toujours essentiel de l’étude des relations internationales au Brésil et du Brésil.

Constitution de l’appareil documentaire, organisation et mise en page de l’ouvrage : Denis Rolland (qui, de ce fait, assume seul les imperfections liées à son montage très rapide).

SOMMAIRE / SUMMARY
Préface d’Yves Saint-Geours, Ambassadeur de France au Brésil .......................... 9 Introduction : Brésil, terre et puissance du présent ................................................ 11 L’éveil de la puissance brésilienne : données de base en chiffres et graphiques ....................... 26 1. L’ÉVEIL À LA PUISSANCE : ANALYSE GLOBALE RISE TO POWER : GLOBAL ANALYSIS .................................................... 35 Brazil’s rise on the international scene: Brazil and the world ............................... 37 Le Brésil et le monde ................................................................................................... 61 Brazil and the Economic, Political, and Environmental Multilateralism: the Lula years (2003-2010) .............................................................................. 73 Lula da Silva’s Foreign Policy: Autonomy through Diversification Strategy ............ 91 - “Brazil and the New International Order”, Celso Amorim (document) ........................ 130 2. LA QUESTION DES STRATÉGIES NOUVELLES NEW STRATEGIES ISSUES.................................................................... 131 Security issues during Lula’s administration: from reactive to assertive approach.....133 Le nouveau Plan pour une stratégie de défense nationale brésilienne : la fin d’un État pacifiste ? .............................................................................. 155 Les partenariats stratégiques et l’universalisme dans la politique étrangère du Brésil : un bilan de l’ère Lula (2003-2010) .................................................. 167 The Possibilities and Perils of Presidential Diplomacy: Lessons from the Lula years in Brazil................................................................................................... 185 - Entretien du Président Lula avec la presse : Les voyages présidentiels à l’étranger consolident-ils la place du Brésil dans le monde ? (document) ....................................................................... 196 - Cartographie des voyages de Lula, 2007 ....................................................................... 197 3. INTERPRÉTATIONS CRITIQUES CRITICAL INTERPRETATIONS............................................................. 199 International Insertion in Lula’s Government: Diverging Interpretations ........ 201 L’action à l’international du Brésil de Lula jugée par la presse et au-delà : objectivations et conceptualisations de métamorphoses .......................... 227 - Extrait d’un auto-bilan du président Lula (document) ................................................. 247 La diplomatie de Lula (2003-2010): une analyse des résultats ............................ 249 Le legs maudit de l’éternel pays du futur et la légende de la diplomatie Lula .. 261 - La médiatisation internationale des silences de Lula sur les droits de l’homme : l’information ponctuelle et la mise en perspective (documents) ................................. 280 4. HÉRITAGE POLITIQUE ET PROSPECTIVES
POLITICAL HERITAGE AND PROSPECTIVES ......................................... 283

La vie politique brésilienne au XXIe S. ................................................................... 285 Quels lendemains pour la politique extérieure des années 2003-2010 ? ........... 297 Table des matières détaillée ................................................................... 317 7

PRÉFACE

Ambassadeur de France au Brésil

Yves Saint-Geours

La réalisation d’une synthèse sur le Brésil et sa place dans le monde arrive à point. Le contexte des élections générales se prête naturellement à cet exercice de synthèse puisqu’en octobre 2010 le pays élit à la magistrature suprême, au Sénat (les deux tiers), tous les Députés, tous les gouverneurs. Mais ce n’est pas une élection comme les autres. Après seize ans de stabilité démocratique, économique et sociale (les quatre mandats de Fernando Henrique Cardoso puis de Lula), c’est une page qui se tourne : pour la première fois depuis 1989, Lula n’est pas candidat et le Brésil de 2010 connaît une croissance inégalée depuis près de trente ans, de quelque 7 ou 8 % ! C’est donc avec son traditionnel optimisme, un pays en pleine mutation qui aborde les prochaines années, après avoir « digéré » la crise mieux que quiconque. Quels que soient les immenses défis qu’il a encore à surmonter (éducation, sécurité, santé, infrastructures, formation professionnelle, inégalités), il n’y a guère de doute que le Brésil est entré dans une phase nouvelle de son existence, à l’intérieur avec une sorte de nouveau « contrat social » intégrant davantage de populations jusque là exclues ou marginalisées, et à l’extérieur avec ses nouvelle responsabilités sur la scène internationale : G20, BRIC, IBAS, intégrations sud américaines, tout concourt à changer la position du Brésil. En réalité, et pour faire écho au titre de l’ouvrage, le Brésil n’avait pas, il y a quelques décennies, de réserves de puissance. Aujourd’hui, il en a ! L’important ouvrage que vous ouvrez est volontairement polyphonique, ne contourne ni les questions difficiles, ni les polémiques quant à l’interprétation de ces relations internationales du Brésil : il ne porte ni la voix de l’Ambassade de France, ni celle du gouvernement brésilien ou de son opposition, mais celle, diverse, d’universitaires de renom dans le domaine des relations internationales, spécialistes du Brésil, tous dédiés à faire progresser la connaissance de cet acteur majeur du monde contemporain.

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INTRODUCTION BRESIL, TERRE ET PUISSANCE DU PRESENT

Denis Rolland Université de Strasbourg et Antônio Carlos Lessa Université de Brasilia

LE BRESIL DU XXIE SIECLE, PUISSANCE DU PRESENT
En 1941, Stefan Zweig publiait Brésil, terre d’avenir… Sa prophétie est-elle en passe d’être enfin réalisée ? Si l’on en juge par les titres des publications étrangères récentes, savantes ou destinées au grand public, le Brésil de ce début du XXIe siècle apparaît bien comme une terre du « présent » géopolitique, comme un acteur qui compte dans la trame désormais multipolaire des relations internationales, comme un « grand ». En France, du politologue et ambassadeur Alain Rouquié sous-titrant son ouvrage sur Le Brésil au XXIe siècle « Naissance d’un nouveau grand » aux publications du Monde évoquant en 2010 le « géant brésilien »1, les représentations françaises s’accordent pour ne plus remettre à demain l’émergence ou l’existence de la puissance brésilienne : le Brésil est déjà une puissance du présent. Les titres de la presse des voisins européens ne disent pas autre chose : « Brazil takes off » annonce en couverture The Economist 2 tandis que le Financial Times titre à propos du Président Lula, peut-être en référence au Président Jefferson, « A Nation’s Destiny »3. Ailleurs en Europe, les titres se ressemblent en 2009-2010, se recopient parfois d’un journal à l’autre, d’un pays à l’autre, comme de très spontanés « éléments de langage » que le Brésil n’aurait pas nécessairement suggéré à ses interlocuteurs mais qui sont néanmoins très
1. « Brésil, un géant s’impose », Le Monde Hors-série, 2010. 2. The Economist, Londres, 13-11-2009. 3. Financial Times, Londres, 28-06-2010.

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efficacement répétés : « Lula aux investisseurs : le Brésil a appris à être sérieux et c’est un chemin sans retour » ; « Lula improvise et séduit : le représentant explique le nouveau rôle du Brésil » ; « Le Brésil sera la quatrième économie mondiale en 2025 »1 ; « Nouveau record historique des réserves internationales du Brésil » ; « L’économie du pays croit à un rythme plus soutenu que celles des autres pays du groupe BRIC ». « Le Brésil de Lula montre la sortie de la crise globale… Le géant sud-américain est l’exemple et le moteur de la récupération » ; « Le colosse sud-américain rivalise avec la Chine comme économie émergente » 2… Le discours des hommes politiques étrangers n’est pas différent. Certes, il n’y a pas si longtemps, dans les années 1990, un ministre européen pouvait encore asséner sur un pays récemment redémocratisé et en cours de stabilisation financière : « Le Brésil n’est pas près de grandir, en tout cas, pas suffisamment pour jouer dans la cour des grands »3. Lui et d’autres reprenaient volontiers à leur compte la formule malveillante classique « le Brésil est un pays d’avenir - et il le restera »), constatant avec suffisance ou commisération la récurrence d’une évolution en dents de scie du pays qui en faisait, selon une expression consacrée, l’incarnation du « mythe de Sisyphe permanent ». Même si l’on manque de recul pour juger de la durabilité du cours nouveau, il semble bien que ce « châtiment » du Brésil s’achève. Car, en 2009, un autre ministre européen constatait déjà en des termes bien différents : « Le Brésil est un géant qui a commencé à courir »4 ; et, last but not least, le Président Obama déclarait la même année, lors de l’ouverture du Cinquième sommet des Amériques : « Les temps changent, le Brésil est maintenant une puissance économique et une pièce clef dans le scénario mondial »5. Comme l’écrit, non sans humour, l’un des auteurs de ce livre, l’avenir serait-il « rose » pour le pays « vert et jaune » ? Pour qui le connaît un peu, le Brésil de 2010 demeure encore une « terre d’avenir », au sens où le potentiel du pays est encore grand. Terre d’avenir, car beaucoup de puissances étrangères n’ont sans doute pas pris la mesure de cet éveil à la puissance du pays. On peut énumérer plusieurs raisons : - on a d’abord considéré que cet espace géographique était d’une certaine manière dans la « dépendance » de l’Occident et n’avait pas nécessairement vocation à en sortir ; - en conséquence, au XXe siècle on a durablement jugé en Occident avec hauteur, voire une certaine forme de condescendance ce pays habitué des grandes déconvenues internationales qui ne laissent pas de trace dans l’histoire mondiale (seul pays d’Amérique latine à entrer dans le conflit aux côtés des
1. On note ici un emballement des prévisions : beaucoup d’observateurs considéraient il y a quelques années que cette perspective devait être envisagée pour « avant 2050 » (Alain Rouquié, « Le Brésil, un Etat sudaméricain parmi les grands ? », in Christophe Jaffrelot (dir.), L’enjeu mondial, les pays émergents, Paris, Presses de Sciences Po, 2008, p. 105). 2. Respectivement El País, 19-05-2010, 23-05-2010, 03-06-2010, 09-06-2010, El Público, 22-11-2009. 3. Die Welt, 05-03-1993. 4. Cité par Ansalatina, 11-11-2009. 5. Interview with CNN’S Spanish TV channel,16-04-2009.

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Alliés pendant la Première Guerre mondiale, moteur de la solidarité continentale pendant la Seconde, mais aussi de la libération de l’Italie, il n’en a tiré quasi aucun bénéfice au moment des constructions internationales d’après-guerre) ; - l’exceptionnel essor de l’Asie a logiquement occulté le développement brésilien, qui est plus souvent jugé à l’aune des stéréotypes collant à la peau de l’Amérique latine (instabilité, violence, tropicalité peu sérieuse et peu travailleuse) ; - cette « émergence » s’est, de surcroît, opérée assez discrètement, sans bouleversement ni révolution digne de ce nom ou appréhendée comme telle à l’extérieur ou avec des mouvements toujours occultés par la violence – réelle ou médiatique – des évolutions du voisinage (du Cuba de Castro ou du Chili d’Allende puis Pinochet à l’Argentine des militaires ou des Kirchner, à la Bolivie d’Evo Morales ou au Venezuela de Hugo Chávez) ; - dans le même ordre d’idée, on connaît aujourd’hui peu de noms brésiliens, en dehors de footballeurs, parfois d’autres sportifs ou de mannequins, mais rien de ce qui construit traditionnellement l’image de la puissance internationale : nous ne sommes pas encore habitués aux noms des entreprises brésiliennes, pourtant souvent entrées sur nos marchés. En Europe, on connaît les grandes entreprises européennes, bien sûr, nord-américaines, japonaises, parfois coréennes ; mais, après, la visibilité des autres entreprises n’est pas assurée. En dehors de certains cercles bien informés, qui connaît Embraer, grand fournisseur mondial d’avions après Airbus et Boeing ? Qui connaît l’entreprise minière Vale do Rio Doce ? Avec Petrobras, Gerdau, Embraer, Odebrecht, Itaú, Braskem, Votorantim, Camargo Correia ou WED, pratiquement aucun de ces noms ne fait écho aux oreilles du grand public. - peut-être aussi parce qu’on a trop annoncé depuis plus d’un demi-siècle cette apparition du Brésil sur la scène internationale pour qu’on y croie encore. Aujourd’hui, l’éveil du Brésil a toutefois cessé d’être un mirage toujours annoncé pour être un fait, une réalité complexe mais indiscutable. Mais demeure un décalage frappant entre des représentations qui abordent de front la thématique de la « grandeur » pour le pays et une grande presse généraliste internationale qui demeure très discrète quant aux relations internationales du pays1 : le Brésil est toujours plus perçu pour lui-même, pour ses ressources et réalités intérieures, sociales ou géographiques notamment, que pour son internationalisation. Ce paradoxe est l’une des origines de ce livre. Au XXIe siècle, la montée en puissance du Brésil en matière internationale est incontestable. Elle se chiffre, se voit et s’entend. Elle se comptabilise : ce traditionnel premier producteur mondial de café est aussi aux premiers rangs de la production ou de l’exportation dans le domaine agricole, d’agrumes, de cellulose, de coton, de jus d’orange, de maïs, de soja, de tabac, de viande bovine… ; dans le domaine minier avec le minerai de fer,
1. Ainsi Courrier International (n°1039, 30-09-2010), sous le titre « Le miracle Lula existe-t-il ? » ne publie dans ce dossier spécial aucun article lié à la politique étrangère. Notable exception en ce domaine, Le Figaro qui, dans ses pages économiques « saumon », titre, par exemple les 2 et 3 octobre, « Le Brésil attire plus que jamais les entreprises françaises ».

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l’étain, l’aluminium ; dans l’aéronautique, avec Embraer au 3e ou 4e rang mondial… Elle s’observe depuis certains lieux emblématiques : Porto Alegre, Davos, Cancún, Copenhague, Port-au-Prince, voire Bagdad… Elle s’entend à travers des interventions ou contestations qui trouvent un écho à l’échelle de la planète : qu’il s’agisse d’altermondialisme, d’une proposition de mise en œuvre nuancée d’un capitalisme global, de la contestation explosive des grands clubs économiques fermés du Nord (G-7) ouvrant sur la création de nouveaux forums élargis, de la protestation contre le manque d’adaptabilité de certaines institutions internationales ou contre des marchés protégés par les pays du Nord (Conseil de Sécurité de l’ONU, subventions agricoles…), de la question climatique ou des interventions humanitaires… Dans tous ces domaines, et sans entrer dans les questions de légitimité ou de fonctionnalité de ces interventions, il est difficile de ne pas entendre hors du Brésil ce nouvel acteur sonore des relations internationales à la recherche d’une « majorité » reconnue et sanctionnée par des évolutions de position dans les institutions internationales. Et il ne s’agit pas seulement d’un rôle « négatif », de contestation ou de création de frictions. Le Brésil (souvent avec d’autres Etats) est désormais émetteur d’initiatives en relations internationales, dans une dynamique complexe de forums très visibles ou, à l’inverse, de discrètes discussions, négociations avec les grandes puissances. Certes, et on nous pardonnera la familiarité de l’expression, le Brésil est parfois devenu un « poil à gratter » des relations internationales à la périphérie du monde occidental. Depuis la terrible guerre de la Triple Alliance ou Guerre du Paraguay au XIXe siècle, le Brésil a toujours évité l’accrétion de conflits autour de lui. Et quand il y a irritation étrangère, elle est souvent gardée discrète. Cela commence par les Etats-Unis : certains silences gênés de l’administration Obama dans la succession présidentielle de 2010 ont été très sonores et évocateurs, tout autant que les réactions embarrassées mais très souvent feutrées vis-à-vis de la diplomatie proche et moyen-orientale du Brésil. Cela se poursuit avec l’Union européenne avec laquelle un « partenariat stratégique » a été très médiatiquement annoncé mais dont la mise en œuvre est pour l’instant assez mal assurée. Le Brésil s’est manifesté sans ambiguïté, seul Etat du sous-continent latinoaméricain à être en mesure d’intervenir dans d’aussi nombreux domaines et avec continuité, à la recherche d’un rôle reconnu d’acteur global. Il a su se doter d’un écho international fort – tout en sachant qu’en ce domaine rien n’est durablement acquis s’il n’y a pas de transcriptions concrètes dans l’ordre international. Comme le déclarait en 2010 à la presse française le remarquable ministre des Affaires étrangères du Président Lula, Celso Amorin, sous le titre « Le Brésil veut jouer un rôle ambitieux dans le nouvel équilibre du monde… » : « L’image du pays à l’extérieur a changé. L’importance croissante du Brésil [...] est aujourd’hui incontestable dans la discussion des principaux thèmes de

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l’agenda international, du changement climatique au commerce, des finances à la paix et à la sécurité »1. Comment un gouvernement réussit-il à la fois à demeurer en bons termes avec Washington et avec des gouvernements avec lesquels les Etats-Unis sont en position d’affrontement, le Venezuela, l’Iran, la Chine ? La réponse de Celso Amorim, sans être inexacte, est évidemment un peu simple : « C’est la grande compétence du Brésil, être ami avec tout le monde »2. Bien sûr, tout n’a pas commencé ou changé avec l’élection en 2002 puis avec la prise de fonction de Luiz Inácio Lula da Silva au premier janvier de l’année suivante. Nombre d’auteurs de ces deux livres discutent et apprécient diversement l’importance de l’héritage. Ils distinguent plus ou moins nettement la politique d’un certain gouvernement et la politique de l’État : l’évidence de certaines lignes de continuité entre les deux derniers Présidents est aussi indéniable qu’une rupture de registre et de visibilité de discours et d’action. Si le rôle de Lula en politique étrangère ne peut et ne doit pas être sous-estimé entre 2003 et 2010 (Celso Amorim souhaitait d’emblée expérimenter une diplomatie présidentielle plus marquée), son prédécesseur s’était déjà un peu avancé dans cette direction. Il est néanmoins clair que, tandis que Lula a appris à goûter la politique étrangère, la conception de l’Etat interventionniste du Président et de son entourage rapproché a, au moins, contribué à orienter ou guider l’action en politique étrangère3 ; et que ce personnage politique très « empathogène », cet homme presque unanimement représenté « cordial »4 dans les médias étrangers, a incontestablement joué un rôle très actif dans cet essor brésilien au sein de l’espace international. Il faut toutefois se garder de trop valoriser cette grande personnalisation de la politique étrangère du Brésil, sous peine de ne pas voir, selon une expression ancienne, les « forces profondes » à l’œuvre (économiques notamment). Ces dernières transgressent les limites des mandats politiques et portent ou poussent une diplomatie à l’efficience de fait très dépendante de la capacité nationale de développement. Cette diplomatie méritocratique mais largement issue des élites socioculturelles est très bien formée : reconnue, elle a fourni l’essentiel des responsables du ministère depuis la redémocratisation, et son rôle est à juste
1. Le Monde, 31-08-2010. 2. Entretien de Celso Amorim avec Robin Lustig, BBC, 23-03-2010, The World Tonight, Rio de Janeiro. 3. En 2003, 18 voyages, 27 pays, 63 jours à l’étranger. En 2007, 32 voyages, 29 pays, 61 jours à l’étranger. Certains critiques comptabilisent jusqu’à 102 voyages à l’étranger en 40 mois de gouvernement (juillet 2010), soit quasi « deux voyages par mois » et, ajoutant 283 déplacements à l’intérieur du pays, considèrent que le Président a beaucoup trop dépensé pour sa diplomatie personnelle et, surtout, n’a pas assez gouverné depuis Brasília (par ex. http://www.horoscopoblog.com.br/tag/presidente-lula-ja-cometeu-102-viagens-ao-mundo). 4. La cordialité qu’incarne incontestablement Lula dans les relations internationales et dont il ne faut pas sousestimer l’impact international est une conception profondément liée à l’auto-représentation du Brésil. En 1931, le poète Ribeiro Couto, dans une lettre à l’intellectuel mexicain Alfonso Reyes, définit comme « civilisation cordiale l’attitude de disponibilité sentimentale issue de la fusion de l’homme ibérique avec la terre nouvelle et les races primitives », une conception proche de la sociabilité brésilienne comme produit de la miscégénation chère à Gilberto Freyre. Sérgio Buarque de Holanda emprunte et popularise l’expression d’« homme cordial » pour un titre de chapitre d’un de ses livres Raízes do Brasil (1936, Racines du brésil) en vue, comme l’avait fait Gilberto Freyre, d’essayer d’interpréter et caractériser la réalité brésilienne, à partir de la vie quotidienne. Cette cordialité (que Getúlio Vargas avait aussi instrumentalisée en sa faveur) est moins liée à la raison qu’aux émotions, moins liée à la politesse ou à la civilité qu’à l’hospitalité et la générosité du peuple brésilien.

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titre souligné (et discuté) à plusieurs reprises dans cet ouvrage : elle nomme, tente d’encadrer ou de favoriser des flux d’échanges internationaux… Ces dernières années, par delà le message d’universalisme brésilien dont elle s’est faite le vecteur, elle a beaucoup travaillé en termes de « partenariats stratégiques » (une politique inaugurée avec le voisin argentin et sur laquelle les auteurs du second volume reviennent longuement). Cette administration du ministère des Relations extérieures, d’un professionnalisme assez remarquable (à quand l’équivalent pour l’Union européenne et certains pays de l’Union ?) sert avec une constance certaine depuis l’aube du XXe siècle le développement national - et son historiographie ne se lasse pas de souligner cette continuité relative traversant tous les régimes politiques. Avec à sa tête une personnalité de l’ampleur de Celso Amorim durant les années du « Président-ouvrier »1, le ministère a contribué sur beaucoup de fronts à rendre visible le Brésil. A tel point qu’on peut discuter le bilan international des années 2003-2010 (et certains dans ce livre ne se privent pas de le faire) mais que nul ne peut nier que la présence de la puissance brésilienne a été activement mise en scène et en lumière par tous les rouages de la diplomatie. Parallèlement, dans les années Lula, la diplomatie ne se limite pas au seul ministère. Des conseillers de la Présidence très investis dans les questions extérieures ont servi aussi bien de médiateurs en direction du Parti au pouvoir que, plus largement, d’amortisseurs sociaux de la politique étrangère. Difficile de ne pas penser à Marco Aurélio Garcia qui accompagne Lula dans tous ses déplacements étrangers depuis l’époque du Parti des Travailleurs (PT), comme secrétaire à l’international du Parti puis comme conseiller spécial du Président pour les relations internationales (2003-2010)… Ou à Samuel Pinheiro Guimarães, en 2010, Secrétaire aux Affaires stratégiques à la Présidence de la République après quelque 7 ans au Secrétariat général du ministère des Relations extérieures (2003-2009). Pour évoquer néanmoins la puissance brésilienne, une analyse multi-scalaire est indispensable. Il faut donc revenir d’abord aux fondamentaux : il y a, avant tout, un pays dont l’étranger a tardé à prendre la mesure, sauf peut-être géographique. Le Brésil a l’échelle d’un continent (5e Etat du monde) ; soit, si l’on entre dans la classique comparaison des mesures, plus de deux fois la superficie de l’Union européenne, seize fois la France ou près de quatre fois l’Argentine voisine. Son importance démographique est déjà moins connue, 195 millions d’habitants (5e Etat du monde aussi, après la Chine, l’Inde, Les Etats-Unis et l’Indonésie, l’Union européenne regroupant à 27 Etats 500 millions d’habitants). Au-delà, les stéréotypes sont souvent malmenés par la réalité. Ainsi, contrairement à une perception courante affectée d’inertie, le pays a connu un processus de stabilisation économique (et politique) assez remarquable. Depuis 2003, le Brésil
1. Un titre qui a fait florès sur toute la planète imprimée ou Internet, comme avec Joseph L. Love, Werner Baer (ed.), Brazil under Lula, Economy, Politics and Society under the Worker-President, New York, Palgrave Macmillan, 2009.

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a consolidé, outre une image inédite de pays « offrant des conditions de stabilité et de continuité politiques satisfaisantes »1, une stabilité macro-économique réelle, accumulant des réserves en devises, réduisant son endettement, visant à contenir l’inflation et évoluant vers une certaine responsabilité fiscale. En 2008, le Brésil est devenu un créancier externe net. Après une croissance record en 2007 et 2008, l’impact de la crise de l’automne 2008 fut assez modéré et, surtout, le Brésil fut l’un des premiers marchés émergents à montrer des signes de récupération : son PIB retrouve le chemin de la croissance dès le deuxième trimestre 2009. Plus globalement, le décollage économique, annoncé depuis de nombreuses décennies comme un refrain prophétique mais d’autant plus lointain qu’il était répété et chaque fois éloigné par une crise, est désormais indéniable : le Brésil est la 8e économie mondiale en 2010, le 10e marché intérieur du monde selon le World Economic Forum, la 12e destination mondiale d’investissements directs étrangers (IDE) en 2008, selon la CNUCED. Et, quand la plupart des pays du Nord se préoccupent de leur approvisionnement futur en matières premières, le pays dispose de ressources importantes qui le projettent loin dans l’avenir, avec, par exemple, de nombreuses ressources minérales inexploitées et des hydrocarbures offshore dans la profonde zone « pre-sal » - même s’il ne convient pas d’en exagérer la durabilité… Le pays peut, de plus, compter sur une donnée non mesurable peu commune dans les pays dits « du Sud », un véritable nationalisme économique doublé d’une perception très favorable des investisseurs nationaux et étrangers ; ces derniers considèrent, pour simplifier mais selon les paroles entendues de la bouche d’un responsable d’une grande entreprise internationale, que « le Brésil est un pays qui suscite peu d’inquiétudes : quand il va bien, les bénéfices rentrent vers le groupe, quand il va moins bien, ils sont réinvestis sur place dans un marché en expansion »2. Certes, la conjoncture internationale favorise la croissance du pays avec, notamment, une très forte demande de matières premières. On le sait, celle-ci n’est pas seulement positive, le pays se retrouvant dans une position par trop traditionnelle d’exportateur de produits non transformés. Mais, comme cela a été noté, ces inquiétudes apparaissent contrebalancées par des signes d’une relative stabilité qui se multiplient : finances assainies ; chefs d’entreprise du pays, initialement défiants ou inquiets qui ont appris à ne plus vraiment craindre le Président issu du Parti des Travailleurs ou à s’inquiéter outre-mesure de la succession ; quelques dizaines de millions de Brésiliens sortis de la pauvreté ces dernières années venus à accroître la classe moyenne et le marché des consommateurs… La géographie de la puissance brésilienne n’a en outre pas cessé de pousser ses frontières (comme le baron de Rio Branco avait su le faire pour la géographie territoriale nationale) depuis la redémocratisation du pays dans les années 1980. Mais ce mouvement – ou ce dévoilement – s’est incontestablement
1. Alain Rouquié, « Le Brésil, un Etat sud-américain parmi les grands », in Christophe Jaffrelot (dir.), L’enjeu mondial, Les pays émergents, Paris, Presses de Sciences Po, 2008, article cité, p. 108. 2. Propos privés rapportés de manière non littérale d’Henri Lachmann, alors PDG de Schneider Electric, Institut des Hautes Etudes de l’Entreprise (IHEE), Paris 2002.

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accéléré au XXIe siècle. Pourtant, le pays n’entretient pratiquement aucune relation conflictuelle durable ou ouverte : il semble avoir transcrit dans ses relations internationales une forme de cette cordialité (déjà évoquée pour le Président Lula) propre aux Brésiliens, si l’on en croit le sociologue Gilberto Freyre ou l’historien Sérgio Buarque de Holanda. Ainsi, lorsque la Bolivie d’Evo Morales nationalise la production d’hydrocarbures, elle lèse les intérêts de la société nationale Petrobras ; placé en situation difficile entre la défense de valeurs humanistes en relations internationales et la nécessaire priorité que doit accorder l’Exécutif au national, le gouvernement cherche la conciliation, le pragmatisme politique - et la négociation discrète prévaut. De fait, la relation aux voisins latino-américains (même si l’abraço a parfois été plus marqué ou souligné pour les frères Castro, pour le Bolivien Evo Morales, pour le compañero Hugo Chávez) maintient généralement les apparences d’une grande cordialité. Et le lien au grand voisin du Nord, qu’il s’agisse de George W. Bush ou de Barack Obama n’a pas connu de violente saccade : c’est même l’un des éléments centraux de l’historiographie brésilienne de l’histoire des relations internationales que de montrer la continuité de la politique étrangère brésilienne, notamment vis-à-vis des Etats-Unis, contrairement à la relation erratique de Buenos Aires avec Washington. Enfin, le discours de la fraternité culturelle a réglé le lien aux voisins par l’Atlantique, aussi bien du continent africain (par delà les ambigüités des régimes politiques) que de l’Europe (malgré le fort contentieux sur les questions agricoles). La diplomatie « imaginative » du Brésil durant les mandats Lula, selon l’expression de Jean-Jacques Kourliandsky, a sans nul doute contribué à pousser plus loin le rayon d’action de la puissance brésilienne. Certes, elle passe parfois d’abord par les voies d’une diplomatie contestataire. Comme l’écrit Bertrand Badie, aujourd’hui, les acteurs sont nombreux, de puissance très inégale et la « plupart des Etats qui composent la scène internationale n’ont pas le moindre espoir de faire jeu égal avec ceux qui prétendent la dominer. Dès lors, le jeu des petits ou des moyens renvoie à un dilemme nouveau : soit être clientélisé par une superpuissance, soit se replier sur sa faiblesse pour n’avoir aucune existence au plan international. Ceux des États qui refusent une telle alternative construisent une diplomatie non plus fondée sur la puissance, mais sur la contestation : celle-ci est à la portée de tous, elle est considérablement moins coûteuse, elle mobilise des moyens rhétoriques, symboliques ou, à la rigueur, des instruments très élémentaires de puissance ; elle permet d’exister sur la scène internationale, d’y acquérir même une certaine visibilité, souvent plus grande que le poids réel des Etats qui la pratiquent, et elle peut même créer une situation de nuisance qui pèse grandement sur le jeu diplomatique mondial. […] De tous ces points de vue, la diplomatie contestataire se révèle payante, même si elle connaît des gradations : entre la contestation autoritaire et martiale de la Corée du Nord et celle, plus rhétorique et symbolique, du Venezuela de Chávez, il y a une marge très grande dans laquelle on retrouve des acteurs aussi différents qu’Ahmadinejad, Robert Mugabe ou Loukatchenko ». Et l’on s’attend à la chute : « A l’extrême limite, des diplomaties qui connaissent une assise et une modération plus grandes peuvent également y recourir de manière partielle, à l’instar du Brésil de Lula, de l’Afrique 18

du Sud ou même de la Turquie »1. Le Brésil de 2010 ne serait-il qu’une puissance contestataire ? Certes le pays use aujourdhui d’un verbe parfois jugé plus haut que sa stature internationale ou, du moins, que le statut qui lui est reconnu par les autres puissances. Mais, en France, on sait, depuis de Gaulle au moins, que la rhétorique est aussi créatrice de puissance…

UN STATUT INTERNATIONAL INCERTAIN
Quel est le statut de la puissance pour le Brésil de ce début du XXIe siècle ? Doit-on aujourd’hui le considérer encore comme une puissance « émergente »2, comme on le lit souvent ou comme une « puissance médiane », comme certains auteurs de ce livre le suggèrent ? Le Brésil est assurément un soft power, telle que la définit Joseph Nye3. Il possède une capacité relative d’influencer indirectement le comportement d’autres acteurs par des moyens non coercitifs. Comme l’écrit un journaliste de la BBC : « Prenez une nation en paix avec elle-même et avec tous ses dix voisins. Ajoutez une économie forte et stable, avec un leader élu démocratiquement et charismatique, couvrez avec des réserves inexploitées de pétrole. Qu’avez-vous au final ? Le Brésil. Un pays qui, aux yeux de ses leaders, respire la confiance en soi et aime à se penser comme idéalement positionnée pour démontrer au monde le bénéfice du soft power. Le journaliste ajoute : « Si vous voulez une définition du soft power, en voilà une, du ministre des Affaires étrangères brésilien, Celso Amorim : ‘C’est l’usage de la culture et de la civilisation, pas des menaces. C’est croire au dialogue, pas à la force’ ». Et le ministre ajoute : « Deux choses ont contribué par-dessus toutes les autres à l’émergence du Brésil comme l’un des principaux représentants du soft power : d’abord le monde a changé ; ensuite le Brésil a changé »4… Il est indéniable que le Brésil est devenu, au couchant du siècle précédent ou à l’orée de celui-ci, un acteur qui compte, voire un poids lourd dans le cadre, par exemple, des processus d’intégration régionale ou continentale, ce Mercosur en crise et que le Brésil incite à l’élargissement, ou la Zone de libre échange des Amériques échouée sur les rives tropicales de la Riviera mexicaine avec la contribution active du Brésil. Il est tout aussi certain que le Brésil possède une image culturelle extérieure forte et très positive entre cordialité ensoleillée, musique, danse et football notamment. Elle n’occulte cependant pas son revers, « l’autre côté du miroir », une image sociale désastreuse, bien relayée, notamment, par un cinéma brésilien de qualité qui exporte plus la pauvreté, la violence, la précarité de l’existence et
1. Bertrand Badie, « Le ressort de la diplomatie contestataire sera cassé quand nous comprendrons le mot mondialisation », Le Monde Idées, 15-06-2010. 2. Un qualificatif d’abord utilisé dans le registre de l’économie, notamment par le FMI et les agences de notation. 3. Cf. Joseph Nye Jr., Soft Power: The Means to Success in World Politics, New York, PublicAffairs, 2004. 4. Brazil emerges as a leading exponent of 'soft power', BBC, Robin Lustig, 23-03-2010, The World Tonight, Rio de Janeiro.

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les inégalités sociales que n’importe quelle autre caractéristique ; qu’on pense à Pixote, la loi du plus faible (1980), enfant de la rue, ou Central do Brasil (1998), Cidade do Deus (2002), avec les favelas et la violence, Carandiru (2003) ou Tropa de elite (2008). Ce revers de l’image du Brésil a été assez peu modulé par deux mandats de Président-ouvrier, ou même par le fait qu’une candidate analphabète à l’adolescence – Marina Silva – se hisse à 20% des suffrages au premier tour des élections présidentielles de 2010. L’affirmation d’un comportement financier sérieux, des performances économiques remarquables (dans la gestion de la crise récente notamment) ou des capacités d’interventions au nom de la paix (Minustah en Haïti), une position d’Etat maîtrisant la technologie nucléaire mais ayant renoncé aux applications militaires, une capacité de communication à différents niveaux de sa politique internationale, dès les premières semaines du mandat du leader du PT, de Porto Alegre à Davos, la construction d’alliances nouvelles dans le domaine international (BRIC, IBAS…), l’attractivité d’une culture originale, la séduction de certaines idées réelles ou supposées (cordialité, syncrétisme religieux, mélanges ethniques heureux, parfois aussi gestion des populations autochtones...), un développement scientifique et technologique avéré, mais aussi une place mieux affirmée au sein de certaines institutions internationales, tout cela permet au Brésil de participer à l’établissement de l’ordre du jour de certains débats (et donc de participer à la définition des agendas) et de tenter de fixer des rapports de puissance dans une position favorable. Le Brésil peut-il ou cherche-t-il à être plus qu’un soft power, à accéder à une forme de smart power1 alternative ? Constitue-t-il l’un des noyaux d’un pouvoir intelligent du Sud ? Sans arme nucléaire (il a inclus dans sa constitution de 1988 le refus de l’utilisation militaire de l’atome), sans capacité de projection extérieure de forces conventionnelles malgré une politique plus active d’équipement et de transferts de technologie, sans capacité hégémonique donc, ce géant presque désarmé apparaît à l’inverse favorablement aux yeux de la « communauté internationale », sans un enjeu de pouvoir par trop visible comme dans le cas de la Chine, sans certains signes d’instabilité, comme pour l’Inde : il dispose de fait d’un pouvoir réel d’attraction et tente, non sans écho, de relier des partenaires diplomatiques pour diffuser sa vision du monde, comme à Copenhague pour les questions climatiques. La Coupe du monde de football (2014) et les Jeux olympiques (2016) participent de cette volonté d’entrer visiblement sur « les chemins de la puissance »2 et de procéder à cette ascension pacifique. Le fait d’avoir obtenus l’organisation de ces manifestations sportives d’instances internationales atteste d’une capacité de mobilisation et d’un certain rayonnement acquis. Éveil ? Emergence ? Un pays émergent est un pays tardivement venu au développement (late-comers) qui enregistre des taux de croissance élevé « et dont la croissance met en question, voire menace, la situation économique des pays
1. Cf. la Commission on Smart Power (http://csis.org/program/smart-power-initiative) 08-09-2010. 2. L’expression a été utilisée comme titre par Michael J. Hogan, Paths to power: the historiography of American foreign relations to 1941, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.

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développés »1. Pour le Brésil de 2010, le concept d’émergence est d’abord une réalité du Sud perçue par le Nord, une sémantique moderne très imparfaite projetée par le Nord sur le Sud : n’a-t-il pas fallu créer, par exemple, une super catégorie d’émergents, les BRICs ? Le Brésil est-il alors une « puissance émergente » ? Le Brésil est une puissance : personne ne discute plus ce « statut » de puissance. Seule l’échelle de la puissance est en question : régionale, hémisphérique, ou mondiale ? Septième économie mondiale, bientôt peut-être cinquième, l’incertitude aujourd’hui est le chemin restant à parcourir entre une puissance du présent et une grande puissance du futur, entre l’action comme puissance commençant à compter à l’échelle planétaire et sa reconnaissance par les autres comme telle, entre la réalité économique de la puissance et sa reconnaissance internationale. Cet ouvrage a été conçu, dans la continuité d’une relation de travail de plus de deux décennies avec l’équipe rassemblée à Brasília par Amado Luiz Cervo, maître et ami, lors d’un colloque organisé à l’Université de Strasbourg dans le cadre d’un laboratoire de recherche en relations internationales (FARE), en pleine expansion. En 1998, nous organisions ensemble un premier livre sur le sujet Brésil et relations internationales : Le Brésil et le monde, pour une histoire des relations internationales des puissances émergentes2. Le livre, issu d’un séminaire à l’université de Cambridge, considérait les relations internationales du Brésil dans le long terme du XXe siècle ; et la thématique commune était celle de la construction de la puissance ou, plus exactement, d’une puissance « émergente ». D’autres ont suivi, mettant en œuvre une conception large et interdisciplinaire des relations internationales du Brésil, notamment en 1999, Le Brésil, l’Europe et les équilibres internationaux, et Matériaux pour une histoire culturelle du Brésil, puis en 2003, Modèles politiques et culturels au Brésil, emprunts, adaptations, rejets XIXe-XXe siècles, tous trois construits avec Katia de Queirós Mattoso et Idelette Muzart. Puis il y a eu, en 2004, Pour comprendre le Brésil de Lula (deuxième opus, après Pour comprendre la crise argentine, d’un travail de décryptage interdisciplinaire de thématiques actuelles de l’Amérique latine3). Ce livre, suscité par l’actualité, réagissait au seuil du premier mandat Lula à une information, scientifique ou non, diffusée en France et en français sur l’Amérique latine, trop parcimonieuse, filtrée, voire tronquée. On prend la mesure des évolutions si l’on cite un extrait de l’introduction d’alors, faisant état de la polarisation des représentations étrangères : « En 2002, l’alternance politique fut au Brésil la première comme résultat d’un processus électoral. À l’extérieur du pays comme à l’intérieur, elle a suscité enthousiasmes et inquiétudes. […] En 2002 et 2003, « Lula » pouvait être érigé en symbole. […] Et Lula a souvent été décrit avec passion comme le
1. Jean Coussy, « Les trajectoires de l’émergence, un essai de typologie »in Christophe Jaffrelot, ouvr. cité, p. 69. 2. Paris, Centre d’études sur le Brésil, L’Harmattan ; construit à partir d’un séminaire à Cambridge University dans le cadre des colloques de l’Association brasilianiste BRASA. 3. Pour comprendre la crise argentine (avec Joëlle Chassin), L’Harmattan-IEP Strasbourg, 2003 ; Pour comprendre le Brésil de Lula, (avec Joëlle Chassin), Paris, L’Harmattan, 2004 ; La Colombie vue par sa presse, Paris, L’Harmattan, 2007 ; Pour comprendre la Bolivie d’Evo Morales (avec Joëlle Chassin), Paris, L’Harmattan, 2007 ; prochainement, le Pérou.

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nouveau Che, celui qui saurait défier, dans le « tiers-monde », les États-Unis tout puissants de George W. Bush et du projet de Zone de libre échange des Amériques (ZLEA/ALCA), et mettre en cause la mondialisation en cours et ses chevaux de Troie, les institutions financières internationales […]. Certes, l’enthousiasme officiel a été clairement modéré : on se souvient que la France ne délégua à l’investiture que son Secrétaire d’État au Tourisme et les États-Unis leur secrétaire au Commerce extérieur… Mais la presse européenne accompagna de près ce changement politique »1. Deux mandats présidentiels et huit années plus tard, si le Brésil a contribué à donner un coup d’arrêt à la ZLEA, Lula n’est nullement devenu le nouveau Che d’Amérique latine et n’a pas défié les grandes institutions financières, devenant au contraire l’un de leurs bailleurs. C’est aussi « le pays où la gauche a réussi »2, malgré un logique « bilan contrasté »3. Et tous les grands de ce monde ont courtisé le représentant sympathique de ce pays « émergent » et pacifique. Ce livre, Relations internationales du Brésil, Les chemins de la puissance, est à la croisée de ces deux sillages tracés, entre histoire des relations internationales et matériaux pour la compréhension du Brésil contemporain. Ici, avec la contribution de près de trente chercheurs, de formations et de disciplines variées, Brésiliens, Anglo-Saxons et Français, nous croisons les deux approches : les relations internationales dans la profondeur de l’histoire immédiate et l’approche interdisciplinaire du Brésil contemporain, en incluant l’anglais comme langue de travail. Tout le monde accède désormais à la langue de Shakespeare même barbarisée à la sauce globale (globish) : il s’agit de tenir compte de la difficulté croissante des collègues d’Outre-océan à accéder à la langue française ; mais ce « bilinguisme » est d’abord lié à notre volonté d’ouvrir un peu la diffusion de ces deux ouvrages en direction d’un espace linguistique à peine mieux doté d’information scientifique de bon niveau sur le Brésil. Qu’on juge de cette information modeste sur le pays de Jorge Amado ou de tant de joueurs de football prestigieux exportés aux quatre coins de la planète : même si l’on peut considérer qu’il y a d’autres raisons à cette rareté, la prestigieuse revue Foreign Affairs n’a publié dans son édition anglophone qu’un article spécifiquement consacré au Brésil depuis 2004… Cet ouvrage en deux livres réunit nombre de chercheurs, consacrés ou jeunes, qui n’ont pas nécessairement déjà publié ensemble, soit parce que leur cheminement scientifique n’est pas séquent, soit parce que trop de différences disciplinaire ou de pensée rendent difficiles les croisements. Le Brésil, devenu « grand », entre-t-il avec Lula dans le XXIe siècle ? Certains ont considéré que la redémocratisation du Brésil à la sortie des gouvernements militaires (avec l’amnistie de 1979, avec le retour au multipartisme en 1980, avec l’élection à la Présidence de Tancredo Neves en
1. Introduction in Joëlle Chassin et Denis Rolland (org.), Pour comprendre le Brésil de Lula, ouvrage cité. 2. « Le Pays où la gauche a réussi », Inrockuptibles, titre en couverture, n°772, 15-21 septembre 2010. 3. « Le Brésil de Lula : un bilan contrasté », Alternatives Sud, Vol. XVII-2010/1.

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1985 ou avec la première élection d’un Président au suffrage universel direct en 1989…) avait marqué le tournant essentiel vers la modernité et le XXIe siècle brésilien. Alain Rouquié pense, quant à lui, que « le Brésil du XXIe siècle commence en 1994, avec l’élection de Fernando Henrique Cardoso à la Présidence, lequel aurait, dans beaucoup de domaines, tracé la voie de son successeur, Lula1. Et l’un de ses articles récents (2008) appelle à la prudence dans ses appréciations de l’émergence du Brésil2. Alors ce siècle commence-t-il finalement avec Lula ? Tout dépend des indicateurs que l’on privilégie. Et peu importe ici. Aujourd’hui, le Brésil est entré dans une nouvelle ère de ses relations internationales : chacun pourra l’apprécier ici dans ses aspects diplomatiques, globaux ou régionaux, économiques, environnementaux. Tous les spécialistes réunis ici, Brésiliens, Anglo-Saxons ou Français considèrent que l’essor international du Brésil est indubitable. Cela n’empêche pas certains de le créditer ainsi que la prospérité économique des années 2003-2010 moins à l’actif du Président Lula (qui a milité pour une altération de la carte commerciale du monde), qu’aux bases posées par son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso (qui a travaillé pour une intégration compétitive du Brésil sur le marché mondial). Cela n’empêche pas d’autres de considérer que l’activisme diplomatique ne masque ni les échecs sur des sujets essentiels (ONU, cycle de Doha…), ni la mise au second plan d’autres préoccupations, sociales ou environnementales notamment. Cela produit un ouvrage délibérément polyphonique où différences méthodologiques, accords et dissonances dans l’analyse sont là pour élargir le faisceau des perspectives, fournir des moyens de compréhension et, plus simplement, étayer le jugement du lecteur. Cet ouvrage, sous-titré « Les chemins de la puissance », produit, grâce au savoir de chacun, une connaissance inédite (au moins en français et en anglais) des relations internationales du Brésil. Malgré son volume, il ne prétend nullement à l’exhaustivité3. Il donne toutefois nombre d’éléments pour comprendre les facettes multiples de cet éveil brésilien dans un système international multipolaire. Il espère fournir de multiples clés et moyens pour perfectionner l’enseignement de ce pays largement délaissé (mais à quand la suppression de l’unique chaire d’histoire du Brésil en France, en Sorbonne ?). Il précise les modifications de l’insertion internationale d’un grand pays en ce début du XXIe siècle, permettant aussi de mieux saisir les modalités de construction et de reconnaissance d’une puissance. Ces deux livres, cousus à l’aide de nombreuses mains, ne représentent pas d’école particulière, disciplinaire, de relations internationales ; ils ne sont pas liés à une pensée politique déterminée. Avec la complicité d’institutions chargées
1. Alain Rouquié, Le Brésil au XXIe siècle, Naissance d’un nouveau grand, Paris, Fayard, 2006, p.381. 2. Sous-titres de l’article : « Le Brésil, un acteur global hésitant », « Une montée en puissance incertaine » (Alain Rouquié, article cité, 2008, pp. 111 et 113). 3. Le coordinateur français aurait souhaité mieux détailler la relation aux pays d’Europe ou les relations culturelles internationales du Brésil, inclure aussi un article sur le Brésil et les Pays arabes, sur l’exportation de sa culture de masse, du cinéma à la capoeira en passant par la telenovela, le carnaval ou la littérature grand public...

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d’aider à la coopération scientifique d’excellence1, ils sont construits à partir d’un réseau de collègues et amis, entre Brésil et France ; un réseau finalement très largement dépassé. C’est là aussi l’un des intérêts de ces deux volumes : réunir des spécialistes qui, pour différentes raisons, ne se croiseraient pas nécessairement et montrer au lecteur la complémentarité des disciplines, approches et méthodologies. Comme nous l’avons déjà fait à de multiples reprises, nous avons associé dans ce livre, politistes, économistes, sociologues, géographes, historiens, internationalistes et diplomates ; spécialistes de renom et jeunes chercheurs ; analyses élogieuses et critiques diverses, parfois vives, des gouvernements récents : ceux qui pensent que ces derniers ne sont pas allés assez loin ou que les gouvernants ont perdu leurs références d’origine, comme ceux qui pensent, au contraire, qu’à force de s’investir partout, on perd la dimension des choses ; un positionnement souvent lié aussi à l’appréciation du rôle des États-Unis dans les relations internationales. Notre intention n’est pas de donner ici une vision « lisse » des relations internationales du Brésil : pour donner à lire les relations internationales, il faut aussi rendre compte des enjeux et représentations, politiques notamment. C’est pour cette raison que la troisième partie de ce premier volume donne un éclairage « critique ». Les relations internationales concentrent beaucoup des enjeux de notre monde ; et il n’est pas étonnant que des options s’affirment là, au moins aussi nettement qu’ailleurs, dans l’écriture scientifique des collègues et amis qui, des deux côtés de l’Atlantique, ont accepté de nous accompagner dans ce décryptage polyphonique permettant de sortir des surplombs stéréotypés. L’état de la connaissance sur le Brésil contemporain est encore suffisamment modeste à l’étranger par rapport à l’importance du pays pour ne pas réduire sa représentation à telle ou telle perception dominante, contorsion spécifique ou mode de pensée hégémonique. Au contraire : que de ces discordances et frictions de perceptions naissent quelques étincelles et beaucoup d’intelligence ! Notre entendement du monde, des relations internationales et, d’abord, du Brésil le méritent ! Le Brésil est-il une grande puissance en devenir ? C’est à travers un questionnement en échelles, représentations globales (volume 1) et aspects régionaux et thématiques (volume 2), que le lecteur est invité à construire son appréciation. - Ce premier volume « général » s’ouvre d’abord sur plusieurs analyses globales de cet « éveil à la puissance » proposées par certains des meilleurs spécialistes des relations internationales du Brésil. - Il poursuit l’analyse en étudiant les dynamiques et « stratégies nouvelles ». - Pour que le lecteur non familier de ces questions puisse comprendre les enjeux souvent discrets des interprétations de ces relations internationales, une troisième partie expose les « interprétations critiques », en commençant par un itinéraire guidé dans ce cerrado descriptif et en donnant la parole ensuite à deux
1. La CAPES brésilienne, le COFECUB français, le Commissariat de l’Année de la France au Brésil, l’Institut Universitaire de France, l’Université de Strasbourg.

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critiques très divergentes des politiques mises en œuvre depuis huit ans, libérale et de généalogie marxiste. - Enfin, un dernier temps de ce volume des « représentations globales » tend un fil entre passé et futur : il met d’abord en perspective l’héritage politique afin de mieux saisir le cadre dans lequel fonctionne ces relations internationales ; il examine ensuite les questions stratégiques nouvelles, importantes pour cerner à l’extérieur cette notion de puissance et non négligeables pour comprendre le lien de la société à des militaires qui ont dirigé le pays il n’y a pas si longtemps ; puis il ouvre sur le devenir de ces relations, se livrant à cet exercice difficile qu’est la prospective. « Et que se passera-t-il lorsque Lula quittera le pouvoir à la fin de l’année », interroge un journaliste britannique début 2010 ? Celso Amorim sourit et répond : « Autrefois nous avons eu Pelé. Mais, même sans lui, nous sommes encore champions du monde”1! « À l’aube du XXIe siècle, le Brésil paraît bien avoir changé de statut. À croire que le géant s’est réveillé ou du moins que l’éternel pays du futur a enfin embrassé le présent »2. Pour comprendre ce Brésil d’aujourd’hui et tenter de saisir celui de demain, ce sont plus de trente spécialistes et de très nombreux documents ou fiches qui éclairent ce quasi continent et la configuration internationale dans laquelle il s’insère. Le projet initial était de taille modeste, lié à deux séminaires organisés à l’Université de l’État de Rio (UERJ) puis à l’Université de Strasbourg, chaque fois en partenariat avec l’Université de Brasília (UnB). Après maturation, le résultat est un ouvrage en deux volumes à la mesure du Brésil et du déficit de connaissances que l’Europe a de ce pays. On sait qu’il faut apprendre et comprendre l’Extrême Orient, l’Asie centrale, le Moyen-orient, l’Afrique… Ceux qui pensent que le voisinage culturel dispense d’un apprentissage du Brésil se trompent pour l’essentiel. À quand la création, en France ou en Europe, d’un vrai think tank sur le Brésil ou le Mercosud qui donne, avec un lieu de référence, un peu de continuité aux efforts ponctuels ou parcellaires, qui mette en lien régulier pour plus de fonctionnalité les mondes universitaire, de la presse, de l’entreprise et de la diplomatie ? L’enthousiasme fédéré des contributeurs donne ici de l’intelligence à la mesure du poids de cet acteur dans le déplacement du centre de gravité du monde. Merci à tous ceux qui mettent ici en lumière la place et le rôle du Brésil dans le « nouvel usage du monde »3.
1. Entretien de Robin Lustig avec Celso Amorim, BBC, 23-03-2010, The World Tonight, Rio de Janeiro. 2. Alain Rouquié, article cité, p. 105. 3. Hervé Gaymard, Un nouvel usage du monde, Rapport au gouvernement pour une France plus active dans les pays émergents, Paris, novembre 2006.

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L’ÉVEIL DE LA PUISSANCE BRÉSILIENNE : DONNÉES DE BASE EN CHIFFRES ET GRAPHIQUES (©site « Perspective Monde » Université de Sherbrooke)

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La croissance a beaucoup repris depuis.

La production a augmenté depuis, notamment en raison de la production d’éthanol et de déficits de production dans d’autres régions du monde.

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